5. L'entraînement.
Izuku rentra chez lui aux anges, il était resté au moins quarante minutes avec Dragon-chan. Il n'y avait que lui qui parlait, bien sûr, mais l'animal s'enroulait autour de lui ou le poussait gentiment avec son crâne, montrant ainsi qu'il était attentif. Le dragon s'était même penché pour qu'Izuku monte sur lui, et s'était envolé pour le ramener près de chez lui en faisant attention de prendre les allées désertes et de voler assez haut pour ne pas qu'on le voit. Izuku avait été si impressionné qu'il n'avait même pas ressenti de vertige. L'humain avait indiqué au dragon le chemin au fur et à mesure, puis l'animal l'avait déposé à quelques mètres de sa maison dans un parc vidé de monde, avant de frotter doucement son crâne contre le sien pour lui dire au revoir. Puis il avait disparu dans la nuit.
Izuku franchit la porte de sa maison avec un sourire jusqu'aux oreilles et quand sa mère l'accueillit et le vit si heureux, elle se demanda s'il avait rencontré quelqu'un comme l'avait sous-entendu Kacchan à sa mère.
— Tu as passé une bonne journée ? demanda-t-elle en réfrénant sa curiosité.
Izuku acquiesça.
— Ouais super.
— Tu… Les gens ont été gentils avec toi à l'école ?
— Comme d'habitude, répondit Izuku évasivement la tête ailleurs.
— Il s'est passé quelque chose de bien ? insista Inko.
Izuku regarda sa mère. Il ne pouvait pas lui dire son secret même s'il l'avait voulu. Il lui aurait raconté « maman je connais un dragon métamorphe et il est extraordinaire et gentil comme tout, en plus il est magnifique ». Mais Kacchan connaissait déjà son secret et ce serait le seul, parce qu'Izuku avait promis à Dragon-chan de ne rien dire à personne et qu'il tenait ses promesses.
— J'ai juste eu une bonne note, mentit-il.
Bien sûr, il savait qu'Inko ne le croirait pas, parce qu'il avait souvent de bonnes notes et que ça ne le mettait pas forcément d'aussi bonne humeur. Mais sa maman fut gentille de ne pas insister et de laisser couler. Ce qui comptait c'était que son fils soit heureux, après tout.
Izuku eut du mal à se concentrer sur ses devoirs, son esprit revenait sans arrêt à Dragon-chan et sans s'en rendre compte, il le dessinait sur son carnet de notes. Ils avaient mis plus d'un mois avant de se revoir, est-ce que la prochaine rencontre se ferait tout autant attendre ? Il espérait que non.
Le lendemain, Izuku se rendit au collège sans avoir la boule au ventre comme ça pouvait lui arriver parfois, quand il ne savait pas à quoi s'attendre. Aujourd'hui, il s'en fichait un peu, les autres pouvaient bien se moquer de lui, il avait un secret qui valait bien plus que des cornes ou autres attributs. Il avait un dragon métamorphe.
Kacchan se tenait dans son coin, déjà assis à sa place, les pieds sur sa table il avait les bras croisés et semblait perdu dans ses pensées. Quand leurs regards se croisèrent, Izuku se fit tout petit, mais Kacchan ne lui fit aucune remarque, pas même une grimace. Ses sbires en revanche ricanèrent sans raison sur son passage, comme s'il avait quelque chose sur la figure. Izuku se contenta de les ignorer et alla s'asseoir à sa place. Sa table était couverte de graffitis, des « crèves » ou des « pauvres nazes » qu'Izuku n'avait jamais réussi à enlever. Les sbires de Kacchan s'amusaient à graver ça sur sa table. Pas Kacchan, Izuku le connaissait assez bien pour savoir qu'il ne perdrait pas son temps avec ça. Certes il le brimait, il se comportait mal avec lui, mais c'était toujours en face à face.
Des fois, voir ces mots écrit sur sa table, ça lui faisait quelque chose à Izuku, ça le décourageait. Aujourd'hui il sourit comme si on lui avait écrit des gentillesses. Sentant le regard de Kacchan sur lui, il leva les yeux et tomba sur ses orbes rouges qui le fixaient en silence. Izuku s'attendait à se recevoir une remarque, mais le dragon hybride se contenta de souffler par le nez et de se retourner. Pas une grimace, pas une insulte, même pas de colère dans ses yeux. Izuku fut étonné, mais n'y pensa vite plus, car le prof arriva dans la classe et commença son cours. Izuku se concentra tant bien que mal, le cerveau rempli de Dragon-chan et d'une seule envie : le revoir.
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Il restait à peine quelques mois avant l'examen pour Yuei. Katsuki allait bosser plus fort que jamais, cracher ses plus belles flammes pendant les cours d'entraînement et avoir les meilleures notes partout, suivit de près par Deku – sauf, bien sûr, en ce qui concernait les pouvoirs.
Deku ne pourrait pas entrer à Yuei peu importe tous les efforts qu'il y mettrait. Katsuki aurait voulu qu'il abandonne, qu'il ne se mette pas en danger. Et en même temps, le blond savait bien que la place de quelqu'un comme Deku était à Yuei et que ce dernier n'ait pas de pouvoir était une injustice sans nom. Il méritait d'être un héros, parce qu'il valait sans doute dix fois plus que Katsuki. C'était rageant, mais c'était la vérité. Cela faisait longtemps qu'il le savait, sans jamais oser le regarder en face. Si tu fais du mal à Deku ce n'est pas parce que c'est un humain banal, c'est parce que tu as peur qu'il te pique ta place.
Mais depuis qu'il se métamorphosait et allait jouer avec Deku dans les ruelles vides, il était beaucoup moins dans le déni. Seulement, il ne pouvait rien changer, parce qu'il fallait convaincre Deku, en tant que Katsuki, de ne pas tenter Yuei. C'était comme s'il était son propre jumeau maléfique. En tant que « Dragon-chan » il se comportait bien, en tant que Katsuki, il agissait comme un con.
— T'es juste bon à aller me chercher de la bouffe, et encore, même ça tu ne le fais pas bien, lui dit-il pour le rabaisser, le remettre à sa place.
Mais ça ne marcha pas, ça ne marchait jamais. Deku ne l'écoutait pas, têtu comme un mulet il ne lâchait pas l'affaire, il voulait aller à Yuei et il se fichait des remarques de Katsuki. Ironiquement, depuis que Deku avait Dragon-chan, il était encore plus déterminé.
— Je ne suis plus seul, lança-t-il au blond.
Katsuki savait de quoi il parlait, bien entendu. Il se rapprocha de Deku et faisant semblant de l'insulter à l'oreille, il murmura :
— Et ce dragon, il va pouvoir te protéger pendant l'examen ? Il ne sera même pas là. Tu n'es rien Deku, abandonne.
Deku se recula et le regarda, l'air blessé. Katsuki s'en voulut de lui avoir fait mal au point que ça se peigne sur ses traits. Néanmoins, il cacha sa culpabilité derrière de faux sourires mutins. Les sbires pointèrent du doigt le petit humain :
— Ce naze ne rentrera jamais à Yuei. Il sera juste bon à ramasser les déchets.
Katsuki donna une tape à l'arrière du crâne de celui qui venait de parler :
— Je suis le seul qui rentrera à Yuei, commence pas à t'y croire !
Deku le fixait avec ses yeux vert émeraude, son regard à la fois triste et déterminé. Il n'avait ni oreille ni queue de lapin, et pourtant il ressemblait un peu à cet animal pelucheux. Les deux garçons se regardèrent longtemps sans dire aucun mot. Comme pris dans une bulle. Où Katsuki ne flancherait pas, où il continuerait de lever le menton et de montrer à Deku qu'il n'était pas prêt pour Yuei. Où Deku ne baisserait pas les yeux non plus, parce qu'il n'abandonnerait pas cette idée, jamais. Deku se fit bousculer à ce moment-là, et leur bulle éclata alors que le petit humain détournait les yeux. Katsuki soupira.
Son cœur battait beaucoup trop vite dans sa poitrine.
Dragon-chan passa devant la fenêtre de Deku et ce dernier l'ouvrit aussitôt et monta sur l'animal pour que celui-ci l'emmène dans un coin tranquille. Katsuki avait cherché et cherchait encore une idée pour convaincre Deku d'arrêter de se battre pour Yuei. S'il n'y arrivait pas en tant que Katsuki, il fallait qu'il essaye en tant que « Dragon-chan ». Et ce sans même pouvoir lui parler.
— Tu sais Kacchan est vraiment un idiot parfois, se plaignit Deku quand Katsuki se posa au sol et que Deku descendit.
Il pencha sa grande tête de côté comme pour demander « et pourquoi ça ? »
— Il veut m'empêcher d'entrer à Yuei, mais j'essayerai quand même, répondit Deku. Peut-être que je peux y arriver, même sans pouvoir.
C'était le moment. Katsuki secoua son crâne comme pour dire non. Il vit Deku pâlir.
— Toi aussi tu penses que je n'ai aucune chance ?
Dragon-chan fit signe que oui. Oui tu n'as aucune chance. Il savait qu'il brisait le cœur de Deku, mais c'était aussi pour le protéger. Les larmes montèrent aux yeux de l'humain et Katsuki en eut le cœur brisé. Oh il avait déjà vu Deku chialer sans que ça ne lui fasse rien du tout, mais là, il savait qu'il brisait les rêves de son ami d'enfance.
— Si toi aussi tu penses ça, qu'est-ce que je vais devenir ? Je veux juste aider les autres, sauver des gens, pourquoi est-ce que ce serait impossible juste parce que je n'ai pas de pouvoir ?
Katsuki se rapprocha de Deku et lécha ses larmes avec sa grosse langue. Essayant de le consoler. Il le barbouilla surtout de bave. Deku allait abandonner cette idée de vouloir rentrer à Yuei désormais, n'est-ce pas ? Il avait plutôt l'air à l'écoute de Dragon-chan.
Mais Deku s'essuya les joues et murmura :
— Je vais essayer quand même.
Non, non et non, pensa Katsuki.
— Je dois le faire, si j'abandonne sans même essayer, je le regretterai toute ma vie.
Il releva les yeux et les planta dans ceux de Dragon-chan :
— Je suis désolé, mais je vais le faire ! Personne ne croit en moi, mais je vais le faire.
Je crois en toi, songea Katsuki, mais tu n'as aucun pouvoir. Si tu te lances là-dedans, tu vas mettre ta vie en danger.
Comment lui communiquer ce message ? Il se contenta de secouer sa grande tête pour dire « non » plusieurs fois, mais Deku serrait les poings, de plus en plus déterminé. Ce débile d'humain n'arrêtait jamais, il avait la caboche dure, plus têtu qu'une armée de mulets.
Katsuki insista, se secoua dans tous les sens, comme pour dire non ne fais pas ça. Mais il vit le regard de Deku, ses yeux perdaient de leur éclat comme si le dragon était en train de réellement le briser en mille morceaux.
— Je n'ai que ça, souffla Deku. Je sais bien que je ne pourrai jamais devenir aussi génial que Kacchan ou même toi, mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Est-ce que tu me vois comptable dans un bureau comme le souhaiterait mon père ?
Cette idée était ridicule. Deku ? Coincé dans un bureau ? Cet humain avait besoin de liberté, de grands espaces, il avait besoin de pouvoir sauver les gens coûte que coûte, avec ou sans pouvoir. Il s'était mis en danger pour un simple chat, il serait sans doute prêt à tout pour aider une personne dans le besoin. S'oubliant lui-même. C'était tout le problème. Si seulement Deku pouvait apprendre à se préserver.
Katsuki avait envie de le protéger. Il vint poser son menton sur le crâne de Deku en réconfort. Il sentit l'humain l'entourer de ses bras. Son cœur de dragon se mit à battre plus vite. Délicatement, il posa une de ses pattes crochues contre le dos de l'humain. Si Katsuki ne pouvait pas convaincre Deku de ne pas passer l'examen d'entrée de Yuei sans le briser complètement, il pouvait essayer de le soutenir, de lui donner de la force. Il allait l'entraîner pour que le petit humain ait au moins l'endurance. Et qui sait ? Peut-être que Deku serait capable d'un miracle.
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Izuku ignorait quelle mouche avait piqué Kacchan, mais ce dernier ne lui laissait plus un moment de répit. Il le faisait courir partout pour rien, et quand il ne revenait pas assez vite, il se moquait :
— Et tu crois que tu vas entrer à Yuei si tu ne cours pas plus vite qu'un escargot asthmatique ?
Puis il lui disait de faire des pompes pour se faire pardonner d'être un être aussi nul. Et quand Izuku s'écroulait au sol de fatigue, il grognait :
— Comment comptes-tu réussir l'examen de Yuei si t'as aussi peu d'endurance ?
Il ne le laissait jamais tranquille, même à la sortie du collège, il se mit dans la tête de le faire grimper aux arbres pour attraper des fruits.
— Et te casse pas la gueule, abruti de Deku.
Quand il estimait qu'Izuku allait trop lentement, il soupirait :
— Tu vas te faire écrabouiller à Yuei, c'est sûr et certain, espèce de naze.
Izuku ne savait pas s'il essayait de lui démontrer qu'il n'entrerait jamais à Yuei, ou si au contraire, il lui disait de s'entraîner plus s'il voulait y arriver. C'était vrai qu'Izuku avait de bons résultats scolaires, mais physiquement il était plutôt chétif et n'avait pas tellement d'endurance. D'une certaine façon, Kacchan avait raison, il devait s'entraîner.
Il commença dès lors à faire de l'exercice. Il se mit à courir du collège jusqu'à chez lui et de chez lui jusqu'au collège matin et soir. Chez lui, dans sa chambre, il s'entraînait à faire des exercices de musculation. Quand il retrouvait Dragon-chan, celui-ci l'emmenait sur la plage qui bordait la ville, un coin quasiment jamais fréquenté quand ce n'était pas l'été, et là Izuku courait sur le sable jusqu'à épuisement. Le dragon paraissait l'encourager, il faisait virevolter son corps dans tous les sens comme s'il le poussait à se dépasser.
L'entraînement creusait des cernes sous ses yeux tant Izuku se donnait à fond. En cours, il avait bien du mal à ne pas s'endormir sur sa table, mais quand ses yeux se fermaient malgré lui, il recevait sur la tête une boulette de papier lancée par Kacchan, où était écrit « si tu dors en cours, tu n'entreras jamais à Yuei, imbécile ».
Inko s'inquiétait de le voir si épuisé.
— Tu dors mal en ce moment ? demanda-t-elle, tu as des soucis ?
Izuku lui sourit :
— Non, dit-il, tout va bien.
— Tu as l'air épuisé, je m'inquiète.
— C'est parce que je bosse plus que jamais, avoua Izuku, pour rentrer à Yuei.
Inko caressa ses cheveux :
— Mon trésor, c'est bien de poursuivre ses rêves, mais tu dois aussi prendre soin de toi.
— Tout va bien, jura-t-il.
Inko dut en parler au père d'Izuku, parce qu'en rentrant d'un de ses voyages d'affaires, celui-ci le prit à part :
— Ta mère s'inquiète, lui dit-il, et je la comprends, tu as l'air épuisé.
— Tout va bien, assura-t-il à son père comme il l'avait fait avec sa mère.
— Tu devrais abandonner cette idée d'aller à Yuei, continua son père en l'écoutant à peine, c'est ridicule Izuku, tu sais bien que tu ne seras jamais pris. Tu n'as aucun attribut, aucun pouvoir.
Izuku adorait son père, ses paroles avaient beaucoup d'importance et d'impact pour lui. Il savait que l'homme l'aimait et était de son côté, que s'il cherchait à le dissuader c'était pour le protéger, par amour. Mais Izuku ne pouvait pas abandonner sans avoir essayé. Oui, il y avait de grandes chances qu'il se rate, mais il devait quand même le faire. Sinon il le regretterait toute sa vie. Dragon-chan l'entraînait, le harcèlement de Kacchan aussi d'une certaine manière, et lui-même faisait le plus d'efforts possibles pour devenir meilleur.
— Je ne peux pas abandonner, fit Izuku.
— Et si je te l'interdis ?
Izuku pâlit :
— Non, s'il te plaît, non.
— Ce serait pour ton bien.
— Je n'ai aucun attribut, je n'ai aucun pouvoir, je n'ai rien, si tu me prives aussi de Yuei qu'est-ce qu'il me reste papa ?
— Il y a des milliers d'autres façons pour toi de vivre ta vie. Tu n'as pas rien, tu nous as nous, ta famille, et on s'inquiète pour toi. Il y a de très bons métiers pour les humains, beaucoup s'en accommodent. Et puis peut-être que tu rencontreras une fille bien et que tu agrandiras la famille. Ce sont des possibilités. Entrer à Yuei est impossible pour toi.
Izuku baissa la tête, comme soumis, écrasé par le poids des paroles de son père. Néanmoins, ça ne changeait rien. Il releva les yeux.
— Si je rate l'examen d'entrée de Yuei, je me plierai à cette vie. Je ferai un boulot qui me conviendrait et je trouverai quelqu'un à aimer si tu le veux, mais je dois au moins essayer, je t'en supplie.
Son père le regarda au moins une bonne minute en silence. Puis céda :
— D'accord, dit-il, mais tu dois me promettre de tout arrêter si ta vie est en danger.
Izuku acquiesça
— Bien sûr, je le promets.
Il était prompt à promettre, mais il oubliait que ce n'était pas dans son caractère d'arrêter même si sa vie était en danger.
Son entraînement continua. La semaine, le week-end, et les jours passèrent à une vitesse folle. Kacchan l'avait emmené de force à l'infirmerie une fois, alors qu'Izuku tenait à peine debout, en utilisant l'excuse « si ma bonniche s'écroule, je ne vois pas comment elle va entrer à Yuei ». Izuku avait dormi, et avait fini par se faire un emploi du temps chargé, entre l'entraînement et les devoirs, mais s'était aussi accordé plus de sommeil. Parce que Kacchan avait raison, s'il s'écroulait avant de passer l'examen, tous ses efforts auraient été vains.
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Katsuki avait toujours voulu être le meilleur. Le meilleur dragon, le meilleur sauveur, le meilleur héros. Son charisme, ses pouvoirs, sa fierté, tout ça c'était grâce à sa naissance, mais aussi à son entraînement. Personne ne le savait, tout le monde pensait que tout ce qu'il faisait était inné, mais c'était faux. Katsuki s'entraînait depuis des années pour rester à sa place, il s'entraînait encore plus pour entrer à Yuei. Il avait galéré des semaines pour pouvoir se métamorphoser. Il galérait encore pour maîtriser ses pouvoirs complètement.
Il gueulait fort. Se couchait tôt. Il n'était pas parfait, avait pris Deku pour cible, et se montrait parfois trop orgueilleux. Il avait envie d'être le meilleur. D'être reconnu. Mais cachait tous ses efforts.
Désormais, malgré lui, il venait en aide à Deku pour que celui-ci puisse le suivre. C'était une grosse erreur pour plein de raisons. Ça ne rendait pas service à Deku pour commencer, qui s'accrochait à son rêve comme une huître à son rocher malgré les dangers. Et puis parce que Katsuki savait au plus profond de lui, le sentait dans ses tripes, que s'il lui en donnait l'occasion, Deku le dépasserait sans mal. Alors à quoi auraient servi tous ses efforts pour être le meilleur ?
Mais c'était comme ça, Katsuki ne pouvait pas lâcher Deku. Il s'était même mis à le chronométré pour l'engueuler comme du chien pourri quand il dépassait le temps ne serait-ce que d'une seconde. Les autres riaient, pointaient Deku du doigt, se moquaient. Pas Katsuki, il regardait Deku très sérieusement.
— La prochaine fois t'a intérêt de faire mieux que ça.
Et Deku paraissait être entré dans le jeu et acquiesçait.
— En attendant, tu vas me faire vingt squats.
L'humain s'y mettait et malgré les rires, les blagues, les méchancetés, il ne quittait pas des yeux Katsuki.
Le soir, le blond se transformait et se faisait la belle, allait chercher Deku et continuait à l'entraîner. Sous un autre nom, sous une autre forme. Le petit humain commençait à prendre du muscle et à se débrouiller. Il ne restait qu'un mois en même temps. Le temps passait à toute vitesse.
Izuku finit par s'écrouler dans le sable et Katsuki vint se poser à côté de lui.
L'humain le regarda, ses yeux plongés dans ceux du dragon.
— Tu sais, d'une certaine manière tu me fais penser à Kacchan.
Katsuki paniqua. L'avait-il reconnu ? Est-ce que sa couverture était grillée ? Et était-ce si grave si ça l'était ?
— Il a le même regard que toi, déterminé. Et il le cache, mais je sais que s'il me fait courir partout au lycée c'est pour m'aider.
L'humain se tut un moment avant de reprendre :
— C'est une façon tordue de faire, mais ça lui ressemble bien tiens. Toi tu es plus direct, là-dessus par contre vous ne vous ressemblez pas trop.
Katsuki resta immobile. Il aurait pu lui dire la vérité, mais il avait l'impression que c'était trop tard, que maintenant Deku le prendrait mal, lui en voudrait, le rejetterait. Ce n'était pas le caractère de Deku, Katsuki le savait et pourtant…
Un jour, Deku l'apprendrait, mais pas maintenant.
Pour le moment, il allait continuer à l'entraîner.
Le dernier jour vint rapidement, trop rapidement. Katsuki savait qu'ils avaient fait au mieux et que Deku ne pourrait pas être plus prêt qu'il ne l'était. Sans pouvoir, c'était le meilleur de lui-même qu'il donnait. En tant que Dragon-chan, Katsuki posa sa patte crochue délicatement sur le crâne de Deku, pour lui souhaiter du courage. Stressé, l'humain se força à sourire :
— Tout va bien se passer pour moi, tu verras.
Katsuki le verrait ouais.
— Si j'échoue… Si ça arrive… Tu resteras mon ami ?
Le dragon acquiesça et Deku souffla :
— Ça me rassure. C'est toujours ça.
Il regarda ses pieds un instant avant de reprendre :
— Kacchan, lui, va y arriver, il sera sûrement le premier même. Si toi aussi tu passais l'examen, tu serais sans doute deuxième.
Katsuki eut envie de rire, alors comme ça pour Deku « Kacchan » serait premier et « Dragon-chan » ne serait que deuxième. Deku continuait donc de l'admirer.
— Si jamais… Si je n'entre pas à Yuei, je voudrais que quelqu'un garde un œil sur lui. Je veux être sûr qu'il aille bien. Il gueule et aboie beaucoup, mais je le connais, il enterre beaucoup ce qu'il ressent.
Katsuki n'en revenait pas que Deku ait le culot de vouloir que quelqu'un veille sur lui. Comme s'il avait besoin de ça, n'importe quoi. C'était plutôt Deku sur qui il fallait garder un œil. Il était comme un gosse qu'on perd dans un grand magasin. À un moment il était là, à côté de vous, et la seconde d'après il courrait droit vers le danger parce qu'il avait vu que quelqu'un avait besoin d'aide.
Katsuki s'ébroua pour montrer son indignation, et Deku eut un petit rire.
— Je sais ce que tu penses, que tu ne vois pas pourquoi on devrait veiller sur lui, que d'après ce que je t'ai raconté il est grossier et désagréable. Mais bon, quand tu apprends à vraiment le connaitre, tu te rends compte qu'au fond c'est quelqu'un de bien.
Katsuki souffla avec ses grosses narines, l'air irrité (il n'était pas grossier et désagréable), et le rire de Deku se fit plus grand. Doucement, il caressa la crinière du dragon posant sa main jusqu'à ses écailles. Le dragon le regarda faire quelques instants, avant d'avoir une idée soudaine. D'un ongle de sa patte crochue et sans trop réfléchir, il s'arracha une écaille. Deku écarquilla les yeux :
— Qu'est-ce que tu fais ?
Pour te porter chance, pensa-t-il, pour que je sois un peu avec toi au cours de cet examen.
Mais comme il ne pouvait pas parler, il tendit l'écaille à Deku. Ce dernier demanda :
— C'est pour moi ?
Katsuki fit signe que oui. Deku lui sourit et prit délicatement l'écaille entre ses doigts. Presque aussi grande que la paume de Deku, elle était solide et résistait aux coups et sans doute aussi aux armes blanches. Ce n'était rien, mais Deku le vit comme un cadeau extraordinaire, comme un trésor, Katsuki put le lire sur son visage émerveillé.
— Merci, dit l'humain d'un ton ému, je l'aurai toujours sur moi.
Katsuki montra les dents pour sourire.
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Izuku regarda longuement l'écaille de Dragon-chan. Elle était orange vif des deux côtés et s'il pouvait la plier un peu, elle semblait très solide. Dragon-chan s'était égratigné pour lui donner une partie de lui, et Izuku espérait que cela lui porterait chance. Il la mit dans un tout petit sac qu'il accrocha autour de son cou, ainsi il l'aurait sur lui pour passer l'examen du lendemain. Même s'il perdait, même s'il échouait, il savait qu'il n'était pas seul.
L'examen écrit se passa très bien, Izuku sut répondre aux questions sans problème, ce n'était pas les mathématiques ou la littérature qui l'inquiétaient le plus. Les épreuves où les hybrides devraient montrer leurs talents et leurs pouvoirs s'annonçaient bien plus compliquées et dangereuses.
Izuku était pourtant là, les jambes flageolantes. Il trébucha sur ses pieds avant d'entrer dans le bâtiment. Il fut rattrapé par une jeune fille à la queue de rat. Elle le remit debout sans problème.
— Tu stresses ? demanda-t-elle gentiment.
Izuku, qui n'avait jamais parlé à une fille de sa vie à part sa mère et celle de Katsuki, bafouilla un truc incompréhensible et la jeune fille lui sourit, puis s'en alla et d'un signe de la main lui souhaita bonne chance.
C'était ça.
Bonne chance.
S'il trébuchait avant même d'arriver, il était mal barré.
Izuku se reprit, respira un bon coup et avança jusqu'au bâtiment, monta les marches sans se casser une nouvelle fois la figure et entra à la suite des autres candidats pour Yuei.
Les choses sérieuses allaient commencer.
À suivre.
L'autatrice : un chapitre bien rempli pour le petit Izuku. Alors, va-t-il réussir ou non l'examen ?
