Hello ! Nouveau chapitre de ce petit recueil. On va explorer une nouvelle idée en deux parties.

Bonne lecture !


Partie I

5 – 0

Sa défaite était totale. Absolue. Il n'avait marqué aucun point face à Murasakibara. Lui, qui était pourtant le capitaine de Teiko, le plus fort, lui, en qui Nijimura avait placé sa confiance pour diriger l'équipe.

Je refuse de suivre quelqu'un de plus fort que moi. Akashi en avait conscience, Atsushi n'était peut-être pas le seul à penser ainsi. Aomine avait déjà commencé à s'éloigner depuis leur victoire au championnat national.

Les regards étaient tournés vers lui, le capitaine battu.

-Tu es décidément encore plus faible que ce que je pensais, commenta Murasakibara en allant ranger le ballon qui avait servi au un contre un. Bon, à partir de maintenant je peux agir comme je veux, c'est ça ?

Il rangea ses affaires et s'en alla, victorieux.

-Akashi…

-Qui a-t-il ? Le spectacle est terminé, rentrez chez vous.

-Akashi, s'obstina Midorima. Peut-être devrais-tu…

Mais le capitaine s'en alla, quitta le gymnase, sans écouter son vice-capitaine. Il préférait rester seul, le temps de digérer son humiliation et sa défaite. Jamais de sa vie il n'avait connu de revers, que ce soit aux échecs, au shogi, lors des compétitions équestres ou de basket. La raison de vivre d'un Akashi était la victoire, envers et contre tout.

Seule une personne démontrant une excellence dans les matières scolaires et dans le sport peut être considéré comme un membre de la famille Akashi. C'était ce que son père lui avait répété quelques jours auparavant, à croire qu'il avait senti venir cette défaite.

Il était le premier Akashi à perdre.

Inadmissible. Honteux. Un de ces ancêtre aurait pu s'éventrer pour une telle chose.

Akashi resta sous la pluie, devant le gymnase. Il se retrouva trempé en quelques secondes. De loin, il vit les autres sortir. Un instant, il vit Midorima se retourner, mais celui-ci continuât son trajet vers le collège.

Le capitaine s'assit contre le mur et replia ses jambes contre son torse pour poser sa tête sur ses genoux. Il se sentait vidé. La défaite lui laissait un goût amer, d'autant plus qu'il sentait qu'elle allait avoir des conséquences dramatiques. Et si son père apprenait… qu'il avait perdu ? Akashi en tremblait rien que d'y penser. Le marché, après la mort de sa mère, c'était qu'il était le droit de continuer à jouer au basket tant qu'il gagnait. Et voilà qu'il venait de perdre.

Je suis désolé, maman. Je ne t'ai pas fait honneur.

La pluie se mêla à ses larmes.

Quelques minutes plus tard, il vit une ombre approcher sous la pluie. Kuroko revenait au gymnase après avoir tenté de raisonner Aomine. Le sixième homme fantôme dévisagea son capitaine assis sous la pluie et vint le rejoindre.

-Je devine à ta tête que ça s'est mal passé, commentât Akashi.

Kuroko soupira.

-Tu n'as pas l'air mieux, Akashi-kun.

Le capitaine eut un rire amer.

-C'est vrai….

-Il s'est passé quelque chose ?

Akashi baissa les yeux et se demanda s'il devait en parler avec Kuroko. Il savait que Murasakibara n'allait certainement pas manquer de raconter à tout le monde qu'il avait battu son capitaine. La rumeur allait se répandre, rien ne l'arrêtera. Kuroko saura, un jour ou l'autre. Il valait sûrement mieux qu'il l'apprenne de sa bouche.

Et puis, Kuroko était un expert de la défaite.

-Murasakibara ne veut plus assister aux entrainements. Il considère qu'il est trop fort, et moi… trop faible. Pour moi, il est hors de question que nous, la génération des miracles, ayons droit à un traitement de faveur. J'ai donc refusé et j'ai…

Le capitaine soupira et passa la main dans ses cheveux trempés. Kuroko regarda le ciel chargé et grondant.

-On va prendre froid, Akashi-kun. Rentrons, tu vas continuer à me raconter ça au sec.

Akashi acquiesça et se leva le premier pour tendre sa main à Kuroko. Il n'y avait plus personne dans le gymnase, toutes les lumières étaient éteintes. Ils rejoignirent les vestiaires, laissant des gouttes d'eau partout sur leur passage. Vers les douches, ils prirent des serviettes et se séchèrent en silence. Puis, ils retirèrent leurs vêtements trempés et enfilèrent leurs uniformes.

-J'ai perdu face à Murasakibara.

Akashi était dos à Kuroko. Il préférait ne pas voir, ni même imaginer son visage.

-Il sera donc libre de ne plus venir aux entraînements. Les autres feront de même, Kise en tête.

-Moi je continuerai à venir.

Le capitaine sourit.

-ça, je le sais bien. Maintenant racontes-moi ce qui s'est passé avec Aomine.

-Oh, et bien… il m'a rejeté. Il a dit qu'il n'avait plus besoin de moi, que mes passes étaient inutiles…

-Aomine est fort, c'est indéniable. Lors de la finale du tournois nationale, il a marqué cinquante-et-un point à lui seul.

Kuroko acquiesça.

-Je ne sais pas quoi faire pour arranger les choses…

-Nous verrons cela une autre fois, tranchât le capitaine. La nuit porte conseil.

oOo

Comme Akashi l'avait craint, la nouvelle de sa défaite face à Murasakibara se répandit au sein du collège. Les discussions tournèrent autour de cet événement toute la journée. La rumeur affirmant qu'Akashi n'avait jamais perdu de sa vie avait eu deux ans pour faire le tour du collège alors entendre que la série de victoire avait été rompue surprenait tout le monde.

Certains disaient qu'Akashi n'avait fait qu'exagérer les faits et qu'il n'était en réalité pas si fort. Le jeune homme ne s'était pourtant jamais vanté de ses victoires. Sauf une fois, lors d'une partie de shogi avec Midorima.

Murasakibara était vu comme un héros par tous ceux qui n'aimaient pas Akashi. Celui qui avait vaincu le petit génie prétentieux du collège.

Akashi prit sur lui pour ignorer les commérages. Il savait que cela ne durerait qu'une semaine au maximum.

Il alla voir le coach dans son bureau avant le prochain entraînement. Celui-ci semblait soucieux.

-J'ai appris ce qu'il s'était passé avec Murasakibara.

Akashi garda le regard droit.

-Vous avez vous-même autorisé Aomine à sécher les entraînements, je me trompe ?

-Tu as raison.

Le coach soupira et reposa son dos contre son siège.

-Le capitaine n'est pas forcément le joueur le plus fort de l'équipe. Ne te tracasse pas trop vis-à-vis de ta défaite face à Murasakibara.

-Le problème étant qu'il refuse désormais de m'obéir.

-Si ce comportement persiste durant les matchs, je le ferai sortir.

La victoire avant tout, songeât Akashi avec amertume. Alors, la symbiose entre les joueurs, le travail d'équipe, n'avait plus d'importance ?

-Je pense que ces mesures nuiront au travail d'équipe. Nous avons toujours…

-Je sais. Le nouvel entraîneur souhaite que vous participiez à tous les matchs.

-Pour assurer la victoire ?

-Oui.

Akashi soupira. La victoire avant tout… la victoire avant l'équipe. Le jeune homme n'était pas sûr d'être en accord avec cette façon de voir les choses. Depuis son enfance on lui avait appris à gagner, envers et contre tout. La victoire était tout. Elle régissait sa vie.

Est-ce que le travail d'équipe était un frein à la victoire ? Il ne savait pas. Il avait envie d'y croire. Mais sera-t-il prêt à sacrifier la victoire au profit de ses joueurs ?

oOo

-Quand auront lieu les prochains championnats ?

-Il y a le championnat de la préfecture de Kyoto dans quelques semaines. L'inter-collège n'est qu'en fin d'année.

Akashi vit son père acquiescer.

-Le fils de Shigeto-san est également à Teiko, en deuxième année.

Le fils interrompit son mouvement, sachant déjà que les affirmations de son père n'auguraient rien de bon.

-Tu as perdu, Seijuro.

Son père le dévisagea longuement.

-Tu as perdu face à un de tes équipiers, lors d'un duel. On m'a dit qu'il t'avait traité de faible.

-Ce ne sont que des on-dit.

-Il n'y a pas de fumée sans feu, Seijuro.

Seijuro prit sa serviette et s'essuya la bouche.

-Je ne comprend pas que ton coach ne t'ait pas renvoyé de l'équipe. Un capitaine doit être fort. Or, tu t'es montré faible et misérable.

L'adolescent garda la tête basse. Il connaissait ces réprimandes. Il avait appris à subir en silence. Ce n'était pas pour autant que ces mots ne l'atteignaient pas. Ils étaient du poison et son effet n'était pas virulent comme celui d'un cobra. Il était beaucoup plus insidieux. Petite dose par petite dose, il faisait son effet. Sans accoutumance.

Seijuro entendit son père le rabaisser. Il était le premier Akashi à perdre, il était une honte, cela ne devait jamais se reproduire, où il en payera de graves conséquences. L'adolescent n'avait même pas envie d'imaginer quelles pouvaient être ces conséquences. À la fin du repas, alors qu'il avait le visage rouge de honte et les marques de ses ongles fortement imprimées dans ses paumes après avoir serré les points, il fut néanmoins satisfait que son père n'ai pas exigé qu'il arrête le basket.

Néanmoins, il avait conscience qu'aucune autre défaite ne sera tolérée.

oOo

-C'est moi ou nos adversaires étaient vraiment très nuls ?

Akashi, assit sur le banc au milieu du vestiaire, soupira. Il ne pouvait pas donner tort à Murasakibara. Ils avaient marqué trente points de plus sans la moindre difficulté.

-J'avoue, on se fait chier en ce moment, renchérit Aomine.

-Il n'y avait pas des types un peu forts l'année dernière ? demandât Kise. Les trucs sans couronnes.

-Les rois sans couronnes, corrigeât Midorima.

-Ouais, voilà.

Il y eu un petit instant de silence.

-Dîtes, et si on faisait un concours de points ? à chaque match, celui qui marque le plus de points gagne, proposât Kise.

-Hum… ça n'a pas l'air mal Kise-chin.

-Si ça peut pimenter les choses… soupirât Aomine en s'apprêtant à sortir.

Akashi se leva, lui barrant la route.

-Je suis contre.

-Et bien tu n'as qu'à pas participer, grognât Aomine. Personne ne te force.

-Je ne veux pas que vous fassiez ce genre de compte durant nos matchs.

Aomine fronçât les sourcils.

-Alors tu préfère qu'on continu à jouer comme des robots, sans la moindre motivation ?

-Tu veux régler ça au basket ? le raillât le pivot.

Les joues d'Akashi s'empourprèrent et il quitta le vestiaire en claquant la porte. Sa défaite allait encore le suivre très longtemps… Murasakibara devrait avoir honte de lui parler ainsi ! Il était le capitaine. Il lui devait au moins le respect.

Akashi sortit du gymnase et s'assit sur les marches qui menaient à un petit parc. Il effaça d'un geste rageur une larme et soupira, le cœur lourd.

oOo

Akashi savait que Kise, Aomine et Murasakibara avaient mis au point leur concours malgré son interdiction. Ils avaient enrôlé un jeune remplaçant pour qu'il tienne les comptes depuis le banc. Midorima disait ne pas vouloir participer mais Akashi savait qu'il était attentif à son nombre de panier.

Le capitaine tentait de maintenir le travail d'équipe mais ses joueurs étant désormais rivaux, il avait du mal à maintenir l'harmonie. Dès que l'un avait le ballon, il allait immédiatement tenter de marquer, se sachant assez fort pour passer tous les défenseurs.

Quand Kuroko était sur le terrain, c'était déjà beaucoup plus facile. Tous deux renforçaient leur duo. Ils n'étaient pas aussi forts que la paire que formaient auparavant le sixième homme fantôme et l'as, mais ils étaient efficaces.

Les passes d'Akashi avaient toujours été très bonnes : le bon rythme, le bon angle, la bonne vitesse. Mais désormais, elles étaient parfaites. Kuroko et les autres, galvanisés par ce rythme induit par le meneur, étaient alors plus performants.

Au premier abord, Akashi pensa que ces passes parfaites étaient une bonne chose, que ses joueurs jouant tous à son rythme allaient retrouver l'esprit d'équipe. Il déchanta très vite.

oOo

Ils avaient gagné. Rien d'étonnant. C'était la troisième fois qu'ils raflaient la médaille d'or au championnat de Tokyo.

La seule chose étonnante, c'était le score. 98 à 15. Ils n'avaient jamais mis une raclée pareille à une équipe et encore moins lors d'un championnat où ils étaient censés affronter les plus forts. Durant ce match dantesque, Akashi avait une nouvelle fois usé de ses passes parfaites pour induire le bon rythme. La synergie avait mené ses coéquipiers dans un état qu'ils n'avaient encore jamais atteint mais dont ils avaient entendu parler : la zone.

La zone leur donnait une plus grande clairvoyance et un champ de vision élargi. Et dans cet état bien qu'éphémère, ils étaient redoutables. Mais même ainsi, ils ne voulaient pas jouer en équipe. Cependant, Akashi étant le meneur, c'était à lui de distribuer la balle et chaque joueur profitait de ses passes et de son rythme.

Cette capacité dont il était devenu si fier, pensant qu'elle signait cet éveil qu'il avait tant espéré suite à sa défaite face à Murasakibara était en train de devenir sa malédiction. Exploiter ses passes signifiait approcher ses coéquipiers de la zone et les rendaient trop forts.

Aomine ou Murasakibara montraient un désintérêt croissant envers le basket et le travail d'équipe suite à leur victoire au championnat régional. Et bien qu'impressionnante, ces passes ne permettaient pas à Akashi de gagner des un contre un. Il était devenu plus fort, certes, mais ce n'était pas une capacité individuelle.

Ses passes n'étaient ni un bienfait pour son équipe, ni pour lui. Alors il cessa de s'en servir en match. Rien n'était plus douloureux pour lui que de brimer son instinct. Akashi préféra demander à participer le moins possible aux matchs, laissant Kise assumer son rôle de meneur et Kuroko entrer sur le terrain.

L'entraîneur convoqua alors le capitaine. Akashi ne l'avait pas encore rencontré depuis qu'il avait remplacé Shirogane Kozo. L'équipe avait plutôt affaire au coach qui n'était ni plus ni moins que le porte-parole de l'entraineur.

-J'ai appris que tu ne participais plus aux matchs.

-C'est faux.

-Depuis deux semaines tu ne joues que deux quart-temps en moyenne. C'est insuffisant.

Akashi savait qu'il ne pouvait expliquer les raisons qui le poussait à s'éloigner du terrain. L'entraîneur pourrait le rétrograder.

-Lors du championnat régional de Tokyo, vous avez gagné avec un score indécent. J'ai bien étudié le match : vous aviez atteint, grâce à tes passes, un état de transcendance.

-Certes.

-La presse a beaucoup parlé de ce match. C'est une visibilité jamais vue dans le monde du sport dont bénéficie Teiko. Pourquoi se priver d'une arme si redoutable ?

-Je ne tiens pas à pousser mes joueurs à bout. Cet état est épuisant.

-Alors entraînez-vous plus pour le supporter.

Akashi serra ses poings. À trop protester, il risquait de perdre son poste. Et alors, qui protégera son équipe ? L'entraîneur voulait qu'il joue ? Très bien. Il jouera, même si cela lui fait mal, même s'il doit se brider, mais il se battra pour préserver ses camarades.

oOo

Aomine avait marqué plus de soixante points en un seul match. Midorima une trentaine et Kise vingt. Des scores jamais égalés. Leurs adversaires n'avaient marqué qu'un seul panier. Certes, ils faisaient face à une des équipes les plus faible de la région mais un score pareil était humiliant pour les adversaires et déprimant pour les vainqueurs.

La génération des miracles était trop forte et plus personne ne prenait de plaisir à jour. Ni les joueurs, ni le capitaine, ni l'ombre.

Tout ça à cause de ces fichues passes ! Akashi tentait d'éviter de les réaliser mais briser son propre rythme n'était pas naturel. Pourquoi devait-il être le seul à réprimer son talent ? Il était un meneur exceptionnel, le meilleur de sa génération et des précédentes. C'était injuste. Parfois, il maudissait ce talent. Pourquoi n'avait-il pas une capacité individuelle ?

Le capitaine se mit à détester le basket. Le réconfort que ce sport lui avait apporté toute son enfance et suite à la mort de sa mère n'était qu'un lointain souvenirs. Faire rebondir la balle, aller sur le terrain, passer, marquer, n'était plus qu'une souffrance.

Parfois, sous les regards insistants de l'entraîneur qui assistait aux matchs pour profiter de la couverture médiatique, Akashi galvanisait l'équipe avec son rythme parfait. Aussitôt, quand il lâchait la bride et laissait son corps s'exprimer, il se sentait mieux. Cet état, proche de la zone, était euphorisant. Il se sentait puissant, enfin l'égal des autres, digne d'être le capitaine.

Cette satisfaction ne durait que quelques minutes.

Et se termina par deux fois par une blessure. D'abord, ce fut Murasakibara qui se réceptionna mal après un dunk impressionnant. Son genou gauche craqua, se tordit puis se déboitât avant de se remettre correctement. Le pivot s'effondra sur le terrain. Il du ménager son genou pendant plusieurs semaines. Puis, ce fut Kuroko qui se blessa au poignet. Il porta une attelle pendant trois semaines.

Akashi se sentait responsable de ces blessures. Il réalisa que son talent était beaucoup trop dangereux pour ses joueurs. Quoi qu'en dise l'entraîneur, il ne devait plus l'utiliser.

À contre cœur, il abandonna pour de bon le jeu d'équipe.

oOo

-Tu n'as pas l'air d'aller bien, Akashi-kun.

Il était rare que les deux joueurs rentrent ensemble. Akashi avait tendance à rester tard le soir à Teiko pour travailler, trouvant l'ambiance du collège plus propice. Depuis quelques temps, ce n'était plus le cas. Ces grands couloirs, ces salles vides, ce silence… il les trouvait oppressants. Sa chambre n'était pas mieux, mais il pouvait y trouver des souvenirs vers lesquels se réfugier. Et dans sa chambre, personne ne pouvait l'entendre pleurer ou enrager.

-Toi non plus.

Kuroko tata son attelle. Il n'en avait plus que pour quelques jours à la supporter. Elle lui tenait chaud.

-Je n'ai pas pu jouer depuis trois semaines.

-Ça te manque ?

-Non.

Ils se sourirent. Des sourires tristes.

-Midorima-kun a été approché par le coach de Shutoku.

-C'est un bon lycée.

-Et toi, Akashi-kun ? Tu as reçu des propositions ?

-Oui.

Akashi soupira. Il avait reçu énormément de lettres, des appels et même un entretien avec un lycée de Tokyo. Il avait donné toutes les options à son père, avait indiqué lequel avait sa préférence mais c'était son père qui avait tranché.

-Et ? continuât Kuroko.

-Je n'ai pas encore choisi, mentit Akashi. Et toi, Kuroko ? Tu as trouvé un lycée ?

-Aucun coach n'est venu vers moi.

-Ça te dérange ?

-Non. La presse ne parle jamais de moi. C'est normal. Du coup, je dois faire les recherches de mon côté. Dis, tu te souviens des championnats de Tokyo ? En même temps, il y avait la compétition des lycéens.

-Je m'en souviens. Tu avais trouvé un portefeuille par terre.

-Oui.

-Et tu es allé le rendre.

Kuroko laissa échapper un petit rire.

-Oui. Tu as une mémoire incroyable.

-Tu t'es renseigné sur ce lycée ? Tu veux y aller ?

-Je ne sais pas…

-C'était quel lycée ?

-Seirin.

-Hum… j'en ai entendu parler. Un des rois sans couronne les a rejoints. Kiyoshi Teppei. Ça a l'air d'être une bonne équipe.

oOo

Kuroko s'était blessé lors de la demi-finale de l'inter-collège. Cette fois, ce n'était pas de la faute de son capitaine mais d'un de leur adversaire. Il fut immédiatement conduit à l'infirmerie alors qu'il avait perdu connaissance en raison du violent coup à la tête qu'il s'était pris.

Momoi l'accompagna. La finale approchant, Akashi décida d'aller rejoindre son joueur, bien que conscient qu'il ne pourra pas participer. Sur le trajet, il rencontra un garçon inconnu qui semblait lui aussi à la recherche de Kuroko.

Le capitaine ne connaissait qu'une seule personne, en dehors de Teiko, qui pourrait le chercher. Kuroko avait fait mention une fois de cet ami qui lui avait appris le basket.

-Comment va-t-il ? demandât l'inconnu.

-Navré, mais tu ne pourras pas le voir. Le collège Meiji, n'est-ce pas ? Nous allons donc nous affronter dans quelques minutes. Bien que le résultat me semble couru d'avance, je te souhaite bonne chance.

-Attends… je peux te poser une question ?

-Je t'en prie.

-Est-ce que tu t'amuses quand tu joues au basket ?

Akashi sentit son cœur se serrer. S'amuser ? Non, cela faisait longtemps que ce n'était plus le cas. Seul persistait la peur de perdre. Il en avait même perdu l'amour de la victoire. Plus rien n'avait de sens quand il se rendait sur un terrain de basket. L'équipe partait en lambeaux, dévorée par sa propre puissance. Il avait cessé d'espérer un jeu collectif.

Plutôt que de répondre et dévoiler ses pensées, Akashi lui tourna le dos et entra dans l'infirmerie. Il s'assit sur la première chaise au chevet de Kuroko et celui-ci ne tarda pas à se réveiller.

-Akashi-kun ? Momoi-san ?

-Comment tu te sens, Tetsu-kun ? Oh, ne te relève pas trop vite, le médecin a dit que…

-Le match ?

-Il commencera dans quelques minutes. Tu ne pourras pas participer.

Kuroko baissa les yeux.

-Akashi-kun, s'il te plaît… vous devez tout donner pour ce match.

Akashi sourit.

-Ogiwara, n'est-ce pas ? Je l'ai croisé dans le couloir.

-Je lui ai fait une promesse il y a plusieurs années.

Akashi se leva et quitta l'infirmerie. Il songea que ce match sera peut-être le dernier qu'il jouera à Teiko. La fin d'année approchait et c'était une période creuse concernant les matchs. Il se sentait libéré à cette idée…

Les autres étaient en train de discuter vivement du match à venir quand il les rejoignit. Le capitaine se fit la réflexion qu'il était rare de les voir excité ainsi.

-De quoi parliez-vous ? demandât-il.

-Oh, rien, annonçât Kise en rougissant.

Akashi fronçât les sourcils. Depuis quand osaient-ils lui mentir ?

-Je tiens à savoir si cela a un lien avec ce match.

-On cherchait un moyen de pimenter les choses. C'est p't'être la finale, mais on va se faire chier.

Midorima remontât ses lunettes sur son nez.

-C'est l'idée de Kise, dit-il comme pour se décharger.

-Alors explique-moi, Kise.

À contre cœur, le petit ailier fit part de son idée : obtenir, à la fin du match, le score de 111 à 11. Ce n'était pas infaisable, bien au contraire. Mais cette idée horripila Akashi, surtout face à un ami d'enfance de Kuroko.

-Hors de question.

-T'es pas drôle.

-Drôle ? Tu trouves ça drôle d'humilier les adversaires, Aomine ?

L'as ne répondit pas.

Le match commença dans une ambiance très tendue du côté de Teiko. Kise, Aomine et Murasakibara avaient décidés de suivre leur plan. Midorima, comme à son habitude, ne prenait le parti de personne. Et Akashi dû se battre contre ses propres joueurs pour les empêcher de mener à bien leur but.

Akashi n'était pas insensible aux arguments de ses joueurs. Après tout, lui-même ne s'amusait plus en jouant au basket. Il se demanda même, s'il n'avait pas su qu'un ami de Kuroko se trouvait en face, s'il n'aurait pas cédé à ce défi.

Il savait que jouer au basket était devenu une torture pour tous.

Lors de la mi-temps, dans le vestiaire de Teiko, Akashi avait envie de s'en aller. Il préféra néanmoins donner un simulacre de stratégie afin d'empêcher ses joueurs d'accomplir leur objectif, l'idée étant de se concentrer sur Midorima.

Aomine et Murasakibara avaient des mines ennuyées. Akashi détestait cette situation. Il n'était plus écouté, plus respecté. Il n'était plus considéré comme un capitaine et ses amis d'hier ne lui témoignait plus qu'un respect de surface. Akashi était d'autant plus le plus jeune du groupe, ce qui, dans une société régie par l'âge, lui portait actuellement préjudice.

Je ne suivrai plus les ordres de quelqu'un de plus faible que moi. Le message était bien passé. Murasakibara avait toujours méprisé ceux qui donnaient tout dans un sport alors qu'ils étaient nuls.

Il y avait bien une façon de régler le conflit, Akashi le savait. Il lui suffirait de défier Murasakibara une nouvelle fois afin de lui prouver qu'il était plus fort que lui. Mais le capitaine était paralysé à l'idée de perdre une nouvelle fois. Une défaite, cela avait déjà été difficile à avaler. Alors deux, il ne voulait même pas imaginer.

Dès les premières minutes du troisième quart-temps, Akashi comprit qu'il avait perdu tout contrôle sur trois de ses joueurs. Ils ne suivaient pas ses consignes. Plutôt que de continuer à participer à cette farce, Akashi prit la décision douloureuse de battre en retraite. Sans défi, sans combat, il venait de perdre une autre bataille.

Dès que le coach fit la demande de pause, constatant bien la discorde entre ses joueurs, Akashi en profita pour s'en aller. Il n'alla pas rejoindre Kuroko, honteux d'avoir échoué, et quitta le gymnase. Il attendit de voir les gens s'en aller, signifiant que le match était terminé, que Teiko avait gagné. Et sans avoir à vérifier, il connaissait déjà le score final.

Il attendit encore, rongé par sa peine, que quelqu'un vienne le chercher. Ce fut Momoi.

-Nous allons repartir d'ici quelques minutes. Le coach a récupéré ta médaille.

-Comment va Kuroko ?

Momoi garda le silence un moment.

-Il est bouleversé par le résultat de ce match.

Akashi acquiesça.

-Le coach est-il en colère contre moi ?

-Non. Je pense que c'est à lui-même qu'il en veut. Il n'a… pas vu venir le résultat.

Le capitaine se leva et épousseta son short.

-Allons-y.

Ils rejoignirent les autres qui étaient déjà montés dans le bus. Il n'y avait aucune joie sur les visages alors qu'ils venaient de gagner pour la troisième fois consécutive les championnat nationaux inter-collège. Une première dans l'histoire du basket.

Kuroko était assis à l'arrière. Il y avait encore de larges traces de sel sur ses joues. Akashi préféra rester à l'avant sur la première place vide.

oOo

-Mérites-tu vraiment cette médaille ? se demandât à voix-haute Masaomi Akashi. Je sais que tu as quitté le match avant sa fin et que tu n'étais même pas présent à la cérémonie de remise des médailles.

-Le match était gagné d'avance et Kuroko s'était pris un vilain coup lors de la demi-finale. J'ai préféré aller voir comment il allait.

-Hum… ce sera la version officielle.

-Bien, père.

-Nous avons un accord, ne l'oublie pas. Réfléchi bien avant de t'inscrire au club de Rakuzan.

oOo

Kuroko ne revint pas au club de basket. Ni même aux autres cours. Grâce à ses notes correctes tout le reste de l'année, cela n'allait pas l'empêcher de passer en seconde. Akashi était inquiet. Il ne répondait plus à ses messages. Il n'était même pas venu au pot de départ des anciens du club.

Ils ne se recroisèrent qu'à la cérémonie de remise des diplômes. Kuroko attendait sous un arbre, son diplôme entre les mains.

-Salut…

-Salut, Akashi-kun.

-Nous ne t'avions pas vu depuis un moment. Comment vas-tu ?

Kuroko détourna le regard.

-Ogiwara-kun a arrêté le basket par ma faute.

-Ce n'était pas ta faute. C'était la mienne. En tant que capitaine, j'ai échoué. J'ai vraiment essayé de les en empêcher, tu sais…

Le joueur se pinça la lèvre, comme chaque fois qu'il se retenait de dire quelque chose de blessant.

-Tu me déteste moi aussi ? demandât Akashi.

-Je ne sais pas. Je ne sais pas si on aurait pu faire plus pour empêcher ce qui est arrivé.

-Et maintenant ? Que comptes-tu faire ?

Kuroko haussa les épaules.

-Tu as trouvé un lycée ? Sinon, je me disais que… à Rakuzan…

Un petit rire échappa au garçon.

-Moi, à Rakuzan ? Je n'ai pas le niveau.

-Mais sans parler de ça…

-Non, Akashi-kun. J'irai à Seirin.

-Je vois. Je suis rassuré de savoir que tu vas continuer le basket.

-Idem. Nous nous reverrons à l'Inter High.


à bientôt pour la deuxième partie !