Salut salut !

A/N : Je reste toujours touchée de vos commentaires, un grand merci d'accorder de l'attention à cet agglomérat de délires autour de One piece !


Chapitre 9 : Sphinx

La discussion entre Ava et le fameux Tom semblait des plus animée et les grands gestes que faisait Ava n'avaient rien de rassurant. Les minks observaient de loin et commençaient à s'impatienter des étranges retrouvailles qui venaient d'avoir lieu. Finalement, ils revinrent vers eux et Ava vint se placer aux côtés de Nekomamushi. Son regard se planta dans celui de Tom qui la dominait d'une bonne tête :

« Nous n'allons passer la montagne que tous les deux, les autres resteront ici. Vous pensez pouvoir vous montrer un peu plus accueillants que vous ne l'avez été jusqu'ici ? »

Tom regarda un instant ses pieds, gêné par l'intensité du regard d'Ava. Ses joues s'empourprèrent et il hocha de nouveau de la tête puis fit signe à ses hommes de se disperser.

« On devrait trouver de quoi boire… Et… Je vais vous guider jusqu'au village. »

Tom partit à la suite de ses hommes qui dégagèrent le quai encombré de filets de pêche et de caisses puis, ils lancèrent des amarres pour que le navire des minks ne ballottent pas contre le quai.

Nekomamushi se pencha vers l'humaine :

« Eh ben, tu ferais une très bonne capitaine, il t'a obéi au doigt et à l'œil… Vous avez l'air de bien vous connaître.

- C'est-à-dire que l'on se connaît depuis quelques années maintenant, maugréa-t-elle en évitant le regard laconique du chat.

- Vraiment ?

- Nous venions plusieurs mois par an pour que Barbe Blanche se remette des nombreux voyages. »

En attendant le retour du blond, Ava remonta sur le vaisseau revêtir un large imperméable puis une demi-heure plus tard, elle partit à la suite de Tom en compagnie de Nekomamushi. D'un signe de la main, ils saluèrent leurs compagnons et quittèrent le port.

Le sentier sur lequel ils s'engagèrent remontait le long d'un torrent jusqu'à un petit lac alimenté par une impressionnante cascade. Les abords du lac devenaient de plus en plus glissants, où la terre glaise restait nue et la végétation se raréfiait. L'ombre du volcan était ici impressionnante, de larges falaises les entouraient pour former un cirque dont l'issue était derrière eux. La cascade tombait avec un débit constant, provoquant un vacarme puissant et un vent qui envoyait des éclaboussures. Le sentier boueux contournait l'étendue d'eau et semblait s'arrêter au pied de la montagne, mais un œil avisé pouvait voir la fine corniche qui semblait continuer derrière le mur d'eau. Nekomamushi eut besoin d'une pause, éreinté par la première partie du chemin qui était malgré tout raide. Ses blessures étaient encore douloureuses même s'il n'en disait rien.
Ava resta auprès du chat alors que Tom s'approchait du bord du lac pour remplir une gourde et en boire une grande gorgée. Il la tendit ensuite à Ava qui la déclina d'un geste de la main. Nékomamushi au contraire se jeta dessus et la vida en quelques secondes.

« Qu'est-ce qui peut bien t'amener à venir voir ton père ? » Questionna Tom en s'éloignant pour remplir de nouveau la gourde.

Ava lui offrit un sourire : elle avait toujours aimé ce gros raccourci utilisé par Tom pour résumer sa relation entre elle et Marco.

« Rien qui ne te concerne jeune homme, siffla Nekomamushi.

- Un peu quand même, c'est de notre médecin dont il s'agit. »

Ava tiqua, elle sentait l'agressivité poindre dans la voix de l'homme.

« On devrait se remettre en route. »

Sa voix posée tranquillisa les deux qui se regardaient en chiens de faïence. Elle prit les devants et s'engagea sur la corniche étroite et disparut derrière le rideau de la cascade. Le tunnel aux parois poisseuses d'humidité était plongé dans le noir le plus total. Elle s'arrêta et se tourna vers Tom. Si Nékomamushi y voyait parfaitement, eux allaient avoir besoin d'éclairage. Le jeune attrapa une lanterne accrochée en hauteur puis à l'aide d'un briquet entreprit de l'allumer. Deux éclats lumineux entrecoupèrent l'obscurité puis finalement une douce lumière couvrit les murs de pierre.
Au seul son de leur pas, ils traversèrent la muraille naturelle et après plusieurs centaines de mètres à zigzaguer dans le ventre de la montagne, ils émergèrent dans le cratère du volcan.

La vive lumière lui brûla la rétine, et le temps que sa vue se réadapte, le contour incertain des vallons se dessina. Plusieurs affluents s'écoulaient des pentes douces pour rejoindre un fleuve qui s'enfuyait vers l'une des extrémités de l'île. Le grand cours d'eau terminait son chemin vers de hautes falaises, seul endroit où le cratère ne se fermait pas en un ovale parfait. Sur le versant opposé, on pouvait distinguer les tâches blanchâtres du village le plus éloigné qui s'agrippait au flanc de la montagne. Au centre de l'île, on apercevait plus distinctement le plus gros bourg entouré de champs à perte de vue. Les forêts s'étendaient sur des zones éparses, tantôt petits bois, tantôt grandes étendues vert foncé, qui venaient s'échouer contre les parois abruptes du volcan endormi. Des volutes blanches s'élevaient des cheminées fumantes des maisons éparpillées çà et là au milieu des prés. Les méandres du fleuve guidèrent son regard jusqu'à l'endroit où il se jetait dans l'océan, terminant sa course plusieurs centaines de mètres plus bas. Son cœur battit un peu plus fort quand elle fixa la ligne fuyante. Ace et Barbe Blanche reposaient là-bas… L'envie d'y aller s'imposa, irrépressible. Nekomamushi la tira alors de sa contemplation.

« Un problème Ava-Kun ?

- Je… Je vous rejoindrai plus tard… Nekomamushi, ne dites pas à Marco pour moi, je ne veux pas que ma présence l'influence et je veux lui raconter moi-même tout ce qui s'est passé…

- Comme tu le sens. »

Tom et lui la regardèrent quitter le sentier et s'enfoncer dans les herbes hautes qui couvraient la plaine. Elle marcha longtemps profitant de ce paysage qu'elle avait si souvent parcouru. Elle s'autorisa un détour et descendit jusqu'aux berges de la rivière où elle croisa des enfants et adolescents qui se rafraîchissaient dans les vasques naturelles. Leurs rires ne faisaient qu'ajouter à son trouble au fur et à mesure qu'elle se rapprochait de sa destination.
Ils apparurent lentement au bord du précipice, les deux cubes de marbre étaient là, dressés l'un près de l'autre. Derrière, le ciel s'ouvrait dans un bleu limpide illuminant l'océan jusqu'à la ligne d'horizon. Elle ralentit et contourna les tombes.

Elle se recueillit d'abord devant celle, immense, de son ancien capitaine, car le plus dur était de voir le nom gravé sur la seconde sépulture. Quand elle se risqua enfin à la regarder, le sourire d'Ace enfant la cueillit et acheva de lui retourner l'estomac.

La photographie n'était pas là auparavant, elle en était sûre. Elle reconnut aisément le visage de son frère quand elle détailla plus longuement l'image. La cicatrice qui lui barrait la joue était déjà présente. Elle s'attarda sur le troisième visage et après un temps, elle réalisa qu'il s'agissait du révolutionnaire Sabo. Voilà pourquoi il était venu saluer Luffy avant de quitter Dressrosa, ils avaient grandi ensemble. Son regard tomba sur le cadavre d'une bouteille de saké, posé là avec trois coupelles. L'histoire d'Ace lui revint en mémoire. Ils avaient juré, scellant un pacte spirituel faisant d'eux des frères. Un tel acte démontrait une maturité qu'elle avait du mal à déceler chez Luffy.
Avec un reniflement elle posa sa main sur la tombe d'Ace. Elle s'était toujours répétée qu'il avait été trop jeune pour partir. Ils avaient été si proches et en même temps si étrangers l'un à l'autre. Elle regrettait de s'être tant cachée derrière Marco quand celui-ci la poussait à aider le jeune homme à mieux trouver sa place parmi eux. Elle ravala ses larmes, le passé était le passé. Elle devait se concentrer sur l'avenir. Et l'avenir c'était Luffy, Wano, les œufs.

« Eh ben tu vois mon salaud, Luffy est mon frère… Et crois moi, c'est pas super simple. J'aurais aimé que tu sois là pour voir ça. Tu te serais bien marré… » Finit-elle par soupirer.

Elle resta là un long moment, allongée dans l'herbe fraîche. Le vent qui remontait de l'océan et survolait le bord de la falaise soulevait ses mèches par intermittence tout en apportant les odeurs marines. Un bruit dissona, comme un battement d'aile en rien semblable aux vols d'oiseaux qu'elle avaient entendus jusque-là. Surprise, elle se redressa et se retourna en direction de la plaine.
Les larmes lui montèrent aux yeux alors que la forme mouvante changeait de couleur dans de spectaculaires flammes. Ava aurait reconnu ce pouvoir entre mille. Quand la transformation s'acheva et dévoila l'homme, elle se leva d'un bond et courut jusqu'à lui. Marco écarta les bras et elle se jeta contre son torse alors qu'il l'enlaçait avec force.
Sentir les bras puissants autour d'elle finit de forcer les barrages qu'elle avait dressés ces derniers mois et les larmes se mirent à couler dans des sanglots rauques. Marco remonta une main pour lui caresser les cheveux, essayant de calmer la crise de larmes. Ne voyant pas les sanglots se tarirent, il tenta une autre approche :

« Ben alors tu passes dans le coin et ce n'est même pas moi que tu passes voir en premier yoi ? Si j'avais su, je t'aurais laissée sur ton tas de sable. »

Un rire étranglé s'échappa de ses lèvres et Ava se recula pour sécher ses dernières larmes. Ils se jaugèrent pendant plusieurs minutes. Ava ne pouvait ignorer que Marco l'analysait et après un long silence, il reprit la parole :

« Ça a été si terrible ? »

Ava ne répondit pas, alors il l'attira à nouveau dans ses bras et la serra fort contre lui.

« Ava, Nekomamushi t'attend. Je dois aller au village de la montagne pour un accouchement… On se voit ce soir. »

Il déposa un baiser dans ses cheveux puis se recula avant de déployer ces ailes miroitantes de flammes puis s'envola vers l'ouest.
Ava se donna quelques tapes sur les joues pour se remettre d'aplomb puis se mit en route vers le bourg du centre.

Ava remonta la rue principale du bourg, puis s'engagea sur le chemin qui menait à l'ancien moulin. La bâtisse était ancienne, en pierre blanche. Un peu à l'écart, elle dominait légèrement le vieux bourg. Le ruisseau faisait tourner la roue qui couvrait la maison sur son flanc droit. Ava avait repéré de loin la silhouette massive de Nekomamushi qui était assis devant l'entrée, profitant du jardin. Ses yeux mi fermés la surveillaient alors qu'elle ouvrit le portillon qui fermait le jardinet. Il porta sa longue pipe à sa bouche puis souffla une longue série de cercles de fumé.

« Le gamin n'a pas pu s'empêcher de dire que tu étais là.

- Je me doutais que c'était lui qui avait lâché l'info, répondit Ava en se laissant tomber sur le banc à côté de lui.

- Je n'ai pas pu lui parler. Il est partit directement te rejoindre.

- Je m'en doutais… Puis là il a son urgence. J'ai comme l'impression que tout ça, c'est derrière lui. La piraterie et tout le reste

- Ne dis pas ça, il a ça dans le sang, c'est toute sa vie…

- Nekomamushi-sama, tu as connu Marco par le passé n'est-ce pas ?

- Oui il y a bien trente ans.

- À ce moment-là il devait être encore avide de découvrir le monde. Mais là…»

Le silence s'installa un instant vite rompu par les bruits du centre-ville qui parvenaient jusqu'à eux. Ils restèrent un long moment silencieux. Nekomamushi ne comprenant pas vraiment où voulait en venir Ava. Il ne connaissait pas suffisamment l'ancien second. À côté de lui, Ava observait le paysage avec un air légèrement renfrogné. Elle voulait tellement voir Marco. La déception de le savoir à l'autre bout de l'île la rendait susceptible.
La fatigue du voyage la frappa d'un coup, comme si être revenu ici lui faisait rompre sa carapace et que ses nerfs se relâchaient enfin. Elle se leva du banc et entra dans la maison. Les larges dalles de pierres blanches, lissées par tous les passages étaient encore plus brillantes que dans ses souvenirs. Elle récupéra son sac à dos qu'elle avait confié à Tom et qu'il avait laissé là, puis elle monta à la chambre qu'elle avait occupée autrefois.
Elle posa son sac sur le coffre au pied du lit et prit quelques affaires et ressortit sur le palier. La salle de bain était rustique mais fonctionnelle et la grande baignoire d'étain qui trônait au centre de la pièce était bien suffisante. Un grand tuyau permettait de la remplir d'une eau chaude et en quelques minutes, l'affaire fut réglée. Le bain la délassa, elle en sortit avec un sourire puis elle retourna dans la petite chambre et se laissa lourdement tomber sur le lit. Le sommeil l'emporta sans la troubler de rêves ou de visions incertaines.

Quand elle s'éveilla, le jour tirait à sa fin et les crapauds chantaient à travers la vallée. L'endroit où elle se retrouvait ne lui vint pas naturellement à l'esprit mais quand elle entendit la voix de Marco répondre à Nekomamushi, tout lui revint. Les deux bavardaient tranquillement et de temps à autres des bruits de verres faisaient écho.
Ils stoppèrent toute discussion quand elle sortit les rejoindre et vint s'asseoir près d'eux dans le jardin. Une table avait été installée au centre, et des rondins de bois servaient d'assise. Marco lui tendit un verre qu'il remplit d'une boisson aux reflets roses.
Le vieux chat se sentit de suite de trop. Une ambiance particulière s'était installée depuis qu'Ava les avait rejoints. Il comprit soudainement le lien qui les réunissait. Il était temps pour lui d'aller se reposer à son tour, les deux avaient des choses à se dire.

« C'est vrai ce que m'a dit Nekomamushi ? Commença Marco quand le Mink eut disparut dans la maison.

- Quoi ?

- Pour Chapeau de paille et toi ?

- Que c'est mon frère ? »

Marco hocha de la tête. Ava acquiesça en avalant sa salive. Elle devina que Marco n'était pas à l'aise avec cette nouvelle.

« Ça fait quoi de mettre un nom et un visage à son père ?

- Pas grand chose, répondit Ava . Nekomamushi t'a tout raconté ? »

Marco acquiesça et planta son regard azur dans celui d'Ava. Il parla d'une voix sévère :

« Monkey D. Luffy est une tête brûlée, Ace en pire… S'attaquer à Kaido c'est du suicide. Tu ne devrais pas le suivre là-dedans.

- Mais je ne peux pas abandonner…

- Tu as bien dû laisser tomber Eustass Kid… À moins qu'il t'ait larguée quelque part.

- La réalité n'est pas si évidente.

- Elle l'est rarement. » Murmura-t-il avant de se taire. Il prit son verre et reprit d'une voix plus posée : « Je sais pour Arès, pour les œufs de dragons, Nekomamushi m'a tout dit à ce propos… Ce n'est pas la première fois que j'entends parler de créatures de ce genre. Comment t'es-tu retrouvée en possession de ces choses ?

- Je suis allée jusqu'à Mari-Joa pour ça. »

Marco s'étouffa en buvant une gorgée de son verre. Il se tourna vers Ava et l'attrapa par le bras :

« Tu as fait quoi ?

- Ça va être long… Tu devrais peut-être amener quelque chose à manger. »

La figure de Marco marqua un instant la surprise. Il remarqua enfin à quel point la jeune femme qui lui faisait désormais face était différente de celle qu'il avait laissée derrière lui un an auparavant. Le banc craqua alors qu'il se levait, partant vers la maison sans rien ajouter. Il ressortit les bras chargés d'une coupe de fruit et des larges tranches de rôti. Une fois rassit, il se resservit un verre et se tut pour laisser Ava conter ses aventures.

La nuit tombait finalement quand elle acheva son récit. Le nombre de fois où elle avait déroulé son histoire commençait à être important. Un bruit de musique vint jusqu'à eux, provenant du bourg. Une fête était organisée ce soir, elle n'avait pas pensé d'en demander la raison. Elle profita du silence de Marco pour le détailler alors qu'il regardait au loin.

« Cet enfoiré de Doflamingo… Punaise tu nous écoutais vraiment quand on te disait de ne pas approcher les Corsaires… hein ? Tu aurais pu vraiment crever dans cette prison… Morigéna Marco qui essuya ses lunettes avec son t-shirt pour masquer son émotion. Heureusement que cette femme était là avec ces créatures… Et cette île mystérieuse, je n'en ai jamais entendu parler Les minks nous avait déjà quittés et je ne les ai pas revus depuis, ils nous auraient parlé de cette île.

- Tu crois qu'ils y sont encore ? Je veux dire les habitants de cette île.
- C'était il y a vingt ans, à part s'il y a eu un cataclysme, ils doivent encore être là-bas.

- Et pour Néthan ?

- Je ne sais pas. Tu dis que Luffy a pu venir avec toi ? Comme si vous aviez partagé un rêve ?

- Ce n'était pas un rêve. »

Marco ne répondit pas. Ce que lui avait raconté Ava dépassait ses compétences et tout ce qu'il avait connu. Il restait sceptique devant l'existence de dragons bien qu'il sache qu'elle ne mentait pas.

« Et tes rêves ont commencé au moment où tu as failli mourir ? Finit-il par demander, relançant la conversation.

- Je crois.

- Je n'aurais pas dû te laisser comme je l'ai fait…

- Je me suis demandé plusieurs fois quel était ton plan quand tu es parti rejoindre Kid ?

- De quoi tu parles ?

- À Everrain*, tu m'avais laissé un mot disant que tu rejoignais Kid.

- Ça me revient… Oui, ils avaient une affaire personnelle à régler. Sur le moment, je m'étais dit que les aider à tuer le membre de l'équipage de Barbe Noire pourrait nous rendre service pour la suite. Un de moins c'était toujours ça de pris. »

La logique de Marco s'entendait, elle était plutôt pragmatique. Ava hocha de la tête, encourageant Marco à continuer.

« Je n'avais pas prévu que ce chacal nous avait repéré d'où l'explosion de l'auberge où on avait dormi… C'est pour ça qu'il a tout fait sauté… Tu sais, tu lui avais fait forte impression. C'est pour ça qu'il a accepté de te garder aussi facilement.

- Qui ? Kid ?

- Oui, ton pouvoir de récupération, il était intrigué.

- Oui bah s'il voulait me garder, il aurait pu le faire autrement.

- C'est-à-dire ? »

Ava ignora la question, elle ne voulait pas parler des méthodes de Kid ni se rappeler du douloureux passage accrochée au mât.

« Il s'est passé des choses ?

- Qu'est-ce que tu essayes de savoir Marco ? Fit Ava, suspicieuse.

- Savoir un peu plus comment c'est passé ton voyage avec eux. Tu es restée plus de quatre mois avec eux et tu n'as quasiment rien dit.

- Parce qu'il n'y a rien à dire.

- Je sais que non. Voyons je te connais Ava yoi.

- Je n'ai pas couché avec Kid s'il n'y a que ça qui t'intéresse. »

Ses joues s'enflammèrent en disant cela. L'image de Killer s'imposa dans son esprit et lui fit l'effet d'un coup de massue. Il ne fallait plus qu'elle y pense. Son brusque changement d'attitude et surtout l'ambivalence de sa réaction alertèrent Marco.

« Il y a eu autre chose.

- Non, répliqua-t-elle d'une voix sûre. Rien dont tu ne doives t'inquiéter. »

Le silence s'installa entre eux, à l'intérieur de la maison les lumières s'éteignirent soudainement et Nekomamushi surgit de la porte.

« Tu pars quelque part ?

- Je vais aller me balader, la nuit est belle et j'ai besoin de me dégourdir les pattes… »

Il s'étira bruyamment s'en alla d'un pas tranquille vers les champs qui brillaient d'une lueur argentée sous les rayons de la lune. Quand la silhouette massive eut disparu, Ava se pencha par-dessus la table et saisit la bouteille de vin qu'ils avaient presque terminée.
Ils pouvaient entendre la musique qui s'élevait un peu plus forte de la place principale du village. Sur les routes éclairées, des petits groupes apparaissaient et disparaissaient des orbes de lumière des lampadaires, ils rejoignaient les maisons les plus éloignées. La silhouette longue d'une femme se détacha de l'un d'eux, et s'engagea dans le chemin sans lumière qui menait au moulin. Elle disparut quelques secondes dans l'obscurité du chemin puis revint sur ses pas, revenant vers le groupe de personnes certainement pour échanger quelques banalités. Ava avait eu le temps de reconnaître les longs cheveux blonds de la femme.

« Tess vit toujours ici alors. »

Marco répondit par un faible grognement. Ava ne put contenir un sourire, elle savait que la femme venait ici. Marco avait toujours bien aimé cette belle veuve. Ce n'était pas que pour le souvenir de Barbe Blanche qu'il s'était installé là. Elle ne réprima pas le sourire qui lui vint quand elle repensa à cette petite histoire.

« J'ai toujours su que tu lui plaisais, continua Ava avec un large sourire. Et qu'elle te plaisait aussi !

- Roh mes histoires ne te regardent pas yoi.

- Ça va, ne réagis pas comme ça…

- Non mais sérieusement… Est-ce que moi, je t'ai jamais posé des questions ?

- Bien sûr que oui, ici même ! Et, tu as recommencé y a même pas un quart d'heure.

- Oui mais c'est normal yoi, c'est pas pareil.

- Et pourquoi ?

- Tu disparaissais des nuits entières lors de nos escales ici.

- Ace aussi !

- Oui mais c'est pas pareil.

- En quoi ce ne serait pas pareil ?! Arrrrr ! »

Marco darda sur elle un regard lourd. Un regard plein. Si plein qu'elle en ressentit un drôle d'effet.

« Quoi ? » Se risqua-t-elle à demander.

Marco balança son verre pensif. Son regard fixait les flammes des bougies qui dansaient sous le courant d'air nocturne.

« Quand on les a enterrés, tu m'as demandé si ce n'était pas trop dur de voir les gens mourir autour de moi alors que mes pouvoirs font de moi un homme très dur à tuer.

- Je m'en souviens. »

Il soupira, but une gorgée puis reprit la parole, la voix un peu plus rauque. « Oui, c'est difficile. Difficile de voir des amis mourir et en deux ans, j'en ai vu des tas partir. Quand je suis parti à l'aventure avec le vieux et que j'ai obtenu cette bénédiction de manger un tel fruit, je me suis promis plusieurs choses. Pas de mariage, pas d'enfant. Car la vie aurait pu facilement me les enlever et qu'il m'aurait été très difficile de les rejoindre. Mais quand je t'ai recueillie, que j'ai demandé au vieux de te garder, qu'il a accepté à condition que ce soit moi qui m'en charge et puis entre nous, tu n'avais pas l'intention de laisser quelqu'un d'autre que moi s'occuper de toi… Enfin ce n'est pas le sujet… J'ai compris des années après que j'avais fait une connerie. J'ai enfreint ma propre règle.

- Pourquoi me dis-tu tout ça ?

- Parce que c'est pour ça que je t'ai laissé derrière moi. Je savais qu'il y avait très peu de chance pour que tu survives à l'affrontement contre Teach et je ne pouvais pas risquer de te voir, toi aussi, mourir. Déjà te voir grandir, ça a été terrible. En un claquement de doigts, tu n'avais plus besoin de moi pour tout, même pour tes repas ! Tu partais avec les mousses faire toutes les conneries possibles et inimaginables, mettant ta vie en danger à tout bout de champ. Et quand l'autre idiot d'Ace est arrivé, j'ai vraiment cru que s'il partait, tu partirais avec lui. »

Il eut un rire gêné.

« Évidemment, j'avais imaginé des choses idiotes. Je m'en suis aperçu quand j'ai vu qu'il était bien plus intéressé par les aventures d'escales. Mais tout à changer quand Thatch est mort. La guerre, leur mort, ça me rappelait à chaque instant que ta fin était probable. J'ai voulu t'écarter de nous, de nos histoires pensant que ça te protégerait et j'ai profité de ce Kid pour t'éloigner. Je m'en veux de ne pas avoir assumé tout ça, de ne pas t'avoir parlé et de t'avoir laissée parce que c'était trop difficile pour moi de devoir sans cesse penser que je pourrais te survivre. »

Marco cessa de parler. Il se passa une main sur le visage, puis conclut dans un souffle.

« Protéger ces enfants, c'est ce que doit faire un père. »

Il planta ses yeux dans ceux d'Ava, au fond d'eux, l'émotion se lisait. Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme, sa gorge se noua et ce qu'elle voulait lui dire y resta bloqué.

« Marco… » Commença-t-elle d'une voix qui s'érailla. Elle se déplaça jusqu'à Marco qu'elle commença à prendre dans ses bras. Comme s'il avait compris, il la rejoignit dans son étreinte et la serra contre lui. Ce geste ne s'était pas produit depuis des années, celles de l'adolescence les avaient tant opposés, trop éloignés.

« Marco, il n'a jamais été question de personne d'autre depuis le jour où tu m'as trouvée, chuchota-t-elle contre son épaule. Tu es le seul père que j'ai jamais voulu. »

Elle le sentit tourner sa tête et déposer un baiser plein de tendresse sur son front qu'elle jura d'avoir senti légèrement mouillé.
Le grincement du portillon les arracha à leur étreinte. Tess s'avança dans l'allée alors que Marco se levait pour aller vers elle.

« Tien Ava ! Tu es donc revenue…

- On dirait bien. »

Ava se sentit gênée après ces quelques mots. Elle aurait bien prolongé sa discussion avec Marco. Ça attendrait. Elle tripota son verre avant de la poser bruyamment sur la table. Le banc valdingua gentiment quand elle se leva.
Le couple ne posa pas de question quand Ava entra dans la maison ne leur adressant qu'un vague "Bonne nuit".
Les marches de l'escalier grincèrent légèrement quand elle le monta d'un pas lourd. Elle poussa le battant de la porte et sans même allumer la lumière, elle défit les draps et s'allongea entre les draps propres et frais. Elle resta éveillée à fixer les poutres qui soutenaient le plafond blanchi à la chaux. Dehors, la musique de la fête avait fini par se taire. Les lumières avaient baissé et très vite elle n'entendit plus les bavardages de Marco et Tess qui avaient dû aller se coucher.
À travers les fines ouvertures du volet, une faible lueur pénétrait la chambre. Elle se sentait glisser vers le sommeil quand trois bruits réguliers l'en empêchèrent définitivement.
Elle se redressa pleine d'aplomb et alla jusqu'à la fenêtre. Elle découvrit Tom qui s'apprêtait à jeter à nouveau un petit caillou. Elle soupira, ne cherchant même pas à retenir son exaspération.

« Franchement Tom on a passé l'âge quand même.

- Parle pour toi, je n'ai pas envie d'avoir ton père sur le dos.

- Pour la millième fois, ce n'est pas mon père.

- Ouai, il fait bien semblant.

- Au fait, n'avais-je pas dit de ne rien lui dire.

- Ça a été plus fort que moi. »

Ava ne put retenir un sourire en voyant son expression contrite. Avec souplesse, elle se laissa glisser le long de la façade, s'aidant des pierres qui dépassaient.
La lune éclairait largement les plaines, et les deux ombres s'éloignèrent bien vite de la maison au moulin.


* Everain / Pour petit rappel, c'est l'île où il se trouve dans le tout premier chapitre de la première partir.

voilà voilà, j'espère que ces retrouvailles vous ont plus, à la prochaine 0/