Chapitre 45 : La Dame du Lac et le Roi Arthur
Pour que Freya le voie, Arthur n'avait plus qu'à sortir de la zone d'ombre et de végétation dans laquelle il s'était dissimulé. Mais quelque chose le retint, un sentiment d'hésitation, une angoisse. La jeune femme lui semblait toujours aussi familière et il sentait que cette familiarité émergeait d'un souvenir important. Qui était-elle ? Bon sang, où l'avait-il vue ?
Tandis qu'il restait immobile sans prendre de décision, Freya s'était mise en mouvement. Il vit qu'elle faisait à présent léviter le bracelet devant elle, tout en prononçant un sortilège sans doute destiné à briser l'objet. Celui-ci était en train de vibrer. Il s'agitait de plus en plus fort, dans un bruit de plus en plus inquiétant. D'instinct, Arthur fit un pas en arrière. Il y eut alors un craquement épouvantable et le bracelet s'ouvrit en deux, libérant une fumée noire.
Le cœur du roi se mit à battre à toute vitesse. C'était une vision terrifiante. Il tenta de se rassurer en se rappelant les paroles de Freya. Elle avait assuré à Emrys qu'elle serait capable de détruire l'objet sans que la magie contenue à l'intérieur ne s'échappe.
Mais la nuée noire ne semblait pas se dissiper. Au contraire, elle devenait de plus en plus épaisse.
La jeune femme fit, elle aussi, un pas en arrière. Ses traits n'avaient plus rien de serein, et Arthur vit une terreur similaire à la sienne se dessiner sur son visage. Ce qui venait de se produire n'était pas prévu.
Impuissants, Arthur et Freya virent l'amas sombre prendre forme progressivement. Une créature était en train d'apparaître. Une bête aux traits félins, pourvue d'immenses ailes. Ce n'était pas un dragon, ce n'était pas une wyverne, c'était autre chose. Arthur se crispa. C'était un Bastet.
Il le savait parce qu'il en avait lui-même tué un quelques années plus tôt. Une druidesse, victime d'une malédiction, s'était transformée devant lui en cette créature cauchemardesque, et il lui avait asséné un coup fatal. La créature s'était ensuite échappée mais rien n'aurait pu la sauver d'une telle blessure. Elle avait dû mourir peu de temps après, Arthur était certain de l'avoir tuée.
Le roi tourna à nouveau son regard vers Freya, dont l'expression était indescriptible.
-Non, murmura-t-elle. Pas toi… Tu es morte !
Elle recula encore, terrifiée, dans une attitude plus familière que jamais. C'est alors qu'Arthur se souvint de la nuit où il l'avait vue pour la première fois. C'était elle ! C'était elle qui s'était transformée en Bastet quelques années plus tôt, il en était sûr. Il regardait successivement la nouvelle créature puis la jeune fille, essayant de donner un sens à ce qu'il voyait.
Le nouveau Bastet était à présent entièrement corporel. Il feula d'un air menaçant en direction de Freya, avant de lui griffer le visage. La jeune femme tomba à terre en poussant un cri. Le roi se surprit à se demander si Emrys pouvait entendre sa détresse, si le sorcier allait accourir pour sauver celle qu'il aimait. L'animal allait la tuer. Il leva la patte pour l'attaquer à nouveau et le sang d'Arthur ne fit qu'un tour. Ses instincts de chevalier reprirent le dessus et il sortit son épée de son fourreau. Il courut vers l'animal et la jeune fille, déterminé. Freya croisa alors son regard et elle parut sous le choc. L'homme qui l'avait tuée voulait maintenant la sauver. Le roi comprenait sa surprise mais il n'avait pas le temps de s'y attarder.
L'hésitation qui l'avait auparavant paralysé n'était plus qu'un souvenir. Profitant du fait que l'animal se concentrait sur la jeune femme, il frappa son flanc de toutes ses forces avant de vivement bondir en arrière pour s'écarter. Il avait bien fait car, dès qu'elle fut touchée, la panthère ailée rugit de douleur et s'en prit à lui de son énorme patte griffue.
Le combat qui s'ensuivit fut redoutable. Arthur devait sans cesse esquiver les attaques du félin, rendu fou par sa blessure. Le jeune roi ne devait sa survie qu'à son agilité et à ses réflexes. L'épée dans sa main était comme animée d'une vie propre et elle saisissait la moindre opportunité pour trancher la chair du Bastet. L'animal fut bientôt couvert d'une multitude de taillades sanglantes.
Arthur s'en sortait mieux mais il avait malgré tout pris quelques coups de griffes. La tâche était d'autant plus difficile qu'il était déjà affaibli par sa course après la carriole qui avait emporté Guenièvre et Elyan. La soif le tiraillait toujours et l'empêchait d'être aussi précis et puissant qu'il ne l'aurait été en temps normal. La première fois qu'il avait combattu un Bastet, il n'avait eu à porter qu'un seul coup bien placé pour terrasser la créature. Cette fois, c'était loin d'être le cas. Il savait qu'il dépensait trop d'énergie à éviter les griffes de la créature. Il fallait qu'il mette fin à cet affrontement au plus vite.
-Freya ! cria-t-il à bout de souffle. Utilisez vos pouvoirs !
-Je ne me souviens plus…, dit-elle, paniquée. Je ne sais plus… Cela fait trop longtemps…
Fort heureusement, la jeune femme se ressaisit rapidement et passa immédiatement à l'action. Tandis qu'Arthur esquivait un énième coup de patte, il entendit à nouveau le son vibrant qui avait précédé la destruction du bracelet. Puis, l'horrible craquement retentit à nouveau et la patte qui venait de manquer le roi explosa. Freya avait utilisé sur la panthère le sortilège qui avait servi à briser le bracelet.
Le hurlement du Bastet était affreux. Il émit un miaulement de douleur qui aurait ému Arthur s'il n'avait pas été en train de se battre pour sa survie et celle de la jeune femme. Le roi ne perdit pas une seconde. Prenant garde à toucher le cœur, il enfonça son épée dans le torse de l'animal, le plus profondément possible. Dans un cri à glacer le sang, la créature s'effondra au sol, vaincue. Il y eut quelques secondes de silence puis, à l'instant où elle rendit son dernier souffle, la créature s'évapora, sous les yeux ébahis d'Arthur.
Il n'y avait plus la moindre trace de l'affrontement qui avait eu lieu, mis à part les blessures que le roi et la jeune fille y avaient gagné. Le roi, assoiffé et épuisé, se dirigea sans attendre vers le lac. Fort heureusement, celui-ci était constitué d'eau douce et Arthur put y boire de longues gorgées successives, jusqu'à se sentir un peu mieux. Il se tourna alors vers Freya et tous deux s'observèrent longuement.
-Arthur Pendragon, sourit-elle. Merci de m'avoir sauvée.
La griffure sur son visage la faisait grimacer de douleur lorsqu'elle parlait.
-Je suis aussi celui qui vous a tuée, rappela-t-il. Avant que les dieux ne vous donnent ce statut de messagère et ne vous offrent cette seconde vie entre les deux mondes.
Elle acquiesça.
-C'est à cause de moi que vous avez été séparée d'Emrys, poursuivit-il.
Cette fois-ci, elle secoua la tête.
-Non. C'est la malédiction dont j'étais victime qui nous empêchait d'être ensemble. Je ne voulais pas exposer Emrys au danger permanent de ma présence, ni l'éloigner de sa destinée. Ma condition de Bastet a mené à notre rencontre mais aussi à notre séparation.
-Je suis désolé, s'excusa tout de même Arthur. Si j'avais su à l'époque ce que je sais aujourd'hui, je ne vous aurais pas tuée avec tant de facilité. Je pensais qu'il importait peu que le Bastet soit une malédiction sur la femme innocente que vous êtes. Votre statut de druidesse vous rendait tout aussi dangereuse à mes yeux.
-La mort m'a libérée, répondit-elle simplement. Le Bastet est mort mais ma partie humaine subsiste. Je suis devenue la Dame du Lac.
Elle esquissa à nouveau un sourire :
-J'ai toujours aimé les lacs entourés de montagnes. Emrys le savait, c'est pour cela qu'il m'a amenée ici à ma mort.
Cela expliquait l'attachement émotionnel du sorcier à ce lac. Arthur comprenait un peu mieux la conversation qu'il avait surprise plus tôt.
-Si le Bastet est mort il y a plusieurs années, alors qui ai-je affronté aujourd'hui ?
-La sombre magie qui s'est échappée du bracelet m'a identifiée comme étant son ennemie, car je m'en suis prise à son réceptacle. Elle a donc pris les traits du monstre qui me terrifie le plus pour m'attaquer. Il faut croire que le Bastet me hante toujours, encore aujourd'hui.
Arthur se demanda quelle apparence la fumée noire aurait prise s'il avait lui-même brisé le bracelet. Il pensa à Morgane, à Mordred, au Grand Dragon… L'espace d'un instant, l'image d'Uther lui effleura l'esprit mais il secoua la tête pour la chasser.
-Mais le sort que vous ont confié les dieux pour détruire le bracelet n'était-il pas censé empêcher que la magie s'échappe ? J'ai entendu votre conversation avec Emrys.
Freya sourit.
-C'est aussi ce que je pensais. Je croyais que le sortilège suffirait. Mais je vois maintenant que les dieux avaient d'autres plans. Ils savaient que le sort serait insuffisant mais ils avaient prévu que vous seriez là. Que vous vaincriez la créature. Notre rencontre devait avoir lieu et je pense que c'est en cela aussi que je joue mon rôle dans l'accomplissement des prophéties. La conversation que nous avons en ce moment est clé.
Même si, grâce à Chris, Arthur avait pu deviner qu'il était destiné à ramener la magie à Camelot, il avait la sensation que ce n'était pas tout. Le druide ne lui avait pas tout dit. Aithusa non plus. Les prophéties parlaient d'autres choses qu'il ignorait encore, et Freya avait sûrement des réponses. Le rôle de la Dame de Lac était peut-être de lui révéler ce qui l'attendait. Il vit à son regard qu'elle entretenait des pensées similaires. Il espérait aussi qu'elle puisse l'aider à retrouver Tina et Fina, à sauver Guenièvre et Elyan.
-J'aimerais en savoir plus sur ces prophéties, Freya. Mais il est aussi important que je retrouve mon épouse et l'un de mes chevaliers. Ils ont été enlevés et je ne sais pas où ils ont été emmenés. Je ne peux pas imaginer que ma destinée, quelle qu'elle soit, puisse s'accomplir sans eux. Pouvez-vous m'aider ?
Elle hocha simplement la tête.
-Puis-je voir votre épée ? demanda-t-elle, prenant Arthur au dépourvu.
Désarçonné, il lui tendit malgré tout son arme. Freya la prix entre ses mains, l'observa et la soupesa avant de prononcer un court sortilège. L'épée s'illumina quelques secondes, et la jeune femme la rendit à son propriétaire.
-Excalibur vous guidera jusqu'au repaire de Mordred, dit-elle. C'est là que vous trouverez les personnes que vous recherchez.
C'était donc aux ordres de Mordred que répondaient Tina et Fina. Arthur n'était pas vraiment surpris. Le jeune roi sentit une bouffée le soulagement en comprenant qu'il allait pouvoir retrouver la trace de Guenièvre et Elyan. Mais une question l'intriguait :
-Excalibur ?
-C'est le nom de votre épée. Ce n'est pas une arme comme les autres, elle a été forgée dans le souffle d'un dragon. Elle confère à son porteur une protection et une puissance particulières. Je l'ai eue entre les mains plusieurs années. Emrys l'avait dissimulée au fond de ce lac. Lorsqu'il vous a su prêt à la recevoir, il est venu la récupérer et il a fait en sorte qu'elle vous parvienne en la plantant dans un rocher au cœur de la forêt d'Essetir.
Arthur faillit s'étouffer.
-Pardon ?! Mon serviteur m'a dit que c'était Bruta, le premier roi de Camelot, qui avait planté l'épée dans ce rocher. Si ses descendants étaient un jour remis en question, ils pourraient prouver leur valeur en retirant l'épée, car seul un véritable roi de Camelot serait capable de libérer l'arme de la pierre. J'aurais dû me douter que Merlin m'avait menti ! Maintenant que je sais qu'il travaille avec Emrys, je ne devrais pas m'étonner d'apprendre qu'il m'a guidé jusqu'au rocher…
La jeune femme l'écoutait attentivement, dans une attitude bienveillante. Il pouvait voir qu'elle souhaitait lui apporter les réponses dont il avait besoin.
-C'est bien Emrys qui a planté l'épée dans le rocher, et non Bruta, mais Merlin ne vous a pas menti sur votre valeur en tant que roi. Il fallait qu'il vous aide à reprendre confiance en vous afin de vous donner la force de libérer Camelot du joug de Morgane. Et celle de, plus tard, accomplir votre destin.
-Merlin…, soupira le roi. Gaïus, Dragoon le Grand, Emrys… Ils ont tous beaucoup travaillé pour faire en sorte que les prophéties s'accomplissent.
Freya prit un air plus solennel. Le moment était venu, il pouvait le sentir. Elle allait lui révéler l'ampleur de sa destinée. Poser sur ses épaules le poids d'une responsabilité colossale.
-Oui, confirma la Dame du Lac. Et ce ne sont pas les seuls. La connaissance des prophéties s'est transmise de génération en génération dans la communauté magique, depuis que le royaume d'Albion a été divisé en plusieurs territoires autonomes. Vous êtes le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui, Arthur, destiné à unir les différents royaumes en un seul, un royaume florissant où règnera la paix et où les êtres magiques seront libres d'exister.
Ah…
Merlin avait bien dit quelque chose à ce sujet quand il l'avait mené à l'épée, mais le jeune roi n'y avait pas vraiment prêté attention, convaincu que son ami en faisait des tonnes pour le pousser à reprendre confiance en lui. C'était un peu trop massif, et un peu trop légendaire pour être vrai.
Elle marqua alors une pause, probablement consciente qu'il avait besoin d'assimiler l'information. Il avait beau s'y être préparé, la révélation était au-delà de tout ce qu'il aurait pu imaginer. Ce qui l'attendait était bien plus vaste que le simple rétablissement de l'usage de la magie au sein de Camelot. Son destin ne se préparait pas depuis quelques décennies, mais bien depuis des centaines d'années. Comment Arthur pourrait-il se montrer à la hauteur ?
-Unir les différents royaumes ? Mais c'est impossible ! Ils ont justement été séparés en territoires autonomes pour que règne enfin la paix. Avant cela, Albion n'était que guerre et chaos.
La voix de Freya se fit douce et rassurante.
-Cela n'a toujours été qu'une solution temporaire. Le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui est amené à réunir les royaumes dans la paix. Lui seul peut mener à bien cette mission.
-Mais pourquoi moi ? demanda Arthur, presque naïvement.
-Vos qualités intrinsèques, ainsi que celles des personnes qui vous entourent, vous permettront d'engendrer ce nouveau monde. Vous n'êtes pas seul, Sire.
Non, bien sûr. Emrys serait à ses côtés. Et Guenièvre, Merlin, Gaïus….
-Mais les dirigeants des autres royaumes n'accepteront jamais de s'unifier sous une seule autorité, expliqua Arthur. Encore moins la mienne, si c'est ce que vous aviez en tête. J'ai déjà bien du mal à trouver une solution pour qu'ils acceptent de me mettre à la tête de notre armée commune en prévision de l'attaque de Mordred ! Et nous avons déjà tant de difficultés à négocier une simple alliance depuis que je les ai conviés à Camelot, je n'imagine même pas leur réaction si je leur parlais d'unifier Albion...
-Les dirigeants de tous les royaumes ont eux-mêmes connaissance de cette prophétie, même si elle leur a toujours été racontée sous la forme d'une légende. Ils y croient sans y croire, la pensent destinée à s'accomplir dans un futur lointain et fantasmé. Ils ne savent pas que l'époque d'Albion est toute proche. Ils ne savent pas non plus que vous êtes le Roi de cette histoire. Pour eux, l'alliance que vous avez proposée entre les royaumes n'a pas vocation à devenir plus que cela : une simple alliance. Tant qu'ils n'auront pas pris conscience que vous êtes le roi de légende dont on leur parlait lorsqu'ils étaient petits, l'unification d'Albion ne pourra pas avoir lieu.
Arthur fut à nouveau surpris :
-De toute ma jeunesse, je n'ai pourtant jamais connu cette légende.
-Depuis la Purge, Uther a interdit tout ce qui de près ou de loin semblait promouvoir la magie. Personne n'a donc jamais osé mentionner cette légende en sa présence ou la vôtre. Petit à petit, elle a été oubliée de beaucoup, reléguée au second plan, remplacée par d'autres histoires populaires. Mais je suis certaine que si vous vous adressez aux rois et reines des royaumes voisins, ils auront tous entendu parler de ce conte. En tout cas de ce qu'ils croient n'être qu'un conte pour enfants. Du roi qui unira les royaumes d'Albion dans la paix. Chaque royaume a en sa possession quelques bribes de la prophétie originelle. Des informations permettant de reconnaître le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui. En assemblant les bribes connues de chacun, il deviendra évident pour tous que vous êtes l'élu des dieux.
La prophétie donnait-elle vraiment une liste d'attributs permettant de savoir qu'Arthur était le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui ? Y avait-il une description physique ? Des traits de caractère ? Un contexte ? Une date de naissance ?
-Que disait la bribe connue de Camelot ? interrogea Arthur. Avant qu'elle ne soit perdue dans la Purge.
-Qu'Emrys restera au plus près du Roi d'Hier et d'Aujourd'hui, afin de le protéger et de le guider vers sa destinée. Les deux hommes seront deux faces d'une même pièce.
Le roi resta silencieux. Cette part de la prophétie semblait effectivement indiquer qu'il était l'élu. Le sorcier l'avait bien entouré de sa protection depuis des années, même si Arthur ne l'avait compris que récemment.
-C'est la variante que connaît Camelot, dit Freya, celle que connaît Emrys.
-Il ne connaît pas les autres ? demanda Arthur.
-Non. Toutefois, la plupart d'entre elles ne le surprendront pas puisqu'elles relatent des faits qu'il connaît.
Des faits qui, mis bout à bout, révèleraient à coup sûr l'identité du roi de légende. C'est ce qui permettrait aux autres dirigeants de le reconnaître et de l'accepter.
-Vous les découvrirez en interrogeant les rois et les reines qui gouvernent aujourd'hui les royaumes de l'ancienne Albion.
Arthur ressentait un mélange de confusion et de détermination. Il voulait endosser cette responsabilité, se montrer digne de ce que la communauté magique voyait en lui. Mais la tâche lui paraissait si démesurée, si légendaire, qu'il lui était difficile de s'imaginer la mener à bien.
Il demanda à Freya :
-Pensez-vous que je sois capable d'unifier les royaumes d'Albion ?
La Dame du Lac posa sur lui un regard sombre.
-Jusqu'à la dernière bataille contre Morgane, je vous aurais répondu oui, sans hésitation. Vous êtes indubitablement un roi d'exception. Emrys vous a longuement observé, et il ne serait jamais resté à vos côtés s'il n'avait pas vu en vous une personnalité à la hauteur des prophéties. Toutefois, il nous faut tenir compte de l'intervention récente d'Aithusa. C'est une dragonne capable de modifier le destin, et elle a fait le choix de changer celui de Morgane en la guérissant après la bataille. La mort de Morgane ce jour-là, de la main d'Emrys, était écrite depuis bien longtemps. Cela a donc pu avoir des conséquences sur d'autres destinées, y compris celle d'Albion.
L'angoisse qui habitait Arthur s'intensifia. Aithusa avait omis de lui parler de cela lors de leur conversation. Tout inquiet qu'il fut, il appréciait malgré tout l'honnêteté dont la Dame du Lac faisait preuve. Elle aurait pu lui cacher cela pour ne pas lui faire peur, ne pas ébranler sa confiance en lui. Mais elle avait choisi de lui dire la vérité.
-Je comprends, dit-il. Rien n'est garanti, et la tâche sera difficile. Je vous remercie pour toutes ces informations. Vous m'avez enfin permis d'y voir plus clair après des années passées dans l'ignorance.
Elle acquiesça et lui sourit.
-Bonne chance, Arthur.
Il hocha à son tour la tête, et posa la main sur le pommeau d'Excalibur, rangée à sa ceinture. Aussitôt, la magie qu'elle contenait le pénétra et lui montra la voie pour trouver Guenièvre et Elyan.
Il se laissa guider et s'enfonça à nouveau dans la forêt. Déchirant de nouveaux morceaux de sa chemise, il se prépara à les nouer en chemin. Il voulait que les chevaliers qui partiraient à sa recherche retrouvent sa trace.
Note de l'auteur : Merci à laorart pour sa review et pour l'ajout de cette histoire à ses alertes, à nickos0123 de l'avoir ajoutée à ses alertes et à ses favoris, à TangerineM et à ChristieTyson de l'avoir ajoutée à leurs favoris, et merci aussi à nickos0123 et à TangerineM de m'avoir moi-même ajoutée à leurs auteurs favoris !
