Bonjour à toutes et à tous !
Merci à Cassye pour sa review !
Je songe à traduire cette fiction en anglais une fois sa rédaction entièrement terminée. Actuellement, j'approche lentement mais sûrement de la dernière partie de l'acte 2, donc il me reste encore du travail, mais malgré moi je pense déjà à la suite. Comme la communauté de Baldur's gate est majoritairement anglophone, et qu'il s'agit d'une langue que j'aime beaucoup, je me suis dit que l'exercice pourrait être intéressant. Toutefois, si je pense traduire la majorité de la fiction moi-même, avoir un beta-correcteur pourrait s'avérer utile afin de vérifier les tournures de phrase, le choix des mots etc. Que ça ne fasse pas trop "Google traduction" dans l'âme ! Rien de concret pour le moment, disons que je suis en pleine réflexion. Si certaines personnes ici ont déjà tenté l'aventure de la traduction, je suis curieuse d'avoir vos retours.
Une rencontre que j'ai beaucoup apprécié écrire dans ce chapitre...
Réponse aux reviews :
Cassye : Et oui, on peut éliminer une bonne partie des gobelins par empoisonnement ! Lorsqu'on arrive au camp, à l'endroit même où on croise Volo, la course à la poule etc, il y a un chaudron où les gobelins vont se servir leur bière... Et si on clique dessus, on voit qu'on peut interagir en y ajoutant un objet de notre inventaire ! J'ai tenté un poison, et cela a déclenché une cinématique peu de temps après. Il faut par contre réussir un jet de persuasion ensuite pour convaincre les gobelins que tu n'es pas responsable du massacre. Le coup du barde qui distrait la foule tandis que le voleur pille sans remord, c'est un peu la base de mon gameplay avec Nymuë je l'admets x) Et pour répondre à ta question, non Nymuë n'est pas une référence à WOW, j'ai choisi ce prénom car cela est un des surnoms donnés à la Dame du Lac dans la légende arthurienne, signifiant "rivière". Cela m'a fait penser à une des OST mythiques du jeu, "Down by the river", et va savoir pourquoi c'est resté dans ma tête ensuite ! Merci encore une fois pour ta review.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 10
Toile d'araignée
Après le vacarme des réjouissances, l'intérieur du temple parut étrangement silencieux aux aventuriers. Seul le bruit des tambours résonnait encore, mais nuls rires ou chants ne traversaient les lèvres des gobelins montant la garde. Les créatures paraissaient moins nombreuses ici ; cependant, leurs faits et gestes n'en étaient que plus surveillés.
Une sentinelle les apostropha, l'arme levée :
" Hé ! La fête, c'est pas ici ! hurla-t-elle. Nous, on est au service de l'Absolue."
Nymuë jeta un coup d'œil à ses compagnons, qui approuvèrent discrètement. Il était temps de mettre leur plan en marche.
" J'ai une audience avec votre cheffe, déclara-t-elle avec dédain.
- Hum… Les gens de votre espèce traitent pas avec le boss Ragzlin ou la prêtresse Haruspia, en général. Je parie que vous êtes là pour voir Minthara. Sans blague, vous êtes son portrait craché. Un poil trop claire, peut-être."
L'elfe noire observa son interlocutrice d'un air impérieux :
" Je me demande, murmura-t-elle, ce que ma soeur pensera, lorsque je lui annoncerai que vous m'avez fait attendre. J'ai cru comprendre que votre bourreau avait servi de repas à vos araignées. Peut-être vous trouveront-elles aussi à leur goût ?
- Pas… Pas besoin d'aller jusque-là, glapit la sentinelle. Minthara connaît son affaire, c'est sûr, et je ne voulais pas manquer de respect. Paraît que le prochain raid, ce sera quelque chose ! Elle est dans les geôles, m'dame, avec le dernier des pillards qu'on a récupéré. Elle s'apprêtait à le faire parler."
Tremblante, la gobeline lui pointa un escalier sur la droite de l'édifice, descendant dans ses profondeurs. Les aventuriers ne s'embarrassèrent pas de remerciements avant de poursuivre leur route :
" Si je ne vous connaissais pas, susurra Astarion en se rapprochant, je pourrais presque croire que vous aimez terroriser ces petites créatures.
- Vous avez raison, répliqua Nymuë, vous ne me connaissez pas.
- Oh, ne soyez pas si rigide. L'autorité est pourtant un excellent aphrodisiaque…
- Alors, il y a tout à parier que Minthara vous plaise.
- Je suis étonnée qu'une elfe noire se soit perdue au milieu des gobelins, murmura Ombrecoeur. Ne le prenez pas mal Nymuë, mais les vôtres sont assez rares à la surface.
- Vous me faites rougir, Ombrecoeur. Je ne pensais pas être votre "première fois".
- Vous ne l'êtes pas, répliqua la prêtresse en fronçant les sourcils, mais ce n'est pas le propos. Ce que j'essaye de dire, c'est que j'ignore si les codes sociaux drows fonctionneront lorsque nous nous adresserons à cette Minthara."
Nymuë s'immobilisa en bas des marches, retenant avec peine un soupir. Lorsqu'elle se tourna vers ses compagnons, son expression était désemparée :
" La vérité, c'est que… de toute manière, je n'ai aucune idée de ce à quoi ressemblent les règles d'étiquette drow. Je n'en ai jamais rencontré d'autre à ce jour."
Un silence accueillit cette confession, rompu un instant plus tard par la demi-elfe :
" Vous ne connaissez donc pas vos parents ? lui demanda-t-elle.
- Ils sont morts, probablement alors qu'ils cherchaient à atteindre la surface. Ma mère est décédée en me mettant au monde. Ce sont les troubadours qui étaient avec elle qui m'ont recueillie, puis élevée."
"Puis exploitée.", poursuivit-elle en pensée.
Sortant son pendentif de sous son armure, elle continua :
" Le seul objet que je garde d'eux est ce médaillon. J'ai cru comprendre que les elfes noirs étaient un peu plus nombreux à Baldur's Gate, mais je ne les ai jamais croisés. Je suppose que, tout comme moi, ils ont privilégié la discrétion.
- Je connais des jumeaux, hasarda Astarion, à la Caresse de Sharess. Le meilleur bordel de la basse-ville. Je vous les présenterai, darling. Je suis sûr qu'ils sauront quoi faire de vous…
- La question que je me pose, rétorqua la jeune femme en jouant avec son poignard, est ce que je devrais faire de vous.
- J'ai quelques idées…
- Gardez votre répugnante tension sexuelle pour plus tard.", siffla Lae'zel.
Nymuë ouvrit grand la bouche, scandalisée, tandis qu'Astarion affichait un sourire suffisant. Elle réprima avec difficulté sa forte envie de lui refaire le portrait. Avec le plus de dignité possible, elle dévala les marches restantes.
Il y avait au moins un point positif à cet échange déplorable : elle était désormais trop agacée pour être nerveuse par rapport à leur rencontre avec Minthara. Si les choses tournaient mal, elle pourrait toujours imaginer que la leader gobeline ressemblait à un certain haut-elfe.
Le sous-sol du temple était depuis longtemps effondré ; ce qui devait être autrefois une immense galerie ressemblait davantage aujourd'hui à une caverne. Des tunnels rocheux faisaient office de murs. Même le sol était trompeur, les dalles désagrégées ayant laissé place à des gouffres béants. L'un d'eux, peu profond, avait été aménagé en fosse dans laquelle se trouvaient deux grosses araignées.
Pas étonnant que les gobelins aient choisi cet endroit pour constituer leurs geôles. Les seules alternatives, si par miracle un prisonnier parvenait à s'évader, étaient un puits sans fond ou un rendez-vous avec les arachnides.
Des gardes gobelins attendaient à l'entrée de la salle ; quand ils virent Nymuë, ils s'écartèrent prudemment. Deux autres surveillaient l'entrée d'un souterrain pas encore tombé en ruines. Une alcôve avait été dégagée et dégageait une faible lueur : probablement l'espace personnel réservé à Minthara.
Mais c'est l'arrière de la salle qui attira le regard des compagnons. Cette zone, séparée du reste par de lourdes barres de fer, faisait office de prison de fortune. Deux worgs grognaient férocement, enchaînés à un mur. Et dans la dernière cage, se trouvait un ours brun.
Il était énorme, plus grand encore que celui les ayant menacés au Bosquet d'Emeraude. Deux lourdes attaches entravaient ses mouvements, mais sa corpulence était telle que Nymuë se demandait par quel miracle les barreaux de sa cellule tenaient encore. Quelques gobelins s'étaient réunis devant l'animal, et s'amusaient à lui jeter des pierres en riant.
L'elfe noire les ignora et se dirigea vers le renfoncement où elle espérait trouver sa semblable. Rien ne pourrait être fait pour Halsin tant que Minthara était dans les parages.
Des armoires avaient été poussées contre les murs de l'antichambre, vaine tentative de rendre la pièce plus habitable. Des torches diffusaient une lumière tremblotante, et un grand bureau de granit occupait la majorité de l'espace.
Nymuë ignorait ce qu'elle s'attendait à ressentir en rencontrant Minthara. De la curiosité, peut-être, pour une de ses congénères ? Sans se l'avouer, elle avait espéré dénicher chez cette inconnue quelque chose de familier. Un trait du visage, une particularité physique, un tic de langage… N'importe quoi, qui lui aurait donné un sentiment d'appartenance.
Mais il n'y avait rien, chez cette elfe noire, avec lequel elle parvenait à s'identifier. Sa peau était plus foncée que la sienne, d'un bleu tirant presque sur le violet. Ses cheveux blancs étaient attachés en un chignon rapide. Même son armure lui paraissait étrange : mélange d'écailles et de cuir, elle luisait d'une couleur bleue-grise à la lumière des flambeaux. Robuste, suffisamment résistante pour encaisser et dévier des attaques à l'arme lourde ; mais également furtive, apte à se fondre aisément dans le décor. Elle arborait dans son cou un tatouage en forme de toile d'araignée, et ses yeux…
Ses yeux étaient encore plus rouges que ceux d'Astarion. Sans que Nymuë ne sache pourquoi, ils la mirent profondément mal à l'aise. La générale était en train de réprimander un gobelin à leur arrivée, et la jeune femme voyait clairement l'écarlate de ses pupilles foncer sous le coup de la colère. A en juger par ses tremblements, la sentinelle à ses pieds l'avait également deviné :
" Vos éclaireurs ne sont toujours pas revenus.", commença Minthara.
Sa voix était grinçante, à couper au couteau :
" La moitié des intrus ont échappé à vos gardes, et une bonne partie de vos prisonniers sont morts sans lâcher la moindre information.
- Désolé, maîtresse, murmura l'autre. On a foiré.
- A compter de cet instant, et ce jusqu'à ce qu'on retrouve leur refuge, je t'arracherai toutes les heures quelque chose qui t'est cher. Un bijou… ta langue… un bras.
- Je servirai à rien sans mes bras, m'dame ! Mes gars vont faire parler cet ours, et fissa ! Promis, juré.
- Silence, vermine. Ou je te ferai taire à jamais."
Elle congédia le gobelin d'un geste dédaigneux, avant de poser les yeux sur les nouveaux venus. Un éclair de surprise traversa son visage lorsque son regard croisa celui de Nymuë. Toutefois, elle ne les invita pas à approcher ; à la place, ses pensées se mêlèrent à celles de ses visiteurs, telle une main glaciale effleurant leurs esprits.
"La pièce se dissolu autour d'eux ; une fois encore, une vision se matérialisa, montrant la drow écoutant attentivement tandis qu'une jeune femme aux yeux pâles lui murmurait à l'oreille. L'une de ceux dont parlait la Voix : une Élue…"
Nymuë n'eut guère l'occasion de la dévisager que l'image se dissipa, les laissant seuls face à Minthara. Retenant un tremblement, elle se rappela de jouer son rôle :
" Une âme éveillée ? l'accueillit la générale avec… respect. Mes hommages, ma sœur. Vous êtes là pour me seconder dans ma traque ?
- Oh, souffla Astarion, ravi. Une traque ? Qui chassons-nous ?"
Minthara se tourna lentement vers lui ; l'air se chargea d'électricité. Discrètement, Nymuë se déplaça devant son compagnon alors qu'une vague d'énergie se déversait de leur interlocutrice. Le haut-elfe en tomba à la renverse, mais ce fut la musicienne qui prit le plus gros de la décharge psychique. Grinçant des dents, elle retînt un gémissement et lutta pour rester impassible.
" Tu parleras, mâle, quand cela te sera autorisé, cracha sa congénère. Vous l'avez mal élevé.", reprit-elle, en s'adressant de nouveau à sa consoeur.
La jeune femme esquissa un sourire poli, serrant et desserrant les doigts pour chasser la douleur. Derrière elle, elle sentit Astarion se relever. Il fusilla Minthara du regard, et porta la main à sa dague. Son regard intercepta alors les mains tremblantes de Nymuë, et il s'immobilisa, l'observant d'un air curieux :
" Pardonnez-le, ma soeur. Être en présence des enfants chéris de l'Absolue lui fait perdre toute mesure.
- J'ose espérer que vous saurez lui rappeler sa place. Venez-vous directement de Menzoberranzan ?"
Nymuë se figea, surprise. Prudemment, elle répondit :
"Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?"
Abordant toujours une expression faussement aimable, Minthara lui désigna le pendentif qu'elle avait oublié de glisser sous son armure :
" Votre ornement. Seules les grandes familles de Menzoberrazan ont le droit à ce type de parure. Bien que je ne reconnaisse pas le symbole de votre Maison ?"
Ses yeux scrutaient - avec curiosité, désormais - le "A" gravé sur le bijou, ainsi que la large toile d'araignée l'entourant. Nymuë saisit fermement son collier :
" Cela fait bien longtemps que j'ai quitté les Tréfonds Obscurs, broda-t-elle. Les intérêts de ma Maison cessèrent d'être ma priorité lorsque j'entendis l'appel de l'Absolue."
Cette réponse parut satisfaire sa semblable, qui lui sourit avec indulgence. Profitant de ce répit, la jeune femme poursuivit :
" Vous disiez être en chasse ?
- Des adorateurs d'une fausse divinité, siffla Minthara. Leur seule existence est une insulte à la juste domination de l'Absolue sur cette région. Il y a une arme que notre déesse exige, et je suis persuadée qu'elle est détenue par ces pouilleux. Nous la ramasserons au milieu de leurs cadavres encore fumants."
Son impatience était palpable. Malgré elle, les pensées de la générale s'ouvrirent à nouveau aux aventuriers. Sa conscience s'attardait sur ses rêves de victoire, le sang des infidèles répandu au sol… Et l'arme. Elle souhaitait s'en emparer, à tout prix, au nom de l'Absolue.
Sur sa gauche, Nymuë sentit l'angoisse d'Ombrecoeur. Comme ils le craignaient, l'arme recherchée par les cultistes n'était autre que l'artefact qu'ils détenaient, celui-là même les ayant protégés à leur arrivée au camp gobelin. Les poings de l'elfe noire se serrèrent ; les fanatiques ne devaient pas savoir que l'arme qu'ils convoitaient était à portée de main.
" Le voleur dans nos geôles a cherché à s'enfuir pour rejoindre leur sanctuaire, continua Minthara. Comme notre bourreau a transformé son camarade en un tas d'os ensanglantés, nous allons continuer à le découper, morceau par morceau, jusqu'à ce qu'il nous révèle sa position exacte. Et s'il décide de rester sous sa forme animale, qu'importe : cela nous fera seulement utiliser des armes plus tranchantes."
Lentement, une idée germa dans l'esprit de la jeune femme. Le plus gros des forces gobelines seraient décimées d'ici quelques heures, anéanties par le poison de Nettie. Le reste était sûrement aux ordres de Minthara, prêts à participer à ce fameux "raid" qu'elle préparait…
S'ils les attiraient au Bosquet, elle et sa bande, ils pourraient les submerger avec l'aide des tieffelins. Les druides ne se montreraient pas coopératifs, bien sûr, mais Halsin saurait certainement les convaincre…
Ne demeurait que l'impossibilité de communiquer ce plan à ses camarades, de peur que la générale l'intercepte. Ils allaient devoir lui faire confiance.
" Pas besoin du prisonnier, déclara-t-elle. Je connais déjà l'endroit que vous cherchez."
Elle entendit Ombrecoeur sursauter, et Lae'zel lâcher un grognement ; mais aucune des deux femmes n'interféra. Seul Astarion l'observait, enchanté, devinant où elle voulait en venir.
" Dites-moi ce que vous savez, ordonna Minthara avec empressement. Si nous trouvons cet endroit, l'Absolue nous récompensera en nous offrant un immense pouvoir."
Avec obédience, la musicienne se dirigea vers le bureau et pointa du doigt l'emplacement du Bosquet sur la carte. Les yeux de la générale s'agrandirent, avant de prendre une expression prédatrice :
" Si près ? Bien. Ils sont faits comme des rats, et vous allez prêter main forte à ce massacre. Puisque vous connaissez déjà les lieux, rendez-vous à leur refuge, et montrez-vous amicale. Laissez-les accueillir le loup au sein de la bergerie.
- Et une fois à l'intérieur ? demanda Nymuë.
- Je vais rassembler une escouade et nous allons prendre position autour du bosquet. Vous nous ouvrirez la porte de l'intérieur, quand l'heure sera venue de frapper. Au nom de l'Absolue, nous massacrerons les infidèles et purifierons les lieux par le feu. Ainsi… nous serons les premières à intégrer le cercle de ses favoris.
- Il en sera ainsi, conclut l'elfe noire.
- Bien. Rassembler les gobelins n'est jamais simple, mais mes troupes seront prêtes à l'aube. Débrouillez-vous pour vous infiltrer d'ici là. Une fois que nous serons en position, vous donnerez le signal et nous les exterminerons jusqu'au dernier. Et lorsqu'ils seront morts, l'Absolue vous récompensera pour votre foi."
Minthara s'approcha soudainement d'elle, lui relevant le menton avec possessivité :
" Et je saurai vous montrer ma gratitude, moi aussi.", ronronna-t-elle.
Nymuë tenta de garder contenance, alors qu'Ombrecoeur étouffait une toux gênée dans son dos. Lae'zel et Astarion, en revanche, admiraient le spectacle avec grand intérêt.
" Et l'autre, qui me faisait les yeux doux avec ces jumeaux drow…", pensa-t-elle avec exaspération.
Sa congénère la relâcha et la détailla avec appréciation des pieds à la tête, avant de se diriger vers la pièce à côté :
" Nous partons, cria-t-elle. Rassemblez nos hommes !"
Les gobelins cessèrent aussitôt de monter la garde et se précipitèrent vers l'extérieur. En un instant, la prison se vida, ne laissant que les créatures à proximité de la cage d'Halsin. L'ours poussa un rugissement en apercevant Minthara et tira davantage sur ses chaînes, en vain. La générale l'observa, le sourire aux lèvres :
" Nous avons trouvé notre proie.", déclara-t-elle avec satisfaction.
Derrière elle, les aventuriers restèrent silencieux. Au fond, qui chassait qui ?
Seuls trois gobelins s'étaient attardés, trop occupés à rire de l'ours emprisonné pour remarquer la présence des étrangers. Nymuë jeta un oeil à Ombrecoeur qui hocha la tête, déjà concentrée sur son incantation :
" Silencio.", murmura-t-elle.
Une bulle magique les enveloppa, étouffant les sons extérieurs. Seuls les rires aigus des créatures restaient distincts ; et désormais, rien ne saurait donner l'alerte aux patrouilles. L'elfe noire s'approcha nonchalamment de leur groupe :
" Vous ne vous préparez pas ? leur demanda-t-elle. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de massacrer des druides."
L'ours tourna sa tête impressionnante et gronda. Elle esquissa un demi-sourire :
" Celui-là semble féroce, mais je peux vous dire que ses compères du Bosquet sont plus proches de l'hibernation…
- Haha ! ricana une gobeline. Ils ne comprendront rien du tout quand on leur tombera dessus !
- Oui, acquiesca la jeune femme. C'est le moins qu'on puisse dire."
Et elle fit tournoyer son poignard chaîné, tranchant une gorge au passage. Une des créatures prit ses jambes à son cou, n'évitant une flèche d'Astarion que grâce à un plongé magistral. Malheureusement pour elle, l'épée de Lae'zel l'attendait ; la githyanki la trancha en deux. Le dernier garde saisit son arme, prêt à frapper, mais une patte massive le plaqua au sol. Il couina et griffa vainement les dalles de pierre, avant d'être entraîné à l'intérieur de la prison. Là, son hurlement se tût.
Une vive lumière envahit la cellule, et une forme humanoïde remplaça l'ours brun. Halsin était un elfe des bois à la taille haute, et à la musculature colossale. Pas étonnant que sa forme animale soit si imposante ! Ses cheveux bruns lui arrivaient aux épaules, et d'anciennes griffures balafraient son visage. Fouillant le cadavre du gobelin à ses pieds, il en sortit une clé avec laquelle il déverrouilla ses chaînes. Prudemment, Nymuë lui ouvrit la porte de sa geôle, et c'est quand il croisa son regard méfiant que l'archidruide sembla remarquer ses mains, couvertes encore du sang de sa dernière victime :
" Pardonnez les viscères, leur dit-il. D'aucun devrait chérir tout ce que la nature nous offre… Mais la chair de gobelin est tout en bas de la liste. Vous avez aidé un ours, sans savoir s'il allait vous écharper ensuite ? Ou vous êtes de véritables amis des animaux… ou vous êtes un groupe de lunatiques."
" La deuxième option, assurément.", pensa Nymuë.
" Je vous dois des remerciements, poursuivit l'archidruide, bien que je vous aie cru semblable à ces cultistes, à votre arrivée… Mon nom est Halsin.
- Nous sommes au courant, répliqua Ombrecoeur, nous venons du Bosquet d'Emeraude.
- Celui-là même où vous venez d'envoyer cette drow ? rugit-il.
- Celui-là même, rétorqua Nymuë, où nous venons de piéger cette drow. Des gobelins ont attaqué votre demeure il y a de ça quelques jours, au retour d'Aradin et de son équipe. Tôt au tard, ils vous aurez localisés. Maintenant, non seulement leur garnison est réduite, mais nous bénéficions de l'effet de surprise.
- Je les ai laissés vulnérables, reconnut Halsin. Mais jamais je n'aurais cru qu'ils auraient affaire à une telle menace…
- Craignez déjà les dangers présents en vos propres murs, ajouta l'elfe noire. Car Minthara n'est pas la seule à convoiter le Bosquet…"
Ouvrant sa besace, elle lui remit la lettre de Kagha, subtilisée des jours plus tôt. Les yeux de l'archidruide s'agrandirent à sa lecture :
" Les druides de l'Ombre ? Oh Kagha, pauvre enfant… Mais que lui est-il passé par la tête ?
- Une remarquable ambition, toutefois mal orchestrée, soupira le roublard.
- J'aurais dû davantage la préparer, continua le premier druide. Mieux lui montrer la voie… Mais il m'incombe de vivre avec ces regrets."
Les étudiant soigneusement, Halsin ajouta :
" Ce n'est pas un hasard si vous m'avez trouvé, pas vrai ? Vos actions vous font honneur, mais je reconnais cette lueur dans vos yeux… Il vous est arrivé quelque chose."
Nymuë observa ses compagnons, prise d'un doute : l'entretien avec l'apprentie soigneuse, Nettie, ne fut guère un succès… Et cette fois-ci, fort était à parier qu'ils ne parviendraient pas à assommer leur interlocuteur d'un coup sec sur le crâne.
L'archidruide fit briller ses doigts d'une lueur dorée, qui les enveloppa d'une douce chaleur. La sensation n'était pas désagréable, presque amicale… jusqu'au moment où elle effleura leurs tempes, faisant trembler le parasite.
" Que le Père de la Forêt vous préserve, mon enfant… Vous êtes infectés, n'est-ce pas ? Par une de ces larves illithides… Mais quelque chose est différent. Vous êtes conscients du monstre à l'intérieur de vous. Et vous ne pliez pas le genou devant l'Absolue, comme les autres "Âmes Eveillées"... Comment est-ce possible ?
- Nous aurions déjà dû nous transformer, avoua Ombrecoeur. Cela fait maintenant plusieurs jours que nous souffrons de cette condition, et pourtant aucun symptôme ne s'est manifesté. Notre cas est… complexe.
- J'étudie ces vers depuis un moment, désormais, déclara Halsin. Depuis l'apparition de ces cultistes dans la région. Quelqu'un se sert d'une puissante magie pour modifier ces parasites ; il les utilise afin de contrôler les individus infectés, et les soumettre à sa volonté."
Nymuë retint son souffle : ce même pouvoir qu'elle avait utilisé sur Andrick et Brynna aurait dû prendre possession d'elle depuis longtemps… En faveur de celle que les adeptes appelaient l'Absolue. Était-ce également l'artefact d'Ombrecoeur qui les protégeait de cette influence, les laissant libres de corps et d'esprit ?
" Je crains de ne pouvoir défaire cette magie, confessa l'archidruide. Je ne peux vous guérir. Ce qui ne signifie pas, toutefois, que je ne peux pas vous aider. Mon temps en cellule m'a permis d'observer ces âmes éveillées ; je n'ai peut-être pas trouvé de remède, mais je sais d'où ces larves modifiées proviennent. Cet… endroit, ces Tours… Des innocents y rentrent, et des âmes éveillées en sortent. S'il existe un traitement à ce qui vous condamne, il doit être là-bas.
- Les Tours de Hautelune ? demanda Nymuë, en se rappelant les paroles des gobelins rencontrés la veille. Où est-ce ?
- Je vous en dirai plus, je vous le promets, mais pas maintenant et pas ici. Le temps presse ; les troupes de Minthara sont en route, et elles arriveront au Bosquet à l'aube. Nous pouvons les doubler, mais il nous faut partir dès maintenant.
- Comment est-ce possible ? objecta Ombrecoeur. Il nous a fallu presque deux jours pour voyager jusqu'ici !
- Parce que vous êtes passés par les sentiers, expliqua Halsin. Les gobelins, eux, passent en dessous."
Et il pointa du doigt le souterrain à l'autre bout de la pièce.
" Ils apportaient ma nourriture de là-bas, poursuivit l'archidruide. Certains d'entre eux ont été envoyés afin de fouiller une ancienne bourgade, tombée en ruine depuis longtemps. Ils ratissent toute la région au peigne fin, même si j'ignore ce qu'ils cherchent exactement."
Les compagnons se mesurèrent du regard, silencieux. Certaines informations étaient plus en sécurité connues d'eux seuls.
" Si nous passons par ces… tunnels, lança Lae'zel, nous arriverons directement au village ?
- Ça nous laisserait moins d'une demi-journée de marche pour rejoindre le Bosquet, réfléchit Astarion.
- Autrement dit, nous pourrions arriver dans la soirée, conclut Nymuë. Nous aurions le temps de nous préparer, afin d'accueillir Minthara comme il se doit.
- Minthara n'est pas le seul danger, gronda Halsin. Les autres chefs gobelins continueront de menacer mon peuple, même si la drow périt.
- Et bien, sifflota Ombrecoeur, il est possible que nous ayons déjà à moitié réglé ce problème…"
En quelques mots, elle lui raconta leur stratagème, omettant toutefois la provenance de la toxine. Le premier druide sourit avec admiration:
" Vous êtes rusés comme des renards, mes amis, déclara-t-il. Mais qu'en est-il de la prêtresse et des créatures à l'intérieur du temple ?
- J'ai peut-être une idée.", glissa Nymuë.
Espiègle, elle indiqua à Halsin la fosse aux arachnides :
"Vous savez parler aux animaux, pas vrai ?".
Note de fin :
Quelques informations sur ce chapitre :
- Tout d'abord, comme vous l'avez vu, j'ai modifié la disposition du donjon pour correspondre à la fois à mes besoins et à ce qui me paraissait le plus logique d'un point de vue narratif. Quand nous trouvons Minthara au camp gobelin, elle et ses hommes sont en charge de la torture des prisonniers afin de découvrir où se trouve le Bosquet. Je trouvais donc plus logique de les placer à proximité, et éloignés du tumulte de la fête.
- J'ai créée un tunnel reliant le Village Abandonné et le camp gobelin car ça me semblait cohérent par rapport aux rondes gobelines que l'on croise à cet endroit. Mais sachez qu'il existe vraiment des tunnels dans le camp qu'on peut creuser pour s'enfuir discrètement, pas très loin de la cellule d'Halsin si je ne me trompe pas ! La différence ici est que je n'ai pas fait de ces souterrains un "secret", j'ai assumé leur utilisation par les locaux.
- Enfin, j'ai modifié légèrement le sortilège "Silence" par rapport à ce dont il est réellement capable selon le lore de Donjons et Dragons. Normalement, ce sortilège empêche ceux piégés à l'intérieur d'entendre quoi que ce soit, et donc d'utiliser des sorts nécessitant une prononciation orale. Ici, je l'ai plutôt utilisé comme une "bulle d'isolation", empêchant les gens de l'extérieur d'entendre ce qui s'y passe, tout simplement car... c'est ce qui se passe en jeu ! Baldur's Gate 3 est un peu plus permissif que les règles de base de D&D, et à de nombreuses reprises j'ai évité d'alerter des zones entière en utilisant "Silence".
- Enfin, notre pauvre Astarion se fait bully par Minthara car j'ai souhaité davantage axer sur le lore drow, qui est relevé dans le jeu mais reste discret. Les elfes noirs sont une société matriarcale : littéralement, être un mâle là-bas c'est une "fonction", un corps de métier limite. Quand on explore le background de Minthara, on apprend qu'elle vient de la noblesse de Menzoberrazan, ce que j'ai décidé d'exploiter pour l'histoire personnelle de Nymuë. Si vous jouez un drow, Minthara vous accueille plus ou moins chaleureusement si vous vous identifiez comme étant une femme ou un homme, pour correspondre justement à cet aspect "culturel".
Je laisse la prêtresse Haruspia aux araignées, il semblerait que l'on se rapproche petit à petit d'une bataille épique ? Je vous remercie d'avance pour votre lecture, et vous dit à la semaine prochaine !
