C'est marrant, le chapitre du jour correspond pile à là où j'en suis de ma run du moment. ^^ Et j'ai pu découvrir des trucs que je n'avais pas fait la dernière fois.

Journal des reviewers

Liline37 : Je te confirme parce que je viens justement de revivre ce moment dans ma run actuelle: on peut refuser la larve astrale (sauf qu'apparemment, on ne l'explose pas tout de suite et on essaie de la refourguer à tout le monde) et c'était ce que j'avais fait parce que je pensais que ça forçait plus tard à devenir un poulpe... et je ne voulais pas.
Silesta a de bonnes raisons de réagir comme ça et ça me fait plaisir de voir que ça a plu :) Elle est gentille et a bon fond mais pas au point de dire amen à tout non plus, surtout si elle se sent profondément trahie. Pas de chance pour lui, l'Empereur n'a pas le charme d'Astarion ^^''' ça passe moins bien mdr.
J'aime beaucoup aussi cette dernière scène entre les deux, une « vraie » romantique sans manipulation ou sentiment effrayant en arrière plan. Ils en avaient besoin. Et ce ne sera pas la seule.

Guest : Oh, à te lire, on dirait que tu as déjà lu certains de mes écrits ? *_* Lesquels ? Si c'était dans ma période 2007-2008 (qui pour moi a été mon âge d'or), j'espère que mon travail actuel ne va pas trop trancher...
Je reconnais que j'ai rouillé depuis mais l'envie de toujours faire au mieux est toujours présente et cette fic m'a relancée. Après celle-ci, il est possible que je tente ma propre aventure romancée 100% made by me et, pourquoi pas, tenter l'auto-édition (allez, soyons fous, sur un malentendu...) ? Ou alors, je retournerai à la fanfic quand je me retrouverai bloquée...
Tout ce que je sais, c'est que ça m'a fait du bien de m'y remettre. L'IRL, après... bah, on va dire que l'écriture m'a redonné un petit boost mais le reste autour a pas trop suivi. Mais qu'importe. Ici, je suis là pour faire plaisir aux gens et si j'y arrive encore un peu, ça me va. Qui que tu sois, effectivement ancien lecteur ou pas, j'espère avoir tes retours et ne pas décevoir :)

Slyths : Ooooh, ça fait plaisir de te revoir ! ^^ Tu as eu de quoi lire, en effet. Et si l'enchaînement en valait la peine, c'est encore mieux.
Pour Silesta, un truc énorme, je ne sais pas. Ce sera à vous de me dire si c'est énorme ou pas. J'espère que ça ne fera pas l'effet de pétard mouillé mdr

Et... c'est parti pour l'acte 3 !

Avez-vous remarqué la beauté inopinée de la chose ? 20 chapitres pour l'acte 1. 20 chapitres pour l'acte 2.

Et sans faire exprès T.T La classe à Dallas !

Oui, on s'en fout, je vous laisse à la lecture.


CHAPITRE XL - AIGRETERRE

À l'exception de Silesta dont les rêves ne se composaient plus d'images, tous rêvèrent d'un monde égaré dans l'espace et le temps où dormait un homme à la peau jaunâtre dans une bulle colorée, surveillé de près par une large silhouette dotée d'une élongation crânienne démesurée. En écho, la voix de ce gardien ou de cette gardienne bienveillante se faisait entendre de temps à autre avant de se muer en une voix grave et impérieuse qui leur invectivait de se transformer en illithid.

Non, la nuit ne fut pas des plus reposantes pour nos aventuriers éprouvés tant par la fatigue physique du voyage que par la pression psychologique qui se faisait de plus en plus forte.

Silesta se réveilla une nouvelle fois au son de la voix de cette femme qui lui enjoignait de fuir et le visage de l'adolescent demi-elfe qui la regardait avec inquiétude. C'était peut-être la première fois qu'elle voyait ses traits aussi nettement. Son visage au-dessus du sien la dévisageait avec une angoisse marquée et pourtant, il en émanait une certaine forme de bienveillance.

Les paupières encore closes pour ne pas chasser l'image de cette figure chimérique, la jeune femme termina d'en graver une à une les moindres courbes pour ne jamais les oublier. Si elle devait un jour retrouver ce garçon, elle le reconnaîtrait dans la seconde.

Puis elle finit par ouvrir les yeux, roulée en chien de fusil sur sa paillasse et constata qu'une de ses paumes était face contre terre. Elle se redressa lentement et se figea : son index sale de poussière avait gratté le sol pour y graver le fameux sigil mystérieux. Heureusement, son inconscient ne s'était cantonné qu'à ne dessiner qu'un seul symbole mais la profondeur marquée de celui-ci dans la terre laissait entendre que son doigt était passé de nombreuses fois sur chaque trait.

Silesta s'égara un moment dans la géométrie du triangle et du cercle qui se mêlaient et une acidité lui remonta dans la gorge. Elle ne devait pas savoir ou elle serait redevable à Raphaël et rien de bon n'en ressortirait.

La saltimbanque préféra chasser son malaise dans ses exercices matinaux qui furent vite interrompus par une vision incongrue. Encore sagement allongée sur sa paillasse, il semblerait qu'Ombrecoeur avait été victime d'un étrange phénomène durant la nuit : sa belle chevelure corbeau était devenue cascade neigeuse aussi blanche que les boucles d'Astarion.

Intriguée et inquiète de ce changement, Silesta approcha son amie pour s'assurer qu'elle allait bien et soupira de soulagement en constatant qu'elle était encore endormie. L'ombre que son corps créa en contre-jour sur la demi-elfe suffit à réveiller cette dernière.

« Bonjour... dit-elle, circonspecte par l'expression étrange de Silesta sur elle. Un problème ?

_ Pas exactement, mais... »

L'humaine rousse se tâtonna les cheveux en signe d'explication et Ombrecoeur ramena sa queue de cheval tressée à son épaule. La prêtresse comprit et fit la moue. Après tout, n'avait-elle pas changé d'allégeance divine, bien qu'elle ne l'eût pas complètement embrassée ? La cléresse lissa entre ses doigts une mèche claire avec une expression peu ravie et se tourna vers son interlocutrice.

« Qu'en pensez-vous ? Soyez honnête. »

Silesta la détailla avec minutie. Passer d'un extrême à l'autre était assez perturbant, certes, mais cette clarté égayait agréablement les traits de la jeune femme. Ses iris clairs ressortaient encore plus joliment en plus d'adoucir ses traits toujours sérieux.

« J'aime bien, lui sourit-elle. Cela vous fait beaucoup de changements, ces derniers temps...

_ En effet, confirma Ombrecoeur avec un faible sourire reconnaissant. J'ai encore un peu de mal, mais merci. Je vais devoir m'y faire, comme tout le reste.

_ Oh ! Une nouvelle couleur pour une nouvelle Ombrecoeur », s'éleva la voix princière d'Astarion qui venait de se réveiller. Il prit le temps d'apprécier la nouvelle apparence de son alliée et finit par se passer la main dans ses boucles blanches. « Pas mal, mais désolé. Je reste celui qui a les plus beaux cheveux ici. »

Les deux femmes roulèrent des yeux. Lui alors.

Il fut assez étrange et comique de constater le changement drastique du ton des conversations entre la veille et ce matin lorsque les aventuriers se réunirent pour le petit-déjeuner. Après les échanges fiévreux et tendus à propos d'Orphéys et de l'Empereur autour d'un verre nocturne, la légèreté des esprits concernant la nouvelle apparence d'Ombrecoeur permettait de commencer cette nouvelle journée sous de plus positifs auspices.

Si comme Silesta et Astarion (?), Gayle apprécia ce changement, il fut drôle de voir Lae'zel fixer sa rivale intensément sans ciller et s'exprimer sur le sujet avec une honnêteté presque touchante car complètement à côté de la plaque :

« Quelque chose a changé, mais quoi ? Une nouvelle cicatrice que je n'aurais pas remarquée ? » Elle pesta de mauvaise humeur. « Ah, ça m'échappe. »

Après le repas, nos amis rassemblèrent leur paquetage avec peut-être encore plus d'enthousiasme que les matins précédents : la prochaine fois qu'ils s'installeraient pour dormir, ce serait dans le lit douillet d'une auberge. Fort de deux siècles à avoir arpenté les rues de la Porte de Baldur en long en large et en travers, Astarion leur avait déjà suggéré une adresse où se rendre pour leur séjour.

Le brasero une fois éteint, tous repartirent sur la dernière portion de chemin qui les mènerait à la citée.

Il ne leur fallut guère de temps pour atteindre l'anti-chambre de la Porte de Baldur, le quartier d'Aigreterre qui constituait le point d'entrée sud de la cité extérieure.

Tout ce que la belle ville avait refoulé à ses portes s'entassait ici : population de basse extraction, réfugiés, commerces trop bruyants, odorants voire douteux, bétail et bêtes de somme ; le tout encadré par la surveillance du Poing Enflammé.

Après le silence des routes désertes, l'arrivée des voyageurs dans cette zone surpeuplée leur fit l'effet d'une bombe sensorielle. Mille odeurs allant du tan destiné au cuir, la fumée des feux de camp au fumier mélangé à la paille saturaient l'atmosphère déjà électrisée par les sons qui se répercutaient partout. Les mugissements des bœufs parqués dans leur étal et qui tapaient des sabots avec impatience, le marteau d'un forgeron qui battait le fer sans relâche, les Poings Enflammés qui faisaient la circulation pour fluidifier la route embouteillée par la foule dont le grondement des conversations intensifiait le volume général.

Comme à son arrivée au Bosquet d'Émeraude, Silesta dut compter sur sa force d'esprit pour ne pas tanguer face à tous ces messages olfactifs et auditifs qui obstruaient ses sens.

Nos amis furent ébahis par le nombre impressionnant de réfugiés qui s'entassaient dans tous les coins et à en juger les aboiements des gardes qui peinaient à savoir où donner de la tête, la police locale constatait la même chose.

En tendant l'oreille sur leur passage, ils comprirent que tous ces gens avaient fui l'armée de l'Absolue qui avait suivi le cerveau vénérable et leur trop grand nombre ne permettait pas de tous les accueillir entre les blanches murailles de la Porte de Baldur. Nombreuses plaintes courroucées de familles épuisées par la route ou de simples voyageurs frustrés s'élevaient tout autour d'eux et le Poing Enflammé répétait encore et encore que la ville avait été fermée par mesure de sécurité. Les esprits surchauffaient entre les rescapés qui se désespéraient de demander le droit d'asile et les natifs d'Aigreterre qui jalousaient de voir presque toutes leurs ressources être attribuées à ces rapaces nouvellement arrivés. Ce fut à ce moment-là que le groupe prit réellement conscience que leur combat contre l'Absolue n'était plus seulement le leur. Ils n'étaient pas les seuls à souffrir du complot des trois élus ; les ravages causés par le faux culte ne concernaient pas que les victimes infectées par un parasite.

Cernée par ses sens en alerte, Silesta ne se départait pas d'une sensation familière qui fredonnait dans ses entrailles. Elle était déjà passée par là, elle en était sûre. Depuis qu'elle avait retrouvé son identité de saltimbanque, elle était convaincue qu'elle avait couru les routes et la Porte de de Baldur avait été définitivement un point de passage.

Alors que ses yeux furetaient partout autour d'eux pour embrasser un maximum d'images et glaner la moindre esquille mémorielle, elle remarqua qu'un homme posté près d'une fontaine regardait toujours dans leur direction chaque fois qu'elle repassait sur lui. À y faire plus attention, la jeune femme vit que l'attention de l'inconnu se portait sur Ombrecoeur. Elle arrêta son amie en lui prenant le poignet.

« Ombrecoeur, cet homme là-bas, à la fontaine. Il vous fixe. »

La cléresse releva le menton et fit le même constat. Sans quitter l'homme des yeux, elle l'approcha et affronta son regard empli de dédain quand il la toisa de haut en bas.

« J'ai perdu un pari à cause de vous, rechigna-t-il d'un air mauvais.

_ Qui êtes-vous ? exigea-t-elle en se plantant devant lui.

_ Quelqu'un qui avait parié que vous ne seriez pas assez stupide au point de revenir ici. Mais vous voilà, alors je vais devoir payer. »

Tous comprirent à ces mots que cet homme était un ancien camarade sharéen d'Ombrecoeur. La prêtresse avait été plus que clairvoyante en prophétisant que les siens ne manqueraient pas de lui tomber dessus suite aux événements liés à Chantenuit.

« Vous faites partie du même cloître qu'Ombrecoeur ? » supposa Silesta qui n'aimait pas la façon dont il jaugeait la demi-elfe.

L'homme l'ignora et préféra se focaliser sur son « homologue » à qui il révéla que bien des choses se murmuraient à son sujet. À propos de sa loyauté, sa foi... son entourage, même.

« Quelle disgrâce, grinça-t-il en vomissant ses paroles. Est-ce donc vrai ce que l'on raconte ? Notre Dame Sombre vous a reniée ? »

Il y eut un bref silence autour d'Ombrecoeur qui plissa les paupières avec froideur.

« Assez de détour. Je connais la vérité et je sais que mes parents sont vivants. Dites-moi où ils sont et j'en resterai là. »

L'homme eut un ricanement hautain avant de la darder d'un regard plus dur encore. Hélas, c'était plutôt lui qui ne la laisserait pas en paix.

« Je me dois de signaler votre retour. Si vous tenez tant que ça à vous expliquer avec la hiérarchie, allez donc à la Maison du Chagrin dans la ville basse, lança-t-il avant de lui tourner le dos pour s'en aller. Mais si j'étais vous, je tenterais plutôt d'oublier tout ça et de disparaître une bonne fois pour toute. Vous êtes douée pour ça. »

Puis il disparut entre les silhouettes de la foule, aussi discrètement qu'un courant d'air qui avait de quoi faire de la concurrence à l'agilité silencieuse d'Astarion. L'entraînement sharéen à la furtivité était redoutable.

Ombrecoeur ne garda les lointaines menaces de représailles qu'à l'arrière-plan de son esprit, seul comptait le lieu qu'elle recherchait. La Maison du Chagrin. Voilà l'endroit où ses parents devaient être retenus prisonniers.

« Si vous n'aviez pas votre famille à secourir, je vous aurais conseillé de faire ce qu'il dit, avoua sombrement Silesta, pas rassurée par ce qui attendait son alliée.

_ Je me suis suffisamment cachée dans ma vie. Métaphoriquement ou littéralement parlant. Je ne fuirai plus. »

Tout à coup, la terre se mit à trembler sous leurs pieds et les exclamations apeurées des gens autour d'eux les prirent de court. Même dotée d'un grand sens de l'équilibre, Silesta manqua de se retrouver par terre tant la secousse était violente.

« Qu'est-ce qui se passe ? s'exclama-t-elle en armant sa posture comme elle le pouvait.

_ C'est le cerveau vénérable, intervint l'Empereur entre ses pensées. Privé de la domination d'une des trois pierres infernales, sa soumission en devient plus chaotique. »

Les aventuriers eurent un instant de flottement. Cela leur fit étrange d'avoir perdu la voix du gardien de leurs rêves au profit de cette voix caverneuse.

La pressante réminiscence de l'objet de leur présence à la Porte de Baldur revint au premier plan de leur esprit. Il fallait vite mettre la main sur les pierres infernales de Gortash et d'Orin avant que le cerveau ne récupère son libre-arbitre.

Les vociférations exaspérées d'un Poing Enflammé qui essayait de contenir un groupuscule de réfugiés finit par couvrir le volume de leurs propres pensées. Déjà bien stimulée par son environnement sonore, Silesta était aussi irritée ; sans doute son sang de voyageuse itinérante qui se mettait à la place des infortunés arrivants qui se retrouvaient bloqués après une route éreintante.

« Dites, les tensions sont déjà à leur paroxysme, fit-elle remarquer d'une voix pincée. Hurler n'aidera en rien.

_ Des tensions ? répéta le garde en faisant les gros yeux. Le mot est faible. »

Il retira un instant son casque pour essuyer la sueur qui perlait sur son front à force de s'agiter en marmonnant dans sa barbe. Il fallait remercier les quelques richards qui avaient donné assez d'argent pour aider les nouveaux venus pour un moment, sauf qu'ils n'avaient rien donné du tout pour les locaux qui vivaient là. Tandis que les habitants mourraient de faim, les étrangers se gavaient. Des échauffourées éclataient ici et là et il commençait même à y avoir des rassemblements de Balduriens qui en avaient assez d'être laissés pour compte.

« Si je ne portais pas l'uniforme, j'irais leur donner une bonne leçon qu'ils n'oublieraient pas de sitôt, avoua l'homme avec un regard qui en disait long.

_ N'êtes-vous pas censé faire régner l'ordre au lieu d'attiser les braises du conflit ? objecta Gayle en fronçant les sourcils.

_ L'ordre ? Avec tout ce bazar ? Vous plaisantez ? Si on ne fait rien, ces réfugiés vont nous ponctionner toutes nos ressources comme un vampire vous pompe le sang, répliqua le Poing sans prêter attention à Astarion qui regardait subitement ailleurs. Moi, je dis qu'on a qu'à les tuer jusqu'au dernier. Avec leurs tripes au sol, ils ne boufferont plus nos réserves. »

Le sang de Silesta ne fit qu'un tour et elle se raidit d'horreur en entendant ça.

« Vous êtes fou ! Ce sont des innocents !

_ Quelle importance ? railla l'homme avec un sourire cruel fendant son visage de part en part. Leur innocence ne rendrait leur mort que plus délicieuse... »

La saltimbanque allait répliquer mais le cou du Poing Enflammé qui craqua subitement en se tordant à l'équerre la fit sursauter en même temps que ses alliés. L'homme se tordit comme si un corps étranger logé dans ses entrailles essayait de s'en extirper avant de se transformer en une femme svelte à la peaux crayeuse.

Le vide de ses yeux perle sans pupilles et la pâleur extrême de sa peau tranchaient violemment avec le rouge sanguin de sa tenue. Si son apparence toute entière donnait l'impression qu'elle était un cadavre ambulant, la folie peinte sur son visage encore jeune exaltait avec vivacité. Les aventuriers se tendirent aussitôt en la reconnaissant. Orin, l'élue du dieu Bhaal, l'acolyte de Gortash et de feu Ketheric Thorm.

Très fière de sa petite entrée en scène, la femme apprécia de toute la satisfaction possible l'aversion qu'elle lisait dans les yeux face à elle et un rictus glacé ourla ses lèvres noires.

« Ainsi donc, voici ceux qui ont réduit le Seigneur des Os en poussière, susurra-t-elle d'une voix melliflue. Seriez-vous donc maintenant à la rechercher de nos pierres ? Ooooh... Gortash ne va pas aimer ça du tout. »

Silesta peinait à maintenir son regard sur Orin et ses yeux morts. Son aura était un poison paralysant qui la tétanisait d'effroi et sa voix tressaillante d'excitation morbide était un poignard qui épluchait lentement sa peau pour mieux lui faire mal. Cette femme était la personnification incarnée du sadisme et de la cruauté. Même Lae'zel restait immobile, bien que tendue.

« Le tyran sait que vous êtes là et que vous avez la pierre du Seigneur des Os, poursuivit l'élue de Bhaal en chantonnant presque. Quand vous le verrez, dites-lui qu'Orin a un œil sur lui. Mais ne le laissez pas vous manipuler. Il trouvera votre point faible et glissera sa lame dans la plaie pour l'ouvrir de l'intérieur. Ah... Comme j'aimerais lacérer ce sourire qui ne crache que des mensonges avant de graver bientôt votre peau. »

Puis elle disparut en un clin d'œil sans laisser le temps à ses interlocuteurs de réagir, encore trop figés par sa présence malfaisante. Maintenant qu'Orin n'était plus là, il leur sembla presque retrouver la chaleur de l'été autour d'eux.

« Une change-forme... murmura Gayle en réprimant un frisson.

_ Si Orin possède ce type de don, nous allons devoir redoubler de prudence, ajouta Lae'zel. Cette femme respire le sang et la mort. »

Astarion, lui, affichait plus d'agacement que de réelle peur.

« C'est une plaisanterie ! Comme si nous n'avions pas déjà assez d'une armada d'ennemis sur nos talons, nous courons en plus le risque d'être infiltrés par une change-forme ? s'insurgea-t-il en regardant les autres un à un. Je ne saurais même pas dire si vous agissez bizarrement parce qu'on a pris votre place parce que ce groupe n'est composé que d'hurluberlus ! »

Lourd silence empli de considération des hurluberlus en question. Merci, Astarion.

Cela étant, le roublard était dans le vrai. Vu la facilité avec laquelle Orin avait pu les approcher sans éveiller les soupçons, elle en devenait une adversaire redoutable difficile à anticiper. Il leur faudrait ouvrir l'œil et rester méfiants.

« En tout cas, elle n'a pas l'air de porter Gortash dans son cœur, fit remarquer Ombrecoeur. Essayons de voir un aspect positif : si les deux élus restants se tirent dans les pattes, cela pourrait tourner à notre avantage. » Elle fronça les sourcils. « Vous allez bien, Silesta ? Vous êtes raide comme un piquet. »

La saltimbanque se débarrassa des relents glacés qui la parcouraient en s'ébrouant un peu et rassura ses alliés par un sourire teinté de trouble.

« Je crois. Ce que dégage cette femme me met mal à l'aise. Un peu comme pendant mes transes mais sans me faire basculer dans l'envie d'en découdre.

_ C'est vrai que ce mystère plane toujours sur vous, réalisa Lae'zel qui s'étonnait encore qu'une personnalité pacifique comme Silesta puisse ressentir des envies de tuer viscérales. Après, si ces sombres pulsions vous prennent quand il faut se battre contre nos ennemis, ne les retenez pas. Il y a de la catharsis libératrice dans la mort. »

Court instant de flottement incertain entre la saltimbanque incrédule et la githyanki très sûre de ce qu'elle affirmait.

« Je crois qu'elle essaie de vous faire relativiser. À sa façon, traduisit Gayle en se penchant en aparté sur sa jeune camarade.

_ Oh. »

Une fois remis de leur rencontre avec la sinistre élue du Dieu du Meurtre, nos aventuriers poursuivirent leur avancée dans Aigreterre et sa ferveur frissonnante.

Silesta songea au peuple tieffelin qui avait quitté l'auberge de l'Ultime Lueur avant eux. Avaient-ils réussi à passer le péage vers la Porte de Baldur ? Elle l'espérait au plus profond de son cœur. Ces malheureux avaient déjà assez souffert entre les druides réfractaires et les ombres des terres ravagées par la malédiction de Ketheric, ils méritaient d'avoir enfin la paix.

Avant d'aller au poste de contrôle de la traversée sud menant vers la Voie du Dracosire, le groupe décida de vendre les derniers objets qu'ils avaient en surplus, non sans un commentaire un peu moqueur d'Astarion qui laissa entendre que l'argent ne serait plus un problème une fois arrivés à la cité : Silesta n'aurait qu'à exercer son art dans les rues pour gagner un peu d'or.

« Et vous, vous aurez tant de poches à vider que vous en aurez les doigts en sang, répliqua la saltimbanque sur le même ton. Je vous croyais plus gentleman.

_ La prochaine fois que je vous retrouverai sous les draps, vous verrez à quel point je suis loin d'être un gentleman », lui promit le roublard en haussant un sourcil gouailleur.

Le début de coloration rose qui monta aux joues de sa partenaire mise à quia lui fit étirer un sourire victorieux. Il l'avait prévenue : il aurait toujours le dernier mot.

La délectation de sa revanche prit fin quand il croisa le regard d'une femme un peu plus loin devant lui. Dans un recoin en retrait de l'agitation générale, un campement de fortune s'était installé où se regroupaient des hommes et des femmes en armure de cuir autour d'un bûcher. Un rapide coup d'œil de l'elfe à ce groupe et une oreille tendue vers la langue qui psalmodiait autour du feu suffirent à raviver en lui une braise qui le brûlait toujours douloureusement. C'était un campement de Gurs, le clan de ceux qui l'avaient tué deux siècles auparavant et auquel appartenait ce Gandrel rencontré non loin du village occupé par les gobelins.

Le vampire guetta avec attention la vieille femme au visage émacié quand elle l'approcha. Elle promena un regard fermé sur lui, entre la méfiance, la rancune et la résignation.

« Ainsi, le rejeton renégat marche parmi nous en plein soleil, finit-elle par dire avant de planter ses yeux dans les grenats d'Astarion. Nous vous cherchions.

_ Qu'est-ce que vous lui voulez ? » se méfia aussitôt Silesta qui n'avait pas oublié sa dernière rencontre avec un Gur.

La sexagénaire leur accorda un geste des mains en signe d'apaisement.

« Je m'appelle Ulma, se présenta-t-elle d'abord. Nous nous sommes déjà croisés avec votre ami. Il a enlevé nos enfants et par la même occasion, notre avenir. »

Silesta remarqua le léger tic qui traversa le visage du vampire pendant qu'il écoutait Ulma lui dire qu'elle avait envoyé Gandrel à ses trousses pour pouvoir l'interroger à propos de leurs enfants avant de le tuer.

« Cependant, les choses ont changé, poursuivit la Gur en regardant sa proie. Tout comme vous, semble-t-il. Est-il vrai que vous avez quitté votre maître ? Que vous vous êtes défait de la laisse qui vous rattachait à lui ? »

Astarion renâcla.

« Eh bien... comment dire... peu ou prou, je dirais ? finit-il par lâcher. À vrai dire, c'est une longue histoire. Quel est le rapport ? »

Le rapport résidait dans les âmes innocentes qu'il avait ravies. Les Gurs avaient déjà tenté de prendre d'assaut le palais de Cazador Szarr à l'aube mais même sous l'égide du soleil, les lieux étaient trop bien défendus. Personne n'attaquait le seigneur vampire de la Porte de Baldur aussi facilement.

Ulma pointa l'index vers Astarion, ses traits fatigués illuminés par une bribe d'espoir.

« Mais si le propre rejeton de Cazador lui revenait ? Celui qui ne lui est plus soumis ? Vous pourriez vous infiltrer dans son antre pour enfin sauver ces enfants que vous avez damnés. »

Le souffle de Silesta se suspendit un instant. C'était vrai. Le palais Szarr serait une étape obligée de leur route et Cazador n'attendait qu'une chose : remettre la main sur son « fils » rebelle qui lui avait filé entre les doigts au pire moment. L'occasion de faire d'une pierre deux coups était trop belle.

Hélas, son compagnon était loin de voir la même chose qu'elle. Un voile terne ferma tristement les traits de l'elfe.

« Vous ne connaissez pas Cazador comme moi, se désola-t-il. Il est sans pitié. Vous voulez que je serve d'appât pour sauver les vôtres mais je puis vous assurer qu'ils sont morts depuis longtemps. »

L'espoir d'Ulma et par extension celui de Silesta s'évapora comme était soufflée la flamme de la bougie. La jeune femme serra les dents. Le maître d'Astarion était cruel et implacable, suffisamment pour avoir sûrement drainé ces gamins jusqu'à leur dernière goutte de sang. Il n'y aurait plus d'espoir pour ces malheureux.

La déception de la Gur se durcit de vindicte. Si l'on ne pouvait plus lui rendre les enfants, Ulma exigea le prix du sang en compensation. Cazador Szarr devrait payer de sa vie celles qu'il avait condamnées.

Silesta eut un regard vers le vampire sans pouvoir déchiffrer où se dirigeait la triste figure qu'il arborait. Les remords d'avoir enlevé des enfants ou l'impossibilité de les sauver ? Qu'importe, le malaise était là.

« Vengez-les, se permit Gayle à voix basse. Vous leur devez au moins ça.

_ Pour eux, appuya la saltimbanque en lui prenant doucement le bras. Pour vous. »

Cela lui faisait bizarre d'être ainsi confrontée concrètement au passé peu glorieux d'Astarion. Pendant qu'elle côtoyait et s'amourachait d'un vampire enjôleur à la prose ensorceleuse, il résidait toujours en lui son ancienne vie de chasseur des ombres qui ne respirait que pour répondre aux ordres funestes de son maître. Il était allé jusqu'à s'en prendre à des enfants...

Elle se mordit la joue. Non. Il n'était pas le premier responsable. Il était sous contrainte, muselé par son lien vampirique. Il n'avait pas eu le choix. Il méritait son absolution.

Les yeux sanguins du vampire allèrent et vinrent dans le vague.

« Les venger. Oui, je suppose que oui... » Enfin, il découvrit ses dents sur un sourire mauvais. « Oui. La vengeance, ça, c'est dans mes cordes. »

Ulma fut heureuse de sa réponse et inclina la tête en signe d'acceptation.

« Merci, au nom des miens. Mais n'oubliez pas que votre existence de violence et de péchés a brisé des familles, semé la mort et a causé des souffrances indicibles autour de vous. Tuer Cazador Szarr n'effacera pas tous vos crimes.

_ Vous savez comment encourager les gens, vous, ironisa Astarion dans toute sa superbe. Je suis galvanisé.

_ Mais ce serait un début, tempéra la femme avec un peu plus d'indulgence. Peut-être pourrez-vous encore vous racheter. Nous comptons sur vous. »

Le roublard hocha la tête, animé d'une envie nouvelle d'en découdre avec son très estimé maître.

Quand il s'éloigna du camp Gur avec ses comparses, il sentait sur lui leurs regards qui piquaient son dos et eut un bref ricanement sans joie en se retournant vers eux.

« Je vous en prie. Vous saviez déjà que je n'étais pas un ange. »

Ils ne répondirent pas ; non pas par dédain mais tout simplement parce qu'aucun d'eux n'était irréprochable pour avoir aussi péché au nom d'une puissance supérieure. Ils se désolaient surtout que leur allié prenne pour du jugement leur silencieuse admiration d'avoir accepté de collaborer avec ses anciens ennemis.

Même Silesta était peinée de le voir réagir ainsi. Pourquoi Astarion cherchait-il à se dévaloriser ainsi en leur agitant le spectre de son funeste passé sous le nez ? Peut-être parce que le chat blessé qu'il était toujours gardait encore le réflexe de feuler et de griffer quand il se sentait piégé. Cazador était un poison qui galvaudait Astarion et le changeait. Pire encore, il faisait régresser le vampire qui apprenait pourtant petit à petit à s'ouvrir et à s'adoucir.

L'acrimonie sourde qui montait en Silesta en pensant au bourreau de son compagnon lui fit prendre ombrage de l'œillade accusatrice qu'Astarion porta aussi sur elle. Comment osait-il penser qu'elle le jugeait ? Surtout après la nuit dernière ?

« Ôtez-vous ça de la tête tout de suite, le rembarra-t-elle en fronçant les sourcils. Oui, vous avez fait de mauvaises choses dans votre ancienne vie. Oui, vous êtes insolent et sarcastique. Oui, vous savez jouer double jeu. Et si vos défauts me déplaisent... »

Elle détourna la tête et prit le temps de respirer pour se défaire de ce ressentiment qui n'était pas destiné à celui qu'elle aimait.

« J'ai appris à m'en contenter et ils ne changeront rien. Vous ne me dégoûterez pas de vous. »

La jeune femme espéra qu'elle avait moins bougonné de gêne qu'elle ne l'avait entendu dans son esprit. Elle était très amoureuse d'Astarion et l'avait accepté mais elle ne voulait lui pas avouer ses sentiments comme on posait un drapeau ou un défi, même s'il avait besoin d'être rassuré en cet instant. Ce n'était pas le moment propice.

Elle se hasarda à un coup d'œil vers l'elfe qui paraissait interdit. Qu'il fût gêné d'avoir accusé à tort son plus loyal soutien ou qu'il fût touché de cette nouvelle déclaration de fidélité, nul n'aurait su le dire.

« Moi, je retiens surtout que vous essayez de faire amende honorable, le rassura Gayle. Vous avez bien fait.

_ Il peut y avoir plus d'honneur à vouloir se racheter d'une mauvaise action que dans le combat, fit sagement remarquer Lae'zel.

_ Et puis, il faut au moins un agent du chaos comme vous pour contrebalancer nos deux bonnes âmes que sont Silesta et Gayle », plaisanta Ombrecoeur pour essayer de le dérider.

Astarion se rasséréna en esquissant un sourire, incapable de traduire ce qui le traversait en cet instant.

« Par les dieux. Non contente d'être déjà forte de son don de métamorphose, Orin serait-elle aussi capable d'ubiquité ? »

Ils préférèrent s'amuser de l'ironie du vampire. Sous ses grands airs, il demeurait un être brisé par la maltraitance pour qui la bienveillance ou la sympathie étaient des concepts encore un peu nouveaux. L'œuvre patiente de Silesta sur lui commençait à porter ses fruits ; il ne tiendrait plus qu'à Astarion de continuer à guérir et à apprendre à retrouver de la considération envers lui-même.

Sur ces entre-faits, les aventuriers poursuivirent leur progression le long de la route principale jusqu'à passer près de l'atelier d'un forgeron. Cela ne leur ferait pas de mal de s'acheter de nouvelles armes ou pièces d'armure pour remplacer celles qui avaient déjà bien assez souffert.

Après avoir grimpé les quelques marches menant à la terrasse qui accueillait la forge extérieure, les potentiels clients furent déçus de ne pas trouver le maître d'œuvre à son enclume.

« Le forgeron est peut-être chez lui ? » supposa Gayle en allant toquer à la porte de la maison attenante flanquée d'un écriteau sur lequel s'inscrivait Maison Angleiron.

Pas de réponse. Le magicien réitéra en appelant le propriétaire mais n'eut aucun retour. Astarion roula des yeux et s'invita directement à l'intérieur de la demeure qui n'était pas fermée à clé tout en ignorant les haussements de sourcils réprobateurs. Quoi ? Ils n'avaient pas toute la journée.

Soupir d'abandon général.

« Toujours aussi direct, se dépita Silesta en entrant à son tour.

_ Vous adorez ça. »

Silence.

« Je ne vous ferai pas le plaisir de l'avouer. »

Les visiteurs entrèrent dans une maison aussi vide et silencieuse qu'elle l'était depuis le perron. Personne. Le forgeron s'était peut-être absenté pour faire des courses. Mieux valait s'en retourner avant de...

« Astarion, arrêtez d'être aussi... roublard, vitupéra Silesta quand elle vit son compagnon en train de s'attaquer à la serrure d'une trappe près d'une table. On ne peut pas toujours cambrioler les gens.

_ Juste un coup d'œil, négocia le voleur qui faisait chanter le verrou de ses doigts agiles. S'il n'y a pas d'armes, je vous promets que je garde mes mains pour moi. Et pour vous aussi, bien sûr. »

La saltimbanque gonfla les joues pour s'armer de patience. Quelle crapule. Il n'en ratait pas une pour semer le chaos autour de lui, même si c'était dans la discrétion. Maintenant qu'il avait fini par faire céder la serrure, il était trop tard.

Ombrecoeur referma rapidement la porte de la maison derrière eux pendant qu'Astarion ouvrait la trappe pour s'engager sur l'échelle et y descendre... avant de la remonter aussi vite.

« Il n'y a rien. »

Silesta arqua un sourcil suspicieux. Quelle était cette drôle de tête qu'il faisait là ?

« Montrez-nous.

_ Je vous assure que vous perdriez votre temps, réitéra le roublard armé de sa meilleure innocence.

_ Astarion.

Il grommela de mauvaise grâce et laissa la jeune femme approcher pour se pencher vers l'ouverture. Elle cligna des yeux et ouvrit la bouche de surprise.

Elle ne savait pas du tout à quoi s'attendre en regardant dans ce sous-sol mais certainement pas à y trouver deux petits hommes chauves à la peau grise et pas plus grands qu'un jeune enfant.

« Wulbren ? Barcus ? »


Tellement de bonnes répliques d'Astarion à Aigreterre. J'ai presque regretté d'avoir tué Gandrel dès le début quand j'ai découvert plus tard son « Hum... hu... Hello again ! » quand il débarque au camp Gur.

Je tenais à conserver ce changement de personnalité chez Astarion quand on parle de Cazador et montrer qu'il est quand même encore fragile. C'est pas parce que l'amour se présente à lui que ses traumas vont partir comme ça.

Quelqu'un saurait-il me dire comment on ouvre cette trappe pour aller chez les gnomes ? Je n'ai jamais su comment faire et passer par la plage fait un trop gros détour XD