La vache... 300 pages O_o J'ai dépassé les 300 pages A4. C'est plus une fic ni un roman, ce truc. C'est une profession de foi !

Journal des reviewers

Seulie : Fallait bien en créer un peu. Ça les consolidera !

Liline37 : Oui, d'un point de vue logique, on est raccord. Mais j'aurais tout aussi bien pu laisser Astarion gérer Yurgir normalement pour avoir ses réponses et on laissait son « couple » tranquille :) Mais tu as cerné ce que je voulais je voulais en effet créer un peu de distensions pour donner un peu de relief au tout et approfondir leur lien.
Oui mon Gayle n'adoré est trop =^^= On va le laisser s'exprimer un peu, d'ailleurs.
Ta review et la mienne se sont croisées, le timing était trop parfait. Encore bravo pour ton début de fic ! ^^

Erwynia : Ha ha, oui, il y est allé un peu fort, mais faut le comprendre. Il saura se faire pardonner le moment venu.
Et oui, les rats, c'est bien ça. La popo de communication aide à comprendre le truc.

Jennalocked : Hé hé, oui ça appelle à une suite. Astarion est très très pétard mais ce n'est pas un idiot. Mais... Astarion est Astarion et il a du mal dès que ça touche aux sentiments réels. On verra ! :)

On va pas laisser Silesta toute tristoune quand même, la pauvre.


CHAPITRE XXX – DANS LA GISOMBRE

Gayle retrouva Silesta où il l'avait espéré, assise sur les marches menant au palier de la table aux gemmes fuligineuses. Elle se remit aussitôt debout quand elle entendit les pas du magicien derrière elle tout en gardant résolument le dos tourné. L'homme comprit à la raideur de ses mouvements qu'elle était ébranlée, voire pire encore. Il s'arrêta et chercha comment atténuer la douleur qu'elle devait ressentir.

« Silesta... »

Elle leva aussitôt une main pour l'arrêter.

« Non. N'essayez même pas. »

Sa voix se voulait assurée mais Gayle avait entendu le léger chevrotement qui avait cassé son ton. Silesta baissa la main qu'elle serra en poing.

« Il a raison. Si l'on regarde les faits, Astarion a raison. C'est de ma faute.

_ Comment auriez-vous pu prédire que ces rats seraient la clé de la libération de ce Yurgir ? s'insurgea le magicien. Personne ne l'aurait pu ! Et si vous tenez tant à vous en tenir aux faits, c'est Astarion lui-même qui a porté...

_ Mais sous quelle impulsion ? le coupa-t-elle d'une voix plus aiguë et colérique. Qui s'est lancé sur les traces des rats en premier ? Qui ? »

Gayle se tut, les dents serrées. Jamais il n'avait entendu Silesta avec autant de ressentiment et savoir qu'il ne pouvait pas nier la véracité de son argument le mettait encore plus en rogne.

Le silence retomba pendant lequel la jeune femme remuait la tête lentement comme si elle se repassait le film de ce qui s'était passé pour constater encore et encore qu'elle avait fauté dans les grandes largeurs. Gayle ne supportait pas de la voir se fustiger ainsi alors qu'elle n'avait jamais pensé à mal.

« Sile...

_ Je voulais l'aider. Vraiment. Aussi sincèrement et volontairement que je veux voir Ombrecoeur devenir Tribun de la Nuit ou vous empêcher de vous tuer, murmura-t-elle. Appelez cela de la trop grande gentillesse, de la stupidité, de la candeur, ce que vous voulez. » Elle se tut et eut un faible rire, terne et sans chaleur. « Mais c'est ce pourquoi j'existe. Je suis une artiste, une amuseuse des rues. Je vis pour le sourire et la joie d'autrui. Je n'ai que ça pour me sauver de ce... vide. »

Elle baissa subitement la tête, incapable de prononcer ces autres mots qui l'avaient assassinée. Quand elle finit par se retourner vers lui, ce fut Gayle qui eut mal. Le détachement qu'elle forçait pour conserver son masque de bonne humeur et de légèreté habituelles contrastait violemment avec ses iris pluvieux dilués de tristesse qu'elle se refusait à montrer.

« Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal, avoua-t-elle d'une voix éraillée qu'elle voulait neutre. Savoir que j'ai peut-être empêché Astarion d'accéder à sa totale liberté ou ne pas savoir quoi faire pour rattraper ma bêtise. »

Gayle la prit par les bras pour l'attirer contre lui. Il ne comprenait pas cette façon de raisonner. Astarion était allé beaucoup trop loin dans ses propos ; que faisait-elle de cela ?

Quand il comprit enfin, il n'en fut que plus bouleversé : elle pensait mériter ces reproches et ne devait pas s'en plaindre parce que l'erreur première venait d'elle. Conscient qu'aucune parole ne saurait la défaire de sa culpabilité, le magicien se contenta d'offrir à son amie sa présence pour l'apaiser.

Le nez contre la tunique de Gayle, Silesta ne bougeait pas. Ses pensées acerbes étaient suspendues dans la senteur de patchouli et d'ambre qui imprégnait le tissu et ce soulagement indescriptible de ne pas sombrer. Elle ferma les yeux et s'autorisa à déposer les perles de sa rage contre le pilier qui s'était dressé pour la garder debout. Merci, Gayle. Encore.

« Vous aussi, vous avez l'impression que je me sers de vos vies pour exister ? »

C'était une question aux intonations timides mais qui hurlait d'angoisse. Le magicien recula d'un pas pour lui sourire avec confiance.

« Jamais de la vie, certifia-t-il, heureux du faible sourire soulagé qu'elle lui retourna. Je pense au contraire que, aussi étrange cela puisse-t-il paraître, votre amnésie constitue l'une de vos plus grandes forces. Vous évoluez à l'instinct, vierge de toute influence du passé, et il n'en résulte qu'une sorte de pureté aux échos aussi vibrants que la Trame elle-même. Vous accueillez l'essence brute d'autrui tout comme vous, vous n'avez que votre âme encore jeune. Et je trouve cela d'une beauté incomparable. »

Silesta sentit son sourire s'évaporer dans une émotion tiède. La lame de glace laissée par Astarion était toujours là, plantée dans son cœur et pourtant, la douleur se faisait moindre. L'expression éperdue qui flottait sur son visage fit comprendre à Gayle qu'il s'était peut-être laissé un peu emporter par son envie de réconforter son alliée, aussi sincère fut-elle.

Il toussota et chercha à reprendre une posture plus droite.

« Ne flanchez pas, Silesta. Si vous ne contrebalancez plus mes pitoyables traits d'humour, les autres finiront par vouloir déclencher eux-mêmes mon explosion. »

La jeune femme eut un rire, un vrai qui chanta, même entravé par un relent de tristesse. Elle opina du chef et se reprit. Elle n'avait pas de mot assez forts pour remercier son ami pour son soutien et espéra que son regard parlerait pour elle.

La parenthèse se referma quand les autres les rejoignirent et l'atmosphère qui s'installa une fois qu'ils furent tous présents devint indescriptible. Un malaise général piqueté de tension exultait entre Astarion et Silesta. Ils eurent l'un pour l'autre un regard insondable qu'ils rompirent de concert.

L'humaine préféra ne pas se risquer à replonger dans la mélancolie et se tourna vers Ombrecoeur.

« Il me semble que l'on vous attend pour la remise de vos galons. »

La prêtresse lui rendit un faible sourire aux échos désolés puis s'avança jusqu'à la gemme brillante incrustée dans le sol au bord de la petite terrasse et appuya dessus. Le plateau tenu par l'immense statue de Shar trembla un peu puis lévita doucement jusqu'à eux. Tous montèrent dessus et un nouvel actionnement plus tard, la plate-forme reprit son chemin dans les profondeurs du temple jusqu'à un palier qui se poursuivait directement dans les entrailles de l'étage inférieur.

Une nouvelle table étrange semblable à la première les attendait, cette fois-ci dotée de quatre espaces creux. Silesta fronça les sourcils.

« Quatre ? Mais il n'y avait que trois épreuves, s'affola-t-elle.

_ L'orthon en a laissé une derrière lui quand il a disparu, expliqua Lae'zel pendant qu'Ombrecoeur installait les gemmes fuligineuses dans leur emplacement. Ce devait être une prise de guerre de l'une de ses innombrables victimes. »

La quatrième et dernière sphère installée, la porte scellée face à eux s'ouvrit sur un corridor sombre dont l'extrémité était illuminée d'un faible halo bleuté. Le groupe avança jusqu'à se retrouver dans un cul-de-sac : un bassin qui s'enfonçait vers une nouvelle galerie inondée venait d'arrêter leur progression. De l'autre côté du bassin, une nouvelle Shar de pierre les toisait de sa haute prestance.

« Me voici à l'ultime étape, déclara Ombrecoeur en se mettant à genoux devant le bassin. Je dois prier. Si je suis parvenue jusqu'ici, c'est uniquement par la grâce de Shar. »

La prêtresse ferma les yeux et baissa le menton sur sa poitrine pour une dernière conversation avec sa divinité. Même si elle ne partageait pas le culte de son alliée, Silesta se laissa à incliner brièvement la tête vers la statue en signe de respect. S'ils étaient encore en vie, Shar devait y être aussi pour quelque chose.

Ombrecoeur se releva vite, prête à en finir. Lae'zel s'étonna de la rapidité de cette prière express. Les yeux vert d'eau de la demi-elfe brillaient de détermination.

« Certaines prières reçoivent une réponse plus rapidement que d'autres. Il est temps d'y aller. »

Sans perdre plus de temps, elle descendit les marches menant au bassin, imitée de ses acolytes. Le froid de l'eau remonta lentement des pieds de Silesta jusqu'à ses bottes et devint frisson quand il entoura sa jambe de plus en plus haut. Était-ce seulement du froid ? Ou une pernicieuse sensation de terreur qui s'insinuait fibre après fibre, inconnue de tout ce qu'elle avait déjà pu éprouver auparavant ?

Son cœur se mit à s'agiter sans raison apparente dans sa poitrine. La pression de l'eau sur elle se fit plus forte, plus avide. Des mains froides se mirent tout à coup à enserrer ses chevilles et ses cuisses. Transie de peur, Silesta voulut faire volte-face pour s'enfuir mais c'était trop tard. Un mur invisible se dressa face à elle et les mains tirèrent de plus en plus fort vers le fond. L'eau se fit épaisse autour d'elle alors qu'elle se débattait, les mains tendues vers la surface qui disparaissait petit à petit. Elle chercha ses compagnons des yeux mais elle ne vit que le bleu glacé de la lumière. Sa vue perdit en clarté. Ses poumons se comprimèrent.

Les ténèbres l'engloutirent.

Le silence était absolu, sublimé par le frais anesthésiant qui enveloppait son corps d'une coquille de félicité apaisante. Soudain, une fantastique remontée d'eau éructa de ses entrailles vers sa gorge avec la puissance d'un geyser.

Animée d'un réflexe viscéral, Silesta roula sur le côté en toussant violemment sans pourtant rien recracher. Ce spasme était pire que chez Yurgir. Son cerveau se remit pleinement en marche quand elle entendit les échos douloureux de ses compagnons près d'elle, eux aussi en proie à des restes d'une trop grande ingurgitation d'eau magique. Elle reconnut les intonations de chacun, ce qui lui apporta le réconfort nécessaire pour terminer de cracher ses poumons en paix, jusqu'à enfin prendre le temps de voir autour d'elle.

« Mais qu'est-ce que... »

Elle ne put parler plus, emportée par la vision irréelle de cauchemar qui s'affichait devant ses yeux éberlués.

Dans un néant obscur sans ciel ni terre flottaient des amas de pierre sombres tels des restes d'un immense séisme détachés de la croûte terrestre. Des chaînes bardées d'épines se tendaient dans ce même espace oublié du temps, accrochant peut-être tous ces éléments disparates à ce qui restait de la réalité. Sans la moindre trace de vent, des morceaux de roche tourbillonnaient autour d'eux au son d'un tonnerre invisible qui grondait dans le lointain.

Silesta se remit lentement debout pendant que ses amis mesuraient à leur tour la sombre teneur de leur nouveau décor. La plus impressionnée devait être Ombrecoeur, bien que son visage ne reflétait surtout qu'une admiration respectueuse.

« Dame Shar... Je sens sa présence partout autour de moi. Nous sommes dans son domaine : la Gisombre.

_ Vous vous êtes montrés bien plus efficaces que je ne l'aurais cru », intervint une voix doucereuse.

Ils sursautèrent. Balthazar venait de sortir de nulle part. Porté par une énergie violine qui le faisait léviter au-dessus du sol, le nécromancien doubla les aventuriers comme si de rien n'était.

« Hâtons-nous, que je vous présente mon chef-d'œuvre, les héla-t-il.

_ C'est le domaine la Dame Sombre, souffla Ombrecoeur à voix basse. Il n'a rien à faire ici.

_ Comment avez-vous fait pour arriver jusqu'ici ? », interrogea Gayle, scié.

Balthazar haussa tranquillement les épaules. Il les avait suivis à distance, pardi. Il semblerait que Shar avait toujours quelques griefs contre le Général Thorm et s'était arrangée pour empêcher son serviteur d'entrer en son nom.

« Vous avez été la diversion idéale pour me permettre de contourner ses défenses, je vous en remercie. » Sa fausse affabilité se durcit d'impatience. « Maintenant, avancez. Nous avons une relique à récupérer. »

Puis il disparut, laissant dans son sillage une désagréable impression de s'être fait avoir. Bien décidée à ce que cet imposteur de nécromancien ne réduise pas tous ses efforts à néant, Ombrecoeur partit en avant.

« Hors de question qu'il nous devance. Allons-y. »

Le groupe s'élança à sa suite le long de la corniche escarpée et accidentée qui leur servit de chemin dans la Gisombre.

Parfois, dans la lueur blafarde de gros cristaux à en faire pâlir ceux des Tréfonds Obscurs, de furtives images d'anciens tribuns de la nuit leur apparaissaient en scandant de leur voix d'outre-tombe différentes injonctions. « Écoutez-la ». « Tuez-la »... Ces paroles frémissaient avec toujours plus de ferveur ; mélopée lancinante qui ne faisait qu'engourdir la raison. Même Silesta ressentait une forme de douce fatigue à force de les entendre. Shar voulait-elle s'assurer que sa championne ne faiblisse pas aux portes de la consécration ultime ?

De temps à autre, la corniche se brisait et le chemin se poursuivait sur un nouveau pan de roche flottante à plusieurs dizaines de mètres plus bas. Gayle avait commencé à protéger ses amis d'un sort de feuille morte mais la foi d'Ombrecoeur pour sa déesse avait suffi à leur démontrer que cela n'était pas nécessaire. Il n'y avait qu'à sauter naturellement et la gravité éthérée des lieux faisait le reste.

À mesure de leur progression, nos amis devinèrent au loin ce qui devait constituer l'épicentre de la Gisombre : un plateau rocailleux plus large que le reste au centre duquel brillait un cercle magique se tenait en contre-bas. Ils pressèrent le pas.

Enfin, leur dernier saut décuplé les porta au rebord du plateau central et à leur grande surprise, là où ils avaient pensé faire face à un nouvel autel sacré leur présentant une quelconque babiole, ils trouvèrent Balthazar en train de converser avec une femme qui se tenait en plein cœur du cercle magique vu plus tôt.

Vêtue des guenilles sales restantes de ce qui devait être une ancienne robe grise, la femme se débattait contre des mains fantomatiques qui la maintenaient en place. Sa peau gris perle était couverte de poussière et marquée comme si elle habitait cet endroit de cauchemar depuis des années. Âgée d'une bonne trentaine d'années au moins, sa blondeur d'enfant tranchait impitoyablement avec la férocité tempétueuse qui hurlait dans ses yeux fiers. Mais le plus saisissant était les zébrures dorées qui craquelaient son visage, comme une poupée de porcelaine qui avait été brisée puis recollée.

Elle se défit des mains spectrales qui lui retenaient les bras et se redressa pour toiser le nécromancien de toute sa hargne.

« Balthazar. Vous êtes là pour ajouter de nouveaux barreaux à ma prison, j'imagine ? tança-t-elle avec provocation avant de se tourner vers Ombrecoeur, plus sinistre encore. Ou peut-être pour aider cette prétendante au titre de Tribun de la Nuit à plonger sa lame dans mon cœur ? »

Sa tentative vindicative d'approcher la prêtresse fut vite arrêtée par de nouvelles mains pour la retenir. La femme pesta et recula, résignée.

« Je vous en prie, allez-y, invita-t-elle, ses yeux bleus dans ceux de la sharéenne. Corrompez davantage votre âme avec de nouveaux péchés. Ma vengeance n'en sera que plus douce le moment venu. »

Balthazar eut un soupir déçu.

« Ailyn, Ailyn... Toujours aussi ingrate, incapable d'apprécier la valeur de mes cadeaux. Mais le Général Thorm t'apprécie, lui, au moins. Il te veut à ses côtés, me voici donc ici présent pour te ramener à lui.

_ Ah, ce cher Ketheric, railla-t-elle en vomissant ce nom. Ce sera un plaisir de le revoir, après tous ces siècles. Il aurait pu me rendre visite plus souvent. Après tout, n'est-ce pas de mon essence qu'il tire son immortalité ? »

Une vague de stupeur traversa l'assemblée silencieuse. Cette femme... Ce qu'elle venait de dire... Elle s'exprimait comme si elle était...

« Chantenuit ? souffla Lae'zel, abasourdie. Chantenuit est une personne ? C'est elle, la relique ? »

Ailyn eut un frémissement de dégoût à l'entente de ce nom et plissa les yeux alors que Balthazar lui, tiqua comme si on lui avait dit que le ciel était rose. Une personne. Chantenuit, une personne. C'était là une insulte envers elle. Et envers lui et son œuvre. Ailyn, ou Chantenuit dans le cas présent, était une aasimar ; un être semi-divin qui ne restait docilement en place que grâce à la cage spirituelle créée par le nécromancien pour la contraindre à partager son immortalité avec Ketheric Thorm.

« La puissance d'une aasimar, la volonté du Général Thorm et mon génie. L'association parfaite, se gargarisa le nécromancien avant de reprendre son sérieux. Bien. À présent, cessez de me gêner. Veuillez reculer pour que je prépare Ailyn pour le trajet. »

Il eut pour toute réponse le fer de la Lance de la Nuit pointé droit sur sa tête. Le regard d'Ombrecoeur n'était plus qu'un puits sans fond.

« C'est vous, qui me gênez vers mon ascension. Et si cela me permet en plus de priver Thorm de sa source de pouvoir, cela n'en sera que meilleur.

_ Sale petite... cracha Balthazar d'une colère frémissante. Peut-être réanimerai-je votre carcasse pour vous ajouter à mon armée. Vous aurez tout le temps du monde pour réaliser votre erreur. »

Les mains entourées de lumière verte, le nécromancien les plaqua soudainement au sol. La terre trembla et un véritable escadron de squelettes se reconstitua des restes d'ossements qui jonchaient l'espace. En à peine quelques secondes, nos amis se retrouvèrent cernés de toute part et furent pris en chasse par les soldats tombés. Gayle s'extirpa aussitôt de la mêlée par une incantation de pas léger, imité d'Astarion qui disparut dans les ombres sous couvert d'une potion d'invisibilité. Les femmes, elles, attrapèrent chacune leurs armes et s'attaquèrent à repousser les non-morts qui leur sautaient dessus.

Bolas en main, Silesta tournoyait dans une danse improvisée pour se fendre un chemin dans la horde de morts-vivants qui l'encerclaient tout en faisant voler crânes et cages thoraciques dans un feu d'artifice macabre. Elle pensa se défaire du dernier squelette lorsque tout à coup une détonation près d'elle la fit sursauter. Très vite, un nuage verdâtre se répandit autour d'elle pour lui obscurcir la vue mais surtout incendier sa gorge et ses poumons. On lui aurait versé de l'acide directement dans l'œsophage, le résultat aurait été le même.

Elle tomba aussitôt à genoux, étranglée entre une envie irrépressible de tousser et le besoin vital de respirer. Il n'en résulta qu'une souffrance atroce qui fit vriller son esprit. Au-dessus d'elle, elle entendait les appels horrifiés de Gayle et d'Ombrecoeur qui lui intimaient de vite sortir. Le fracas d'armures qui s'entrechoquaient retentissait tout autour d'elle. Ses alliés se battaient pour retenir les autres morts-vivants de s'en prendre à elle. Elle devait bouger ou elle allait mourir de suffocation ou dévorée par la décomposition nécromantique.

Sa vue disparue sous des larmes d'irritation et le corps secoué d'une quinte de toux infinie, Silesta rassembla le peu de concentration qui n'avait pas été emporté par la peur de mourir et se traîna à quatre pattes droit devant. Avancer. Ne pas s'arrêter. Ignorer la pensée que chaque goulée d'air qu'elle cherchait désespérément à happer ne faisait que l'affaiblir davantage. Elle perdit un instant le lien avec son esprit et prit peur, rejetant encore plus de force dans ses mouvements saccadés. Elle n'en avait pas fini. Elle avait toujours son parasite. Sa mémoire ne lui était pas revenue. L'Absolue était toujours là, quelque part. Ombrecoeur ne s'était pas élevée en Tribun de la Nuit. Gayle n'était pas tiré d'affaire. Elle n'avait pas encore pu discuter avec Astarion.

Enfin, une première portion d'air traversa ses narines. L'effet fut semblable à une brise qui éparpillait un tas de poussière compact. Ses connexions sensorielles et psychiques se reformèrent une à une pendant que l'air pur chassait le gaz fétide de ses poumons. Une lointaine incantation d'Ombrecoeur acheva de dissiper le mal.

La jeune femme s'essuya les yeux du revers de la manche et découvrit une paire de jambes devant elle. Elle leva le nez et étouffa une exclamation horrifiée quand elle se fit attraper par le mort-vivant gigantesque qui lui faisait face. La créature souleva l'humaine avec autant de facilité que si elle avait été faite de plumes et la récente apathie de cette dernière l'y aida encore plus.

Privée de ses forces, Silesta fut incapable de se débattre ; le monstre lui serrait trop fortement les bras. Sa panique explosa quand elle réalisa qu'il commençait à lever les bras pour armer un lancer... droit dans le vide au bord duquel il se tenait. Elle cria, le cerveau cerné de messages affolés qui lui hurlaient tous qu'elle allait mourir. La virulence qu'elle jetait dans ses jambes pour espérer gêner son assaillant ne le fit pas bouger d'un iota.

Le temps se ralentit. Portée au-dessus de la mêlée, elle vit au loin sur une corniche supérieure Astarion qui émergeait des ombres, poignards en main, prêt à abattre ses lames droit dans le cou de Balthazar qui lui tournait le dos. Il allait l'avoir. Dans quelques secondes, la vie du nécromancien prendrait fin. En même temps que sa vie à elle.

La pluie se mêla au sang.

« Appelez-moi n'importe quand, n'importe où. Dès que vous me perdez. »

« Astarion... »

Elle ferma les yeux.

Tout s'accéléra subitement. Le colosse non-mort se cabra dans une plainte rageuse et l'étreinte de ses mains se desserra tout à coup. L'irrésistible attraction du vide.

Dans un élan de rage vengeur porté par le bond qu'il venait de faire depuis la corniche, Astarion lacéra d'un coup de lame impitoyable le géant et rejeta prestement sur le côté son corps encore debout avant de se jeter ventre à terre contre le rebord du précipice.

Suspendue dans le vide par la dragonne du bolas qu'elle avait jeté autour d'une arête de roche dans la tentative du dernier espoir, Silesta crut voir la lumière quand elle vit le visage blême du roublard au-dessus d'elle.

« Astarion ! »

Celui-ci ne l'entendit pas tout ce suite tant ses sens s'étaient refermés quand il avait entendu ce cri et vu sa chute, prête à disparaître à jamais. Son corps avait cessé de lui appartenir. Il avait laissé Balthazar pour diriger ses dagues sur le monstre qui menaçait de la jeter dans le vide.

La main qu'elle tendit vers lui fut l'électrochoc qui lui permit de raccrocher les wagons de ses pensées. Il fit de même en s'écrasant encore plus contre le sol. Dès que ses doigts se refermèrent autour de son poignet, Astarion tira de toutes ses forces dopées d'adrénaline galopante. Une fois au rebord, Silesta se hissa sur les coudes en essayant d'ignorer les spasmes de stress qui fourmillaient dans tous ses membres. Un dernier mouvement de traction d'Astarion termina de sécuriser sa remise au sol puis leurs regards s'entrecroisèrent pour se suspendre dans le temps. Tous deux se dévisageaient comme s'ils s'étaient réveillés d'un long cauchemar. Silesta ouvrit la bouche pour parler mais le tumulte de combat qui faisait rage autour d'eux l'empêcha de s'exprimer.

Astarion se remit vite debout en aidant la jeune femme à faire de même avant de la faire tournoyer dans un pas de danse improvisé pour lui éviter une nouvelle attaque dans le dos. Un coup de rapière et de pied plus tard sur l'assaillant, le roublard se tourna vers Silesta.

« Ça ira pour vous ? »

Elle opina du chef et laissa son compagnon repartir dans les ombres. Un bref coup d'œil circulaire lui donna un compte-rendu de la situation : la plupart des squelettes de basse conception étaient tombés mais les plus coriaces étaient encore debout et servaient de rempart de rétention à Balthazar qui s'était replié dans les hauteurs d'un plateau supérieur pour mieux attaquer ses challengeurs en prise à ses minions morts-vivants. La saltimbanque se précipita à la rescousse de Gayle, Ombrecoeur et Lae'zel qui s'étaient retrouvés acculés contre un mur par des épéistes.

« Oubliez ceux-là ! leur cria-t-elle en assénant des coups de bolas vengeurs aux créatures qui lui tournaient le dos. Il faut frapper Balthazar !

_ Encore faudrait-il m'atteindre, susurra le nécromancien avant de regarder par-dessus son épaule. Allons, ne soyez pas timide. Montrez-vous. »

D'un mouvement des mains, il invoqua un nouveau nuage de poison qui eut tôt fait de révéler la présence discrète d'Astarion qui s'était glissé dans son dos. Le roublard s'immobilisa aussitôt, incapacité par une violente quinte de toux.

« Astarion ! » paniqua Silesta en le voyant tomber.

Les dents serrées, Ombrecoeur repoussa d'un coup sec la créature qui lui en voulait et assura la prise de ses mains sur le manche de sa lance.

« Dame des Ombres, guide ma main. »

Elle pivota sur ses talons, le bras replié en arrière et lança son arme. L'éclat d'argent de la Lance de Nuit siffla dans les airs pour finir sa course droit dans le dos découvert de Balthazar. Son corps s'arqua sous l'impact avant de s'écrouler, épinglé comme une olive au bout de son pique en bois. Aussitôt, les morts-vivants restants se désarticulèrent et retombèrent à l'état de tas d'os inertes dans un cliquetis sonore.

La respiration sifflante, la prêtresse laissa son bras retomber le long de son corps. Cet infidèle indigne ne souillerait plus ce sanctuaire de sa présence déshonorante. Elle ferma les yeux en soupirant. Dame Shar l'avait encore aidée.

La cléresse alla ensuite porter secours à Gayle et Lae'zel pendant que Silesta accourait auprès d'Astarion pour le tirer rapidement de son nuage empoisonné. La respiration en suspens, elle mit le bras du vampire sur ses épaules et l'entraîna loin.

« Le nécromancien... articula-t-il entre deux quintes de toux.

_ Il ne relèvera plus personne. Tenez. »

Elle ancra ses pieds dans le sol pour maintenir son appui et récupéra dans son sac une petite fiole au liquide opaque qu'elle donna à Astarion. Il but l'antidote en quelques gorgées et presque aussitôt, ses râles s'apaisèrent. Silesta ne se rendit même pas compte qu'elle avait calqué sa propre respiration sur celle de son compagnon pendant qu'il retrouvait son souffle.

Lorsqu'il se redressa, les idées éclaircies, Astarion regarda son alliée, tiraillé entre de multiples ressentis qui le traversaient en decrescendo : une frustration bien ancrée, l'ombre de la colère égoïste, une once de culpabilité douloureuse, une volonté ténue inavouée de ne pas perdre Silesta. Il résulta de ce mélange une expression indéchiffrable qui fit baisser le nez de la jeune femme qui eut à l'affronter.

Elle se mordit la lèvre. Tout ce qui lui venait en tête lui apparaissait tellement dérisoire.

« Je... Je vous demande pardon pour cette histoire avec l'orthon. Si j'avais su... Je sais que cela ne changera rien mais je veux que vous sachiez que je regrette profondément. Je refuse d'abandonner, nous trouverons...

_ Ne vous avancez pas autant. »

Ce fut au tour d'Astarion de baisser les yeux. Sa voix n'avait rien de rancunier ou de dédaigneux mais la résignation qui y transpirait était si amère qu'elle dissuada Silesta de poursuivre. Il soupira, les traits encore fermés.

« Je suis content qu'il ne vous soit rien arrivé. »

Astarion pouvait faire preuve d'un sens redoutable de la litote quand il était contraint à déposer son manteau de représentation. L'humaine rousse acquiesça sans mot dire, heureuse de ces mots mais elle n'était pas rassérénée pour autant. Elle entendait encore la déception en arrière-plan de son ton qui indiquait qu'Astarion était encore à vif par rapport à cette histoire de contrat avec Raphaël. Le doute l'étreignit. Sa maladresse avait-elle brisé le fragile lien qu'elle avait noué avec le vampire ?

La tête pleine de points de suspension et d'interrogation, les deux jeunes gens allèrent retrouver leurs autres alliés sous la silencieuse observation de Gayle. Lui aussi, tout comme ses collègues féminines, avait été témoin du drame qui aurait pu se passer si Astarion n'avait pas pris la bonne décision. Son sang n'avait fait qu'un tour. Son soulagement de voir le vampire ramener Silesta sur la terre ferme avait été aussi grand qu'avait été vivace la perspective de lui mettre son poing dans sa pâle figure si la jeune femme avait dû mourir avec la pensée de...

« Gayle ? Gayle, ça va ? Vous êtes tout figé. »

Le magicien papillonna des yeux, surpris par les yeux gris de Silesta soudainement dans les siens. Il se rabroua.

« Tout va bien. Je suis encore sous le coup du combat. Entre vous qui manquez de faire le saut de l'ange et... »

Il se tourna en même temps que les trois autres vers Ombrecoeur qui tenait fermement la Lance de la Nuit tout en s'approchant de Chantenuit. Cette dernière se gargarisait de la vision de son geôlier raide mort.

« Balthazar a rendu son dernier souffle putréfié. Dommage de ne pas avoir pu m'en charger moi-même. Il aura fallu que ce soit vous. » Elle plissa les paupières sur la prêtresse qui la toisait et lui renvoya la même aigreur farouche. « Vous qui êtes venue pour gagner la faveur de votre ignoble déesse noire. Vous qui êtes là pour me planter une dague en plein cœur... »

De nouvelles mains éthérées la retinrent d'atteindre la jeune femme brune dont les yeux frémissaient de colère. Ombrecoeur serra la hampe qu'elle tenait.

« Pas une dague, une lance. Celle de Dame Shar. »


Non, ils sont pas encore vraiment réconciliés. Astarion a de quoi être quand même bien énervé, même avec l'affection qu'il commence à ressentir pour Silesta.

Dommage, le timing est assez serré avec tout ce qui va s'enchaîner. Patience, patience...

Cette zone de combat avec tous ces rebords de vide... Le combat de Balthazar est TELLEMENT plus simple dans l'autre salle... T.T Un bon petit entonnoir au niveau de la porte pour forcer les cac à se concentrer, tentacules noirs d'Evrard dans tes pieds, tourbillon de lames dans l'embrasure et... spectateur dans ta face (un redoutable tank qui a bien distrait Chair pendant quelques tours XD Merci la flasque des Zentharims)