J'arrive sur la fin de ma run actuelle et je n'ai AUCUN regret de ne pas aller aider Fevras cette fois-ci XD Suis niveau 12, je n'ai aucune envie de refaire ce parcours de la mort dans cette maison.

Journal des reviewers

Liline37 : Roh, il faudrait que tu essaies d'aller avec les jumeaux, au moins Sorn, c'est juste énorme XD
En effet, une visite chez Raphou est donc prévue. Ça n'a pas été le passage le plus facile à faire mais je me suis grandement amusée à y mettre des tas de clins d'œil XD

Seulie : You're back ! C'est tout nouveau taff qui t'accapare comme ça ? J'espère que c'est pas trop dur ç_ç Au moins, tu as eu de la lecture lol.
Quoi que je réserve à Silesta, non, elle ne finira pas prostituée. J'avais juste envie de l'embêter... et préparer le terrain pour quelque chose. Chut !

Daidai : Merci d'être fidèle au poste, même si c'est de façon éparse ! :)

Désolée, ce n'est pas un chapitre folichon-folichon dans l'ensemble. Trop de set-up d'intrigues quand on arrive à la Porte de Baldur...


CHAPITRE XLIII – SOUS SERMENT

Silesta accueillit le retour à l'extérieur comme une délivrance. Si elle était restée une minute de plus, quelqu'un aurait fini par l'embarquer pour elle-ne-savait quelle raison.

L'agitation de la Voie du Dracosire tranchait impitoyablement avec le calme discret et étouffé des tentures de la maison close mais rien n'équivaudrait l'importance de ce qu'ils avaient appris entre ces murs. Le moyen de libérer le prince Orphéys du prisme astral existait, à défaut d'être déjà à leur portée. Il ne tiendrait qu'à eux de réaliser l'exploit d'un casse chez Raphaël, ce qui ne saurait être fait pour l'heure.

Les aventuriers continuèrent de remonter la rue principale, aux aguets. Ils croisèrent régulièrement des gardes d'acier patrouiller en silence aux côtés de Poings Enflammés et eurent tout le loisir d'en mesurer la dangerosité.

La démarche de ces goliaths mécaniques était raide mais assurée autant que leur attention était sans faille, à scruter tout autour d'eux. Même sans yeux, il était facile de deviner qu'ils épiaient tout ce qui passait à leur portée.

Plus loin devant eux se dressait dans toute sa majesté un fort de pierre blanche qui marquait l'entrée vers l'intérieur de la Porte de Baldur. La forteresse du Roc du Dracosire, le siège du Poing Enflammé qui renfermait aussi une prison où devait être enfermé le duc Ulder Gardecorbeau qui avait été enlevé par les trois élus. Plus nos amis approchaient de l'imposant édifice, plus ils se demandaient comment ils parviendraient à infiltrer un bastion rempli de miliciens et faire évader un prisonnier sans y laisser des plumes.

Quand ils arrivèrent au pont menant à la forteresse, le groupe se fit arrêter par une garde accompagnée de son géant mécanique.

« Halte, voyageurs, commanda la femme, la paume devant elle. La cité est fermée jusqu'au couronnement du seigneur Gortash. Veuillez rebrousser chemin.

_ Nous avons un laissez-passer pour entrer », présenta Gayle en sortant le document laissé par Valéria.

La Poing Enflammé prit le parchemin et le déroula tandis que son collègue de fer ne bougeait pas d'un iota. Ses yeux coururent le long de la feuille qu'elle finit par replier et la rendit au magicien.

« Ça me semble en ordre. Abaissez le pont-levis ! »

Le lourd pont de bois s'installa dans un roulement de poulies et de chaînes. Ravis que leur sésame providentiel eût fonctionné, les aventuriers doublèrent le péage et s'engagèrent vers le fort.

Le château était érigé en haut de hautes falaises qui venaient s'ajouter au caractère imprenable du bâtiment. Non seulement il était bien gardé, mais il était quasi impossible de s'en échapper.

Quand ils passèrent le pont-levis et la herse principale, ils furent arrêtés par un garde d'acier qui se planta devant eux.

« Halte, ordonna-t-il de sa voix plate. L'accès à la forteresse est interdit mais votre intrusion ne sera pas punie. Le seigneur Gortash vous attend. »

Ils ne furent qu'à moitié surpris de la rapidité à laquelle leur présence avait déjà été signalée. Après tout, si Orin leur était tombée dessus, il n'était pas étonnant que son collègue fût aussi au courant.

Le casque du garde remua faiblement et la voix qui en émana juste après n'avait plus rien de monocorde. Au contraire, celle-ci était assurée et dominante en plus d'avoir une élocution plus fournie.

« Heureux d'avoir enfin l'occasion de vous rencontrer, estimables invités. Je suis le seigneur Enver Gortash. Bienvenue à la Porte de Baldur, ma cité. »

Silesta arqua un sourcil. Eh bien, il ne perdait pas de temps pour s'approprier la ville. Il était aussi peu rassurant de constater que Wulbren avait raison : c'était bien Gortash qui manipulait la Garde d'Acier dont il se servait comme un bouclier. Leur première approche de la pierre infernale de l'élu de Baine ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Gortash savait où ils se trouvaient, pire, il voulait directement les voir et ses monstres mécaniques étaient partout. Les options étaient restreintes pour ne pas dire inexistantes.

« Enchanté, finit par répondre Astarion avec la même amabilité polie. Ce serait un plaisir de nous entretenir avec vous.

_ Bien sûr. Mes gardes d'acier sont très efficaces pour le maintient de l'ordre mais ils souffrent de quelques lacunes en ce qui concerne une conversation courtoise, reconnut Gortash, léger. Permettez-moi de vous convier à mon couronnement. Je vous invite à vous rendre à la salle des cérémonies sans plus attendre. »

La tête du garde remua de nouveau et il reprit sa patrouille comme si de rien n'était.

« On ne va quand même pas assister à l'adoubement de cet imposteur ? s'enquit Lae'zel avec répulsion. Nous devons récupérer sa pierre.

_ Assassiner le futur régent devant tout le gratin des patriars et sous la surveillance de sa flotte d'armures animées ? exposa Astarion avec un faux air rêveur. Que pourrait-il bien nous arriver de fâcheux ?

_ Astarion a raison, confirma Ombrecoeur. Malheureusement, le moment n'est pas propice. En approchant Gortash, nous entreverrons peut-être une faille. Nous devons faire profil bas pour l'instant. »

Sur ce, nos amis remontèrent le reste du corridor jusqu'à une lourde porte qu'ils ouvrirent sur un hall qui bruissait sous les conversations. De nombreuses personnes élégamment vêtues se mêlaient à d'autre en armure et conversaient soit autour d'une coupe de vin ou assises derrière l'une des immenses tables longilignes qui trônaient dans un coin près d'un buffet copieux. Ce devait être la salle de banquet.

En laissant traîner l'oreille près des convives, les nouveaux arrivants comprirent qu'il s'agissait des accompagnateurs des riches et nobles invités de Gortash, qu'ils fussent pages, conseillers ou gardes du corps. Un nouveau coup d'œil au reste de la salle confirma la lourde présence de la milice protectrice de Gortash. Un garde d'acier était posté tous les dix mètres le long des murs et des Poings Enflammés circulaient aussi entre les allées.

Après s'être renseignés auprès d'un garde, les aventuriers montèrent un escalier en colimaçon les menant au seuil d'une immense salle toute en longueur dont le chemin rectiligne était tracé par un long tapis rouge brodé d'or et bordé de convives. D'abord intimidés par tout ce guindé cérémoniel, les hôtes n'eurent d'autre choix que d'avancer.

Le long de l'allée, des géants d'armure se tenaient immobiles pour protéger les patriars qui avaient pris place sur des sièges plus luxueux en haut de gradins dotés de dais en velours carmins. La noblesse de la Porte de Baldur eut d'ailleurs un regard de biais vers les nouveaux venus qui détonnaient beaucoup par rapport au reste de l'assemblée. Astarion eut une pensée fugace envers son maître. Si la cérémonie ne s'était pas tenue en plein jour, Cazador se serait retrouvé ici, quelque part sur une de ces estrades.

À présent qu'ils avaient remonté la moitié du chemin, Silesta et ses compagnons reconnurent les deux silhouettes qui se tenaient au bout, au pied du marchepied menant à un trône : Gortash et le duc Ulder Gardecorbeau.

Si le premier n'avait rien perdu de sa prestance confiante et irradiait de ravissement, le second arborait un fin voile devant son regard étrangement absent. Un sourire satisfait éclaira les traits de l'homme aux cheveux de jais en découvrant les nouveaux venus et se tourna vers l'assemblée silencieuse qui le guettait avec impatience.

« Très honorés patriars, veuillez m'accorder un instant. Je me dois d'accueillir ces gens personnellement. »

Il alla se présenter à ses hôtes avec respect en inclinant le buste.

« Seigneur Enver Gortash, pour vous servir. »

Silesta prit le temps de détailler son interlocuteur qu'elle n'avait vu que de loin dans cette colonie de flagelleurs mentaux.

Il fut difficile pour elle de donner un âge à cet homme au visage jeune par la rondeur de ses traits et de ses joues mais durci par le sombre de ses yeux qui vous transperçaient comme des poignards acérés. Il avait le même rire au fond des yeux et du sourire qu'Astarion mais il avait quelque chose de froid et de cynique.

Les yeux de la jeune femme furent attirés par les ornements clinquants qui habillaient le riche manteau de Gortash et trouva que ces têtes démoniaques seyaient ironiquement bien à un élu de Baine. Gortash était aussi sarcastique qu'il le laissait paraître.

« Il me semble que des félicitations sont de rigueur, commença Gortash avec déférence. La nouvelle de votre victoire face à Thorm n'a pas traîné. Vous êtes célèbres, vous savez ? Pour ce qui vous êtes et pour la pierre infernale que vous avez avec vous. »

Il rappela gentiment qu'il fallait posséder les trois pierres pour pouvoir contrôler le cerveau vénérable. Las, maintenant que celle de Thorm manquait, l'Absolue se montrait particulièrement revêche ; en témoignaient les secousses sismiques qui servaient d'avertissement sans appel : si rien n'était fait rapidement, le cerveau finirait par se libérer de l'influence de la couronne de Karsus.

« Si tel venait à en être le cas, il commencera pas infecter la moitié de la Côte des Épées et vous par la même occasion. Le prisme ne vous protégera pas indéfiniment. »

Puis, viendrait l'accomplissement du Grand Dessein qui verrait renaître l'empire illithid. Dans le meilleur des cas, tous deviendraient les esclaves des flagelleurs mentaux revenus en puissance.

À cette évocation, Lae'zel se durcit comme le marbre, l'expression féroce peinant à contenir son horreur et sa hargne. Gortash se satisfit de cette réaction et ancra ses yeux noirs dans ceux qui lui faisaient face.

« Un sort peu enviable, j'en conviens. Peut-être pourrons-nous l'éviter si nous parvenions à un accord, vous et moi, proposa-t-il aussi calmement qu'il aurait suggéré une promenade agréable. Si nous œuvrons de concert, nous pourrons reprendre le contrôle du cerveau. »

Une interjection blasée de l'Empereur résonna dans leur esprit. Bien sûr. Gortash avait toujours été si prompt à se saisir des opportunités. Sans oublier qui il avait en face de lui, Astarion demeurait le maître des entourloupes et il ne pouvait rester silencieux quand un autre gredin lui proposait une association douteuse. Et puis, n'étaient-ils pas là pour en apprendre plus sur leur ennemi ?

« De quel genre d'accord parle-t-on exactement ? s'enquit le roublard en calquant son sourire de façade sur celui de son hôte.

_ Je pense que vous connaissez déjà mon autre associée, Orin la Rouge ? Sitôt Ketheric vaincu, elle a révélé son jeu et miroite de récupérer les pierres pour elle seule. Elle aussi, elle a décidé de me prendre pour cible et sa capacité à changer de peau plus vite que de vêtements la rend particulièrement redoutable. Si elle parvient à mettre la main sur les pierres, elle plongera toute la Côte des Épées dans le chaos. Les rues et les murs de ma ville seront teintés de sang. » Il fronça les sourcils, courroucé. « Je ne saurais laisser cela arriver. Je veux mener la Porte de Baldur à la gloire, pas à sa perte. »

Un court silence s'accompagna de l'esquisse d'une femme cruelle et sadique aux commandes d'un cerveau illithid géant, son rire dément résonnant au-dessus d'une ville habitée de cadavres sanguinolents entassés dans tous les coins.

Du peu qu'ils avaient vu d'Orin, il était futile d'en dire davantage pour convaincre les aventuriers de la catastrophe que cette hypothèse laissait planer. D'un autre côté, si l'on considérait le seul aspect positif, l'inimité qui régnait entre les élus n'était pas un mirage.

Mieux encore, ils complotaient les uns contre les autres.

« Que suggérez-vous ? demanda Gayle à Gortash.

_ Je vous propose un pacte, sourit ce dernier avec détermination. Un échange mutuellement bénéfique sous un serment divin autant prêté sur votre honneur que votre chair : je ne vous fais aucun mal et vous ne m'en faites pas non plus. De plus, vous n'aurez rien à craindre de ma Garde d'Acier tant que tiendra cet accord. »

L'argument ne resta pas silencieux en eux et leur pouls s'accéléra subrepticement. Gortash poussa sa générosité encore plus loin en leur accordant de garder avec eux la pierre infernale de Ketheric. Une fois qu'ils auraient tué Orin et récupéré sa pierre, ils n'auraient qu'à revenir ici pour réunir les trois pierres de domination.

« Ensemble, nous pourrons régner comme des rois. Que dis-je, des dieux, s'ébaudit l'homme, l'œil flamboyant d'envie. Nous deviendrons l'Absolue. Qu'en dites-vous ? Sommes-nous alliés ? »

Autant Silesta s'en réjouissait, autant elle s'horrifiait de voir comment la trahison semblait facile quand on s'engageait dans la course au pouvoir. Cela ne faisait que corroborer ce qu'elle pensait : l'orgueil et la soif de puissance corrompaient l'âme.

D'ailleurs, elle se risqua à un coup d'œil vers Astarion dont l'expression espiègle l'emplissait de confusion. Était-il en train de peser les pouvoirs de l'ascendance future de Cazador contre ceux de l'Absolue ou se gaussait-il de voir leur ennemi leur demander de jouer les mercenaires pour poignarder son alliée dans le dos ?

« Je ne décèle aucune duperie, s'étonna presque l'Empereur. Cette alliance pourrait bien nous servir. Dans le cas contraire, rien ne nous oblige à l'honorer.

La saltimbanque fut très surprise d'entendre le flagelleur dire que le tyran était sincère. Orin les avait pourtant prévenus que ce type ne disait que des mensonges. Cependant, étant donné que l'Empereur avait des griefs légitimes contre l'élu de Baine, il n'avait aucun intérêt à mentir à son sujet.

Cet accord avait de quoi laisser rêveur. Se protéger en partie d'un premier ennemi tout en traquant leur seconde cible ? Voilà qui pouvait grandement les aider.

« Nous nous chargerons d'Orin, promit Astarion avec un sourire carnassier. Vous avez notre parole. »

Silesta pria fort pour que son allié pense comme elle qu'il s'agissait surtout d'une alliance provisoire et qu'il était hors de question de s'associer avec Gortash sur le long terme. Elle n'aimait pas traiter avec cet homme mais s'il y avait bien une chose qu'elle avait apprise depuis le début de cette aventure, c'était que la vérité avait bien souvent besoin d'être maquillée pour pouvoir avancer.

Le futur duc ne cacha pas son contentement .

« Alors, que ce pacte soit consigné par la Main Noire de Baine. Moi, seigneur Enver Gortash, jure que je ne vous ferai aucun mal. Nous rayonnerons ensemble sur Toril tel un soleil radieux. »

Fort de cette alliance qui lui permettrait d'assurer encore mieux ses arrières, l'élu de Baine voulut donner un autre gage de sa bonne foi envers ses nouveaux associés en leur révélant qu'Orin planifiait d'infiltrer leur groupe en prenant la place de l'un d'entre eux dès que l'occasion s'en présenterait, si ce n'était déjà le cas.

Un même mouvement de peur ondula dans le groupe où chacun épia rapidement son voisin.

« L'un de nous, un Sans-Visage ? grinça Lae'zel avec méfiance.

_ Ce pourrait être n'importe qui, murmura Ombrecoeur entre ses dents. Enfin, pas moi. Je suis moi et je le sais.

_ Méfiez-vous, conseilla Gortash, amusé. Si vous avez un imposteur dans vos rangs, notre alliance tournera vite court. »

Silesta tempéra les inquiétudes de ses comparses. Ils ne s'étaient pas quittés depuis qu'ils étaient arrivés à Aigreterre, Orin ne pouvait pas avoir kidnappé l'un d'entre eux pour prendre sa place. Il ne fallait pas céder à la paranoïa aussi vite.

La saltimbanque préféra vite chasser la pensée qu'un doppelgänger puisse prendre les traits de l'un des siens et secoua la tête. Une interrogation naquit quand son regard se posa par hasard sur l'un des robots immobiles se tenant près du trône.

« Vous êtes très entouré. Votre Garde d'Acier ne saurait-elle accomplir cette tâche que vous nous confiez ?

_ Ma très chère consœur est une anguille, bien trop vive pour la poigne de fer de ma Garde d'Acier, concéda l'élu de Baine avec regret. Et puis, je préfère gérer nos différends de manière discrète. Une population calme et obéissante est bien plus préférable que lorsqu'elle cède à la panique.

_ Justement, Orin est du genre furtive. Comment sommes-nous censés la trouver ? »

Hélas pour eux qui espéraient obtenir plus d'informations sur le sujet, Gortash se montra aussi peu au fait qu'eux en se contentant de déclarer que même les pires horreurs avaient un refuge ; Orin ne faisait pas exception. Aussi charmante et accueillante apparaissait la Porte de Baldur, elle abritait aussi un mal terrible en son sein : un temple caché dédié à Bhaal. Il n'y avait pas besoin d'être un savant ou un érudit pour deviner que c'était là que se terrait la redoutable élue du Dieu du Meurtre.

« J'ai toute confiance en votre ingéniosité et votre efficacité, minauda Gortash. Vous finirez bien par le trouver. Dans le doute, suivez les cadavres ? »

Il n'avait pas tort et ils étaient déjà au courant. La note trouvée dans la chambre de Firion à la cambuse mentionnait déjà le temple de Bhaal et si Gortash confirmait à son tour qu'il s'agissait bien de l'antre d'Orin, le doute n'était plus permis. Il ne manquerait plus qu'à découvrir comment s'y rendre.

Gayle promena un regard résigné sur la magnifique salle décorée et la noble assemblée réunie pendue aux lèvres de l'imposteur qui attendait d'être sacré.

« Vous, Orin, Ketheric, l'Absolue... Vous avez pensé à tout. »

Gortash s'empressa de confirmer sans honte. Tout avait été calculé : Orin la Rouge ouvrait le bal en causant la panique dans les rues de la ville grâce à des meurtres sordides commis au nom de l'Absolue. Puis entrait en scène l'armée monstrueuse de l'Absolue, constituée et menée par Ketheric Thorm, le général de Myrkul. Dans un tel moment de chaos, la population aurait besoin d'un chef fort, avec les épaules assez larges pour porter leurs espoirs et faire régner l'ordre.

« Un chef tel que votre serviteur, se présenta Gortash dans toute sa superbe. La main de Baine, l'incarnation de la justice à laquelle les habitants de la Porte de Baldur attribuent les pleins pouvoirs. »

Ce après quoi il lui suffisait de décréter le couvre-feu afin de pouvoir infecter la populace qui se soumettrait à la voix de l'Absolue.

Silesta en était coite d'horreur. C'était encore pire que ce qu'ils avaient déjà compris. Non content de faire main basse sur le pouvoir, les élus voulaient en plus zombifier toute la ville et pire encore ? Elle en était malade.

« Et ainsi commence votre tyrannie... se crispa-t-elle entre ses dents.

_ Notre tyrannie, corrigea l'homme en levant l'index. Et puis, nous sommes des sauveurs, non ? Les défenseurs de la Côte des Épées. Nos loyaux sujets ne nous haïront pas, au contraire. Ils nous aimeront. »

Sur ces bonnes paroles dont il était bien le seul à s'en convaincre, Gortash invita ses hôtes à assister à une page d'Histoire. La Porte de Baldur s'apprêtait à honorer le tout premier archiduc : lui.

Son grand sourire gorgé d'orgueil se heurta à cinq figures fermées pétries d'acrimonie non-dissimulée.

« Finissons-en, siffla Lae'zel, laissant planer le doute sur ce qu'elle voulait finir entre cette mascarade de couronnement ou la vie du futur archiduc.

_ Alors montrez-moi le respect qui m'est dû. »

L'homme se tourna vers les convives nichés sur leur estrades.

« Estimés ducs et patriars, très cher Gardecorbeau, c'est avec honneur que j'accepte le mandat que vous souhaitez me confier. Un nouveau chapitre s'écrit pour notre glorieuse cité. »

Il s'agenouilla face à Ulder Gardecorbeau qui avait tiré une longue épée pour la présenter avec respect au garde-à-vous. Le duc se présenta devant Gortash et baissa les yeux sur lui avec solennité en déposant l'épée sur son épaule gauche.

« Enver Gortash, jurez-vous, sur l'épée de Baldurien, de défendre les citoyens de la Porte de Baldur contre tous leurs ennemis, fussent-ils intérieurs ou extérieurs ?

_ Je le jure. »

Qu'est-ce qui sonnait le plus faux entre ce sourire en coin et ces mots ? Sans doute les deux tellement les spectateurs contraints en avaient la nausée.

Ulder apposa la lourde épée sur l'épaule droite de Gortash.

« Jurez-vous d'être toujours fidèle à ces mêmes citoyens, que ce soit dans vos paroles, vos actes ou vos décrets, afin que nul ne souffre de vos décisions ?

_ Je le jure. »

Silesta serra mécaniquement une dragonne pour se donner la force de ne pas fracasser cette jolie petite tête de manipulateur. Sa poigne se resserra davantage quand le Poing Enflammé contrôlé demanda à l'assemblée présente dans la salle si tous donnaient leur consentement à ce sacre.

Un même frisson traversa les cinq aventuriers, synonyme puissant d'une désapprobation commune. Hélas, aussi difficile et insupportable était-il d'assister à cette farce, c'était un mal nécessaire. Ils gardèrent douloureusement le silence et observèrent Ulder brandir l'épée fièrement.

« Enver Gortash, le Conseil vous nomme archiduc de la Porte de Baldur. »

Le nouveau régent ne prêta guère attention aux applaudissements qui s'élevèrent dans son dos et poussa le vice jusqu'à assurer aux convives ravis que sa Garde d'Acier se tenait prête pour abattre sa lame sur quiconque oserait menacer la ville.

Galvanisé par la ferveur de son auditoire, il se pencha en aparté vers ses invités d'honneur qui n'avaient pas desserré les dents.

« Quant à vous, vous me retrouverez ici quand vous en aurez terminé avec Orin. Mon bureau se trouve à l'étage. Ne revenez pas les mains vides. »

Si le regard pouvait tuer, Gortash n'aurait pas réussi à s'en aller aussi facilement qu'il était en train de le faire avec Ulder sur ses talons. Le ressentiment devint crainte. Qu'allait-il advenir de l'infortuné duc soumis par sa larve de flagelleur mental maintenant qu'il avait adoubé son successeur tyrannique ? Hélas, ils ne le sauraient pas aujourd'hui. Rien ne leur permettait d'enquêter ouvertement, ils devraient aviser.

Sur le conseil de Gayle, tous approuvèrent pour s'en aller aussi car ils ne pourraient rien faire de plus pour l'instant, d'autant plus que la journée était bien avancée et ils avaient encore à se rendre à la taverne du Chant de l'Elfe pour espérer y trouver de quoi loger. Ils avaient bien besoin de se reposer après tout ce qui avait jalonné leur arrivée à la Porte de Baldur.

Les aventuriers quittèrent vite la forteresse du Roc du Dracosire et furent à la fois heureux et surpris de constater que leur allié par nécessité avait tenu parole : les gardes d'acier qu'ils croisèrent ne leur prêtaient pratiquement aucune attention. Il y avait donc une once d'honneur chez cet escroc d'élu de Baine, aussi incroyable cela pouvait-il paraître.

Ils marquèrent un temps d'arrêt quand ils franchirent la herse de la forteresse débouchant directement dans la cité. Le chemin gravillonné de la Voie du Dracosire avait laissé place à une belle route pavée cernée de maisons et échoppes aux façades de bois colorées. L'odeur du pain frais d'un boulanger tout proche se mêlait au murmure de la foule qui traversait l'espace, les appels d'un enfant à venir acheter un exemplaire de son journal et autres travailleurs de la rue qui cherchaient le client.

La ville basse était une fourmilière dont la débauche de couleurs, d'odeurs et de bruits les matraqua avec autant de violence que diverses émotions propres à chacun d'entre eux.

Silesta était convaincue d'avoir déjà foulé ce sol. Avec tout ce monde autour d'elle, tout cet espace disponible – même si bondé par la foule – elle n'avait qu'une envie : s'élancer sur la place avec ses bolas de feu pour distraire les badauds, quitte à devoir monter sur l'estrade de la potence qu'elle voyait plus loin. Quel artiste rechignerait à se montrer avec autant de public ? Elle avait déjà entendu Astarion vanter les qualités de la ville qui pouvait tout rendre possible et elle ressentait clairement cette énergie. Oui, tout pouvait arriver. Tout pouvait arriver et pourtant... pourquoi percevait-elle un lointain reflux négatif en elle ?

« La Porte de Baldur... souffla le vampire, un peu ébranlé. Je ne pensais pas la revoir un jour sous la lumière du soleil. J'avais oublié à quel point le monde pouvait être coloré. »

L'émotion s'entendait sans peine dans sa voix autant que dans ses yeux. Dire qu'il se trouvait ici parce que sa vie en dépendait et non parce qu'il était réellement libre. L'amertume devait être immense.

Le vampire chassa ses pensées en demi-teinte en secouant la tête et invita ses compagnons à le suivre ; il avait suffisamment arpenté les rues pour son maître pour connaître les lieux comme sa poche et les guider à leur destination.

Après avoir erré pendant des jours sur des routes désertes, des grottes obscures sans fin et des terres sans vie, le moindre petit détail qui s'offrait à leurs sens en devenait presque une source de ravissement. Les commerçants derrière leurs étalages qui haranguaient les passants, les habits colorés de ces derniers.

À première vue, rien ne semblait éprouver la quiétude de la Porte de Baldur et pourtant, quand on tendait l'oreille, on pouvait entendre entre deux conversations légères et sans importance les échos de terribles meurtres ou l'assaut de l'armée d'une entité appelée L'Absolue. Même le couronnement de Gortash se retrouvait dans de nombreuses bouches qui se disputaient à propos de la légitimité de cet homme sans naissance ou de sa capacité à protéger la ville. La Garde d'Acier parvenait aussi à se mêler aux échanges, tantôt soulagés de les voir patrouiller, tantôt énervés, surtout de la part par des gardes ou des Poings Enflammés qui craignaient pour leur poste sur le long terme.

« C'est étrange, confia Ombrecoeur qui comme ses compagnons, embrassait du regard tout ce qui se présentait à elle. Je ne me souviens de rien et pourtant, je ressens une telle impression de familiarité. Les bruits, les odeurs... Je me sens presque chez moi. Et vous, Silesta ? Quelque chose vous revient ?

_ Je suis partagée. La saltimbanque est très stimulée mais Silesta est... aux abois ? Comme si j'avais vécu quelque chose de marquant ici. Quelque chose de mal. »

Elle regretta bien vite d'avoir parlé. Maintenant qu'elle avait verbalisé ses pensées, sa sensation se renforça et elle en prit peur. Autant parce que cela n'annonçait rien de bon que parce qu'il restait déconseillé pour elle de chercher à plonger davantage dans son passé. La jeune femme se rembrunit et préféra ne pas s'appesantir sur le sujet par peur d'y attirer ses alliés. Qu'est-ce que son être revivait que sa tête ne voyait pas ?

Après avoir traversé rues et places et quand vint s'installer le faible soleil de début de soirée, le groupe se retrouva au pied des marches menant à un bâtiment tout en octogones avec un balcon débordant de plantes décoratives et de lierre qui tombait en cascade le long des murs et bordé d'une terrasse qui accueillait quelques tables extérieures pour qui voulait profiter de sa boisson sous le soleil.

Sans même encore voir l'intérieur, on devinait déjà que la taverne du Chant de l'Elfe était bien plus accueillante et chaleureuse que ses homologues de la Voie du Dracosire. Quitte à passer les derniers jours de sa vie à la Porte de Baldur, autant que ce fût dans de bonnes conditions.

Un autre détail ravit l'artiste de l'équipe qui avait remarqué quelque chose au-dessus des toitures couleur rouille de l'édifice.

« On dirait qu'il y a une terrasse sur le toit, s'enthousiasma Silesta. J'aurai mon coin pour mes exercices s'il y a assez de place.

_ Je ne sais pas comment vous faites pour avoir encore autant d'énergie, soupira Gayle avec amusement. Message reçu, je vous installerai tout là-haut. »

Ils entrèrent et furent aussitôt accueillis par de délicieuses odeurs de cuisine qui leur mirent l'eau à la bouche et accentuèrent leur envie de se poser pour aujourd'hui. La lumière tamisée par l'étroitesse des fenêtres et la profondeur de la salle principale donnait au reflet des petites lanternes murales sur le bois un sentiment accru de quiétude auquel répondait le faible murmure des conversations des clients attablés devant leur repas.

Dans un recoin de la salle, un barde agrémentait l'atmosphère de quelques notes de lyre délicates qui apaisaient les oreilles et les cœurs. Oui, ils allaient se plaire ici, en dépit des circonstances.

Lorsqu'ils approchèrent du comptoir, le patron les salua avec joie.

« Bonjour, voyageurs. Bienvenue ! Je vous en prie, prenez donc un siège... si vous en trouvez un. »

En effet, maintenant qu'il le mentionnait, la salle était bondée.

« Nous cherchons avant tout un endroit où loger pour... un temps indéterminé, déclara Gayle. Qu'avez-vous à proposer ? »

Une rapide grimace tordit les lèvres du tavernier et il se pencha vers eux pour leur avouer à voix basse qu'un meurtre avait eu lieu à l'étage. D'un côté, cela lui avait amené plein de clients curieux qui consommaient beaucoup, mais de l'autre, cela avait presque sapé son hôtellerie ; personne ne voulait louer de chambre.

Silesta comprit aussitôt qu'il voulait parler du meurtre de la duchesse Bellyne Stelmane indiqué sur sa liste et demanda à leur hôte s'il y avait quand même moyen d'obtenir une chambre.

L'homme leva les yeux pendant qu'il réfléchissait puis finit par opiner du chef.

« Bien sûr. Qui sait, si vous restez ici, peut-être que cela apaisera les gens et ils comprendront qu'il n'y a plus rien à craindre, résuma-t-il avant de leur sourire. Allez, vous pouvez avoir tout l'étage pour vous jusqu'à ce que cette histoire de meurtres se tasse. Je vous en propose deux cent pièces d'or.

_ Pardon ? »

Sans surprise, l'écureuil de la bande avait tiqué et réclama derechef une réduction. Ils étaient quand même cinq, ça méritait un geste, non ? Le patron étouffa un rire. La charité, à la Porte de Baldur ? Elle était bonne, celle-là.

Comprenant que les histoires d'argent étaient le domaine de prédilection de Silesta et que rien ne la ferait plier, les quatre accompagnateurs de la saltimbanque firent respectueusement silence pour la laisser faire et cela ne rata pas :

« Deux cent pièces d'or pour dormir juste à côté d'un meurtre effroyable ? argua-t-elle en pesant bien lourdement ses mots. Vraiment ? C'est vous qui devriez nous p...

_ Hé, ho ! siffla le tavernier en regardant tout autour de lui avec panique. Vous pouvez éviter de le hurler sur tous les toits ? D'accord, d'accord. Tout l'étage est à vous, mais je ne fais pas crédit sur les repas.

_ Même pas le vin offert ? »


J'adore le côté écureuil de Silesta XD

Chapeau à ceux ou celles qui se sont risqué à buter direct Gortash (alias le boss le plus Final Fantasy du jeu), ça devait être pas évident avec les gardes, les pièges et les robots !

Suis deg, je n'ai pas réussi à faire le HF du joli jeu de jambes et je ne sais pas pourquoi. Ma technique de l'entonnoir était tellement parfaite. Ce sera pour le prochain run Durge !

Comme annoncé, ce n'était pas le meilleur chapitre mais la suite va sûrement vous plaire, stay tuned !