« Parler de quoi ? » En réalité, il savait à quoi s'attendre. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle allait aborder, encore une fois, le sujet « nous ». Il était nerveux. Il était enfermé avec cette créature qui lui donnait envie d'envoyer valser toutes les règles de Poudlard. Enfermé avec elle dans cette salle verrouillée, ET insonorisée ? Il en était sûr, il ne tiendrait pas longtemps.
« Tu sais très bien. Penses-tu réellement que ce qu'il s'est passé était une erreur ? » demanda-t-elle étant si proche de lui qu'elle sentit leurs souffles se mélanger.
« Oui. » répondit-il fébrile après un temps.
« Pourtant, j'ai bien vu comment tu me regardes, Sev. » De sa main gauche, elle caressait la joue droite de Severus, pendant que son autre main se posait sur le cœur de celui-ci. Elle sentit le cœur de Rogue battre la chamade. « Comment veux-tu que je renonce à toi quand je sens ton cœur s'emballer comme ça ? Regarde-moi, et dis-moi que tu veux qu'on mette tout ça derrière nous, et je te promets que nous reviendrons à des rapports professionnels, uniquement. » Rogue regardait Hermione, troublé par ce qu'elle venait de dire. Comment pouvait-elle passer de la fougue au raisonnable en une fraction de seconde ? Il était septique, Hermione Granger n'était pas le genre de femme à renoncer. Il se perdait dans ses yeux, il voulait l'embrasser, céder à ses pulsions romantiques. Il s'approcha finalement d'elle, la prit dans ses bras, et dans une tendre étreinte, il lui murmura :
« Il faut… mettre ça derrière nous. » Toujours dans les bras de Rogue, Hermione se tendit, son cœur rata un battement. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Il ajouta « Je suis… désolé. », la fit doucement reculer, puis marcha rapidement vers la porte de la salle. Il se dirigea vers ses appartements d'un pas rapide. Il prit une bouteille de whisky pur feu puis s'assit sur son fauteuil. Il se servit un verre, qu'il avala presque cul-sec, puis fit de même avec les prochains verres. Il n'alla pas dîner avec les autres ce soir-là. Il décida d'aller se coucher tôt, l'alcool l'ayant bien aidé à trouver le sommeil.
Le lendemain, Rogue se réveilla, sans surprise, avec une violente migraine. Il avala une potion anti gueule de bois et se prépara à aller en cours. Au détour d'un couloir, il croisa le trio d'or. Il souleva un sourcil en voyant que Ron était avec Harry et Hermione. S'étaient-ils remis ensemble ? Allait-elle bien ? Il fut sorti de ses pensées lorsqu'Hermione lui adressa un sourire suivi d'un « Bonjour Professeur Rogue. » Alors elle allait bien ? Elle était souriante, et riait avec ses amis. Rogue était satisfait, ils reviendraient enfin à des rapports « normaux », et c'est tout ce qu'il voulait.
Quelques jours plus tard, Ginny et Hermione se baladaient :
« Alors tu vas bien ? » demanda Ginny.
« Je… tente d'aller bien en réalité. Severus a été clair sur ce qu'on_ pourquoi souris-tu ? »
« Le fait que tu l'appelles par son prénom, je crois que je ne m'y ferai jamais ! » répondit Ginny en riant. « Revenons à nos dragons, tu disais ? »
« Que je dois respecter son choix. Puis, il y a du bon dans cette histoire, Ronald m'adresse un peu plus la parole. »
« Honnêtement, il va déjà un peu mieux. Il s'est souvenu de l'importance de votre amitié. Il m'a dit 'J'ai déjà perdu ma petite-amie, je ne veux pas perdre ma meilleure amie aussi.' »
« Oh… ». Hermione ne put dire autre chose.
Deux semaines plus tard, Hermione était contente d'elle, elle arrivait de plus en plus à sortir Severus de son esprit. Elle assistait à ses cours comme avant et arrivait à rester concentrée. Sa relation avec Ron n'était pas encore redevenue parfaite, mais ils passaient de bons moments ensemble. Ils arrivaient à rire, pas tout à fait comme avant, mais… presque, à un détail près : le pincement au cœur que Ron ressentait lorsqu'il riait avec Hermione, qu'il se disait qu'il l'aimait fort et que d'un coup, il se souvenait qu'elle l'avait quitté. Hermione qui le connaissait par cœur, le ressentait et ne pouvait s'empêcher d'avoir la même sensation que lui dans ces moments-là.
Quant à Rogue, il était surpris de voir à quel point Hermione faisait comme si rien ne s'était passé. Elle avait vraiment mûri, il n'y avait aucun doute. Il en était presque troublé. L'avait-elle réellement oublié ? Il était debout, du haut de la tour d'astronomie, il l'avait repérée, elle était entourée de ses crétins d'amis, et riait avec cet incapable de Weasley. Depuis quand s'accrochait-elle aux gens lorsqu'elle riait ? Riait-elle simplement ou… flirtait-elle ? Rogue se surprit à serrer les poings ainsi que sa mâchoire. Il était furieux qu'elle soit si vite passée à autre chose, comment était-ce possible ? Elle qui avait insisté de nombreuses fois pour continuer ce… cette… chose qu'ils avaient vécue, peu importe le nom qu'on pouvait lui donner. Dans un mouvement de cape dont lui seul a le secret, Rogue se virevolta et alla s'enfermer dans ses appartements. Plus tard ce soir-là, il n'alla pas dîner. Et ce fut le cas pour les trois soirs qui suivirent. Pour cause, il avait pris l'habitude de résumer son dîner à une bouteille de whisky pur feu et il se détestait pour ça. Il était ivre, à cause de… Granger ? Il devait se l'avouer, il n'aimait pas la voir proche d'un autre que lui. Mais elle n'avait fait que respecter son choix après tout. Il savait qu'il ne pouvait pas lui en vouloir. Il savait aussi qu'il avait pris la bonne décision… n'est-ce pas ?
Il fut sorti de ses pensées lorsqu'il entendit des coups frapper contre sa porte. Il n'avait envie de voir personne, mais il n'eut pas le choix. Il ouvrit la porte :
« Albus. »
« Severus, mon garçon, comment vas-tu ? »
« Bien. »
« Tu as manqué plusieurs dîners cette semaine, et ne m'en veux pas mais… tu as une mine affreuse. »
« Je n'ai pas faim. »
« Oui, je remarque que tu as plus soif que faim, n'est-ce pas ? Un bonbon au citron ?»
« Je ne suis pas d'humeur à supporter tes remarques, Albus. »
« Que t'arrive-t-il Severus ? Je m'inquiète pour toi. »
« Tu ne devrais pas. »
« Je te connais depuis toujours, je vois qu'il y a quelque chose qui ne va pas, et je suis persuadé que ça a un rapport avec Miss Granger. » Dumbledore s'arrêta un instant, puis reprit : « Et au vu de ton regard qui s'est instantanément arrondi lorsque j'ai dit son nom, je peux dire que j'ai tapé dans le mille. Un bonbon au citron ? »
« Je ne vois pas de quoi tu veux parler. »
« Et moi je crois que tu sais bien de quoi je veux parler. Miss Granger m'a confirmé qu'il y avait eu quelque chose entre vous. » Rogue regarda Dumbledore, furieux.
« Décidément incapable de la fermer ! Cette insupporta_ » »
« Calme toi, elle n'a pas craché le morceau. Je me rends compte de jour en jour que vous avez de nombreux points communs. »
« Nous n'en avons pas. »
« Votre intelligence en est un. Vos caractères prononcés en sont un autre. Dois-je continuer ? Un bonbon au citron ? »
« Veux-tu bien cesser tes âneries ?! Je n'ai que faire de tes bonbons au citron ! »
« Tu as tort, Severus, ils sont excellents et je ne les propose pas à tout le monde. »
« Tu m'en vois ravi. » dit Rogue avec ironie. « Où veux-tu en venir ? »
« Je veux juste dire que ces bonbons sont tout à fait excellents et que c'est une err_ »
« A propos de Granger, Albus ! »
« Oh, Granger, bien sûr, je suis étourdi parfois. » Rogue leva les yeux au ciel.
« Il n'y a plus rien à dire sur cette… situation. »
« Je pense au contraire qu'il y a des choses à dire, car il existe des sentiments entre vous. »
« Foutaises. » dit Rogue, simplement.
« Vraiment, Severus ? A cause de quoi es-tu ivre en ce moment ? Ne serait-ce pas, parce que tu as vu que Miss Granger et Monsieur weasley étaient redevenus proches ? » Rogue se contenta de regarder Dumbledore, un sourcil levé. Comment pouvait-il savoir ? Rogue vit Dumbledore afficher un sourire. « Tu es un légilimens hors pair, mais n'oublie pas que c'est de moi que tu as tout appris. Ne me déteste pas, mon garçon, j'étais dans le coin, et tu avais l'air si contrarié. Il fallait que je sache. »
Rogue était furieux, comment avait-il osé lire ses pensées ? Il s'apprêtait à répondre à Dumbledore, lorsqu'il se souvint que lui-même avait utilisé la legilimancie avec Hermione.
« Maintenant que tu sais, tu devrais être rassuré que tout cela soit terminé, non ? » demanda Rogue l'air impassible.
« Je devrais oui. En effet, fréquenter une étudiante est passible d'une exclusion pour elle et d'un licenciement pour toi mais_ »
« Albus non, tu peux me licencier mais ne l'exclue pas. » Il marqua une pause avant continuer : «… s'il te plaît. » Dumbledore regarda Rogue, ne bougeant pas un sourcil. « Je peux démissionner. J'ai des contacts, un nouveau professeur des potions prendra ma place dans les prochains jours, mais… s'il te plaît, ne lui fais pas ça. Il faut qu'elle soit diplômée, c'est la sorcière la plus talentueuse de sa génération, elle a un avenir prometteur devant elle. Contrairement à ce que tout le monde pense, c'est elle qui est destinée à faire de grandes choses, pas cet imbécile de Potter. Alors Albus, laisse-la poursuivre son année, et je te remets ma démission dès ce soir. » Rogue n'en revenait pas de ce qu'il venait de dire. Prendre la défense de quelqu'un était quelque chose de rare, mais c'était presque naturel, il devait la protéger. Lorsqu'il reprit ses esprits, il remarqua qu'Albus avait un sourire.
« La dernière fois que tu m'as supplié, c'était lorsque Lily était en danger. Je m'en souviens comme si c'était hier, un mangemort faisant preuve de dévotion envers un être huma_ »
« Tu ne l'as pas protégée. Elle est morte. Et elle n'est pas le sujet. »
« En effet, Lily n'est pas le sujet, c'est Miss Granger le sujet. Miss Granger et… toi. Te rappeler cette histoire n'a pas pour but de te faire du mal. Je veux que tu te rendes compte de tes sentiments. » Rogue lança un regard noir à Dumbledore.
« Il n'y a pas de sentiments, c'est du bon sens. On ne vire pas une élève aussi_ »
« Talentueuse, intelligente, prometteuse, j'ai compris… Ne vois-tu pas ce qu'il se passe ? Tu aimes à nouveau Severus. Tu aimes Hermione Granger. »
« Ne sois pas ridicule. »
« Mon garçon, je ne suis pas ridicule, mais toi cependant, tu es un bel imbécile. »
Severus Rogue, un imbécile ? Lui qui avait demandé à Hermione de renoncer ? Il fronça les sourcils en y réfléchissant. Voulait-il réellement qu'elle renonce ? Sa raison disait oui, son cœur hurlait non. Son cœur… Il se rendit compte qu'il avait des… sentiments ? Rogue avait des sentiments pour Hermione ? Il était impossible qu'il éprouve ce genre de sentiments, impossible. Rogue n'éprouvait que haine, colère, tristesse et inquiétude. L'amitié, l'amour, il ne connaissait pas ça. Il avait connu l'amour et l'amitié à neuf ans, avec Lily, mais rien depuis.
Rogue fut sorti de ses pensées lorsqu'il vit Dumbledore se diriger vers la porte de ses appartements, puis au moment de sortir, il regarda Rogue, secoua lentement la tête de gauche à droite et répéta doucement : « … un bel imbécile. » avant de fermer la porte derrière lui. Rogue eu envie de pester contre son supérieur mais il n'était plus là. Il alla prendre une douche, puis se mit au lit.
Quelques jours plus tard, Hermione marchait dans les couloirs, pensive. Elle pensait à Rogue, et chaque pensée lui provoquait brûlure d'estomac et chaleur dans le bas ventre. Il était presque vingt-trois heures et elle marchait lentement en direction de la tour d'astronomie. Il était évident que la tour d'astronomie était son endroit préféré au château. Elle arriva dans l'encadrement qui lui permettait de surplomber la cour, et inspira lourdement. Ces derniers temps, elle avait retrouvé une complicité avec Ron, mais elle était triste. Et le plus difficile, c'est qu'elle ne pouvait pas le montrer, à part à Ginny. Severus Rogue lui manquait, elle trouvait ça tellement ridicule… Ridicule parce qu'on parlait de son professeur, mais surtout parce qu'il ne lui avait jamais promis une relation. En réalité, il ne lui avait rien promis du tout. En même temps, ils n'avaient pas beaucoup parlé… Elle se trouvait stupide. Elle s'accrochait à quelque chose qui n'existait déjà plus et elle s'en voulait pour ça. Plongée dans ses pensées, elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna et vit Rogue qui se tenait là, face à elle.
« Professeur, vous m'avez fait peur ! » dit-elle souriant.
« Il est très tard Miss Granger, Que faites-vous ici ? »
« Hé bien je… à vrai dire… je ne… je ne sais pas, j'ai dû vouloir faire un tour. »
« Retournez dans vos appartements. Tout de suite, à moins que vous ne vouliez faire perdre des points à votre maison. »
« J'y retourne. » dit-elle passant devant Rogue. « Bonne nuit Professeur. » Il acquiesça simplement de la tête pour lui répondre, puis retourna à ses appartements.
Hermione rejoignit son dortoir. Lorsqu'elle marchait dans les couloirs, elle se mit à penser à la tour d'astronomie. C'est comme si elle avait eu un blanc, comme si elle ne savait pas pourquoi et comment elle s'y était retrouvée. Fatiguée, elle se dit simplement qu'elle avait dû avoir une absence. Elle haussa les épaules et se mit au lit.
Quelques instants plus tôt.
Rogue marchait dans les couloirs, voulant rejoindre son endroit favori : la tour d'astronomie. Il voulait respirer le grand air et observer les étoiles, et pourquoi pas, retirer quelques (dizaines de) points à des élèves qui auraient décidé de se promener dans le château sans autorisation. Il arriva à la tour d'astronomie mais vit que quelqu'un était déjà sur les lieux. De loin, il comprit qu'il s'agissait d'Hermione. Son cœur manqua un battement. Il ne fallait pas qu'elle le voie car il ne voulait pas lui parler. Il ne voulait pas l'affronter. Il était lâche et cette fois-ci, il le reconnaissait. Il se dégoûtait. Le grand Severus Rogue fuyant la réalité. Il fit d'abord un pas en arrière afin qu'elle ne le voie pas, puis s'arrêta. Il hésita un instant et utilisa la legilimancie afin de connaître ses pensées. Elle pensait à lui, espérait qu'il reviendrait vers elle. Il était décontenancé. Alors elle faisait semblant de faire comme si tout allait bien ? Il était persuadé qu'elle était passée à autre chose. Alors il s'était trompé ? Il n'en revenait pas.
Il la regarda encore et encore. Elle était si belle, si intelligente, et si gentille avec les autres. Ce qui s'était passé entre eux était quelque chose de magique, ils n'avaient fait qu'un et il voudrait recommencer. Mais il ne le fallait pas. Pas pour lui, mais pour elle, pour qu'elle ne s'attache pas à lui, car il n'avait rien à lui offrir. C'est ce qu'il pensait. Alors lentement et sans faire de bruit, il sortit sa baguette, la pointa en direction d'Hermione, et dans un dernier soupir, il formula « Oubliettes ».
Une fois le sort formulé, il se retourna pour rentrer à ses appartements, mais il s'arrêta lorsqu'il se dit qu'il fallait vérifier si le sort avait fonctionné. Alors il s'approcha doucement d'Hermione, et la surprit.
« Professeur, vous m'avez fait peur ! » avait-elle dit souriant…
Rassuré, il retourna vers ses appartements et se mit au lit. Il tarda à trouver le sommeil. Il était épuisé pourtant, mais il se repassait en boucle la scène où il l'avait oubliettée. Était-ce la bonne solution ? A vrai, dire, il était trop tard pour se le demander. Et il voulut se maudire pour ça. Non pas parce qu'il l'avait fait, mais peut-être parce qu'il aurait pu réfléchir encore avant de le faire. En même temps, il se disait que c'était la seule solution. Ou peut-être essayait-il simplement de s'en convaincre…
Fin du flashback.
A suivre.
