(Après ma petite digression avec The White Room qu'il fallait absolument que je sorte de mon système avant le double épisode final, retour à nos programmes habituels).
Résumé : La deadline pour rendre ses dossiers d'entrée dans les écoles de mode de ses rêves approche, et les nuits de Marinette sont de plus en plus courtes...
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CHAPITRE 20
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Les semaines défilaient bien trop rapidement au goût de Marinette qui peinait à tout concilier entre les cours, les révisions pour le bac, et ses portfolios à terminer pour ses concours d'entrée. Les sorties entre amis se faisaient beaucoup plus rares, et même ses propres parents se plaignaient de ne plus la voir. Marinette faisait tout pour jongler entre ses différentes activités, mais elle avait beau se donner à fond, elle se retrouvait souvent à travailler très tard et avait de plus en plus de mal à se lever le matin.
De son côté, Adrien s'était fixé comme mission personnelle de lui rendre la vie la plus facile possible, n'hésitant pas à prendre son tour de vaisselle ou de ménage à la maison, ou bien encore à l'aider à réviser le plus efficacement possible. Inlassablement, il se levait tous les matins avant elle pour lui préparer un petit-déjeuner équilibré et remontait la réveiller en douceur. Malgré les cris et les protestations de sa coéquipière qui préférait se renfouir sous la couette, il ne baissait jamais les bras et s'assurait toujours qu'elle ne soit pas en retard et qu'elle parte en cours le ventre plein et ses affaires au complet. Marinette lui avait plusieurs fois demandé d'arrêter de vouloir tout gérer pour elle, mais Adrien était têtu et ne baissait pas les bras si facilement. Sa Lady méritait de travailler dans les meilleures conditions possibles, et il était ravi de pouvoir l'aider d'une façon ou d'une autre. Il ne se rendait absolument pas compte que Marinette en avait plus qu'assez d'être maternée ainsi, et avec le stress doublé de l'état d'épuisement dans lequel elle se trouvait, elle avait largement atteint les limites de sa patience.
Le jour où Adrien voulut lui préparer sa tenue à l'avance afin d'optimiser sa matinée fut la goutte qui fit déborder le vase, et Marinette, exténuée, s'énerva pour de bon.
- Adrien, je te jure que si tu continues, tu n'auras plus le droit de mettre un pied dans la chambre ! cria-t-elle, excédée. Combien de fois je t'ai dit que je voulais que tu arrêtes de tout décider pour moi ? Laisse-moi me lever quand je veux, laisse-moi manger ce que je veux, et laisse-moi faire CE QUE JE VEUX ! Arrête de me materner comme ça et laisse-moi respirer !
- Mais je veux juste te rendre la vie plus facile, se défendit Adrien. Comme ça tu n'as rien d'autre à penser que ton travail, tu...
- ADRIEN ARRÊTE !
Marinette avait hurlé si fort qu'Adrien se tut, choqué.
- Ça fait plusieurs jours que je te dis STOP et tu ne m'écoutes absolument pas, expliqua-t-elle tout en essayant de garder son sang-froid. Je n'ai pas besoin d'être assistée comme ça, alors arrête. S'il te plaît.
Un froid tomba dans la pièce. Au bout d'un long moment, Adrien reprit la parole :
- De toute façon, tu n'as jamais vraiment eu besoin de moi, asséna-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
Tous les non-dits et les sous-entendus qu'impliquait cette phrase blessèrent Marinette bien plus que cela n'aurait dû. Malgré tout, un sentiment d'injustice et de culpabilité s'empara d'elle : elle avait beau se dire que tout cela partait d'un bon sentiment et qu'Adrien agissait ainsi par pure gentillesse et dévotion, elle était beaucoup trop épuisée pour gérer sereinement ses émotions et détestait le fait qu'il ne prenne pas en compte ce qu'elle lui disait.
Ils se fixèrent longtemps, le regard dur, sans un mot. Excédée, Marinette préféra ne pas envenimer les choses et fit volte face pour s'installer devant sa machine à coudre en lui tournant obstinément le dos.
- C'est bien ce que je pensais, lâcha sombrement Adrien.
Le ton de sa voix fit frissonner Marinette ; elle pouvait voir à quel point son accès de colère l'avait blessé, mais elle en avait assez. Elle l'entendit quitter la chambre et descendre à l'étage inférieur en claquant la porte de la trappe sur son passage, et elle ne put s'empêcher de pousser un long soupir douloureux, le ventre noué.
Elle essaya de mettre momentanément leur brouille de côté pour se focaliser sur son travail ; dans l'état d'esprit dans lequel ils se trouvaient tous les deux, elle savait pertinemment qu'essayer de le rattraper et de s'expliquer ne ferait qu'envenimer les choses.
A contrecoeur, elle s'enferma dans sa chambre tout le reste de la journée pour avancer au maximum son portfolio ; la deadline arrivait rapidement et elle craignait de ne pas être prête. Malgré tout, elle détestait l'idée de s'être disputée avec Adrien, et elle appréhendait le moment où ils allaient se retrouver à nouveau tous les deux dans la même pièce.
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Un peu plus tard dans la journée, Marinette se décida à sortir de son antre et de braver l'orage qui se profilait à l'horizon. Elle aperçut Adrien assis sur le canapé, absorbé par une partie de Ultimate Mecha Strike IV ; ses gestes saccadés trahissaient son énervement, et Marinette redoutait déjà la discussion qui s'annonçait houleuse. Elle s'avança doucement vers lui, le ventre noué, mais lorsqu'Adrien l'aperçut, il termina sa partie à la hâte et éteignit la console d'un geste brusque. Son visage était fermé, et Marinette pouvait voir qu'il ruminait encore leur dispute. Il se leva et passa devant elle sans un regard, mais Marinette l'arrêta en posant sa main sur son poignet.
- Adrien, écoute-moi s'il te plaît.
Les lèvres pincées, Adrien détourna la tête.
- Si c'est pour me hurler encore une fois dessus c'est pas la peine, lâcha-t-il d'une voix sinistre.
- Justement, je voulais te dire que... je suis désolée de m'être énervée. On aurait pu s'expliquer autrement, je n'aurais pas dû crier comme ça. Mais je suis tellement stressée en ce moment que je n'ai plus trop de patience.
A ces mots, Adrien se radoucit et se tourna vers Marinette.
- Non, c'est moi qui suis désolé, soupira-t-il, toute trace de colère ayant disparu de son visage. Je te demande pardon. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Tu as raison, je sais bien que tu n'as pas besoin de moi mais je ne t'ai pas écoutée. Je suis désolé si tu as eu l'impression que je t'étouffais. Je... Je voulais juste t'aider, mais à partir de maintenant, je te promets de te laisser tranquille.
Marinette sentit son estomac se dénouer légèrement, et elle esquissa un doux sourire en prenant sa main dans la sienne.
- Je sais bien que tu ne pensais pas à mal en faisant tout ça, mais... merci de le reconnaître, dit-elle avec honnêteté.
Adrien eut un sourire d'excuse et s'assit à côté d'elle sur le canapé, sans lâcher sa main. Marinette planta son regard dans le sien ; il y avait toujours quelque chose qui la chiffonnait dans le discours d'Adrien et elle souhaitait rectifier le tir pour ne pas qu'il se fasse de fausses idées.
- Par contre, tu te trompes si tu penses que je n'ai pas besoin de toi, affirma-t-elle. Au contraire, je ne sais pas ce que je ferais sans toi, Chaton. Tu es mon partenaire. On est une équipe, et ça, ça ne changera jamais.
Elle fit une pause, cherchant ses mots.
- Mais en ce moment, tout ce dont j'ai besoin, c'est que tu prennes en compte ce que je te dis, expliqua-t-elle. Fais-moi confiance, Adrien.
- Oui, promis, je suis vraiment désolé de ne pas t'avoir écouté, répondit-il instantanément. Mais tu sais bien que j'ai une confiance aveugle en toi, ma Lady.
La courbette exagérée suivie du baisemain que lui fit Adrien dans la foulée acheva de la dérider.
- Bon, on n'en parle plus, fit-elle avec un sourire, et Adrien acquiesça vivement, soulagé que leur dispute n'ait pas duré.
- Tu veux prendre un petit goûter pour faire une pause ? suggéra-t-il.
Marinette acquiesça vivement.
- Pas longtemps parce que je dois terminer le costume ce soir, mais je meurs de faim !
- Tu as bien avancé ? J'imagine que oui vu que je n'étais plus sur ton dos, la taquina-t-il.
- Adrien... le prévint-elle en levant les yeux au ciel.
- Ok Ok, je plaisante, on a dit qu'on n'en parlait plus, j'arrête ! s'empressa-t-il de répondre avec de grands gestes.
Marinette lui lança un regard noir, mais Adrien voyait bien qu'elle n'était pas fâchée.
- Oui, j'ai bien avancé, répondit-elle en relâchant un soupir. Mais il me reste la veste à terminer. Tu crois que tu pourras essayer le costume demain soir quand je rentre du lycée pour que je voie ce qu'i reprendre ?
Marinette avait à peine terminé sa phrase qu'Adrien hocha énergiquement la tête.
- Bien sûr, ma Lady !
Un poids sembla se lever de ses épaules.
- Merci, répondit-elle avec un sourire reconnaissant. Il faut vraiment que je finisse tout ce soir pour pouvoir reprendre les erreurs dans les prochains jours et fignoler le dossier. La deadline est à la fin de la semaine, tout doit être nickel 24 heures avant pour être large.
- Allez, courage, tu as fait le plus gros ! l'encouragea Adrien avec un sourire.
Le regard incertain de Marinette trahissait son angoisse mais elle ne préféra rien répondre. Elle but d'une traite le chocolat chaud qu'elle venait de se préparer et attrapa plusieurs cookies avant de remonter rapidement dans sa chambre pour se remettre à travailler. Adrien voyait bien à quel point elle était stressée, aussi préféra-t-il terminer de réviser tranquillement le bac blanc du lendemain dans le salon pour ne pas la déranger. Il avait retenu la leçon.
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Lorsqu'il remonta dans la chambre dans la soirée, Marinette était toujours penchée au-dessus de sa machine à coudre, complètement absorbée par son travail. Il s'approcha le plus discrètement possible pour ne pas la distraire, mais sa coéquipière se redressa en l'entendant arriver et arrêta la machine à coudre.
- Désolé, je ne voulais pas te déconcentrer, fit Adrien qui en profita pour passer ses bras autour de ses épaules et poser son menton sur le haut de son crâne.
Marinette se laissa aller dans son étreinte et ferma momentanément les yeux ; elle semblait épuisée.
- Non, ne t'inquiète pas. C'est juste cette veste qui me donne du fil à retordre. Littéralement... ajouta-t-elle avec une grimace lorsqu'elle se rendit compte de son jeu de mots involontaire.
Adrien laissa échapper un petit rire.
- J'aime quand tu fais des jeux de mots, ma Lady.
- Tu parles, c'est toi qui déteins sur moi, lui rétorqua-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine.
Pour toute réponse, Adrien lui déposa un baiser sur la tempe.
- Je vais aller me coucher, tu viens ou tu as encore du boulot ? demanda-t-il.
- Pas tout de suite, il faut vraiment que je termine ça.
- Ne veille pas trop tard quand même, lui conseilla Adrien.
Marinette lui jeta instantanément un regard courroucé ; Adrien leva ses deux mains en l'air comme si elle avait braqué un pistolet sur lui, un petit sourire suspendu à ses lèvres.
- C'est juste un conseil, ma Lady, ne t'énerve pas, dit-il en haussant les épaules avec nonchalance. Même si ta petite moue énervée te va comme un gant, je trouve que tu files un mauvais coton, et de fil en aiguille, tu vas te retrouver avec le moral dans les chaussettes.
- Adrien... grinça Marinette entre ses dents.
- Je sais, je sais, continua-t-il sur sa lancée. Mais je peux t'assurer que tu n'as pas à t'en faire parce que tu vas battre tous les autres concurrents à plate couture, ça ne fait pas un pli. C'est dans la poche tes concours, tu peux me croire !
- Adrien ! cria-t-elle, mi-amusée mi-excédée.
- Bon d'accord, j'arrête, fit-il d'un air faussement déçu. Mais c'est dommage, j'avais encore quelques jeux de mots à base de « paire de manches », de « changer d'avis comme de chemise », et de « me faire porter le chapeau », mais promis, je te lâche les baskets.
Il évita de peu le coussin que lui envoya Marinette et détala à l'autre bout de la pièce avec un rire digne d'un Gremlin qui aurait fait une bêtise.
- File te coucher, espèce d'andouille ! lança-t-elle en levant les yeux au ciel avant de se tourner à nouveau vers sa machine à coudre.
Adrien se mit rapidement en pyjama et s'arrêta à son niveau pour lui plaquer un baiser sonore sur la joue au passage avant de grimper sur la mezzanine.
- Bonne nuit ma Lady, ronronna-t-il.
- Bonne nuit Chaton, je te rejoins dès que j'ai fini la veste, promit-elle.
Adrien acquiesça pour lui signifier qu'il l'avait entendue et monta à l'étage pour s'engouffrer sous la couette avec un soupir de satisfaction. Le bruit de la machine à coudre qui tournait en bas le berça, et il ne mit pas longtemps à sombrer dans les bras de Morphée.
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Adrien se réveilla en sursaut au beau milieu de la nuit ; le cœur battant à la chamade, il essaya de reprendre ses esprits, son corps paralysé par un cauchemar glaçant. Les images de son rêve s'évaporèrent au moment-même où il ouvrit les yeux, mais ce cauchemar lui laissa un sentiment de malaise qui lui noua l'estomac et lui donna la nausée. Haletant, il resta allongé sur le dos et leva les yeux vers la lucarne ; le ciel d'un noir d'encre au-dessus de lui le conforta dans l'idée qu'il était encore beaucoup trop tôt pour se lever et qu'il ferait mieux d'essayer de se rendormir. Il tourna machinalement la tête et s'apprêtait à se blottir dans les bras de Marinette pour se réconforter, comme à son habitude, mais son cœur manqua un battement en réalisant que sa coéquipière n'était pas à côté de lui. Légèrement décontenancé, il vérifia l'heure sur son téléphone et fronça les sourcils ; Marinette aurait dû être couchée depuis longtemps. Il jeta un regard confus autour de lui et se rendit compte que la lumière du bureau de Marinette était toujours allumée en bas.
- Oh non... J'espère qu'elle n'est pas encore en train de travailler à cette heure-ci, s'inquiéta-t-il.
Légèrement préoccupé par cette idée, il repoussa les couvertures et s'empressa de sortir du lit.
Après la journée houleuse qu'ils venaient de traverser, Adrien se doutait que Marinette risquait de se mettre à nouveau en colère s'il intervenait, mais il ne pouvait décemment pas la laisser faire une nuit blanche alors qu'ils avaient un bac blanc le lendemain. Il s'emmitoufla dans une couverture et descendit rapidement l'escalier sur la pointe des pieds.
La scène sur laquelle il tomba lui serra le cœur : il trouva sa coéquipière recroquevillée sur elle-même, endormie à son bureau, entourée de croquis et de morceaux de tissus en vrac.
Il s'approcha doucement d'elle et essaya de la réveiller.
- Ma Lady ? tenta-t-il en passant tendrement sa main dans son dos pour tenter de la faire émerger en douceur.
Il était hors de question qu'elle passe la nuit à moitié allongée sur son bureau dans une position qui avait l'air plus qu'inconfortable.
- Ma Lady ? insista-t-il. Buginette, réveille-toi, tu ne peux pas rester là, il faut que tu viennes te coucher.
Marinette grommela entre ses dents mais les mouvements de la main qu'Adrien passait doucement dans son dos finirent par la réveiller complètement. Elle se redressa maladroitement, le corps fourbu de s'être endormie dans une position bizarre. Elle cligna plusieurs fois des yeux en constatant qu'Adrien se tenait accroupi à côté d'elle, son expression légèrement inquiète.
- Il faut que tu viennes te coucher Buginette, il est super tard, tu ne vas jamais tenir demain en cours.
L'esprit brumeux, Marinette mit quelques instants à comprendre où elle se trouvait ; la mémoire lui revint d'un coup, et elle se redressa d'un bond dans une panique totale avec des gestes désordonnés.
- Oh non non non, ne me dis pas que je me suis endormie ! s'affola-t-elle. Il faut que je m'y remette, j'ai perdu du temps, il faut...
- Marinette ! Marinette ! Regarde-moi, l'interrompit Adrien attrapant ses deux mains qui volaient dans tous les sens dans les siennes avec le plus de douceur possible.
Il savait pertinemment que lorsque Marinette était ainsi plongée dans ses créations, elle pouvait se noyer dans son boulot ; Adrien la sentait en apnée depuis quelque temps, et il voyait sa réserve d'oxygène diminuer à vue d'œil. Il détestait l'idée qu'elle s'épuise à ce point pour son concours d'entrée, et il s'arma de patience et de tact pour essayer de lui faire entendre raison.
- Je t'admire à travailler avec autant de passion et de détermination, dit-il avec douceur. Mais il faut que tu te reposes aussi.
- Mais tu ne comprends pas Adrien, s'énerva-t-elle. Je joue mon avenir là ! Je n'ai pas du tout fini, je n'aurai jamais le temps de terminer ce costume si je ne m'y remets pas tout de suite, je...
- Ma Lady, écoute-moi, la coupa-t-il gentiment mais fermement.
Il espérait vraiment qu'elle ne se mette pas en colère avant qu'il n'ait pu lui dire ce qu'il avait sur le cœur.
- Marinette, il faut vraiment que tu te reposes un peu. Je vois bien que tu es épuisée. Je sais que tu voulais absolument terminer la veste ce soir, mais dans tous les cas, tu l'auras finie demain, ça te laisse toujours suffisamment de temps pour boucler ton dossier.
Marinette restait obstinément silencieuse, le regard buté. Adrien soupira.
- Tu ne vas jamais tenir demain si tu fais une nuit blanche, ça serait dommage que tu rates le bac blanc à cause de ça. Allez, sois raisonnable.
La mine renfrognée de Marinette lui indiquait qu'elle n'était pas encore prête à lâcher prise. Elle n'avait plus aucun recul mais elle s'obstinait à se plonger corps et âme dans son projet, quitte à y laisser des plumes.
- Marinette, s'il te plaît, viens te coucher, la supplia Adrien. Tu pourras terminer demain en rentrant de cours, tu auras l'esprit bien plus clair.
A ces mots, les grands yeux bleus de Marinette s'embuèrent de larmes de fatigue et de frustration.
- Mais si je viens me coucher maintenant, je vais perdre du temps... objecta-t-elle avec une moue boudeuse.
Adrien s'approcha encore d'elle et passa affectueusement sa main sur sa joue, chassant du bout de son pouce les quelques larmes qui avaient coulé le long de son menton. Le regard empli de détresse que Marinette lui adressa lui provoqua un pincement au cœur.
- Je te promets que tu seras beaucoup plus efficace demain après une bonne nuit de sommeil, la rassura-t-il. Je sais que j'ai promis de t'écouter et de te faire confiance, mais je ne fais pas ça pour t'embêter, tu sais bien que je ne me mettrai jamais en travers de ton rêve, bien au contraire. Je veux t'encourager le plus possible parce que je sais que tu es la meilleure et que tu vas être reçue aux deux concours d'entrée et que tu n'auras que l'embarras du choix parce que toutes les plus grandes écoles du monde te voudront ! Tu es si ingénieuse et créative, et tu es en train de monter un dossier en béton ! Alors fais-moi confiance quand je te dis que tu n'as pas besoin de t'épuiser comme ça.
- Mais je ne vais jamais y arriver... se lamenta-t-elle en enfouissant son visage dans ses deux mains.
- Bien sûr que si tu vas y arriver ! Crois en toi, ma Lady.
Il s'interrompit avant d'ajouter :
- Je m'inquiète pour toi tu sais. Ce n'est pas bon de travailler autant.
Voyant que Marinette ne répondait toujours rien, Adrien détourna le regard et passa sa main sur sa nuque d'un air gêné.
- Tu sais, je détestais quand mon père passait des semaines entières enfermé dans son bureau à créer ses nouvelles collections, il en oubliait vraiment le monde autour. Je ne suis absolument pas en train de te comparer à mon père, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant le regard blessé de Marinette. Mais... Ce que je veux dire, c'est que... enfin... je ne veux pas que tu t'épuises pour rien et que tu te coupes de tout le monde.
Le cœur de Marinette se serra face à son air si triste. Une petite voix tout au fond d'elle lui criait de lâcher prise et d'écouter Adrien, qu'elle était épuisée et qu'elle risquait de ne pas tenir la distance, mais elle était si près du but qu'elle ne voulait pas avoir fait tout ça pour rien.
Au bout d'un long moment à peser le pour et le contre, elle finit par se raisonner, même si cet abandon momentané avait un léger goût de défaite. Elle tendit ses deux bras vers son coéquipier qui esquissa un sourire et l'attira tout contre lui. Marinette s'agrippa à lui avec la moue d'une petite fille de six ans, et Adrien laissa échapper un éclat de rire en la berçant tout doucement dans ses bras, enivré par cette proximité.
- On va se coucher ? risqua-t-il au bout d'un moment.
Marinette hésita puis finit par se laisser convaincre, au grand soulagement d'Adrien qui prit sa main et l'entraîna à l'étage pour l'inciter à le suivre. Une fois tous deux allongés sous la couette, Marinette poussa un soupir et resta un long moment à fixer le plafond d'un air vide. Adrien craignait qu'elle ne change d'avis et qu'elle se relève pour continuer son travail, mais elle finit par se tourner vers le mur et se pelotonna sous les couvertures. Adrien hésita un instant avant de s'approcher de sa coéquipière et de passer son bras autour d'elle, mais la façon dont elle agrippa son bras et le tira vers elle lui arracha un sourire, et il s'empressa de combler l'espace entre eux pour refermer ses bras autour de sa taille et enfouir son nez dans le creux de son cou, le coeur battant un peu plus vite que la normale. Un millier d'émotions traversèrent son cœur, et il préféra ignorer le sentiment de légèreté qu'il ressentait lorsqu'elle était ainsi blottie tout contre lui.
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La fin de la semaine arriva à la vitesse de l'éclair et les nuits de Marinette raccourcissaient à mesure que l'échéance approchait. La jeune fille passa les dernières heures avant la date butoir enfermée dans sa chambre pour tout vérifier et ne rien laisser au hasard. Alya l'y avait rejoint et reboostait sa meilleure amie en pleine crise existentielle tout en l'aidant à empaqueter son dossier, tandis que Nino et Adrien les attendaient dans le salon. Tous les trois avaient prévu d'accompagner Marinette pour déposer portfolios et tenues et lui apporter le soutien moral dont elle avait grandement besoin pendant cette période stressante ; car même s'ils étaient tous persuadés de sa réussite, Marinette, elle, doutait énormément. Alya dut même l'empêcher de tout redéballer avant de partir car sa meilleure amie s'était mise en tête de reprendre l'intégralité du costume et recommencer son dossier à zéro dans un moment de panique.
Tout au fond d'elle-même, Marinette n'avait qu'une hâte : se débarrasser de ses dossiers pour pouvoir enfin arrêter de se poser mille questions. Elle finit par se faire une raison et attrapa ses portfolios avant de descendre d'un pas vaillant retrouver les garçons à l'étage en dessous ; Alya lui emboîta le pas, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil dans la chambre pour vérifier que rien n'avait été oublié avant de partir.
Adrien s'était affublé du déguisement qu'il utilisait habituellement lorsqu'il sortait ; il avait préféré ne rien dire à Marinette pour ne pas lui donner de raison supplémentaire de stresser, mais lorsqu'il avait accepté de l'accompagner déposer ses dossiers avec Alya et Nino, il savait pertinemment que sa présence impliquait une extrême prudence, et surtout, qu'il allait devoir tout faire pour ne pas attirer l'attention. Il se doutait que si quelqu'un le reconnaissait dans l'une ou l'autre des écoles et comprenait qu'Adrien Agreste accompagnait une future étudiante, cette nouvelle risquait de créer du tort à Marinette sans le vouloir, et il refusait qu'elle soit injustement jugée à cause de leur connection. Le scandale était encore bien trop frais pour que son nom n'ait aucune conséquence sur le futur de sa coéquipière. Il était bien placé pour savoir que le milieu de la mode était très fermé, et que tout le monde se connaissait ; l'information se propagerait comme une traînée de poudre. Marinette avait travaillé bien trop dur pour se faire une place dans ce milieu pour ruiner toutes ses chances d'entrer dans une grande école à cause de lui.
L'arrivée des filles dans le salon coupa court à ses préoccupations intérieures, et tous les quatre descendirent à la boulangerie. Tom et Sabine innondèrent Marinette de mots d'encouragement tout en lui promettant qu'un bon goûter les attendrait à leur retour. Marinette était éternellement reconnaissante du soutien sans faille de ses parents et de ses meilleurs amis dans un moment pareil. Leur présence calmait légèrement ses nerfs à fleur de peau et malgré la panique qui la rongeait, elle se sentait si bien entourée que son visage s'était inconsciemment éclairé d'un sourire.
Une fois dans la rue, elle inspira un grand coup. Elle était si anxieuse qu'elle craignait que sa maladresse légendaire ne lui joue des tours et qu'elle ne ruine ses dossiers et ses tenues avant même d'avoir pu les présenter lors des rapides entretiens prévus pour valider les inscriptions, mais son angoisse se révéla infondée : les deux entrevues se déroulèrent sans encombre, et Marinette eut l'impression de réellement respirer pour la première fois depuis des semaines.
Tous les quatre reprirent tranquillement la direction de la Place des Vosges en longeant la Seine et profitèrent du soleil hivernal qui pointait timidement le bout de son nez dans le ciel blanc. Adrien observait Marinette du coin de l'œil et il pouvait voir à quel point elle était soulagée d'avoir terminé. Il ne put s'empêcher de glisser sa main dans la sienne, et son cœur manqua un battement en sentant Marinette la serrer en retour. Tous deux ne virent pas Alya et Nino se lancer un regard entendu et se retenir de hurler de joie en constatant un peu plus chaque jour le rapprochement de leurs meilleurs amis.
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A peine la porte de l'immeuble déverrouillée que Marinette courut à l'étage et déboula dans le salon en criant :
- CA Y EST C'EST DÉPOSÉ ! CA S'EST BIEN PASSÉ, J'AI FINIIII !
Ses parents poussèrent des exclamations de joie, et la jeune fille sauta dans les bras tendus de son père qui l'envoya voltiger dans les airs sans effort.
- Félicitations ma chérie ! Tu es débarrassée !
- Et je suis même en avance, la deadline est dans deux heures ! se vanta-t-elle.
Son visage perdit soudain toutes ses couleurs.
- J'aurais peut-être dû en profiter pour vérifier à nouveau mes dossiers au lieu de les déposer aussi tôt... paniqua-t-elle.
- Marinette, tu les as vérifiés vingt fois tes dossiers, ils sont parfaits ! la rassura Alya.
- Ma chérie, vu le temps que tu as passé dessus, je doute que tes portfolios aient un souci, renchérit Sabine. Tes projets sont en béton, tu peux souffler maintenant, tu n'as plus qu'à attendre.
Marinette se pinça les lèvres et se détendit légèrement. Même si l'attente promettait d'être stressante, elle se sentait tout de même beaucoup mieux depuis qu'elle avait déposé ses portfolios, et cette première étape lui faisait déjà l'effet d'une petite victoire.
- Maintenant, il faut fêter ça ! s'enthousiasma Alya.
Marinette acquiesça en souriant de toutes ses dents, et tous s'installèrent dans le salon pour profiter de leur soirée réunis autour d'un bon gâteau et d'une partie de jeux vidéo. La différence d'humeur chez Marinette était saisissante, et Adrien était heureux de la voir à nouveau sourire.
Je sais que je me répète, mais vraiment, merci de suivre cette histoire. Encore plein de rebondissements sont à venir ! ❤️
Bug Out!
