Chapitre 17 : Accalmie bienvenue, ou presque.

Il faisait noir dehors par cette nuit sans lune du mois de mai. Dans la douceur de sa couette, Hermione lisait tranquillement à la lueur de sa lampe à huile, se délectant des aventures des filles March. Tout était silencieux dans le manoir et cela changeait de l'agitation quotidienne que la lionne devait supporter au ministère ces dernières semaines. Son département était toujours aux aguets, sur l'île comme partout au Royaume-Uni, les braconniers semblaient de plus en plus éparpillés. C'était plutôt une bonne nouvelle au demeurant, s'ils étaient moins organisés, c'était grâce aux équipes de son département qui leur courraient après depuis des mois. Le seul souci, c'était donc qu'il y avait trop d'effervescence.

Un cliquetis métallique retentit soudainement, suivit par d'autres à intervalles réguliers, faisant relever le nez de la lionne loin de son bouquin. Puis le pas claudiquant de la personne à qui appartenait la bruyante canne s'ensuivit et Hermione sourit bêtement. Quand elle entendit la porte de la chambre de Severus s'ouvrir, elle reporta son attention sur son livre sans pour autant pouvoir lire la moindre ligne, et ce, jusqu'à ce que l'on toque doucement à la porte 'interdite'.

- Entrez.

- Est-ce une heure convenable pour lire Milady ?

- Je crains fort de ne pas avoir fait attention à ladite heure, répondit-elle en souriant sans le regarder. Peut-être étais-je trop distraite par la joie de lire le dernier ouvrage de ma propre sélection !

- Cela sonne presque comme de l'orgueil Milady.

- Voyons, je ne suis pas comme ça. Seulement, il fallait bien que je me réjouisse de quelque chose alors même que la semaine fut morose.

Il était maintenant juste à côté du lit et lui prit le livre des mains pour le poser sur la table de nuit. Elle tourna enfin la tête vers lui et le vit arborer un large sourire :

- Cette morosité a-t-elle un lien avec mon absence ?

- Et c'est moi l'orgueilleuse ? se moqua-t-elle.

- Oh, j'ai mal interprété votre insomnie alors… vous m'en voyez désolé Milady, je vais de ce pas vous laisser à votre lecture.

Il s'inclina en arborant toujours son sourire joyeux. Profitant de sa posture, Hermione passa une main derrière sa tête et se redressa pour lui voler un baiser. Elle ne voulait plus jouer :

- Tu m'as affreusement manqué Severus !

- J'ai bien peur que tu ne m'aies manqué plus encore, dit-il en s'asseyant au bord de lit.

- Et pourquoi cela ? demanda-t-elle en se décalant pour qu'il puisse s'allonger à ses côtés.

- Parce que je t'aime plus ! répondit-il en s'exécutant.

- C'est moi qui t'aime le plus, s'indigna la lionne.

Hermione poussa la couette loin d'elle et se tourna afin de se mettre à cheval sur son mari :

- Hum… je suis presque certain que tu te trompes, dit-il en lui attrapant les hanches.

- Presque ?

Severus se redressa pour embrasser sa femme et lui murmura à l'oreille :

- Tu n'as qu'à essayer de me faire changer d'avis ! À moins que ce ne soit moi qui te convaincs le premier.

C'était une proposition alléchante et elle ne tarda pas à lui répondre au creux de l'oreille :

- Je suis certaine d'y arriver avant.

Sans lui laisser le temps de rétorquer, elle descendit ses mains dans l'optique de lui ouvrir son pantalon. Elle était bien plus douée qu'avant dans ce domaine et il ne lui fallut que quelques secondes pour avoir accès à son membre, déjà dressé, mais qui demandait plus d'attention pour grossir plus encore. Il ferma les yeux un moment alors que sa femme le caressait habilement :

- Ne penses-tu pas… que c'est déloyal ? demanda-t-il difficilement.

- Quoi donc ?

- Comment pourrais-je gagner ainsi ?

Severus rouvrit les yeux et posa sa main sur celle d'Hermione, qui regarda son époux avec circonspection. Pourquoi l'arrêtait-il alors qu'elle voulait le satisfaire… et bien entendu l'être en retour par la suite ! Il eut un sourire, presque mauvais, qui lui laissa comprendre qu'il avait une idée en tête et elle ne se trompa pas :

- Retire ton sous-vêtement et assis toi sur moi !

- Ne sautes-tu pas les étapes ? Non pas que tu n'es pas déjà vigoureux mais…

- Je ne t'ai pas encore précisé où t'asseoir !

- Eh bien je…

Hermione rougit d'un coup en comprenant ce qu'il voulait dire. Cela sembla le satisfaire alors qu'il argumenta :

- Si nous nous y prenons bien, nous pourrions ainsi nous battre à arme égale pour déterminer équitablement le vainqueur. Sauf si tu préfères déclarer forfait !

- Ça, jamais !

Son époux pouvait se montrer affreusement indécent quand il le voulait, mais qu'est-ce qu'elle aimait ça ! Elle ne le dirait jamais bien sûr, mais ses actes parlaient pour elle. Après tout, elle ne mit pas longtemps à se dévêtir, retirant son pantalon de dentelles pour prendre place où il le lui avait proposé.

Elle passa ses jambes de part et d'autre de la tête de son mari, sentant son souffle sur son mont. Par avance, elle sentit son entre jambe se préparer rien qu'à l'idée de ce qui allait se passer, comme se souvenant de la dernière fois que Severus avait mis sa bouche à cet endroit. Sans mot dire, il posa ses mains vers ses hanches comme il put et la fit descendre lentement jusqu'à lui.

À peine sa langue fût-elle contre elle qu'elle poussa un soupir de bien-être, oubliant sa posture impudique et oubliant presque qu'elle était en pleine guerre. Désireuse de ne pas perdre, elle se pencha en avant et s'occupa à son tour du membre de Severus qui se tenait face à elle. C'était difficile de se concentrer et Hermione dut se faire violence pour bouger sa main et sa langue et ne pas seulement soupirer son aise. Néanmoins, elle voyait bien, ou plutôt sentait bien, qu'il en était de même pour son mari. Comment pouvaient-ils s'être mis dans cette situation si ce n'était avec un amour inconditionnel l'un pour l'autre ? Pour l'heure pourtant, il fallait un vainqueur et dès qu'Hermione sentit les doigts de son mari agripper avec force ses fesses, alors qu'il redressait sa tête pour l'attaquer du bout de ses dents, elle perdit la bataille dans un long râle accompagné de spasmes se diffusant dans ton son corps.

N'en pouvant plus, Hermione se tourna sur le dos juste à côté de Severus, vaincue mais heureuse. Du coin de l'œil, elle vit son époux s'essuyer avec délectation avant de s'assoir un peu mieux pour profiter du tableau de sa proie essoufflée :

- J'ai gagné visiblement !

- À bien y réfléchir… je crois que c'est moi la vraie gagnante ! dit-elle en regardant le vaillant soldat de son mari, non sans sourire amusée.

- Tu as raison, il faut changer ça !

Amusé lui aussi, il se redressa comme il put pour venir se mettre au-dessus d'elle. Il se déplaçait beaucoup plus facilement que lors de son retour à la maison, mais s'il n'avait pas abandonné sa rééducation, il marcherait probablement plus rapidement sans l'aide d'une canne. Enfin, Severus était têtu, elle le savait… et elle l'aimait comme ça ! Peu lui importait qu'il remarche comme avant dans plusieurs semaines, mois, années ou même jamais. D'autant que cela ne lui enlevait pas son entrain et il lui en fit la démonstration juste après.

Hermione fut réveillée assez tôt par son mari. Il n'avait pas fait de cauchemar cette fois, cela lui arrivait d'ailleurs bien moins que lors des premières nuits qu'ils avaient passées ensemble, mais il était tout de même déjà réveillé et se levait :

- Rendors-toi Milady, il est encore trop tôt.

- Hum… reste encore un moment, se plaignit-elle.

- Pour qu'Emily fasse de nouveau une crise de panique en me voyant nu dans ton lit ?

- Nous sommes mariés, elle sait bien que tu me rejoins chaque nuit dans mon lit !

- Elle n'en a pas pour autant pris l'habitude, lui rappela-t-il.

Il se pencha vers elle pour l'embrasser avant qu'elle ne réplique. Il lui caressa ensuite la joue et sourit :

- Eh puis, j'ai assez dormi. Cela faisait longtemps que je n'avais pas passé une aussi bonne nuit ! Alors autant que je me mette à la paperasse maintenant, comme ça j'aurai plus de temps pour ma femme après !

- Alors arrange-toi pour finir tout ce que tu as à faire avant le petit déjeuner, que je profite de mon époux avant de partir au travail.

- Tu travailles aujourd'hui alors que je suis enfin de retour ?

- Si tu n'es pas content, je te laisse voir ça avec Lady Griffacier !

- Je ne suis pas suffisamment suicidaire pour lui ordonner de mettre en repos son meilleur agent !

Hermione sourit, amusée et prit le coussin de Severus pour se caler dessus, tout en se recouchant correctement :

- Alors laisse-moi dormir pour que la meilleure de toutes soit en forme ce matin.

Après un autre baiser, il se dirigea dans sa chambre à lui et la laissa se rendormir un moment.

Une petite heure à peine plus tard, Emily toqua à la porte et réveilla une bonne fois pour toutes sa maîtresse de maison. La femme de chambre ouvrit les rideaux en grand et prépara Hermione avec sa tenue de travail avant de lui faire une tresse serrée, comme toujours, pour qu'elle ne soit pas gênée par ses cheveux dans ses mouvements.

- Madame, à quelle heure serez-vous de retour aujourd'hui ? demanda-t-elle en terminant la coupe.

- Je serai au manoir vers 15 ou 16h normalement, pourquoi ?

- Eh bien… serait-il possible que j'aille en ville aujourd'hui avec Ann ? Nous serions de retour avant vous et…

- Bien sûr que vous pouvez y aller, dit Hermione en se tournant vers elle avec un sourire entendu. Et si vous avez besoin de rester en ville un peu plus longtemps, je ne vous en voudrais pas.

La femme de chambre rougit légèrement et baissa la tête :

- Oh heu… je… je ferais en sorte d'être de retour tôt madame, ce ne serait pas convenable sinon.

Il était clair comme de l'eau de roche qu'Emily était éprise d'un homme vivant au village. Elle cherchait souvent des excuses pour s'y rendre, aujourd'hui ne faisait pas exception. Hermione espérait sincèrement qu'elle se soit trouvé une personne convenable, peut-être qu'elle lui en parlerait un jour. Pour l'heure, fin prête, elle se contenta de se rendre au petit déjeuner pour profiter de son mari avant de partir.

Sur le chemin, Hermione vit du coin de l'œil le portrait de Polaris dans l'un des tableaux représentant un champ de coquelicots. Depuis que Severus lui avait avoué ses sentiments, avant même qu'elle n'eut pu le faire elle-même, la lionne se sentait moins oppressée par le souvenir de sa prédécesseuse. Le portrait lui aussi semblait plus libre de ses mouvements, apparaissant parfois çà et là, bien qu'elle fût toujours aussi discrète.

Sans pouvoir en être certaine, la jeune Lady était persuadée que sa prédécesseuse avait eu une conversation avec Severus, juste avant qu'il ne se dévoile enfin à elle. Cela expliquait que lui aussi paraissait moins triste et moins sur ses gardes face aux peintures du manoir. Il était détendu et osait même l'embrasser sans honte, du moins quand les domestiques ne regardaient pas, par égard pour eux plus que par manque d'envie de le faire. Une fois à ses côtés, elle s'assit et le regarda :

- Comment s'est déroulée ta semaine ? As-tu réussi à négocier comme tu l'entendais avec les autres Lords ?

- Cela m'a pris plus d'énergie que je le pensais, mais je suis satisfait des offres que nous avons finies par conclure.

- À ce rythme, la publication sera bientôt ce qui nous rapportera le plus, le félicita Hermione en souriant.

Elle savait que son époux ne voulait plus prendre part à l'élevage de montures ailées et elle en était ravie. Elle ne pouvait que le soutenir dans son projet de vivre de la publication et de la location de ses terres, même si le second point ne rapportait que très peu vu les marchés bien bas qu'il passait avec les locaux. Enfin, il savait tout de même très bien se rattraper avec ses autres biens, qu'il louait à prix fort à des membres de la haute société et à certains membres du ministère en particulier.

- Il faut dire que personne jusque-là n'a eu l'idée de publier des livres pour le plaisir de ces dames… encore moins des ouvrages moldus. Tu as ouvert la porte à un nouveau marché Milady, je t'en serai à jamais reconnaissant !

- C'est toi qui as tout fait Severus, je n'ai rien à voir dans ton succès.

- Penses-tu sincèrement que j'aurais eu cette idée si ce n'était grâce à tes pertinentes remarques ?

- Ne serais-tu pas en train d'essayer de me faire rougir Milord ?

- Hummm… laisse-moi réfléchir !

Severus se pencha vers elle et l'invita à en faire de même pour l'embrasser :

- Tu es très belle en rouge, une vraie lionne de Poudlard !

- Heureusement que je ne te rends pas vert comme le vil Serpentard que tu es.

Alors qu'elle s'amusa du sourire en coin de son époux, Mahdi arriva avec une missive sur un plateau pour son maître. Il le remercia en la prenant :

- Il est bien rare que mère m'écrive de si bon matin…

- Elle va bien ?

- Ça a l'air… elle est rentrée hier de son voyage à Brighton… blablabla le beau temps… blablabla la plage… blablabla Lord Brandon… oh…

- Quoi donc ?

Severus semblait aussi choqué que dégoûté et avait l'air d'hésiter à en parler. Il posa la lettre, peut-être un peu trop violemment pour paraître neutre, quand il reprit d'un air se voulant détaché :

- Elle passera nous voir d'ici à la fin de semaine…

- C'est une bonne nouvelle…

- Et elle a appris par son ami que Lady Black attendait un heureux événement, ajouta-t-il avec plus de mal.

C'était donc cette nouvelle qui le crispait à ce point. Non pas qu'il puisse douter que l'information ne laissasse sa femme indifférente, il savait très bien qu'elle n'avait maintenant pour Sirius qu'une tendresse amicale tout au plus. Non, le véritable souci, c'était que son cousin par alliance allait peut-être être heureux. Hermione en doutait néanmoins, un enfant ne pouvant être une source de bonheur suffisant pour un homme qui n'aimait pas son épouse, non ?

- Je suis pressée que ta mère vienne nous voir, cela fait une éternité que je n'ai pas eu l'occasion de discuter avec elle ! répondit-elle en souriant.

Après tout, c'était là la seule nouvelle qui l'intéressât vraiment, la vie de Sirius n'était pas sa priorité. Sûrement en parlerait-elle avec entrain si elle croisait Éloïse dans les prochaines semaines, mais pour l'heure, seule sa famille à elle comptait. Severus lui en était silencieusement reconnaissant et ils purent ainsi continuer le repas tranquillement jusqu'au départ de la lionne pour le travail.

Ce jour-là, Hermione patrouillait avec Rolf et deux autres collègues. C'était une matinée tranquille et plutôt chaude, où il faisait bon flâner un peu dans les plaines du nord-ouest de l'Écosse. Hélas, s'ils étaient là, ce n'étaient pas seulement pour se promener, mais bien pour chercher des signes de présence d'une ou plusieurs créatures blessées. La veille, le ministère avait reçu bon nombre de déclarations d'habitants du secteur ayant expliqué avoir entendu des grognements de détresse effrayants.

- Cela fait tout de même cinq heures qu'on cherche, ne faudrait-il pas que nous nous séparions ? proposa Simon, le plus jeune de l'équipe.

- Une créature blessée est en règle générale bien plus dangereuse à cause de la peur. Il est préférable de rester groupé pour prendre soin les uns des autres, en cas de problèmes.

- Mais nous ne savons même pas de quelle créature il s'agit ! Il peut s'agir de simples flaireurs.

- Tu n'as encore jamais vu de flaireurs en colère, s'amusa Hermione avec douceur.

- Ton petit hybride roux t'en a déjà fait voir de toutes les couleurs ? se moqua Rolf.

- Il ne se laisse pas faire, c'est tout, corrigea la lionne.

- Comme sa maîtresse, répondirent les trois autres en cœur.

Alors qu'elle se mit à rire avec eux, leur bonne humeur fut coupée dans leur élan. Au loin, un cri de détresse raisonna. Le groupe se regarda et tous arrivèrent à la même conclusion : un dragon était blessé !

Sans attendre, ils prirent la direction du grognement en transplanant, le son étant trop éloigné d'eux pour s'y rendre à pied. Ils firent presque un kilomètre avant de trouver le lieu exact, au bord d'une falaise. Là, une tante était installée et des toiles tendues étaient disposées aux alentours pour protéger des gardes contre les rayons du soleil. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait d'un campement illégal de braconniers magiques :

- Il nous faut des renforts, fit remarquer Rolf. Simon, envoi ton papillon d'alerte !

- Tout de suite chef !

Sortant de sa poche un papillon de papier, il donna un coup de baguette et souffla dessus, le faisant ainsi s'envoler jusqu'au ministère. Ils auraient dû attendre là l'arrivée des secours, mais les choses ne se déroulèrent pas comme prévu.

Sans crier gare, un molosse se mit à aboyer et à courir dans leur direction. Ils étaient repérés, tant pis pour la discrétion. Sans avoir le temps de plus réfléchir, les quatre collègues se retrouvèrent en pleine bataille. Heureusement, grâce à leur cohésion de groupe et leurs divers entraînements aux combats, surtout à la suite des évènements de Sharpstone, ils savaient parfaitement comment se placer pour se défendre efficacement et ce même avec leur sous nombre évident.

Très vite, les malotrus de l'extérieur furent maîtrisés, mais les hurlements de dragon dans la tante s'amplifièrent. Hermione regarda Rolf avec détermination et son chef acquiesça :

- Simon, tu attends les renforts, ils ne vont plus tarder.

- Mais vous n'allez pas entrer à trois et…

- On va seulement commencer le nettoyage, répondit le chef d'équipe qui semblait affecté à chaque hurlement de la créature.

Ce n'était pas le choix de raison, certes, mais le choix d'urgence. Hermione et les deux autres entrèrent alors et firent face, comme elle s'y était attendue, à plusieurs gardes qui les attendaient de pied ferme. Tant pis pour eux, l'équipe du ministère était déterminée à sauver un dragon et ils comprirent très vite qu'ils n'étaient pas suffisamment payés pour risquer leur vie face au groupe d'intervention composé de trois fous.

- Ce sont vraiment des bourses moles !

- Surveille ton langage Peter, nous sommes avec une Lady.

- J'ai déjà entendu bien pire, s'amusa cette dernière.

- C'est pas une Lady, chef, c'est une satanée légende !

- Pas plus que vous deux, et nous allons le prouver à ces monstres !

Ils se connaissaient depuis suffisamment longtemps pour avoir une confiance totale entre eux trois. Toujours mû par une rage de vaincre, ils reprirent leur avancée, d'autant que des bruits de transplanages raisonnaient dehors. La cavalerie arrivait enfin.

Tout n'était pas gagné pour autant, la tante était bien plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur, si bien qu'il fallut quelques minutes aux trois agents pour trouver d'où venaient exactement les cris de dragon, tout en se battant en même temps avec les braconniers qu'ils croisaient sur leur passage, laissant les autres au bon soin de leurs collègues.

Alors qu'ils s'approchaient de la créature en descendant aux étages inférieurs de ce lieu incongru, un fracas se fit entendre derrière eux. La bataille un peu plus haut était bruyante, mais sans la moindre hésitation pour autant, ils continuèrent leur avancée, certains de leur victoire et de celle de leurs collègues et amis. Cette détermination leur permit d'arriver dans une salle où l'horreur semblait avoir pris place.

Un dragon gisait au sol, un mâle au vu de sa couleur si sombre, mais au vu de son immobilité, sa mort ne faisait aucun doute. Ils étaient arrivés trop tard, même si la créature s'était bien défendue vu les corps de trois braconniers brûlés vifs au sol.

- Les saligauds… s'énerva Rolf qui avait les larmes aux yeux face à ce massacre.

- Par tous les saints, il y en a d'autres !

Hermione courut plus loin et constata la présence de deux autres reptiles volants, plus jeunes, qui étaient l'un contre l'autre, en deuil certain, attachés et muselés. Il ne fallut guère longtemps pour qu'elle ne comprenne que le but des braconniers avait été de torturer ces jeunes dragonceaux en les matant de la pire des manières : ils avaient tué leur père devant eux pour qu'ils craignent les humains et obéissent sans hésitation. C'était si barbare qu'elle sentit son cœur se fendre en deux.

- Bordel, d'autres enflures arrivent !

- Alors nous allons les arrêter, hurla Rolf avec hargne.

Une nouvelle bataille éclata, mais cette fois, vu la disposition des lieux, les conditions ne furent pas idéales. Sentant des difficultés arriver, Hermione regarda son chef :

- Puis-je…

- Oui, fais-le ! Libère-les…

- Mais nous allons être tous les trois brulés vifs à notre tour si elle les libère maintenant ! Ils sont en âge de cracher !

- Si nous devons transplaner en retraite, au moins seront-ils libres, fit-elle remarquer.

- Fais attention à toi, légende ou pas, je ne veux pas à avoir à expliquer à ton mari pourquoi tu as pris feu ! grogna Peter.

Hermione sourit et laissa ses deux collègues se battre pour se rediriger vers les créatures. Elles étaient effrayées et choquées, mais le plus grand, un jeune mâle, se redressa et ouvrit ses ailes pour effrayer l'humaine qui s'approchait trop d'eux. Levant ses mains et approchant doucement, elle tenta de les rassurer comme elle pouvait :

- Je ne fais pas partie de vos bourreaux… calme-toi… je… je vais te détacher d'accord…

Si seulement elle avait eu la possibilité d'apprendre le dragon, cela aurait été plus simple plutôt que de s'approcher en tremblant. Mais elle devait les sauver avant de gagner la bataille ou au contraire de se sauver à son tour. Elle était non loin, mais le jeune dragon grogna comme il put et tenta de s'approcher pour l'attaquer avec ses ailes, et ce, malgré la cage et les chaînes. La lionne tenta à nouveau de le rassurer en parlant calmement, bien que les braconniers étaient en train de donner du fil à retordre à ses amis, elle devait donc se dépêcher.

Soupirant, elle leva sa baguette en l'air, lança un Bombarda, qui déchiqueta la toile et les bouts de bois en hauteur, pour libérer un passage. Juste après, elle se contenta de lancer un sort sur la cage et les chaînes. Il ne restait que les muselières, mais le dragon la chargea…

Hermione s'apprêta à se défendre, heureusement, le second dragon s'interposa avant, d'un coup. C'était une femelle vu sa taille plus fine et ses couleurs plus brillantes, mais elle réussit à arrêter celui qui devait être son frère. La jeune Lady soupira de soulagement :

- Merci, dit-elle doucement avant de simplement les libérer pour de bon.

Maintenant libres, les dragons regardèrent le corps inerte de leur père et semblèrent aussi dévastés que le serait un humain. Qui pouvait être assez cruel et stupide pour les croire dénués d'intelligence et de sentiments ? Juste après ce constat, le mâle fit fumer ses naseaux et grogna en regardant en direction des collègues de sa sauveuse. Hermione craint alors le pire, mais le dragon se contenta de s'envoler et de cracher une boule de feu en direction de la porte, bloquant l'accès en faisant s'effondrer la structure de bois. Juste après cela, il s'envola plus haut pour partir et attendit sa sœur qui regardait présentement Hermione, l'air solennel. La créature inclina sa tête tel un hippogriffe et partit à son tour, s'envolant au loin. Il était clair que les dragons étaient incompris et pourtant bien plus méritants que des tas d'êtres humains. Enfin, tout était fini pour les braconniers et c'était parfait, elle allait même pouvoir transplaner tranquillement avec ses collègues, avec à peine quelques égratignures et une grosse fatigue générale.

Hermione était toujours à l'infirmerie du ministère alors que Rolf et les autres étaient déjà en train de remplir la paperasse. Elle aurait aimé être avec eux pour les aider, d'autant qu'elle ne souffrait que de quelques brûlures superficielles et d'un léger coup de chaud à cause du feu et des combats. Mais franchement, il n'y avait rien de grave, alors pourquoi le guérisseur faisait-il autant de zèle ? Juste parce que c'était une dame ? Ou bien, car c'était une Lady ?

- Lady Rogue, veuillez m'excuser de vous avoir fait attendre si longtemps !

C'était donc la seconde hypothèse, son titre. Il s'inclinait avec bien trop d'exagération et s'excusait avec trop d'ardeur pour une attente d'une demi-heure seulement. Enfin, c'était déjà vingt minutes de trop par rapport à ses trois autres collègues.

- Ce n'est pas grave, mais puis-je y aller ? Nous avons de la documentation à remplir.

- Vous devriez plutôt rentrer chez vous Lady Rogue, vos brûlures sont soignées, mais votre état nécessite que vous vous reposiez. Vous devriez d'ailleurs ne plus vous rendre sur le terrain si vous voulez mon avis.

- Et pourquoi cela au juste ? s'offusqua-t-elle.

- Eh bien Lady Rogue, dit-il en haussant un sourcil étonné, lorsqu'une dame attend un bébé, il est préférable qu'elle reste dans les bureaux. Ce n'est pas seulement moi qui le préconise, et je suis d'ailleurs surpris que Lady Griffacier ne vous ait pas encore mis aux archives pour les mois à venir !

Hermione resta coite face à cette réponse qu'elle n'avait pas anticipée, ce qui inquiéta d'autant plus le guérisseur qui comprit visiblement qu'il venait d'annoncer une nouvelle jusque-là inconnue. Elle était enceinte !