Chapitre 10 : Chaos dans la nuit.

Au bout du champ, un petit muret délimitait la parcelle qui appartenait à Marco. Ava et Tom l'enjambèrent et descendirent le chemin qui ramenait vers le bourg central. La nuit était fraîche, beaucoup de cheminée était allumée et sous le clair de lune la fumée s'élevant donnait des airs surnaturels au paysage. Une chouette hulula à leur passage et Ava se retourna vers le moulin ayant senti autre chose. Nekomamushi rentrait, elle devinait le contour de sa large silhouette.
Une fois au village, Tom l'attira au pub encore ouvert. Plusieurs personnes reconnurent Ava et la saluèrent avec entrain.
Les gens étaient à la fête ce soir, une naissance avait eu lieu et c'était devenu rare, alors l'événement devait rester mémorable. Il était difficile de ne pas se laisser emporter par le tourbillon de leur joie. Les danses endiablées s'enchaînaient sous les accords d'un petit orchestre. Dans le regard clair de la jeune femme, Tom repéra une étincelle qu'il interpréta comme de la nostalgie.
« Ça ne te manque pas ?
- Quoi donc ?
- Tout ça, fit Tom en montrant la salle comble. La vie sur la terre ferme.
- Ce n'est pas pour moi la retraite, c'est de l'âge à Marco.
- Je ne parle pas de retraite, mais d'une vie paisible.
- Je crois que je m'ennuierais vite.
- Tu n'as jamais songé à rester ? Te trouver un mari et élever une famille.
- Je te l'ai dit, ce n'est pas pour moi. » Répondit-elle songeuse. Elle souleva son verre et prit une lente gorgée amère.
Tom tripotait son verre, il ne savait comment amener la question et avait parfaitement conscience qu'il tournait autour du pot. Il ne pouvait ignorer les regards pressant qui glissaient sur lui alors qu'il était assis à la vue de tous avec elle. Il prit une grande inspiration.
« Pourquoi toi et le gros chat êtes-vous venus le voir ?
- Je ne pense pas que tu puisses comprendre tout ça.
- Vous êtes venus le chercher, n'est-ce pas ? »
Ava sentit l'inquiétude dans la voix de Tom. Marco était leur médecin, s'il partait et mourait à Wano, c'est toute une île qui en souffrirait. Le poids d'une telle décision était plus lourd à porter qu'il n'y semblait. Elle regrettait soudainement d'être venue. Elle inspira difficilement et répondit :
« Oui. Nous allons avoir besoin de lui.
- Crois-tu que nous n'avons pas besoin de lui ? Un an qu'il est là et jamais l'espérance des enfants et des nouveaux-nés n'a été aussi bonne.
- Je m'en doute, crois bien que cela ne me fait pas du bien de devoir faire ça. »
Soudainement, la vive intensité qui régnait dans la salle la mit mal à l'aise. Elle voulait s'en échapper. C'était donc cela toute cette méfiance masquée. Elle connaissait le jeune homme, elle avait senti son manque de naturelle face à elle. Ce n'était pas les quinze mois écoulés qui auraient changé cela. Comme pour remuer le couteau dans la plaie Tom attrapa sa main.
« Dis-moi au moins qu'il reviendra.
- Comme si je pouvais promettre de telles choses là où on va, répliqua Ava alors qu'un rire mauvais lui échappait. »
La main de Tom se serra autour de la sienne, alors que ses yeux clairs prenaient une teinte orageuse. Elle soutint son regard, ne comprenant pas vraiment le brusque changement d'attitude du jeune homme. Elle sonda son regard alors que rien dedans ne lui rappelait le jeune homme qui avait tant partagé ses nuits adolescentes.
« Tu as toujours été comme ça, au fond de toi, tu n'es pas aussi généreuse que lui. »
Le commentaire de Tom était bref mais efficace. Elle resta figée sans savoir quoi répondre à cette soudaine colère, alors que Tom continua :
« Tu as toujours pris seulement ce qui t'intéressait, il n'y toujours eu que toi Ava. Je ne sais pas d'où te vient cette façon d'utiliser puis de jeter sans même ressentir une once de remords. »
Ava tira un peu plus pour pouvoir retirer son poignet que Tom tenait toujours, et lui lança un regard préventif, mais il ne sembla pas enclin à laisser tomber. Il ne broncha pas quand les yeux s'assombrirent pour prendre une teinte violette et que la main sembla perdre de sa matérialité.
« Arrête ça tout de suite, menaça-t-il.
- Sinon quoi ? Le rembarra-t-elle sur le même ton. »
Leur différent n'eut pas le temps de tourner à l'affrontement. Un des hommes des villages entra précipitamment dans le pub, claquant fort le battant de la porte d'entrée :
« Eh ! Fais attention quand tu rentres, marmonna le tavernier."
L'indigent ne lui prêta pas attention et son regard tomba directement sur Ava et Tom qui se regardaient avec hostilité. Il traversa la salle jusqu'à eux et se planta devant leur table. L'homme était essoufflé et semblait en proie à un dilemme des plus important, mais ni Tom ni Ava ne daignèrent le regarder.
« Où est le chat qui t'accompagnait ?!
- Il est retourné chez Marco, grogna Ava pour toute réponse sans lui adresser un regard. »
L'homme ne répondit pas de suite et après avoir repris une grande respiration, il tapa du poing sur leur table et cria pour couvrir tout le brouhaha de la salle :
« Ils sont attaqués ! Mathieu a passé la cascade pour nous prévenir ! Ils ne tiendront pas longtemps. »
Dans la salle, un silence de mort se répandit comme une trainée de poudre. Ava ignorait qui pouvait être Mathieu, mais Tom lâcha sa main et sauta sur ses deux pieds, faisant reculer le banc sur lequel il était assis.
« Où est-il ?
- Couché dehors, il vient d'arriver, il a été blessé. »
Tom lança un long regard à toute la salle :
« Tout le monde aux armes, cria-t-il. Va chercher ce chat et Marco. » Dit-il en pointant son doigt sur Ava.
Elle fit un signe du menton pour montrer qu'elle avait bien compris et quitta l'auberge en courant, Tom sur ses talons. À peine fut-elle dehors qu'elle retira son pantalon et son pull et se métamorphosa. Tom la regarda s'éloigner sous sa forme Zoan, les longues arabesques dessinées sur sa peau brillant dans la nuit. Quand elle eut quitté le bourg, il se détourna et partit vers la côte avec les hommes déjà prêts.

Ava sauta par-dessus le muret, et tapa à la fenêtre de la chambre de Marco. Celui-ci ne tarda pas à ouvrir les vitres.
« Que se passe-t-il ? Demanda-t-il, alarmé par la présence d'Ava sous sa forme Zoan.
- L'île est attaquée !
- Comment ?
- Les minks et ceux qui gardaient le port viennent d'être attaqués. L'un d'eux vient de passer le tunnel pour nous avertir. Le temps presse. »
Dans l'obscurité de la chambre, Ava vit Tess se redresser. Son inquiétude était palpable. Marco se retourna vers elle, alors que ses bras s'illuminaient déjà et que les plumes de feux apparaissaient.
« Rassemble les femmes et les enfants, et partez de suite pour le village des flancs de la montagne. »
Tess acquiesça et regarda Marco quitter la chambre d'un battement d'ailes. Ava dut se pencher précipitamment pour le laisser passer. Quand elle se redressa, Tess se levait déjà, prête à obéir à Marco.
« Attends Tess ! Passe-moi le drap. »
La femme regarda la créature sans comprendre, mais obtempéra. Ava s'enroula dedans et reprit forme humaine avant d'entrer dans la maison. Elle trouva Nekomamushi ronflant près de la cheminée.
« Ce n'est pas le moment de dormir », grommela-t-elle en le secouant prudemment.
Un feulement mécontent fut la seule réponse qu'elle obtint.
« Nekomamushi ! L'île est attaquée, et ton équipage aussi ! »
Un œil mordoré s'ouvrit, l'iris encore embrumé alors que les mots de l'humaine faisaient leur chemin dans son esprit. Nekomamushi ouvrit son second œil et son regard devint acéré alors que ses poils semblaient s'électriser. Ses babines se retroussèrent, accompagnées d'un effrayant grondement qui remontait du poitrail du mink.
« Qu'as-tu dit ?
- Les minks… On est attaqué… Balbutia-t-elle. »
Le chat fit voler le drap qui le recouvrait et partit sans attendre.
« Dépêche-toi la morveuse. »
Ava n'eut pas le temps de réaliser que le chat l'agrippa et l'entraîna dans sa course. Elle se sentit emportée par la fureur du mink, qui était aussi communicative que leur joie de vivre habituelle. Il la laissa devant le portillon qu'il passa à une vitesse hallucinante. Sa colère retomba quand elle vit que la rumeur avait déjà fait le tour des maisons solitaires de la plaine. Des mères esseulées quittaient avec leurs enfants leur maison pour rejoindre le village le plus éloigné. Le réveil nocturne avait effrayé la plupart des enfants qui marchaient accrochés aux jupons, le pouce coincé entre les lèvres et des traînées de larmes encore humides sur leurs joues. Son cœur se serra puis elle détourna le regard et partit en direction de la passe secrète qui coupait par la montagne, ignorant les visages découragés qui se levaient sur la silhouette surréelle qui était apparut là où se trouvait quelques secondes plus tôt une jeune femme brune.

Quand elle atteint l'entrée du tunnel, plusieurs dizaines d'hommes et quelques femmes attendaient pour passer de l'autre côté. Ils tenaient fermement fourches, marteaux, couteaux, comme s'il s'agissait d'armes de guerre. Les lumières des torches rendaient leurs traits graves : ils étaient prêts à défendre corps et âmes leur île. Leur maison et leur tombeau.
Tom eut tôt fait de la repérer. Elle détonnait parmi les habitants de l'île.
« Le chat est déjà passé, je n'aimerais pas avoir affaire à lui. »
Ava hocha de la tête. Elle non plus ne tenait pas à connaître un jour la colère d'un mink.
Le groupe traversa le tunnel dans un silence funèbre. En arrivant de l'autre côté, le bruit de la cascade assourdissant ralentit leur convoi. Certains n'avaient pas quitté l'enceinte protectrice depuis plusieurs mois, et rien ne venait donner le moindre indice sur ce qui les attendait de l'autre côté. L'appréhension tétanisait même les plus courageux.
S'impatientant, elle s'approcha du mur d'eau, et se faufila jusqu'à la corniche. Elle ne vit pas Tom qui lui emboîta le pas. La fine membrane de sa peau s'électrisa en sentant la pression ambiante baisser tout à coup. L'humidité lourde qui les attendait à l'extérieur n'annonçait rien de bon. Elle contourna finalement la cascade puis le lac. Plus elle s'éloignait plus des bruits ponctuels d'éclats et de tonnerres lui parvenaient.
« C'est un orage ? Demanda Tom d'une voix sans émotion.
- Non, ça ce sont des coups de canons. »
Tom leva vers elle un visage exsangue. Elle ignorait si son expression était due à ce qu'elle venait de dire ou à sa voix d'outre-tombe donnée par sa forme Zoan. Ava continua malgré tout, il devait comprendre que ce n'était sûrement que le début d'un cauchemar.
« Une tempête se prépare.
- C'est une métaphore ?
- Non, grogna-t-elle en levant les yeux au ciel. On va vraiment avoir un orage. »
En arrivant en surplomb du port en ruine, Ava manqua une respiration et s'arrêta, dans la nuit, les murs en flammes de certains bâtiments éclairaient la mer ou deux bateaux occupaient l'ancien chenal. Si le vaisseau des Minks résistait tant bien que mal aux canons adverses, leur propre salve ne semblait en rien affecter la coque métallique de la frégate qui avait bloqué l'entrée du port.
Un gémissement douloureux remonta de sa gorge et se mua en un grognement de colère.
« Un problème ? »
Elle ne pouvait se résoudre à avouer qu'elle avait déjà vu ce vaisseau. Se taire était pour le moment le seul choix envisageable. Elle dodelina de la tête, envoyant ses longues mèches aériennes volées autour d'elle. Pour seule réponse, elle descendit la piste d'une foulée inhumaine et fonça tête baissée vers les combats.

Les pirates qui avaient débarqué étaient rompus aux combats, mais aucun ne s'était attendu à découvrir la présence de Marco le phénix. L'ancien second de Barbe Blanche était une malédiction pour les pirates sans pouvoir, mais les pirates étaient restés en difficulté face aux minks qui avaient surgi sur eux, profitant d'un effet de surprise auquel les pirates pensaient avoir l'exclusivité.
Ils avaient rejoint la côte silencieusement profitant de la nuit, mais la vision nocturne des minks avait facilement déjoué l'attaque. Ils les avaient abordés, attendant qu'ils soient à porter de saut, et avaient précipité dans les eaux sombres ceux qui n'étaient pas bien accrochés. La plupart des envahisseurs avaient été contraints de finir à la nage avant de se précipiter dans les combats contre les villageois.

Ava se fraya un passage jusqu'au plus près du port où Marco donnait du fil à retordre à un pirate ayant visiblement un fruit du démon. Ses mains brillant d'une étrange lueur ne laissaient deviner aucun indice sur les capacités dont il était doté. Sortant Ava de ses observations, un sifflement se reprocha dangereusement de sa tête et elle se pencha de justesse. Une flèche avait frôlé son oreille avant de terminer sa course dans la tour de l'ancien bureau de change qui explosa. La lumière éclaira un instant toute la scène. Les combats faisaient rage sur les quais en ruine. La naïade chercha un instant l'origine du tir, mais Marco passa près d'elle en volant et remonta à une vitesse folle le long d'une passade, débusquant le tireur. L'homme tenta un tir qui traversa la tête de l'oiseau de feu sans rencontrer aucune résistance. Cela fut inutile, de ses serres, Marco lui arracha l'arc qui disparut dans l'obscurité de la nuit, et fit voler son propriétaire vers les eaux noires du port.
Quand le corps s'enfonça dans les eaux avec une gerbe d'éclaboussure, les combats s'arrêtèrent un instant pour mieux reprendre. Ava s'élança elle aussi dans la bataille. Cela faisait si longtemps qu'elle ne s'était pas laissé entraîner par des combats. Depuis qu'elle avait été libérée, le motto de Law avait été « manger et dormir ». Elle ne s'était pas entraînée et peut-être aurait-elle dû. La sensation d'être rouillée n'était pas la plus agréable. Elle attaqua avec plus d'agressivité, profitant de sa haute stature pour déséquilibrer ceux qui l'attaquaient, en les envoyant au sol d'un revers ou d'un coup-de-poing.
C'est au beau milieu de cette pagaille que l'orage éclata. Les éclairs lézardèrent le ciel, révélant par flash les scènes de combats. Ava ne sentit pas la pluie s'abattre sur elle, mais elle gêna la grande majorité des hommes et femmes. Fort heureusement, l'adresse des minks semblait utile dans ces conditions.

Certains pirates tentaient de reprendre le large et de rejoindre la frégate.
« Ne les laisser pas s'enfuir, hurla Marco.
- Nul ennemi ne quitte en vie l'île, rajouta Tom de sa voix grave. »
Marco voltigeait autour de la barque qui s'éloignait du bord et saisit les deux pirates pour les jeter par-dessus leur embarcation. La férocité des pirates redoubla. Certains avaient compris que les villageois cherchaient à les empêcher de quitter l'île.
Leur chef, un homme de près de deux mètres cinquante, à la barbe fournie, massacrait ceux qui tentaient de le retenir de rejoindre un des canots. Quand la tête d'un deuxième jeune homme du village fut à son tour disloquée par la massue que le pirate faisait tournoyer autour de lui, Tom s'engagea contre lui. Il le tint en échec jusqu'à que d'autres de ses hommes le rejoignent. Ava s'extirpa du peloton dans lequel elle s'était trouvée coincée pour lui venir en aide.
La pluie avait redoublé, rendant les vieilles dalles glissantes. Les éclairs s'abattaient, parfois lointains, souvent proches.
Tom évita de justesse la massue en dérapant sur le sol. Ava le rattrapa et le remit sur ses jambes. Les quatre hommes auxquels il faisait face se jetèrent sur eux. Ava fut renversée d'un coup de massue. L'impact lui brisa deux côtes et la fit voler sur plusieurs mètres.
« Du haki ! » Cracha-t-elle avec un grondement plaintif.
Marco en quelques instants fut au-dessus d'elle.
« Ava qu'est-ce que tu fous ?! Tu n'as rien retenu de ce que t'a enseigné Namur ?! »
Ava se releva d'un bond et se lança sur son ennemi non sans penser à ce que lui avait dit Marco. Oui, Namur avait essayé de lui montrer qu'elle pouvait tirer avantage de sa forme Zoan de la même manière que le faisaient les hommes-poissons. Sauf qu'elle n'était jamais parvenue à vraiment utiliser une telle technique. Un cri de rage fut sa seule réponse et dans sa colère, elle attrapa la tête de son adversaire et serra. Elle sentit alors la possibilité de faire autrement plutôt que de dépenser de l'énergie à rassembler son enveloppe corporelle pour créer une bulle, elle pouvait tenter d'attirer l'eau qu'elle sentait sous la peau de cet homme. Sous ses mains illuminées, l'homme se débattit en vain et très vite sa figure, son corps perdirent en volume. Quand la vie le quitta, il n'était plus qu'une enveloppe décharnée. Le dégoût surprit Ava comme une lame acérée. Elle tomba à genoux devant son œuvre, elle sentit un relent remonter son œsophage et vomit, saisie de violent soubresaut.

Un assourdissant grondement fendit soudain le ciel suivi d'un éclair aveuglant qui fit voler en éclats le sol. Ava, ainsi que tous ceux présents, fut projetée dans les airs. Complètement sonnée par la foudre, elle ne se rendit compte que quand l'eau froide l'aspira, qu'elle avait été éjectée du pont.
Le froid, le choc, l'impuissance, toutes ces pensées se bousculaient en elle alors qu'elle coulait comme une pierre inanimée vers les profondeurs de l'océan. Elle était à peine suffisamment consciente pour se rendre compte qu'on venait de l'agripper pour la remonter vers la surface.
Elle sentit qu'on la déposait sur une surface humide. Autour d'elle, l'orage se déchaînait toujours, et au loin, elle entendait les canons et les bruits d'armes. Une main chaude se posa sur sa nuque. Elle gémit légèrement alors que l'eau salée lui remontait dans la gorge. On la redressa alors pour qu'elle recrache tout. Ses poumons libérés du poids, elle reprit connaissance et dans le tumulte de l'orage et de la bataille en cours sur la mer, elle peinait à vraiment avoir conscience de ce qu'il se passait. Elle vit l'ombre de celui qui venait de la tirer hors de l'eau s'éloigner. La panique l'envahit, il allait la laisser là.
« Attends » Murmura-t-elle, la gorge douloureuse à cause de l'eau salée qu'elle avait régurgitée. Elle réussit à parler plus fort : « Killer non, reste je t'en prie. »
La silhouette revint sur ses pas alors qu'un éclair déchirait le ciel, accentuant le contour de sa large carrure. Il s'accroupit devant elle.
« Qui est Killer ? »
Elle fut distraite par l'oiseau de feu qui se posa à quelques mètres d'eux. L'oiseau courut jusqu'à eux. Ava avec un sanglot perdit connaissance.
« Elle est vivante ? Demanda Marco qui avait repris forme humaine.
- Ouai, mais je crois qu'elle est en train de péter un plombs.
- Elle devrait trembler… Elle vient de passer plusieurs minutes dans une eau à six degrés. Là, elle ne tremble pas, c'est que son corps ne peut plus fournir l'énergie nécessaire pour se réchauffer seul, répliqua Marco alors qu'il commençait à se déshabiller sous le regard ahuri de Tom.
- Mais qu'est-ce que vous faites.
- Ça ne se voit pas ? Si je ne la réchauffe pas, son cœur risque de s'arrêter. »
Marco entoura le corps nu d'Ava de ses larges ailes transformées. Avec un froncement de sourcil, il jeta un dernier regard à Tom.
« Qu'est-ce que tu attends ? Ils sont presque tous hors-jeu, il faut les faire prisonnier et couler leur bateau ! »
Tom hocha du menton et décampa.

OOOoooOOO

Elle ouvrit les yeux. Le jour se levait. Elle le devinait à la pâle clarté qui emplissait la pièce. Étendue dans son lit, elle pouvait entendre les bruits de discussion qui résonnaient d'en bas.
Tom et Marco semblaient être en pleine dispute. Soudain, le vif échange s'arrêta.
Elle resta attentive et entendit les marches grincer. Sa porte s'ouvrit et laissa apparaître Tom.
« Il a senti que tu étais réveillée. »
Ava avala sa salive difficilement, les traits de Tom étaient sombres. Elle voulut ouvrir la bouche, il ne lui en laissa pas l'opportunité.
« Le chat a tout avoué. Vous aviez croisé ses hommes, murmura-t-il. Vous aviez croisé cette frégate.
- Tom…
- Sais-tu qu'aucun n'a voulu se rendre ? Nous avons dû tous les exécuter. Tous ! »
Tom sembla s'apercevoir qu'il criait désormais. Il reprit plus calmement :
« Vous partez. J'espère que les vents ne te mèneront plus jamais ici. »
Ava fixait ses genoux fermement quand la porte claqua suivit des bruits sourds des pas dans les escaliers.
Soudain, plus rien. Merde. Il était parti. Elle se redressa, ouvrit la porte à la volée. Elle descendit et quitta la maison. Un silence de mort régnait sur le petit matin. Sa fureur était pareille au ciel qui commençait à rougeoyer en attendant le soleil. Elle repéra vite la silhouette de Tom qui s'éloignait vers les bois nords. Elle partit à sa suite. Elle ne pouvait pas partir ainsi, pas sur ces accusations.
« Tom ! »
Il ne releva pas. Il n'était pourtant pas assez loin pour ne pas l'entendre. Connard. Elle l'appela une deuxième fois puis une troisième. Il se retourna finalement puis continua malgré tout. Ils étaient à l'orée de la forêt quand elle le rattrapa.
« Qu'est-ce que tu veux à la fin ? Va donc poursuivre tes guerres ailleurs ! On n'est pas tous comme vous, y en qui veule des putains de vie tranquille… »
La jeune femme ne le laissa pas finir et agrippa son bras. Ava attira Tom à elle et posa ses lèvres sur les siennes. Passé la surprise, il se laissa faire avant de réaliser ce qu'elle faisait. Il la repoussa en la prenant par les épaules.
« Je peux savoir ce qui te prend ? »
Le regard insondable, Ava ne répondit pas et ne se recula pas pour autant. Tom parcourut du regard le corps légèrement bronzé, vêtu d'une simple chemise. Il ne pouvait pas faire ça. Même si l'envie était si forte de ressentir encore la jeune femme contre lui. Il choisit de ne pas laisser parler son dilemme. Il relâcha ses épaules et glissa ses mains de chaque côté de ses hanches et l'enlaça.
« Tu vois, toi aussi, ça te prend, chuchota Ava. » Sa voix calme, posée, le surprit. Cela ne lui ressemblait pas. En même temps, c'était il y a bien deux ans la dernière fois. Peut-être plus.
Elle profita de son moment d'hésitation pour passer sa main derrière sa nuque et s'accrocher à lui pour le mettre à genoux. Elle colla son corps contre le sien, sa chaleur la pénétrant jusqu'aux os. Elle le renversa et remonta son t-shirt alors qu'elle s'assit sur lui à califourchon.
Tom comprit qu'il ne contrôlait plus rien. Dans sa tête, une petite voix lui hurlait d'arrêter Ava, qui posait ses mains sur son torse et se penchait jusqu'à sa bouche. Il ne pouvait s'empêcher de répondre au baiser de la jeune brune dont il avait tant étreint le corps par le passé.
Quelque chose le poussait à vouloir prolonger ce contact. Était-ce d'avoir tué et vu la mort de si près qui le désarmait face à la fougue d'Ava ? Non. Il était lui aussi pris de cette même fièvre. C'était pour se rassurer. Il n'était pas mort, et son corps contre un autre en était la preuve.
Il mit définitivement en sourdine la voix qui lui rappelait l'existence de cette autre fille qui l'attendait au village de la montagne.
Il se redressa et renversa Ava, se laissant emporter à son tour par sa frénésie.