Chapitre 32 : Quand des complicités germent, quand des amitiés fanent, quand un lien renaît
Emma tendit l'une des deux fioles à Sarah et garda la seconde pour elle-même.
-Avant que nous buvions, dit-elle tandis que l'autre jeune fille observait la potion orange d'un air soupçonneux, il faut que je t'avoue une chose… C'est ma faute si le seigneur Perceval a découvert que nous avons été sauvés par un sorcier, c'est moi qui le lui ai dit. Au début j'étais persuadée qu'il le savait déjà, et ensuite quand il m'a demandé de m'expliquer, je lui ai raconté tout ce que je savais. Je sais que je n'aurais peut-être pas dû mais je voulais qu'il sache que si nous étions encore vivants c'était grâce à une personne que son roi aurait préféré exécuter. Je voulais qu'il sache que le sorcier de Willowdale est un héros.
Sarah haussa simplement les épaules.
-De toute façon, il est trop tard pour se demander si c'était le bon choix à faire. Peut-être cela a-t-il permis de faire réfléchir un chevalier, ou peut-être cela l'a-t-il mis sur la piste d'un innocent… Nous verrons bien laquelle de ces deux options est la bonne.
Puis, la jeune femme blonde leva sa fiole devant elle, invitant son amie à trinquer, et cette dernière s'exécuta.
-Trinquons à la magie. Avec un peu de chance, elle acceptera plus facilement de se manifester chez l'une de nous !
-A la magie !
Elles burent toutes deux le contenu de leur fiole avant de se tourner vers le corps inanimé de Gilli.
Durant les premières minutes, Sarah ne sentit rien de plus qu'un simple engourdissement de ses membres. Puis, la torpeur s'intensifia et une terrible fatigue s'installa : la jeune fille ne pouvait plus se tenir droite et elle ne parvenait plus à réfléchir, comme étourdie. Elle tenta de se mettre debout pour se ressaisir, mais elle avait la sensation que le sol se dérobait sous pieds. Ses pensées ne suivaient plus aucune logique et elle se tourna vers Emma, le cœur battant. Celle-ci semblait, elle aussi, en proie à cette panique incontrôlable causée par la disparition de tous leurs points de repères. Sarah se sentait partir, elle sentait que son esprit ne demandait qu'à cesser tout fonctionnement. Alors, avec la force du désespoir, elle essaya de lutter contre le mouvement qui l'entraînait dans l'obscurité : elle ne devait pas glisser dans ces profondeurs, elle devait rester dans cette pièce, dans ce village de Willowdale, et ne surtout pas s'évanouir.
A côté d'elle, Emma se mit à pleurer, sortant Sarah de son état léthargique l'espace d'un instant. Ne pas céder à la somnolence, ne pas se laisser partir, rester éveillée grâce aux plaintes d'Emma.
Mais il n'y avait rien à faire : son champ de vision ne faisait que s'assombrir, la noirceur recouvrant peu à peu l'ensemble de ce qu'elle voyait. Sarah était terrorisée. Une multitude de sensations l'assaillait, tous ses sens s'éveillant en même temps, et son corps n'arrivait pas à gérer cette masse de nouvelles informations. Non ! Elle ne pouvait pas perdre conscience, elle ne pouvait pas ! Elle était prête à tout pour retrouver son état normal. Pitié, implora-t-elle, pitié…
Elle se mit à sangloter. Pitié, répétait-elle, désespérée, victime d'une terreur inexplicable et irrépressible.
Emma s'était aussi levée de sa chaise et, à travers la confusion et le brouillard, Sarah la vit se déplacer difficilement vers le mur et s'y adosser. Placée dans cette position, la fille du médecin se laissa ensuite glisser vers le bas pour se retrouver assise par terre contre la paroi. Puis, elle murmura le nom de Sarah d'une voix faible et lointaine.
-Fais comme moi, dit-elle.
Péniblement, Sarah se plaça à côté d'elle en essayant souffler de manière régulière pour maîtriser sa respiration et son affolement. Ses larmes cessèrent de couler et les taches sombres qui gênaient sa vision s'effacèrent peu à peu.
-Reste dans cette position, ajouta Emma. Le temps de t'habituer… Sinon tu vas perdre connaissance.
Elles gardèrent le dos droit encore quelques minutes, attendant de se remettre à penser de manière cohérente. Une vague d'euphorie s'empara alors progressivement de Sarah. C'était un soulagement, une ivresse, un sentiment de toute puissance. Elle percevait son environnement de manière si intense... Elle sentait l'étincelle de vie dans le corps de Gilli, affaiblie mais bien réelle.
Emma fut la première à se lever. La jeune fille rousse tituba prudemment vers le jeune homme inconscient pour lui retirer délicatement sa bague et la passer à son propre doigt. Elle aida ensuite son amie à se mettre debout à son tour avant de lui prendre la main pour conjuguer leurs deux potentiels magiques. Sarah portait le pendentif, et Emma la bague : il n'y avait plus qu'à agir.
-Dis-nous tout ce que tu sais sur les guerriers invisibles, demanda Arthur.
S'ils devaient vraiment se préparer à affronter un ennemi si dangereux, il leur faudrait tout savoir à son sujet.
Chris commença par leur expliquer que si un guerrier invisible se trouvait en contact avec quoi que ce soit pendant une longue durée, cet objet ou cette personne disparaissait à son tour. Puis, il leur apprit que certains guerriers faisaient le choix de rester invisibles pour le restant de leurs jours.
Cela ne suffisait pas aux souverains, qui souhaitaient en savoir toujours plus, alors il leur parla des symboles de l'Ancienne Religion dont les corps de ces hommes étaient recouverts. Arthur et Guenièvre apprirent qu'il existait des mots, dans le langage de l'Ancienne Religion, qui symbolisaient plusieurs choses très générales telles que l'invisibilité, la transformation, la mort, ... La plupart du temps, les sorciers les dessinaient sur des objets qu'ils portaient, et les ensorcelaient ensuite pour les faire agir d'une façon particulière. Ainsi, un même symbole pouvait être enchanté pour faire différentes choses selon la volonté du mage. Les guerriers invisibles, eux, étaient des spécialistes de l'invisibilité. Ils ne savaient pas uniquement comment ensorceler un symbole, ils connaissaient aussi tous les dérivés du mot 'invisible' dans le langage de l'Ancienne Religion, et certains préféraient imprimer ces nombreux mots sur leur peau plutôt que sur un collier ou une bague qu'ils risqueraient de perdre.
Arthur écoutait Chris avec la plus grande attention, tentant d'analyser chacune de ces informations pour en tirer parti. Il avait hâte de pouvoir en parler avec Merlin et de connaître son avis. Son jeune valet l'avait souvent aidé à clarifier ses pensées pour prendre la bonne décision. De plus, le roi souhaitait tout simplement pouvoir partager ses secrets avec son ami, il en avait assez de toutes ces cachotteries. Ce n'était pas dans sa nature de ne pas parler de choses importantes à ses proches, il avait toujours eu tendance à se confier lorsqu'il se trouvait face à un problème. Combien de fois Merlin l'avait-il encouragé ou conseillé dans ces situations difficiles ?
Le moment de tranquillité qu'il avait partagé avec son serviteur quelques heures plus tôt lui revint en mémoire : quel étrange instant cela avait été… Lorsqu'il avait posé sa main sur l'épaule de Merlin, il avait été submergé par une vague d'émotions auxquelles il ne s'attendait pas : tout ce qu'il ressentait avait été soudainement amplifié. Une toute nouvelle forme de culpabilité s'était emparée de lui, lui donnant l'impression qu'elle le possédait depuis des années alors qu'il n'avait découvert que récemment l'injustice qu'il avait fait subir aux sorciers. Son besoin de protéger ses proches avait aussi augmenté, ainsi que la confiance et l'affection qu'il leur portait, et une toute nouvelle forme de loyauté avait trouvé sa place en lui.
Il avait d'abord pensé que toucher son ami l'avait rendu plus sentimental que jamais, mais il se rendait maintenant compte que ce qu'il avait ressenti à cet instant reflétait exactement l'idée qu'il se faisait des émotions de Merlin : la culpabilité du secret gardé si longtemps, le besoin de protéger ses amis et une loyauté à toute épreuve. Était-il possible que le lien magique dont Chris lui avait parlé se soit réalisé ? Que les sensations d'Arthur et de son valet se soient mélangées le temps du contact physique ?
-Je me posais une question, demanda le roi en fronçant les sourcils. Est-il déjà arrivé que deux personnes qui ne pratiquent pas la magie établissent le lien émotionnel magique dont nous avons parlé à notre première rencontre ?
Le jeune druide semblait étonné :
-Non, dit-il, c'est impossible.
Arthur se surprit alors à observer les paumes de ses mains avec curiosité. Les cristaux l'auraient-ils contaminé ? Avaient-ils fait de lui un sorcier ? Ou le fils d'Uther était-il d'essence magique du fait même de son origine, puisque Nimueh avait lancé un sort pour permettre sa conception ? Ou peut-être la magie venait-elle du fait qu'il était au cœur d'une prophétie…
Il replaça ses bras le long de son corps. Non, c'était absurde, il devait se tromper : rien de magique ne s'était passé lorsqu'il avait touché Merlin, c'était tout simplement impossible.
En ouvrant doucement ses paupières, Gilli trouva deux visages féminins penchés au-dessus de lui. Le premier était auréolé d'or et le second de feu. Un ange et un démon, pensa-t-il immédiatement. Étaient-ils ses guides vers la mort ?
Lorsque le brouillard qui gênait sa vue se dissipa, il put distinguer les traits des deux jeunes filles. L'ange n'était autre que Sarah, la grande serveuse blonde de la taverne de Willowdale. Quant au démon, il s'agissait sans aucun doute d'Emma, la fille du médecin, reconnaissable entre mille grâce à ses boucles rousses qui se trouvaient à cet instant en suspension à quelques centimètres du nez de Gilli.
-Cela a fonctionné ! s'extasia Sarah d'une voix traînante.
Un immense sourire illumina le visage d'Emma, qui répondit par un gloussement des plus ridicules. Leurs réactions étaient étranges et exagérées. Il se demanda si elles étaient saoules.
Quoi qu'il en soit, le jeune sorcier n'avait ni le temps, ni l'énergie suffisants pour s'y attarder. Il se contenta donc de sourire à son tour avant de fermer à nouveau les paupières et de s'endormir, apaisé.
Arthur et Guenièvre allaient bientôt devoir retourner au château, ils devaient dormir au moins quelques heures avant le lever du jour.
- Chris, fit le roi d'un ton prévenant, si nous sommes ici c'est pour t'aider à retrouver ta famille. Est-ce que tu te sens prêt à le faire maintenant ?
A cet instant, le jeune druide avait tout de l'enfant effrayé : il se montrait hésitant et ses yeux verts étaient inquiets.
-Je dois me faire à l'idée que je vais enfin découvrir mes origines après tant d'années. Je pensais être prêt d'ici la fin de la soirée mais je me trompais, j'ai besoin de plus de temps. Ces révélations vont bouleverser mon existence… et je dois me préparer à la possibilité qu'aucun de mes proches n'ait survécu à la Purge.
-Dans ce cas nous verrons cela demain.
Arthur avait répondu d'une voix calme, presque douce, comme il aurait parlé à un véritable enfant perdu et anxieux. D'une certaine manière, Chris était encore le petit orphelin dont le village avait été détruit. En tout cas, il l'était redevenu à l'idée de replonger dans ce souvenir.
-Je voudrais faire une dernière chose avant de rentrer à Camelot, ajouta le roi en changeant de sujet. Guenièvre, tout à l'heure tu as dit que le seul moyen de prouver à mon père que tu ne m'avais pas lancé de sort d'amour avait été de trouver un faux coupable… mais dans ce cas je me pose une question : qui t'a piégée pour qu'on te croie responsable ?
Guenièvre inspira bruyamment à ces mots, ce qu'Arthur ne manqua pas de remarquer. Plissant les yeux, il attendit qu'elle s'explique. Il la vit porter la main à son visage, sous le choc.
-C'était Morgane, dit-elle. Je l'ai toujours su mais je refusais de l'admettre.
Le cœur du souverain se brisa encore un peu, si c'était possible : déjà à cette époque, Morgane le trahissait. A quel moment avait-elle commencé à agir contre Camelot ? Mais Guenièvre n'avait pas fini :
-Ce que je viens de comprendre, fit-elle d'une voix tremblante, c'est que Merlin le savait ! Il est venu me voir dans les cachots pour me demander si j'avais une idée de qui m'avait piégée et je lui ai parlé de Morgane sans trop y croire… Pourtant, non seulement il n'a pas pensé que j'étais folle, mais il n'a pas posé la moindre question. Il n'a même pas eu l'air surpris !
Ils restèrent silencieux quelques secondes, comprenant toutes les implications de cette découverte. Merlin avait su avant tout le monde que Morgane avait changé, mais il n'avait rien osé dire. Une fois de plus il avait pensé qu'Arthur ne le croirait pas, et il avait eu raison. Le sentiment de culpabilité du roi était si fort qu'il aurait pu en vomir de dégoût.
-Allons-nous coucher, conclut-il, dépité et nauséeux.
La prochaine fois qu'il visiterait la bibliothèque de l'Archiviste, il demanderait aux cristaux de lui montrer l'instant précis où Morgane avait abandonné Camelot et ses amis.
Le second réveil de Gilli fut beaucoup moins agréable. Une main solide lui saisit l'épaule pour le tirer de ses rêves, et il découvrit en ouvrant les yeux le visage d'un homme gigantesque et large. Celui-ci attendit que le blessé reprenne ses esprits avant de lui adresser la parole :
-Je suis le seigneur Perceval, dit-il d'une voix étonnamment rassurante. Tu es le seul à qui je n'ai pas encore pu poser cette question, et il est important que j'en connaisse la réponse. Nous savons qu'une personne dans la taverne a créé un bouclier magique pour protéger ceux qui s'y trouvaient au moment où elle s'est effondrée… Mais nous ne savons pas de qui il s'agit, et tous ceux qui étaient présents disent qu'ils n'ont pas la moindre idée de son identité. Est-ce que, toi, tu as aperçu ce sorcier ?
Trop d'informations à la fois.
Gilli dut faire un effort de mémoire pour se souvenir de ce qu'il s'était passé avant qu'il perde connaissance. Il avait eu si mal quand le pendentif avait amplifié sa magie au-delà de tout contrôle. Durant quelques instants, il n'avait plus eu qu'une seule idée en tête : empêcher la douleur de le rendre fou. Il lui avait semblé entendre des hurlements autour de lui, mais ils étaient trop distants pour qu'il y prête attention. Ce n'est qu'au moment où le chevalier de Camelot avait saisi son bras qu'il était revenu à la réalité, juste à temps pour voir la taverne s'écrouler. Il avait alors mis en place son bouclier, convaincu qu'il était trop tard mais tentant tout de même l'impossible.
-Il a fonctionné ? demanda-t-il.
Il avait oublié la question qu'on lui avait posée. Le seigneur Perceval fronça les sourcils :
-Fonctionné ?
-Le bouclier, insista Gilli, est-ce qu'il a fonctionné ? Combien y a-t-il de survivants ?
La taverne était un bâtiment en bois mais ce n'était pas une cabane : ses murs étaient épais et son toit lourd. Sans protection magique, ceux qui étaient présents avaient peu de chances de s'en être sorti.
-Tout le monde va bien, le rassura le seigneur Perceval.
C'était un homme fort et courageux, Gilli le voyait à la façon rude mais respectueuse dont il s'adressait à lui.
-Mais j'ai besoin d'une réponse, reprit le chevalier. Est-ce que tu sais lequel des villageois a lancé ce sortilège ?
Un second effort de mémoire mit Gilli face à ce que Perceval lui avait expliqué quelques secondes plus tôt : les clients de la taverne avaient tous dit qu'ils ne savaient pas lequel d'entre eux était le sorcier. Pourtant, tous l'avaient vu utiliser la magie à plusieurs reprises. Ils l'avaient à leur tour protégé, prenant le risque d'être eux-mêmes soupçonnés.
Pour la première fois de sa vie, Gilli eut l'impression d'avoir accompli quelque chose d'important, et il se sentit touché par la reconnaissance des villageois de Willowdale.
-Non, répondit-il, ému. Je n'ai rien vu non plus.
La réaction de Perceval laissa le jeune sorcier perplexe : le chevalier arborait une expression à la fois déçue et soulagée plutôt intrigante.
-D'accord, commenta-t-il avant d'enchaîner. Excuse-moi de t'avoir réveillé, mais je devais avoir une réponse avant de rentrer à Camelot avec le seigneur Gauvain. Je vais te laisser te reposer maintenant.
Gauvain ? C'était donc le nom du chevalier avec qui il avait fait connaissance dans la taverne… Et qui avait gardé le secret sur ses pouvoirs.
-Attendez ! s'exclama soudain Gilli. Je me sens suffisamment en forme pour prendre la route, j'aimerais venir avec vous à Camelot.
Alors qu'il se redressait, un troisième souvenir surgit dans son esprit : un ange et un démon.
-Nous partons dans moins d'une heure, fit le chevalier, désarçonné par la demande du jeune sorcier.
-Je serai prêt à temps.
Perceval acquiesça simplement et sortit de l'infirmerie.
Oui, Gilli serait prêt : il n'avait qu'une seule chose à faire avant de partir. Il se glissa prudemment hors de son lit, s'assura qu'il avait assez de forces pour tenir debout, et se dirigea vers la porte qui donnait vers l'extérieur. La lumière du jour l'aveugla un moment et, la main devant les yeux pour se protéger du soleil, il se dirigea vers le centre du village.
Il croisa plusieurs villageois, dont certains qui s'étaient trouvé dans la taverne et connaissaient son secret, mais aucun d'eux ne l'approcha, vraisemblablement pour ne pas attirer l'attention. Toutefois, tous lui adressèrent un regard plein de gratitude auquel il répondait par un sourire tout aussi reconnaissant.
Les deux personnes qu'il cherchait se trouvaient à côté du puits et discutaient vivement, s'arrêtant soudainement lorsqu'elles le virent approcher. Il ne leur laissa pas le temps de parler :
-Vous m'avez guéri, dit-il à Sarah et Emma. Merci.
Elles étaient mal à l'aise. Peut-être simplement gênées, ou peut-être soucieuses à l'idée qu'il pourrait les dénoncer. Il leva sa main devant lui et y trouva sa bague. Il porta ensuite cette même main à son cou et y trouva le pendentif du sorcier qui les avait attaqués. Il le retira avec précaution pour le tendre aux deux jeunes filles.
-Je vous remercie de m'avoir rendu ma bague, j'y tiens beaucoup… Mais toutes les deux… vous pouvez garder le collier.
La démone bouclée plissa les yeux :
-Ta bague ? Alors c'était toi le sorcier…
Elles échangèrent un regard, se demandant probablement si elles devaient nier toute implication dans sa guérison ou simplement admettre la vérité. L'ange fut le premier à se décider :
-Merci, dit Sarah en prenant l'objet des mains du sorcier. Et merci de m'avoir sauvé la vie à deux reprises dans cette taverne.
Il sourit à nouveau, heureux de la tournure qu'avaient pris les évènements, et heureux d'être en vie.
-Entraînez-vous à lancer le sort du bouclier, dit-il. Je pense que l'union de vos pouvoirs et de la puissance du pendentif est assez forte pour le permettre… Si Mordred s'en prend à nouveau à Willowdale, n'hésitez pas à vous défendre et à protéger vos familles.
Elles hochèrent la tête simultanément, investies d'une mission.
-Oh, ajouta Gilli alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, une dernière chose… Quand vous m'avez soigné, vous étiez sobres, n'est-ce pas ?
Merlin était en train de rêver, mais quelque chose n'allait pas. Il était à nouveau sur l'île des Bénis, comme dans ses cauchemars habituels, mais cette fois-ci il n'y avait pas de sablier. Il avançait simplement vers le voile déchiré, le bras tendu devant lui. Quelque chose n'allait pas : ce qu'il voyait devant lui ce n'était pas son bras, c'était celui de Morgane. Pourquoi avait-il le bras de Morgane ? Que faisait sa conscience dans le corps de Morgane ? Il n'était pas dans son propre rêve mais dans celui de la jeune femme.
Que faisait-il dans le cauchemar de Morgane ?
Incapable de freiner ses pas, il franchit le voile. C'était le rêve qu'elle lui avait décrit.
Il ouvrit les paupières et redressa la tête, trouvant autour de lui le décor familier de la cabane de la sorcière. Il s'était endormi en lisant.
Morgane venait elle aussi de se réveiller, et elle paraissait tout aussi confuse que lui.
-J'ai fait un rêve étrange, dit-elle. Il y avait ce sablier… Ce n'était pas mon cauchemar habituel… Je… je crois que ce n'était pas mon cauchemar… C'était le tien.
Note : Merci à Abeille, Gwenetsi, dobbymcl et fandemerlin qui n'ont pas manqué de reviewer le chapitre précédent malgré mon temps de publication plus qu'irrégulier. Et merci aussi au Guest qui a reviewé pour m'encourager et faire une supposition sur la suite de l'histoire. Comme tu peux le voir, ce n'est pas ce que j'ai prévu de faire, mais ta théorie m'a quand même bien plu. :) Pour ceux qui se poseraient la question (parce que c'est vrai que ça remonte à longtemps quand même), Morgane avait fait dans le chapitre 2 un rêve/vision dans lequel elle traversait le voile de l'île des Bénis. (Et depuis le chapitre 1, Merlin a régulièrement rêvé de l'île des Bénis et d'un sablier qui se vide.)
