Chapitre 26 : Découvrir ce qu'il s'est passé
Dans quelques minutes, il serait l'heure pour Merlin de commencer son service auprès d'Arthur. Le roi était déjà levé depuis un certain temps puisqu'il était entré dans les appartements de Gaius à l'aube pour discuter avec son valet, mais Merlin n'était pas pour autant dispensé de ses obligations. Il était, comme tous les jours, censé apporter le petit-déjeuner à son maître à une heure précise.
Il poussa un long soupir et se leva de sa chaise. Au moins avait-il eu le temps de profiter d'un long petit-déjeuner ! Il y avait finalement des bons côtés au fait d'être réveillé aux aurores par un roi qui voulait parler de secrets. Il se rendit aux cuisines pour récupérer le repas d'Arthur et Gwen, et monta ensuite aux appartements royaux. Il prit soin de signaler son arrivée en frappant à la porte, et il entra ensuite dans la pièce.
-Bonjour, Gwen ! lança-t-il lorsqu'il vit que son amie était seule. Arthur n'est pas là ?
La jeune femme venait de finir de s'habiller et elle s'avança vers lui.
-Non, répondit-elle d'une voix encore ensommeillée. Il s'est levé plus tôt que d'habitude aujourd'hui, il devait avoir quelque chose d'important à faire.
Quelque chose d'important ? Comme rendre visite à Merlin dans les appartements de Gaius ? Mais la discussion qu'ils avaient eue aurait pu avoir lieu à n'importe quel moment de la journée, et le roi n'aurait pas prévu tant de temps pour une si courte conversation ! Qu'avait-il donc à faire de si important ? Tout ce mystère inquiétait Merlin : Arthur l'avait rassuré en lui disant qu'il ne se mettrait pas en danger, mais cette étrange situation intriguait le jeune valet au plus haut point.
-J'ai entendu le tocsin tout à l'heure, dit Gwen. Mais il s'est rapidement arrêté, que s'est-il passé ?
Merlin lui parla de la fuite d'Ali, ce sorcier qui avait été enfermé dans les cachots mais s'était échappé durant la nuit avec la complicité d'un garde ou d'un chevalier.
Gwen blêmit :
-Il y a un traître parmi nous ?
-Il faut croire…
Merlin haussa les épaules :
-En tout cas, Arthur n'a pas l'air de s'en inquiéter. Je pense qu'il a fini par se dire que c'est inévitable, qu'il y a trop de monde à Camelot pour pouvoir faire confiance à chaque individu.
-C'est un peu cynique comme façon de voir les choses, regretta Gwen. Arthur a toujours été quelqu'un qui inspire les gens, qui leur donne envie de croire en des valeurs telles que le courage, la loyauté, le cœur, … C'est ce qui fait de lui un si bon roi. Qu'allons-nous devenir s'il se met à poser un regard désabusé sur le monde ?
Gwen avait raison. Merlin commençait à craindre que les trahisons à répétition aient rendu Arthur pessimiste, lui faisant croire qu'il était condamné à être entouré de menteurs. Peut-être était-ce pour cela qu'il ne se confiait plus à personne et gardait autant de secrets.
Il sourit à Gwen :
-Je vais essayer de le trouver, il ne doit pas être bien loin.
La jeune femme lui rendit son sourire et le salua de la main, le laissant quitter la pièce d'un pas rapide. Mais Merlin n'avait pas l'intention de chercher Arthur car, où qu'il soit, ce dernier ne voulait visiblement pas être trouvé. Le jeune valet tiendrait sa promesse et laisserait son ami tranquille. En revanche, il pouvait faire autre chose : si Arthur refusait d'enquêter sur l'évasion du sorcier, Merlin s'en chargerait. Cet homme était peut-être dangereux, il pouvait parfaitement avoir un lien avec le meurtrier de Gaël.
Le jeune sorcier descendit tout d'abord aux cachots : peut-être trouverait-il sur place un indice lui permettant de remonter jusqu'à celui qui avait libéré le prisonnier. Il demanda à un garde s'il savait dans quelle cellule avait été enfermé Ali, et l'homme lui indiqua la geôle la plus éloignée de l'entrée, celle qui était tellement plongée dans l'obscurité qu'il était impossible de s'y rendre sans torche. Merlin en saisit donc une et s'engagea dans les couloirs sombres des souterrains.
La cellule d'Ali n'était pas seulement sombre, elle était aussi étriquée. Merlin eut l'occasion de s'en apercevoir lorsqu'il y entra. Il constata rapidement qu'il n'y avait pas le moindre indice, celui qui avait libéré le sorcier avait pris garde à ne laisser aucune trace de son passage. Le jeune valet ferma les yeux : peut-être pourrait-il sentir si un sortilège avait été récemment utilisé. Mais il eut beau se concentrer, rien ne lui parvenait. Il sentit la frustration s'emparer de lui : il n'était pas n'importe qui, il était Emrys ! Il allait bien réussir ce simple tour qui ne nécessitait même pas de remuer les lèvres !
Il se figea soudain : il avait senti quelque chose. C'était très léger, presque imperceptible, et surtout… cela ne venait pas de cette cellule. Curieux, il laissa ses sens le guider vers la source du pouvoir qu'il percevait. Sa torche était brandie devant lui, comme pour le protéger d'un ennemi tapi dans l'obscurité. Le scintillement magique ne venait pas non plus de la cellule voisine, ni de celle qui suivait,… Il avança ainsi lentement, sentant qu'il se rapprochait un peu plus à chaque pas. Il atteignit finalement une geôle qu'il connaissait bien pour y avoir été enfermé à plusieurs reprises. Se pouvait-il que cette geôle se souvienne de lui, ou tout du moins de sa magie ? Non, c'était autre chose : il y avait un objet par terre au fond de la cellule. C'était de lui qu'émanait l'énergie que captait Merlin. Il se pencha pour le ramasser.
C'était un bracelet.
Un fin bracelet en métal doré. Merlin l'examina à la lueur de sa torche et remarqua qu'il était orné de symboles. Il eut le sentiment qu'il oubliait quelque chose d'important : où avait-il récemment entendu parler d'un tel objet ? Il secoua la tête, il n'arriverait pas à s'en souvenir. Il valait mieux qu'il prenne le bracelet avec lui et l'étudie dans sa chambre. La signification de ces symboles se trouverait sûrement dans son livre de magie.
Il accrocha sa torche et quitta les cachots. De toute façon il ne trouverait aucun indice sur l'évasion d'Ali dans cet endroit, car celui qui l'avait aidé avait pris ses précautions. Merlin ne pouvait qu'espérer que cet homme ne représentait pas un danger pour Camelot, en attendant de découvrir son identité. Après tout, peut-être qu'il s'agissait simplement d'un garde qui avait pris conscience qu'exécuter les sorciers était profondément injuste et cruel. Mais dans ce cas, qui avait tué la nouvelle recrue des chevaliers? Y avait-il vraiment un nouvel espion à Camelot? Merlin n'avait pas la moindre piste pour trouver l'auteur de ce meurtre, et il avait bien trop de problèmes à gérer de son côté, le premier d'entre eux étant l'humanisation de Morgane, qui ne semblait pas progresser.
Il traversa les couloirs du château à grandes enjambées, rejoignit les appartements de Gaius et s'engouffra sans attendre dans sa chambre. Quelques secondes plus tard, il avait sorti son livre de sa cachette et il se penchait dessus, recherchant fébrilement un dessin similaire à celui du bracelet.
Ce fut sans peine qu'il le trouva :
-C'est un sortilège d'amour ! s'exclama-t-il à haute voix.
Il ne tarda pas à relier les points entre eux. Morgane lui avait dit avoir ensorcelé un bracelet pour pousser Gwen dans les bras de Lancelot : c'était avec elle que ce type particulier de bijou avait été évoqué ! Et Gwen avait été enfermée dans la cellule où il avait trouvé l'objet ! Merlin s'en souvenait encore : comment oublier le jour où Arthur avait emprisonné la femme qu'il aimait ?
Mordred planta son regard dans celui du fier guerrier qui lui faisait face. Les négociations n'avaient pas eu besoin de durer : les deux hommes s'étaient rapidement mis d'accord. Le chef des guerriers invisibles acceptait de prêter une partie de ses hommes au jeune mage, qui lui promettait en retour une place de choix à ses côtés lorsqu'il aurait renversé Arthur.
Ils se serrèrent la main et Mordred put voir de près les tatouages qui recouvraient le bras de son allié. C'était une multitude de symboles magiques, tous liés à l'invisibilité dans les différentes définitions et manifestations qu'elle pouvait avoir. Ces symboles n'ornaient pas uniquement son bras mais aussi le reste de son corps. Les guerriers invisibles les portaient tout au long de leur existence, ce qui leur conférait un mode de vie très particulier. En effet, leur culture était basée sur deux éléments très liés l'un à l'autre: l'art du combat au corps à corps ainsi qu'à l'épée, et l'art de l'invisibilité. C'était l'unique sorte de magie qu'ils pratiquaient, et ce depuis la nuit des temps. Leurs tatouages leur permettaient de se rendre invisibles à n'importe quel moment, et c'était là l'une de leurs plus grandes forces. C'était ce qui leur avait permis de survivre à la Grande Purge lorsque celle-ci avait commencé : ils étaient le seul groupe de sorciers qu'Uther n'avait pas pu pourchasser et exécuter. Avec le temps, certains avaient pris l'habitude de se dissimuler dans l'invisibilité et avaient fait le choix de disparaître définitivement.
Ce n'était pas le cas de leur chef, l'imposant guerrier avec qui Mordred venait de conclure cet accord. Cet homme n'utilisait la magie que lorsqu'il combattait. Le reste du temps, il se servait de sa carrure de géant et de son physique musclé pour dissuader d'éventuels ennemis de s'en prendre à lui.
-Les guerriers invisibles sont de grands combattants, conclut Mordred. Je suis très honoré de les accueillir dans mes rangs, et je peux vous assurer qu'ils y trouveront leur place.
Le guerrier hocha simplement la tête et quitta la pièce, laissant le jeune mage de quatorze ans seul avec ses pensées. L'échec cuisant de ses hommes à Willowdale l'avait terriblement inquiété. Si un simple sorcier d'une vingtaine d'années avait pu mettre trois de ses sorciers en déroute, comment son armée pourrait-elle lutter contre Emrys ? Heureusement, cet accord avec les guerriers invisibles était rassurant, c'était un avantage supplémentaire.
Toutefois, il restait encore beaucoup à faire. Qui était Gilli ? Comment un simple sorcier de Willowdale, encore inconnu jusqu'ici, avait-il pu infliger de tels dégâts à Fergus et ses hommes ? Il fallait retrouver ce garçon, d'une façon ou d'une autre. De plus, la prisonnière qu'il étudiait depuis maintenant plusieurs semaines serait bientôt prête : il pourrait mettre en action la seconde étape de son plan. Les informations qu'il recevait régulièrement de Camelot montraient d'ailleurs que personne n'avait réellement les moyens de lutter contre lui, mis à part Emrys. Le seul plan qu'avait le roi était celui de l'alliance des royaumes, grâce à laquelle il espérait former une armée si grande qu'elle serait capable de résister à une attaque magique de grande ampleur. C'était un acte deséspéré : Arthur pensait-il vraiment réussir là où les rois précédents avaient échoué ? Unir tant de royaumes si différents et si opposés était un espoir fou. Même s'il y parvenait, il était probable que cela reste insuffisant, car les guerriers invisibles n'étaient pas les seuls à avoir accepté de rejoindre le jeune mage : Dame Morgane avait répondu favorablement à la lettre qu'il lui avait envoyée.
Il esquissa un petit sourire nostalgique. Il repensait toujours à la jeune femme avec affection : elle faisait partie des gens sur qui il avait toujours pu compter, l'une des rares personnes à qui il faisait pleinement confiance. Il avait récemment été trahi par l'un de ses hommes, et cela lui avait rappelé qu'il n'avait que très peu de véritables alliés. Il regrettait de ne pas pouvoir envoyer un message à la jeune femme pour lui indiquer où le rejoindre : il ne pouvait pas prendre le risque que la lettre soit interceptée. Pour les mêmes raisons, il ne pouvait pas non plus lui demander où elle même se cachait. L'unique lettre qu'il lui avait envoyée avait trouvé sa destinataire grâce à la magie, et elle n'avait contenu aucune information cruciale.
Mais peu importait : Dame Morgane n'avait pas besoin d'être avec lui pour les préparatifs. En revanche, le jour où il arriverait à Camelot avec son armée, elle serait la première personne à qui il rendrait visite.
Le seigneur Perceval et le reste de la patrouille arrivèrent à Willowdale vers midi, immédiatement accueillis par un jeune homme blond à l'air fatigué.
-Nous avons été prévenus d'une attaque de trois sorciers dans ce village, expliqua Perceval.
Le villageois hocha la tête.
-Oui, dit-il. C'était hier soir. Deux d'entre eux ont détruit la moitié des habitations, tandis que le dernier s'en prenait aux hommes et aux femmes qui se trouvaient dans la taverne.
-Combien y a-t-il de victimes ?
Le jeune homme offrit un maigre sourire au chevalier.
-Il n'y a aucun mort, mais deux personnes ont été blessées. Les jours de l'une d'entre elles sont menacés.
Perceval fronça les sourcils. Son inquiétude pour Gauvain se mêlait à une dose de perplexité : pourquoi y avait-il aussi peu de victimes ? Les attaques de Mordred faisaient habituellement beaucoup plus de morts et de blessés.
-Pardonnez-moi, demanda-t-il prudemment, mais comment cela se fait-il ?
Le villageois avait presque l'air… embarrassé. Il se mit à parler à toute vitesse, comme pour se débarrasser de ce qu'il avait à dire.
-Deux des hommes de Mordred ont été tués dans l'effondrement de la taverne… Nous pensions que c'était aussi le cas du troisième mais nous avons découvert ce matin qu'il avait pris la fuite durant la nuit.
Deux hommes de Mordred tués ? Le troisième avait pris la fuite ? L'effondrement de la taverne ? Mais que s'était-il passé ? Comme le villageois l'invitait à présent à le suivre vers l'infirmerie, il choisit d'agir par ordre de priorité.
-Nous avons apporté des réserves de nourriture et des vêtements, dit-il. Nous avons aussi quelques baumes et potions pour les blessés.
Le jeune villageois le remercia et conduisit les chevaliers à travers le village, leur permettant de constater l'étendue des dégâts : une grande partie des maisons avait été brûlée, et l'un des bâtiments avait été réduit à un empilement de morceaux de bois. Ils entrèrent dans l'une des rares maisons qui semblaient encore intactes, et Perceval ressentit une immense vague de soulagement lorsqu'il vit Gauvain debout et apparemment en bonne santé. L'autre chevalier remarqua son entrée depuis le fond de la pièce, et il quitta le chevet du jeune garçon blessé auprès duquel il s'était installé.
-Perceval, je suis heureux que tu sois ici ! lança-t-il d'une voix toutefois empreinte de détresse. Deux personnes ont été blessées.
Il désigna rapidement une jeune femme blonde assise sur un lit au fond de la pièce.
-Sarah a été touchée par un enchantement lancé par le sorcier qui s'est enfui, mais elle ne va pas tarder à s'en remettre entièrement. En revanche… Gilli est gravement blessé, il ne se réveille pas et reste bien trop pâle.
Gauvain désignait cette fois-ci le jeune homme au chevet duquel il s'était trouvé à l'arrivée des autres chevaliers. Il y avait une véritable anxiété dans sa voix, et Perceval s'en voulut de ne pas savoir quoi faire.
-Je suis désolé, dit-il pour lui montrer son soutien. Arthur s'est fait un sang d'encre lorsqu'il a appris que ce village avait été attaqué, il sera heureux d'apprendre qu'au moins tu n'as pas été blessé… Dis-moi Gauvain, que s'est-il passé ici ? Pourquoi y a-t-il si peu de victimes ? Comment se fait-il que les hommes de Mordred soient morts ou en fuite ?
-Tu sous-estimes mes talents de combattant ! fit Gauvain, faussement indigné. Je les ai pris un par un et je leur ai montré ce qu'il en coûtait de s'en prendre à l'un des villages placés sous la protection de Camelot et de ses nobles chevaliers !
-Je vois, répondit Perceval en souriant à la blague de son ami. Mais que s'est-il réellement passé ?
Gauvain n'eut pas le temps de répondre : une femme d'âge mûr interrompit leur conversation, demandant aux chevaliers s'ils pouvaient l'aider à soigner les blessés en allant chercher de l'eau au puits. Il y avait une autorité certaine dans sa voix, et les hommes de la patrouille s'empressèrent d'obtempérer. Ils se rendirent tous au puits, après avoir chacun saisi un seau en sortant de l'infirmerie.
Tandis qu'il remplissait le sien, Perceval sentit une présence juste derrière lui et se retourna soudainement. Il se retrouva alors face à une jeune fille rousse vêtue d'une longue robe bleue, qui s'approchait de lui avec hésitation.
-Mon Seigneur, demanda-t-elle. Qu'allez-vous faire au sorcier qui nous a protégé ?
-Que voulez-vous dire ?
Elle écarquilla soudain les yeux et ferma la bouche, l'air confus. Mais il insista :
-De qui parlez-vous ? Qui vous a protégé ?
Peut-être était-ce le ton doux qu'il avait adopté qui la convainquit, mais elle ne tarda pas à lui révéler ce qu'elle savait :
- Je suis l'une des personnes qui ont assisté à l'effondrement de la taverne alors j'ai tout vu de mes propres yeux, dit-elle sur le ton de la confidence. Les trois sorciers de Mordred sont entrés un par un dans la taverne et j'ai entendu quelques bruits étouffés. Ensuite il y a eu ce hurlement… C'était le son le plus horrible que j'ai jamais entendu. J'ai cru que quelqu'un se faisait torturer. Puis, la taverne s'est mise à trembler, c'était comme s'il y avait un tremblement de terre exactement à l'endroit du bâtiment. Les murs ont commencé à céder l'un après l'autre et tout s'est écroulé. Il y avait au moins trente villageois à l'intérieur.
Perceval buvait les paroles de la jeune femme, terriblement intrigué. Comment ces gens avaient-ils survécu ? D'un geste, il l'invita à continuer, et elle reprit d'une voix plus assurée.
-Une fois la taverne entièrement écroulée, j'ai quitté la charrette derrière laquelle je m'étais refugiée pour ne pas recevoir de débris. Et ce que j'ai vu m'a pour le moins… surprise. Il y avait un immense bouclier magique autour des villageois : presque aucun d'entre eux n'avait été blessé. La plupart n'avaient que quelques écorchures. Les seuls qui n'avaient pas été enveloppés dans cette protection étaient les trois sorciers. Je pense que l'une des personnes présente dans la taverne à l'arrivée des hommes de Mordred a utilisé la magie pour faire apparaître ce bouclier.
-Vous êtes en train de me dire que l'un des villageois de Willowdale est un sorcier ?
La jeune fille secoua la tête.
-Ce n'est pas forcément un villageois. Il y avait aussi un voyageur dans la taverne, un homme que personne n'avait jamais vu avant. C'est le grand brun qui vous a abordé lorsque vous êtes entré dans l'infirmerie.
-Gauvain ? s'exclama Perceval à haute voix. Non, aucune chance que ce soit lui, je le connais bien et ce n'est pas un sorcier.
La jeune fille à la robe bleue arborait maintenant une mine déconfite.
-Mais ça ne peut pas être un villageois ! insista-t-elle. Je les connais tous, aucun d'eux ne fait de magie !
Perceval se mit à réfléchir. L'une des personnes présentes dans la taverne savait peut-être qui avait lancé le sort de protection. Il remercia la jeune fille et retourna à grands pas à l'infirmerie. Une fois au milieu de la pièce, il se râcla la gorge pour attirer l'attention de tout le monde :
-S'il vous plaît, dit-il. J'ai besoin que tous les gens qui se trouvaient dans la taverne se réunissent à l'extérieur, je dois leur poser une question.
Puis il sortit pour inspecter les autres maisons et y faire la même demande.
OoOoO
Trente-deux villageois s'étaient regroupés devant l'infirmerie. Parmi eux se trouvait le jeune homme blond qui avait servi de guide aux chevaliers à leur arrivée à Willowdale, la jeune femme blessée que Perceval avait vue assise sur son lit dans l'infirmerie, la femme d'âge mûr qui lui avait demandé de l'eau, et Gauvain. Le seul qui manquait à l'appel était Gilli, le jeune garçon qui était gravement blessé.
-Ma question est simple ! annonça Perceval d'une voix forte, faisant en sorte que tous les gens présents l'entendent. J'ai appris que tous les gens qui se trouvaient dans la taverne lorsqu'elle s'est effondrée avaient été protégés par un bouclier magique. Je vous demande donc si l'un d'entre vous a vu qui l'avait invoqué.
Le chevalier se tourna vers Gauvain :
-Est-ce que tu as vu qui a lancé ce sortilège ?
La réponse de Gauvain fut brève :
-Non, dit-il. Je n'ai rien vu du tout.
Perceval s'approcha alors de l'homme blond.
-Et vous ?
L'homme le regarda dans les yeux avant de répondre à son tour :
-Non, je suis désolé.
-J'étais blessée, ajouta sa voisine, je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé.
-Personne n'a rien vu du tout ? interrogea Perceval, s'intéressant cette fois-ci aux vingt-neuf autres personnes. Il s'agit forcément de l'un d'entre vous… Si on ne découvre pas qui a fait apparaître ce bouclier, vous restez tous suspects.
Les villageois s'observaient les uns les autres, apparemment confus. Étaient-ils gênés de ne pas avoir de réponse, ou hésitaient-ils à parler ? Perceval ne savait pas ce qu'il devait penser de leur attitude.
-Alors ?
Mais les vingt-neuf villageois restèrent silencieux, secouant simplement la tête. Certains marmonnèrent qu'ils n'en avaient pas la moindre idée en détournant le regard.
-Personne ne sait ce qu'il s'est passé, dit finalement Gauvain.
Perceval se retourna pour faire face aux chevaliers qui l'avaient accompagné depuis Camelot, mais ils étaient tout aussi impuissants que lui.
-Tant pis, conclut finalement le chevalier.
Peut-être était-ce une bonne chose que personne n'ait rien vu. Le sauveur de Willowdale était bien un sorcier, mais Perceval n'était pas certain qu'il mérite d'être puni. Chez moi, pensa-t-il, un homme qui sauve trente et une personnes de la mort, c'est ce qu'on appelle un héros.
Arthur sortit de la salle du trône épuisé. Il avait passé toute la matinée à étudier la stratégie de Mordred avec ses conseillers, essayant désespérément de deviner à quelle date son armée de sorciers frapperait Camelot. Cela n'avait évidemment mené à rien : ce dont ils avaient besoin, c'était d'informations sur la taille des troupes de l'ennemi. L'idéal aurait été d'envoyer un espion, mais Arthur avait déjà envoyé Gauvain, et il craignait que cela ne se soit très mal fini pour le chevalier.
Heureusement, le roi avait d'autres moyens de se préparer : les traités d'alliance, et l'aide des druides. Plus tôt dans la matinée, le souverain avait dû quitter Chris pour rentrer au château, mais il avait promis au jeune druide qu'il ferait tout pour lui permettre de retrouver les membres de sa famille qui auraient survécu à la Purge. Il lui avait donné rendez-vous le soir même devant la demeure de l'Archiviste, pour consulter les cristaux.
Arthur demanda à Merlin d'aller en cuisine pour lui préparer un plateau de nourriture qu'il mangerait rapidement dans sa chambre avant de se remettre à étudier les rapports des patrouilles. Il prit ensuite seul la direction de ses appartements en ne pensant qu'à une chose : se reposer.
Mais le destin avait d'autres idées en tête. Au détour d'un couloir, il se retrouva face à Dame Viviane et au seigneur Léon. Le visage de la jeune femme s'éclaira d'un immense sourire.
-Arthur ! s'écria-t-elle. Comment allez-vous ?
Il lui fit quelques instants la conversation, mais il ne pouvait pas s'éterniser. Ils se séparèrent finalement, et Viviane s'éloigna joyeusement de lui, heureuse d'avoir pu le voir. Alors que Léon s'écartait à son tour pour la rejoindre, Arthur le retint par la manche.
-Vous n'avez trouvé personne pour la guérir ? demanda-t-il, même s'il soupçonnait déjà la réponse.
Léon avait l'air désolé.
-Sire, je ne pense pas que ce soit possible. Le sort aurait pu être défait si elle avait aimé un autre homme avant d'être enchantée, mais ce n'est pas le cas. Maintenant, le sort l'empêche de tomber amoureuse d'un autre que vous.
-Vous êtes sûr ? demanda tristement le roi.
-Oui, répondit le chevalier. Je l'ai suffisamment observée pour m'en apercevoir. Elle ne peut aimer que vous. Si nous voulons la guérir, il faut que nous trouvions une autre solution.
Note : Désolée du retard, j'ai eu du mal à trouver du temps pour écrire ces derniers jours. Ce chapitre est vraiment plus long que les autres, je n'ai pas pu faire autrement. D'une certaine manière, ça me permet de me rattraper pour mon retard ! Pour compenser ce chapitre plus long que d'habitude, j'en ferai peut-être un plus court que d'habitude la prochaine fois. En tout cas, j'espère que ça vous a plu, n'oubliez pas de donner votre avis !
