Bonjour à tous !

Voilà encore un chapitre bien long, je ne peux pas m'en empêcher, il y a tellement de choses à raconter. Cette série est vraiment une source d'inspiration inépuisable. (Et vous n'êtes en train de lire que le début de l'histoire).

Bonne lecture, on se retrouve après !


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CHAPITRE 4

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- Et pour... enfin, pour ma mère, qu'est-ce qu'on fait ? demanda Adrien d'un air inquiet.

Marinette considéra un instant la question avant de répondre.

- Je pense qu'elle sera plus en sécurité si elle reste là où elle est pour le moment, tu ne crois pas ? Si jamais la maison est perquisitionnée, personne ne la trouvera. Comme ça tu pourras revenir la voir quand tu veux. Si tu le souhaites bien sûr, ajouta-t-elle en voyant le regard troublé d'Adrien. Et ça nous laissera le temps de comprendre ce qui lui est arrivé et de trouver une solution.

Elle fut rassurée de voir Adrien acquiescer.

- Oui, tu as raison. D'autant plus que je ne me vois clairement pas déplacer son corps, encore moins l'emmener à l'hôpital. Personne n'est au courant, je ne veux pas que les médias s'en mêlent, je veux la protéger. Et puis l'équipement qu'a construit mon père a l'air de l'avoir préservée pendant toutes ces années, je ne veux pas risquer de la blesser ou bien de la voir réellement disparaître pour de bon si jamais on tente quoi que ce soit.

Adrien se pinça les lèvres, pâlissant à vue d'œil.

- Si seulement je savais ce qui lui est arrivé... murmura-t-il du bout des lèvres, la gorge sèche. J'aurais dû poser la question à mon père avant de le livrer à la police.

- Peut-être que les kwamis du Papillon et du Paon savent quelque chose ? suggéra soudain Marinette. J'imagine qu'ils ont vécu longtemps dans la maison, ils étaient peut-être déjà présents quand ta mère est tombée malade. On va demander à Tikki si elle a une idée.

Joignant le geste à la parole, Marinette ouvrit son sac dans lequel s'était réfugié son kwami.

- Tikki, Plagg, est-ce que vous pensez qu'on peut discuter avec Nooroo et Duusu ? questionna-t-elle en tenant dans ses mains les Miraculous correspondants.

Les deux kwamis sortirent de leurs cachettes respectives pour voleter entre Adrien et Marinette, et l'air qu'affichait Tikki ne semblait pas encourageant.

- Nooroo et Duusu ne semblent pas vouloir sortir de leurs Miraculous pour l'instant, ce n'est pas vraiment normal, dit-elle d'un air inquiet.

- Tu crois qu'ils ont été trop... malmenés pour pouvoir sortir ? demanda prudemment Marinette en se mordant la lèvre inférieure, tout en guettant une éventuelle réaction d'Adrien du coin de l'œil.

- Je ne sais pas Marinette, répondit Tikki. Nooroo est un kwami plutôt sensible, et le Miraculous de Duusu semble bien endommagé. Je pense que Maître Fu pourra nous en dire plus.

- De toute façon, il faut qu'on aille le voir rapidement pour lui rendre les Miraculous manquants, concéda-t-elle. On passera chez lui dès que possible. Mais je veux m'occuper d'Adrien d'abord.

A cette remarque, elle sentit Adrien serrer doucement sa main avec affection, et elle se maudit intérieurement lorsque son cœur manqua un battement à cause de son geste. Elle avait beau savoir que c'était la main de Chat Noir qu'elle tenait, certaines habitudes étaient visiblement difficiles à perdre.

- Il vaudrait mieux qu'on se retransforme pour retourner chez moi. Je ne veux pas prendre le risque que tu sois repéré par les paparazzis, Adrien.

Son regard se posa sur Plagg qui était resté étonnamment silencieux. Adrien suivit son regard et tendit sa main pour attirer son kwami vers lui, les sourcils froncés.

- Plagg ? Ça va ?

Contrairement à son habitude, les oreilles du kwami étaient plaquées sur son crâne, et il affichait une moue déconfite. Il se posa mollement dans la main de son porteur, sans oser lever les yeux.

- Quand je pense que tout ce temps, Nooroo et Duusu étaient là, tout près... On était dans la même maison, et je ne m'en suis même pas rendu compte, dit-il d'un air sombre.

- Oh Plagg, ne te tourmente pas pour ça, tu ne pouvais pas savoir ! s'exclama Tikki.

Plagg acquiesça faiblement, un peu réconforté par les mots de Tikki, mais l'idée que deux autres kwamis aient habité sous le même toit que lui pendant des années semblait fortement le perturber.

Adrien lui gratta affectueusement le dessus du crâne et lança un regard à Marinette, comme pour lui signifier qu'il était prêt. Sans se lâcher la main, ils prirent une grande inspiration, comme s'ils s'apprêtaient à sauter dans le vide ensemble.

- Tikki, transforme-moi !

- Plagg, transforme-moi !

Se transformer ainsi main dans la main était une expérience complètement inédite pour eux, tellement habitués à devoir se cacher pour faire appel à leurs pouvoirs. Une énergie nouvelle parcourut leurs corps, et ils se dévisagèrent mutuellement le temps de la transformation, tous deux subjugués par le spectacle qui se déroulait devant leurs yeux.

- Wow, fit Chat Noir avec un air émerveillé. C'était... Wow !

Ladybug lui répondit par un petit rire, les yeux étincelants de bonheur.

- Après toi, ma Lady, chantonna Chat Noir avec une révérence en lui indiquant le chemin.

Sans se départir de son sourire, Ladybug acquiesça et elle l'entraîna à l'entrée de l'impasse. Il vérifièrent rapidement qu'aucun journaliste ou paparazzi ne traînait dans le coin et ils se dépêchèrent de rejoindre la boulangerie.

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En se posant sur le toit des immeubles de la Place des Vosges, Ladybug scanna rapidement les environs du regard. Sans un mot, elle désigna les arcades désertes longeant son immeuble. La voie était libre. Chat Noir acquiesça. Ils atterrirent silencieusement dans l'alcôve que formait l'angle de deux bâtiments. Ladybug s'apprêtait à prononcer la formule pour se détransformer, mais Chat Noir l'arrêta.

- Attends, tant que je suis transformé... la prévint-il en sortant son téléphone éteint de sa poche.

Chat Noir savait qu'il devait le détruire pour réellement couper tout lien avec ce qui était à présent devenu son passé. Pour pouvoir aller de l'avant. Les derniers évènements étaient pourtant tout frais, mais Chat Noir avait l'impression que des millénaires s'étaient écoulés depuis qu'il avait découvert le secret de son père.

Sans attendre, il activa discrètement son cataclysme et posa sa main sur le téléphone qui tomba en poussière.

Il ne pouvait plus faire marche arrière à présent.

Ladybug acquiesça d'un mouvement de tête, et ils se détransformèrent à l'abri des regards. Ce n'est que lorsqu'ils se retrouvèrent tous les deux sous leur forme civile que Marinette réalisa que Adrien n'avait pas lâché sa main de tout le trajet, et elle ne put s'empêcher de rougir légèrement à cette idée. Mais elle sentait à la poigne de son ami que c'était une façon pour lui de ne pas complètement perdre pied. Sa vie venait d'être bouleversée du tout au tout, et il se raccrochait à elle pour ne pas complètement sombrer. Ladybug avait toujours été son repère, et c'était plus que jamais le cas aujourd'hui. Adrien n'avait littéralement plus qu'elle à présent, et cette pensée était aussi rassurante que terrifiante.

Marinette déverrouilla rapidement la porte d'entrée de l'immeuble et ils se faufilèrent dans le hall sans un bruit. L'entrée de service qui menait à la boulangerie était ouverte, et Marinette en profita pour jeter un œil à l'intérieur et vérifier qu'il n'y avait aucun client dans la boutique avant de s'annoncer. Elle sentait Adrien nerveux, et elle pressa sa main pour le rassurer.

- Maman, Papa, les appela-t-elle en les voyant s'activer dans l'arrière-boutique.

Tom et Sabine se retournèrent au même moment, reconnaissant la voix de leur fille. Marinette s'avança, dévoilant Adrien qui se cachait légèrement derrière elle, peu sûr de la réaction qu'allait engendrer sa présence.

- Je suis avec Adrien, il... commença-t-elle.

Marinette n'eut pas le temps de terminer sa phrase. A peine Sabine avait-elle reconnu Adrien qu'elle se précipita vers lui pour le serrer dans ses bras. Surpris, Adrien se raidit légèrement à ce contact, mais il se laissa faire malgré tout. Cela faisait bien longtemps que quelqu'un ne l'avait pas serré dans ses bras ainsi, inconditionnellement.

L'étreinte d'une mère.

Il n'aurait su décrire tous les sentiments qui le transpercèrent à cet instant.

- Oh mon grand, on a appris ce qu'il s'était passé, on s'est fait tellement de souci pour toi ! Je suis contente de te voir, de voir que tu vas bien, dit-elle en passant ses mains sur son visage et dans ses cheveux avec des gestes réconfortants.

- Vous... Comment est-ce que vous êtes déjà au courant ? demanda Adrien, les yeux agrandis par la surprise.

- Ça fait une bonne demie-heure que les informations tournent en boucle, intervint Tom en essuyant ses mains pleines de farine sur son tablier. L'arrestation de ton père est sur toutes les chaînes. On se demandait si tu étais au courant, et si tu étais à l'abri. On est vraiment désolé pour ce qu'il t'arrive.

Tom s'interrompit un instant pour regarder tour à tour les deux adolescents.

- Je suis heureux de voir que tu as trouvé Marinette, dit-il. Tu as bien fait de l'amener ici ma chérie, avec toute cette folie dehors.

Marinette serra encore une fois la main d'Adrien, communicant silencieusement avec lui par des gestes doux pour le rassurer.

- Je ne pouvais pas le laisser tout seul après ce qui vient de se passer, répondit-elle posément.

Tom et Sabine acquiescèrent tout en couvant Adrien du regard. Ils avaient été plus que choqués d'apprendre ce qui s'était tramé au manoir de la famille Agreste à deux pas de chez eux, et encore plus de découvrir l'identité du Papillon qui leur avait causé tant de soucis ces dernières années. Leurs pensées s'étaient instantanément tournées vers ce pauvre Adrien qui se retrouvait au cœur de la tourmente, et Tom et Sabine étaient soulagés qu'il soit sain et sauf.

- Comment est-ce que tu te sens ? lui demanda Tom en posant amicalement sa main sur l'épaule d'Adrien, y déposant un léger nuage de farine au passage.

Adrien ne put s'empêcher de détourner le regard et haussa les épaules, ne sachant trop comment répondre à cette question. Perdu. Il se sentait : perdu.

- Tu sais ce qui va se passer pour toi ? renchérit Sabine d'un air inquiet. Tu as de la famille qui peut veiller sur toi ?

Il lui en coûta de faire ce geste mais Adrien baissa la tête en la secouant négativement.

- Bon, dans ce cas, tu peux habiter ici si tu le souhaites, lui dit fermement Sabine. Il est hors de question que tu restes tout seul dans cette grande maison.

Adrien ne put s'empêcher d'ouvrir des yeux ronds ; Marinette avait beau lui avoir fait la même proposition quelques instants plus tôt, il se sentait toujours complètement embarrassé à l'idée d'être reccueilli comme un chat errant et de s'imposer chez eux.

- Mais... tenta-t-il de protester. Je ne veux pas vous déranger, je ne peux pas vous imposer ma présence !

- Adrien, tu ne nous imposes rien du tout, nous te le proposons de bon cœur, répondit Sabine sans aucune hésitation.

Elle planta son regard dans celui d'Adrien, un regard si doux et aimant que le jeune homme sentit sa gorge se nouer, et il eut toutes les peines du monde à ne pas se mettre à pleurer.

- Je sais bien que nous ne pouvons pas remplacer ce que tu as perdu, et nous n'en avons pas l'intention, continua-t-elle avec une certaine prudence dans sa voix. Mais... Je veux que tu saches que tu es ici chez toi aussi longtemps qu'il le faudra. Tu es le bienvenu mon grand, je t'assure.

Ne trouvant pas les mots, Adrien acquiesça faiblement. Le sourire avec lequel Sabine et Tom lui répondirent lui alla droit au cœur.

Enhardie par sa réponse positive, Sabine lui ébouriffa les cheveux avec tendresse.

- Tu veux te reposer un peu ? Tu as mangé quelque chose ? Tu as faim ? Je peux te préparer un sandwich ou bien autre chose en attendant le repas de ce soir, si tu veux. Tu as une envie particulière ? Marinette, ma chérie, est-ce que tu peux l'installer dans la chambre d'amis ?

Adrien était submergé par l'émotion qu'il ressentait face à la réaction des parents de Marinette. Il était plus que touché par l'accueil qu'ils lui avaient réservé, et par le soutien instantané dont ils avaient fait preuve à son égard. Il tourna vivement la tête pour chercher le regard de Marinette, et ce qu'il lut dans ses yeux pétillants de bonheur et son sourire encourageant dénoua enfin ses épaules plus que tendues.

- Merci Maman mais ne t'inquiète pas, je vais m'en occuper, répondit vivement Marinette. Adrien, un petit goûter, ça te dit ? lui demanda-t-elle en se tournant vers lui, tandis qu'Adrien acquiesçait immédiatement à cette idée, trop sonné par cet accueil pour émettre le moindre son.

Tom ne laissa même pas le temps à sa fille de faire un pas dans la boulangerie qu'il leur avait déjà préparé une gigantesque assiette de pâtisseries en tous genres, et les deux adolescents s'empressèrent de le remercier avant de monter à l'étage, les bras chargés de leurs victuailles.

Une fois installés dans la cuisine, l'estomac d'Adrien se manifesta soudain face à ce plateau de gourmandises, et le jeune homme réalisa qu'il était mort de faim. Après tant de péripéties, il ne se souvenait plus vraiment à quand remontait son dernier vrai repas.

Les deux adolescents dévorèrent quelques pâtisseries en silence, l'adrénaline et le stress des dernières heures retombant doucement.

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La fin d'après-midi passa dans un tourbillon un peu flou pour Adrien, qui accusait clairement le contrecoup des derniers évènements. Il faisait de son mieux pour emmagasiner les informations que Marinette lui distillait sur l'appartement dans lequel il allait habiter désormais, mais son esprit était manifestement ailleurs. Un poids invisible pesait en permanence sur son cœur, et il avait beaucoup de mal à se maîtriser et garder une attitude impassible. Il avait parfois l'impression de suffoquer, comme si son corps humain en avait oublié les fonctions basiques de survie pour fonctionner correctement.

Adrien ne voulait pas affoler Marinette et ses parents, aussi s'efforçait-il de refouler tout ce qu'il pouvait ressentir tout au fond de lui, comme il avait toujours eu l'habitude de faire. Mais malgré tous ses efforts, il voyait bien dans le regard de Marinette qu'elle ne croyait pas à la façade calme et posée qu'il voulait bien montrer. Il lui fut infiniment reconnaissant de ne pas essayer de le faire parler, de vouloir savoir à tout prix ce qui n'allait pas. Elle avait simplement glissé sa main dans la sienne, et ce contact allégea légèrement sa poitrine serrée.

Adrien resta silencieux pendant le repas du soir, mais son cœur s'était réchauffé de se retrouver ainsi à table, entouré de Marinette et de ses parents. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas partagé un repas aussi chaleureux.

Quelque chose le travaillait malgré tout, et il cherchait la meilleure façon d'amener le sujet.

Lorsque Tom sortit le dessert, Adrien s'éclaircit subitement la voix, provoquant un silence attentif autour de la table.

- Je... J'aimerais vraiment vous expliquer. Ce qu'il s'est passé, je veux dire.

Adrien lança un regard entendu à Marinette pour la rassurer et lui faire comprendre qu'il ne comptait pas tout dévoiler : certains secrets le resteraient. Il la vit hocher la tête en fermant les yeux en un signe d'approbation, et ce soutien le conforta dans son idée.

- Adrien, mon grand, tu n'es pas obligé, intervint doucement Sabine. Nous pouvons comprendre que tu n'aies pas forcément envie de parler de tout ça, encore moins avec nous.

- Mais j'y tiens, reprit Adrien avec assurance. Juste... Je ne suis pas encore prêt à le faire, ajouta-t-il en baissant les yeux.

- Nous comprenons, ne t'inquiète pas, le rassura Tom. Si tu y tiens vraiment, prends le temps qu'il te faudra, mais ne te sens obligé de rien. Et quoi qu'il arrive, tu as une oreille attentive si jamais tu as besoin de parler, ajouta-t-il en se désignant avec sa femme.

Ces mots étreignirent le cœur d'Adrien avec une telle chaleur, une telle force, qu'il sembla oublier un instant comment respirer tant il était ému. En seulement quelques heures, Sabine et Tom lui avaient accordé plus d'attention et d'importance que son propre père ces quatre dernières années. Il pouvait entrevoir ce à quoi ressemblait une vraie famille, et c'est avec le cœur lourd qu'il prenait réellement conscience de tout ce que son père lui avait fait subir. Il replongea le nez dans son dessert, à la fois débordant de bonheur et passablement déprimé.

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- On va vous laisser, les enfants, on va aller se coucher, annonça Tom en s'étirant de tout son long. Tu as tout ce qu'il te faut fiston ? demanda-t-il à Adrien.

Adrien acquiesça timidement.

- Oui, je vous remercie. Marinette m'a montré ma chambre.

Il s'interrompit pour prendre une grande inspiration.

- Encore merci de m'accueillir comme vous le faites, je... je ne sais pas encore combien de temps je vais rester, mais je tiens à vous payer, je...

La fin de sa phrase mourut au bout de ses lèvres en voyant Tom secouer négativement la tête les sourcils froncés, désapprouvant visiblement cette idée.

- Il en est absolument hors de question, jeune homme, répondit-il aussitôt.

Adrien s'apprêtait à défendre son point de vue, mais l'air catégorique de Tom le fit hésiter. Il ne se sentait pas de taille à s'opposer au père de Marinette ce soir. Malgré tout, il restait horriblement embarrassé à l'idée de s'imposer chez eux sans leur donner un centime en retour.

- Garde ton argent, mon grand, renchérit Sabine. Et nous te l'avons déjà dit, nous t'accueillons ici le temps qu'il faudra. Ne te soucie de rien et repose-toi, c'est tout ce que l'on te demande. Et n'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit.

- Merci Madame Dupain-Cheng. Vraiment.

- Sabine, le reprit-elle avec un sourire chaleureux.

- Merci Sabine, acquiesça Adrien, lui rendant son sourire.

Tom et Sabine embrassèrent les deux adolescents et s'éclipsèrent dans leurs quartiers. Marinette proposa à Adrien de monter dans sa chambre, mais au moment où la suggestion passa ses lèvres, elle paniqua instantanément : ses murs étaient toujours tapissés de photos d'Adrien du sol au plafond, et même si des photos plus candides avec leurs amis du lycée avaient depuis longtemps remplacé les extraits de magazines de mode, Marinette avait tout de même conservé au mur ses photos de mannequinat préférées. Tout cela lui paraissait tellement risible à présent.

- Adrien ! Euh... Est-ce que tu peux m'attendre deux minutes ? Je... J'aimerais me mettre en pyjama avant que tu ne montes, improvisa-t-elle, les joues légèrement rouges.

- Bien sûr, acquiesça Adrien avec un sourire poli.

Marinette fonça à l'étage et referma soigneusement la trappe qui menait à sa chambre avant de s'activer à décrocher toutes les photos les plus compromettantes. Au bout de quelques minutes, elle contempla les murs de sa chambre avec un soupir de soulagement : une fois les photos entourées de cœurs et les posters enlevés, le reste des clichés affichés paraissait beaucoup plus équilibré. Elle planqua rapidement le tas de photos qu'elle tenait dans ses bras au fond d'un tiroir, et elle s'apprêtait à rouvrir la trappe pour faire monter Adrien mais Tikki la stoppa dans son élan.

- Marinette, tu es sûre que tu n'as rien oublié ?

Le regard plein d'incompréhension que lui lança Marinette avant de tourner frénétiquement la tête autour d'elle d'un air paniqué lui indiqua que la jeune fille avait clairement perdu le fil de ses pensées. Tikki désigna ses habits d'un mouvement de patte.

- Tu viens de dire à Adrien que tu montais te mettre en pyjama.

Marinette se redressa d'un bond et jeta un œil à ses vêtements : elle avait failli redescendre toute habillée.

- Merci Tikki, souffla-t-elle en sautant dans son bas de pyjama.

Elle se changea en un temps record, et, vérifiant une dernière fois qu'elle n'avait oublié aucune photo compromettante sur les murs, elle rouvrit la trappe et fit signe à Adrien de monter.

Une fois planté au milieu de la pièce, Adrien laissa son regard vagabonder autour de lui, comme pour s'imprégner de l'atmosphère chaleureuse qui y régnait. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait dans la chambre de Marinette, mais il aimait cet endroit plein de vie qui ressemblait beaucoup à la personne qui y habitait.

« Je suis dans la chambre de Ladybug », se surprit-il à penser en esquissant un sourire.

Son regard accrocha celui de Marinette, et ils se dévisagèrent un long moment, sans qu'aucun des deux n'ose prendre la parole. Ce n'est que lorsqu'ils ouvrirent la bouche au même moment que leur gêne se dissipa : ils éclatèrent tous les deux de rire face à la situation absurde dans laquelle ils se trouvaient et se lancèrent un regard amusé.

- Il va nous falloir un peu de temps pour s'habituer à la situation, je crois, lâcha Marinette en essuyant ses yeux qui picotaient dû à son hilarité.

- Peut-être un peu, concéda Adrien. Mais pas tant que ça au final.

Marinette lui lança un regard interrogateur, l'invitant à développer sa pensée.

- Je crois que j'ai encore du mal à réaliser qu'on se connaissait depuis tout ce temps en dehors de nos costumes, dit-il. C'est quand même fou ! On aurait pu être deux étrangers l'un pour l'autre, habiter à l'autre bout de Paris, aller dans des lycées différents... et en fait, on est déjà amis. Tu crois que Maître Fu a fait exprès ?

Marinette secoua négativement la tête.

- Je ne pense pas. Et puis techniquement, on ne se connaissait pas lorsqu'on a reçu nos Miraculous. Tu es arrivé au collège juste après la toute première attaque du Papillon il me semble.

Marinette connaissait parfaitement le jour et l'heure de l'arrivée d'Adrien dans sa vie, mais elle se garda bien de le lui dire.

- C'est vrai, fit Adrien, pensif. J'ai reçu mon Miraculous le jour de la rentrée. Je m'étais inscrit en douce en imitant la signature de mon père, mais je n'avais pas pu assister aux cours le premier jour. J'avais réussi à fausser compagnie à Nathalie et au Gorille ce matin-là, mais ils m'ont rattrapé juste avant que je n'atteigne les portes du collège, et j'ai été reconduit à la maison. J'étais tellement frustré, ça faisait plusieurs années que je rêvais d'aller à l'école comme tout le monde, soupira-t-il.

Il ne vit pas le regard désolé que Marinette lui lança ; jamais elle n'aurait imaginé qu'une telle scène s'était déroulée dans les coulisses de son arrivée à Françoise Dupont. Elle qui, quatre ans après, s'en voulait toujours de la façon dont elle l'avait traité lors de son premier jour, cette anecdote rajoutait définitivement une autre dimension à cette fameuse rentrée.

- Et le lendemain, par je ne sais quel miracle, mon père a accepté que j'aille enfin au collège, reprit Adrien en fixant le bout de ses baskets oranges. C'est pour ça que je suis arrivé avec un jour de retard. Mais entre-temps, j'avais eu l'occasion de faire connaissance avec la plus fantastique justicière de Paris, dit-il avec un grand sourire qui fit rougir Marinette.

- Ce n'était pas bien compliqué étant donné que j'étais la seule, se défendit-elle en croisant ses bras sur sa poitrine, espérant ainsi se donner une contenance qu'elle était bien loin d'avoir.

- Justement, tu as mis la barre très haut, répliqua Adrien avec un sourire espiègle qui accentua le rouge sur les joues de Marinette.

Adrien s'interrompit, et plongea son regard d'émeraude dans les yeux bleus de Marinette. Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Comment n'avait-il pas réalisé que Ladybug était à ses côtés depuis le début ? Cela faisait quatre ans qu'ils étaient assis dans la même salle de classe, qu'ils côtoyaient les mêmes personnes, qu'ils avaient le même cercle d'amis...

- C'est drôle, vocalisa-t-il avec un petit rire désabusé. J'ai passé tellement de temps à me demander qui tu pouvais être sous ton masque. J'étais persuadé de te connaître par cœur. Je me disais que si jamais je te croisais dans la rue, je saurais te reconnaître au premier coup d'œil. Quel idiot hein ?

Pour toute réponse, Marinette sentit ses pommettes rougir à nouveau, et elle détourna le regard, un sourire à la fois amusé et gêné suspendu à ses lèvres.

Si quelqu'un lui avait dit quelques heures auparavant que Adrien était Chat Noir, elle aurait très certainement éclaté de rire au nez de cette personne. Et pourtant, les deux garçons se tenaient à présent devant elle, ne formant plus qu'un. Ce jeune homme blond aux yeux incroyablement verts qu'elle connaissait pourtant depuis quatre ans n'était plus Adrien. Mais il n'était pas Chat Noir non plus. Il était les deux, et aucun des deux à la fois.

Marinette avait l'impression de se trouver face à une nouvelle personne totalement différente, presque inconnue, et pourtant si familière. Plus complète. Comme si la Terre s'était subitement décalée de son orbite mais avait, d'une façon ou d'une autre, retrouvé sa trajectoire sans aucune difficulté.

Toutes leurs certitudes s'étaient ébranlées avec la révélation de leurs identités respectives, et pourtant, rien ne s'était effondré, bien au contraire.

Perdue dans ces considérations qui réchauffaient son cœur petit à petit, Marinette fit l'effort de sortir de ses pensées pour se concentrer sur Adrien. Il s'était assis en tailleur sur sa banquette et semblait lui aussi complètement ailleurs. Le cœur de Marinette se serra de voir que son regard habituellement pétillant était à présent lourdement voilé. Distant. Elle n'avait pas l'habitude de voir Adrien aussi abattu, lui qui avait un caractère plutôt optimiste. Quelle horreur devait-il être en train de vivre intérieurement.

Adrien lui adressa malgré tout un grand sourire lorsqu'elle le rejoignit timidement sur la banquette, mais Marinette ne put s'empêcher de remarquer qu'il grelottait légèrement.

- Ça va ? demanda-t-elle en posant sa main sur son bras.

Adrien acquiesça, mais il semblait frigorifié jusqu'à la moelle. Une vague de froid lui étreignait le corps et le cœur sans qu'il ne puisse se contrôler, et il se recroquevilla dans le fond de la banquette en croisant ses bras tout contre lui d'un air gêné.

Marinette ne lui laissa pas le temps de répondre et se leva d'un bond ; elle grimpa rapidement sur sa mezzanine et en redescendit quelques secondes plus tard les bras chargés d'un immense duvet bien chaud. Elle s'empressa de poser l'édredon moelleux autour des épaules d'Adrien et l'emmitoufla dedans du mieux qu'elle le put. Si elle ne pouvait pas réchauffer son âme, elle pouvait au moins tenter de faire quelque chose pour son enveloppe corporelle.

Adrien attira le duvet tout contre lui et se blottit dedans.

- Merci, dit-il du bout des lèvres d'un air penaud.

- Est-ce que tu veux prendre une douche chaude ? Ça te ferait du bien, non ?

Adrien secoua négativement la tête.

- Merci beaucoup Marinette, mais ça ira. Ça va déjà mieux, ajouta-t-il en resserrant l'édredon tout contre lui.

- Je vais me préparer un chocolat chaud, est-ce que tu en veux un ? proposa-t-elle.

Adrien acquiesça avec un sourire reconnaissant, et Marinette disparut par la trappe, le laissant momentanément seul avec leurs kwamis. Plagg et Tikki s'étaient retranchés sur la mezzanine, visiblement heureux de pouvoir passer du temps ensemble et rattraper le temps perdu. Adrien esquissa un sourire en imaginant à quel point leurs retrouvailles devaient être intenses après avoir été si longtemps séparés. Que ressentait un kwami ? Est-ce qu'il éprouvait de l'attachement, de l'amour comme les êtres humains ? Adrien nota mentalement de leur poser la question un jour ; il était curieux d'en apprendre plus sur leurs vies et leurs émotions.

Il réprima un bâillement et s'étira de tout son long ; bien que le pouvoir de sa coéquipière avait fait disparaître toutes ses blessures et douleurs dûes à la bataille, son corps était malgré tout bien éprouvé, et Adrien accusait le coup à présent que l'adrénaline était retombée.

Marinette réapparut peu de temps après, deux grandes tasses fumantes dans les mains. Lorsqu'elle tendit l'un des deux mugs à Adrien, celui-ci ne put s'empêcher de remarquer qu'il était orné de points rouges et noirs.

- Tu as une tasse Ladybug ? constata-t-il, amusé.

- Cadeau de Noël de mes parents, répondit-elle fièrement en lui présentant sa propre tasse avec un mouvement du poignet digne d'une vendeuse de téléachat. S'ils savaient... ajouta-t-elle d'un air conspirateur.

Le regard d'Adrien était fixé sur le mug de Marinette : la tasse qu'elle tenait dans ses mains était entièrement noire, mais révélait une constellation de pattes de chats d'un vert fluorescent au contact du liquide brûlant qu'elle contenait.

- Tu as aussi une tasse Chat Noir ? s'exclama-t-il en bondissant presque sur place, ce qui arracha un petit rire à Marinette.

- Bien sûr ! Il n'y a pas de Ladybug sans Chat Noir, répondit-elle avec un clin d'oeil.

Les joues d'Adrien se parèrent d'une jolie teinte de rose ; il n'aurait jamais osé lui avouer, mais de l'entendre mentionner son alter ego ainsi lui réchauffait le cœur. A ses yeux, Ladybug avait toujours été l'élément indispensable de leur duo, contrairement à Chat Noir. Depuis le tout premier jour, il la protégeait coûte que coûte pendant leurs batailles, parce qu'il tenait à elle plus que tout, et parce qu'il savait pertinemment qu'elle était la seule à pouvoir ramener l'ordre après leurs affrontements. Mais sa coéquipière s'était souvent entêtée à lui démontrer le contraire, à insister pour lui faire comprendre à quel point il comptait et qu'il ne devait pas se sacrifier pour elle. Et même s'il refusait de l'écouter pendant les combats et s'interposait sans hésiter en cas de danger, son coeur se gonflait de bonheur à chaque fois qu'elle lui signifiait qu'il était bien plus qu'un partenaire qui lui avait été assigné d'office quelques années plus tôt, bien plus qu'un simple inconnu sous son masque. Jamais dans sa vie il n'avait eu l'impression de compter autant pour quelqu'un, et c'était en partie ce qui rendait sa relation avec Ladybug aussi spéciale à ses yeux. A ses côtés, il se sentait exister. Et il lui en était éternellement reconnaissant d'avoir ainsi changé sa vie.

Marinette leva son mug, coupant ainsi court à ses pensées, et ils trinquèrent joyeusement avant de boire une gorgée de chocolat chaud qui leur fit beaucoup de bien. Ce moment de calme après la tempête était tout ce dont ils avaient besoin.

Pelotonné dans son édredon, Adrien se sentait vraiment mieux. Par quelle magie Marinette avait-elle un effet aussi apaisant sur lui ?

Adrien considéra un instant les deux mugs aux couleurs de leurs alter egos respectifs et leva la tête.

- Tes parents ne se sont jamais doutés de rien ? demanda-t-il.

Il était sincèrement intrigué de découvrir comment Marinette avait réussi à dissimuler sa double identité à sa famille qui semblait bien plus présente que la sienne.

- Je ne pense pas, dit-elle d'un air songeur. J'ai parfois eu chaud, mais j'inventais toujours des excuses plus abracadabrantes les unes que les autres. Et le pire, c'est que ça passait.

Marinette baissa les yeux, soudain gênée.

- Je m'en suis souvent voulue de leur mentir aussi éhontément alors qu'ils ont une confiance absolue en moi, expliqua-t-elle. Je me détestais quand les mensonges venaient si naturellement, mais je savais que je n'avais pas le choix. Il fallait que je les protège.

Marinette laissa échapper un léger soupir, et Adrien regrettait presque d'avoir posé la question. C'était clairement un problème auquel il n'avait jamais eu besoin de faire face de son côté.

- Mais au final, ce n'était pas avec mes parents que c'était le plus compliqué, reprit-elle. Ils me laissent suffisamment de liberté pour ne pas avoir besoin de leur rendre des comptes à chaque fois que je disparais. Mais avec Alya, c'est une autre paire de manches !

Les lèvres d'Adrien s'étirèrent en un sourire amusé.

- Je n'avais pas pensé à ça ! La plus grande admiratrice de Ladybug tient en réalité un blog sur sa meilleure amie sans le savoir, c'est quand même improbable ! s'esclaffa-t-il avec de grands gestes. Si elle savait qu'elle est littéralement assise à côté de sa super-héroïne préférée en cours, je crois qu'elle en ferait une syncope !

Cette remarque arracha un petit rire à Marinette tandis que Adrien continuait sur sa lancée.

- Je suis sérieusement épaté qu'elle ne t'ait jamais démasquée alors que son passe-temps préféré est de te suivre partout en te filmant et de monter des hypothèses pour découvrir ta véritable identité, souligna-t-il.

Marinette acquiesça avec un air désabusé.

- C'est... sportif, je l'avoue. Heureusement qu'elle était souvent la première à partir en courant pour filmer les combats pour le Ladyblog, sinon ça aurait été sacrément galère de trouver des excuses pour lui fausser compagnie à chaque fois.

Elle s'interrompit, poussant un long soupir.

- Je lui ai tellement menti. Je détestais devoir changer nos plans à la dernière minute à cause d'un akuma. C'est vraiment une amie géniale, elle ne m'en a jamais tenu rigueur, et pourtant, combien de fois j'ai dû la planter ou bien inventer des excuses bidons...

- Avec Nino c'est pareil, fit Adrien en baissant les yeux. Depuis que je le connais, je n'ai pas arrêté de lui fausser compagnie. J'utilisais toujours l'excuse « Mon père veut que je rentre », c'est vraiment nul, mais c'est ce que j'avais trouvé de plus efficace pour ne pas éveiller les soupçons. Surtout qu'au final, ce n'était jamais loin de la vérité. Mais j'ai souvent eu peur qu'il finisse par en avoir marre et qu'il s'éloigne, ajouta-t-il, une lueur d'angoisse brillant dans ses yeux verts. Il ne m'en a jamais tenu rigueur, heureusement. Je n'aurais pas supporté de le perdre. C'est le tout premier ami que je me suis fait au collège, et je tiens beaucoup à lui.

Marinette lui adressa un sourire attendri.

- Lui aussi il tient beaucoup à toi. Je ne donne pas cher de celui qui touchera à son meilleur pote ! lança-t-elle avec bonne humeur.

La remarque eut le mérite de remonter le moral vacillant d'Adrien qui laissa échapper un petit rire.

- Je n'en reviens toujours pas qu'il ne m'ait pas cru un instant coupable de toute cette histoire et qu'il se soit empressé de chercher à me joindre dès qu'il a appris la nouvelle. J'espère vraiment pouvoir le voir bientôt, cette situation est... frustrante.

- On va trouver une solution, répondit Marinette avec un sourire qu'Adrien lui rendit.

- En tout cas, il n'a jamais eu l'air de se douter de quoi que ce soit, continua-t-il. Avec Alya, ça doit être tellement plus difficile de tricher ! Mais je sais que tu es pleine de ressources, ma Lady. Je suis sûr que si tu avais eu besoin, tu aurais inventé un Lucky Charm pour te dédoubler, ou bien un hologramme pour discuter avec elle à ta place les jours où tu...

Adrien s'interrompit, une lueur s'allumant dans son regard, comme si un détail venait de lui revenir à l'esprit.

- Attends, fit-il en levant brusquement la tête, les yeux écarquillés. Multimouse ! Comment est-ce que tu as fait ? Parce que je ne suis pas fou, j'ai clairement vu Marinette rendre son Miraculous à Ladybug de mes propres yeux !

L'air complètement éberlué peint sur son visage arracha un petit rire à Marinette.

- Tu n'as pas rêvé, affirma-t-elle, les yeux pétillants de malice.

- Mais... tu es Ladybug, insista Adrien, de plus en plus perdu. Alors comment... ?

Marinette se pinça les lèvres en souriant face à son air interloqué et acquiesça.

- C'était une illusion de Trixx, expliqua-t-elle. Je craignais que tu ne découvres mon identité, alors je t'ai montré cette petite scène pour que tes soupçons se détournent de moi.

- Wow... fit Adrien, les yeux ronds. C'était drôlement bien joué car je n'y ai vu que du feu !

L'air émerveillé d'Adrien la fit légèrement rougir. Alors qu'elle tentait de retrouver une certaine contenance, le sujet lui amena soudain d'autres questions.

- Mais toi aussi il va falloir que tu m'expliques quelque chose ! réalisa-t-elle. Quand Gorizilla t'avait capturé, Chat Noir a mis effectivement un bon moment à arriver, et je comprends mieux pourquoi maintenant. Mais Chat Noir est apparu alors que tu étais encore présent, comment est-ce que tu as fait ?

- Ah ah ! lança-t-il, visiblement fier de lui. En réalité, c'est grâce à Wayhem. Et au casque de moto qui m'avait servi à me déguiser au cinéma. Je lui avais demandé un coup de main pour me protéger et il s'était fait passer pour moi.

- Plutôt bien joué, fit Marinette avec une expression admirative.

Elle fronça les sourcils en voyant Adrien se renfrogner subitement.

- Maintenant que je sais que c'était mon père qui était derrière tout ça et qu'il allait me laisser m'écraser au sol du haut de la Tour Montparnasse sans bouger le petit doigt... fit-il en serrant les poings, laissant sa phrase en suspens.

Marinette se mordit les lèvres, considérant soudain la scène d'une toute autre perspective.

- Je vais me faire l'avocat du diable, mais... je crois qu'il t'a indirectement sauvé la vie en réalité.

Le regard choqué et confus qu'Adrien lui lança lui confirma qu'elle devait développer sa pensée.

- Gorizilla me tenait fermement pendant que tu étais en train de tomber du haut de la tour. Impossible de m'échapper. Et soudain, sans aucune explication valable, il m'a relâchée. Je suis sûre que le Papillon lui a donné un ordre, j'ai vu le masque violet apparaître sur son visage. Et juste après, Gorizilla a ouvert sa main pour me libérer. Je ne comprenais pas pourquoi à l'époque, mais maintenant que je revois la scène avec du recul, je pense que ton père espérait que je te rattrape.

- Et donc je devrais le remercier de m'avoir sauvé la vie après nous avoir mis en danger ? lança Adrien, une pointe de sarcasme perçant dans son ton un peu sec.

Marinette détourna le regard d'un air embarrassé.

- Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, s'empressa-t-elle de rectifier. Mais malgré tout ce qu'il a fait... ton père tient quand même à toi.

- Il a une bien drôle de façon de le montrer, lâcha Adrien d'un air sombre. Je pense surtout que ça aurait fait tâche que l'égérie de sa marque décède inopinément en s'écrasant du haut d'une tour, il déteste tout ce qui pourrait lui faire mauvaise presse et ternir notre nom de famille. Alors imagine, son fils dans la rubrique des chats écrasés... ajouta-t-il d'un ton à la fois sarcastique et amer, laissant volontairement sa phrase en suspens.

Marinette se mordit les lèvres et détourna le regard, son cœur plongeant dans son estomac.

- Je n'aurais pas dû te dire ça, je suis désolée Adrien. C'était maladroit de ma part.

A ces mots, l'agacement d'Adrien redescendit d'un coup.

- Non, c'est moi qui suis désolé, tu n'y es absolument pour rien.

Il fit une pause, et son expression morose laissa place à un doux sourire.

- Quelle que soit l'idée que mon père avait derrière la tête à ce moment-là, je m'en fiche. La seule personne que je dois réellement remercier, c'est ma Lady qui m'a sauvé la vie ce jour-là, et personne d'autre, dit-il en posant tendrement sa main sur celle de Marinette qui piqua un fard.

- Mais pourquoi tu ne t'es pas transformé à ce moment-là ? demanda-t-elle, espérant masquer son trouble en se focalisant sur leur discussion. Tu étais littéralement à deux doigts de t'écraser au sol ! Tu as vraiment aussi peu d'instinct de survie ? le taquina-t-elle.

- Tu m'avais dit de te faire confiance. Alors je t'ai fait confiance, expliqua-t-il en haussant les épaules, comme s'il venait de citer une évidence.

Si les joues de Marinette étaient déjà brûlantes, ce n'était rien face à la couleur cramoisie que son visage entier venait de prendre. Elle avait beau savoir que Chat Noir avait toujours eu une confiance absolue en elle, d'entendre ces mots dans la bouche d'Adrien leur donnaient soudain une toute autre dimension. Légèrement ébranlée par cet échange, il lui fallut un instant pour reprendre ses esprits et retrouver un rythme cardiaque normal.

Ignorant tout de son trouble, Adrien prit une autre gorgée de chocolat chaud, l'air pensif. Marinette l'observait à la dérobée, un milliard de pensées se bousculant dans son esprit.

- C'est quand même fou, tout ce qu'on a dû inventer pour détourner les soupçons l'un de l'autre, reprit-elle. Je me demande comment on a échappé à une révélation accidentelle en ayant été aussi proches dans la vie de tous les jours sans le savoir. On est vraiment souvent passés à deux doigts de découvrir nos identités, je m'en rends compte maintenant.

- C'est vrai, acquiesça Adrien. Tu nous imagines au lycée si on avait tous les deux choisi le même placard à balais pour se transformer ou bien si on était rentrés l'un dans l'autre aux toilettes au moment où on était en train de discuter avec Plagg ou Tikki ? Ca a même certainement dû arriver sans qu'on y ait prêté attention j'imagine. Je me souviens de plusieurs moments où tu es arrivée pile quand j'allais me transformer...

- Riposte ! le coupa vivement Marinette.

La remarque d'Adrien venait de lui rappeler cette scène.

- J'ai vu comment tu te transformes, tu t'apprêtais à le faire quand je t'ai laissé derrière la cheminée, non ? Et ta cheville... Le sarcophage... Je comprends tellement mieux ! Dire que je cherchais absolument à te mettre à l'abri tout en râlant de ne pas voir Chat Noir arriver... grogna-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains.

Adrien laissa échapper un léger rire en repensant à la scène qui s'était déroulée il y avait déjà quatre ans de cela.

- Je m'en souviens ! Tu essayais de m'appeler avec ton Bugphone, et moi je mourrais d'envie de te dire de ne pas t'inquiéter car tu étais déjà avec Chat Noir, mais c'était impossible.

- C'est vrai, je ne pouvais pas savoir... Mais si ça peut te consoler, je suis désolée d'avoir râlé, fit-elle avec une moue d'excuse.

- Je ne t'en tiendrai absolument pas rigueur, car je peux te dire que le moi de 14 ans était plus que ravi d'avoir pu passer un moment dans les bras de ma Lady, avoua-t-il en se penchant vers elle sur le ton de la confidence avec un clin d'œil.

Face à l'air espiègle et au sourire digne de son alter ego félin qu'affichait Adrien, la réaction de Marinette ne se fit pas attendre : elle s'étouffa à moitié avec son chocolat chaud et se mit à tousser violemment en se frappant légèrement la poitrine dans l'espoir de se calmer, mais c'était peine perdue. Le visage cramoisi, elle plongea à nouveau le nez dans sa tasse pour éviter le regard de son coéquipier et tenter de retrouver une respiration normale.

Si Adrien se mettait à flirter comme Chat Noir, elle n'était pas certaine que son coeur puisse tenir le choc.

- Ça va ? s'inquiéta Adrien en la voyant s'étouffer.

Les joues rouges, Marinette acquiesça timidement sans oser le regarder, mais Adrien eut l'air rassuré.

Il se replongea dans ses souvenirs, et des scènes de leurs combats passés lui réapparaissaient, se superposaient et se bousculaient dans son esprit. Chaque moment prenait une toute autre dimension à présent.

- Tiens, en parlant de révélation accidentelle d'identité à laquelle on a échappé, se remémora-t-il soudain. Tu te souviens quand Alya a été akumatisée pour la première fois et que je me suis retrouvé enfermé dans le congélateur du Grand Hôtel ?

Marinette acquiesça, ravie qu'Adrien ait changé de sujet. Mais son sourire dégringola rapidement en se remémorant l'état dans lequel elle avait récupéré Chat Noir lorsqu'elle avait pu le libérer du frigo.

- Mon Miraculous avait glissé de mon doigt, expliqua Adrien avec une grimace. Je priais pour le retrouver avant que tu ne réussisses à débloquer la porte, sinon j'aurais bien eu du mal à expliquer ce qu'Adrien Agreste faisait là-dedans à la place de Chat Noir. Adieu l'identité secrète.

- Tu aurais surtout fini en barquette surgelée si tu étais resté plus longtemps là-dedans ! répliqua Marinette les sourcils légèrement froncés. Et tout ça à cause de Chloé... Alya ne méritait vraiment pas d'avoir été renvoyée. Tu sais que ça a été consigné dans son dossier scolaire ?

Adrien resta silencieux, peu certain de savoir comment réagir à cette remarque. Il connaissait Chloé depuis sa plus tendre enfance, et il savait qu'elle était loin d'avoir un caractère facile, mais il ne pouvait s'empêcher de lui pardonner ses excès en tout genre car il tenait beaucoup à elle. Malgré tout, il ne pouvait pas se voiler la face et occulter le fait qu'elle avait été le catalyseur de bon nombres d'akumatizations, lorsqu'elle n'était pas la cible du Papillon elle-même.

Le ricanement qui s'échappa soudain de la bouche Marinette le sortit de ses réflexions.

- Je repensais à Antibug, expliqua-t-elle face au regard interrogateur d'Adrien. Si Chloé savait qu'elle avait tenté de tuer son « Adrichou », elle en serait malade ! lâcha-t-elle sans avoir pu s'en empêcher, un sourire taquin suspendu à ses lèvres.

Pour toute réponse, Adrien lui tira la langue et lui envoya un coussin dans la figure avant qu'elle n'ait pu ajouter quoi que ce soit.

- Hey ! Arrête de te moquer de moi ! s'écria-t-il, ce qui provoqua l'hilarité de Marinette.

Il s'apprêtait à lui lancer un deuxième coussin lorsqu'un détail lui revint à l'esprit.

- Mais c'est pour ça que tu étais sur la terrasse du Grand Hôtel et que tu m'as libéré ! s'exclama-t-il. Tu n'étais pas transformée, qu'est-ce qu'il s'était passé ?

- Tikki n'avait pas encore repris des forces, alors j'ai fait ce que j'ai pu sans mes pouvoirs. J'avais tellement peur que tu fasses le lien entre Ladybug et moi, mais il était hors de question de te laisser aux mains d'Antibug, elle aurait été capable de mettre ses menaces à exécution. Et on ne touche pas à mon coéquipier ! s'exclama-t-elle avec véhémence, le regard déterminé.

Pour corroborer ses dires, elle présenta son poing fermé à Adrien qui répondit à son geste sans hésiter, le visage radieux.

- D'ailleurs je n'ai eu aucune nouvelle de Chloé, dit-il en fronçant les sourcils.

Il chercha machinalement son téléphone dans sa poche, avant de se rappeler qu'il l'avait cataclysmé quelques heures plus tôt.

- Il faudra que je trouve un moyen de la joindre, j'imagine qu'elle doit être inquiète.

Marinette acquiesça machinalement. Elle ne s'était jamais entendue avec Chloé, mais elle voulait croire que la fille du maire ne se montrerait pas aussi égoïste qu'à l'ordinaire face à l'épreuve que traversait son ami d'enfance. Plus Adrien avait d'alliés pour le soutenir, mieux ce serait, même si cette alliée devait s'appeler Chloé Bourgeois.

oOo

Marinette et Adrien continuèrent de discuter un bon moment, ne pouvant s'empêcher de revisiter chacune de leurs batailles avec un œil nouveau. Sans s'en rendre compte, le fait de pouvoir échanger sur leurs aventures sans aucune retenue ni crainte de laisser échapper un détail qui aurait pu compromettre leur identité leur fit le plus grand bien. Ils étaient encore timides et un peu nerveux après cet après-midi qui venait de bouleverser leurs vies, et il allait indéniablement leur falloir plus de temps pour assimiler ces dernières 24 heures qui leur faisaient l'effet d'un grand huit lancé à pleine vitesse.

Les deux adolescents avaient beau se connaître depuis quatre ans à présent, ce soir-là, ils étaient littéralement en train de se redécouvrir. Ils se regardaient, se dévisageaient entre deux phrases, comme cherchant à retrouver un détail familier chez l'autre qui leur rappelait leurs alter egos.

Ils se sentaient... comme deux étrangers qui se connaissaient très bien. Comme deux meilleurs amis qui se rencontraient à nouveau pour la première fois de leur vie. Mais même si Marinette et Adrien n'avaient pas la même relation que Ladybug et Chat Noir, il y avait cette amitié indéfectible et cette confiance à toute épreuve entre eux, et c'était quelque chose qu'ils ne pouvaient effacer. Ce genre de lien, de complicité ne pouvait pas disparaître aussi facilement après avoir combattu main dans la main pendant des années, ils en étaient persuadés. Et aussi étrange, déroutante, et terrifiante que la situation pouvait leur paraître, ils étaient confiants. Car quoi qu'il allait se passer à présent, ils étaient ensemble.

Marinette réalisa subitement qu'elle n'avait jamais encore eu l'occasion de passer autant de temps seule avec Adrien, et elle s'en voulait de l'avoir involontairement tenu à distance pendant toutes ces années. Dans sa peur panique de se ridiculiser devant lui ou bien de bégayer des phrases sans queue ni tête, elle s'était toujours arrangée pour ne jamais se retrouver seule avec lui, ou bien pour fuir lorsque la situation l'exigeait. Elle regrettait terriblement son attitude à présent. Mais malgré la situation critique qui les avait amenés tous les deux à se retrouver sur la banquette de sa chambre ce soir, elle était heureuse d'avoir pu trouver une solution pour lui. Elle n'aurait pas supporté de le savoir tout seul dans ce gigantesque manoir, harcelé de toutes parts, ou bien interrogé par la police comme un criminel. Il n'avait pas à payer pour ce que son père avait fait. Ladybug et Chat Noir règleraient la situation plus tard, mais pour le moment, ce qui lui importait était que Adrien se repose et oublie momentanément cette journée atroce.

Les yeux d'Adrien commençaient à se fermer tout seuls, et il ne put réprimer un bâillement.

- Et si on allait se coucher ? suggéra Marinette.

Adrien acquiesça, presque à contrecœur. Il était épuisé, mais paradoxalement, il sentit une légère boule d'angoisse se former au fond de sa gorge à cette suggestion.

- Tiens, fit Marinette en lui présentant une petite pile de vêtements soigneusement pliés. Ça devrait t'aller pour dormir. Tu n'as rien contre le rose j'espère ?

Le visage d'Adrien s'éclaira légèrement et lui confirma d'un mouvement de tête.

- Ça sera parfait, merci Marinette.

La jeune fille semblait réfléchir.

- Si les alentours du manoir sont calmes demain, Ladybug et Chat Noir pourraient repasser chez toi récupérer tes affaires, qu'en penses-tu ? proposa-t-elle avec une certaine prudence dans sa voix.

Adrien considéra un instant la question, et dût bien admettre que Marinette avait raison : il n'avait aucune envie de remettre les pieds chez lui pour le moment, mais il avait tout de même besoin d'un minimum d'affaires s'il voulait rester habiter ici.

Il acquiesça lentement et tenta de se forger un visage souriant tout en sentant ses épaules s'affaisser. Marinette lui répondit par un sourire et lui désigna la trappe qui menait à l'étage inférieur.

- Allez viens, je vais finir de t'installer dans ta chambre. Tu peux garder l'édredon si jamais tu as froid cette nuit.

Adrien réalisa qu'il était encore enroulé dans le duvet et acquiesça en guise de remerciement. Avant de quitter la pièce, il se rappela soudain de la présence de Plagg et leva les yeux, sans parvenir à le localiser.

- Plagg ? appela-t-il. Tu préfères rester ici avec Tikki ou bien tu veux dormir dans ma chambre ?

Ne constatant aucun mouvement provenant de la mezzanine, Adrien réitéra sa demande.

- Plagg ?

Un éclair noir jaillit soudain de l'étage supérieur et se planta devant lui, l'air visiblement mécontent. Il se posa sur son épaule en laissant échapper un soupir exagéré qui fit sourire les deux adolescents.

- Plagg, si tu veux rester avec Tikki, tu peux, suggéra Adrien.

A sa grande surprise, Plagg secoua négativement la tête.

- Sucrette survivra bien une nuit sans moi. Nous les kwamis ne sommes plus à mille ans près.

- Tu es sûr ? vérifia Adrien, peu convaincu par la tirade de Plagg.

Plagg acquiesça si vigoureusement que Marinette crut un instant qu'il allait se déboîter le crâne. Le kwami se tourna vers elle en faisant de grands gestes.

- Tu vois bien qu'il faut que je reste avec lui, ce pauvre garçon est complètement perdu sans moi, expliqua-t-il très sérieusement à l'attention de la jeune fille qui lui lança un regard mi-amusé mi-incrédule.

Sans attendre leur réaction, Plagg fit signe à Adrien d'avancer en le chassant d'un mouvement de ses pattes avant. Le jeune homme se dirigea vers la trappe menant à l'escalier en roulant des yeux face aux simagrées de son kwami. Marinette le suivit, tout en contenant difficilement son fou-rire. La jeune fille se demandait malgré tout si l'humour douteux de Plagg n'était pas une façon de masquer son inquiétude vis-à-vis de son porteur. Sous ses airs bourrus, elle voyait bien que le petit kwami tenait beaucoup à Adrien. Elle-même n'était pas tranquille et ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son coéquipier.

Les deux adolescents descendirent le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller les parents de Marinette et s'engouffrèrent dans la chambre d'Adrien.

- Tu as tout ce qu'il te faut pour dormir ? lui demanda Marinette.

Adrien opina d'un mouvement de tête, se sentant soudain exténué. Le grand lit moelleux qui trônait au milieu de la pièce l'appelait avec force.

- Merci Marinette.

- Si jamais tu as un souci ou bien si tu as besoin de quelque chose, même en plein milieu de la nuit, viens me réveiller. Tu n'hésites pas, tu me le promets ? Je vais laisser ma trappe ouverte.

Marinette avait beau avoir prononcé ces mots de façon désinvolte, Adrien pouvait voir l'inquiétude qui se lisait dans le regard de sa partenaire. Il détestait l'idée de la déranger en pleine nuit, mais il savait qu'elle se montrerait têtue et qu'elle ne le lâcherait pas tant qu'il ne lui aurait pas répondu par l'affirmative. Résigné, il acquiesça silencieusement, tout en sachant pertinemment qu'il n'en ferait rien.

Après s'être assurée une énième fois qu'Adrien ne manquerait de rien pour la nuit, Marinette s'écarta de lui à contrecœur. Elle n'avait vraiment pas envie de le laisser, mais il fallait qu'il se repose un peu après une telle journée. Elle retint de justesse le long soupir qui menaçait de lui échapper et se composa un visage joyeux avant de se retirer.

- Bonne nuit Adrien, dit-elle timidement, sans réussir à masquer complètement l'inquiétude qui perçait dans sa voix.

- Bonne nuit Marinette, répondit-il d'une voix qui se voulait neutre. A demain.

Son visage semblait détendu, mais si Marinette l'avait observé de plus près, elle aurait pu remarquer que son sourire ne se reflétait pas dans son regard terni par la tristesse et l'angoisse.

Assis sur le lit, Adrien suivit Marinette du regard alors qu'elle s'éclipsait discrètement, mais lorsqu'elle posa sa main sur la poignée de la porte, il se redressa.

- Marinette ? appela-t-il alors qu'elle s'apprêtait à sortir de la pièce.

Marinette stoppa ses pas et se tourna vers Adrien, l'interrogeant du regard.

- Ne ferme pas complètement la porte s'il te plaît, lui demanda-t-il timidement.

Marinette acquiesça avec un clin d'œil et entrebâilla le battant avant de sortir.

Une fois dans le couloir, ses épaules s'affaissèrent et elle s'attarda un instant sur le pas de la porte, lançant un dernier regard inquiet en direction de la chambre avant de rejoindre ses quartiers.

Une fois allongée sous sa couverture moelleuse et blottie tout contre son oreiller en forme de chat, elle échangea un regard avec Tikki. Ses pensées se bousculaient sous son crâne, analysant bien malgré elle la journée qui venait de s'écouler dans les moindres détails. Elle secoua vivement la tête, comme pour tenter de chasser tout ce qui la travaillait, et cacha son visage sous son édredon en laissant échapper un soupir sonore. Comment allait-elle bien pouvoir s'endormir après une telle journée ? Elle avait beau être exténuée, elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour Adrien, et espérait de tout son cœur qu'il allait réussir à se reposer. Elle finit par s'enrouler dans son édredon et ferma les yeux, mille pensées brouillant son esprit.

oOo

A l'étage inférieur, Adrien tournait et retournait dans son lit depuis des heures, sans réussir à fermer l'œil. Il avait beau essayer de vider son esprit et tenter de ne plus penser à rien, son cerveau carburait désespérément à mille à l'heure. Cette journée affreuse repassait en boucle dans sa tête, et le moindre petit détail qui lui revenait en mémoire prenait une ampleur exponentielle.

Adrien se sentait trahi.

Dupé.

Utilisé pendant toutes ces années.

Tous ses repères qu'il croyait solides étaient en réalité bâtis sur des châteaux de sable qui venaient de s'écrouler. Jamais il n'aurait cru son père capable des atrocités qu'il avait commises pendant toutes ces années, et la journée qu'il venait de passer lui faisait l'effet d'un terrifiant cauchemar dont il n'allait pas pouvoir se réveiller.

Il détestait constater à quel point toute cette histoire l'affectait. Il ne voulait pas se laisser submerger par ses émotions, mais le soupir tremblant qu'il relâcha lui indiqua qu'il était proche du point de rupture.

Non, il ne devait pas craquer. Il ne devait pas se laisser déborder par sa colère et son désarroi.

Il prit une grande inspiration et se focalisa sur les ombres qui dansaient sur le plafond.

Ne penser à rien. Dormir. Oublier le temps d'une nuit.

« Ta mère aurait été terriblement déçue de voir ce que tu es devenu. »

Cette phrase assassine réapparut dans son esprit, flottant sournoisement dans les recoins de ses pensées et le prenant aux tripes comme s'il avait reçu un uppercut en plein dans l'abdomen. Sa respiration s'emballa.

Son père le détestait.

Le seul homme dont il avait toujours cherché l'approbation et l'admiration n'en avait en réalité rien à faire de lui. Et malgré tout ce qu'il s'était passé, malgré les actes impardonnables qu'il avait commis, Gabriel Agreste restait, et resterait toujours son père. Et cette idée lui retournait l'estomac.

Pourquoi n'avait-il jamais été assez bien à ses yeux ? Il avait pourtant tout fait pour être le fils exemplaire que son père espérait. Mais tous ses efforts n'avaient visiblement pas suffi.

La vue d'Adrien se troubla.

S'il avait été un meilleur fils, s'il avait prêté plus d'attention à son père après la disparition de sa mère, peut-être que tout cela ne serait jamais arrivé.

Adrien tenta d'ignorer son souffle vacillant, mais ses yeux commençaient à piquer. Les larmes montaient, et le chagrin nouait sa gorge petit à petit sans qu'il ne puisse rien y faire. Sa bouche se fit soudain pâteuse, et il déglutit avec difficulté, rageant intérieurement de ne pas réussir à contrôler ses émotions. Il tenta de combattre les larmes qui bordaient à présent la lisière de ses cils, mais il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas les retenir bien longtemps. Un torrent d'émotions déferlait en lui, et il cligna rapidement des yeux en focalisant son attention sur le plafond, mais il n'arrivait plus à ignorer ce qui le tourmentait. Des sanglots lui comprimèrent la poitrine, et le nœud qui s'était formé dans sa gorge se liquéfiait petit à petit. Quelque chose se brisa en lui, et le barrage qu'il tentait de maintenir en place depuis qu'il avait découvert le secret de son père céda, emportant tout sur son passage. Une larme coula sur sa joue, puis une deuxième, et avant même d'en avoir conscience, il se mit à pleurer sans pouvoir se retenir. Complètement écrasé par la tristesse qui l'étouffait, il se recroquevilla sous les draps, serrant le tissu de l'édredon à pleines poignées. Le rythme de ses poumons s'était complètement affolé, et il n'arrivait plus à se maîtriser. De violents hoquets lui coupaient la respiration. A travers sa vision brouillée de larmes, il vit Plagg voleter autour de lui, frottant maladroitement sa tête contre sa joue pour tenter de le réconforter, mais le chagrin d'Adrien était beaucoup trop lourd et douloureux à porter. Il essuyait rageusement ses yeux, mais rien n'y faisait, ses larmes coulaient librement sur ses joues, y laissant une trace salée sur leur passage.

Roulé en boule sous l'édredon de Marinette, tout le corps d'Adrien était secoué de violents sanglots qu'il tentait tant bien que mal d'étouffer dans son oreiller ; s'il y avait bien une chose qu'il craignait plus que tout, c'était que quelqu'un l'entende pleurer dans le silence dans l'appartement. Il était hors de question de réveiller Marinette ou ses parents. S'il devait se briser en mille morceaux, il préférait que sa déchéance ait lieu en privé.

Le cœur lourd, Plagg restait immobile au-dessus de lui, ses oreilles de chat plaquées sur son crâne. Adrien était si profondément noyé dans son désarroi que le petit kwami était certain qui n'avait pas remarqué sa présence. Plagg ne savait plus comment le réconforter, et il savait pertinemment que Adrien préfèrerait rester cloîtré dans sa chambre à souffrir en silence plutôt que de déranger Marinette au beau milieu de la nuit. Mais la façon dont son porteur était recroquevillé sous ses draps en sanglotant le tourmentait plus que raison.

Au bout d'un long moment, Plagg finit par prendre une décision ; Adrien allait certainement lui en vouloir, mais Plagg ne pouvait pas le laisser se noyer ainsi dans son chagrin toute la nuit. Sans un bruit, il prit son envol et passa à travers le plafond pour rejoindre l'étage supérieur. Il atteignit rapidement la mezzanine où Marinette et Tikki dormaient à poings fermés et poussa un long soupir. Devait-il réellement les réveiller ? Les faire sortir involontairement de leur sommeil lui sembla être une bien meilleure idée. Il s'apprêtait à renverser les bibelots posés sur l'étagère au-dessus du lit pour annoncer sa présence avec fracas, mais il n'eut pas le temps de mettre son plan à exécution : comme si Marinette avait senti la présence du kwami, elle ouvrit brusquement les yeux et se redressa dans son lit, légèrement désorientée. Son regard était empli de sommeil, mais à peine aperçut-elle Plagg voleter autour d'elle qu'elle comprit.

- Adrien... ? murmura-t-elle, laissant planer cette question implicite, bien qu'elle en connaissait pertinemment la réponse.

Plagg acquiesça, le visage neutre. Sans un mot de plus, Marinette bondit hors de son lit et dévala le plus silencieusement possible les escaliers qui menaient à la chambre d'amis, Tikki et Plagg dans son sillage. Elle tendit l'oreille pour essayer de percevoir le moindre bruit qui indiquerait que ses parents étaient réveillés, mais elle n'entendit qu'un son étouffé qui provenait de l'autre côté de la porte entrouverte de la chambre d'Adrien.

Le cœur battant, elle frappa doucement pour s'annoncer. Un bruissement de draps à l'intérieur de la chambre lui répondit, et sans plus attendre, elle s'invita timidement dans la pièce.

Adrien se redressa dans son lit en la voyant entrer ; il tentait de maîtriser sa respiration saccadée afin de ne pas inquiéter sa partenaire, mais le résultat était peu convaincant. Dans la pénombre de la pièce, Marinette ne pouvait pas voir son visage, mais elle devinait qu'il n'allait pas bien du tout. Un peu honteux, Adrien détourna la tête vers la fenêtre pour éviter qu'elle ne le voie essuyer maladroitement ses joues inondées de larmes, mais c'était peine perdue. Il se contenait avec beaucoup de difficulté. Marinette s'approcha rapidement, le cœur serré de voir Adrien aussi mal. Si elle avait eu Gabriel Agreste sous la main à cet instant précis, elle n'aurait pas donné cher de sa peau.

Elle posa timidement un genou sur le lit et s'assit sur sa jambe repliée en lui faisant face, n'osant pas s'approcher plus pour ne pas lui imposer sa présence. Que faire lorsque le garçon qu'elle aimait plus que tout était en train de vivre un véritable cauchemar ?

Troublée, elle leva ses bras vers lui pour tenter de le rassurer, pour lui signifier qu'elle était là à ses côtés s'il avait besoin d'elle. Mais lorsque Adrien se pencha vers elle et tendit ses deux mains dans sa direction, elle n'hésita pas une seule seconde pour combler la distance entre eux pour le serrer dans ses bras, l'attirant tout contre elle dans une étreinte à s'en briser les os.

Marinette sentit Adrien se raidir à ce contact ; il semblait hésiter, mais l'instant de surprise passé, il enroula ses bras autour d'elle et agrippa son T-shirt de pyjama à pleines mains dans son dos pour la serrer tout contre lui.

Il sentit quelque chose s'effondrer tout au fond de son âme, et au lieu de tenter de sauver les apparences comme il en avait toujours eu l'habitude, il se laissa aller dans ces bras accueillants, et enfouit son visage dans le creux du cou de sa coéquipière en tentant de calmer sa respiration désordonnée.

Ce n'était pas seulement le désarroi des dernières heures qui le prenait à la gorge, mais des années entières à refouler la moindre émotion qu'il pouvait ressentir qui s'exprimaient violemment. La carapace qui retenait son chagrin depuis la disparition de sa mère venait de voler en éclats, et il s'accrocha à Marinette de toutes ses forces, comme à une bouée de sauvetage secouée par la houle déchaînée.

Le cœur de Marinette semblait vouloir fracasser sa cage thoracique, comme s'il essayait de s'en échapper, résonnant sourdement jusque dans ses tempes. La jeune fille sentait ses joues brûler de cette proximité avec Adrien mais elle le serra encore plus fort contre elle, l'enveloppant de toute la force et la tendresse qu'elle était capable de lui transmettre.

Adrien ne cherchait même plus à dissimuler les profonds sanglots qui l'étouffaient et qui secouaient son corps épuisé. Sa poitrine se soulevait et se dégonflait de façon complètement anarchique. Tout son corps et ses poumons lui faisaient mal à en hurler. Il suffoquait, cherchait à reprendre son souffle entre deux violents sanglots, sans grand succès.

Il avait réellement l'impression de se noyer dans ses larmes, et il détestait le spectacle pitoyable qu'il était en train d'infliger à sa partenaire. Il ne voulait pas se montrer aussi faible face à elle. Il était censé être son coéquipier, la personne solide et forte sur qui elle pouvait toujours se reposer en cas de souci. Tout au fond de lui, il aurait préféré que Marinette ne le voit pas dans cet état, complètement brisé, au fond du gouffre. Mais malgré la gêne et la honte qu'il ressentait, une petite partie de lui était infiniment reconnaissant envers sa partenaire de ne pas l'avoir laissé tomber. D'être là, auprès de lui. De lui offrir son soutien inconditionnel depuis le début là où il n'avait connu que la déception et la solitude. L'étreinte de Marinette l'apaisait et le rassurait, et il n'avait pas l'énergie ni l'envie de la repousser. Il voulait rester blotti au creux de ses bras pour toujours.

Au bout d'un moment, Marinette se redressa et s'écarta légèrement d'Adrien pour prendre une position plus confortable et mieux l'étreindre, mais lorsqu'il sentit Marinette s'éloigner de lui, Adrien paniqua et noua ses bras encore plus fermement autour de sa taille, comme s'il craignait qu'elle ne l'abandonne. Comme une supplication silencieuse. Une étreinte désespérée, qui ne signifiait qu'une seule chose : « Ne me laisse pas ».

Les yeux de Marinette se remplirent de larmes face à la détresse d'Adrien, et elle ne savait quoi faire à part le serrer plus fort contre elle. Elle n'avait que sa présence et ses bras à lui offrir pour le consoler, le rassurer après tant d'épreuves, et elle se sentait terriblement impuissante face à la situation. La façon dont Adrien s'accrochait à elle lui brisait le cœur. Elle lui déposa un baiser sur le haut du crâne tout en lui murmurant :

- Je suis là, Chaton, je te promets que je ne vais nulle part. Je suis là, je reste avec toi.

Adrien enfouit son visage dans le creux de sa clavicule et inspira profondément, tentant de calmer ses larmes. Ses sanglots lui coupaient toujours la respiration, mais le poids qui écrasait sa poitrine s'était fait plus léger. La main que Marinette passait le long de son dos et dans ses cheveux commençait à l'apaiser.

Marinette s'allongea à ses côtés et se blottit tout contre lui sous l'édredon moelleux sans le lâcher une seule seconde. Elle ne put s'empêcher de lancer un regard inquiet à Plagg et Tikki qui flottaient au-dessus d'eux, et lut la même préoccupation dans leurs yeux.

En l'espace d'une après-midi, Adrien avait tout perdu.

Sa famille.

Son foyer.

Ses repères.

Et Marinette craignait que la route ne soit longue avant qu'Adrien ne puisse sourire à nouveau.

Avec un léger soupir, elle reporta son attention sur son partenaire, lui murmurant des paroles rassurantes à l'oreille. Adrien pleurait toujours, mais sa respiration était plus régulière, moins hachée.

oOo

Marinette ne sut pas combien de temps elle resta allongée, Adrien dans ses bras, à essayer de le réconforter, d'alléger sa peine et sa douleur. Son propre cœur battait tellement fort qu'elle avait l'impression qu'il pouvait exploser à tout moment. Ses paupières étaient lourdes, mais elle luttait pour ne pas s'endormir tant que Adrien restait éveillé.

Au bout d'un long moment, elle remarqua que la respiration d'Adrien s'était faite beaucoup plus paisible. Son corps était parfois encore secoué d'un sanglot occasionnel, mais il semblait beaucoup plus calme. Marinette esquissa un sourire soulagé en constatant qu'il s'était enfin endormi, et elle s'autorisa à fermer les yeux.

Cette nuit scella quelque chose entre eux.

Un lien au-delà de tout ce qu'ils avaient connu jusqu'à présent.

Une connexion bien plus forte que leur complicité presque télépathique en tant que Ladybug et Chat Noir, et mille fois plus profonde que l'amitié qui liait Marinette et Adrien.

Un lien qui les dépassait. Qui les unissait. Et qui engendra un bouleversement dans leurs cœurs à l'échelle de l'univers.


Oui, je sais, le pauvre petit chat... :(

Mais je vous promets que ça ira mieux bientôt. (Pas tout de suite. Mais bientôt ! :D)

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En tout cas, merci encore pour tous vos jolis mots et même vos lectures silencieuses, ça me touche énormément de savoir qu'il y a des gens qui aiment mes histoires :D

Bug out!