Hello ! Joyeux Halloween en retard, je suppose.
On peut dire en un sens que cette histoire est de l'horreur psychologique... je ne sais pas trop. En tout cas, elle est franchement sombre. Akashi est en dépression.
Shadow : Je comprends tout à fait ! Il n'y a aucun souci. Si tu ne te sens pas de lire ça, si ça te touche, etc... ne te force surtout pas ! Je m'en voudrai de te mettre mal à l'aise. On se retrouve avec Nash la semaine prochaine ;)
Bee-gets : Coucou. Bah c'était il y a un moment quand même, donc ça va. Après je peux dire que je suis passée par là, mais je ne donnerai pas plus de détails. Il fallait bien que Shirogane soit comme ça, sinon je ne sais même pas comment Akashi aurait pu se relever. Mayuzumi est très en colère contre Akashi car celui-ci était très arrogant. Il se prenait pour le roi de l'école. Il les a abandonné durant ce match quand il est entré dans la zone. Et finalement, il ne se montre pas à la hauteur de ses prétentions. Il les a rabaissé, etc... pour rien. Oui, clairement Kuroko était le meilleur adversaire. Merci ^^
Bonne lecture !
Partie II
Akashi Seijuro mit plusieurs secondes à réaliser que la voiture était arrêtée. Sous ses yeux, la grande maison de la famille, cette maison dans laquelle il avait grandi. Dans le jardin, sa mère lui avait offert son premier ballon de basket. Et dans la salle du second étage il avait passé des heures à travailler : piano, violon, calligraphie, shogi, échecs, maths, etc… des heures passées à suer, pleurer puis accepter. Se soumettre à l'autorité.
Il sortit de la voiture et le chauffeur lui tendit sa petite valise et son sac. Le garçon, le regard vide, monta les trois marches et ouvrit la grande et lourde porte. Il retira ses chaussures et vit l'ombre de son père apparaître.
Akashi releva la tête et frissonna en voyant son regard doré.
-J'ai appris que tu avais perdu.
Par reflexe, il baissa le regard. Il savait que son père le préférait. Il ne l'avait pas dit, mais il l'avait senti. Son père appréciait son caractère plus autoritaire comparé à son autre. Ils avaient eu des conversations concernant les employés de l'entreprise, la concurrence, la façon de diriger une équipe, etc… des conversations que Masaomi Akashi n'aurait jamais pu avoir avec l'autre Akashi, le faible.
Allez, montres-toi.
-Tu me déçois.
-Je suis désolé, père.
-Je me fiche de tes excuses. Montre-moi ta médaille.
Le garçon ouvrit son sac et prit la médaille. L'éclat de l'argent sembla irriter immédiatement son père. Il regarda avec angoisse sa grande main lui prendre la médaille, l'étudier, la soupeser. Puis d'un coup, il leva le bras et abattis la lourde médaille sur le visage de son fils.
Akashi gémit sous la douleur et porta sa main à sa joue. Il sentit la peau fendue le long de son zygomatique.
Pourquoi tu me laisses seul ? Je te déteste.
-Nous avions un accord, Seijuro. Tu pouvais continuer le basket tant que tu gagnais.
-Je sais.
-Alors pourquoi as-tu perdu ? Veux-tu dire que tu fais partie des faibles ? Est-ce ainsi que je t'ai élevé ? Tu dois toujours être le meilleur. C'est ça, être un Akashi. Tu es la honte de notre nom. Tu sali la mémoire de tes ancêtres et celle de ta défunte mère par la même occasion. Qu'aurait-elle pensé de ta défaite ?
-Elle aurait eu honte.
-Exact, tranchât son père. Maintenant disparait de ma vue.
Il monta les escaliers à toute allure et disparu dans sa chambre. Qu'aurait pensé ta mère ? Oui, qu'aurait-elle pensé de sa pathétique performance de la veille ? L'aurait-elle elle aussi traité de raté ? ou bien, au contraire, l'aurait-elle rassuré comme quand il était petit ?
Je suis apparu quand maman est morte. Je suis venu à toi parce que tu en avais besoin. Là, j'ai besoin que tu reprennes ta place. Je veux disparaître.
Des années auparavant, son père lui avait donné un avertissement. Akashi n'était pas encore éveillé à cette époque, c'était avant le décès de sa mère. Il devait piocher dans la mémoire de son autre. Anubis, le chat angora turc que sa mère lui avait offert pour son cinquième anniversaire, ce petit chat qui était devenu son meilleur ami, qui venait dormir sur ses genoux quand il travaillait, qui lui réclamait de l'attention, qui venait dormir sur son lit et ronronner à son oreille tôt le matin, cet ami, avait été blessé aux pattes arrière sur le parking de la maison. Il avait alors seulement deux ans. Le vétérinaire avait dit qu'on pouvait peut-être réparer la fracture, ou bien amputer et lui mettre des prothèses.
Mais Masaomi Akashi avait tranché : hors de question de maintenir en vie un animal qui ne servait plus à rien, un animal qui était faible. Alors il l'avait fait euthanasier.
Akashi s'attendait à voir son père débarquer dans sa chambre et lui planter une aiguille dans le cou pour l'euthanasier lui-aussi.
oOo
Il avait appliqué du maquillage pour cacher le bleu qui recouvrait le quart de sa joue droite. Là où le bord de la médaille l'avait entaillé, on voyait une grande ligne rouge et boursoufflée, plus difficile à dissimuler.
Retourner en cours n'était pas difficile. Suivre les leçons, répondre aux questions, c'était au contraire distrayant. Le vrai défi, c'était de retourner au club de basket. Le coach Shirogane lui avait envoyé un mail dimanche soir pour lui demander, en premier lieu s'il allait mieux, et ensuite de venir le voir à son bureau entre midi et deux pour parler.
L'adulte avait la mine plus inquiète que sévère. Le capitaine – s'il était toujours capitaine – entra et s'assit sur la petite chaise face au bureau.
-Qu'est-ce que tu t'es fait ? demandât-il en montrant sa joue.
-Rien, répondit le garçon.
Évidemment, il n'était pas convaincu.
-Tu te sens mieux ?
-Oui.
-Bien. Je n'ai pas l'intention de te destituer. Les coups durs, ça arrive. Mais tu as merdé et tu as perdu la confiance de tes joueurs. Il va falloir un moment pour la retrouver. La mienne aussi d'ailleurs. Te sens-tu prêt pour cela ?
Non. Il n'avait plus envie. Le basket, ce n'était qu'un moyen de gagner, encore et encore. Il n'avait jamais trouvé cela amusant. Une discipline de plus dans la longue liste de celles où il devait être le meilleur. De toute manière, il lui était impossible de s'investir dans un domaine sans que son père réclame immédiatement qu'il s'inscrive aux concours afin de montrer à tout le Japon à quel point il était doué.
-Akashi, est-ce que tu te sens prêt ?
Avait-il le choix ? Que dirait son père s'il abandonnait le basket ?
Toi, tu ferais quoi ?
Il retourna au club de basket. Il retrouva ses joueurs. Mibuchi était le seul à se comporter comme avant avec lui. Son sourire n'était pas sincère cela dit. Mayuzumi était hostile et finit même pas sécher les entraînements. De toute manière, disait-il, il était en dernière année et la plus grosse compétition était passée. Akashi ne le retint pas.
Nebuya et Hayama mirent plusieurs jours à digérer leur rancœur envers le capitaine. Petit à petit, ils revinrent vers lui et mais se confrontèrent au bloc de glace qu'il était devenu. Akashi restait à l'écart durant les entraînements. Parfois, il faisait quelques dribbles dans son coin puis essayait de tirer mais ratait systématiquement son tir. De 95% de réussite, il était passé à zéro.
Comme avant, à chaque fin d'entraînement, Shirogane prenait quelques minutes pour discuter avec le capitaine de la progression de l'équipe et des matchs à venir. Mais Akashi n'avait plus rien à dire. Il n'observait plus personne. Tout lui glissait dessus.
-Nous avons un match mercredi après-midi. Tu joueras. Si tu ne fais pas un effort, je te destituerais de ton poste de capitaine.
Même confronté à la perte de son poste, il fut incapable de trouver l'envie de retourner sur le terrain et se battre avec les autres. Il voulait tout voir partir en fumée. Oui, il alla sur le terrain affronter l'équipe de Tottori. Il fit rebondir la balle, la passa de façon mécanique. Mais il n'anticipait plus rien. Il ne prenait plus aucun plaisir. Être sur un terrain lui était insupportable. Il avait envie de se barrer en courant, d'aller se cacher, comme son grand-frère avait fait.
Dis… tu es mort ?
Lors de la réunion du club de la fin d'année, Shirogane annonça officiellement la destitution d'Akashi Seijuro.
Et quand il rentra chez lui, presque soulagé, il s'attendit à trouver son père avec une seringue mortelle dans les mains pour se débarrasser de ce fils devenu un perdant. Au lieu de cela, c'est avec sa médaille d'argent qu'il l'accueillit.
oOo
Akashi n'était pas venu à l'anniversaire de Kuroko. Il avait regardé son téléphone sonner avec le nom de son ancien ami écrit en gros mais n'avait pas décroché. Dès que l'appareil avait fini de protester, il l'avait écarté et avait repris son travail. Les études étaient la seule chose où il parvenait à s'investir. Ses notes restaient ainsi exemplaires. Résoudre des équations du second degré, multiplier des matrices, déterminer les limites de suites géométriques, jouer avec des vecteurs. Ça, c'était des choses qui l'amusaient. Au moins un peu.
Il n'avait pas touché son violon depuis plusieurs mois.
Les week-ends, il allait au nord de la ville, à l'ara de la famille, et allait se balader avec Yukimaru, sa jument. Elle était à ses côtés depuis ses huit ans. Ensemble, ils avaient remporté beaucoup de concours, évidement, mais ils avaient surtout noué une relation fusionnelle. Yukimaru était une jument blanche, comme Anubis. Sauf qu'au lieu des yeux vairons du chat, elle avait des yeux sombres.
Yukimaru ne lui demandait pas s'il allait bien, elle ne lui faisait pas de remarque acide, elle ne lui adressait pas de faux sourires, elle ne le frappait pas. Au contraire, elle venait chercher de l'attention et des caresses. Il venait la brosser, nettoyer ses sabots, peigner sa crinière argentée. Puis il la scellait et allait se promener, toujours plus loin, repoussant les limites qu'on lui avait sommé de ne pas atteindre. Il laissait sa jument le guider où elle désirait aller. Là, sur son dos, il se sentait heureux. Yukimaru ne le jugeait pas. Il aimait croire qu'il avait important pour elle.
-Toi, lui disait-il en s'occupant d'elle, je sais que tu ne m'abandonneras pas. Tu sais, j'ai une sorte de grand-frère. Tu le connais bien sûr. C'est lui que tu as rencontré en premier. Et bien, ce grand-frère, il m'a laissé tomber. Je suis venu à son secours quand il a défailli face à Atsushi. Mais lui n'est pas venu au mien. Il a disparu. Tu penses que c'est ma faute ? Tu penses que je l'ai tué ? Peut-être… peut-être que sans m'en rendre compte, je l'ai détruit en prenant sa place.
Il essuya ses joues, ignorant la douleur chaque fois qu'il les touchait.
-Je n'y arrive plus. Et je ne sais pas ce que je veux. Enfin, si… je veux disparaître. J'ai déçu tout le monde. Je suis indigne d'être un Akashi.
Il regarda les yeux profonds de sa jument et se perdit dans son reflet.
-Si ça se trouve, je suis même indigne d'être ton cavalier...
oOo
Durant les vacances, avant la rentrée en deuxième année, alors qu'Akashi travaillait sur les cours de l'année à venir, on vint annoncer une visite. Il n'attendait personne. Personne n'était jamais venu pour lui à la maison.
Sa curiosité piquée, il descendit et découvrit, dans l'entrée, un visage sorti du passé.
-Salut, Akashi.
-Nijimura-san.
-Je suis au Japon pour quelques jours et je me suis dit que ce serai sympa de revoir mon kouhai préféré.
-C'est Tetsuya qui t'envoie.
-Kuroko ? Pourquoi ?
Akashi était doué pour détecter les mensonges. Il soupira.
-J'ai du travail. Je n'ai pas le temps de te parler. C'est gentil d'être passé mais tu peux repartir.
-Je suis venu depuis Tokyo.
-C'est toi que ça regarde.
-Sérieux Akashi… ça fait deux ans. Oses me dire que je ne t'ai pas manqué.
-Tu ne m'as pas manqué.
-Tu es un piètre menteur. Akashi, j'aimerai vraiment qu'on discute toi et moi. J'ai appris sur insta que t'étais plus capitaine de Rakuzan. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Rien qui te concerne.
-ça me concerne en vérité. C'est moi qui ai fait de toi le capitaine de Teiko.
-Je le serai devenu de toute façon. C'est l'ordre naturel des choses.
Il vit Nijimura se pincer les lèvres et se gratter la nuque.
-J'avais pas le souvenir que t'étais aussi chiant. Écoutes Akashi, je vais repartir dans cinq jours. Si tu me parles, tes problèmes – et je suis sûr qu'il y en a – repartiront avec moi de l'autre côté du Pacifique.
-Va-t'en. Je n'ai rien à te dire.
Alors pour la petite histoire, l'idée de ce chapitre m'est venue (et surtout des conséquences psychologiques sur Akashi) quand j'ai regardé un petit reportage sur le match de tennis le plus long du monde. En 2010, à Wimbledon, entre Isner et Mahut. Le match a duré 11h et s'est étalé sur 3 jours. Or, le coach de Mahut (qui a perdu le match), expliquait dans quel état de sidération il était après la fin du match et ça m'a vraiment touchée.
