A y est, deuxième run terminée ! La prochaine, ce sera le DU avec Astarion of course.

Je ne sais pas encore quoi faire... Une occultiste pour le charisme et avoir des ristournes comme Silesta ou une moniale ? Il paraît que ça peut cogner fort et quand je vois le nombre d'items avec « Vos attaques à mains nues font encore plus bobo que si vous aviez une tronçonneuse dans chaque main »... je ne sais pas.

Journal des reviewers

Liline37 : Toi aussi, tu vois Lucius Malefoy quand Gortash parle ? XD
Bonne chance pour ta récolte d'infos parce qu'il y a trop de choses à récupérer. Je n'ai pas osé regarder le nombre de captures d'écran que j'ai fait pour mon support...

Seulie : Oh, je suis désolée pour toi si ça ne s'est pas déroulé comme tu l'espérais ç_ç Égoïstement, je me dis qu'au moins, tu seras à fond dans la fic lol
Silesta ne dirait pas qu'elle est une pince. Elle a... conscience que l'argent ne pousse dans les arbres, dirait-elle XD L'écureuil reviendra !

Quand je disais que j'ouvrais les vannes...


CHAPITRE XLIV – NOUVEAUX VISAGES

« Silesta, vous savez que l'argent n'est pas un problème...

_ Je sais, Gayle. C'est pour le principe. Ou l'habitude, je ne sais pas. »

Bien que né dans une famille aisée et lui-même loin d'être dans le besoin, Gayle savait qu'il ne fallait pas se dresser entre sa jeune amie et un problème pécuniaire. Et pourtant. Il leva les yeux au ciel en signe d'abandon mais il fallait avouer qu'il était toujours assez drôle de voir le visage de Silesta devenir subitement très sérieux dès que l'on parlait de qui-brille. En tout cas, elle avait fait très fort sur ce coup-là.

Ravis par la perspective de profiter bientôt de leurs quartiers privés, les aventuriers fatigués s'accordèrent enfin la pause tant attendue autour d'un bon repas copieux, offert généreusement par le magicien.

Ils avaient eu la chance de trouver une table reculée qui leur permettrait de discourir à loisir sur différents sujets sensibles tout en profitant d'une délicieuse viande en sauce accompagnée d'une jardinière de légumes rafraîchissante. Si la première moitié du repas fut plutôt silencieuse tant ils avaient faim, la seconde qui accompagnait la digestion fut plus propice aux échanges.

« J'ai presque le tournis quand je vois tout ce qu'il faut faire, reconnut Silesta en picorant des grains de raisin. Gortash, Orin... »

Ombrecoeur se pinça les lèvres et considéra ses camarades avec sérieux.

« Je conçois que nous avons des rendez-vous plus importants mais, très égoïstement, je voudrais vite aller à la Maison du Chagrin pour délivrer mes parents. Si je dois mourir en affrontant les élus ou le cerveau, je tiens à ce que ma famille soit à l'abri. »

Il y eut un silence qui fut vite brisé par Astarion. Et qu'en était-il de lui et de Cazador ?

« Les vôtres savent déjà que le rejeton manquant est de retour, objecta Lae'zel. Maintenant que Cazador sait qu'il va peut-être être en mesure de vous récupérer pour son rituel, il va vous attendre bien sagement pour s'élever... ou affronter votre vengeance. Je ne m'inquiéterais pas si j'étais vous. »

Silesta lut dans le visage de son compagnon qu'il n'appréciait pas cet argument ô combien valide et que cela lui en coûtait de l'admettre. Elle-même abondait dans le sens de la githyanki, même si elle le tut. Cazador était un monstre de patience parmi tant d'autres aspects horrifiques ; il saurait encore attendre un peu que son fils rebelle vienne à lui directement pour l'affronter.

Ombrecoeur n'ignora pas la prostration vexée qui obombrait les traits du vampire et s'empressa de le rassurer pour se rattraper : s'il le lui permettait, elle se ferait un immense plaisir d'asséner à Cazador ses meilleurs sorts radiants quand elle l'aurait face à elle. Astarion sembla apprécier cette meurtrière attention et rendit à la cléresse un sourire carnassier qui en disait long.

Satisfait de voir que le dilemme était réglé, Gayle repoussa un peu les assiettes et les plats vides sur la table pour étaler la carte qu'il consultait.

« Dans ce cas, faisons d'une pierre deux coups, proposa-t-il en pointant deux endroits. La Maison du Chagrin se trouve là-bas, tout à l'ouest. Je suggère de nous arrêter sur la route à Magie et Sortilèges, ici, pour espérer en apprendre plus sur la couronne de Karsus. Cela vous convient-il ?

_ Oui, acquiesça la prêtresse avec reconnaissance. Merci.

_ D'ici là, je ne refuserai pas un peu de détente, déclara Lae'zel en se levant. Si nous en avons terminé, allons nous installer.

_ Je vous laisse partir devant, dit Astarion en l'imitant. Je vais aller rendre une petite visite à mon réseau et voir s'il se murmure des informations intéressantes pour nous. »

Silesta le pria de rester prudent, notamment par rapport à Orin. Le vampire lui rendit un hochement de tête confiant pour la rassurer avant de tourner les talons. Elle le regarda s'en aller dehors, curieuse de savoir à quel type de faune nocturne le vampire irait s'adresser. Il était un monde souterrain qu'elle ne connaissait pas et n'avait pas la trempe de fouler.

Elle eut un léger sourire face à un souvenir qui la ramena au premier jour de son aventure. Astarion n'avait pas tort quand il avait annoncé qu'il pouvait s'avérer utile de ne pas toujours être dans les règles. Sentiments mis à part, leur groupe avait de la chance de l'avoir.

Une fois le roublard éclipsé, les aventuriers restants quittèrent leur table pour se rendre vers l'escalier.

Alors qu'ils s'attendaient à trouver un étage nimbé d'un silence inoccupé, ils furent étonnés d'entendre les murmures d'une voix qui monologuait depuis la pièce qui se trouvait au bout du couloir. Intrigués, ils longèrent le palier et ses tableaux décoratifs et poussèrent la porte légèrement entrebâillée qui filtrait la voix ennuyée d'une femme.

Une odeur ferreuse s'installa dans leurs narines, odeur qu'ils associèrent aussitôt à la flaque de sang qui imprégnait le parquet d'une chambre coquette.

Une gnome à la peau chocolat et portant l'uniforme armuré du Poing Enflammé arpentait la pièce en griffonnant des notes sur un parchemin et elle sursauta quand son regard capta par inadvertance les curieux qui se tenaient dans l'embrasure.

« Hé, vous n'avez rien à faire ici, les houspilla-t-elle. Nom, grade et motif de venir interrompre une enquête sur une scène de crime.

_ Vous êtes Devella ? subodora Ombrecoeur. Nous venons de la part de Valéria. »

D'abord interloquée, la gnome se rasséréna et confirma son identité avant de se rabrouer. À moins qu'ils n'eussent des renseignements utiles à lui communiquer, il valait mieux la laisser travailler en paix. La duchesse Stelmane avait été tuée et son meurtre n'allait pas se résoudre tout seul.

« Justement... »

Gayle s'occupa de rapporter à la Poing Enflammée leur découverte à la Cambuse de Fraygo au sujet de la liste. Pendant qu'elle écoutait tout en lisant le parchemin ensanglanté, Devella secouait lentement la tête, faisant danser ses frisottis blonds sur son front, et ses yeux s'illuminèrent.

« Je le savais ! Par les dieux, j'avais bien raison ! s'exclama-t-elle. J'étais sur la bonne piste mais je ne m'attendais pas à ça... »

La femme expliqua que selon sa théorie, quelqu'un avait ravivé les braises de Bhaal qu'elle croyait pourtant éteintes après que Sarevok Anchev lui-même eût régné sur le culte depuis la tour sombre du Trône de Fer avec son armée afin de devenir un dieu. Depuis la chute de ce fanatique et la disparition du Trône de Fer dans les profondeurs du Chiontar, d'aucuns pensèrent qu'il en était fini du Seigneur du Meurtre.

« Hélas, tout porte à croire que le culte de Bhaal est de retour et quelqu'un a repris le flambeau », se désola Devella en fronçant les sourcils d'un air contrarié.

Le visage cadavérique d'une femme blonde aux yeux morts se plaqua au premier plan de leur esprit.

« Vous avez tout à fait raison, confirma Silesta en chassant le sourire cruel d'Orin de sa tête. Nous avons toutes les raisons de rattacher ces meurtres horribles à Bhaal. Qu'en est-il des autres cibles de la liste ?

_ Il y a des patriars parmi elles et mon serment m'oblige à les protéger en priorité, aussi injuste cela soit-il pour les autres victimes potentielles. Je vous aurais bien demandé d'aller les prévenir du danger, mais... »

Les détectives en herbe échangèrent un regard. Et se priver de la chance de peut-être tomber directement sur le meurtrier et l'interroger sur la cachette d'Orin ?

« Nous le ferons, s'engagea Ombrecoeur avec assurance. Occupez-vous des patriars. Nous serons prudents.

_ Oh, merci. C'est bien plus que je n'en espérais. Quand j'en aurai fini dans la ville haute, je tenterai encore de convaincre ma hiérarchie de prendre cette affaire au sérieux. Revenez vers moi dès que vous apprenez quelque chose, d'accord ? »

La gnome rendit le parchemin à Gayle et s'empressa de quitter les lieux pour se rendre à la ville haute. Silesta ne put refouler un certain ressentiment face à cela. Les riches nobles pleins d'influence passeraient toujours avant les petites gens sans importance, n'est-ce pas ? Que pouvait-on faire contre ceux d'en haut ? Peut-être était-ce une autre raison pour laquelle la saltimbanque accordait tant d'importance à l'argent : elle aimait beaucoup son métier mais elle avait conscience que l'aisance financière octroyait bien des avantages.

Suite au départ de Devella, plus rien ne se dressait entre les voyageurs fourbus et la prise de possession de leurs appartements.

Et cela en avait valu la rude négociation de Silesta.

Les lieux se constituaient d'un espace unique en carré dont les bords latéraux étaient dédiés à des chambres privées tandis que se dressait en face une grande salle à manger où les hôtes pourraient se réunir et se restaurer tranquillement sans avoir à subir le bruit du restaurant de la taverne. En plein centre de la pièce, un large espace commun devant une belle cheminée attendait d'accueillir quiconque souhaitait se prélasser devant le feu dans un sofa ou un canapé confortable, voire même sur un tapis en peau de mouton duveteuse. La marqueterie soignée, les épaisses tapisseries aux couleurs chaudes et la lumière douce des chandeliers, tout invitait à la détente et au repos.

Et que dire des chambres. Si celles de l'Ultime Lueur étaient douillettes, celles-ci revêtaient un petit éclat de luxe en plus qui n'était pas pour déplaire aux occupants. Chaque lit était élégamment rehaussé d'un petit marchepied près duquel reposait une table de chevet et un coffre en osier pour y déposer ses affaires. Comble du luxe ultime, derrière un beau paravent ouvragé se cachait une petite baignoire en cuivre qui fit tout de suite de l'œil à tout le monde.


Silesta profita de son bain avec délice pour détendre ses muscles avant de s'atteler à ses étirements et exercices artistiques du soir.

Les cheveux relevés en chignon, la jeune femme s'amusait à froisser l'onde de l'eau du bout du doigt tout en se vidant l'esprit au profit de la senteur de rose des sels de bain qu'elle avait ajoutés par coquetterie.

Elle se redressa un peu dans sa baignoire quand on toqua légèrement à sa porte.

« Oui ?

_ Notre saltimbanque sera ravie d'apprendre qu'elle pourra s'exercer à loisir sur le toit, fit la voix de Gayle de l'autre côté du mur. Vous aurez en prime une vue imprenable sur la ville. Mais attention, on dirait que ça se couvre.

_ Vous êtes en or, Gayle. Merci beaucoup. »

La voilà prise en étau entre l'envie de se chouchouter et l'appel de sa passion. Si le temps était en train de tourner, mieux valait ne pas perdre une minute.

La jeune femme se passa un dernier coup d'éponge sur tout le corps et quitta son bain en s'enroulant dans un large drapé. Elle se rhabilla rapidement et se glissa hors de sa chambre. Avant de partir, elle salua une dernière fois le magicien qui s'était installé devant l'âtre avec un livre et fila dans le couloir.

L'accès au toit était bien caché. Il fallait avoir l'œil pour deviner entre les sculptures ouvragées des dalles au plafond celle qui dissimulait une trappe qu'il fallait tirer pour en dérouler une petite échelle pliante.

Après quelques barreaux escaladés, Silesta retint son souffle. Entre les colonnades qui décoraient le pourtour de la terrasse, d'épais tapis et coussins s'éparpillaient sur le sol, que ce fût pour des exercices ou pour le repos qui s'ensuivrait, et en plein centre se dressait la tige métallique qui servait aux acrobaties aériennes de Silesta. Elle ne retint pas un sourire ravi. Gayle ne faisait pas les choses à moitié.

La saltimbanque s'accorda d'abord un moment au balcon et embrassa de toute sa largeur le panorama qui s'étalait. Les étoiles perlant la nuit se reflétaient dans les points lumineux des torches qui éclairaient maisons et rues sur des centaines de mètres. Cette vue incroyable lui en fit oublier le reste.

Sa gorge se noua un instant. Aurait-elle l'occasion de revoir un jour pareille vue ? Elle qui n'était personne, juste une amuseuse des rues dans une aventure qui la dépassait de loin ?

Elle frissonna. L'air s'était bien rafraîchi et les nuages qui s'amoncelaient dans le lointain laissaient présager de la pluie pour la nuit.

Silesta s'adonnait à ses étirements et élongations tout en gardant une oreille distraite sur le ciel qui grondait de temps à autre lorsqu'elle vit une chevelure blanche émerger de l'ouverture du toit.

« Halte, ordonna-t-elle à Astarion, bolas en main et en s'avançant prudemment. Qui me dit que vous êtes le vrai ?

_ Mon charme naturel que nul ne saurait copier à la perfection ? » essaya-t-il avec son espièglerie habituelle en se hissant sur la terrasse.

Même si son alliée flancha en s'autorisant un bref sourire, le regard qu'elle darda sur lui conseillait de trouver plus convaincant. Le vampire soupira d'abandon et lui retourna un sourire en coin doublé d'une œillade perçante.

« Nous sommes restés sur notre faim hier soir, avant d'arriver à Aigreterre. Cela vous convient-il ? »

La jeune femme abandonna les charges et se détendit. Elle rangea ses bolas dans un coin pendant qu'Astarion admirait à son tour la vue. Le point de vue changeait drastiquement des ruelles dont il avait l'habitude.

« Moi qui espérais vous rejoindre discrètement pendant votre sommeil, vous êtes un oiseau de nuit pire que moi, rechigna-t-il après un temps.

_ Mon art m'aide à faire le vide de la journée. Et on peut dire qu'aujourd'hui, nous avons été servis. »

À ces mots, l'elfe eut un sourire qu'il peinait à ne pas transformer en gloussement, ce qui ne manqua pas d'interpeller son interlocutrice. Quand elle lui demanda la cause de ce début d'hilarité, il ne cacha plus son amusement.

« Oui, votre passage à la Caresse de Sharess n'a laissé personne indifférent. Si vous décidiez de changer de vie, vous auriez une nouvelle opportunité. »

La jeune femme sentit souffler sur elle le vent de la honte et ses joues s'empourprèrent de colère au souvenir d'Amira qui lui assurait qu'elle ferait une prostituée prospère.

« Je plaisantais, s'excusa Astarion en se voulant indulgent. Je sais très bien que ce ne serait pas votre tasse de thé. Même si cela fait partie intégrante de votre charme, vous êtes trop gentille. »

Bizarrement, même si ce qu'il disait avait pour but de la rassurer, Silesta ne prit pas du tout la chose aussi bien qu'elle aurait dû. Bien au contraire, elle était piquée au vif et pas de la meilleure des façons. Elle fronça les sourcils.

« Comment ça ?

_ Voyons, ma douce. Nous parlons d'un bordel. Il va sans dire que pour y travailler, il vous faudrait un peu plus de... de vice ? chercha le vampire avant de plisser les yeux plus densément sur elle. Plus de hardiesse. »

Nouvelle piqûre, plus acérée encore que la précédente. Silesta se vit faire un grand bond en arrière dans le temps, de retour aux premiers jours face à un Astarion contre lequel elle guerroyait en duel pour maintenir sa dignité face à l'écrasant charme de son adversaire. Elle était en plein dans ce moment où sa fierté en prenait un coup et cela lui était très désagréable.

« Très bien. Nous allons voir. Installez-vous. »

Astarion baissa les yeux sur les tapis et coussins qu'elle lui avait désignés d'un mouvement du menton et obtempéra. Il s'installa avec délice en étendant les jambes devant lui et les bras repliés dans le moelleux des coussins, intrigué par cette flamme de défi qu'il avait allumée dans ces yeux de pluie. Son interrogation se coupla d'intérêt quand il observa son alliée se défaire de sa tunique et la jeter sur le côté. Que mijotait-elle ?

La jeune femme vexée retroussa les manches de sa chemise sans quitter le roublard des yeux. Ah oui ? Comme Lae'zel au début de leur aventure, il pensait que derrière son empathie et son aversion pour la violence gratuite, elle était une petite chose fragile ?

Quand elle dénoua son chignon, elle vit dans les yeux sanguins d'Astarion qu'elle avait toute son attention.

Un grondement dans le ciel chargé marqua le début d'une danse lente et lascive dans laquelle s'engagea seule Silesta, sans bolas, ni feu... hormis celui qui animait ses gestes et ses yeux. Si quand elle était accompagnée de son instrument de jonglerie, ses mouvements étaient vifs et affirmés, ceux qu'elle exécutait avec son corps pour seul support se montrèrent mesurés, aériens et félins.

Son corps se courbait aussi gracieusement qu'il se tendait dans des enchaînements savamment ponctués. Et que dire de son regard, devenu presque sauvage. Le gris de ses iris n'était pas de l'acier froid, plutôt celui qui était chauffé avant d'être formé en quelque chose de plus beau.

Astarion croyait contempler un reflet de lui-même quand il déployait tout son arsenal de séduction pour faire ployer ses victimes. Il perdit un instant le contact visuel quand la danseuse quitta le sol pour monter à sa barre d'exercice et exécuter des figures aussi acrobatiques que sensuelles.

Silesta n'était plus que courbes, tel un corps qui s'enroulait autour d'un autre dans la pénombre intimiste d'une chambre. À la voir ainsi évoluer sans difficulté, le spectateur captivé ne voyait pas l'effort physique que la prestation requérait, trop égaré entre les mouvements graciles de Silesta qui, même la tête renversée, ne se défaisait pas de son regard ardent sur lui.

Ses yeux s'accordèrent avec les siens, empreints de tension extatique. S'il relâchait son attention d'elle, il ne se donnait pas trois secondes avant de fondre sur elle pour lui arracher ses habits. Il ne remarqua même pas que les premières gouttes de pluie étaient en train de tomber.

L'acrobate finit par se laisser glisser lentement le long de sa barre pour revenir au sol avant de poursuivre par une dernière brève chorégraphie langoureuse. Quand elle fut assez près, elle acheva son dernier pas d'un saut de main avant qu'elle découpa lentement pour atterrir à califourchon sur les jambes d'Astarion.

Le souffle court, la jeune femme eut tout juste le temps de mêler ses iris brûlants à ceux du vampire lorsqu'un éclair déchira le ciel et un rideau de pluie s'abattit tout à coup sur eux avec violence.

Silesta étouffa une exclamation et se hâta d'aller récupérer ses affaires par terre avant de se précipiter vers la trappe du toit, imitée tout aussi prestement par Astarion qui avait la pluie en horreur.

Les deux jeunes gens regagnèrent vite le couloir du premier étage et le seuil de leurs appartements ; lui en pestant contre ses belles boucles ruinées et elle en riant, trop amusée à l'entendre râler.

« Ha ha ha ! Ça va. Vous avez déjà eu droit à pire avec la Giboulée de Gayle. »

Alors que Silesta s'apprêtait à retourner à sa chambre pour se sécher, son rire se fana doucement quand l'intensité des yeux de l'elfe sur elle se fit trop poussée. Elle ravala sa salive et son sang battit à ses tempes.

Après la démonstration outrageante qu'elle venait de faire, elle s'était aventurée sur un terrain glissant avec Astarion. Très glissant. Ce n'était pas elle, la dominante. Elle ne devait pas flancher et garder la tête haute mais la tâche s'avéra épineuse, paradoxe d'Astarion oblige.

La chemise mouillée de celui-ci lui collait à la peau, nimbant son corps d'un faux voile de pudeur et même avec les cheveux en bataille, il n'en restait pas moins attirant. Trop attirant.

Silesta ne sut combien de temps elle resta à regarder les lignes de son poitrail brouillées sous le tissu transparent. Il lui semblait n'avoir jeté qu'un coup d'œil mais peut-être l'avait-elle fixé de longues secondes.

Sa bouche était sèche. Elle le voulait, ici et maintenant. Las, elle avait été attaquée dans sa fierté ; pas question d'avouer sa faiblesse. Il valait mieux attaquer la première pour faire illusion avant qu'elle ne perde sa belle assurance... ou que le vampire n'émerge de cet instant suspendu.

Elle l'approcha lentement en soutenant la braise visuelle qui la brûlait.

« Vous direz ce que vous voudrez... » Ses mains longèrent doucement les cuisses de son compagnon jusqu'à ses hanches. « Mais votre corps a parlé. »

Il ne pourrait rien nier et elle le savait.

Silesta lui accorda un petit sourire victorieux et un brin mutin qu'elle jugea être un bon point final à l'échange. Hélas, elle avait présumé de sa résistance. Elle le regardait de bien trop près et ses mains se refusaient à séparer son corps du sien.

L'eau froide qui imprégnait ses vêtements lui arrachait des frissons et lui hurlait de vite s'en défaire pour ne pas attraper froid. Était-ce seulement le froid ou cette envie qui la dévorait ?

Elle se perdit dans le regard brillant d'Astarion et elle ne sut plus très bien. Se défaire de ses vêtements oui, mais de quelle manière ?

Silesta surprit le fugace regard qu'il porta plus bas sur elle et sa gorge se contracta. Elle n'avait pas besoin de regarder à son tour car elle savait que son corps parlait lui aussi très clairement à travers le tissu mouillé et frais.

Astarion étira un sourire affamé en se penchant sur elle.

« Vous ne pensez tout de même pas m'échapper deux fois de suite ? murmura-t-il d'une voix profonde. Je vais vous dévorer. »

Il lui débarrassa la joue d'une mèche de cheveux trempés d'une main éthérée. Il courut de son cou vers le creux de son décolleté qu'il longea du bout de l'index. Silesta ferma les yeux, certaine qu'il suivait son sang le long d'une veine pour en apprécier la cavalcade effrénée.

Quand elle sentit son nez et son front contre les siens, elle sut qu'elle ne pouvait plus fuir. Il assurait sa prise comme il resserrait son emprise, une main autour d'elle, l'autre dans sa nuque. Les serres d'un aigle qui venait d'attraper un lapin. Elle pouvait dessiner sa bouche rien que par la pression invisible de son haleine sur sa peau.

Elle happa presque son inspiration. Son bas-ventre était un brasier.

« Qui a dit que je comptais m'échapper ? »


« Et que se serait-il passé s'il y avait eu quelqu'un ?

_ C'était parfaitement calculé. »

Silesta pouffa et délaissa le feu de la cheminée pour se tourner vers quelque chose de bien plus attrayant à contempler. Astarion abandonna la mèche de cheveux avec laquelle il était en train de jouer et s'allongea sur le dos pour laisser la jeune femme se lover contre lui. Elle était restée si longtemps le visage tourné vers les flammes que la joue qu'elle posa sur sa clavicule en était brûlante.

La pièce commune était à présent baignée de silence, bien loin de l'effervescence érotique dont elle avait été témoin peu avant de la part de deux amants bien trop impatients pour pousser quelques mètres plus loin et atteindre une chambre. Une peau de bête et quelques coussins étaient bien suffisants quand ne comptait qu'une irrépressible envie de l'autre.

Astarion lissa le creux du dos de Silesta du bout des doigts pour apprécier la texture de sa peau, entêté par ce parfum de rose qu'elle exhalait. Il flottait encore quelque part dans une sensation de rêverie éperdue qui l'avait presque laissé pantois. Il n'avait pas souvenir avoir déjà vécu abandon aussi affamé.

« Je retire ce que j'ai dit. Vous savez vous montrer hardie, s'amusa-t-il en visualisant ce qui l'avait amené ici, nu, avec ses vêtements éparpillés au quatre coins de la pièce. Cependant... »

Il se tourna vers sa maîtresse et lui releva doucement le menton pour qu'elle le regarde.

« Restez vous. Quelque part, j'apprécie votre retenue. » Sa main valide suivit la courbe de l'épaule de la jeune femme, puis son bras jusqu'à sa taille qui se perdait sous un plaid cachant ses reins. « Ce qui m'est le plus exquis avec vous, ce sont les silences. Il se forme des petits amas de désir qui éclatent ensuite doucement. Ou en complet feu d'artifice comme à l'instant. »

Derrière son léger rire, Silesta culpabilisa un peu de constater qu'il avait compris qu'elle avait réagi en grande partie par défi, même si cela n'enlevait rien au désir qu'elle avait éprouvé. Mais ce qu'il lui disait lui faisait quelque chose. Un peu comme chaque fois qu'il lui parlait en fait, elle n'y pouvait rien.

Elle s'excusa auprès de lui par un baiser bien plus sage que les précédents et s'enivra de son être. Sa peau contre la sienne, leurs mains liées, leurs corps enlacés et la jonction de leurs âmes, tout lui avait manqué depuis Hautelune et elle avait bu à sa coupe jusqu'à la lie. Ces retrouvailles avaient été à la hauteur de l'attente. Elle aurait brûlé sa peau à force de chercher le contact avec la sienne.

« Au moins, les cicatrices laissées par ce pourri de Cazador auront trouvé une plus noble raison d'être : celle de détourner l'attention de la marque de vos ongles dans ma peau, plaisanta le vampire avec satisfaction.

_ Oh ! s'offusqua Silesta, sciée par sa mauvaise foi. Dit celui qui appose régulièrement la marque de ses crocs dans mon cou. »

Astarion baissa les yeux sur les deux points écorchés qui n'avaient jamais cicatrisé depuis qu'il avait fait de son alliée son calice attitré. Il ne l'avoua pas mais elle avait raison. Au départ il se nourrissait d'elle par nécessité, mais avec le temps et l'évolution de son point de vue, le geste avait fini par ne plus revêtir la même signification. Certes, il avait toujours besoin de sang pour vivre mais plus que cela, le vampire s'était surpris à constater qu'il ressentait l'envie de sentir Silesta contre lui, avec lui. Quand elle relâchait son corps pour s'offrir, il la sentait aussi près de lui que quand il l'honorait de ses étreintes.

« Vous semblez bien songeur, remarqua Silesta avant de se draper d'une fausse affliction. Ah ! C'est ma faute, vous n'étiez pas prêt, en fait. »

Elle ne comprit pas pourquoi mais une chaleur se diffusa en elle face à l'étrange sourire qu'il lui retourna.

« En effet, je n'étais pas prêt. Maintenant, aussi exaltant et décadent fut ce moment, je m'en voudrais que la dureté du parquet ne nous fasse trop souffrir au petit matin. »

Sa compagne approuva l'invitation. Un lit serait plus à propos pour finir la nuit d'autant plus qu'elle n'aimerait pas que le reste de sa petite troupe ne les trouvent ainsi.

Elle récupéra sa chemise qui, comme le reste de leurs vêtements semés ici et là, avait eu le temps de sécher grâce au feu et l'enfila négligemment sous la surveillance en coin du roublard qui ne perdait jamais une occasion d'apprécier la beauté des choses en grand hédoniste qu'il était. L'ombre qui se dessinait sous le feu dans les creux de ses formes était une invitation à redécouvrir la moindre ligne de son corps.

Elle se tourna vers lui, sourire en coin.

« Bonne nuit, alors ? »

Pour toute réponse, Astarion lui prit le poignet et l'entraîna vers sa chambre.


Silesta s'étonna d'ouvrir les paupières non pas dans ses limbes bleutées mais sous un ciel parme clairsemé d'étoiles et entourée de roche sombre.

Le prisme astral. Elle qui espérait pouvoir profiter de son petit restant de sommeil dans la félicité onirique pendant que son corps physique apprécierait celle du peau à peau avec Astarion, c'était bien là le dernier endroit où elle voulait se retrouver.

Après un petit tour sur elle-même, la jeune femme trouva le locataire des lieux, assis contre une pierre et égaré dans la contemplation de la bulle prismatique qui renfermait le corps inerte d'Orphéys.

Le flagelleur sursauta légèrement, sur ses gardes.

« Comment avez... Oh, c'est toi. » Il se détendit et se remit en position face à son prisonnier. « Mon esprit vagabondait... Assez pour que tu te retrouves ici, semble-t-il. »

La saltimbanque marcha jusqu'à lui pendant qu'il lui expliquait que depuis que la pierre de Ketheric manquait pour contrôler le cerveau, ce dernier faisait montre de plus en plus de rébellion et ses assauts répétés en devenaient épuisants.

Alors qu'elle s'asseyait en tailleur non loin de l'Empereur, elle sentit une vague de peur s'emparer d'elle ; celle de son surprenant protecteur qui craignait par dessus tout que leur grand ennemi ne se libère de sa contrainte.

Elle garda le silence, partagée par ses émotions qui ne mirent pas longtemps à être exposées.

« Tu m'en veux toujours de vous avoir caché qui j'étais, comprit l'illithid. Mais tu sais au fond de toi que je n'ai pas usé de mon subterfuge spécialement parce que tu étais amenuisée par son amnésie. »

Elle se mordit la joue, énervée d'être autant mise à nu, et ne bougea pas quand elle sentit les yeux de son hôte sur elle.

« Si j'avais su que tes souvenirs étaient bridés par magie, je te l'aurais dit, crois-moi. Elle était trop puissante, même pour moi. » Il marqua un temps de silence. « J'ignore si cela t'apportera une once de réconfort, mais sache que l'apparence que j'ai revêtue pour t'approcher ne sortait pas de nulle part. »

Silesta tiqua et se tourna vivement vers l'Empereur. Celui-ci ne sut comment l'expliquer exactement mais il lui révéla que l'image de cette belle jeune femme elfe à la peau dorée et aux yeux verts était la seule esquisse de portrait qu'il avait été apte à capter dans les limbes qui constituaient l'inconscient de la saltimbanque.

Cette dernière en fut pantoise, incertaine de ce qu'elle devait éprouver et cela la déstabilisait. De la méfiance ? De la reconnaissance ?

« Vous pensez que cette personne fait... faisait partie de mon passé ?

_ Pourquoi pas ? Tu commences à entrevoir des bribes de souvenirs. Vois-tu, j'en suis presque à envier ta situation, Silesta. Depuis quelques temps, mes propres souvenirs remontent à la surface. Mes pensées me hantent et ne me laissent aucun répit. Elles ne vont que vers une seule personne.

_ La duchesse Stelmane ? J'ai ressenti votre affliction. »

L'illithid confirma d'un mouvement de tête. La duchesse n'avait pas été sa seule alliée - loin de là - mais la relation qui les liait avait quelque chose de spécial. Sans verser dans le lien intime par le plan charnel, ce duo formé était fort et efficace. Belynne avait confiance en lui tout comme la cité croyait en elle. Elle était l'actrice et l'Empereur l'écrivain de leurs rôles. Du temps de cette association, toutes les décisions importantes passaient par les Chevaliers de l'Écu. Autrement dit, par eux.

« De la même manière que je ne pourrai pas continuer sans toi ni les autres, sans Belynne, je n'aurais rien accompli de tout cela, confia-t-il doucement. Hélas, elle n'est plus. »

La jeune femme l'écoutait sans mot dire, perdue dans les reflets arc-en-ciel du dôme de contention du Prince de la Comète. Elle ne pouvait ignorer les regrets qu'elle entendait dans cet écho de voix gutturale en dépit de la trace d'amertume qui ne la quittait pas.

« Je suis désolée que vous l'ayez perdue. »

Elle le pensait sincèrement. La perte d'un être cher était terrible pour tout le monde, que l'on fût amis ou ennemis.

L'Empereur la remercia pour sa compréhension ; il mesurait encore la déception qu'il avait généré en elle.

« La plupart des gens pensent que les flagelleurs mentaux sont dépourvus de sentiments et d'âme. Heureux de voir que tu n'es pas ainsi. Gayle était dans le vrai quand il t'a parlé au temple de Shar.

_ Ne baissez plus votre garde. »

À qui Silesta adressait-elle réellement cette recommandation ? À l'Empereur fatigué par de trop nombreux assauts psychiques ou à elle-même qui se refusait à se défaire de cette impression de trahison qui l'empoisonnait ?

« Je ne le ferai pas. »


Fiuuu... Fait chaud ici. XD

J'avais envie de montrer une facette un peu plus affirmée de Silesta. OK, elle aime Astarion et respecte ses traumas mais elle a sa fierté aussi (et ses envies) !

Cet acte a été horrible à écrire... Tellement de trucs importants et pas drôles à faire que je me suis sentie obligée de compenser avec eux. M'enfin, vous ne vous en plaindrez pas, je pense...