Chapitre 11 - Recherche samouraï en détresse

La matinée était bien avancée. Sauter par dessus le ruisseau puis remonter vers le pré… Ses gestes étaient automatiques, le trajet bien connu. Ses pensées étaient éparses et elle se sentait vidée de son énergie. Marcher lui faisait le plus grand bien. Elle était mal à l'aise de sentir encore la sensation pourtant évanouie de la peau de Tom contre la sienne. Elle se repassa une fois encore le film de la longue nuit qu'elle venait de passer sur l'île pour ne finalement ressasser que les adieux qu'elle venait de faire à Tom. Rien n'avait été plus gênant que la fin de leur étreinte. À peine leurs deux corps séparés, ils s'étaient sentis étrangers l'un à l'autre, comme si un lien invisible s'était brisé. Remplie d'amertume, Ava songea à la conversation qu'elle avait eu une nuit avec Trafalgar Law. Sitôt mon corps lourd repu du tien, je ne sentirai plus que ma lente agonie m'envahir de nouveau. Elle comprenait finalement ce qu'il avait voulu dire, perdus là, au milieu des arbres alors qu'ils avaient retrouvé leurs vêtements prestement et s'étaient tenus là un moment, s'observant à moitié. Puis Tom avait tendu le bras, caressé la joue d'Ava et avec un léger soupir s'était éloigné.
« Ton bateau ne t'attendra pas indéfiniment. » Cela avait été ses derniers mots, dit avec un vague geste de la main.
Rejetant ce souvenir et ces paroles qui la mettaient mal à l'aise, elle s'était éloignée à son tour de l'orée de la forêt dans la direction opposée.
Quand elle arriva en bordure de la plaine, elle aperçut le moulin et Marco qui se transforma et fendit le ciel. Pas besoin de mot pour lui faire comprendre qu'il était plus que temps de partir, et que visiblement on attendait qu'elle. Elle fit malgré tout un arrêt par le moulin pour récupérer ses affaires et se changer. Elle y trouva Tess, dont le regard dur parla de lui-même : si son homme venait de partir, c'était par la faute d'Ava. Ce regard plein de douleur suivit Ava jusqu'à ce qu'elle disparaisse au bout du champ.
Progressant dans le ventre de la montagne, seuls ses pas résonnèrent dans le tunnel obscur. Elle frissonna quand elle sentit l'odeur du sang des blessés qui couvrait le sol à certains endroits. Quand la lumière apparut au loin le soulagement l'envahie et elle se mit à courir le long du sentier pour rejoindre la côte.

« Tu t'es enfin décidé, grogna Nekomamushi alors qu'elle grimpait à bord de leur vaisseau.

- J'avais des choses à régler. »

Elle contourna l'énorme chat et commença à se diriger vers sa cabine, son haki vagabondant à son gré. Son absence s'imposa alors à elle.

« Marco n'est pas là ?

- Il avait une affaire à régler, et nous aussi.

- Comment ça ?

- On doit aller récupérer quelqu'un. J'ai vraiment bien fait de t'emmener. »

Ava haussa un sourcil. S'il disait ça, c'est que le quelqu'un devait la connaître. Cependant, le chat n'attendit pas qu'elle comprenne l'allusion pour continuer :

« Mais, je pense qu'il nous aurait suivi sans aucun problème, ne commence pas à te sentir irremplaçable ! »

Il découvrit ses dents en réponse au regard assassin que lui adressa la jeune femme.

« Nul ne l'est, fit-elle avant de disparaître dans sa cabine. »

Elle y déposa son sac et prit quatre affaires avant de filer vers les douches. Sous l'eau chaude, les dernières odeurs de Tom sur sa peau disparurent. Seul un étrange soulagement et sa solitude persistaient.
Elle quitta la douche à contre-cœur et traversa le pont en quête d'une activité. Elle se laissa finalement tomber sur l'un des bancs du réfectoire ignorant les va-et-vient des minks qui n'avaient pour le moment rien d'autre à faire que poursuivre la traversé, ignorant leur destination funeste.
Nekomamushi déposa une assiette devant Ava avant de s'asseoir en face d'elle.

« Sur quoi médites-tu ainsi ? »

Elle soupira et leva ses yeux vers sa figure où ses dents étaient découvertes.

« La bataille, ces pirates…

- Ça ne sert à rien de ressasser ce qu'il s'est passé cette nuit. Ces choses-là arrivent dans le nouveau monde. Phénix n'a jamais été à l'abri d'une attaque.

- Il n'y a pas que ça. »

Un grondement sourd s'échappa d'entre les babines du chat, il n'aimait pas que l'on tourne autour du pot. Une démonstration valait mieux que mille discours alors Ava avisa la pomme posée au milieu de l'assiette. Elle la saisit sans une hésitation et focalisa toute sa concentration sur le fruit. Le processus fut long à retrouver, mais peu à peu la surface du fruit se craquela et le volume de la chaire se réduisit comme peau de chagrin jusqu'à ne laisser qu'un vague trognon. Elle se sentit aussitôt épuisée et dut s'appuyer un instant à la table, des sueurs froides dégoulinant le long de ses tempes. Quand elle releva la tête, le regard sévère de Nekomamushi ne la quittait pas.

« Tu as tué de cette façon ? »

Ava acquiesça.

« C'est à toi d'utiliser ce qui te semble ou non juste pour défendre ta vie. Beaucoup de fruits permettent de subtiliser l'énergie vitale d'adversaire. C'est au propriétaire de choisir. Mais rien n'est jamais ni tout blanc ni tout noir.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Que ceci, dit-il en désignant le reste de la pomme, même si cela te parait inhumain aujourd'hui pourrait un jour te sauver la vie. Tu peux choisir de travailler ce pouvoir, le rendre telle une seconde nature. »

Ava comprit finalement où voulait en venir le vieux matou.

« Mais ne jamais l'utiliser ? Demanda-t-elle.

- Mais savoir que ceci est possible. Cela ne fera pas de toi un monstre. »

Elle frissonna au mot. Elle revit les longs couloirs blancs de son enfance, où les courses-poursuites se faisaient au son de ce quolibet, crié par ses cousins. Monstre.

« Être puissante ne fait pas de toi un monstre… Enfin, avant ça, il va falloir que tu t'entraînes, parce que ce n'est qu'une pomme et tu sembles au bord du malaise. »

Elle écarquilla les yeux devant la moquerie du gros chat qui ne se priva pas pour rire à gorge déployée. Il continua malgré tout à parler :

« Et là où nous allons et ce qui nous attend mérite que tout ce qui peut être une arme soit utilisé ! »

Il laissa Ava méditer sur ses paroles et partit, laissant son grand rire résonner dans le réfectoire.

Si Nekomamushi avait parler d'entraînement, Ava n'en vit rien qui y ressemblait de près ou de loin. S'entraîner lui fut tout simplement impossible. Le refus, certes logique, des minks à ce qu'Ava utilise de la nourriture fut catégorique, et même les denrées qui ne semblaient plus propre à la consommation lui furent interdites. Jamais des journées de navigation ne lui avaient paru aussi longues. Elle s'adonnait à toutes les corvées possibles, ne rechignant pas à la tâche, mais l'idée que Nekomamushi avait semée en elle la taraudait. Depuis leur conversation, une part d'elle mourrait d'envie de renouveler l'expérience bien que ses nuits fussent hantées par le souvenir du pirate qu'elle avait tué ainsi.

Au quatrième matin, la silhouette nette d'une île hivernale sembla mettre fin à la léthargie qui régnait sur le vaisseau depuis qu'ils avaient quitté Phénix. Une excitation sans précédent se répandit parmi eux. Beaucoup n'avaient jamais vu de neige, et la vision des hauts éperons rocheux d'un blanc immaculé les remplissait d'une joie légère. De son côté, Ava avait beau fouillé sa mémoire, l'île ne lui disait rien bien que l'identité de la personne qu'il venait chercher n'était plus qu'un demi-mystère pour elle. Elle se doutait qu'il s'agît d'Izou. Qui d'autre y aurait-il à aller chercher à part lui qui était originaire de Wano.

Le froid polaire qui régnait sur l'île finit par se faire sentir sur les flots et Ava dut fouiller les tréfonds du vaisseau en quête de vêtement plus chauds que ceux qu'elle possédait. Les minks n'ayant pas besoin de tel superflus, elle se rabattit sur une couche supplémentaire de pull et d'un imperméable.

« Je vais crever de froid », renifla-t-elle bruyamment alors que l'ancre était jetée dans une petite baie où des maisonnettes multicolores étaient éclairées en bordure de plage.

« Tu peux toujours rester ici chère Ava.

- Compte là-dessus ! Je ne manquerai pas un rendez-vous avec Izou.

- Comment sais-tu qu…

- Ça me paraît évident que Marco sache où ce vieux travesti se cache et qu'il te l'ai dit à la veille d'une guerre à Wano. Et puis ce n'est pas ce petit blizzard qui m'en empêchera !

- Bon ben allons-y puisque tu insistes. »

L'accueil sur l'île fut relativement aussi froid que son climat. Peu d'habitants sortirent de leur refuge et on fit vite comprendre aux minks que peu leur importait la durée de leur séjour tant qu'ils payaient pour leur nourriture. Ils apprirent néanmoins qu'Izou vivait reclus dans les montagnes et quittèrent vite le village pour entamer une longue ascension dans la neige. Sans que cela ne soit si surprenant, le samouraï s'était retiré après la défaite face à Barbe noire. Il vivait à l'abri d'un col avec la seule compagnie d'excentriques qui s'étaient retirés de la société de l'île. Le froid, Ava pouvait en dire ce qu'elle voulait, mais elle le ressentit finalement et ce, malgré ses pouvoirs. La neige se remit à tomber au début de leur marche. D'abord hésitants, les flocons redoublèrent quand un vent glacial se leva venant des hauts sommets. Les deux heures de marche prévues ne tardèrent pas à se rallonger, si bien qu'en arrivant au terme, certains minks et Ava étaient gelés. Les ruines d'un village apparurent, et si l'endroit semblait abandonné, des fenêtre couvertes de givre à cause de la tempête laissaient transparaître des raies de lumière.

« Si les humains ne se sont pas trompés, il s'agit de cette maison-là, déclara Nekomamushi en désignant la plus petite des maisons encore pourvue d'un toit. »

Sa large silhouette avança au travers de la couche de neige, ouvrant la voie à ses compagnons et toqua ou plutôt tambourina la porte. Aucun bruit ne leur parvint, mais après plusieurs coups la porte vibra, gronda et finit par s'ouvrir alors que l'habitant protestait à grands cris.

« J'ai déjà dit que je ne désirais rien d'autre que la solitude ! Partez donc ! »

La porte se referma, bien que Nekomamushi ne laissa pas faire :

« Tu laisserais donc de vieux amis sur le pas de ta porte par une météo pareille ? »

Le battant s'immobilisa avant de se rouvrir doucement laissant apparaître la figure pâle encadrer d'épais cheveux noirs comme la nuit.

« Izou »

Son nom prononcé n'eut aucun effet, l'homme était comme frappé de stupeur. Ava se décala légèrement pour voir derrière l'imposante stature du chat et découvrit Izou. L'homme était habillé de larges vêtements couverts par un kimono des plus simples. Ava l'avait rarement vu aussi peu apprêté. L'homme qui venait de se tourner vers eux avait vieilli. Des traits marqués entouraient désormais la fine bouche et les yeux étirés alors qu'une cicatrice décorait son front auparavant lisse.

« Je pense que l'on devrait entrer parce qu'on va se transformer en glace à ce rythme-là, lança-t-elle en contournant Nekomamushi. Salut Izou ! Ajouta-t-elle en s'immisçant souplement à l'intérieur.

- Ava ? Nekomamushi ? Mais c'est impossible… Finit-il par décrocher en voyant tout le monde s'installer dans son minuscule intérieur.

- Il ne fallait pas donner d'indice à Marco sinon on ne serait pas là, déclara Nekomamushi.

- Je ne suis pas sûr de comprendre. Je ne compte aller nulle part.

- On te ramène chez toi.

- C'est impossible. Mon pays dépéri depuis bien trop longtemps, son agonie touchera à sa fin bien assez tôt.

- Impossible est un mot que tu répètes un peu trop Izou, répliqua Ava.

- Toi, jeune fille, je vois que le respect des ainés ne fait toujours pas parti de ton éducation.

- Répète un peu ça pour voir ?

- Je ne suis pas sûre qu'il soit vraiment nécessaire de commencer sur de telles bases, grogna Nekomamushi, peu amusé par le spectacle qui débutait entre les deux. Nous sommes quelque peu pressés Izou, et tu viens avec nous ! Ajouta le chat sans d'autres détours.

- Mais Wano n'est plus une île pour les personnes de mon espèce.

- Tu seras surpris quand je te raconterai les récents évènements.

- L'histoire a intérêt à être bonne, rétroqua Izou, son regard glissant du mink à Ava. Mais, quand je vois cette tête dure à côté de la tienne… Cela me semble fiable. »

Il se mit à faire les cent pas au travers de la pièce.

« La prophétie s'est réalisé Izou. Ceux que tu as pleurés durant vingt sont enfin arrivés du passé.

- Comment sais-tu cela toi ? Renifla-t-il avec rancœur en se tournant vers Ava.

- Parce que j'ai voyagé, à mon grand regret, avec un samouraï des plus désagréables et qui répond au nom de Kinemon. »

Il ignora la pointe d'ironie alors que ses traits s'étiraient sous le poids de la nostalgie qui l'envahissait.

« Ils marcheront sous la lune, luttant contre le désespoir une dernière fois, murmura-t-il. Kaido ne tire pas sa réputation de nulle part, dans son cas les rumeurs sont toutes vraies, continua-t-il en élevant la voix.

- Je ne crois pas que nous échouerons.

- Qu'en sais-tu pauvre fou.

- Izou le chagrin t'aveugle. Marche avec nous une dernière fois, tu n'as plus rien à perdre. Si Kinemon est revenu, ton frère l'est aussi. »

Ava avait cessé de parler, le samouraï ne l'avait jamais guère aimé. Elle savait que sa présence ne l'influencerait pas. Cependant aux derniers mots du mink, Izou changea d'attitude. Un grand soupir résonna. Sentant sa chance de nouveau l'accompagner, Nekomamushi poursuivit.

« Rien ne t'attend à rester ainsi dans l'ombre. Rejoins nous, et peut-être que tu pourras voir un nouveau jour se lever sur Wano, prends les armes, car ton frère est revenu et que jamais nos chances de l'emporter n'ont été aussi grandes. »

Alors qu'il espérait une réponse, rien ne se fit entendre. Le silence se répandit dans la pièce. Izou était toujours face à eux, la moitié de son visage masqué par sa main blanche. Son regard se fit un peu plus douloureux.

« Partez, je vous en prie. »

Son ton suffit à faire comprendre à Nekomamushi son échec. Le samouraï ne les accompagnerait pas. Un grognement réprobateur plus tard, le mink et toute sa troupe étaient dehors ; Nekomamushi ne s'attarderait pas plus longtemps sur cette île de malheur. Restée seule dans la petite pièce, Ava hésita un instant sur ce qu'elle devait faire ou dire. L'homme qui lui faisait face lui semblait être l'ombre de ce qu'elle avait connu. Avec un pincement au cœur, elle décida de suivre les minks et sur le pas de la porte, Ava se tourna une dernière fois pour contempler la triste scène.

« Je ne vois vraiment pas ce qu'il pourrait t'arriver de pire que de rester ici. »

Les traces dans la neige commençaient déjà à disparaître, les vents hurlants s'étaient enhardis et la nuit tombante avait accentué la pénombre ambiante. Les sommets des pins massifs bougeaient, battus par les bourrasques, émergeant des roches et du brouillard qui tombaient un peu plus sur la montagne. Ava remonta son col et se remit en route, ignorant le froid engourdissant ses mollets plongés dans l'épaisse couche de neige. Elle devait sûrement progresser moins vite que ses compagnons, elle ne les rattrapa pas et quand elle arriva au village, la nuit était complète.
Ses pas la guidèrent jusqu'au bateau, mais les rires gras en provenance d'une taverne attirèrent son attention.
Lourds de l'alcool ingurgité, des hommes s'extirpèrent difficilement de l'entrée du pub éclairé. Seul bâtiment animé le long du port, son activité détonnait par rapport au reste de la ville.
Quelque chose n'allait pas. Derrière elle, le bateau des minks était anormalement silencieux. Ignorant l'animation régnant dans la taverne, elle accéda au pont et entra dans la salle commune entièrement vide. Les cuisines du vaisseau avaient pourtant été utilisées jusque très récemment. Les repas du soir étaient prêts, manquait seulement ceux qui auraient dû les consommer. Le reste du vaisseau était identique : entièrement vide. Les minks s'étaient volatilisés. Elle redescendit sur le quai et laissa ses pas la guider jusqu'au pub. Quand elle passa la porte, des cris de joie l'accueillirent.

« Finalement te voilà !

- Tu ne nous en voudras pas, mais on a commandé sans toi. »

Une douce chaleur vint réchauffer le cœur d'Ava, la joie de vivre des minks avait pris le dessus sur la déception de ne pas avoir convaincu Izou.

« Cet idiot devrait assez vite le regretter ! Déclara Nekomamushi. Il retrouvera bien vite le chemin de la raison. Buvons, mangeons et demain matin, quittons cette maudite île.

- Ce ne sera pas de trop capitaine ! Mes coussinets ne passeront pas une deuxième journée ici, renchérit l'un des matelots. »

Après quelques instants, il était simple de voir que l'amertume, certes masquée, du capitaine mink n'était pas prête de passer. L'accueil du samouraï avait touché la corde sensible du chat.

« Ne t'en fais pas Nekomamushi nous nous en sortirons.

- Bien sûr morveuse, mais tout de même après tout ce temps… »

De dépit, il vida son reste de bière en une gorgée et leva sa choppe pour qu'on lui en apporte une autre.

« Ça a été une sale période pour nous tous, commença Ava. Tout notre équipage s'est délité, il n'en reste pas grand-chose.

- C'est pas une raison pour tourner le dos à son pays. »

Le grondement qui remonta de la gorge du félin fit taire la réplique qu'Ava avait préparée. Mieux valait ne pas l'énerver davantage. D'un air désinvolte, elle se leva et partit vers le comptoir à la recherche d'un truc à boire. Si tout le monde avait décidé de se soûler ce soir, elle n'allait pas être en reste.

Le foie d'Ava laissa passer la nuit avant de lui rappeler son comportement excessif de la veille. Elle se réveilla le lendemain matin en sueur sous ses couvertures, tordue de douleur. Elle n'eut que le temps de courir au travers de sa cabine pour sortir sur le pont et dégobiller par-dessus bord. Encore appuyée sur la rambarde, maladroitement, elle observa Nekomamushi sortir de la cabine voisine de la sienne et s'étirer longuement, pattes en l'air. Ses petits yeux glissèrent vers elle, moqueurs.

« Alors, on ne tient pas ? D'ailleurs, tu n'as pas froid ? Tu dois avoir un reste d'alcool pour te tenir chaud morveuse. »
Cela se passait de réponse, mais le chat avait effectivement touché juste. Malgré le soleil vif, le froid était transperçant et soudain, l'absence de manteau était ravageuse. Elle allait repartir vers sa cabine quand une voix grave l'arrêta.

« Quand vous aurez fini de dessoûler, faites moi signe que l'on puisse larguer les amarres ! »

Les deux compères se retournèrent pour découvrir Izou assit sur le bastingage, les fixant d'un air sévère.

« C'est ainsi que vous vous préparez à la guerre ? Continua-t-il.

- Toi ! S'exclama le chat, explosant de joie. »

Ce dernier se précipita vers le samouraï pour le serrer contre lui. Ava fit un signe à l'homme avant de s'éclipser dans sa cabine. La chaleur irradia ses doigts glacés autant que ses pieds nus, mais une brusque euphorie s'était emparée d'elle. Finalement, le destin leur était favorable, si Izou rejoignait leur rang, c'était un combattant exceptionnel qui serait à leur côté et personne ne viendrait l'embêter avec ce qui l'avait fait revenir sur sa décision.

Leur départ ne tarda pas. Le froid de l'île avait eu raison de la résistance des minks et leur joie de voir le samouraï se joindre à eux s'en était trouvée déchaînée. Le début de la longue traversée se faisait donc dans un climat léger qui peu à peu atteignait le cœur solitaire d'Izou. Tout naturellement, une routine s'installa sur le vaisseau. Entraînement, méditation, repas, nuit de sommeil complète, l'océan comme s'il sentait les jours de guerre arriver était calme au passage de ce vaisseau. Ava s'entraina mais sa frustration de ne pouvoir utiliser ses nouveaux pouvoirs grandissait au fur et à mesure. Quoi qu'elle réclame, Nekomamushi ne voulait rien entendre, mais elle avait un nouvel allié qui se rangea à ses côtés. Izou avait eu tôt fait de percevoir la colère latente de la jeune femme et de découvrir les pouvoirs qu'Ava souhaitait travailler. Après plusieurs jours où elle plaida sans relâche sa cause et avec l'appuie du samouraï, on l'autorisa à poursuivre ses tests sur des grappes de raisins qui venaient d'être récoltées dans l'un des nids de pie du vaisseau. En retirant l'eau des grains, elle épargnait aux minks de longues journées de séchages qui prendrait une place bien trop importante sur le pont.

La répétition de l'acte sur les raisins et l'aide d'Izou lui permit de cerner correctement le processus. Très vite, elle put faire deux raisins à la fois, puis cinq puis dix. L'utilisation de ce pouvoir sur des choses inanimées le rendait presque inoffensif. Elle ressentait presque de la satisfaction en réussissant une fois à assécher toute une grappe en quelques secondes.
Cependant, elle n'était pas dupe et n'avait pas eu besoin d'attendre que Nekomamushi le souligne un soir : faire ceci sur des êtres de chair et de sang ne sera pas aussi simple.

« Premièrement, un animal se débattra.

- Je suis plus grande.

- Tous tes adversaires ne seront pas de taille lambda. »

Ava ne contredit pas Nekomamushi. Elle avait déjà payé cher le trop-plein de confiance qu'elle avait en elle par le passé.

« Et puis ils seront vivants. Et je crois que c'est là tout le problème n'est-ce pas ? »

Durant ces jours de traverser où Ava avait peaufiner sa technique, elle avait ignoré cette évidence et encore une fois elle préféra ne pas reparler de ce dégoût qu'elle avait ressentit en tuant de cette manière un homme.

« Nous atteindrons demain Wano. Cela risque d'être une bataille sans précédent. Il faut que tu sois prête Ava. »

Le trouble envahit la jeune femme. Elle avait déjà entendu ces mots-là. Elle regarda le vieux mink se lever pour aller se coucher. Prête à tuer ? Ce qui était le combat de Luffy est vraiment le mien maintenant ?

Marco lui avait toujours épargné les combats les plus durs, jamais assassiner ne lui avait été familier. Son premier meurtre était frais et elle redoutait de devoir recommencer. Le doute de ne pas pouvoir recommencer s'insinua en elle. Si elle ne pouvait se défendre, elle ne serait qu'un poids pour tous, voire une mise en danger pour soin frère, son équipage, les minks… Son regard se perdit sur l'horizon qui explosait dans de chatoyantes couleurs. Pour la première fois, elle finit par penser à autre chose : ce ciel lui rappela les couleurs du monde de Néthan. Un frisson la parcourut quand elle se rappela sa voix qui avait prix possession de Luffy, qui lui avait parlé. Sa réincarnation ? Non, cela ne pouvait être. Ce prince était quelque part, elle le sentait, il les attendait quelque part. Ni mort, ni vivant.
Demain, c'est son frère qu'elle retrouverait ainsi que les œufs et après, il faudrait prier pour que tous les astres soient avec eux et que leurs alliances parviennent à renverser ce monstre odieux qu'est Kaido.


Bonsoir, cela faisait un petit moment que je n'ai pas publié, je n'ai même pas osé regarder la date de la dernière publication... Alors je laisse ça là discrètement ^^'. Je vous avoue que j'attendais le dénouement de Wano pour pouvoir vraiment me mettre à écrire, mais là plus d'excuse pour la suite !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! A plus 0/