Hello ! Bon, je publie un peu plus tôt que d'habitude pour plusieurs raisons. Peut-être que je publierai aussi dimanche... à voir (ou mercredi prochain étant donné que c'est férié ?).

On commence donc un nouveau "et si". J'espère que ce nouveau petit scénario (en trois parties) vous plaira ! Ca fait bizarre... c'est comme commencer une nouvelle histoire.

Bee-gets : C'est... un très, très, très long review... C'est un peu bizarre de répondre à un review qui date d'i mois. J'aime me complaire dans ma douleur ? Hum, peut-être sur le court terme en effet. Je suppose que c'est humain de se laisser sombrer jusqu'à ce que cela devienne insupportable. Personnellement, ça m'ai déjà arrivé. J'ai fait une dépression au lycée pour diverses raisons et je me suis laissée sombrer plusieurs mois avant de décider d'en parler et de trouver une solution avec l'aide de ma mère (le chapitre d'aujourd'hui est d'ailleurs tout à fait dans ce thème). Non, je voulais dire par là que Hyuga pensait qu'Akashi allait lui broyer la main mais que finalement, sa poignée de main n'était pas si ferme. Ah, moi aussi j'ai toujours trouvé "débile" qu'Akashi donne à Kuroko la raison pour laquelle il n'était plus une ombre ! Je pense que Akashi n'a pas appris à Mayuzumi à tirer, mais que Mayuzumi n'était tout simplement pas mauvaise en tir dès le départ. Akashi dit lui-même qu'il est d'un niveau supérieur et Momoi, dans ses données, indique qu'il n'a pas de réelle qualité et pas de réel défaut. Wow, j'avais oublié que tu avais parlé de Bright Color ! Je vais aller regarder ! Masaomi est... je ne dirai pas qu'il est mignon. Non, non. Il s'est montré odieux envers ses fils et accepter la victoire de Tetsuya et la défaite de Seijuro ne le rend pas plus sympathique. Je pense que oui, Seijuro a deux petits frères désormais. Bises !

Shadow : Hehe, ouf ! Ouais, Masaomi est un père pas terrible (et encore, il était gentil dans cette partie. Il sera bien plus terrible dans cette nouvelle histoire...). Ah, ça me fait plaisir de lire que tu avais hâte de retrouver Nash ! Tu le reverra dans deux/trois semaines maintenant !

Bonne lecture !


Partie I

Tetsuya venait de lui voler la balle. Cela n'aurait jamais dû être possible. Je suis absolu. Puis Kagami Taiga avait marqué alors qu'il avait tenté de l'en empêcher. Ça non plus, ça n'aurait jamais dû arriver.

La victoire était son devoir, sa destinée. Une fatalité.

Pourtant, il venait d'échouer à sa mission primordiale. La raison même de son existence. La victoire.

Dès lors, le match n'existait plus. Il voyait ses coéquipiers se démener, cette équipe qu'il avait choisi d'abandonner pour gagner par lui-même. Il les voyait souffrir mais il se sentait imperméable, comme mort à l'intérieur. Oui, il en était sûr, une part de lui venait de mourir sur ce terrain, tuée par Tetsuya et Kagami Taiga.

Le coach Shirogane demandât un temps mort. Akashi sentit quelqu'un agripper son col.

-Putain, c'était quoi cette passe d'écolière ? lui hurla Nebuya Eikichi. Reprends-toi, enfoiré !

C'était la première fois qu'on osait lui parler ainsi, pourtant il s'en fichait. Pourquoi réagir ? Pourquoi s'offusquer ? Il voulait juste qu'on lui foute la paix. Son regard hétérochrome s'arrêta quelques secondes sur le score. Tiens, Seirin avait remonté les dix points qu'il leur avait volé quand il était entré dans la zone.

Il s'assit sur le banc de Rakuzan et garda le regard baissé. Qu'allait dire son père ? S'il voyait les images de cette finale, de son échec… comment réagira-il ? Il tremblait rien que d'y penser.

-Akashi, tu sors, annonçât durement le coach Shirogane.

Le capitaine serra les poings et se résigna. Il se plongea dans ses pensées, resta hermétique aux consignes que donnait le coach au reste de l'équipe. Il vit seulement qu'il fit rentrer Higuchi à sa place, le capitaine qu'il avait destitué en début d'année.

Avant de retourner sur le terrain, Reo Mibuchi, son vice-capitaine, lui tendit une serviette mais Akashi repoussa son geste. Les remplaçants donnaient de la voix pour encourager l'équipe en grande difficultés, désemparée par la situation.

Akashi avait du mal à respirer. Il n'avait qu'une seule envie : fuir, quitter ce terrain, cesser d'être à la vue de tous et aller se cacher. Se terrer dans un coin perdu où personne ne pourra le trouver. Mais on le lui refusait.

Hey, t'es où ?

Il avait l'habitude d'une présence dans son dos. Un grand-frère qui le regardait, observait le moindre de ses mouvements. Mais il ne le sentait plus. Dans son dos ne se trouvait qu'une absence.

Le coach s'assit à ses côtés.

-Reprends-toi, grondât-il. Tu es le capitaine, tu n'as pas le droit de flancher.

Akashi se mura dans le silence.

-Retourne sur le terrain, Akashi. Ta place est là-bas.

Sa voix s'adoucit.

-Je sais que tu n'as jamais connu la défaite. Tout le monde le sait. Je comprends que ça puisse te perturber. Mais si tu ne retournes pas jouer, tu resteras sur ce revers. Alors maintenant reprends-toi.

Il entendit l'adulte soupirer.

-Nous allons perdre. Un revers n'est rien face à une défaite en finale de Winter Cup, n'est-ce pas ? Ne me force pas à t'envoyer sur ce terrain par la peau des fesses.

Akashi leva les yeux vers le score. Rakuzan avait désormais cinq points de retard. Il restait trois minutes de jeu.

Est-ce que tu t'amuses en jouant au basket ? Cela faisait longtemps qu'il ne jouait plus pour s'amuser. Cela faisait partie d'un lointain passé qu'il se remémorait avec souffrance. Pourtant, il aimerait pouvoir retrouver de la joie dans ce sport, autre que celle de savoir qu'il ne se fera pas gronder en rentrant à la maison.

Où es-tu ?

Il se sentait seul. Abandonné par ce grand-frère. Était-ce lui qui l'avait fait disparaître ? était-ce parce qu'il avait perdu face à Tetsuya ?

Allez, c'est pas drôle. Montre-toi.

Il y eut soudain de grands cris, des confettis dorées se mirent à virevolter. Seirin se regroupa pour former une boule compacte noire qui festoyait. Akashi sentit le sang quitter son visage, ses mains se mirent à trembler, son cœur se serra. C'était ça, la défaite ? Quel sentiment insupportable. Comment pouvait-on encore vivre, respirer, avec une douleur pareille dans la poitrine ? Comment rester sain d'esprit ?

Seijuro ne se souvenait plus de grand-chose, après. Tout était flou. Il revoyait le visage du capitaine de Seirin. Il lui avait serré la main ? Avait-il dit quelque chose ? Mibuchi était venu le voir. Il l'avait repoussé ? Oui ? Non ?

Pourquoi Shutoku était-il sur le terrain ? Pourquoi tant de flash ? Pourquoi lui avait-on serré la main ? Et cet homme au visage ridé, qu'avait-il dit ? Pourquoi était-il là ?

On lui avait remit une médaille. Il la sentait qui pesait de tout son poids autour de son cou. De l'argent. Cette couleur brillait dans son inconscient. Et après ? Que s'était-il passé ?

Tout n'était qu'un canva flou, une aquarelle détrempée. Les sons et les couleurs se mélangeaient. Seijuro était incapable de dire ce qui s'était passé une fois sortie du terrain de basket.

Je suis intervenu quand tu as fait face à la défaite, non ? Alors pourquoi tu te caches ?

Il se replia en lui-même, abandonnant la lumière qu'il avait acquis un an auparavant. Il s'aventura dans l'ombre pour chercher son double.

oOo

Shirogane Eiji n'aurait jamais soupçonné qu'Akashi Seijuro, capitaine prodige de la génération des miracles puis de Rakuzan, puisse être un joueur si fragile. Comme tout le monde à Rakuzan, il avait eu vent des exploits du jeune lycéen : il n'aurait jamais connu la défaite. Il n'avait pas été le seul à douter de ce fait. Les autres titulaires, Mibuchi, Hayama et Nebuya l'avait défié chacun leur tour à divers jeux pour tenter de le faire perdre, sans succès. Ils avaient tous fini par admettre que le capitaine ne mentait pas.

Il avait entendu parler d'Akashi Seijuro quand il était encore collégien. En tant qu'entraîneur d'une grande équipe, il était à l'affut de talents à recruter. De tous ceux de la génération des miracles, Akashi, Kise et Aomine étaient ceux qui l'intéressait le plus car ils étaient un bon complément à l'équipe de Rakuzan qui possédait déjà un arrière, un ailier et un pivot très fort.

Shirogane Kozo, son cousin, était coach à Teiko et connaissait bien les joueurs. Il avait recommandé Akashi, qu'il pensait compatible pour la rigueur que nécessitait Rakuzan. Et il le savait assez fort pour confronter sans crainte les trois rois sans couronnes. Mais Kozo se basait sur ce qu'il savait d'Akashi en deuxième année. Or un changement majeur s'était opéré entre temps.

Shirogane Eiji ignorait tout du changement de personnalité de son joueur. Il n'avait vu en lui qu'un petit roi présomptueux mais largement à la hauteur de ses prétentions. En accord avec Higuchi, le capitaine, il lui avait offert le poste. Et ça avait payé. Jamais ils n'avaient gagné autant de matchs avec autant de marge. Akashi était un capitaine intransigeant, sévère, stratège. Il était la tour de contrôle de Rakuzan.

Il n'avait jamais eu peur qu'Akashi perde ou entraîne la défaite de Rakuzan, même quand il avait marqué ce panier contre leur camp contre Shûtoku. Il agissait toujours avec mesure. Non, Shirogane n'avait jamais eu peur… car il savait avec quelle mentalité Akashi Seijuro avait grandi.

Comme tout le monde à Kyoto, Shirogane Eiji avait son avis sur Akashi Masaomi, le père du lycéen. Il possédait tellement de bâtiment dans la ville et son entreprise avait une telle influence qu'il était inatteignable. Beaucoup l'admirait comme le chef d'entreprise ultime, héritier d'une grande famille. D'autres n'appréciait pas son image ferme et froide. Shirogane avait rencontré une fois cet homme. Ils avaient échangé deux mots mais il lui avait fait grande impression : il était grand pour un Japonais, à la stature droite, le visage sévère, les yeux froids, la voix dure. Mais il dégageait un charisme fascinant.

Shirogane avait retrouvé tout ceci en Akashi Seijuro. Il le pensait inébranlable, comme son paternel, taillé pour la victoire.

Et pourtant en un coup décisif, Seirin l'avait anéanti.

Sa série de victoire qui durait depuis sa naissance même avait été brisée. Shirogane ne se souvenait plus de sa première défaite. Il en avait connu beaucoup dans sa jeunesse, comme tout le monde. Oui, tout le monde avait connu la défaite. Tout le monde s'en était remis.

Shirogane voulait bien croire que c'était difficile à vivre quand était né pour gagner, quand, arrivé à l'âge de seize ans, on avait jamais connu ce sentiment. Aurait-il pu prédire cette fragilité chez l'adolescent ? Aurait-il pu prédire que la première défaite d'Akashi Seijuro allait avoir lieu lors d'un des matchs de Rakuzan ? Aurait-il pu anticiper l'impact que cela aurait sur lui ?

Shirogane détestait voir ses joueurs en difficultés. Il n'était pas aussi empathique que son cousin, mais il aimait ses joueurs : il passait plus de dix heures par semaine avec eux, il les encourageait, les poussait dans leurs retranchements, les disputaient si besoin. Il voulait les voir progresser, se défoncer dans le sport qu'ils aiment pour connaître le délice de la victoire méritée.

Il s'était posé la question en voyant Akashi Seijuro jouer : aimait-il le basket ? Il ne semblait jouer que pour gagner et non pour un quelconque plaisir.

Était-ce pour cette raison, parce qu'il n'avait aucun autre désir que la victoire, qu'il était soudain si démuni ? Shirogane n'eut d'autre choix que de le faire sortir du terrain pour ne pas affecter le moral du reste de l'équipe et faire entrer Higuchi, l'ancien capitaine.

Il essaya de ne pas penser au capitaine en train de déprimer sur le banc et se concentra sur le déroulé du match. Rakuzan ne pouvait plus gagner sans sa tour de contrôle.

Dès que le buzzer retentit, Shirogane alla voir ses joueurs. Il vit les larmes de Mibuchi, les lèvres pincées de Hayama et Nebuya et le visage sévère de Mayuzumi. Lui, il n'allait de toute évidence pas pardonner à leur capitaine de les avoir abandonnés en pleine bataille.

-Vous avez fait tout ce que vous pouviez.

-Non, tranchât Mayuzumi. On aurait pu faire mieux.

D'ordinaire calme, il semblait désormais enragé.

-C'est pas toi qui voulais qu'on te sorte à la troisième mi-temps quand Kuroko t'a…

-Oh va te faire foutre, Nebuya. Ça me fait chier, crois-moi, mais j'avais quand même envie de gagner.

Il replia ses bras contre son torse et dévisagea le capitaine qui restait assis sur le banc.

Shirogane soupira puis retourna auprès d'Akashi. Il le prit par le bras pour le forcer à se lever. Le capitaine de Seirin arriva alors et tendis sa main. L'adolescent la dévisagea comme s'il s'agissait d'une absurdité, puis lui rendit sa poigné de main.

-C'était un bon match, annonçât poliment Hyuga Jumpei.

La poigne d'Akashi n'avait aucune force.

-Félicitation, répondit le capitaine d'une voix éteinte.

Hyuga s'éloignât.

-Tu dois aller parler à tes joueurs.

Shirogane vit les mains tremblantes du garçon et son teint maladif. On aurait dit qu'il allait s'effondrer. Son visage perlait de sueur. Avec ses ongles, il était en train de s'arracher la peau au bout des doigts et se frottait compulsivement les mains. Le coach ne fut pas en mesure de mettre tout de suite le doigt sur la raison de ce comportement. Ou plutôt, il préférait se tromper. Il y avait peut-être une raison plus pragmatique à la réaction de l'adolescent face à la défaite : la peur.

-Va leur parler, tout de suite.

Il ne bougeait toujours pas.

-C'est un ordre.

Ses mains tremblèrent encore plus et il les cacha dans les poches de sa veste.

Mibuchi fut le premier à faire un pas vers Akashi.

-Sei-chan… est-ce que ça va ? T'es tout pâle, on dirait que tu vas faire un malaise.

Le capitaine était toujours muet. Shirogane arriva derrière lui et le poussa vers ses joueurs.

-Je ne sais pas quoi vous dire, soufflât Akashi.

-Commence peut-être par t'excuser de nous avoir fait perdre, lâcha Hayama.

-Non mais regarde-toi… lançât Mayuzumi d'un ton acide. C'est vraiment toi, le gars qui est venu me chercher sur le toit ? En fait t'es qu'un gamin prétentieux. T'as plus rien à avoir avec le roi de l'école.

-Mayuzumi-san…

-Heureusement que t'as pas mis tes yeux en jeux cette fois-ci, conna…

-Mayuzumi ! Calme-toi.

-Me calmer ? Coach, on a perdu à cause de lui ! Il nous a dit qu'il pouvait gagner sans nous, qu'il nous abandonnait, qu'on ne servait à rien, et d'un coup il s'effondre comme une chiffe-molle ! Je veux des excuses. C'est la moindre des choses.

Ils furent interrompus par le président de la Winter Cup qui annonçât le début imminent de la cérémonie de remise des prix. Shutoku, vainqueur de la petite finale, s'avança alors sur le terrain. Shirogane fit aligner ses joueurs et tentât de maintenir le calme. La déception laissait place à la colère et elle convergeait vers une seule personne.

Le président de la Winter Cup passa serrer la main de chaque joueur avant de remettre la médaille. Shirogane cru qu'Akashi allait faire un malaise sur le terrain tellement il était pâle. Il vacillait, suait à grosses gouttes, tremblait. C'était une image terrible à voir.

Ils furent applaudis, salués par Seirin lors de leur discours. Pour tous, c'était une torture de rester sur les planches, surtout pour le capitaine qui semblait littéralement se consumer.

Outre la colère face au comportement de son joueur, c'était désormais l'inquiétude qui planait. Dans le couloir qui menait au vestiaire, Akashi vacillait. Shirogane resta près de lui, prêt à le rattraper s'il s'effondrait. Comment pouvait-on avoir une réaction aussi viscérale à la défaite ? C'était incompréhensible. Pourtant le garçon semblait vraiment en état de choc.

Akashi fini par s'arrêter et se reposer contre le mur avant de se laisser tomber. Shirogane ordonnât aux autres de rejoindre le vestiaire.

-Akashi ? Est-ce que ça va ?

-On a perdu ? demandât l'adolescent.

-Oui, on a perdu. Akashi, peux-tu me dire si…

-On a perdu ?

-Oui, tu l'as déjà demandé.

Il semblait complétement hagard. Shirogane se mit à sa hauteur et posa sa main sur son épaule mais le garçon le repoussa.

-Où est-il ?

-De qui tu parles ?

-Pourquoi Shûtoku était sur le terrain ?

-C'était la cérémonie de remise des médailles. Akashi, est-ce que ça va ?

-Des médailles ? Pourquoi ? Le match est fini ?

Shirogane se sentait désemparé. Les questions se répétaient, encore et encore. Akashi semblait incapable d'enregistrer de nouvelles informations. Il répétait en boucle les mêmes questions, se retrouvait parfois incapable de parler. Shirogane ne savait pas s'il devait aller chercher l'équipe médicale.

Il semblait au bord du malaise, ses jambes flageolaient comme des roseaux lors d'une tempête et il continuait à se frotter machinalement les mains. Il respirait vite, de façon saccadée et s'arrêtait parfois pendant plusieurs secondes, comme tétanisé. C'est quand il cessa de respirer pour la première fois que Shirogane se décida à prévenir un médecin.

-Où est-il ? continuât à demander le garçon.

Le médecin lui posa lui aussi des questions sur son état mais Akashi était incapable de lui répondre. Ses yeux hétérochromes se révulsèrent quelques secondes et ils crurent qu'il allait s'évanouir avant qu'il ne parvienne à se reprendre.

-Akashi, ça va aller. C'est fini. Le match est fini. Il n'y a rien de grave. C'est pas grave. Tout va bien, tentait de le rassurer Shirogane.

Le médecin demandât un fauteuil roulant et là, enfin, Akashi retrouva un peu de vitalité. Il refusa le fauteuil. Le médecin insista mais l'adolescent se montra intransigeant : hors de question qu'il monte sur le fauteuil.

Le médecin décida de l'emmener à l'infirmerie. Shirogane les vit s'éloigner. Akashi chancelant et le médecin prêt à le réceptionner. Le coach vit les têtes des titulaires qui sortaient de la porte des vestiaires. Mibuchi était au bord des larmes.

-Il nous fait du grand cinéma, lâcha le numéro 5.

-Arrête, Mayuzumi, ordonnât le coach en rentrant dans le vestiaire.

-Vous allez me dire que…

-Pour l'instant, il va mal. Médicalement parlant. Si ça peut te rassurer, tu peux être sûr que je lui passerai un savon. Mais là, il n'est pas en état.

Mayuzumi ramassa son sac et quitta le vestiaire en claquant la porte.

-Il va aller mieux ? demandât Mibuchi.

-Je ne sais pas. Rangez vos affaires. Vous allez rejoindre le restaurant, je vous retrouverai là-bas. Higuchi, tu es responsable. Je retourne auprès d'Akashi.

-Et s'il ne va pas mieux ? demandât Hayama.

-Notre train est demain matin, j'espère bien qu'il sera remis d'ici là.

Shirogane regarda son équipe s'en aller, la mine sombre. Il avait l'impression de les retenir à bout de bras. Higuchi avait heureusement vite repris son ancien rôle. Les rois sans couronne avaient joué avec lui un an et gardait un respect envers lui. Mibuchi, affecté par l'état d'Akashi, en oubliait cependant son rôle de vice-capitaine.

Le coach trouva sans mal l'infirmerie. Dans un lit au fond de la pièce, Akashi était en train de dormir, tout habillé, une petite couverture sur lui, ses chaussures alignées au pied du lit.

-Comment va-t-il ?

-Il a beaucoup pleuré, il avait du mal à respirer.

-Ah oui ?

-Oui, et ça a fini par le fatiguer alors je l'ai forcé à se coucher et là… il dort depuis quelques minutes. Vous devez repartir ce soir ?

-Heureusement non. Notre train est demain matin.

Le médecin acquiesça.

Shirogane resta à l'infirmerie les deux heures suivantes. Il alla de temps en temps faire quelques pas dans le couloir. Une fois, il rejoignit les gradins qu'il trouva vide. Les lumières dans le gymnase étaient encore allumées pour laisser les agents d'entretien travailler. Tout était tranquille.

Qu'aurai-je pu faire ? se demandât le coach. Il hésita à appeler son cousin. Avait-il regardé la finale depuis son lit d'hôpital ?

Shirogane prit une grande inspiration et décida de ne plus penser à cette finale mais de regarder de l'avant. Akashi traversait une mauvaise passe. Et maintenant ? Comment l'aider à s'en remettre ? Si tant est qu'il le laissait lui apporter son aide.

Le capitaine se réveillât au bout de deux heures. Il semblait aller un peu mieux. Son visage avait repris des couleurs, ses mains se tremblaient plus et sa respiration était normale.

Plutôt que de rejoindre le reste de l'équipe, Shirogane raccompagna un Akashi muré dans le silence jusqu'à l'hôtel et le força à aller dormir. Ensuite seulement, il retrouva les autres dans le restaurant qu'ils avaient réservés la veille pour fêter la fin de la Winter Cup. Les joueurs avaient retrouvé un peu de leur bonne humeur, sauf Mayuzumi qui s'était mis en bout de table et tapait nerveusement avec sa jambe contre la table, faisant enrager ses voisins.

-Comment va Sei-chan ?

-Mieux.

-Vous allez le sanctionner ? demandât Higuchi.

-Je ne sais pas. Il a fait une erreur, c'est indéniable. Mais est-ce que cela mérite d'être rétrogradé, je ne pense pas. Il paye déjà un prix élevé.

-Ah oui ? Lequel ? demandât Mayuzumi depuis son bout de table.

-Celui-ci : votre colère et votre manque de confiance. Il va devoir se démener et prouver qu'il peut rester capitaine de cette équipe.

Shirogane soupira.

-Mais il aura besoin de votre pardon. Ne dressez pas un mur entre vous et lui, d'accord ?

-Pourquoi vous êtes aussi gentil avec lui ? Juste parce qu'il a fait un malaise ?

Il ne répondit pas. Les joueurs ayant déjà attaqué leur dessert, Shirogane ne mangea presque rien durant le dîner. Ils retournèrent ensuite tour à l'hôtel. Akashi partageait sa chambre avec le vice-capitaine. Le coach ordonna au vice-capitaine de le tenir informé en cas de problème. Pour le moment, Akashi semblait dormir d'un sommeil de plomb, emballé dans sa couette, replié sur lui-même.

Shirogane, une fois seul dans sa chambre, se décida à envoyer un message à son cousin. Il n'eut une réponse que le lendemain : il avait bel et bien regardé le match et était aussi surpris que lui par la réaction d'Akashi. Le jeune garçon qu'il avait connu aurait accepté cette défaite et aurait peut-être même été heureux d'avoir perdu face à Tetsuya. Il n'y avait pas meilleur adversaire pour expérimenter un premier échec.

Au petit-déjeuner, le capitaine ne mangeât pas. Il essuya, enfoncé dans son mutisme, les remarques acerbes de Mayuzumi et les regards de ses équipiers.

Dans le train, Shirogane s'assit à côté de lui afin de le surveiller. Il le vit encore s'arracher la peau avec ses ongles, jusqu'au sang.

oOo

Cette victoire n'avait pas la saveur qu'il avait tant espéré. Il restait, au fond de sa gorge, un goût amer. Seirin avait gagné face aux empereurs, face à l'équipe d'Akashi Seijuro. Pourtant il n'en retirait aucune joie. Son ancien capitaine semblait dévasté.

Kuroko Tetsuya le regardait depuis le terrain. Il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser. C'était lui qui lui avait volé la balle. C'était lui qui avait porté le premier coup, suivit par Kagami puis tout Seirin.

Cet Akashi-là, celui qui l'avait trahi à Teiko, qui avait brisé la promesse qu'il avait fait à son ami d'enfance, il ne le considérait pas comme son ami. C'était l'ancien Akashi qu'il aurait aimé retrouver. Il pensait que, dos à la défaite, il reviendrait.

Avait-il eu tort de, ne serait-ce que vouloir gagner face à lui ? Non, il n'avait pas à s'excuser d'avoir gagné. Il l'avait mérité.

Comme les autres, il pensa qu'il allait faire un malaise en constatant sa pâleur extrême et ses mains tremblantes. Le pire fut quand on lui donna sa médaille d'argent. Kuroko crut vraiment qu'il allait s'évanouir. Jamais il n'avait voulu faire du mal à Akashi, même cet Akashi-là.

Dans les vestiaires de Seirin, alors qu'ils célébraient cette médaille d'or tant espérée, ce titre de champion de la Winter Cup, Kuroko ne pouvait s'empêcher de se demander comment allait son ancien capitaine. Il finit par s'éclipser, laissant Seirin savourer leur réussite loin de ses inquiétudes et traversa le couloir pour rejoindre le vestiaire de Rakuzan. Il avait besoin de s'assurer qu'Akashi allait mieux.

Il vit Mayuzumi, le fantôme de Rakuzan, sortir en claquant la porte. Les deux invisibles se dévisagèrent.

-Comment va-t-il ?

-Il fait un caprice.

Kuroko leva les yeux au ciel.

-Plus sérieusement.

-Et bien plus sérieusement, il a été emmené à l'infirmerie.

-Il…

-Il a fait un malaise, reprit Mayuzumi d'un ton plus solennel. Il est en état de choc.

Le numéro 5 mit ses mains dans ses poches.

-Mayuzumi-san, est-ce que je peux te demander comment tu te sens vis-à-vis de tout ça ?

Le titulaire de Rakuzan lui lança un regard noir.

-Je viens de me faire humilier sur le terrain par un fantôme obsolète et de perdre la demi-finale de la Winter Cup, et tu ose me demander comment je vais ?

-Désolé.

Mayuzumi grogna et s'en alla d'un pas rapide. Kuroko soupira et hésita à aller à l'infirmerie pour voir comment Akashi se portait. Il s'inquiétait pour son ancien capitaine. Pendant quelques secondes, il pesa le pour et le contre et finit par se décider. Il arriva devant la porte de l'infirmerie et toqua doucement avant d'entrer.

Il n'ouvrit pas complétement la porte. Pas besoin. Il entendait Akashi qui pleurait et qui n'arrivait pas à se calmer malgré les paroles rassurantes du médecin. Le cœur serré, Kuroko referma la porte. Sa place n'était pas ici.

Il reçu un message de Kise qui lui disait qu'il l'attendait sur les marches derrière le gymnase. Kuroko sourit et s'empressa de le rejoindre. Sur l'escalier où ils s'étaient tous retrouvés au début de la Winter Cup se trouvait Aomine, Kise, Murasakibara, Midorima et Momoi.

-Salut.

-Kurokocchi ! Félicitation ! Vous avez gagné !

Le joueur de Kaijo lui sauta dessus et le pris dans ses bras.

-Je suis trop content !

-Félicitation Tetsu-kun.

-C'était chelou comme match, commentât Murasakibara en mangeant des poki.

-Ouais, la conclusion était… bizarre, ajoutât Aomine en se grattant l'oreille.

Kuroko baissa les yeux.

-Je sais.

Un petit silence se mit à planer. Il était bientôt vingt heures et le froid les faisait frissonner à tour de rôle.

-Je n'ai pas voulu lui faire de mal.

-Oh, Tetsu-kun…

-T'as rien fait de mal, Tetsu. C'est juste Akashi qui est… bah…

-Je pensais que l'ancien Akashi pourrait revenir.

Ils soupirèrent de concert.

-Moi aussi, annonçât Kise.

Kuroko se tourna vers le shooteur de Shutoku.

-Qu'est-ce que tu en penses, Midorima-kun ?

-Pourquoi tu me le demande ?

-Tu as été le premier à suspecter le changement de personnalité d'Akashi-kun. Vous étiez très proche au collège.

Midorima en avait déjà parlé avec lui lors de leurs années à Teiko, puis la veille de la demi-finale. Il avait plusieurs théories concernant ce changement de personnalité. Les autres s'en était moins préoccupé. Akashi a changé ? Oui, c'est vrai… mais compte tenu de l'ambiance de l'équipe à cette époque, leur manque de réaction était normal.

Midorima remonta ses lunettes sur son nez.

-Durant les deux premières années, il y avait plusieurs signes avant-coureurs : parfois il se montrait très froid. Vous aviez dû le remarquer.

Ils acquiescèrent.

-Et après le changement plus ostentatoire, j'ai cherché des signes de l'ancien Akashi, mais il n'y en avait plus. A ce jour, j'ignore lequel des deux est le vrai. Peut-être qu'il n'y a pas moyen de faire en sorte qu'il redevienne comme avant. Peut-être que l'Akashi actuel est le vrai.

Kuroko n'avait pas envie d'y croire. Il avait encore cet espoir de revoir Akashi Seijuro, celui qui l'avait découvert, celui qui avait cru en son potentiel, celui qui l'avait accepté, qui l'avait entraîné, conseillé. C'était cet Akashi qu'il voulait retrouver.

-Ah Kuroko, t'es là.

Kuroko se retourna et découvrit Kagami, manteau sur le dos et mains dans les poches, Nigou à ses pieds.

-Salut Kagami.

-Kagamin ! Félicitation !

-Merci. Kuroko, on t'attend. On va fêter la victoire.

-J'arrive.


Alors, oui, je sais, c'est hyper déprimant. Mais pour moi, Bokushi est brisé à ce stade de l'histoire sans Oreshi pour le soutenir dans l'ombre.