Bonjour à toutes et à tous !
Une fois encore, merci beaucoup pour vos commentaires et vos vues sur cette histoire.
A ce jour, j'avance à un rythme de 1 chapitre par semaine, et ai un peu plus d'une douzaine de chapitres d'avance, je suis donc positive quant à la régularité de cette histoire. D'un point de vue jeu, j'en suis au milieu de l'acte 2 : je filme ma progression histoire d'avoir les dialogues qui m'intéressent sous le coude. Et même si je dois continuer, je vous avoue qu'une run Dark Urge me fait de l'oeil... Serais-je un jour lassée de ce jeu ?
Réponse aux reviews :
Cassye : Alfira est un de mes NPCs favoris, lors de ma toute première run Dark Urge j'ai été extrêmement choquée haha. Mais en même temps, c'est ce qui rend "marquant" et conséquent les particularités de cette run. J'ai beaucoup de mal avec le personnage de Kagha aussi, je suis d'ailleurs curieuse plus tard dans cette histoire d'avoir ton retour sur ce que je lui ai prévu, je me suis éloignée un peu de ce qu'avait prévu le jeu ! Et tout à fait, le "Avec plaisir" était bel et bien un clin d'oeil au super doublage de Neil Newbon, bien joué !
Boulays : J'aime beaucoup Tatie Ethel aussi, d'ailleurs dans toutes mes précédentes runs je ne la tue jamais à la fin de son combat, j'ai toujours fait en sorte de la revoir dans l'acte 3 ! Mais malheureusement pour cette histoire, j'ai dû faire pas mal de cut dans ce que nous proposait le jeu, histoire que cela reste fluide. Et malgré ça, mon plan m'amène sur une fiction à 60 chapitres au moins x) Mais on est bien d'accord que c'est un super personnage ! Merci beaucoup pour ton retour, en espérant que tu apprécieras également ce nouveau chapitre.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 06 :
Âmes éveillées
Cette nuit-là, il leur fut permis de camper à proximité du Bosquet, au sein de la sécurité relative qu'offraient ses enceintes. Le moral n'était guère à la fête depuis qu'ils avaient quitté le quartier des druides, et chaque compagnon s'était isolé dans sa tente.
Quand ils rejoignirent Lae'zel et Ombrecoeur, les deux elfes devinèrent immédiatement à leur mine sombre que les nouvelles n'étaient pas bonnes. Nettie n'avait eu aucune guérison à leur proposer ; le spécialiste de ces sujets était son maître, Halsin, mais depuis sa disparition lors de l'expédition d'Aradin, ses connaissances s'étaient perdues avec lui. L'unique salut suggéré par l'apprentie avait été une mort rapide et indolore, à l'aide d'un venin de sa propre concoction. Lae'zel n'avait pas été séduite par cette solution, et Nettie reposait désormais évanouie dans son propre laboratoire. De ce qu'Ombrecoeur leur avait rapporté, la guerrière l'avait tout bonnement assommée.
Depuis, ils ruminaient leurs options. Ombrecoeur pensait qu'il y avait une chance qu'Halsin soit encore en vie et qu'il était possible de le libérer du camp gobelin. Néanmoins, cela supposait beaucoup de risques pour peu de certitudes, sans compter qu'ils ignoraient exactement les effectifs et l'organisation des créatures. Les gobelins les ayant attaqués aujourd'hui même n'avaient pas eu un comportement habituel, pour le peu qu'ils en savaient. Ils s'étaient montrés stratégiques, méthodiques ; sans leur intervention opportune, Aradin et ses hommes ne s'en seraient pas sortis. Un tel agencement laissait deviner qu'ils auraient affaire à forte partie s'ils souhaitaient les confronter.
D'un autre côté, la crèche githyanki, dont Lae'zel garantissait le succès, n'était accessible que si la menace gobeline était écartée. Il semblait donc que leurs pas les menaient fatalement à cet affrontement. Ils étaient moins démunis que la veille, ayant pu se procurer un meilleur arsenal que les armes de fortune récupérées sur la plage, et avaient de quoi soigner les blessures superficielles. Mais leur attaque devait être réfléchie : il leur faudrait espionner le camp gobelin en amont, repérer une brèche par laquelle s'engouffrer, éventuellement créer une diversion pour éloigner le plus gros des troupes.
Ce seraient toutefois des problèmes devant attendre quelques jours, le temps pour eux de traverser les terres en direction du col de la montagne. Pour le moment, l'heure était au repos… et aux questions.
" Qu'est-ce qui vous a fait cesser d'être artiste itinérante ?" lança Ombrecoeur depuis sa tente.
Nymuë se figea, les muscles tendus. Fatalement, cette question devait être posée tôt au tard. Après leur petite entrevue avec Alfira, il était naturel que ses camarades s'interrogent. Elle leur faisait confiance, relativement du moins. Leur situation précaire les obligeaient à compter les uns sur les autres, toutefois elle ne se sentait pas en mesure d'aborder ses crèves-coeurs personnels.
" Ça ne payait pas assez bien, répondit-elle simplement. Les grandes villes offrent plus de stabilité.
- Vous suscitez des réactions assez enflammées en société, intervint Astarion. J'ai perdu le compte des individus ayant jugé utile de préciser que vous étiez une drow, au cas où l'évidence nous aurait échappé. Votre public était-il aussi réceptif lors de vos représentations ?"
La jeune femme tourna ses yeux vers le haut-elfe, nonchalamment allongé sur sa couchette à l'extérieur de son abri. Leur "accord" lui revînt en mémoire, et pendant une seconde Nymuë fut tentée de faire payer à son compagnon sa curiosité qu'elle savait toute sauf innocente. Le fourbe rassemblait des informations. Le souci d'un arrangement à l'amiable, c'est que tout dépendait de la bonne volonté de votre interlocuteur ; un risque que peu de personnes étaient aptes à prendre. Pas celles qui souhaitaient vivre, en tout cas.
" Oh, j'étais une véritable star, siffla-t-elle. Mais en effet, les spectateurs étaient plus attirés par l'aspect… exotique que pouvait avoir une elfe noire sur scène, que par mes talents. J'ai eu une offre intéressante m'amenant à Baldur's Gate. Ça m'a décidé à raccrocher.
- Jouer de la musique vous manque ? demanda la prêtresse.
- Beaucoup, se surprit à répondre Nymuë. Cela fait des années que je ne me suis pas produite. Pour une barde… Pour ceux qui, comme moi, pratiquent la magie non pas à travers la Trame, mais via leur art, ce manque peut se révéler compliqué. Cela impacte nos capacités, notre aptitude à jeter des sorts. Si je me sens la force de manier l'archet à nouveau… j'ignore à quel point les arcanes me répondront.
- Ces compétences pourraient se révéler utiles en combat, grogna Lae'zel sans détourner les yeux de l'épée qu'elle était en train d'aiguiser. Vous devriez essayer de vous y entraîner. Du moment que vous ne provoquez aucun vacarme.
- Faites donc ça Nymuë, soupira Ombrecoeur en levant ostensiblement les yeux au ciel. Jouez d'un instrument, mais en silence s'il vous plaît."
Les deux femmes échangèrent encore quelques piques de fortune, avant de se retirer pour la nuit. Nymuë resta éveillée. En tant qu'elfe, elle avait moins besoin de sommeil que ses compatriotes, et elle aimait autant méditer au vu de son précédent cauchemar. Elle s'aperçut au bout d'un moment qu'elle était loin d'être la seule à fuire les bras accueillant de la nuit.
Astarion était toujours allongé près du feu de camp, observant avec intensité le ciel étoilé. La jeune femme hésita ; depuis leur rencontre, le haut-elfe lui faisait l'effet d'un charmeur de serpent. Sauf qu'il était à la fois le joueur de flûte et l'animal, se montrant tour-à-tour aguicheur ou menaçant. Si Lae'zel et Ombrecoeur avaient toutes deux leur caractère, Nymuë avait su instaurer un semblant de dynamique avec ses camarades. Mais elle ne savait jamais sur quel pied danser avec le roublard.
Elle se leva, et alla à sa rencontre :
" Quel beau spectacle ! l'accueillit-il. Les étoiles, je veux dire. Votre minois, je pourrais m'en passer."
Elle retînt à grand peine un profond soupir. A la place, elle observa avec attention son condisciple ; si le matin même il affichait une mine maladive, son état semblait s'être nettement amélioré. Une fois encore, il avait dédaigné dîner, préférant à la place "faire une ronde" aux alentours. Néanmoins, il paraissait plus détendu, presque serein à défaut d'être aimable. Résolue, elle, à se montrer cordiale, elle prit le parti d'ignorer sa réflexion :
" Elles sont magnifiques ce soir, acquiesça-t-elle en levant la tête vers les astres.
- On peut les voir aussi depuis Baldur's Gate, bien sûr, mais pas avec autant de clarté. Cela m'a fait réfléchir… Je pensais à ce qu'il risque de nous arriver demain, lorsque nous approcherons de cette crèche githyanki. Apprendrons-nous à contrôler le parasite ? Est-ce que notre petite… aventure prendra bientôt fin ?
- Probablement, songea Nymuë. Si nous nous en sortons, je ne pense pas retourner à Baldur's Gate. A vrai dire, j'étais sur le point de partir quand les flagelleurs mentaux m'ont capturée. Mais rien ne nous empêche de continuer à voyager ensemble jusqu'à ce que nos chemins diffèrent.
- Tant mieux, susurra-t-il en se levant. Je ne tiens pas particulièrement à vous voir vous en aller tout de suite."
Nymuë manqua reculer, surprise ; il avait soudainement réduit la distance entre eux, changeant l'ambiance de leur conversation. Tel un acteur sortant des coulisses, il se produisait désormais sur scène. Ses gestes étaient lents, étudiés ; il lui sortait le grand jeu, et assez habilement elle devait le reconnaître.
" Vous êtes très appréciable comme alliée, savez-vous ? poursuivit-il. Traverser l'Avernus, survivre à l'accident du vaisseau et à tout ce qui s'en est suivi par la suite… Il est rare que quelqu'un arrive à m'impressionner, mais je ne me serais jamais attendu à ce que vous ayez une telle force en vous."
"Tu m'en diras tant.". Malgré son franc amusement, la jeune femme devait avouer ressentir une légère gêne face à la proximité de son compagnon. C'était probablement là son but ; la décontenancer, envahir son espace personnel pour la troubler. Bien que consciente de ce badinage, Nymuë ne parvenait pas à cacher entièrement son malaise. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas expérimenté le jeu de la séduction avec quelqu'un, et elle n'était pas sûre d'avoir envie de tenter l'aventure avec Astarion.
" Je cherche juste à survivre, tout comme vous, répondit-elle posément.
- Oui, nous sommes plus semblables que je ne le pensais…"
Ses yeux s'attardaient sur son visage, descendant de temps à autre sur sa nuque. L'elfe noire tiqua ; il y avait quelque chose dans son regard, une voracité qui tenait plus de l'animal affamé que du bourreau des cœurs. Il était vraiment trop près.
" Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle en s'éloignant doucement.
- Hm ? murmura-t-il. Oh, mes pensées vagabondaient. J'ai juste besoin de… prendre un peu l'air. De m'éclaircir les idées. Je vous verrai plus tard, je n'en doute pas. Dormez bien."
Il se retira dans sa tente, toute affectation disparue. Perturbée, Nymuë se rendit à sa couchette, mais cette fois-ci, elle en était sûre : le sommeil ne viendrait définitivement pas.
Le lendemain, les aventuriers se dirigèrent vers le col de la montagne. Selon leur carte, ils devaient en premier lieu passer une rivière à proximité d'un ancien village. Les lieux avaient été abandonnés il y a une centaine d'années, leur avait indiqué Zevlor à leur départ, avant d'être allègrement pillés, puis saccagés. Cette traversée leur prendrait une journée entière ; au prochain lever du soleil, toutefois, le camp gobelin serait tout proche.
Leur progression se fit sans heurt, alors qu'ils approchaient de plus en plus de la forêt. Dans cette région, ils trouvèrent des indices du crash du Nautiloïd ; certains pans de végétation étaient brûlés, et quelques décombres illithids, guère reconnaissables désormais, étaient ensevelis sous des mottes de terre. Le vaisseau avait dû survoler la zone lors de sa chute. Nymuë peinait à croire que tout ça datait déjà d'il y a deux jours.
Ils atteignirent le pont aux alentours de midi. Une enceinte de pierre, dissimulée parmi les arbres, indiquait la présence du fameux village à quelques mètres. Sur une suggestion d'Ombrecoeur, ils s'arrêtèrent un instant pour déjeuner. Nymuë accompagna la prêtresse remplir leurs gourdes à la rivière ; son attention était cependant concentrée sur leur camarade roublard, faisant les cent pas. Il s'était montré agité toute la matinée, prétextant n'être que peu habitué aux longues marches champêtres. Quand Lae'zel lui avait recommandé de profiter de leur pause pour reprendre des forces, il avait hoché la tête, mais l'elfe noire ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'il n'avait guère touché à sa gamelle… encore. Suivant son regard, la prêtresse émit un petit ricanement :
" Vous savez ce que je pense ? lui lança-t-elle. À mon avis, monsieur le magistrat fait la fine bouche, et n'apprécie guère les rations de pain dur et de viandes séchées. Je suis presque sûre qu'au Bosquet il a trouvé des mets plus raffinés, et comme il est hors de question de les partager avec nous autres, il s'éclipse pour festoyer ailleurs."
Nymuë hocha la tête, distraite. Cela aurait pu être plausible, oui… si elle ne savait pas déjà qu'Astarion était tout, sauf un homme de loi. Pourtant, il devait y avoir du vrai dans ce que disait Ombrecoeur, car à peine revenaient-elles de la rivière que le haut-elfe annonçait son désir de se dégourdir les jambes.
" Besoin d'être accompagné ? demanda insidieusement l'elfe noire.
- Nullement, darling. Profitez donc de votre collation, vous êtes tellement irritable quand vous êtes affamée. Je reviens rapidement."
Elle l'observa s'éloigner, ajoutant cette excentricité à la liste d'étrangetés que leur compagnon commençait à accumuler. Il fut de retour rapidement toutefois, alors que les trois femmes achevaient leur repas :
"Nous ne sommes pas seuls, chuchota-t-il. J'ai entendu des cris, plus loin. Un homme et une femme."
Les aventuriers se concertèrent du regard, avant de se décider à pousser l'investigation. D'un hochement de tête, Nymuë indiqua à Astarion d'ouvrir la marche. En amont de la rivière, deux humains s'affairaient autour d'un troisième individu, couché au sol. Celui-ci était immobile et ne répondait pas aux sollicitations de ses camarades :
" Il est en train de mourir, déclara Astarion. Il a perdu trop de sang.
- Comment le savez-vous ? s'enquit Ombrecoeur. Je ne vois pas de blessure à cette distance.
- Je… Et bien, quand j'ai repéré leur présence précédemment, je me suis dissimulé. J'ai pu observer la scène d'un peu plus près."
Dans un coin de son esprit, Nymuë sentit son parasite s'agiter. C'était la première fois depuis le début de leur périple qu'il se manifestait de lui-même. Quelque chose, chez ces inconnus, l'attirait. Sans même s'en rendre compte, elle se leva et s'approcha :
"Vous êtes une âme éveillée, murmurait l'humaine. Vous êtes immortel. Restez avec nous, s'il vous plaît.
- Brynna, je ne pense pas qu'il soit conscient, paniqua son compagnon. Est-ce que tu nous entends, Ed ?"
Nymuë était désormais tout près d'eux. L'appel dans sa tête se faisait plus pressant, concentré sur le visage des deux étrangers. La femme se plaça devant elle, prête à dégainer :
" Vous ! N'approchez pas !" rugit-elle.
L'elfe noir obéit : un étrange symbole était gravé dans la chair de l'inconnue, invisible à l'œil nu, mais parfaitement repérable pour sa larve ilithid. Un sifflement dans son dos lui confirma que ses camarades assistaient au même phénomène. Mais ressentaient-ils l'afflux de pouvoir qu'elle discernait dans ses propres membres ? Nymuë peinait à contrôler l'euphorie qui la gagnait, alors que le ver derrière ses pupilles frémissait de contentement. Elle l'expérimentait de nouveau, ce sentiment de plénitude… d'autorité. Les mots qui sortirent de sa bouche ne furent pas les siens :
" J'irai où bon me semble.", ordonna-t-elle.
Une grande fatigue la gagna alors que le parasite se repliait à nouveau dans les tréfonds de sa conscience, satisfait… et rassasié. Il digérait quelque chose qu'il lui avait dérobé, un morceau d'elle-même qu'elle ne retrouverait jamais. Ses yeux papillonnèrent pour se poser sur Brynna. Le visage de l'humaine était curieusement absent alors qu'elle hochait la tête, sa voix prenant une teinte soumise :
" Pardonnez-moi, vraiment. C'est notre frère, l'âme éveillée Edowin. Il est blessé et je… j'ai la tête à l'envers."
Nymuë s'accroupit face à l'homme. Maintenant qu'elle était proche, elle percevait les blessures dont Astarion avait parlé ; des entailles profondes labouraient son torse, causées par des griffes aussi longues qu'un poignard. Quand leur regard se croisèrent, la jeune femme eut l'impression qu'il voyait au-delà de sa personne, derrière son crâne. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle avait la certitude que le mourant savait, pour sa larve.
" Protégez-les, gémit-il. Andrick, Brynna, faites confiance à l'âme éveillée. Elle va… elle va…"
Un râle s'échappa de ses lèvres, et son agonie prit fin. Le dénommé Andrick serra l'épaule de sa consœur :
" Il a rejoint l'Absolue, désormais, déclara-t-elle solennellement.
- Vous êtes vraiment des âmes éveillées ? s'écria l'homme. Notre frère Edowin, lui aussi a été choisi. Quels sont nos ordres ?"
Nymuë les observa, bouche-bée. Elle jeta un bref regard en arrière, et ne put que noter la même hébétude chez ses trois comparses. Lae'zel la poussa en avant d'une brève bourrade, alors qu'Astarion articulait silencieusement : "Jouez le jeu".
" Quelle insolence ! s'exclama-t-elle impérieusement. Ne devrais-je pas être celle posant cette question ? Vous venez de laisser mourir l'un des nôtres.
- Je… je ne voulais pas… bafouilla Andrick.
- Nous ne sommes que des recrues, madame, répondit Brynna avec ferveur. Mais nous rêvons d'obtenir l'honneur de devenir des âmes éveillées. D'être choisis, comme vous, par l'Absolue pour porter sa parole sacrée. Vous n'avez qu'un mot à dire, et nous agirons : vos désirs sont ses ordres. Elle vous confère le pouvoir d'exécuter sa volonté.
- Quand l'heure viendra, reprit son frère, les âmes éveillées régneront. Vous régnerez. C'est pourquoi nous suivions Edowin, à la recherche de ces fugitifs…
- Dites-en plus, intervint Ombrecoeur.
- Des survivants du vaisseau qui s'est écrasé un peu plus loin à l'Est. On ne sait pas à quoi ils ressemblent, mais l'Absolue veut qu'on les retrouve, coûte que coûte. Mais à la place, Edowin est tombé sur une ourse-hibou, et mal lunée avec ça. On a réussi à la repousser mais… ses griffes avaient déjà fait trop de dégâts.
- Et bien voilà qui est clair, lança Astarion doucereusement. Vous devez retrouver la créature et vengez votre frère."
Nymuë ressenti la même énergie qu'elle-même avait manifestée un instant plus tôt, venant cette fois-ci du roublard. Les yeux plissés, il étudiait les deux fanatiques avec ravissement ; un chat en face d'une souris.
" Vous… vous êtes sûrs ? s'écria Andrick.
- Il a tué l'un des nôtres ! rugit Brynna. Il a tué Edowin. C'est un ennemi de l'Absolue. Vous avez raison, monsieur. Il faut abattre cette créature, ou mourir en essayant. Ton arme, Andrick !"
Elle se précipita en hurlant vers une grotte en contrebas, son frère sur ses talons. Nymuë les regarda faire, trop consternée pour réagir. Quand elle se tourna vers Astarion, il paraissait très satisfait de lui-même :
" Voilà au moins qui nous évitera d'être poursuivis par deux idiots sans cervelle.
- Poursuivis pour quelle raison exactement ? s'enquit Ombrecoeur.
- Mais… nos larves, bien évidemment ! Ne comprenez-vous pas ? s'enflamma le haut-elfe. Nous ne nous sommes toujours pas transformés. Nous avons mystérieusement survécu à une chute depuis un vaisseau illithid… Et maintenant, nous avons la faculté d'influencer autrui ? Ces parasites sont différents des autres. Ils nous offrent des dons très intéressants…
- Ignorez-les, cracha Lae'zel. Refusez-les ! Ce ne sont pas des cadeaux, mais une maladie. Chaque utilisation que nous en ferons ne pourra qu'aggraver notre état.
- Ridicule ! Tout pouvoir offert de plein gré est bon à prendre. Et celui-ci a assurément une grande valeur…
- Ce pouvoir n'a de valeur que si nous le comprenons, rétorqua la prêtresse. Et c'est loin d'être le cas, du moins, pour le moment."
Ses compagnons pivotèrent vers elle, attendant de se part le dernier mot. Nymuë hésita : ils semblaient s'être fait rapidement une opinion sur la question. En ce qui la concernait, ces nouvelles lui laissaient des sentiments plutôt conflictuels…
" Ces pouvoirs sont pour le moment plus étranges que la situation dans laquelle nous nous trouvons, détermina-t-elle. Tâchons peut-être déjà de les comprendre avant de prendre une décision."
Astarion fit la moue et Lae'zel siffla que, pour sa part, le choix était tout fait. Seule Ombrecoeur approuvait sa logique prudente.
Alors qu'ils revenaient sur leurs pas, Nymuë se tînt un peu en retrait, pensive. Le fait était qu'elle détestait l'idée que le parasite puisse prendre l'ascendant sur son esprit, quand bien même cela pourrait se révéler utile. Mais cette sensation, plus tôt, face à Andrick et Brynna… Elle s'était sentie invincible. Invulnérable. Toutes ses craintes, toutes ses angoisses intérieures avaient été balayées en un instant. Pourquoi frôler les murs, baisser la tête et appréhender le rejet des autres quand ce pouvoir lui permettait simplement de prendre ? Elle l'avait vu, alors que la puissance s'ouvrait à elle ; si elle l'embrassait, plus jamais elle n'aurait à courber l'échine. A être contrainte de ne pas vivre au grand jour. A encaisser, sourire poliment, face à une énième insulte sur ses origines. C'était si simple, après tout. Il lui suffisait de tendre les doigts et…
La jeune femme se reprit, inspirant longuement. Non, accepter de se laisser dominer par une larve illithid était contre-nature, abject. Lae'zel avait raison : en abdiquant, elle ne ferait que se rendre esclave de cette force. Elle penserait la dominer, mais serait soumise à ses appétits. Et alors, qu'est-ce qui la différencierait d'un flagelleur mental ? Quand elle avait écrasé la conscience de Brynna d'un revers de la main, elle n'avait pas contrôlé cette énergie. Elle s'était juste… laissée posséder.
A la constatation suivante, Nymuë s'immobilisa, écoeurée.
Pourquoi, mais alors pourquoi est-ce que cela lui avait fait tant de bien ?
Notes de fin :
Nymuë qui est séduite par le côté obscur... Mais cédera-t-elle ?
Hâte de vous montrer les prochains chapitres, n'hésitez pas à me faire part de vos retours d'ici là ! Je vous souhaite une excellente semaine.
