Chapitre 50 : La vérité sur la légende, partie 1 : Les crimes des Pendragon

On vint chercher les prisonniers à l'aube.

Arthur fut brutalement saisi par l'un des gardes, tandis qu'un autre attrapait Elyan et Gilli sans ménagement. Tout se précipita soudain, après cette nuit passée à attendre.

-Gwen ! s'écria le roi, alors que celle-ci restait en arrière, incapable de se relever.

La jeune femme, plus affaiblie que jamais, ne tenait toujours pas debout. Même si le repos avait permis à ses souffrances de s'apaiser, la faim et la soif l'empêchaient de guérir et affectaient sa santé. Les hommes de Mordred se montrèrent un peu plus délicats envers elle qu'envers les autres, mais ce n'était pas assez aux yeux d'Arthur.

On les mena tous vers l'extérieur, Arthur en tête de file, mis en avant tel un trophée. Il se demanda si cela était volontaire mais il en eut assez vite la confirmation lorsqu'il fit ses premiers pas dans la cour et découvrit qu'une foule immense y était amassée, sans doute réunie pour assister au spectacle. En se retournant, le souverain vit que la tour dans laquelle ils avaient été enfermés faisait partie d'un plus grand bâtiment, un château de taille moyenne mais dont la pierre grise et polie semblait venue d'un autre monde. Dans le même esprit, la présence de la mer, sombre et agitée, tout autour de l'île, contribuait à lui donner une apparence surnaturelle et magnifique. Cela donnait l'impression que Mordred avait choisi de fonder sa cité dans cet endroit à l'aspect mystique et isolé pour montrer à tous que c'était là un lieu de vie fait pour les sorciers. Un lieu où ils seraient enfin accueillis et respectés, et non pourchassés et condamnés.

Tous ces hommes et toutes ces femmes, qui dévisageaient Arthur à distance, devaient être des sorciers. C'était forcément le cas puisqu'aucune exception n'était permise, ici. D'après ce qu'Elyan et Gilli lui avaient expliqué, ceux qui n'avaient pas de don pour la sorcellerie étaient purement et simplement exécutés.

Était-ce cela qu'ils allaient subir ? Une exécution sur la place publique ? Il pensa avec douleur à ses compagnons : Gwen, Elyan et Gilli ne méritaient pas ce destin. Arthur, lui, le méritait peut-être, Après tout, il avait longtemps fait la même chose aux sorciers, il y avait là une forme de justice qu'il ne pouvait pas ignorer.

Il examina ces visages tournés vers lui. Beaucoup d'entre eux étaient empreints de colère. Ces gens le reconnaissaient comme celui qui avait brisé leur existence, celui qui avait peut-être condamné leurs proches. C'était à cause de lui qu'ils s'étaient tournés vers Mordred. Combien d'entre eux seraient restés pacifiques s'ils n'avaient pas vécu sous la menace du bûcher depuis leur naissance ?

Le jeune souverain observa la cour. Elle était gigantesque, assez grande pour contenir cette foule d'au moins cent personnes, tout en gardant un large emplacement au centre pour exposer les prisonniers.

Il n'y avait pas de bûcher. Pas non plus de potence. En fait, il n'y avait aucun indice laissant penser qu'une exécution devait avoir lieu. Cette possibilité restait malgré tout présente à l'esprit du roi. Il y avait bien des manières de tuer quelqu'un. L'espace d'un instant, il imagina leur petit groupe livré à la foule en colère, piétiné et frappé jusqu'à ce que mort s'ensuive. Après tout, il n'y avait rien d'autre autour d'eux à part cette assemblée de sorciers. Un frisson le parcourut.

Quand les gardes les abandonnèrent au centre de la cour et s'éloignèrent, Arthur se précipita vers Gwen pour la soutenir. Sans lui, elle se serait effondrée à la seconde où les gardes l'avaient relâchée. Les prisonniers échangèrent quelques regards et observèrent leur environnement. Ils étaient encerclés par les sorciers mais aucun ne semblait vouloir les approcher. Tous étaient dans l'attente. Pour la première fois, le roi se rendit compte que ces gens avaient tous plus ou moins le même âge. C'était à peu près celui qu'aurait eu Uther aujourd'hui s'il avait toujours été en vie. Le plus âgé devait avoir dix ans de plus et le plus jeune dix ans de moins. Cela intrigua Arthur. Il savait que les hommes de Mordred n'étaient pas tous de cette génération ; il avait entendu de la bouche de ses chevaliers plusieurs rapports témoignant d'individus parfois très jeunes ou très âgés attaquant les villages alentours aux ordres du jeune druide. Alors pourquoi seule cette génération était-elle représentée parmi les sorciers qui les entouraient actuellement ? Mordred avait-il placé ces sorciers ici lui-même ? Les avait-il choisi parmi cette tranche d'âge ? Et si oui, pourquoi ?

Une voix familière s'éleva alors du balcon qui surplombait les lieux, coupant court aux pensées angoissées du souverain.

-Bonjour à tous !

Tous les regards se tournèrent vers celui qui avait parlé : un mince jeune homme d'environ quatorze ou quinze ans, aux cheveux noirs et aux yeux bleus reconnaissables entre mille.

Mordred avait grandi depuis la dernière fois qu'Arthur avait posé les yeux sur lui. Sa voix elle-même était plus adulte. Il gardait toutefois cette aura de mystère, qui l'entourait déjà il y a quelques années. En un regard, il était facile de comprendre pourquoi le jeune garçon était aussi suivi malgré son jeune âge. Il se dégageait de lui une intelligence et une détermination grandioses. Inspirantes. La position qu'il occupait depuis le balcon rappelait au roi celle d'Uther, qui avait assisté aux exécutions de nombreux sorciers depuis son propre balcon. Ce n'était pas une coïncidence. La situation avait volontairement été mise en scène ainsi pour que tout le monde fasse ce parallèle. Aussi bien les prisonniers que la foule de sorciers. Le but était de faire appel aux souvenirs et aux émotions de chacun pour faire passer un message fort.

-Souhaitons tous la bienvenue au Roi Arthur ! s'écria Mordred. Bienvenue aussi à la reine Guenièvre, au Seigneur Elyan, et bien sûr à Gilli, notre villageois de Willowdale.

La foule se fit bruyante. L'annonce de son maître déchaînait les passions.

-Mes chers amis, reprit le jeune druide d'un ton apaisant.

Peu à peu, la foule se tut.

-Mes chers amis, nous avons aujourd'hui entre nos murs des invités de marque. Je vous demande de bien observer tout ce qui va se dire et se dérouler à partir de maintenant. Lorsque tout sera fini, vous pourrez parcourir Albion et raconter à tous les sorciers qui ne sont pas encore acquis à notre cause ce que vous aurez vu.

L'assemblée était curieuse, pleine d'excitation, mais il se dégageait d'elle quelque chose de très solennel. Parmi les prisonniers, en revanche, l'anxiété montait. Mordred comptait mettre à profit leur capture pour grossir les rangs de son armée et influencer l'opinion publique. Mais comment allait-il s'y prendre ? C'était cette question qui préoccupait Arthur. Y aurait-il des exécutions symboliques ? Une humiliation publique sous forme de torture ? Le jeune druide les forcerait-il à se soumettre, à le supplier de les laisser vivre ?

-Commençons par le début, si vous le voulez bien. Il est temps que vous sachiez comment a commencé la Purge. Il est temps que les sorciers de tout Albion l'apprennent aussi. Nous verrons alors si les paroles de la Dragonne Blanche au sujet du Roi d'Hier et d'Aujourd'hui peuvent toujours être crues.

Le sang d'Arthur se glaça. Le jeune druide connaissait donc la vérité sur sa naissance. Peut-être la connaissait-il depuis bien plus longtemps que le roi lui-même. Après tout, Gwen et lui n'avaient appris ce qui avait mené à la Purge que récemment, et Elyan comme Gilli l'ignoraient probablement encore. A présent, Mordred voulait le révéler au monde entier ? C'était habile. L'impact que cela aurait sur la réputation du jeune souverain était difficile à prévoir, mais il y avait de quoi s'inquiéter. De plus, les quelques sorciers que la Dragonne Blanche avait su convaincre de se ranger du côté d'Arthur pourraient se retourner contre lui.

-Portez ce message à travers Albion ! scanda le jeune druide. La haine d'Uther Pendragon envers les nôtres a une origine bien précise. Savez-vous qu'Uther a jadis exigé de la magie qu'elle lui donne un enfant ? Son couple était stérile, sa lignée condamnée à prendre fin. Mais il a conclu un marché : une vie pour une autre. Il était prêt à sacrifier presque n'importe qui pour un héritier ; cet homme aurait offert la vie de l'un de ses propres sujets sans hésiter. Mais il n'a pas pensé à s'interroger sur l'identité de la personne destinée à mourir…

Quelques cris s'élevèrent :

-Ygraine !

-La reine !

Certains des sorciers connaissaient déjà ce récit dans son entièreté.

Mordred hocha la tête :

-Lorsqu'il a compris que la magie prendrait son épouse, il était trop tard pour faire marche arrière. Arthur est né et la reine est morte. Fou de rage qu'on lui ait pris le dû qu'il avait pourtant aveuglément promis à ses risques et périls, Uther Pendragon s'est alors retourné contre la sorcellerie. Que personne parmi les sorciers n'ignore cette vérité !

La foule s'agita, et certains sorciers poussèrent des exclamations d'horreur et de colère. Elyan et Gilli étaient sous le choc. Comme Arthur l'avait suspecté, ils n'avaient pas eu la moindre idée des origines de la Purge avant que Mordred ne les révèle.

-Telles sont les circonstances de la naissance du roi que vous avez devant vous aujourd'hui ! Telles sont les circonstances du début de la Purge ! Pouvez-vous imaginer l'ampleur du mensonge dont Uther s'est convaincu ? Un homme cause la mort de son épouse adorée mais il reste dans un déni si inébranlable de sa propre culpabilité qu'il doit se trouver un bouc émissaire. Pire encore : alors qu'il traque ceux qui pratiquent la sorcellerie jusqu'à son dernier souffle, cela ne l'empêche pas de garder le fils que celle-ci lui a accordé ! Pourquoi l'avoir gardé, à votre avis ? La réponse est simple : c'est de l'hypocrisie à l'état pur. Il n'allait tout de même pas se débarrasser de l'unique opportunité qu'il avait de poursuivre sa lignée ! Lorsque cela l'avantageait, il savait oublier sa haine de la magie.

Les sorciers qui les entouraient étaient à présent si bruyants que Mordred cessa de parler quelques instants, attendant que les choses se calment.

Elyan était stupéfait.

-Il ment, murmura-t-il, c'est impossible.

Arthur le regarda tristement.

-Malheureusement, dit-il, c'est bien la vérité. Gwen et moi l'avons découverte récemment. La guerre que mon père a menée contre la Purge venait uniquement de son refus d'accepter son rôle dans la mort de ma mère…

-Alors cela veut dire que…

-Que mon père et moi avons donné la chasse à des innocents durant des années, oui, j'en ai peur.

-Sire…

Confus, le chevalier ne semblait pas trouver les mots pour exprimer ce qu'il ressentait. Le jeune roi le comprenait. Lui aussi avait fortement été ébranlé lorsqu'il avait appris la vérité.

Gilli, quant à lui, restait silencieux. Il n'y avait pas de jugement dans son regard mais Arthur y lut une émotion qu'il ne parvint pas à identifier.

-Arthur…

Le murmure venait de Gwen, si faible que le roi ne l'aurait pas entendu s'il n'avait pas été en train de soutenir la jeune femme en la serrant contre lui. Elle essayait de dire quelque chose, mais la force lui manquait.

Elle pointait la foule de sorciers du doigt.

-Je sais qui sont ces gens, articula-t-elle. Je reconnais leur regard. C'est… c'est un regard que l'on connaît bien quand on a grandi dans la ville basse de Camelot…

Elle paraissait horrifiée.

Depuis sa position en surplomb, Mordred ne pouvait pas entendre les paroles que les prisonniers échangeaient, mais il remarqua tout de suite que Gwen désignait la foule. Un sourire plein de douleur étira les lèvres du jeune druide.

-Il semblerait que la reine ait compris qui vous êtes, dit-il sombrement aux sorciers qui l'écoutaient. Elle essaie à présent de le faire comprendre au jeune Pendragon, qui reste toujours inconscient de l'ampleur des atrocités commises par son très cher père. Permettez-moi de vous éclairer, Arthur.

Son ton se fit plus dur :

-Toutes les personnes que vous voyez sont des parents qui ont perdu un ou plusieurs jeunes enfants au moment de la Purge. De jeunes enfants qui auraient aujourd'hui votre âge si Uther ne les avait pas massacrés. Malheureusement pour eux, ils sont nés sorciers au mauvais moment de l'Histoire. Ils n'auront jamais la chance de grandir, de fonder une famille et d'accomplir leur destin.

Ils étaient si nombreux. Plus de cent personnes étaient présentes. Beaucoup trop. Père, qu'avez-vous fait ? pensa Arthur, désespéré. Il avait toujours su que des centaines d'enfants doués de magie avaient été exécutés lors de la Purge, mais c'était autre chose de se retrouver face à cette foule dont chaque homme ou chaque femme représentait au moins un enfant innocent assassiné. Et de penser que ce n'était pas les seuls ! Qu'il y en avait bien d'autres encore dont les parents n'avaient peut-être pas encore rejoint l'armée de Mordred !

L'âge de la foule prenait soudain tout son sens. Ces sorciers étaient tous de la génération d'Uther car c'était celle qui avait de jeunes enfants au moment de la Purge. Mordred avait choisi les individus qui avaient subi la perte la plus insoutenable parmi ceux qui avaient rejoint sa cause, et il les avait réunis ici pour ce qui semblait être le procès des Pendragon. Le regard qu'arboraient tous ces sorciers était identifiable par quelqu'un comme Gwen parce qu'elle avait été élevée dans la partie la plus pauvre de la cité, la partie dans laquelle il arrivait souvent de perdre des enfants des suites de maladies infantiles. La jeune femme devait connaître de nombreux parents qui avaient vécu cette tragédie et dont le regard révélait la même douleur.

Arthur était paralysé par l'ensemble d'émotions qui l'assaillait. La honte, une honte brûlante qui lui donnait la nausée. La tristesse, qui l'empêchait de faire usage de sa voix, ne serait-ce que pour parler à ses compagnons. Le regret, la culpabilité et la colère. Comment avait-il pu être aussi aveugle pendant tant d'années ? Pourquoi avait-il attendu d'apprendre la vérité sur les origines de la Purge pour comprendre que ce n'était ni plus ni moins qu'un massacre à grande échelle ?

Arthur observa les gens qui entouraient leur petit groupe. Maintenant qu'il connaissait leur identité, il pouvait voir plus que la simple colère dans leurs expressions. Ces personnes étaient en deuil, et ce depuis plus de deux décennies. C'était pour leurs enfants sacrifiés qu'elles menaient cette guerre contre l'héritier Pendragon.

Le jeune roi aurait voulu leur parler, s'excuser, leur promettre qu'il allait réparer ses erreurs ainsi que celles de son père, mais rien de ce qui lui venait à l'esprit ne lui semblait à la hauteur de la perte que ces personnes avaient subi. Alors, il resta silencieux.

Mordred, satisfait du trouble qu'il avait causé, poursuivait sans pitié.

-Observez l'homme qui se tient devant vous : le roi de Camelot ! Uther l'a formé à perpétuer ses crimes ! Alors qu'il était Prince Héritier, Arthur ici présent n'a pas hésité à nous traquer et à nous assassiner, tout cela aux ordres de l'ancien roi. C'est à des dizaines d'exécutions qu'il a assisté sans rien faire. La plupart du temps, il avait lui-même livré la victime à son monstre de père. Lorsqu'enfin Uther est mort et que nous célébrions la fin du souverain le plus sanguinaire qui ait jamais régné sur ces terres, Arthur a pris sa place. Beaucoup disaient qu'il était le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui, qu'il unirait les terres d'Albion et ramènerait la magie et la paix. Mais rien de tout cela ne s'est produit. Arthur a pleuré toutes les larmes de son corps pour le tyran qui nous a massacrés, puis il s'est efforcé de maintenir son héritage. La magie n'est toujours pas autorisée, et la loi préconise toujours le bûcher pour ceux qui en font usage.

Quelques sorciers s'agitèrent à nouveau mais, la plupart restèrent silencieux. Attentifs et graves.

-Le fait qu'Emrys apporte son soutien à Arthur ne peut pas être vu comme une preuve qu'il est digne de nous gouverner. Pas après tout ce qu'il a fait, ni sachant ce qu'il représente en tant qu'héritier d'Uther. L'allégeance d'Emrys ne montre qu'une seule chose, c'est qu'il nous a lui aussi trahis en prenant le parti de nos bouchers. Comment Arthur, cause originelle de la Purge, fils d'Uther et héritier poursuivant son œuvre sanguinaire, pourrait-il être autre chose qu'un ennemi de la magie ?

La messe était dite, et personne n'allait contredire ce qui semblait être une évidence. La foule ne disait plus rien.

Pourtant, une petite voix s'éleva à nouveau. Gwen, qui semblait avoir perdu conscience dans les bras d'Arthur depuis sa dernière intervention, était en réalité toujours éveillée. Avec l'aide de son époux, elle parvint à se tenir debout et à faire porter sa voix jusqu'au jeune sorcier qui les regardait de haut.

-Il t'a sauvé la vie, Mordred. Quand Arthur était prince, il est allé contre les volontés de son père et il a aidé l'enfant que tu étais à fuir le bûcher.

Elle se tourna ensuite vers la foule :

-J'imagine que cela doit compter aux yeux de personnes qui ont perdu un enfant…

La jeune femme s'écroula après avoir prononcé ses paroles, ayant vraisemblablement mobilisé tout ce qui lui restait d'énergie pour réagir. Arthur la saisit fermement et l'allongea au sol, sentant les larmes lui monter aux yeux. Si Gwen mourait… Pour l'instant, elle semblait simplement évanouie, mais elle avait besoin de soins le plus rapidement possible. La situation paraissait sans espoir.

Certains sorciers se montraient légèrement confus face à cette nouvelle information, mais la plupart secouait la tête. Elyan et Gilli étaient interloqués.

Mordred, quant à lui, se mit en colère pour la première fois depuis son apparition :

-Comment osez-vous ! s'exclama-t-il. Arthur a sauvé UN enfant parmi des centaines ! Un seul ! Combien d'autres n'ont pas eu cette chance ?

Les yeux du jeune druide lançaient des éclairs. Voyant que Gwen était inconsciente et qu'elle ne pouvait plus l'entendre, il se tourna vers le roi.

-N'oubliez pas non plus que je n'étais pas le seul druide à Camelot ce jour-là, s'exclama-t-il d'une voix tremblante d'émotion ! Mon maître était avec moi… L'avez-vous sauvé, lui ? Non ! Il a eu droit au bûcher, comme tous les autres !

Plus rien n'arrêtait Mordred. Arthur pouvait voir que la remarque de Gwen l'avait choqué. L'idée même que cet acte isolé puisse compenser des décennies de meurtres le mettait hors de lui. Le jeune druide ressentait la souffrance des sorciers qui avaient tout perdu, et il se faisait leur porte-parole.

-Et ce n'est pas tout ! poursuivit-il. L'année qui a suivi mon si généreux sauvetage, dois-je vous rappeler que vous avez-vous-même mené l'attaque contre le camp druide auquel j'appartenais ? Tout cela dans votre volonté démente de récupérer Dame Morgane, qui nous avait pourtant rejoints de son plein gré ! Vous m'avez sauvé pour m'attaquer de plus belle un an plus tard ?

Arthur fronça les sourcils. Il ignorait que Mordred avait été présent au camp druide qu'il avait attaqué pour récupérer Morgane.

Il ignorait aussi que le jeune femme était venue de son plein gré. Avec le recul, cela prenait bien sûr tout son sens.

-Je pourrai continuer de vous expliquer l'incohérence de vos actions durant plusieurs heures, renchérit le jeune mage. Vous m'avez sauvé, Arthur, je le concède volontiers, mais vous l'avez fait dans l'ombre. Vous ne vous êtes pas confronté à Uther. Même après cet évènement, vous ne l'avez jamais mis face à ses démons. Pire encore, vous avez perpétué son héritage après sa mort…

Le roi observa alternativement Guenièvre au sol, Elyan et Gilli qui baissaient la tête, les sorciers qui les entouraient, et Mordred dont les traits étaient tendus à l'extrême. Un profond sentiment d'impuissance et de regret l'envahit. Mis face à ses péchés, il ne pouvait que se mordre les doigts d'avoir été si naïf et faible face à son père. Mais il était trop tard.

Le silence était total lorsque Mordred conclut sombrement :

-Alors, je vous en prie, ne me parlez pas de ce que vous avez fait pour moi. Cela ne pourra jamais racheter les crimes des Pendragon.


Notes : Merci à Sapindetin, JustAFanC (anciennement Claraeros, si je ne me trompe pas ?), Nio, Gwenetsi et au Guest qui a commenté en anonyme, pour vos reviews du dernier chapitre !