Chapitre 19 : Mystères
Arthur fit de son mieux pour ouvrir la porte de sa chambre sans faire de bruit. Il n'aurait pas dû claquer la porte en sortant des appartements de Gaius, il avait peut-être réveillé quelqu'un ou alerté la garde du château. Après tout, le jour ne se lèverait pas avant plusieurs heures.
En entrant, il fut accueilli par Guenièvre :
-J'ai fouillé toute la pièce, dit-elle, je n'ai trouvé le miroir nulle part, je suis désolée Arthur. Et je sais que Merlin n'ouvre jamais les tiroirs de ton bureau quand il le nettoie, il n'a pas pu y toucher.
-De toute façon cela ne peut pas être Merlin, fulmina le roi, il est bien trop occupé ailleurs !
De toute évidence, la jeune femme ne s'attendait pas à cet élan de colère de la part de son époux.
-Que veux-tu dire ?
-Tous les soirs, il sort de Camelot et ne rentre que très tard dans la nuit. Je ne sais pas ce qu'il fait et il refuse de me dire la vérité.
Guenièvre était pensive.
-Pour être parfaitement honnête, dit-elle finalement, tu lui mens aussi : tu ne lui as pas dit que tu te rendais régulièrement chez l'Archiviste et que tu avais même caché des objets magiques dans notre chambre.
Arthur le savait bien sûr, il savait qu'il ne pouvait pas en vouloir à Merlin puisqu'il faisait la même chose. D'ailleurs, peut-être son valet lui en voulait-il aussi de lui cacher la vérité. Cela expliquerait le peu de conviction qu'il avait mis dans ses mensonges. Arthur se sentit soudain ridicule : il avait pensé que Merlin le croyait assez stupide pour avaler de telles couleuvres alors que son valet ne faisait que se moquer de lui.
Guenièvre interrompit le fil de ses pensées.
-Que peut-on faire pour trouver qui a pris le miroir ? demanda-t-elle.
-Rien, dit-il d'une voix sombre. Nous n'avons qu'une seule solution : attendre qu'il se manifeste de lui-même et prier pour que tout finisse bien.
Le seigneur Léon se réveilla brusquement au milieu de la nuit, désorienté. Il aurait juré avoir entendu une porte claquer bruyamment quelque part dans le château. Décidant de se fier à son instinct, qui le trompait rarement, il alluma une bougie et sortit de ses appartements pour vérifier que tout allait bien. Le couloir était désert. Peut-être devrait-il vérifier que le roi n'avait pas de problème. Et s'assurer que Dame Viviane n'était pas en danger. Après tout, le père de la jeune fille avait chargé Léon de sa sécurité.
Les appartements de la princesse étaient les plus proches, il s'y rendit donc en premier et frappa à la porte. Elle vint lui ouvrir une bougie à la main et les cheveux ébouriffés.
-Que faîtes-vous ici en pleine nuit? demanda-t-elle sans comprendre. Est-ce qu'Arthur a des ennuis ?
-Je ne sais pas, commença-t-il. Je suis…
Elle ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.
-Entrez, entrez, dit-elle en l'entraînant dans ses appartements, dites-moi ce dont Arthur a besoin, je ferai tout mon possible pour l'aider !
Ce fut le moment que choisit la servante de Viviane pour entrer dans la pièce.
-Ma Dame a-t-elle besoin de quelque chose ? demanda-t-elle avant de remarquer la présence de Léon.
Elle s'empressa alors de s'excuser et de s'incliner devant lui.
-Arthur va bien, dit Léon pour rassurer Viviane, j'ai simplement cru entendre un bruit dans le château et je voulais m'assurer que la princesse allait bien.
C'était tout ce que Dame Viviane avait besoin de savoir, le reste ne l'intéressait pas. D'un ton joyeux, elle leur souhaita rapidement bonne nuit avant de retourner se coucher.
-Oh oui elle va très bien, confirma la servante, elle n'a jamais été aussi heureuse qu'en ce moment.
-Je parlais en fait de sa sécurité, expliqua Léon, mais je me réjouis qu'elle soit à son aise à Camelot.
-Ce n'est pas Camelot qui la rend heureuse, sourit la servante, c'est son miroir.
Léon était incrédule. Même Dame Viviane n'était pas si vaniteuse.
-Son miroir ? Vous voulez dire son reflet ?
-Non, monseigneur, son miroir. Elle ne l'a que depuis peu de temps mais elle y semble attachée comme à la prunelle de ses yeux et elle passe des heures à s'y observer.
Le seigneur Léon n'avait pas vraiment de réponse pour cette déclaration. Que fallait-il dire dans ce type de situations ? Se réjouir du bonheur que le miroir procurait à la jeune fille ? Il ne voyait pas comment formuler une telle pensée sans avoir l'air de se moquer d'elle. Il choisit donc simplement de s'excuser de sa venue à une heure si tardive et de s'en aller.
OoOoO
Il se rendit cette fois-ci aux appartements du roi, et hésita avant de frapper. Il lui semblait entendre le roi et la reine discuter à l'intérieur. Il pouvait distinguer la voix d'Arthur :
- … prier pour que tout finisse bien, disait-il.
Léon donna finalement deux légers coups sur la porte pour signaler sa présence. Le roi vint lui ouvrir immédiatement.
-Seigneur Léon, que vous arrive-t-il ?
-Excusez-moi de vous déranger au milieu de la nuit. Il m'a semblé entendre de l'agitation dans le château, alors je suis venu vérifier que vous alliez bien. En arrivant à votre porte j'ai cru entendre votre voix et celle de la reine, y a-t-il un danger qui menace Camelot ?
Arthur eut l'air d'hésiter, comme s'il n'était pas certain de la réponse.
-Non, dit-il finalement. Tout va bien.
-Très bien, répondit Léon, je n'aurais pas dû vous déranger.
-Attendez, s'écria Arthur en l'empêchant de s'en aller, j'aurais voulu vous poser une question. Pourquoi étiez-vous absent pour l'accueil du roi Odin? J'avais pourtant demandé à tous les chevaliers de la Table Ronde d'être présents.
Léon aurait dû s'en douter, Arthur avait forcément remarqué qu'il n'était pas à son poste ! Mais il ne pouvait pas lui dire ce qu'il s'était passé sans impliquer Dame Viviane.
-Je me suis senti mal, Sire, je n'ai pas pu quitter mon lit, je suis désolé.
Le visage d'Arthur se durcit.
-Je ne sais pas ce que vous me cachez mais votre excuse n'est pas convaincante, dit-il.
Alors que Léon, stupéfait, s'apprêtait à répliquer, Arthur enchaîna d'un air pensif :
-Vous savez, j'aimerais beaucoup avoir un moyen de distinguer le vrai du faux. Peut-être que mon entourage cesserait de me mentir en permanence.
Le lendemain matin, Arthur fut réveillé par son valet, qui apportait le petit-déjeuner, comme à son habitude. Merlin n'osait visiblement pas prendre la parole pour parler de ce qu'il s'était passé cette nuit-là.
-Je n'aurais pas dû m'énerver ainsi, dit brusquement Arthur. Je m'excuse.
Merlin en fut cloué sur place. Il s'apprêtait à répondre quelque chose mais le roi ne lui en laissa pas le temps.
-Maintenant que ce problème est réglé, dit-il, tâchons de passer une bonne journée !
OoOoO
Mais il n'aurait pas dû parler si vite. La journée commença par une réunion rassemblant pour la première fois tous les dirigeants des royaumes voisins. Sans grande surprise, personne ne réussit à se mettre d'accord. Le roi Odin acceptait de réunir les armées quand viendrait le moment de repousser celle des sorciers, mais il refusait de laisser ses hommes se battre sous le commandement d'un autre que lui-même. La reine Annis exigeait d'en apprendre plus sur Mordred avant d'accepter le moindre accord. Le roi Alined osa même proposer d'utiliser la magie contre l'ennemi. Il fallut mettre fin à la réunion de peur qu'une guerre de plus ne soit déclarée.
Ensuite, Arthur s'isola dans ses appartements pour étudier les rapports des patrouilles qui revenaient des villages attaqués par les hommes de Mordred. A chaque fois c'était la même chose : un groupe de trois hommes qui détruisait un village entier et brûlait les récoltes. Il y avait des dizaines de ces groupes partout dans ce royaume et les autres. Les villageois n'avaient pas la moindre chance face à leur sorcellerie. Arthur se demanda si Camelot elle-même avait une chance face à ces ennemis armés de magie. Il se surprit à se demander si certains habitants de Camelot étaient du même avis qu'Alined, qui voulait retourner la sorcellerie contre Mordred. Gaius l'était peut-être puisqu'il faisait confiance à au moins un sorcier. Il avait d'ailleurs menti pour le protéger quand Agravain l'avait interrogé devant Arthur. Et lorsqu'on lui avait demandé s'il approuvait la loi interdisant la magie, le vieil homme avait tenté de contourner la question en disant qu'il en comprenait les raisons. L'oncle d'Arthur avait insisté, et Gaius avait fini par répondre que oui… mais c'était clairement un mensonge. Le vieux médecin pensait-il que la loi contre la magie était une erreur ?
Merlin profita du temps libre dont il disposait pour rendre une nouvelle visite à Morgane, cette fois-ci de jour. Arthur s'était enfermé dans ses appartements pour travailler et il n'aurait pas besoin de lui avant plusieurs heures. Merlin avait donc largement le temps de vérifier que la potion de sommeil qu'il avait préparée pour Morgane avait fait effet.
Lorsque la jeune femme l'invita à entrer chez elle, la première chose qu'il remarqua fut qu'elle avait l'air reposé. Il avait donc sa réponse : le breuvage avait fait des merveilles et rendu le sourire à Morgane.
-C'est la première fois que tu viens pendant la journée, remarqua-t-elle. Que t'arrive-t-il ?
-J'avais un peu de temps libre, éluda-t-il. Comment vas-tu ?
-Mes blessures sont en cours de guérison et j'ai passé une excellente nuit. Cela faisait plus de dix jours que je n'avais pas aussi bien dormi. Merci beaucoup pour ta potion.
-Ne me remercie pas, ne put-il s'empêcher de dire, remercie Gaius. C'est sa recette.
Le sourire de la jeune femme se transforma en grimace mais elle ne répondit rien. Merlin décida alors de ne pas tourner autour du pot et de poser la question qui le démangeait.
-Es-tu encore en colère ? demanda-t-il. A cause de ce que t'a dit l'esprit de Gorlois ?
Elle devait s'attendre à cette question parce qu'elle répondit immédiatement.
-Oui, dit-elle. Il s'est trompé, je ne suis pas comme Uther.
-Je pense qu'il a dit cela parce que vous étiez tous deux pacifiques à une époque : Uther l'était avant la Grande Purge, et toi tu l'étais avant de rejoindre Morgause.
-J'ai rejoint Morgause pour devenir plus forte. Uther, lui, a lancé la Purge pour ne pas avoir à reconnaître qu'il était responsable de la mort d'Ygraine.
-C'est donc ce que tu as fait quand tu as quitté Camelot pendant un an ? Tu devenais plus forte ?
-Morgause m'a tout enseigné. Grâce à elle, j'ai appris à ne plus craindre mes pouvoirs mais à les utiliser à mon avantage. Elle était très douée pour ensorceler les objets, c'est elle qui a enchanté mon bracelet.
Merlin savait que Morgause était brillante pour ces sorts. Il avait encore un souvenir très vivace du jour où elle l'avait fait prisonnier de chaînes magiques avant de le livrer aux Serkets qui avaient failli ne faire qu'une bouchée de lui. Encore aujourd'hui, l'enchantement qu'elle avait mis sur le bracelet de Morgane contrariait Merlin puisqu'il ne trouvait aucun moyen de détruire l'objet. Même l'aide des druides, plus habitués à la magie de la nature qu'à celle des objets, n'avait pas été suffisante. Mais Merlin ne pouvait pas révéler tout cela à la jeune femme.
-Tu es presque aussi douée qu'elle aujourd'hui, répondit-il. Tu as enchanté la potion de sommeil de Gaius pour décupler sa puissance.
-C'est grâce à tout ce qu'elle m'a enseigné. Le sort de puissance n'est pas le seul que je sache lancer, j'en connais bien d'autres, même si je n'ai pas eu l'occasion de tous les utiliser. Celui que j'ai eu le plus de plaisir à lancer, étrangement, n'est pas celui du pendentif qui a tué Uther. C'est le sort que j'ai jeté sur le bracelet de Gwen.
Merlin se redressa tout à coup en entendant ces mots.
-Quel sort ? demanda-t-il le plus calmement possible.
Morgane n'hésita pas un seul instant à lui répondre, elle lui faisait incontestablement confiance.
-Un sort d'amour, dit-elle. Grâce lui, Gwen a embrassé un autre homme sous les yeux d'Arthur, et celui-ci l'a bannie.
Prenant le froncement de sourcils de Merlin pour de l'incompréhension, elle précisa :
-Malheureusement, leur séparation n'a pas duré.
Merlin avait toujours soupçonné que la trahison de Gwen n'était pas ce qu'elle semblait être, mais il venait d'en avoir la confirmation. Cela s'accompagnait d'un certain soulagement et il songea qu'Arthur et Gwen avaient besoin de connaître cette vérité. Il se demanda si Morgane avait l'intention de s'en prendre à nouveau au couple royal. Une fois de plus, il s'interrogeait : et si la jeune femme passait à nouveau à l'attaque ? Mais elle coupa court à ses spéculations :
-Malheureusement, dit-elle avec agacement, je ne peux m'en prendre ni à Arthur, ni à Guenièvre, ni à Merlin, je suis coincée ici à cause d'Emrys. A chaque fois que je tente quelque chose, il se met en travers de mon chemin. La seule option qu'il me reste, c'est Mordred. Je n'ai qu'une seule chose à faire : attendre qu'il arrive à Camelot avec son armée et me joindre à ses forces.
Merlin n'avait toujours pas réussi à dissuader Morgane de s'allier à Mordred, et il commençait à douter de pouvoir y parvenir un jour. Même sans son bracelet, la jeune femme nourrissait une haine absolue contre ceux qui avaient autrefois été ses amis.
-Je ne sais pas comment s'y prend Emrys pour contrecarrer tous mes plans, reprit-elle. Mais depuis ce qu'il m'a infligé à ma dernière tentative, je ne peux pas prendre le risque de faire quoi que ce soit d'autre sans aide.
Morgane avait apparemment beaucoup souffert lorsque Merlin l'avait privée de ses pouvoirs. A tel point qu'elle n'osait plus rien tenter contre Camelot sans l'aide de Mordred. Elle était absolument terrorisée par celui qu'elle appelait Emrys. Et en effet, elle continua :
-Sans mes pouvoirs, j'étais à nouveau faible. C'est une sensation que je ne veux plus jamais ressentir...
Merlin sentit qu'elle ne lui disait pas tout. Quelque chose la troublait. Il décida de tenter le tout pour le tout et de simplement lui demander ce qui la perturbait. Étonnamment, la jeune femme lui répondit, lui donnant une nouvelle preuve de la confiance qu'elle lui accordait désormais.
-Je ne comprends pas pourquoi Emrys fait tant d'efforts pour me neutraliser sans me tuer. Pourquoi me laisse-t-il vivre ?
Il n'y n'avait qu'une seule réponse possible à cette question, une réponse évidente mais qui le tourmentait chaque jour depuis que la jeune femme avait trahi Camelot. Il lui répondit d'une voix sombre :
-Il est possible qu'Emrys lui-même ne sache pas s'il doit te tuer.
Arthur ne sortit de ses appartements qu'en milieu d'après-midi, pour se rendre à une séance d'entraînement dans la cour du château. Tous les chevaliers de la Table Ronde étaient présents, ainsi que bon nombre de chevaliers des armées de la reine Annis, du roi Olaf, ou encore du roi Godwyn. Le seigneur Elyan était présent, ainsi que Gaël, la nouvelle recrue que lui avait confiée Arthur. Le roi se réjouit de constater que les deux hommes avaient l'air de très bien s'entendre, et qu'Elyan ne semblait plus aussi préoccupé par le souvenir des tourments infligés par Morgane.
Merlin, comme sorti de nulle part, vint aider Arthur à enfiler son armure avant de s'éloigner pour le laisser s'entraîner. Le roi ne manqua pas de remarquer que les bottes de son valet étaient une fois de plus recouvertes de terre fraîche, signe qu'il revenait de la forêt. Mais il ne fit aucune remarque, il avait fini par s'habituer au mystère de ses disparitions. Toutefois, Arthur fut surpris de constater qu'il n'était pas le seul à le dévisager d'un air soupçonneux : Gauvain aussi avait le regard rivé sur Merlin.
Note de l'auteur : Bravo Listelia, tu as bien deviné pour Viviane. :) Merci à tous ceux qui ont 'favorité' et/ou 'followé' cette fic, et surtout aux personnes qui ont commenté et continuent de le faire.
