C'est très rigolo de voir enfin les mouvements de lecture avec le compteur de vues. Je vois de temps en temps tous les chapitres qui prennent une incrémentation comme si quelqu'un commençait depuis le début ou parfois, la progression s'arrête après quelques chapitres. Ou au contraire, des chapitres complètement random ont un plus fort décompte que le reste. XD

M'enfin, je pratique l'adage : pas de nouvelle, bonne nouvelle. Si on ne vient pas m'insulter, c'est que ça doit passer dans l'ensemble lol

Journal des reviewers

Seulie : Félicitations pour ton nouveau job ! J'espère que tu t'y plairas ! :)
Tu es vraiment sûre que tu veux la suite ? Bon, j'aurais prévenu.

Liline37 : Mdr, oui, je me rappelle quand on arrive chez Cazador. Ombrecoeur demande à Astarion ce qu'il pense trouver là-bas et lui qui répond en gros « Ben... Des vampires T_T » C'est con mais ça m'a tuée. Ce qui me fait rire aussi c'est l'après, quand Astarion se sent con d'avoir fait preuve de sympathie. Silesta qui est toute contente de le voir faire un truc sympa et lui qui est en mode « Gneugneugneu... »

Erwynia : S'il y a bien une chose qui me fait encore plus plaisir qu'une review, c'est une review d'un nouveau lecteur =^^= Pour commencer, bienvenue à bord et bravo pour ton endurance d'avoir tout rattrapé O_o Ce devait pas être évident de tout digérer. Un très grand merci d'avoir pris le temps de me laisser un petit mot (plus les alertes et favoris!), et c'est encore plus plaisant si c'est positif!
Pour te répondre, Silesta n'est pas une Durge, même si ses transes peuvent laisser croire que. Ceci est une vérité absolue. Que dire d'autre? Tu embarques pour une histoire très longue qui est quasiment certaine d'avoir une fin, postage de chapitre les mercredi et samedi :) Et je serais ravie d'avoir encore tes retours pour la suite. Au plaisir!

Bon. Je vous laisse ici. J'ai... rendez-vous à l'extérieur.


CHAPITRE XXIX – LANCE ET LAME ACÉRÉE

Les aventuriers quittèrent la salle de l'épreuve presque au trot tellement Ombrecoeur était pressée. Elle touchait son rêve du bout du doigt alors que l'on n'avait cessé de le lui refuser depuis longtemps. Jamais elle n'avait autant ressenti la présence de sa déesse près d'elle, telle une ombre qui épousait ses pas pour mieux regarder par-dessus son épaule.

Au plus grand bonheur de la cléresse, ils n'eurent pas à aller bien loin pour trouver la bibliothèque tant recherchée. Celle-ci se trouvait au bout de l'allée des épreuves, point final de ce voyage initiatique. À leur entrée, les visiteurs eurent une nouvelle fois la surprise de trouver une famille de rats qui trottinait au milieu des décombres de statues écroulées.

Quand ils détectèrent la présence des importuns, les rongeurs eurent tous un même mouvement vers eux, hérissèrent le poil en crissant avec férocité et détalèrent sans demander leur reste. Silesta fronça les sourcils. Depuis quand ces bestioles agissaient-elles de façon aussi synchrone ? Elle glissa la main dans son sac et chercha à tâtons un petit flacon oblong qu'elle finit par caresser. Ouf, il lui restait une potion de communication avec les animaux. Son instinct lui soufflait que quelque chose d'étrange se tramait avec ces rats ; elle en aurait le cœur net dès que l'occasion s'en présenterait à nouveau.

La bibliothèque s'apparentait plus à une salle de classe par la présence des larges marches qui faisaient penser à des bancs d'amphithéâtre. Le long des murs, des étagères pleines à craquer de livres avaient été taillées directement dans la pierre. Ce qui captura aussitôt l'œil de nos amis fut l'immense grille qui s'élevait tout au fond de la salle, laissant entrevoir une antichambre inaccessible à celui qui n'était pas digne de la fouler. Les lieux étaient déserts mais l'atmosphère n'était pas la même que dans les salles des épreuves. Quelque chose d'important et de puissant n'était pas loin.

Amoureux des livres et de la connaissance, Gayle était dans son élément. Il approcha de la bibliothèque la plus proche et promena ses yeux le long des couvertures de cuir usé, imité d'Ombrecoeur sur une autre étagère. Lae'zel guettait la porte d'entrée par sécurité et Astarion et Silesta arpentaient la pièce en silence.

« Si la Lance de la Nuit est quelque part par ici, elle ne sera pas sans protection, murmura le roublard peu inspiré par l'apparente quiétude des lieux. Et pourtant, il n'y a rien ici à part... »

Il s'interrompit et constata que Silesta lui renvoyait la même expression tendue. Elle aussi avait compris. Ils firent volte-face ensemble.

« Ne touchez pas aux livres ! »

Ombrecoeur arrêta sa main à quelques centimètres de l'ouvrage qu'elle s'apprêtait à prendre et frémit. Astarion alla vite rejoindre la prêtresse et analysa avec précision la rangée de livres qui s'étalait sous ses yeux. Ce qu'il avait redouté se confirma bien vite : la bibliothèque avait été piégée pour ne pas livrer ses secrets aux moins attentifs.

« Votre déesse fera des cachotteries jusqu'au bout, s'amusa-t-il en s'affairant à désamorcer la mauvaise surprise. Laissez-moi vérifier les autres étagères avant de risquer de tous nous tuer. »

Pendant ce temps, Silesta était à la grille et regardait au-travers des barreaux de fer noir. Elle ne prêtait aucune attention aux très hauts autres rayonnages de livres qui s'élevaient dans les coins de l'antichambre, pas plus qu'au relief imposant de Shar qui veillait au fond. Non, elle n'avait d'yeux que pour l'étrange piédestal qui trônait en plein centre. Elle devinait les gravures d'une inscription en son sommet mais la distance à laquelle elle se trouvait ne lui permettait pas de les lire.

La jeune femme fit courir ses yeux partout sur la grille. Pas de serrure ; les talents de crochetage d'Astarion ne leur seraient d'aucune utilité. Il devait y avoir un mécanisme quelque part.

Par chance, elle ne serait pas seule dans sa recherche car justement revenait Astarion après avoir sécurisé la lecture des érudits ; quoiqu'il n'aurait pas été contre laisser une petite surprise explosive à Gayle...

« Nous ne serons pas trop de deux pour chercher comment ouvrir cette grille. »

Leurs premières recherches directement autour de la grille furent infructueuses et les contraignirent à élargir la zone d'inspection. Silesta s'appliquait comme elle le pouvait mais elle devait constater que le fait de rester une nouvelle fois dans le noir de façon prolongée la fatiguait bien plus que son homologue elfique. Ses yeux lui piquaient et les ombres finissaient parfois par se brouiller les unes dans les autres.

Sans grande surprise, ce fut le roublard qui découvrit une curiosité dissimulée dans le relief décoratif d'une bordure de mur : un bouton.

« Vous avez vraiment l'œil pour voir les choses cachées, le félicita la saltimbanque.

_ L'habitude d'avoir vécu caché pendant longtemps. Toutefois, le plus grand mystère qui m'est offert me reste encore insaisissable. »

Son interlocutrice pensa d'abord qu'il évoquait les cicatrices dans son dos mais le sourire entendu qui ourlait ses lèvres lui fit réaliser qu'il parlait directement d'elle-même. Elle demeura interdite. « Insaisissable » n'aurait pu être plus vrai. Elle avait hâte d'en apprendre plus sur son passé - c'était indéniable - mais elle n'était pas tranquille.

« Et si l'on se trompait depuis le début ? Et si j'étais en fait... un monstre ? »

Sa voix s'était brisée sur le dernier mot, emprisonnée par cette hypothèse qui la terrifiait soudainement. Les entrailles frissonnantes, Silesta leva un regard terne vers son compagnon qui décela un fond de peur. Le roublard aurait pu lui répondre comme l'avait fait Ombrecoeur auparavant et dire qu'elle ne pouvait pas être une mauvaise personne. Même s'il avait été le témoin privilégié de la tendresse d'âme de la jeune femme, ce serait mentir de nier la part d'ombre qui dormait quelque part en elle et elle avait parfaitement conscience de cela quand elle avait posé cette question.

« Vous saurez faire face et vous ne serez pas seule. Je serai avec vous. »

Silesta inspira. Cette promesse vibra au quatre coins de son être. Rien ne l'effrayait plus que la perspective de découvrir quelque chose qui pourrait mettre en danger ses compagnons et qu'ils se détournent d'elle, surtout cet elfe aux cheveux de neige.

Un petit déclic suivi d'un raclement de fer la fit se retourner. La grille de l'antichambre venait de s'ouvrir. Astarion et Silesta approchèrent de l'entrée en même temps qu'arrivaient les autres.

Échaudés par les pièges des étagères, les aventuriers avancèrent très prudemment vers l'autel central qui leur paraissait bien trop dégagé d'accès pour être honnête et leur méfiance fut justifiée car de nouveaux chausse-trappes se dissimulaient tout autour.

Ombrecoeur se pencha sur le piédestal pour y lire ses gravures : « Qu'est-ce qui peut réduire Chantenuit au silence ? ». Elle redressa aussitôt la tête vers ses alliés.

« La réponse est évidente, je l'ai lue à l'instant dans l'un des ouvrages à propos des épreuves de Shar. C'est le Chant Nocturne. »

Malheureusement, si sa réponse à l'énigme était bonne, cela ne devait pas être suffisant car rien ne se produisit. Tous s'épièrent, interloqués, avant de regarder tout autour. Rien n'avait bougé.

« Vous êtes sûre de votre réponse ? insista Lae'zel.

_ Catégorique. Il faut peut-être « mettre » la réponse sur l'autel mais je ne vois pas comment. Le Chant Nocturne représente Shar elle-même et je ne vois rien ici qui la personnifie à part des statues brisées.

_ En effet, soupira Gayle en cherchant autour de lui. Il n'y a rien ici à part des livres et encore des livres. »

Quelques secondes frustrées plus tard, le magicien ouvrit la bouche et agita un index impatient, visiblement éclairé d'une idée. Ses camarades le laissèrent retourner aux étagères de livres pour en récupérer un à la couverture brune. Quand il revint, il leur présenta le titre inscrit à la plume d'or : Enseignements de Shar : le Chant Nocturne puis déposa le livre sur l'autel.

Astarion eut un ricanement hautain.

« Vous ne pensez pas sérieusement que cela va être aussi évi... »

L'autel cliqueta et l'immense relief de Shar s'enfonça dans le sol pour dévoiler un passage caché.

Haussement de sourcils de douce fierté vengeresse du mage à l'encontre de son comparse roublard mouché. La plus grande des évidences pouvait être la mieux cachée.

Ombrecoeur accourut la première à l'intérieur et n'eut pas à aller bien loin. Sur un autel surmonté d'un buste de la déesse de la nuit reposait une lance effilée ornée d'un soleil noir en hématite à la base de sa pointe.

« C'est elle. La Lance de la Nuit pour le sacrifice », murmura la prêtresse en admirant l'arme sur toute sa longueur.

Dans les souffles suspendus de ses alliés, elle s'inclina avec respect devant l'effigie de la déité et se saisit à deux mains de la lance avec mille précautions comme si c'était Shar en personne qui la lui remettait.

Un frisson la traversa de part en part. Dame Shar approuvait son parcours durement mené. Ombrecoeur prit quelques instants pour s'imprégner de cette aura qui semblait danser autour d'elle puis se tourna vers les autres.

« Je suis prête à accéder au saint des saints, déclara-t-elle, la voix presque étriquée d'émotion. Allons-y. »

Même si elle n'était que témoin de l'extase qui étreignait son amie, Silesta était complètement imprégnée de sa joie tant il était inhabituel pour elle de voir la demi-elfe aussi expressive. Ombrecoeur vivait un grand moment et elle était aussi heureuse qu'honorée d'y assister.

Les aventuriers revinrent sur leurs pas et quittèrent la bibliothèque, prêts à retourner au mécanisme de l'entrée des épreuves de Shar lorsque Silesta s'immobilisa aussitôt, le regard porté droit devant : une farandole de petites ombres s'enfuyait plus loin et détalait vers un niveau inférieur.

« Cette fois, j'en aurai le cœur net ! » s'exclama-t-elle en partant comme une flèche.

La jeune femme ignora les appels interloqués de ses compagnons et continua de courir tout en récupérant la fiole oblongue de son sac. Elle la but et accéléra pour ne pas perdre les rongeurs de vue, volant presque au-dessus des courts escaliers qui descendaient le long d'une corniche. Elle pila net en manquant de tomber du haut d'une dent rocheuse et ne dut son salut qu'à un réflexe de Lae'zel qui l'attira en arrière pour ne pas chuter.

« Mais qu'est-ce qui vous prend ? tança cette dernière.

_ Ces rats ne sont pas normaux. Leur comportement est trop étrange et je suis certaine que ça cache quelque chose. »

La saltimbanque ne chercha même pas à savoir si les autres approuvaient ou pas. Son instinct était plus fort qu'elle. La jeune femme se laissa glisser le long de la paroi et continua de descendre en se faisant guider par les crissements aigus des rats qui galopaient plus loin devant. Elle ne réalisa qu'elle se trouvait au pied de la statue principale de Shar que lorsqu'elle vit l'une des bestioles disparaître pour se cacher derrière l'un des pieds de pierre qui était haut comme trois fois sa taille.

Quand elle en fit le tour, Silesta découvrit au sol un sceau magique formé d'un pentagramme tracé dans du sang ainsi qu'un parchemin. Ses alliés essoufflés arrivèrent au moment où elle se saisissait du papier. Astarion fut le premier à exprimer sa mauvaise humeur :

« Avez-vous bien conscience que nous pouvons perdre notre temps de bien meilleure façon qu'en chassant la ver... ? »

Il se tut face à l'arrivée de pas moins d'une cinquantaine de rats qui émergèrent tout à coup des ombres pour les encercler. Tous se figèrent, incapables de pouvoir remuer sans risque d'écraser un rongeur. Silesta se raidit aussi, peu rassurée par toutes ces bestioles qui les guettaient de leurs petits yeux rouges en se tenant sur leurs pattes arrières. Toutes sauf une qui faisait le gros dos et crissait avec férocité.

« Indignes ! Indignes de marcher au milieu des ossements d'alliés ! Partez ! cracha le rat avec fureur.

_ Du calme, le rembarra l'humaine. Qu'est-ce que tu racontes ?

_ Je parle de vous ! Intrus ! Envahisseurs ! C'est endroit n'est pas pour vous ! »

Les spectateurs silencieux ne pouvaient qu'observer ce drôle de spectacle de leur amie en train de discourir avec un rat visiblement très agressif. De toute évidence, la conversation ne se présentait pas sous les meilleurs auspices.

« Tu n'es pas un rat ordinaire, n'est-ce pas ? »

Le mammifère s'agita bizarrement sur ses pattes.

« Seul, je suis un rat ordinaire. Mais ensemble, nous sommes... quelque chose de plus. Certains se souviennent de s'être détournés du soleil. D'autres d'avoir revêtu l'armure noire. D'autres encore, d'avoir plongé une lame dans le cœur d'un innocent. »

Silesta scanna la flopée de points rouges statiques braqués sur elle avant de glisser lentement vers ses alliés, les yeux écarquillés.

« Tu... Vous voulez dire que vous êtes un seul individu transformé en une horde de rats ? »

La même stupeur frappa les autres pendant qu'elle regardait le pentagramme recouvert de rats à ses pieds.

« Nous ne devions être qu'un, et mort depuis longtemps. Au lieu de cela, nous sommes légion et survivons, cachés », débita le rat, secoué d'une fébrilité grandissante. « Nous ne vous laisserons pas vous en prendre à nous ! Indignes ! Vous n'auriez pas dû venir jusqu'ici ! »

Une pluie de couinements furieux déferla tout à coup tout autour d'elle, accompagnée de mille petits piques qui la matraquèrent sous tout le corps. La légion de rats venait de fondre sur les intrus, prêt à les faire ployer sous l'assaut coordonné de coups de dents et de griffes par dizaines. Silesta se débattit comme une diablesse en essayant de rejeter par de grands mouvements paniqués les bêtes qui s'accrochaient à ses bras et ses jambes. Quand elle se débarrassait d'un, trois autres revenaient aussitôt pour se venger.

Même débâcle chez ses amis en proie à la même férocité qui les empêchait de répliquer. Seul Gayle parvenait plus ou moins à se défendre en repoussant les rats par un sort de mains brûlantes.

« Il faut les tenir à distance ! » cria Ombrecoeur entre deux exclamations douloureuses.

Facile à dire. Comment tenir en respect autant de créatures concentrées au même endroit ?

Une idée germa dans l'esprit de Silesta. Ça ne suffirait pas mais ça leur permettrait de gagner un peu de temps.

« Que quelqu'un se tienne prêt ! Je vais utiliser un bulbe illithid comme à Malforge ! Ombrecoeur, protégez-moi pour le lancer ! »

Les bras clairsemés de petits points de sang, la jeune femme redoubla d'efforts pour se défaire des rongeurs qui excoriaient sa peau et chercha dans les recoins de son sac le projectile qu'elle extirpa rapidement.

« Maintenant !

_ Macte virtute ! »

Un bref bouclier de lumière l'entoura, repoussant les rongeurs qui étaient agrippés sur elle jusque dans ses cheveux. Silesta lança le bulbe là où sa courte fenêtre de vision lui indiqua qu'il y avait le plus de créatures. Quand l'objet heurta le sol, une onde pulsa et une bonne trentaine de rats s'agglutina en un tas couinant de fureur. Le rugissement d'Astarion couvrit leurs cris.

« Ira et dolor ! »

Un tourbillon de lames fantomatiques s'enroula autour de la masse de rats pour les lacérer impitoyablement en plus de ceux qui galopaient en leur direction. Silesta profita de l'effet de surprise pour déployer ses bolas et s'en servit comme écran de protection tout en forçant les rongeurs restants soit à reculer sur les poignards volants ou les vagues enflammées de Gayle. Par chance, les créatures n'étaient pas douées d'une si grande intelligence et furent décimées une à une, jusqu'à ce qu'une lumière écarlate n'illumine le dernier représentant à quatre pattes vivant, forçant les aventuriers à se protéger les yeux. Quand la lueur mourut, le rat avait laissé place à un homme en armure reconnaissable de tous : un Tribun de la Nuit ?

L'inconnu se redressa puis se remit debout à grand peine en gémissant de peur ou d'inconfort. Il était secoué de tics nerveux comme lorsqu'il occupait encore son corps animal.

« Ah ! Ces mains... trop grandes. Où sont les autres ? Où est le reste de moi ? s'alarma-t-il avant de fusiller ses adversaires du regard. Pourquoi avoir insisté ? Pourquoi n'êtes-vous pas partis comme tous les autres?

_ Qui êtes-vous ? somma Ombrecoeur, abasourdie de se retrouver face à l'un des siens. Un autre Tribun de la Nuit ?

_ Lyrthindor, le dernier Tribun de la Nuit. Je veille sur le temple de Dame Shar depuis que les autres sont morts. » La présence d'une homologue sharéenne ne sembla pas l'apaiser, bien au contraire. « Vous n'êtes rien pour moi ! Vous avez tout gâché en éventant mon secret ! »

Son amorce de geste pour attaquer Ombrecoeur fut vite stoppée par un lancer de dague agile - et passablement énervé - d'Astarion droit dans la visière étroite de son casque de Tribun. Inutile de dire que cette petite parenthèse animale ne l'avait pas amusé du tout, pas plus que le regard courroucé d'Ombrecoeur sur lui après avoir tué un membre de son culte, même fou.

« Plaignez-vous d'avoir été débarrassée de la concurrence, siffla-t-il avec suffisance avant de darder Silesta d'un lourd reproche. Satisfaite ? »

La jeune femme rousse réprima une grimace de culpabilité. Elle voulut s'excuser pour cette tergiversation mais le roublard avait déjà tourné les talons pour s'en aller. Elle soupira et baissa le nez, honteuse. Tout ça pour ça.

« Pardon, regretta-t-elle. J'ai cru que... »

Gayle lui tapota l'épaule en signe de soutien. Lui aussi avait été intrigué par ces rats depuis le début mais n'avait pas eu la curiosité d'aller jusqu'au bout.

« Astarion est surtout vexé d'avoir eu à utiliser une de ses meilleures compétences pour de vulgaires rongeurs, il s'en remettra, la rassura-t-il, confiant. Votre volonté de tenter le tout pour le tout fait partie de vos vertus, n'en ayez pas honte. Par contre, j'espère que vous savez coudre, vous me devez une tunique. »

Elle pouffa, vaincue. Que serait son voyage sans la bienveillance légère de cet homme ?

« Je vous en offrirai une bien plus belle encore. Sur mes propres deniers. »

Soulagée de ne pas s'être mis tous ses compagnons à dos, Silesta leur emboîta le pas pour repartir.

Le temps de se faire un peu oublier, la saltimbanque resta en retrait pour déplier le parchemin qu'elle avait ramassé près du pentagramme des rats. Le court texte aux tournures sibyllines évoquait la puissance du pluriel par rapport à l'individu esseulé et affirmait que la vermine en grand nombre pouvait se défaire d'un goliath solitaire. Elle comprit très vite que ces mots concernaient le malheureux Lyrthindor.

Les dernières lignes du parchemin achevèrent de la stupéfaire :

« Répétez par trois fois la formule Itori mustag.

Devenez la meilleure version de vous-même, embrassez la multitude.

Raphaël »

Silesta leva le nez du parchemin, le regard dans le vide. Raphaël ? C'était Raphaël qui était à l'origine de la transformation de Lyrthindor en nuée de rats ? Mais dans quel b...

Le choc de son corps contre l'armure de Lae'zel la ramena à la réalité et manqua de la faire tomber. Pourquoi tout le monde s'était-il arrêté de marcher ?

Un coup d'œil de biais lui indiqua qu'ils étaient retournés à la première table qui comportait toujours ces deux gemmes fuligineuses mais ce n'était pas ce qui avait attiré leur attention. En bas des marches menant à la partie est du temple jusqu'ici ignorée se tenait une créature immobile en train de regarder le groupe. C'était un énorme puma à la robe bleu nuit doté de deux longs tentacules qui sortaient de ses épaules. Ses iris citrine transperçaient la pénombre comme deux gemmes brillantes.

« Une bête éclipsante, souffla Gayle, sur ses gardes. Pas de geste brusque. Ces créatures comptent parmi les plus féroces. »

Chacun retint son souffle, le cœur battant. Si le félin se décidait à les attaquer, l'issue ne serait pas en leur faveur. Pourvu que leur état amoché laissé par les rats ne lui donne pas l'envie de terminer le travail.

Au grand étonnement de tous, la bête éclipsante disparut dans un autre couloir tout en soutenant leur regard étonné.

« Elle veut qu'on la suive ? interpréta Silesta d'une petite voix. Enfin, je dis ça... »

Elle préféra ne plus se montrer trop prompte à courir derrière une nouvelle bête, surtout de ce gabarit.

« On dirait, confirma Astarion qui attrapait son arc avec prudence. Allons voir. J'ai cru déceler une odeur de soufre par là-bas. »

Ses comparses échangèrent un regard grave puis le talonnèrent pour ne pas le laisser seul en cas d'attaque. Quand ils arrivèrent là où s'était tenu la créature juste avant, ils la retrouvèrent un peu plus haut dans le couloir à les attendre sagement avant de disparaître encore dans la salle voisine. Le doute n'était plus permis : elle voulait être suivie.

Ce qui était aussi de plus en plus évident était cette insupportable odeur de pourriture qui imprégnait leur odorat jusqu'à la saturation. Des réminiscences parfumées des quartiers de Balthazar à Hautelune se rappelèrent à leur bon souvenir. Ça empestait la mort. La vision s'ajouta à l'odeur quand les aventuriers pénétrèrent la salle dans laquelle avait disparu la bête éclipsante. C'était encore plus insoutenable que ce qu'ils avaient pu trouver chez le nécromancien.

Des dizaines, non, des centaines de cadavres, de viscères, de membres humanoïdes et de crânes s'entassaient dans le moindre recoin, sublimés dans l'horreur par la lueur mourante des bougies allumées. Plus que le nombre étourdissant de victimes, c'était l'atmosphère de barbarie innommable qui flottait tout autour qui prit les visiteurs à la gorge. Toutes les périodes de pourrissement se côtoyaient ; du squelette ébréché depuis des siècles jusqu'au corps desséché qui se décomposait lentement. Des entrailles qui devaient appartenir aux corps écartelés aux murs et ravagés par la violence remplissaient les braseros à défaut de charbon.

Silesta ne tint plus quand elle découvrit la bête éclipsante postée au pied de ce qui constituait un véritable autel de cadavres empilés les uns sur les autres. Elle fit volte-face vers une jarre posée sur le côté et vomit, secouée de haut-le-corps irrépressibles. Hormis ses spasmes de dégoût, aucun autre son n'effleurait le silence.

« Un endroit parfait pour une embuscade », décréta Lae'zel, aussi interpellée par le calme des lieux que par la placidité du félin immobile.

Drapé de sa cape de furtivité, Astarion ne faisait plus qu'un avec le silence, les sens aiguisés au maximum de leur seuil d'alerte. Ils n'étaient pas seuls ici. Quelque chose d'oppressant condensait l'air qu'ils respiraient.

Le son imperceptible d'une corde qui se tendait.

Le roublard se jeta d'une roulade sur le côté et banda son arc dans les hauteurs qui les surplombaient.

La voilà, la présence oppressante : sur les restes d'un étage à moitié détruit se dressait de toute sa masse et de toute sa hauteur un orthon colossal à la peau brique. Même dans la pénombre qui le dissimulait se distinguaient ses yeux orangés brûlant du feu des Enfers et ses cornes râpeuses dressées sur son crâne. Son ossature avait de quoi faire de l'ombre au « frère » de Balthazar et les nombreux crânes qui servaient de décorations à sa cape hurlaient que c'était lui l'auteur de tous ces massacres en contre-bas.

« Ainsi c'est lui. L'ennemi de Raphaël, s'enthousiasma Astarion en bandant davantage son arc. Fais tes...

_ Silence ! » rugit le démon d'une voix puissante et rauque.

Il ne semblait nullement intéressé par les intrus, même s'il les tenait en joue de son arbalète. Ses pupilles fendues errèrent dans le vague quelques instants.

« La chanson... Je ne l'entends plus ! s'exclama-t-il avec ébahissement. Le contrat est rempli ! »

Silence flottant en face.

« Par les Neuf Enfers, qu'est-ce que ça veut dire ? » tonna Astarion qui ne comprenait rien à rien.

Le diable plissa les yeux en sa direction.

« Ceux qui vivent assez longtemps pour le faire m'appellent Yurgir. J'ai été mandaté par Raphaël pour tuer tous les Tribuns de la Nuit qui occupaient ce temple. Le contrat était une chanson, gravée dans ma tête jusqu'à la complétion de ma tâche. J'ai dû chantonner cet air maudit pendant des années. » Il se tut avant de reprendre dans un souffle. « Mais il s'est arrêté. Le contrat a été honoré. Je suppose que vous voir débarquer ici au même moment n'est pas une simple coïncidence... »

La même vague d'incompréhension ondula de l'un à l'autre des aventuriers. Silesta sortit son parchemin de sa poche.

« Il... Il y avait encore un Tribun, mais il est mort maintenant, balbutia-t-elle, sciée. C'est Raphaël qui l'avait dissimulé en le transformant en rats. »

Astarion tressaillit comme si on lui avait appliqué un fer chauffé à blanc tandis que Yurgir retroussait les lèvres avec colère, dévoilant encore plus ses crocs acérés. Ce renard de Raphaël était pourri jusqu'à la moelle, c'était à s'en douter. Il aurait mieux fait d'arracher la langue de ce diable avant même de lui laisser le temps de proposer ce fichu contrat.

« Ça tombe bien, Yurgir, car me voici » s'éleva une voix traînante suivie d'une colonne de flammes.

Raphaël fit son apparition aux côtés de nos amis tout en faisant quelques pas comme s'il s'était téléporté depuis une promenade tranquille.

« Il me semblerait de bon aloi de te dispenser un petit cours de sémantique, glissa tranquillement l'homme en s'accoudant contre son bras replié sur sa poitrine, ses yeux froids posés sur l'orthon. Les détails sont diablement importants, n'est-ce pas ? Peut-être n'as-tu pas prêté assez attention aux clauses de ton contrat. »

L'orhon avait décalé son arbalète sur Raphaël, l'envie de le tuer dansant dans ses yeux. Loin de s'effrayer de cela, le gentilhomme élégant agrandit son sourire sardonique.

« Le contrat était limpide : c'était à toi de l'honorer. Il n'a jamais été stipulé que tu avais le droit de faire appel à des tiers, soit dans le cas présent, ce groupe d'aventuriers un peu trop curieux. Autrement dit : notre accord devient caduque.

_ À d'autres ! répliqua Yurgir, la voix tremblante de haine vengeresse en visant le cœur du diable. Tu es à moi, Raphaël. Paye ta dette et je t'accorderai une mort rapide.

_ Accorde-toi plutôt une minute de réflexion, le contra-t-il en regardant ses ongles dans une splendide indifférence. Tu es sur le point de jeter aux orties le peu de réputation qu'il te reste et qu'est-ce que tu y gagneras ? Plus de contrats, plus de gloire, et par conséquent, plus de pouvoir... Tu ne seras plus qu'un tas d'excréments que mêmes les lémures n'oseront approcher. »

Conscient d'avoir déployé un argument de choix, il poussa le vice jusqu'à proposer un nouveau contrat à l'orthon afin de « rééquilibrer les comptes ».

« Et dans mon infinie mansuétude, je consens à assortir ce nouvel accord d'un changement de décor », précisa-t-il dans une immense délectation.

Yurgir écumait de rage ; sa respiration contenue trahissait la pulsion meurtrière qui l'animait. Il finit néanmoins par abdiquer de mauvaise grâce et exigea comme condition de ne plus inclure de chanson dans son contrat. Raphaël s'en désola, attristé de ne pas pouvoir pimenter les choses d'une petite pointe de fantaisie, mais soit. Plus de chansons.

« Je t'attendrai à la Demeure de l'Espoir. Fais-toi plaisir avec les cocktails et les amuse-bouches avant de signer ton nouveau contrat, l'enjoignit le diable, visiblement très satisfait de son entourloupe avant de se tourner vers le groupe de témoins mortifiés. Merci quand même, Astarion, Silesta... »

Avant que qui que ce fût ne puisse réagir, deux nouvelles colonnes de flammes engloutirent les deux diables et le silence pestilentiel retomba, encore plus assourdissant qu'auparavant. Quelques secondes choquées passèrent.

La couche de glace qui avait pétrifié Astarion sur place explosa en même temps que lui :

« Par tous les dieux de tous les Plans, mais qu'est-ce qui vous a pris ? vociféra-t-il en se plantant devant une Silesta hébétée. Pourquoi avez-vous parlé de ce Tribun ? Désormais, l'orthon est libre de retourner aux Enfers comme ça lui chante et moi, je me retrouve sans rien ! Pas la moindre information sur mes cicatrices, aucune piste de repli ni même de raison qui m'explique pourquoi je vous parle encore ! »

Sa voix résonnait aux quatre coins de l'espace vide, chaque rebond d'écho claquant plus fort que le précédent. Complètement désemparée, Silesta ne savait pas à quoi se raccrocher pour ne pas céder aux ténèbres qui noircissaient le regard du vampire.

« Raphaël n'est pas digne de confiance et cet orthon en est une nouvelle preuve, assura-t-elle avec conviction. Il s'est fait pié...

_ Peut-être, mais tout ceci relevait de mon affaire et à moi seul ! Vous n'aviez pas à intervenir ! Ni avec l'orthon ni avec ces maudits rats ! vitupéra Astarion de plus belle, emporté par sa fureur. Tout ça, c'est de votre faute ! Cessez de vous servir de la vie des autres pour compenser le vide béant de votre existence en filigrane ! »

Une lame de glace empoisonnée enfoncée centimètre par centimètre dans son cœur aurait été moins douloureuse que ce camouflet haineux qui venait de lui couper le souffle. Silesta était clouée sur place. Mortifiée, elle ne réussit pas à articuler le moindre son entre ses lèvres entrouvertes et préféra s'en aller d'un pas vif.

Alors que le claquement de ses talons mourrait au loin, Astarion affronta les mines fermées de ses autres compagnons.

« Ne me regardez pas ainsi. Elle n'avait pas le droit », se défendit-il, encore enveloppé de rancœur.

Le silence qu'il eut en réponse laissa entendre une désapprobation commune et ce fut Gayle qui la verbalisa de façon bien acerbe :

« Si quand vous étiez magistrat, vous rendiez vos jugements avec autant de bêtise, je comprends pourquoi on vous a passé à tabac, trancha-t-il d'une voix glaciale avant de froncer du nez. Avant de briser un cœur, ayez au moins la décence de vérifier d'abord si vous n'y êtes pas. »

Sur ces mots, le magicien le doubla et disparut à son tour à la suite de la saltimbanque. Astarion demeura immobile, incapable d'atténuer cette bile âcre qui excoriait ses entrailles et incendiait son esprit.


Pas taper sinon je poste plus T.T

Je suis une sadique dans mes écrits et on me l'a toujours dit (et encore, c'est rien par rapport à ce que j'ai fait sur ma fic sur Ouran Kôkô Host Club)

J'aime la difficulté, je voulais mettre un peu beaucoup de pagaille entre eux XD Promis, la réconciliation sera à la hauteur de l'affront. Soyez juste patients, il y a encore pas mal de péripéties avant de pouvoir discuter calmement.

Ca m'a pas fait plaisir de suicider Yurgir juste pour pas rompre avec Astarion. Yurgir est un good boy lui aussi. Flippant, mais good boy.