C'est dur de rester focaliser sur Gayle quand le simple « Need something ? » d'Astarion avec son sourire en coin me fait de l'œil TT Vade retro, immonde tentation vampirique. Je reviendrai avec une Durge, laisse la place à ton rival. XD
Journal des reviewers
Seulie : T'inquiète, je me doute que ta nouvelle prise de poste doit mobiliser ton énergie ;) Accroche-toi, vu que je ne suis plus guettée par le spectre de l'arrêt d'écriture, je peux accélérer le rythme de publication. Je reste sur du 2 chap/semaine minimum mais je vais voir pour passer à 3 voire 4.
Oui, la fiole de sang était un très bon deus ex machina pour ce combat XD
À la base, c'était pas prévu mais le délire autour de Silesta qui aime tout faire péter est finalement resté tout au long du récit, pour ne pas dire que c'est devenu sa marque de fabrique XD Qu'est-ce que ça renferme ? À suivre...
Liline37 : Hé hé ! Eh oui, que de questions, que de questions... et les réponses viendront en temps et en heure :)
Mdr oui, Silesta ne fait pas dans la dentelle, aussi gentille est-elle XD
Bigre, 150 pages rien que pour l'acte 1 ? O_o C'est pas un bébé, toi, c'est un veau que tu vas accoucher ! XD Je te souhaite tout le courage du monde et j'ai hâte de voir comment et quels événements tu aborderas. As-tu eu plus de force que moi en tergiversant sur des quêtes secondaires ?
Jennalocked : J'ai toujours entendu dire que les sessions de BG3 en couple étaient une hécatombe quand l'un des deux connaissait et pas l'autre XD Mais ça doit être bien fun. Mon homme veut pas essayer, le tour par tour lui fait pas du tout envie.
Ça me fait chaud au cœur de savoir que Silesta plaît. J'avais très très peur que son côté trop gentil et droit face beaucoup crisser des dents. Merci !
Bon, on a tapé le gros méchant, on va se poser un peu.
CHAPITRE XXXIV – SE RELEVER POUR AVANCER
Quand elle passa à son tour la porte dimensionnelle, Silesta retrouva la semi-clarté des murs de la salle du trône des Tours de Hautelune. L'ironie était certaine. Ils revenaient au siège du pouvoir de leur ennemi tombé quelques minutes auparavant.
Les acclamations de joie victorieuses des Ménestrels et des Poings Enflammés qui résonnaient dans l'espace lui firent le même effet assourdissant que lorsque la fiole de sang avait explosé sur l'avatar de Myrkul. Bien que toujours habitée par l'abattement, la jeune femme rousse finit par se laisser gagner par l'effervescence générale et sourit maladroitement aux gestes et accolades de gratitude qui plurent sur elle. Elle ne devait pas se montrer égoïste, pas après ce qu'elle et ses alliés avaient accompli.
La saltimbanque retrouva le reste de ses compagnons qui discutaient avec Jaheira pour lui faire part de ce qui était arrivé. La druidesse fut abasourdie par ce qu'elle entendit. Leurs ennemis se multipliaient comme une colonie de champignons ; quand l'un disparaissait, deux autres venaient prendre sa place.
« Un cerveau vénérable, contrôlé par une magie ancienne néthérienne et muselé par les champions des Trois Dieux Morts, récapitula la femme comme pour s'en convaincre. L'histoire ne fait donc que se répéter.
_ Vous vous êtes déjà frottée aux Trois Funestes ? » s'ébahit Silesta dans un mélange d'admiration et d'appréhension.
Jaheira lui rendit un hochement de tête las.
« Hélas. Et je ne vous parle même pas des flagelleurs mentaux. Mais si l'on m'avait dit un jour que j'entendrais parler d'une association entre les deux... C'est très perturbant et inquiétant. »
L'autre chose qui ne lui plaisait pas était d'apprendre que le duc Gardecorbeau avait été infecté par un parasite. Si un membre dirigeant de la Porte de Baldur se retrouvait sous les ordres du culte de l'Absolue, cela pourrait causer d'énormes dégâts sur la gestion de la ville. Il faudrait aussi garder un œil sur cette collaboration forcée.
En dépit de tout cela, la druidesse refusa de se laisser dépasser par ses craintes et préféra écouter le brouhaha fier et heureux des combattants autour d'elle plutôt que les murmures angoissés de l'inquiétude. Il ne fallait pas perdre espoir et au contraire se réjouir de ce qui avait été fait.
« Nous avons vaincu un immortel et mieux encore, nous avons privé l'armée de l'Absolue de son général. C'est un grand coup que nous lui avons porté. »
Sa fierté fut contagieuse car tous étirèrent un sourire en écho au sien.
« Vous avez déjà une pierre infernale et vous êtes sur la piste des deux autres. Ces élus ont toutes les raisons du monde de vous craindre, vous ne pouvez pas vous arrêter sur cette lancée. »
À ce propos, Jaheira expliqua à ses alliés que maintenant que l'armée de l'Absolue était partie, la Route du Renouveau devait être dégagée, ce lui leur permettrait de les mener tout droit à la Porte de Baldur.
« Pas avant d'avoir mangé et dormi pendant au moins vingt-quatre heures, réfuta Silesta en s'étirant longuement. Nous sommes vannés.
_ Naturellement, en convint la druidesse, amusée. L'auberge de l'Ultime Lueur reste à votre disposition le temps qu'il faudra, c'est la moindre des choses.
_ Merci, Jaheira », la remercia Gayle.
La seule qui restait un peu plus en retrait des réjouissances était Ombrecoeur. Bien qu'elle eût suivi l'échange, la prêtresse ne cessait de jeter des coups d'œil impatients partout autour d'elle.
Enfin, l'objet de ses recherches se présenta : Aylin se tenait plus loin dans la salle, visiblement satisfaite de voir tous ces visages réjouis. Silesta comprit tout de suite que son alliée trépignait d'impatience d'en apprendre plus sur son passé. La jeune femme donna un petit coup de coude amical à son amie.
« Nous venons avec vous ? »
Ombrecoeur remua un peu nerveusement, visiblement effrayée de ce qui l'attendait. Elle finit par acquiescer et tous lui emboîtèrent le pas.
À quelques pas de l'aasimar, une voix familière retentit vers l'entrée de la salle.
« Aylin ? »
L'interpellée tressaillit comme si on lui avait tiré une flèche en plein cœur et fit volte face vers la voix ; celle d'Isobel qui avançait à pas lents vers elle, les yeux écarquillés et brillants. La même stupeur émue se peignit sur les traits de porcelaine de la guerrière ailée.
« Isobel... »
Les aventuriers s'arrêtèrent pour contempler la fougueuse et implacable fille de Séluné se jeter aux pieds de la cléresse qui avait accouru vers elle pour lui prendre les mains avec la même délicatesse que si elle eût été faite de cristal. Leurs prunelles claires se perdirent les unes dans les autres, nimbées d'un bonheur inestimable.
« Mon amour... souffla Aylin, les mots étranglés par l'émoi. Tu étais morte. J'ai vu ton corps sans vie...
_ Mais je suis là maintenant, la rassura Isobel, tout aussi transportée. Et... Et toi aussi. Quant à mon père, il ne pourra plus nous séparer. »
L'aasimar porta la main de la jeune femme à sa joue pour s'assurer qu'elle n'était pas un mirage. Toutes ces nuits où elle avait rêvé de la revoir en priant que tout cela n'était qu'un cauchemar qui prendrait fin à l'aube...
Les spectateurs silencieux pensèrent la même chose : la Isobel dont le tombeau avait été ouvert et qui avait été ramenée à la vie par Ketheric était donc bel et bien la prêtresse de Séluné. Prêtresse de Séluné qui visiblement n'adorait pas que sa déesse...
Le cœur de Silesta s'allégea, adouci de voir les deux femmes s'enlacer avec la même tendresse qu'était grand leur soulagement.
La bulle de bonheur des deux femmes dura un moment avant de leur permettre de reprendre conscience de la réalité et de leur entourage. Ce fut Isobel qui reconnut les aventuriers en premier et eut un sourire envers sa compagne.
« Aylin, j'aimerais te présenter ces personnes, voici...
_ Ah, vous voilà ! se réjouit-elle en découvrant ses sauveurs. Nous nous connaissons déjà. Ces âmes courageuses sont celles qui m'ont arrachée à la Gisombre et ont combattu avec moi le général déchu. »
La cléresse inclina la tête vers eux en signe de reconnaissance et comprit aux drôles de figures un peu surprises face à elle qu'elle n'avait été très transparente. Elle s'en excusa auprès d'eux ; elle n'avait aucune intention de les abuser, c'était juste qu'elle-même était encore cernée par certaines zones d'ombre.
« Oui, Ketheric Thorm est... était mon père, reconnut-elle douloureusement. Après la mort de ma mère, il m'a élevée dans le culte de Séluné. Je n'avais que lui, comme il n'avait que moi. Vint un jour dans notre petite ville de Reithwin une émissaire notre déesse, Dame Aylin, fille de la Vierge Lunaire en personne.
_ Croyez-vous au coup de foudre ? » leur demanda cette dernière en regardant amoureusement celle qui avait de toute évidence provoqué le sien.
Silesta erra quelques instants dans une brume à la fois apaisante et étouffante. Ses yeux étaient dans le vague, presque figés, mais ses lèvres sourirent faiblement malgré elle. Elle opina du chef.
Pour Isobel et Aylin, leur amour fut l'évidence même en plus d'être partagé, à leur plus grande joie. Et qu'importe si la différence de leurs existences pouvait interroger. La mortelle et l'enfant de la déesse.
« Ketheric a pris ombrage de l'amour qui nous liait, Isobel et moi, nuança Aylin, amère. Il m'a toujours traitée avec défiance. »
Le transport qui animait jusqu'ici la cléresse se fana sur son visage terne.
« Et puis, je suis morte, trancha Isobel. Je ne sais comment ni pourquoi, mais je me suis retrouvée dans le noir absolu. Jusqu'à me réveiller dans une terrible odeur de renfermé. Je sentais des mouvements autour moi. Et là, j'ai vu le visage de mon père. Il était changé, hideux à faire peur. »
La même gravité vint s'imprimer sur les figures face à elle. Ketheric était devenu l'Élu de Myrkul. Isobel confirma tristement.
À cette époque, elle n'en savait rien mais elle avait tout de suite remarqué comme il avait changé. Quand son père lui avait annoncé qu'Aylin était morte, la prêtresse s'était enfuie. C'est là qu'elle avait trouvé l'auberge de l'Ultime Lueur et en avait fait le refuge connu à ce jour.
« Quand j'ai rencontré Jaheira, j'ai compris que j'étais morte depuis un siècle et que mon père était responsable des horreurs qui s'étaient abattues sur ces terres... mon foyer, souffla-t-elle autant en colère que honteuse. Je ne pouvais pas lui dire qui j'étais, je devais me protéger... et protéger les autres.
_ C'est plus que compréhensible », se sentit obligée de dire Silesta qui réalisait l'ampleur du mal provoqué par Ketheric.
Isobel lui retourna un sourire, touchée de son indulgence. Elle était sereine à présent. Maintenant que son père était mort, elle n'avait plus rien à craindre et celle qu'elle aimait lui était revenue.
« Je vous suis reconnaissante de votre aide et de votre amitié. En notre nom avec Aylin, en celui de tous ceux qui ont souffert par la faute de Ketheric : merci infiniment, dit-elle aux aventuriers avant de se tourner vers l'humaine rousse du groupe. Je ne vous ai pas oubliée, Silesta. Je n'ai qu'une parole et je serais bien ingrate de ne pas la tenir. Si vous êtes toujours décidée, je mènerai le rituel vous permettant d'en savoir plus sur votre condition. »
La concernée fut prise d'apnée soudaine. Elle en avait oublié cette histoire de rituel pour son amnésie. Elle ne fut capable que de hocher la tête comme un robot.
« Cela ne peut-il pas attendre un peu ? grommela Aylin à l'attention de sa compagne. Ne me mets pas plus au supplice d'attendre encore de pouvoir t'honorer comme il se doit.
_ Aylin ! » s'offusqua Isobel, les joues roses.
Légers sourires mi-embarrassés, mi-amusés en face. Pour une semi-divinité, Aylin montrait des visages très humains. Tantôt femme vindicative emportée par la colère, tantôt amante amoureuse qui voulait s'enivrer de la présence de son autre. La prêtresse s'excusa du manque de tenue de l'aasimar et proposa à Silesta de la retrouver à l'auberge de l'Ultime Lueur une fois que tout le monde aurait pris un peu de temps pour soi... et pour les autres. La saltimbanque approuva sa proposition, le cœur battant. Elle avait tellement hâte.
Bien qu'impatiente de pouvoir enfin retirer son armure - et les vêtements d'Isobel - Aylin n'oubliait pas qu'elle aussi avait une promesse à honorer envers une membre de la petite équipée face à elle. La femme n'avait rien manqué de l'expression pincée d'angoisse de la demi-elfe brune qui la guettait fébrilement, aussi tourmentée que décidée. Pauvre enfant. Elle était redevenue aussi fragile que la petite fille qui avançait dans l'ombre de la forêt.
« Ombrecoeur, c'est bien cela ? l'apostropha-t-elle doucement. Tout comme mon aimée, je n'oublie pas mes serments. C'est grâce à vous si j'ai pu retrouver ma douce Isobel en m'extirpant de la Gisombre. Je vous dirai tout à l'auberge en même temps que Silesta aura son rituel, si cela vous convient. »
La demi-elfe approuva tout aussi silencieusement que son amie. Elle aussi redoutait ce moment si solennel et pourtant si vital.
« Pardonnez ma curiosité, glissa Gayle. Mais comment une aasimar a-t-elle pu finir dans la Gisombre ? »
Aylin se renfrogna à ce souvenir.
« À la mort d'Isobel, maudit soit le jour où cela s'est produit, Ketheric était aussi affligé que moi, à la différence que son chagrin lui a fait perdre l'esprit. »
Autrefois adorateur de Séluné, il s'était tourné par désespoir vers Shar, la déesse ombreuse de l'Égarement et de la Perdition, dans l'espoir d'enfin trouver la paix. Mais ce ne fut pas des paroles d'apaisement qu'il entendit en retour, mais un poison qui s'insinuait lentement dans son esprit.
« Lui et Balthazar, son ignoble conseiller, m'ont attirée dans la Gisombre en prétextant que quelqu'un avait besoin de mon aide, grinça-t-elle de toute sa rancune et sa colère de s'être fait avoir. C'est là qu'ils m'ont piégée dans leur cage d'âme.
_ Et depuis, vous n'aviez que pour seules visites une ribambelle de Tribuns de la Nuit en devenir à qui vous serviez d'examen final, encore et encore, acheva Astarion avant de marquer une pause, le temps de dérouler l'ampleur de ce que ce tourment représentait. Vous me feriez presque relativiser ma propre infortune.
_ Oui. Je revenais chaque fois à la vie, car telle est ma nature. Ketheric en a bien profité, jusqu'à aujourd'hui. »
La morne atmosphère qui avait commencé à prendre place pendant le récit d'Aylin s'évapora sur son sourire victorieux. Le passé était le passé et l'avenir, quoique quelque part incertain à cause des exactions de l'Absolue, annonçait un renouveau pour beaucoup d'entre eux : les terres de Reithwin qui finiraient par cicatriser par l'absence de celui qui les avaient étouffées, deux amantes séparées depuis plus de cent ans, Jaheira qui avait pu apposer le point final d'une guerre sanglante qui n'en finissait pas, deux jeunes femmes qui attendaient impatiemment de lever le voile posé sur leur esprit.
« Sur ce, je pense que vous avez beaucoup à vous dire dans bien des langages qui ne sont pas forcément pourvus de mots, conclut Gayle avec un léger sourire complice. Nous allons prendre un peu de repos bien mérité à l'auberge et vous y retrouverons pour Silesta et Ombrecoeur. »
À peine s'en retournèrent-ils pour prendre congé de leurs hôtesses qu'ils entendaient déjà les deux femmes s'étreindre avec amour, trop heureuses de s'être enfin retrouvées. Le repos ne serait pas pour tout le monde...
Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie, nos aventuriers furent très surpris de découvrir qu'il n'y avait pas que les Ménestrels et les Poings Enflammés qui avaient investi les Tours de Hautelune : les gnomes de Maindefer secourus des cachots avaient rejoint les rangs après la prise de la tour au cas où ils auraient pu s'avérer utiles. Après tout, c'était grâce à l'hospitalité de Jaheira qu'ils avaient pu trouver un refuge, c'était la moindre des choses.
Si Silesta fut donc surprise de voir dans un coin l'impérieux Wulbren Bongle discuter avec l'un de ses comparses, elle fut encore plus étonnée de voir Barcus Wroot trotter jusqu'à eux. Les rides qui striaient son front étaient plus creusées que d'ordinaire. Il avait l'air encore plus inquiet que lorsqu'il leur avait demandé de sauver Wulbren des cultistes.
« Enfin, vous êtes là, s'impatienta-t-il comme une mère agacée en se plantant devant leur chemin. Où étiez-vous donc passés ? »
Silence suspendu entre des œillades interloquées.
« Oh, pas très loin, se gaussa Astarion de son plus beau sarcasme. Nous étions juste un peu occupés à terrasser Ketheric Thorm, le champion du Dieu de la Mort en personne. »
S'il avait répondu qu'ils étaient partis cueillir des fleurs, l'effet aurait été le même.
« Qui ça ? Ah, oui, c'est vrai, se remémora le gnome sans grand affolement. Eh bien, oubliez donc cet hurluberlu, voulez-vous ? Nous avons des préoccupations bien plus importantes. Wulbren, par exemple... »
Silesta manqua de s'écrouler d'effarement. Sérieusement ?
Loin de s'inquiéter de sa manière de comparer les problèmes, Barcus leur expliqua que Wulbren et les gnomes de Maindefer mijotaient quelque chose d'affreux pour la Porte de Baldur.
« Ils ont la poudre runique et un mobile, raconta le gnome nerveux. Nous devons les arrêter à tout prix.
_ Qu'est-ce qui vous fait penser cela? interrogea Lae'zel qui n'appréciait pas que l'on retarde ses retrouvailles avec un repas et un lit.
_ Parce que ce ne sont que des geignards vindicatifs et assez stupides pour parler de leurs plans sans prêter attention à ce qui les entoure. Moi, en l'occurrence. J'ai fini par les entendre. »
Même si elle ne pouvait nier le visible état de panique du gnome, Silesta renâclait. D'un côté, elle aimait bien Barcus et son côté un peu à côté de la plaque plein de bonne volonté et de l'autre, Wulbren ne lui inspirait que du ressentiment. Elle fronça du nez à contrecœur.
« Vous faites cela parce que votre « ami » vous a jeté ? »
Barcus pinça les lèvres, visiblement touché où ça faisait mal.
« Il m'a blessé, je ne le nie pas. Je tiens à lui malgré tout mais il... il se comporte comme le dernier des crétins, pesta-t-il avec regret. Ce n'était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière mais je ne peux pas le laisser faire du mal à qui que ce soit. Ni à lui-même.
_ Cela me rappelle quelqu'un », glissa Ombrecoeur avec un regard en biais sur son alliée rousse.
La concernée fit la même moue que le gnome. Ses alliés ne la connaissaient que trop bien, il fallait croire. Et puis, plus factuellement parlant, s'ils avaient déjà deux champions des Dieux Morts à traquer et un cerveau géant à neutraliser, avaient-ils vraiment besoin d'un complot gnome contre la ville ? Cette perspective n'avait rien de réjouissant, en effet.
« Nous allons avoir fort à faire à la Porte de Baldur, semble-t-il. Je suppose que l'on peut toujours accoster Wulbren mine de rien avant d'aller à l'auberge pour espérer en apprendre plus », essaya Gayle sur un ton léger.
Sous les soupirs chouineurs et déçus d'Astarion qui n'avait vraiment pas envie de traiter encore avec les gnomes, Barcus remercia les aventuriers pour leur aide et les enjoignit de faire leur possible pour éviter la catastrophe.
Bon gré mal gré, le groupe approcha la bande de Maindefer qui discutait avec une certaine fébrilité. En les voyant approcher, Wulbren congédia rapidement son acolyte et accueillit les arrivants d'un hochement de tête respectueux.
« Salutations. J'ai entendu dire que nous n'avez pas chômé. Bravo, commença-t-il en préambule avant de marquer un silence. Je... Je tenais à m'excuser aussi. »
Autant d'humilité et de repentir de la part de ce type fit le même effet à Silesta que si Lae'zel s'était mise à lui déclamer des calembours : c'était contre-nature. La jeune femme fronça les sourcils et se permit de faire remarquer à son interlocuteur que c'était surtout à Barcus qu'il devait des excuses. Il fit la moue, un peu gêné.
« Barcus et moi, c'est une chose. C'est à vous tous que je m'adresse pour le moment, répliqua-t-il avec humilité. Je reconnais qu'à la prison, j'ai plus vu en vous un moyen de m'enfuir. Mais quand le ciel s'est embrasé et que j'ai suivi le phénomène jusqu'ici, j'ai compris que c'était vous qui étiez derrière tout ça. Je vous prie de m'excuser de ne pas avoir vu votre véritable valeur et d'avoir été... quelque peu malpoli à notre retour à l'Ultime Lueur.
_ Vous vous êtes comporté comme le plus abject des malappris. »
Si Silesta avait regardé ses compagnons à ce moment-là, elle aurait vu un parfait synchronisme de « Ouh... » silencieux ouvrir les lèvres de ses alliés. Bien envoyé, tiens. Wulbren lui-même se prit la réplique en pleine figure mais n'en tint aucune rancune à la jeune femme.
« Vous êtes dure, mais je vous l'accorde, reconnut-il, beau joueur. C'est d'ailleurs pour cette raison que je vous veux à mes côtés à la Porte de Baldur. Les gnomes de Maindefer vont sauver la ville et vous pouvez y apporter votre contribution. »
Ce fut là que les sourcils se haussèrent d'intérêt. Tiens donc, voilà un point de vue bien différent de ce qu'avait exposé Barcus quelques minutes auparavant.
« Si vous voulez notre aide, il va falloir nous en dire plus, exigea Ombrecoeur avec une pointe de dédain. C'est que nous avons beaucoup à faire. »
Wulbren parut hésiter un instant, tiraillé. Il secoua la tête et se mit à table. Son plan ne s'était jamais détourné de son objectif : répandre l'œuvre et les innovations du clan Maindefer dans le moindre recoin de Faerûn.
« Hélas, la Porte de Baldur a perdu de sa superbe, se désola-t-il en plissant les yeux. Autrefois resplendissante et incarnation de la grandeur, elle se retrouve aujourd'hui gangrenée de l'intérieur. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, retrouvez-moi là-bas quand vous y serez. Vous avez du repos à récupérer, je crois.
_ Un sens de l'observation redoutable, congratula Astarion en partant devant. Sur ces bonnes paroles, nous y allons de ce pas. »
Voilà qui mit fin à l'échange et aussi insolent Astarion savait-il se montrer, personne parmi ses compagnons ne pouvait lui en vouloir de vite rentrer se reposer. Les autres saluèrent Wulbren une dernière fois tout en lui promettant de réfléchir à sa proposition puis prirent congé.
Le retour à l'auberge de l'Ultime Lueur se fit dans une torpeur proche de l'état second pétrie d'une fatigue générale aussi bien physique que mentale. Le crâne des aventuriers était surchargé d'informations et d'une certaine fébrilité dont l'origine différait selon l'individu.
Lae'zel mesurait qu'elle allait affronter la plus grande menace ghaik de tous les mondes, Gayle se demandait si Mystra avait les yeux tournés vers lui qui était encore vivant et n'avait pas fait ce qui lui avait été commandé de faire, Astarion anticipait déjà son retour dans la ville de son psychopathe de maître alors qu'il ignorait toujours ce qui l'attendait et Silesta et Ombrecoeur nageaient dans l'angoisse de savoir ce qui leur serait révélé à l'une et à l'autre.
Inutile de préciser alors que le repas qu'ils eurent une fois qu'ils furent rentrés ne fut pas le plus animé et joyeux en dépit des victoires acquises. Il ne régnait autour de la table qu'un flottement nerveux dans un semi-silence bancal.
Même si elle avait conscience qu'elle-même participait à la création de cette bulle de tension, Silesta avait bien du mal à garder son énergie positive. Ses pensées oscillaient entre deux sujets et aucun d'eux ne lui apportait de réel sentiment heureux. Entre l'appréhension du rituel et le purgatoire distant dans lequel l'avait mise Astarion, comment ne pas éprouver une certaine prostration ?
Ce fut Gayle qui prit en pitié ses compagnons accablés et finit par lever son verre vers eux avec un sourire engageant.
« Les plus longues routes ont toutes commencé par un tout petit pavé. Soyons fiers de l'instant présent et essayons de prendre la suite comme elle viendra, dit-il avec bienveillance. À nous. »
Coup d'œil morne entre les autres avant que Silesta ne finisse par imiter le magicien, heureuse de son intervention qui la sauvait de la déprime totale. Elle sourit à son tour et embrassa ses alliés du regard.
« À notre force, notre courage, nos liens. À nous. »
Astarion n'ignora pas ces iris pluvieux dans les siens sur ce dernier mot. Il s'y accrocha encore un peu pendant qu'Ombrecoeur et Lae'zel trinquaient à leur tour.
« À vous. »
Les voix d'Isobel et Aylin qui entraient dans la taverne leur firent tourner la tête. Quand les deux femmes approchèrent de leur table, Silesta et Ombrecoeur se levèrent d'un même mouvement, l'air tendu.
Isobel s'adressa en premier à la jeune femme rousse.
« Je vous demanderai juste d'aller vous changer pour un petit bain de minuit, lui annonça-t-elle. Le rituel aura lieu dehors.
_ Bien, acquiesça son interlocutrice. Dois-je le faire maintenant ? J'aimerais ne pas... Je voudrais être auprès d'Ombrecoeur pendant que... enfin... si elle veut bien et Dame Aylin aussi... Sinon, je... j'y vais...»
Sa tentative désespérée de gagner encore un peu de temps doublée d'envie d'assister son alliée dans cet instant important eurent raison de l'aasimar qui approuva sans réserve, pour peu qu'Ombrecoeur fût aussi d'accord. La cléresse ombreuse avait elle aussi deviné le stress de son alliée. Elle était quelque part émue de sa sollicitude et donna aussi son accord.
Elle ancra ses iris clairs dans ceux de la fille de Séluné.
« Je vous écoute. Que savez-vous à mon sujet exactement ? Cette anecdote à propos des loups, personne... Enfin, je n'en avais parlé à presque personne. Pas à vous en tout cas.
_ Quand vous m'avez libérée de la Gisombre, vous avez rompu le lien qui m'unissait à Ketheric Thorm. Un lien de souffrance qui m'infligeait mille tourments. Lorsque j'ai posé les yeux sur vous, j'ai tout de suite senti un lien similaire qui vous reliait à deux personnes qui se trouvent loin d'ici. Permettez que je vous aide à vous souvenir... »
Aylin tendit doucement la main vers le front de la jeune femme et aussitôt Silesta sentit l'esprit de sa camarade effleurer le sien comme elle l'avait fait auparavant.
« Vous êtes sûre ? » lui demanda la saltimbanque.
La prêtresse garda les paupières closes et se contenta d'un signe de tête pour confirmer. Silesta l'imita et laissa les visions de la prêtresse fusionner dans sa tête.
Les bois obscurs au silence oppressant dardés des faibles rayons de lune réapparurent, aussi effrayants que la première fois. La petite Ombrecoeur avançait toujours d'un pas mal assuré tout en surveillant les alentours avec angoisse. La vision semblait être strictement la même que la première fois. L'élément qui changea ne se présenta qu'à la fin : ce n'était plus un loup qui se faisait encercler et tenir en respect par les silhouettes masquées mais un homme qui luttait pour se relever en implorant pitié.
Ombrecoeur ouvrit les yeux brutalement et le lien se rompit dans la seconde.
« Qui est cet homme ? interrogea-t-elle d'une voix tremblante.
_ Vous ne le savez que trop bien, lui répondit Aylin. Ne reconnaissez-vous pas vos propres traits en lui ? »
Les pupilles de la jeune femme brune se dilatèrent un peu plus encore avec ceux de Silesta. Son père ? Cet homme était son père ?
L'aasimar confirma en plus de lui indiquer que ce dernier était toujours en vie, tout comme sa mère. À ces mots, Ombrecoeur blêmit davantage en secouant la tête dans de petits mouvements stressés.
« Non, c'est impossible... Je suis orpheline...
_ Et qui vous l'a dit ? répliqua aussitôt Aylin avec la ferveur qui était la sienne. Votre famille adoptive ? Celle-là même qui a enlevé une enfant durant son rite de passage ? Ne vous fustigez pas, Ombrecoeur. Vous étiez jeune et impressionnable, la proie idéale à briser pour la refaçonner comme ils le voulaient pour vous faire épouser la cause de Shar.
_ Je le savais ! assena Silesta en tapant du poing sur la table, frustrée et en colère de ce qu'elle entendait. Ce rituel sélunite, le fait qu'Isobel ait pu vous bénir quand nous sommes arrivés, pourquoi vous avez eu la force de résister à Shar dans la Gisombre. Shar vous a détournée de votre véritable voie. »
La cléresse alternait entre Silesta, Aylin et Isobel qui affichaient toutes la même certitude ; certitude qui la plongeait dans un chaos de désarroi infini. Après toutes ces années, elle serait en fait une disciple de Séluné, la sœur ennemie de celle qu'elle avait adorée sans se poser de questions ? Elle aurait voulu se réveiller mais tout lui hurlait qu'elle était bel et bien dans la réalité.
« Où sont ses parents ? s'enquit aussitôt Silesta auprès de l'aasimar. Il faut les retrouver.
_ Silesta, du calme, tempéra Gayle qui avait bien remarqué l'émoi hagard de la demi-elfe. C'est à Ombrec...
_ Mais elle a une famille ! On ne peut pas laisser ça comme ça ! Après tout ce temps... ! »
Tous interprétèrent dans cette voix volontaire un écho qui criait son désir de faire une découverte similaire. Ombrecoeur retrouvait un précieux fragment de passé quand Silesta n'avait elle toujours rien eu. Et le plus tristement ironique était que Silesta ne pensait sûrement pas à sa propre situation mais uniquement à son amie et l'envie de l'aider. Du Silesta tout craché.
Cet élan d'amitié sincère toucha la prêtresse qui rassembla sa force d'esprit pour se reprendre face à Aylin.
« Dites-moi ce que vous savez pour mes parents, exigea-t-elle.
_ Ils sont retenus prisonniers par ceux qui vous ont enlevée. Ils vous faudra retourner là où tout a commencé mais gardez bien cela à l'esprit : ceux qui jadis étaient vos camarades, amis, mentors, peut-être même amants ne vous verront plus que comme une ennemie. Si vous êtes décidée, il faut aussi vous préparer. »
Aylin ouvrit ses paumes devant elle et un rai de lumière blanche se traça entre elles, faisait apparaître une lance, jumelle de la Lance de la Nuit à la différence que la pierre sombre décorative était devenue une pierre de lune transparente aux reflets bleus irisés. Les aventuriers ne cachèrent pas leur incrédulité de retrouver cet objet. Ils avaient pourtant bien vu leur amie la lancer dans les tréfonds de la Gisombre.
La guerrière leur expliqua alors qu'elle avait eu le temps de récupérer la lance avant qu'elle ne disparaisse à jamais. Shar n'était pas du genre à s'encombrer de ce qui ne lui servait plus ; ce n'était plus une surprise pour personne.
« Prenez-la, invita l'aasimar en confiant l'arme à la demi-elfe. Aussi opposées soient Shar et Séluné, elles n'en restent pas moins identiques, telles les deux faces d'une pièce. Leur pouvoir est égal même s'il s'exprime de manière inversée. Ce sera à vous de décider comment vous en userez, comme la dernière fois. »
Ombrecoeur promena son regard le long du manche jusqu'à la pointe et s'attarda sur le gros cabochon. Elle trouva étrange d'être presque attirée par cette douce opalescence mais n'en ressentit aucune peur ou colère. Elle accepta la lance et remercia sa donatrice. Toute aide serait la bienvenue pour la suite de sa quête.
« Ne me remerciez pas, je ne fais que vous rendre la pareille, sourit Aylin. Une vie pour une vie. Vous m'avez rendu la mienne, il est normal de vous aider à reconstituer la vôtre. »
Le sourire à la fois réservé et reconnaissant qu'eut Ombrecoeur à cet instant emplissait Silesta de joie. Après des années d'endoctrinement qui lui interdisait l'espoir ou l'attachement, voilà que son alliée aurait la chance de goûter à quelque chose qui n'était pas intriqué dans les ténèbres.
Son sourire radieux perdit de sa franchise quand il rencontra celui d'Isobel.
« À mon tour d'essayer de vous rendre votre vie. »
Oui, désolée, ce chapitre n'est pas palpitant du tout, mais bon, il fallait bien passer par la case « explications » et commencer à récupérer des quêtes pour plus tard.
Oh oh oh... Ne serions-nous pas en partance vers un chapitre centré sur Silesta ? Et... ? Et quoi d'autre ? Affaire à suivre !
