Chapitre 4
Lorsque Hermione reprit connaissance, elle dut refermer aussitôt les yeux - sans avoir le temps de voir quoique ce soit - à cause de l'assez forte luminosité qui l'avait agressé. En plus, elle avait un terrible mal de crâne.
Elle prit le temps de réguler sa respiration, et d'ouvrir progressivement les yeux au fur et à mesure que ceux-ci s'adaptaient à la lumière.
Puis, une fois que ce fut chose faite, la première chose qu'elle vit fut un plafond blanc.
Elle parcoura ensuite l'endroit du regard pour constater que les murs étaient également blancs. Il y avait cependant une lourde porte gris anthracite encastrée dans le mur à l'opposé de la couchette sur laquelle elle était allongée.
Elle remarqua également - dans un des coins du plafond - la présence d'une caméra de surveillance braquée sur elle.
Ce fut d'ailleurs ce détail qui l'incita à se redresser. Mais tout doucement; parce qu'en plus d'avoir une migraine d'enfer, elle se sentait extrêmement faible et nauséeuse.
Elle fixa l'objectif avec circonspection comme si elle s'attendait à en voir sortir quelqu'un ou quelque chose durant un instant, avant de retourner à son examen des lieux.
Ce fut d'ailleurs à ce moment-là qu'elle remarqua que le sol était fait, semblait-t-il, d'un espèce de linot noir.
Il régnait aussi dans la pièce une curieuse lumière bleu-verte d'eau très claire.
Ça combiné aux couleurs neutres blanc, gris et noir donnaient une étrange ambiance. Même l'espèce de tenue - mélange entre un pyjama et un ensemble sportif - composé d'un pantalon noir et d'un maillot gris dont elle avait été affublée contribuaient à maintenir cette atmosphère.
"Par Merlin! Où est-ce que je suis?" - s'écria-t-elle mentalement en se massant les tempes pour essayer de calmer cette putain de migraine.
Cependant, elle n'eut guère le temps de se poser plus de questions pour le moment, car tout un tas de bruits de serrure se firent entendre, suivi de la porte qui s'ouvrit.
Après quoi, une jeune femme brune, assez belle et assez grande, entra dans la pièce accompagnée d'un homme blond qui pointa une baguette magique dans sa direction. Geste voulant clairement lui dire: "Pas bouger!"
Ils étaient également tous deux vêtus entièrement de noir.
"Eh bien, vous avez enfin décidé de quitter les bras de Morphée! C'est une sacrée sieste que vous avez fait là! On commençait à se demander s'il ne fallait pas vous jeter un saut d'eau!" - la charria la femme sans réelle méchanceté en s'approchant d'elle.
"J'ai dormi combien de temps exactement?" - interrogea Hermione d'une voix faible et pâteuse.
"Un peu plus de quinze heures" - lui répondit tranquillement la femme.
"Quinze heures?" - manqua de s'étrangler l'ancienne Gryffondor.
Elle aurait même probablement hurlé si elle n'avait pas eu aussi mal à la tête.
"Buvez ça!" - l'enjoignit son interlocutrice en lui tendant deux fioles de potions.
Et elle remercia mentalement Merlin en reconnaissant une potion revigorante ainsi qu'une potion anti-céphalée.
D'ailleurs, elle ne traîna pas à les avaler toutes deux cul-sec.
"Où est-ce que je suis?" - demanda-t-elle doucement.
Elle avait jugé préférable de rester polie dans la mesure où - malgré la baguette pointée dans sa direction - aucun des deux ne s'étaient montrés pour l'instant ni hostiles ni menaçants.
"Vous le saurez bien assez tôt . Tendez vos mains de manières rapprochées, s'il vous plaît" - la pria la femme.
Hermione se montra un bref moment hésitante; mais s'exécuta tout de même avant de se faire passer une bien étrange paire de menottes - dépourvue de serrure - aux poignets. Celle-ci était certes en grande partie composée de métal.
Toutefois, de fines lignes lumineuses et rouges la parcouraient.
"Je vous déconseille d'essayer de les enlever par magie. Sauf si vous aimez prendre des coups de jus bien sentis" - la mit en garde la femme en esquissant un geste lui intimant de se lever et de la suivre.
Après que le trio soit sorti de la pièce, ils traversèrent - la femme en tête, Hermione en second, et l'homme à la baguette juste derrière elle - un long couloir où se trouvaient également d'autres cellules, jusqu'à une autre salle que la jeune sorcière reconnue comme une salle d'interrogatoire.
D'ailleurs, une autre femme s'y trouvait déjà assise d'un côté de la table. Mais elle, elle n'était clairement pas prisonnière.
"Bonjour Madame! - se fit-t-elle saluer respectueusement par ses "gardiens".
"Bonjour! - leur rendit-t-elle, avant de lancer à Hermione: Je vous salue également Miss Granger! Et navrée pour tout ça, mais comme je ne suis pas une sorcière, et qu'on ne sait pas vraiment comment vous pourriez réagir. C'est une simple mesure de sécurité"
"Vous êtes une moldue!" - s'exclama l'ancienne Gryffondor complètement estomaquée, tandis qu'elle se faisait asseoir de l'autre côté de la table d'où elle put mieux discerner son interlocutrice.
C'était une femme assez séduisante, dans la quarantaine, et très élégante. Elle avait un visage fin, les pommettes assez hautes, les yeux marrons, et des cheveux noirs remontés en un chignon relâché.
"Cela vous surprend Miss? Pourtant, vous aurez sans doute remarqué les quelques petites touches de technologie par-ci par-là. Oh! Et je ne vous demanderai pas de noter la qualité du service. Après tout, le Helheim n'est ni conçu ni fait pour être un cinq étoiles" - ironisa-t-elle.
Cependant, Hermione n'était pas d'humeur à plaisanter; et préféra attaquer directement - tout en restant un minimum courtoise - dans le vif du sujet:
"Excusez-moi, mais déjà qui êtes-vous? Et où est-ce que je suis exactement?"
"Pour le moment, pour vous ce sera Frigga! Juste Frigga! Quant à savoir où vous êtes: jusqu'à ce que Odin nous rejoigne, je vais seulement vous dire que vous ne vous vous trouvez plus au Ministère ni même en Angleterre. Nous nous trouvons quelque part en Norvège" - lui répondit la dénommée Frigga d'un air goguenard.
"Helheim… Frigga… Odin… Norvège. Ça sonne très mythologie nordique tout ça!" - fit remarquer Hermione passablement caustique.
"N'est-ce pas! - lança Frigga tout en restant badine. D'ailleurs, quand on a opté pour celle-ci, on s'est tout de suite plût à y aller à fond autant que possible. Et heureusement qu'on a fait ce choix. Elle est extrêmement simple. Vous imaginez un peu le cauchemar si on avait plutôt penché pour la mythologie aztèque. Le calvaire que ça aurait été avec tous ces noms à rallonge et impossible à épeler"
La jeune sorcière allait ajouter quelque chose au moment même où la porte s'ouvrit de nouveau.
"Odin, très cher! On attendait plus que vous!" - salua jovialement Frigga l'arrivant.
Et si Hermione n'avait pas été déjà assise; elle se serait sûrement retrouvée le cul par terre en voyant qui était Odin.
Celui-ci lui lança d'ailleurs en guise de salutation d'une voix consternée:
"Oh Hermione… Hermione… Hermione. Toi, Harry et Ron, vous avez avalé des aimants à emmerdes. Ce n'est pas possible autrement. Pourquoi faut-il que vous trainiez toujours vos pieds là où ils ne devraient pas aller?"
L'interpellée ne répondit pas immédiatement. Elle était bien trop choquée pour ça. Sans compter que des centaines de questions se bousculaient dans sa tête en même temps.
"Héla! - s'adressa kingsley - alias Odin - à la gardienne d'Hermione. Tu peux enlever les menottes. Elles ne sont plus nécessaires"
"Bien Monsieur!" - lui répondit-t-elle avec respect, avant de se pencher vers la jeune sorcière, et de désactiver les dites menottes à l'aide d"un étrange petit badge.
"Vous pouvez aussi nous laisser" - ordonna t-il toujours à l'adresse de Héla, ainsi qu'à son compagnon à la baguette.
Et ceux-ci s'exécutèrent tout en lui adressant un dernier signe de tête courtois, de même qu'à Frigga.
Après quoi, le Ministre de la Magie prit place au côté de la dernière nommée en soupirant.
"Mais qu'est-ce qu'il se passe? Où est-ce que nous sommes? C'est quoi tout ça?" - parvint finalement à articuler une Hermione complètement perdue.
"Et moi, j'aimerai bien savoir ce que tu faisais au Ministère hier soir; alors que j'avais bien spécifié que je ne voulais y voir personne ce week-end?" - l'interrogea un Kingsley contrit.
"Je… Je me suis rendue compte que j'avais oublié un dossier, et…" - balbutia-t-elle passablement penaude, avant de se faire couper d'un geste de la main par son interlocuteur.
"Écoute Hermione - la toisa-t-il à la manière d'un père contrarié. Je suis très mal placé pour te reprocher d'être assidue, et d'aimer le travail fini et bien fait. Cependant, il y a des limites. De plus, je sais parfaitement quels genres de tâches on te confie au Département des Mystères. Ce sont des choses dont le sort du monde ne dépend pas. Ça pouvait parfaitement attendre lundi. Personne ne t'en aurait voulu d'avoir un léger retard. Ça n'aurait pas non plus ajouté de malus à tes notes. Mais malheureusement, comme d'habitude, tu n'en as fait qu'à ta tête. Résultat des courses: tu t'es retrouvée là où tu ne devais pas être, à voir quelque chose que tu n'aurais pas dû voir, et surtout tomber nez à nez avec quelqu'un que tu n'aurais pas dû voir"
"Alors, je n'ai pas rêvé. C'était bien Drago Malefoy" - souffla Hermione se sentant défaillir, tout en étant aussi frappée d'une illumination.
Certaines parties du puzzle commençaient à prendre forme. À présent, elle comprenait mieux cette isolation totale et injustifiée, le suicide, et cet enterrement express et secret. Tout ça n'avait été que poudre aux yeux, et tout le monde y avait cru. Mais dans quel but?
"Je ne comprends pas. Pourquoi le faire passer pour mort?" - finit-t-elle par demander préoccupée.
"Drago est l'un de nos agents de terrain - lui répondit Frigga. Il est même l'un des premiers que l'on ait recruté. Mais comme c'est un cas particulier, et au vu de la teneur de certaines de ses missions: c'est bien plus commode qu'il soit mort"
"Et je suppose que Narcissa Malefoy est dans le coup"
"Mais c'est qu'elle comprend vite - fit Frigga de nouveau badine. Bien que j'étais assez sceptique au départ, je crois bien que finalement Drago et vous très Cher avez raison. Elle pourrait nous être très utile"
"Comment ça je pourrais vous être très utile?" - s'inquiéta subitement Hermione.
"Avant de répondre clairement à cette question: il serait d'abord préférable de t'expliquer en premier lieu ce qu'est Yggdrasill" - avança Kingsley.
"Yggdrasill?" - répéta-t-elle confuse.
"C'est le nom de notre organisation - précisa Frigga. Et pour faire simple: vous qui venez du monde moldu, si je vous dis CIA, KGB ou encore MI6, vous devriez normalement voir tout de suite où nous voulons en venir"
"Vous êtes une espèce de services secrets!" - s'exclama Hermione complètement sciée.
"C'est ça! - lui confirma Kingsley. Et il faut aussi que tu saches que Yggdrasill n'existe que depuis trois ans. Bien que c'était un projet datant déjà de la première guerre avec Voldemort. Beaucoup à l'époque avait pensé qu'il était temps que les Sorciers et les Moldus arrêtent de se snober, et collaborent une bonne fois pour toute pour le bien des deux mondes. Car après tout, ce qui touchent les uns finit tôt ou tard par toucher aussi les autres, malgré les barrières dressées entre-eux. Cependant, après la tragédie des Potter et la disparition de Voldemort, nous avons commis l'erreur de nous auto-persuader que nous allions être tranquilles pour un bon bout de temps. Du coup, le projet a été momentanément mis de côté pour finalement être abandonné. Néanmoins, après le retour de Voldemort et la fin de la Seconde Guerre Sorcière il y a trois ans, le projet a été ressorti des tiroirs et dépoussiéré. Et tout c'est fait très vite"
"Il faut que vous preniez conscience Miss Granger que des services secrets permettent de démasquer et d'étouffer bon nombre de menaces dans l'œuf - poursuivit Frigga avec sérieux. D'ailleurs, j'ai été assez surprise d'apprendre qu'aucun gouvernement magique n'en avait. Oh, je sais ce que vous allez me dire! Vous allez me dire que vous autres Sorciers, pour vos délinquants et mages noirs, vous avez déjà vos aurors. Mais voyez-vous, le problème avec vos aurors c'est qu'ils ont une fenêtre de tir extrêmement limitée. De plus, ils sont aux ordres d'un gouvernement. Et il était hors de question que Yggdrasill dépende d'un quelconque gouvernement sorcier ou moldu. Il fallait que nous ayons les mains totalement libres. Sinon, ça n'aurait servi à rien!"
"Pourtant Kingsley est le Ministre de la Magie britannique" - rappela Hermione.
"C'est vrai! - reconnut le concerné. Mais j'ai été nommé sur le tas. Et si je n'ai pas refusé le poste, c'est à cause des avantages dont pourrait bénéficier Yggdrasill; que je n'utilise d'ailleurs nullement pour le bien-être de ma carrière politique"
"D'accord, mais si vous ne dépendez d'aucun gouvernement: Qui finance tout ça?" - interrogea Hermione intriguée.
"Nous avons plusieurs riches et généreux mécènes totalement indépendants dans les deux mondes. Dont Narcissa Malefoy, par exemple" - répondit Frigga.
"Quant à ta question concernant ce que l'on attend de toi: Il s'agit ni plus ni moins que d'un coup de main - reprit Kingsley. En tant qu' Odin qui se respecte, j'ai aussi mes petits corbeaux. Mes petits Hugin et Munin - tout comme Frigga a les siens chez les Moldus - qui observent, notent et rapportent bon nombre de choses du Monde Magique. Mais il se trouve également que je n'en ai pas encore d'implantés partout. Comme au Département des Mystères. Et au vu de comment tu t'es retrouvée ici: tu dois bien te douter que ce dernier est dans notre viseur en ce moment"
"Vous vous voulez que j'espionne le Département des Mystères!" - s'exclama Hermione sidérée.
"Non! Observer. Pas espionner - la corrigea le Ministre. Chose que je ne te demanderai jamais soit dit en passant. Tu n'es nullement formée pour ça. Faire la guerre, c'est une chose. L'espionnage professionnel, ça en est une autre. Contrairement au simple fait d'observer, l'espionnage nécessite de mentir, de manipuler, de filer des personnes, de fouiller dans leurs affaires, etc… C'est une prise de risque constante. Et ça, il n'en est pas question. Sans compter que, comme je te l'ai déjà dit, tu n'as jamais suivi aucun entraînement dans le domaine. Et toutes tes petites aventures avec Harry et Ron à l'école ne comptent pas. Vous étiez face à des personnes qui - hormis Rogue - n'avaient rien d'agents infiltrés. De plus, la chance insolente ça ne dure pas éternellement"
"D'accord, j'ai saisi l'idée! - maugréa-t-elle un poil vexée par les dernières affirmations. Mais dans ce cas là: Qu'est-ce que je devrais observer au juste?"
"Les allers et venues, par exemple, de gens qui d'ordinaire n'ont rien à faire au Département des Mystères, ainsi que de leur fréquence. Voir s'ils suivent un rituel particulier. Si c'est toujours les mêmes jours et les mêmes horaires. Avec qui ils parlent, etc… Ou encore autre exemple: Si par hasard - et je dis bien "par hasard" la mit en garde Kingsley avec un regard qui n'appellait à aucune négociation - tes oreilles venaient à intercepter des conversations suspectes; ou qui sembleraient anodines, mais pouvant avoir un double sens… Ça serait bien que tu en prennes notes"
"Je comprends parfaitement ce que vous attendez de moi. Toutefois, pour que je vous sois un maximum utile, ça serait mieux si vous me lâchez plus d'informations sur ce qu'il se passe"
"Pas pour le moment - intervint Frigga. Nous devons d'abord en discuter entre-nous, et quelques autres personnes"
"Mais en attendant, tu vas avoir la possibilité de découvrir une partie de nos locaux et du fonctionnement de notre organisation. Et puis, je suppose que tu aimerais avoir une conversation avec Drago"
"J'aimerai assez, oui" - assura doucement Hermione.
"Tu as raison d'en profiter tant qu'il est dans nos murs. En général, il y reste rarement plus de trois jours"
… à suivre
