J'écris, j'écris, j'écris.
Je ne fais que ça en ce moment.
Bref, voici le chapitre 5 !
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CHAPITRE 5
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Lorsque Adrien se réveilla le lendemain matin, il mit quelques instants à comprendre où il se trouvait. Tous ses sens étaient engourdis, comme s'il avait subi une anesthésie générale et qu'il venait de se réveiller après des semaines de coma. Il n'ouvrit pas immédiatement les yeux, se sentant comme enveloppé dans un cocon de douceur. Il essaya de se concentrer sur cette sensation de bien-être, cherchant à repousser le plus longtemps possible le moment où il allait devoir faire face avec la réalité.
Un rayon de soleil hivernal perçait à travers les rideaux tirés, baignant la pièce d'une pâle lueur rosée. Ce n'est que lorsque Adrien bougea légèrement qu'il réalisa qu'il n'était pas seul. Il sentit une présence à ses côtés dans le lit, et ses paupières lourdes finirent par se soulever avec difficulté ; il leva les yeux et découvrit Marinette, paisiblement endormie tout contre lui.
Adrien avait vaguement conscience que Marinette était venue le rejoindre en plein milieu de la nuit pour le réconforter, et il se sentait terriblement honteux à cette idée ; il n'avait décidément pas l'habitude de se liquéfier ainsi devant quelqu'un. Il réservait habituellement ses émotions et ses larmes pour la solitude de sa chambre. Seul Plagg l'avait déjà vu au fond du gouffre après une désillusion plus rude que d'habitude. Mais jamais il n'avait craqué aussi violemment devant quelqu'un. Qu'est-ce que Marinette devait penser de lui ?
Adrien se rendit compte qu'il s'était cramponné à elle pendant la nuit : son bras était enroulé autour de sa taille et sa tête était toujours enfouie dans le creux de son cou. Un des bras de Marinette entourait mollement son dos, et ce contact le rassura ; il n'était pas encore complètement prêt à quitter le cocon rassurant que formaient ses bras. Il n'avait jamais été aussi proche de quelqu'un, et cette situation le mortifiait autant qu'elle lui faisait du bien.
Son torse se dégonfla alors qu'il relâchait un soupir qu'il n'avait pas conscience de retenir. Il était partagé entre la gêne du spectacle pitoyable qu'il avait imposé malgré lui à sa coéquipière et l'envie de rester blotti plus longtemps contre elle.
Les évènements de la veille lui revinrent soudain en mémoire comme une claque, dans un tourbillon un peu flou d'images et d'émotions contradictoires. Sa respiration accéléra, et il eut toutes les peines du monde à refouler ces pensées négatives. Il était hors de question qu'il se laisse à nouveau dévorer par l'angoisse et qu'il se remette à pleurer.
Il se concentra de toutes ses forces sur la sensation de bien-être qu'il ressentait blotti sous cet édredon moelleux à côté de Marinette et réussit à se calmer rapidement, à son grand soulagement. Il jeta un coup d'œil anxieux en direction de sa coéquipière pour guetter une éventuelle réaction mais celle-ci dormait toujours à poings fermés. L'expression paisible de son visage étira les lèvres d'Adrien en un faible sourire, et il referma les yeux un instant pour ne plus penser à rien.
Lorsqu'il la sentit bouger légèrement, le jeune homme finit par se détacher d'elle à contrecœur tout en veillant à ne pas la réveiller, et resta un instant allongé sur le dos, pensif. Il se frotta machinalement les yeux, les sentant encore un peu gonflés par son angoisse nocturne.
Il avait pourtant vaillamment tenu le coup toute la journée de la veille : il n'avait pas flanché lorsqu'il avait dû livrer son propre père à la police, et de passer la soirée à discuter avec Marinette lui avait même remonté le moral. Mais une fois seul dans sa chambre, face à ses pensées, il avait craqué. Avant de s'effondrer nerveusement cette nuit.
Il s'en voulait de ne pas avoir réussi à maîtriser son chagrin. Jamais dans sa vie il n'avait versé de telles larmes. Il avait toujours pris soin de verrouiller ses sentiments tout au fond de lui-même pour ne pas faire de vagues, mais curieusement, malgré son cœur meurtri, sa crise d'angoisse nocturne semblait paradoxalement l'avoir libéré. Et contre toute attente, Marinette ne l'avait pas abandonné à son désarroi, bien au contraire, et cette pensée le rassura instantanément.
Son regard fatigué se posait tour à tour sur les rideaux pastels suspendus à la fenêtre qui laissaient filtrer les rayons d'un soleil déjà haut dans le ciel, les motifs de la tapisserie, les aquarelles chinoises suspendues au mur. Cette chambre avait beau être une simple chambre d'amis, elle était tellement plus chaleureuse que n'importe quelle pièce de son propre manoir. Et malgré le poids invisible qui lui comprimait la poitrine, la présence de Marinette à ses côtés renforçait ce sentiment de bien-être qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps.
Au bout d'un moment, il sentit Marinette bouger et s'étirer à côté de lui, comme si elle cherchait sa présence. Sans ouvrir les yeux, elle roula sur elle-même et vint se blottir à nouveau tout contre lui avec un soupir de contentement et se renfouit sous les couvertures, imperturbable. Ce petit manège arracha un sourire tendre au jeune homme, et sans en avoir conscience, son visage s'éclaira réellement pour la première fois en 24h. Il passa son bras autour des épaules de Marinette et posa sa tête contre la sienne, apaisé.
Il n'était pas seul.
Il n'était plus seul.
Et cette pensée lui réchauffa le cœur.
- Marinette ! s'écria soudainement une petite voix stridente, rompant le silence qui régnait dans la pièce.
Tikki venait d'apparaître au-dessus d'eux, s'agitant frénétiquement pour attirer l'attention de sa porteuse.
- Marinette, réveille-toi !
Pour toute réponse, Marinette émit un grognement et tira l'édredon plus haut sur son visage.
- Marinette, il faut que tu te lèves, insista Tikki en tirant la couette dans l'autre sens. Ta maman te cherche !
Adrien assistait avec amusement à la scène, et laissa échapper un petit rire lorsque Marinette agita mollement sa main comme si elle cherchait à se débarrasser d'un moustique un peu trop collant.
- Je vois que Tikki a également une fonction réveil-matin, lança-t-il avec malice.
Cette phrase eut le mérite de faire enfin réagir Marinette. Elle ouvrit difficilement un œil et mit quelques instants à réaliser qu'elle n'était pas dans sa chambre. Confuse, elle s'étira tout en bâillant à s'en décrocher la mâchoire, et elle serait très certainement retombée dans les bras de Morphée si Adrien n'avait pas signalé sa présence en retirant son bras toujours posé autour d'elle. Marinette se figea de surprise en constatant qu'elle n'était pas seule, et ce contact lui fit l'effet d'un choc électrique : la jeune fille se redressa d'un bond, les yeux grands ouverts et les joues légèrement rouges.
- A-Adrien ? bafouilla-t-elle.
- Bonjour Marinette, répondit-il avec un sourire un peu timide tout en se redressant dans le lit.
Marinette le fixait du regard, les yeux écarquillés, cherchant à remettre ses souvenirs bout à bout. Elle prit soudain conscience de l'endroit où elle se trouvait. Et surtout : de la personne avec qui elle avait dormi. Son visage s'empourpra instantanément et elle s'écarta de lui, n'osant plus le regarder. La jeune fille se maudissait intérieurement de réagir ainsi, surtout après la découverte de leurs identités respectives, mais certaines habitudes étaient visiblement dures à perdre.
- Marinette, répéta Tikki, dont l'intervention providentielle détendit un peu la jeune fille.
Marinette lui fit signe qu'elle l'avait entendue et Tikki se rapprocha d'eux.
- Ta maman te cherche, elle est montée dans ta chambre, l'informa Tikki.
Ces mots firent instantanément paniquer Marinette ; la jeune fille tituba maladroitement pour s'extraire de sous les couvertures et se tourna vers Adrien dans un mouvement désordonné, manquant de justesse de s'étaler de tout son long sur le plancher de la chambre.
- Ah oui, euh, d'accord, je, on... Petit-déjeuner ? articula-t-elle à l'adresse d'Adrien.
Son coéquipier acquiesça avec un grand sourire, un de ces sourires qui lui avait toujours déclenché des papillons dans l'estomac. Elle posa ses mains sur ses propres joues qu'elle sentait brûlantes et inspira un grand coup pour se recentrer avant de s'approcher de l'entrée de la chambre. Elle passa la tête dans l'entrebâillement de la porte et vérifia que ses parents n'étaient pas dans les parages avant de faire signe à Adrien de la suivre. Le cœur battant un peu plus vite que d'habitude, elle tenta de se composer un visage innocent et s'avança prudemment dans le couloir.
Les deux adolescents firent leur apparition dans la cuisine et furent accueillis par Tom qui s'affairait autour de la table.
- Ah ! Voilà les enfants ! s'exclama-t-il avec un sourire éclatant en voyant Adrien arriver.
Il y avait une joie si sincère dans l'expression de Tom que Adrien en fut à la fois envieux et touché. Son propre père était rarement content de le voir.
Adrien chassa rapidement ces pensées négatives pour se concentrer sur la scène qui se déroulait devant lui et s'imprégner de cette ambiance chaleureuse qui faisait cruellement défaut à son quotidien.
Sabine apparut, apportant des croissants tout droit sortis du four de la boulangerie.
- Ah les enfants, vous êtes levés ! Vous avez bien dormi ? Je te cherchais ma chérie, je sais que tu aimes faire la grasse matinée le week-end mais j'ai bien cru que tu allais battre ton record aujourd'hui.
- Oui oui, je suis debout ! J'étais... descendue voir si Adrien était réveillé pour... pour qu'on prenne le petit-déjeuner ensemble ! s'exclama Marinette, un peu raide.
Elle espérait de tout coeur que son bobard allait passer inaperçu, elle n'avait ni la préparation mentale ni l'énergie pour répondre à un interrogatoire de ses parents de bon matin.
- Ton record ? releva Adrien, intrigué par cette remarque.
Tom laissa échapper un petit rire.
- J'imagine que tu avais déjà remarqué que Marinette n'était pas quelqu'un de très... matinal on va dire.
Adrien acquiesça avec un sourire entendu, une lueur de malice s'allumant dans son regard lorsqu'il tourna la tête vers Marinette. Maintenant qu'il savait qu'elle était Ladybug, il portait un regard encore plus indulgent sur ses retards et ses absences. Mais en dépit de ses obligations de super-héroïne, il se doutait également que les nombreuses pannes de réveil de sa partenaire n'étaient certainement pas toutes dûes à une attaque d'akuma.
- J'ai lu quelque part que les gens créatifs n'étaient pas du matin, répondit Adrien avec un sourire bienveillant à l'égard de sa coéquipière.
L'image de son père travaillant toute la nuit dans son bureau lui apparut involontairement mais il préféra la chasser d'un mouvement de tête.
Tom acquiesça avec appréciation, et continua :
- C'était il y a quoi... deux ans, ce concours, ma chérie ? Marinette s'était couchée très tard toute la semaine des vacances pour créer des vêtements dans le cadre d'une compétition de design à laquelle elle voulait participer, expliqua-t-il. Elle était tellement épuisée que je la retrouvais régulièrement endormie à son bureau entourée de bouts de tissus, de feuilles de papier et de crayons. Elle avait plutôt mauvaise mine, si tu vois ce que je veux dire Adrien, ajouta-t-il avec un regard entendu, étincelant d'espièglerie.
- Oh, pas la peine de me faire un dessin, j'imagine tout à fait la scène, répliqua aussitôt Adrien, visiblement fier de lui.
Tom éclata de rire, ravi que Adrien ait rebondi sur son jeu de mots, tandis que Marinette enfouissait sa tête entre ses bras croisés sur la table avec un grognement embarrassé.
- Bref, reprit Tom. Une fois le concours passé, elle ne s'est réveillée que le surlendemain. Pas le lendemain, hein. Le surlendemain, souligna-t-il. Je ne savais même pas que c'était possible de dormir autant !
- Depuis, on l'appelle notre petite marmotte créative, renchérit Sabine. Mais sa persévérance a payé, elle a fini troisième du classement au niveau régional !
- Oh oui, je m'en souviens ! répondit Adrien en se tournant vivement vers Marinette. Tu nous avais montré des photos. Tu avais créé des merveilles, comme d'habitude !
Marinette se mit à rougir face à tant d'enthousiasme. Adrien avait toujours soutenu tous ses projets créatifs, et c'était quelque chose qui la touchait énormément. Il avait toujours été là pour croire en elle, tout comme Chat Noir l'avait toujours soutenue alors qu'elle doutait de ses capacités en tant que Ladybug, réalisa-t-elle.
Soudain assaillie par une multitude de souvenirs passés qu'elle voyait à présent sous une toute autre lumière, elle lui adressa un sourire timide, empli de gratitude, auquel Adrien répondit.
Cette anecdote avait eu le mérite d'avoir complètement détendu son coéquipier ; la bonne humeur et la bienveillance de Tom et Sabine l'avaient mis complètement à l'aise et il s'installa joyeusement à côté de Marinette autour de la table pour prendre son petit-déjeuner.
Sabine jeta un coup d'œil à sa montre et posa sa main sur le bras de Tom pour lui faire signe.
- On va vous laisser prendre votre petit-déjeuner tranquillement les enfants, on retourne rouvrir la boulangerie. On remontera un peu plus tard pour déjeuner avec vous. En attendant, tu fais comme chez toi Adrien, ajouta-t-elle avec un sourire à son attention.
- Merci Sabine, répondit Adrien en acquiesçant vivement.
Lorsque ses parents refermèrent la porte de l'appartement derrière eux, Marinette lança un regard entendu à Adrien et appela leurs kwamis.
- Tikki, Plagg, la voie est libre, vous pouvez venir !
A peine avait-elle fini sa phrase que deux éclairs rouge et noir firent leur apparition dans la cuisine et se posèrent sur la table avec un grand sourire. Marinette caressa tendrement leurs deux petites têtes du bout de l'index puis se leva pour préparer le petit-déjeuner. Elle tenait vraiment à ce que Adrien se sente chez lui, et elle voulait vérifier qu'il ne manquerait de rien pour ce premier repas de la journée. Elle se dirigea vers le frigo d'un pas sûr, mais elle ne put s'empêcher de laisser échapper un bâillement à s'en décrocher la mâchoire en ouvrant la porte. Après la journée de la veille et la nuit passée riches en émotions, elle avait énormément de mal à garder les yeux ouverts.
A moitié perdue dans ses pensées, elle considérait le contenu des étagères d'un air vide, et Adrien dut se retenir de rire en constatant qu'elle fixait depuis cinq bonnes minutes le bac à légumes rempli de poireaux. Sa coéquipière n'était décidément pas du matin.
- Marinette ? appela-t-il pour tenter de la faire réagir.
Marinette cligna plusieurs fois des yeux et tourna vivement la tête vers lui, les joues légèrement roses.
- Euh, oui, tu... Je voulais te demander : tu as envie de quelque chose en particulier ? Tu prends quoi au petit-déjeuner d'habitude ?
Pour toute réponse, Adrien grimaça.
- Si tu appelles un petit-déjeuner des aliments hypocaloriques sans aucun goût validés par le nutritionniste imposé par mon père...
Face au regard empli d'horreur et de compassion de Marinette, il s'empressa d'ajouter :
- Bon, j'exagère, je pouvais quand même manger ce dont j'avais envie sans que je sois fliqué. Et heureusement vu les quantités astronomiques de camembert que Plagg ingurgite. Je n'aurais vraiment pas su comment expliquer tous ces achats à mon père.
Marinette ne put s'empêcher de rire devant la mine déconfite et blasée d'Adrien.
- En tout cas, je veux bien ce que toi tu prends au petit-déjeuner, fit-il, le regard s'allumant avec intérêt en observant ce que Marinette sortait du réfrigérateur.
- Alors, je peux te proposer des croissants et du pain tout frais de ce matin, du lait, des céréales, de la confiture, des yaourts, des fruits... Ou bien si tu préfères quelque chose de salé, je peux faire des œufs brouillés avec du bacon par exemple. Bref, sers-toi, prends ce qui te fait envie !
Marinette tenta d'installer devant lui sur la table tout ce qu'elle venait d'énumérer, et Adrien eut un rire amusé lorsqu'elle essaya de poser une baguette de pain en équilibre entre le pot de confiture et les yaourts. D'un geste vif, il rattrapa de justesse une pomme qui s'était échappée de la corbeille de fruits malmenée par ces opérations avant qu'elle ne s'écrase par terre.
Le sourire moqueur suspendu aux lèvres d'Adrien n'avait pas échappé à Marinette. Préférant l'ignorer, elle posa devant lui une boîte de camembert qu'elle venait de sortir du frigo pour Plagg. La réaction d'Adrien fut instantanée : l'expression de son visage se déforma en grimace et il se pinça le nez en repoussant la boîte ronde le plus loin possible de lui.
- Marinette ! s'exclama-t-il d'un air dégoûté. Tu es vraiment obligée de me mettre ça sous le nez de bon matin ?
- Mais... ce n'est pas ce que mange Plagg d'habitude ? demanda-t-elle, l'incompréhension se lisant sur son visage.
Adrien n'eut pas le temps de répondre que Plagg avait bondi pour se jeter sur le fromage.
- Aaaaah, fit-il. J'aime cette jeune fille ! Elle sait comment me parler !
Marinette émit un petit rire et fit un signe au kwami de se servir tout en gratouillant du bout du doigt entre ses deux oreilles.
- Oui, Plagg mange du camembert. Pas moi, répondit Adrien d'un air résigné, ce qui ne fit qu'agrandir le sourire suspendu aux lèvres de Marinette. Moi je suis condamné à sentir la vieille chaussette moisie toute la journée à cause de lui.
- Tikki, elle, c'est les macarons et les cookies. Plutôt pratique quand on vit au-dessus d'une boulangerie, dit-elle en passant affectueusement sa main sur le haut du crâne de son kwami qui pépia de joie en réponse.
- Sucrette a toujours préféré les friandises à ce mets délicat qu'est le fromage, intervint Plagg en levant les yeux au ciel, comme si cette idée était totalement inconcevable.
- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Sucrette ! répliqua aussitôt Tikki, ses antennes dressées en signe de protestation, ses grands yeux bleus lançant des éclairs.
- C'est drôle, j'ai comme un air de déjà vu... Hein Buginette ? fit malicieusement Adrien en lançant un regard amusé à Marinette.
Celle-ci croisa les bras sur sa poitrine et lui répondit par un regard blasé.
- Je vais y avoir droit toute la journée maintenant, c'est ça ? répliqua-t-elle d'un air résigné, tandis que Adrien acquiesçait vivement, un grand sourire suspendu à ses lèvres.
- Il faut bien qu'il y ait des avantages à vivre avec ton partenaire préféré, répondit-il, taquin.
- Je ne sais pas si je peux considérer ça comme un avantage, lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel avant de se réinstaller à côté d'Adrien qui ne se départissait pas de son air espiègle.
- Dans le fond, tu râles, mais je suis sûr que tu adores quand je t'appelle Buginette, hein Buginette ?
Marinette s'apprêtait à répliquer du tac au tac mais un sentiment étrange l'en empêcha ; la familiarité de cet échange qui était pourtant si naturelle entre Ladybug et Chat Noir lui paraissait soudain incongrue entre Marinette et Adrien. Un sentiment d'embarras s'empara d'elle lorsqu'elle constata qu'Adrien avait senti cette gêne planer entre eux. L'atmosphère jusqu'alors décontractée retomba légèrement. Son coéquipier n'ajouta rien, se contentant de plonger son nez dans son bol de céréales. Les deux amis prirent leur petit-déjeuner sans un mot, ne sachant ni l'un ni l'autre comment rebondir sur ce silence tendu.
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Lorsque Marinette jeta un regard en direction d'Adrien, elle remarqua qu'il semblait pensif. Sentant ses yeux posés sur lui, Adrien se tourna vers elle et plongea son regard dans le sien. Marinette y lut une légère angoisse, aussi s'empressa-t-elle de lui adresser un sourire rassurant. Adrien lui rendit son sourire et prit une grande inspiration avec l'air de quelqu'un qui s'apprêtait à sauter dans le vide.
- Je suis vraiment désolé pour cette nuit Marinette, s'excusa-il du bout des lèvres. Tu n'aurais pas dû te déranger, je...
Marinette se redressa sur sa chaise, l'étonnement se lisant dans son regard d'azur.
- Mais Adrien, pourquoi est-ce que tu t'excuses ?
Adrien baissa les yeux, comme pris en faute.
- C'est que... Je n'ai pas vraiment l'habitude de... Enfin, j'ai un peu honte que tu m'aies vu dans cet état. Tu as dû mal dormir en plus, tu...
- Adrien, tu n'as pas à t'excuser pour ça, l'interrompit-elle.
Elle hésita un instant avant de formuler la suite de sa pensée.
- Tu as le droit de ne pas aller bien tu sais, lui dit-elle avec douceur.
Ces mots touchèrent Adrien plus durement qu'il ne l'aurait cru, et il sentit sa gorge se nouer malgré lui.
- Ce n'est pas rien tout ce qui t'arrive, continua-t-elle. Honnêtement, je crois que je serais beaucoup plus inquiète si tu me disais que tout va bien. Tu as le droit de craquer, ce n'est pas bon de garder tout ça pour toi.
Marinette s'interrompit, guettant les réactions d'Adrien.
- Et je te l'ai déjà dit, reprit-elle en esquissant un sourire qui se voulait apaisant. Je suis là si tu as besoin de réconfort, ou bien de quelqu'un avec qui parler. Tu as toujours été là pour moi, on a toujours pu compter l'un sur l'autre, alors hors de question de laisser tomber mon coéquipier, encore moins dans un moment pareil.
Marinette planta son regard dans les yeux verts d'Adrien, et il y lut tellement de bienveillance et de gentillesse qu'il en fut complètement bouleversé. Il était loin d'avoir l'habitude que quelqu'un s'inquiète pour lui, et la douceur et le soutien inconditionnel dont Marinette faisait preuve à son égard le touchaient en plein cœur.
Avant d'avoir pu se retenir, Adrien prit Marinette dans ses bras et la serra contre son cœur.
- Merci, murmura-t-il tout contre sa tempe.
Le cœur tambourinant sous sa poitrine, Marinette se laissa aller tout contre lui et ferma les yeux un instant. Il y avait toujours quelque chose d'enivrant dans l'idée d'être dans les bras d'Adrien, et ses joues ne pouvaient s'empêcher de se parer d'une jolie teinte rosée à ce contact. Mais elle se sentait de plus en plus sereine en sa présence, et elle réalisa qu'elle préférait largement ce sentiment de paix intérieure à la peur panique qu'elle ressentait auparavant lorsqu'elle se trouvait à proximité de lui.
Le reste du petit-déjeuner se déroula dans un silence confortable. Marinette et Adrien se lançaient de temps en temps des regards complices, et Marinette était heureuse de sentir Adrien apaisé.
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- Est-ce qu'on tente de repasser chez moi alors ? demanda Adrien en jetant un regard au pyjama de Marinette qu'il portait toujours sur lui.
Marinette approuva d'un hochement de tête.
- Si tu veux prendre une douche et t'habiller avant de partir, je crois que Maman a fait tourner tes vêtements d'hier, ils doivent être secs.
Adrien en resta un peu étonné et embarrassé par cette information. Lui qui avait toujours eu l'habitude d'avoir des domestiques, il réalisa qu'il ne s'était jamais vraiment demandé comment fonctionnaient les autres familles, mais le fait que Sabine ait fait spontanément sa lessive le dérangeait. Il se promit mentalement de trouver une solution et d'apprendre à s'occuper de lui-même et de ses affaires. Mais pour le moment, il devait retourner chez lui, et cette idée ne l'enchantait guère.
- Je vais en profiter pour aller faire une course, je reviens, ajouta-t-elle.
La voix de Marinette le sortit de ces considérations. Il acquiesça d'un air embarrassé et remercia Marinette avant de se glisser dans la salle de bain.
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Lorsqu'il en sortit fraîchement douché et habillé, Marinette venait juste de rentrer dans l'appartement, un sac de courses à la main. En l'apercevant, elle lui fit signe de la suivre dans sa chambre et lui dévoila le contenu du sac.
- Je devais faire une course pour mes parents et j'en ai profité pour faire le plein de camembert pour Plagg et te prendre ça, dit-elle en lui tendant une carte SIM neuve. J'ai peut-être un vieux téléphone à te prêter en dépannage, le temps que tu puisses t'en trouver un neuf. Mais au moins, personne ne risquera de te déranger sur ce téléphone. Et tu pourras donner ton nouveau numéro uniquement à qui tu en as envie.
Adrien resta un instant interdit face à tant de prévoyance. Décidément, Marinette n'était pas Ladybug pour rien.
- Merci beaucoup ma Lady, fit-il, reconnaissant. Tu penses vraiment à tout. Et ne t'inquiète pas pour le téléphone, j'en ai plusieurs tout neufs chez moi que j'avais reçu en cadeau, j'en récupèrerai un tout à l'heure.
Adrien considéra un instant le contenu du sac de courses et eut un sourire désabusé.
- En tout cas, merci d'avoir acheté du camembert pour Plagg, dit-il. Mais vraiment ça me gêne, ce n'est pas à toi de faire les courses pour lui. Surtout que c'est un puits sans fond, tu vas te ruiner, ajouta-t-il, ignorant l'exclamation indignée qui provenait de la poche intérieure de sa chemise. Je te rembourserai tout dès que j'aurai récupéré de l'argent chez moi.
Marinette leva la main avec un sourire pour lui signifier que ce n'était pas la peine.
- Bon, je vais prendre ma douche à mon tour et on y va, d'accord ? J'ai prévenu mes parents qu'on allait sortir, fit-elle, voyant qu'Adrien s'apprêtait à répliquer.
Sans attendre de réponse, elle fila s'enfermer dans la salle de bains, pressée d'en finir avec cette journée qui s'annonçait longue et pesante. Elle voyait bien que l'idée de devoir retourner chez lui ne réjouissait pas vraiment Adrien, mais elle espérait qu'il se sentirait un peu moins déraciné une fois ses affaires rapatriées ici.
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Alors qu'ils s'apprêtaient tous les deux à partir, Marinette ne put s'empêcher de remarquer que Adrien n'était pas du tout chaudement vêtu pour les températures hivernales qui sévissaient dehors, et elle sentit sa poitrine se dégonfler face à ce constat. Lorsqu'il s'était habillé la veille, Adrien n'avait clairement pas prévu de voir sa vie s'écrouler en une après-midi et de devoir fuir en laissant tout derrière lui. Il n'avait même pas de veste pour se couvrir.
Adrien s'apprêtait à se transformer mais Marinette le stoppa d'une main sur son bras.
- Tu es sûr que tu veux sortir en T-shirt ?
Adrien haussa les épaules.
- Une fois transformé, je ne sentirai plus rien, mon costume me protègera. Et puis je récupèrerai des affaires plus chaudes au manoir.
- Mais tu vas mourir de froid en manches courtes dehors si jamais tu as besoin de te détransformer pour une raison ou pour une autre, lui fit-elle remarquer.
Pour toute réponse, Adrien haussa de nouveau les épaules, mais Marinette ne s'avoua pas vaincue. Elle sembla hésiter un instant, puis, sous le regard interrogateur d'Adrien, elle se dirigea vers la grande malle qui trônait dans un coin de sa chambre pour en sortir un assez gros paquet. Elle le tendit à Adrien en rougissant légèrement.
- Tiens, en attendant, ça te dépannera. Je... Je l'avais fait pour toi.
- Pour moi ? fit Adrien d'un air éberlué en prenant le paquet sans comprendre.
Marinette hocha la tête de haut en bas, sentant ses joues de plus en plus chaudes.
- Je voulais te l'offrir à Noël mais... je n'ai pas osé. Finalement ça tombe bien.
Embarrassée par cet aveu, Marinette détourna la tête, mais Adrien était bien trop occupé à fixer du regard le paquet qu'il tenait entre les mains.
Marinette lui avait fait un cadeau.
Un cadeau qu'elle voulait visiblement lui donner pour Noël.
Une douce chaleur se diffusa dans sa poitrine à cette idée. Qu'est-ce que ce paquet pouvait bien contenir ? Intrigué, il l'ouvrit rapidement, et son sourire fut remplacé par une expression plus qu'étonnée lorsqu'il en déplia un magnifique sweatshirt noir.
- Marinette ! C'est... C'est toi qui l'a fait ? lui demanda-t-il avec une excitation non dissimulée tout en admirant le sweatshirt d'un air émerveillé.
Marinette acquiesça timidement, ce qui ne fit qu'accentuer le sourire qui éclairait le visage d'Adrien. Il bondissait littéralement sur place de joie.
- Je n'en reviens pas que tu te sois donnée autant de mal pour me faire un sweatshirt ! Tu es vraiment adorable, il est superbe ! Mais pourquoi est-ce que tu n'as pas osé me le donner ?
Marinette piqua un fard et se mit à tortiller ses deux mains jointes devant elle.
- Je... Je ne sais pas, lâcha-t-elle le cœur battant, tout en sachant très bien qu'elle s'était dégonflée une fois de plus au moment de lui offrir.
Qu'est-ce qu'elle pouvait bien se sentir ridicule à présent.
Adrien passa ses bras autour de ses épaules et lui plaqua un baiser sonore sur la joue, coupant court à ses pensées.
- Vraiment merci, tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir Marinette ! Tu as un talent fou, il est super beau ! Merci merci !
Adrien semblait réellement touché par le cadeau de Marinette ; il s'empressa de l'enfiler et se planta devant la glace pour l'admirer sous toutes ses coutures.
- Il est tout doux et bien chaud, je crois que je ne vais plus le quitter, annonça-t-il. Je ne sais même plus comment te remercier pour tout ce que tu fais pour moi. Merci encore, ajouta-t-il, le regard étincelant de bonheur.
Marinette était aux anges ; la réaction sincère d'Adrien lui faisait réellement plaisir, et elle était ravie d'avoir eu le courage de finalement lui offrir ce cadeau qu'elle avait mis de longues heures à préparer.
- On y va du coup ? fit-elle timidement, arrachant à contrecoeur son coéquipier à la contemplation du vêtement. On fait un saut chez Maître Fu pour lui rendre Nooroo et Duusu, et on pourra passer chez toi ensuite. Je ne serai tranquille que lorsque ces Miraculous seront revenus en sa possession.
Adrien hocha la tête, mais Marinette remarqua que son regard s'était éteint. Il tendit malgré tout sa main vers la jeune fille qui la saisit sans hésiter, et ils se transformèrent ensemble, dans une parfaite synchronicité.
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Les deux super-héros atterrirent silencieusement dans le quartier de Maître Fu, à quelques pas de la demeure du vieux Gardien. Ils relâchèrent leurs transformations dans une ruelle complètement déserte, et Marinette guida Adrien dans le dédale de petites rues que le jeune homme n'avait encore jamais eu l'occasion d'emprunter. La jeune fille finit par s'arrêter devant une porte et sonna. Sans attendre de réponse, elle s'invita à l'intérieur en intimant Adrien de la suivre.
Maître Fu semblait avoir anticipé leur venue : lorsqu'il pénétrèrent dans la pièce principale, le Gardien était en train de verser du thé dans un assortiment de tasses de différentes tailles posées sur un petit plateau de bambou devant lui. Marinette se doutait que les plus petites tasses étaient pour les kwamis, et un sourire apparut sur son visage en voyant Wayzz tremper goulûment ses lèvres dans son breuvage.
- Bonjour Ladybug, bonjour Chat Noir, les accueillit simplement le vieux Gardien avec un sourire avenant en leur faisant signe de s'asseoir. Bienvenue.
- Bonjour Maître Fu, bonjour Wayzz, répondit Marinette en s'agenouillant devant le vieil homme.
Adrien fut un peu surpris de se voir salué sous l'identité de son alter ego alors qu'il n'était pas transformé, mais il se ressaisit rapidement et le salua à son tour avant de s'installer à côté de Marinette. Il était légèrement tendu, mais de voir que sa coéquipière semblait parfaitement à l'aise chez le vieil homme le rassura. Tout en s'agenouillant face à lui, Adrien ne put s'empêcher de jeter un œil curieux autour de lui.
Pendant ce temps, Tikki et Plagg étaient sortis de leurs cachettes respectives et se jetèrent sur Wayzz qui semblait tout autant ravi de les revoir.
Marinette s'éclaircit légèrement la voix et prit la parole :
- Nous sommes venus vous rendre les Miraculous du Papillon et du Paon, annonça-t-elle en sortant les deux bijoux de son petit sac à main qui ne la quittait jamais. Le Papillon est enfin vaincu, mais... vous êtes certainement au courant.
Marinette souligna la fin de sa phrase par un regard de côté en direction de son partenaire qui se tenait immobile, les deux poings serrés sur ses genoux.
- Merci Marinette, dit le vieux Gardien en prenant délicatement les deux Miraculous que la jeune fille lui tendait. Je vous félicite d'avoir rempli votre mission, mais je n'en attendais pas moins de vous. Je n'ai jamais douté de vos capacités. Vous êtes vraiment deux personnes exceptionnelles.
Marinette et Adrien se sentirent rougir face à ces compliments inattendus.
- Et merci également d'avoir ainsi réparé les erreurs que j'ai commises il y a tant d'années, ajouta Maître Fu d'un air humble. La Miracle Box est à nouveau complète, grâce à vous. Je ne sais comment vous remercier.
A défaut de trouver les bons mots, Maître Fu leur glissa une tasse fumante dans les mains. Adrien s'en saisit sans conviction et la reposa devant lui ; son estomac était trop noué pour avaler quoi que ce soit. Le geste ne passa pas inaperçu pour Maître Fu qui se tourna vers lui.
- Comment te sens-tu Adrien ? lui demanda-t-il avec un regard bienveillant.
Pris de court, Adrien détourna la tête en esquissant un sourire désabusé.
- Je ne sais pas trop, dit-il honnêtement. Je pense qu'il va me falloir un peu de temps pour digérer tout ça.
Le regard perçant de Maître Fu ne quittait pas le jeune homme, comme s'il cherchait à lire son âme.
- Adrien, dit-il. Le jour où je t'ai confié ton Miraculous, jamais je n'aurais pu prévoir que l'histoire prendrait une telle tournure. Mais pas une seconde je ne regrette mon choix. Tu étais fait pour porter ce Miraculous, même s'il t'a conduit à faire face à une situation des plus compliquée et douloureuse. Tu es un véritable Chat Noir. Et si jamais tu n'en es pas convaincu, Plagg pourra en attester.
Les lèvres pincées, Adrien ne répondit rien.
- Le plus important à présent est que tu sois bien entouré, répondit le vieux Gardien.
- Je le suis, affirma-t-il en prenant la main de Marinette dans la sienne, son visage s'éclairant instantanément.
Marinette serra sa main en retour avec un clin d'œil. Maître Fu hocha la tête d'un air satisfait.
- Maître, commença prudemment Marinette. Nooroo et Duusu ne semblent pas vouloir sortir de leurs Miraculous. Ils ne sont pas réapparus depuis qu'on les a récupérés.
Maître Fu concentra son attention sur les deux bijoux qu'il tenait encore dans sa main et les ausculta longuement. Adrien et Marinette retenaient leur souffle sans s'en rendre compte.
- C'est bien ce que je craignais, finit par dire le vieux Gardien. Nooroo est un kwami très sensible, et aller contre sa nature pendant toutes ces années l'a profondément affecté. Il lui faudra du temps avant qu'il ne se remette de cette utilisation abusive.
Marinette sentit la main d'Adrien serrer la sienne un peu plus fort.
Maître Fu leva le Miraculous du Paon à la lumière.
- Quant au Miraculous du Paon, celui-ci est bien endommagé et Duusu est affaibli, conclut-il avec un soupir. Il ne ressortira pas tant qu'il ne sera pas réparé.
Marinette et Adrien furent étonnés de voir le visage de Maître Fu se décomposer ; il semblait soudain abattu par ces découvertes. Le vieil homme laissa échapper un soupir.
- Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas, proposa spontanément Marinette. Peut-être pouvons-nous vous assister ?
Maître Fu acquiesça avec reconnaissance, mais ne se départissait pas de son air préoccupé.
- Je te remercie Marinette. Mais j'ai bien peur que la solution ne se trouve pas entre nos mains.
Face au regard empli de questions de la jeune fille, le Gardien se sentit obligé de s'expliquer.
- Je repousse ce voyage depuis de nombreux mois. Mais je ne peux plus le reporter indéfiniment.
Il leva les yeux.
- Je vais me rendre au Temple des Gardiens, dit-il d'un air à la fois déterminé et anxieux.
Cette annonce fut suivie d'un silence.
- Seul l'Ordre des Gardiens est en mesure de sauver ce Miraculous. Ils connaissent des techniques que je n'ai jamais pu apprendre. Je reviendrai une fois que le Miraculous du Paon sera réparé. Je vous donnerai des nouvelles de mon avancement, bien entendu.
Marinette et Adrien acquiescèrent simultanément, ravis que Maître Fu ait une solution pour réparer le Miraculous du Paon. Malgré tout, les sentiments d'Adrien semblaient mitigés. Il resta un instant silencieux, ne sachant pas comment formuler ce qui le travaillait.
Sentant que leur échange touchait à sa fin, Marinette reprit la parole.
- Merci pour tout Maître, nous n'allons pas vous déranger plus longtemps, annonça-t-elle en se levant. Vous ...
- Est-ce que vous allez nous reprendre nos Miraculous maintenant que le Papillon a été arrêté ? demanda subitement Adrien, lui coupant involontairement la parole.
La réponse à cette question semblait l'angoisser au plus haut point.
- C'est que... C'est un peu égoïste mais je m'y suis attaché, se justifia-t-il. Je ne me vois vraiment pas me séparer de Plagg maintenant, il...
Il s'interrompit brusquement en voyant Maître Fu ouvrir la bouche, redoutant les paroles du vieux Gardien. Mais à sa grande surprise, il secoua négativement la tête.
- Je ne compte pas vous reprendre vos Miraculous pour le moment.
A ces mots, Marinette et Adrien se lancèrent un regard à la fois incrédule et soulagé. Ni l'un ni l'autre n'était prêt à abandonner aussi abruptement leurs vies et leurs pouvoirs de super-héros après tant d'années.
Leur joie fut de courte durée.
- Mais je vais certainement devoir rendre des comptes une fois au Temple, ajouta le vieux Gardien avec une moue d'excuse. Et ce qui va se passer là-bas sera indépendant de ma volonté, j'en ai bien peur. L'Ordre des Gardiens peut tout à fait me demander de leur restituer la Miracle Box complète.
A ces mots, Adrien paniqua. Leurs aventures allaient-elles réellement se terminer ainsi ?
Il sentit Marinette serrer sa main dans une tentative de le réconforter, mais l'idée d'être potentiellement séparé de Plagg lui mina le moral. Marinette elle-même sentit sa poitrine se dégonfler à l'idée de perdre Tikki, son amie et confidente depuis ses 14 ans. Maître Fu dut sentir leur détresse et il leur adressa un sourire encourageant.
- Je ne dis pas que c'est forcément ce qui va se produire, tenta-t-il de les rassurer. Et je vous promets de plaider en votre faveur si jamais la question est soulevée lorsque je serai sur place. Je sens que Paris a encore besoin de Ladybug et Chat Noir. Votre temps n'est pas encore venu.
Le vieux Gardien se leva.
- Je vous tiendrai au courant dès que possible. Wayzz, ajouta-t-il à l'adresse de son kwami. Peux-tu aller prévenir Kaalki de se préparer ? Nous partirons demain matin à la première heure.
Wayzz acquiesça et plongea la tête la première dans le pavillon du gramophone qui dissimulait la Miracle Box.
Résignés, Marinette et Adrien se levèrent sans entrain et Maître Fu les raccompagna jusqu'à la porte.
- Ayez confiance en l'avenir, leur dit-il avec un sourire encourageant. De mon côté, j'espère revenir rapidement avec des réponses.
Marinette et Adrien acquiescèrent faiblement, légèrement démoralisés, et prirent congé de Maître Fu.
Ils s'arrêtèrent dans la ruelle qui leur avait servi d'abri pour se détransformer un peu plus tôt et se lancèrent un regard misérable ; tous deux savaient pertinemment qu'ils ne devaient pas prendre les paroles de Maître Fu pour argent comptant, mais restituer leurs Miraculous à l'Ordre des Gardiens leur paraissait être une étape inévitable maintenant qu'ils avaient rempli leur mission. Les Miraculous ne leur appartenaient pas. Et à présent que le danger avait été écarté et les Miraculous manquants retrouvés, leur place originelle était au sein de la Miracle Box avec les autres bijoux. Malgré tout, cette idée était réellement démoralisante, et les deux adolescents ne s'étaient pas attendus à cela lorsqu'ils avaient mis les pieds chez le vieux Gardien quelques instants plus tôt.
Tous deux relâchèrent un lourd soupir qu'ils n'avaient pas conscience de retenir.
Sentant que le moral de leurs porteurs était plus que vacillant, Tikki et Plagg sortirent de leurs cachettes respectives. Marinette tendit ses deux mains vers eux, et les deux kwamis se posèrent dans ses paumes.
- Tikki, Plagg, est-ce qu'on va vraiment devoir vous dire adieu lorsque Maître Fu reviendra du Temple ?
Il lui en coûta de prononcer ces mots, mais elle se devait de leur poser la question. Le regard qu'Adrien lui lança était si triste qu'elle eut l'impression qu'elle venait de lui arracher le cœur de sa poitrine.
- Ne faîtes pas cette tête-là, pépia Tikki avec un sourire rassurant. Il est possible que l'Ordre des Gardiens demande la Miracle Box au complet, mais ce ne sera pas forcément le cas.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé avec les anciens porteurs lorsqu'ils ont rempli leur mission ? Comment se sont passés les... les adieux avec vous ? Oh Tikki, je ne veux pas te quitter maintenant...
La voix de Marinette se brisa légèrement. Le regard de Tikki s'embruma, et le cœur de sa porteuse se mit à battre plus fort sous sa poitrine. Plagg ne pipa mot, mais la façon dont il alla se poser sur l'épaule d'Adrien les oreilles baissées en disait long.
- Moi non plus je ne veux pas te quitter Marinette, répondit Tikki. Tu es une formidable Ladybug. Et je sais que Plagg ne veut pas quitter Adrien non plus, il est très attaché à lui. Ils ont un lien très fort tous les deux.
Les lèvres d'Adrien s'étirèrent en un léger sourire empli de reconnaissance qu'il adressa à son kwami.
- Tout dépend de la situation et des porteurs des Miraculous, expliqua Tikki. Chaque cas est unique. Si l'Ordre estime que le porteur n'a pas été digne de son Miraculous ou bien si le lien avec son kwami n'est pas suffisamment fort, il réclame la restitution des bijoux une fois la mission achevée. C'est parfois arrivé, mais ce sont des situations assez rares. Les porteurs sont toujours choisis avec soin, et les Gardiens se trompent très rarement. Et dans votre cas, Maître Fu a exceptionnellement bien identifié votre potentiel. Et si l'Ordre sent un danger imminent, ou bien s'il estime que la mission du porteur du Miraculous n'est pas finie, ou encore qu'il sait que le séparer de son kwami fera plus de mal que de bien à l'équilibre de l'univers, et que celui-ci continuera à faire bon usage du Miraculous, alors le porteur a le droit de le conserver.
Un poids sembla soudain se lever des épaules de Marinette et Adrien.
- Donc ça veut dire qu'on a des chances de pouvoir vous garder ! s'exclama Adrien d'un air soulagé en attirant Plagg tout contre lui. Et puis il est clair que ce ne serait pas un service à rendre à l'univers de te séparer de Tikki, ma Lady, Paris serait perdu sans toi, ajouta-t-il d'un air si sérieux que Marinette laissa échapper un petit rire à la fois gêné et empli d'affection.
- En tout cas, ne pensez plus à ça pour le moment, reprit Tikki. Ça ne sert à rien d'angoisser à l'avance, vous aviserez lorsque Maître Fu reviendra.
Les deux adolescents acquiescèrent, un peu soulagés malgré cette question en suspens.
Adrien s'apprêtait à se transformer, mais Marinette se tourna vers lui.
- Avant de partir... tu ne voulais pas parler de ta mère à Maître Fu ?
Adrien considéra la question et secoua négativement la tête.
- Pas pour le moment. Pas tant que je n'ai pas compris ce qu'il s'est passé.
Marinette acquiesça, le regard compréhensif.
Sans se lâcher la main, les deux adolescents se lancèrent un regard entendu et se transformèrent à nouveau avant de s'élancer vers leur dernière étape : le manoir Agreste.
Encore une fois mille mercis à mes lecteurs qui deviennent des réguliers, ça fait tellement plaisir !
Merci plus particulièrement à CDNg, Alixe, Sarah70801, ilai, et Fan miraculous, vos petits mots me donnent envie d'écrire le plus vite possible et de vous poster la suite !
C'est tout pour le moment.
Bug out!
