Chapitre 51 : La vérité sur la légende, partie 2 : L'aveuglement d'Arthur

Le regard des sorciers qui entouraient Arthur était aussi intense que celui de Mordred lui-même. Une même émotion vibrante les unissait tous.

Le roi se détourna de la foule et leva les yeux vers le jeune garçon aux yeux bleus, qui prenait visiblement sur lui pour se contrôler. Son explosion suite à la remarque de Gwen n'avait pas été volontaire.

-Nous ne sommes pas ici uniquement pour évoquer vos crimes, reprit le druide d'une voix plus calme. Nous devons aussi parler de votre incompétence.

Arthur aurait dû se douter que ce n'était pas terminé. Du coin de l'œil, il vit Elyan et Gilli soupirer. Eux aussi l'avaient compris.

Cela ne s'arrêterait pas tant que le public n'aurait pas vu tout ce qu'il devait voir, pour ensuite répandre l'information dans tous les royaumes. Mais que se passerait-il pour les prisonniers à la fin du spectacle ? Le jeune roi espérait ne pas avoir à le découvrir. Peut-être quelqu'un avait-il trouvé les morceaux de tissu qu'il avait semés jusqu'ici. Peut-être les chevaliers de Camelot allaient-ils remonter leur piste jusqu'à l'île, contourner les gardes invisibles qui la protégeaient et voler à leur secours… Oui, peut-être. Mais à présent qu'il passait en revue les différents obstacles à ce sauvetage, Arthur voyait de plus en plus à quel point son succès était improbable. Même si l'armée de Camelot toute entière parvenait jusqu'à eux, rien ne garantissait qu'elle soit capable d'affronter un si grand nombre de sorciers pour les libérer.

Il pensa alors à Emrys. Depuis le début, Arthur faisait de son mieux pour s'interdire cet espoir. L'espoir que l'ange gardien du Roi d'Hier et d'Aujourd'hui les sauverait. Gwen disait que Tina et Fina avaient utilisé la magie pour tenir le sorcier à l'écart de leurs manigances à Camelot, tant et si bien qu'il n'avait même jamais entendu parler de leur présence au château. L'enchantement qui empêchait les habitants de la cité d'évoquer ce sujet devant lui était aujourd'hui levé mais rien ne garantissait qu'Emrys obtienne toutes ces informations à temps pour reconstituer le puzzle et se mettre à leur recherche avant qu'il soit trop tard.

Absolument rien.

Mais peut-être verrait-il les morceaux de tissu.

Quant à savoir s'ils seraient sauvés à temps pour que Gwen survive, Arthur préférait ne pas y penser. Il s'efforça de ne pas regarder la jeune femme, toujours allongée à ses pieds et inconsciente.

Les forces manquaient au jeune roi, mais il fallait qu'il se ressaisisse. Il était particulièrement difficile de vivre avec les erreurs qu'il avait commises, mais il ne pouvait pas se laisser abattre alors que ses compagnons restaient en danger. Il fallait qu'il retrouve sa voix, qu'il devienne plus actif. Sa passivité face à l'acharnement de Mordred n'allait pas aider qui que ce soit. Aussi désespéré qu'il puisse être devant l'ampleur du massacre causé par sa famille, il devait se relever et trouver une solution pour sauver ses proches. Gwen, Elyan et Gilli ne méritaient pas d'être punis pour les crimes des Pendragon.

Le jeune druide pensait certainement défendre les sorciers en menant cette guerre contre ceux qui n'étaient pas doués de magie, mais il se comportait exactement comme Uther en exécutant des innocents. S'il avait simplement cherché à renverser Arthur, cela aurait été différent. Son raisonnement était facile à suivre : cela faisait des années que les sorciers étaient persécutés, et Mordred avait la conviction qu'ils ne seraient jamais en paix tant que des hommes sans magie vivraient à leurs côtés. Il avait perçu la peur qu'inspirait la sorcellerie auprès de tous ceux qui ne la maîtrisaient pas. Il n'y avait pas qu'Uther. Le druide avait compris que cette crainte naturelle de l'incompréhensible et de la puissance démesurée ne pourrait jamais totalement disparaître. Il y aurait toujours de l'animosité envers ses semblables. Pour lui, cela ne pouvait se régler que par une guerre, non seulement contre les souverains des différents royaumes, mais aussi contre tous les hommes sans don. Du point de vue de Mordred, c'était la seule manière pour les siens d'être réellement libre.

Arthur n'était pas d'accord. Les sorciers devaient pouvoir vivre en harmonie parmi les autres hommes. Ce n'était pas une utopie que de l'envisager. Emrys était la première face de cette pièce, et le Roi d'Hier et d'Aujourd'hui serait la seconde. Il ferait de cette mission l'œuvre de toute une vie s'il le fallait. Ainsi, aussi justifiés que soient tous les reproches du jeune garçon, le roi ne pouvait pas le laisser gagner.

Il prit une longue inspiration et se tint bien droit face à son ennemi, écoutant ce que celui-ci avait à annoncer. Apparemment, le prochain sujet était celui de son incompétence. Cela promettait d'être intéressant.

-Nous allons vous mettre à l'épreuve ! lâcha Mordred.

Arthur tressaillit.

Pardon ?

-Pour prouver définitivement que vous n'êtes pas à la hauteur de votre mission en tant que souverain, reprit le jeune mage, je vais vous soumettre ici et maintenant à un exercice. Tous ceux qui sont présents aujourd'hui s'accordent à dire que celui qui se prétend souverain ne peut pas se permettre d'y échouer.

-Quel est cet exercice ? Quel piège cherches-tu à me tendre ?

Mordred parut surpris de le voir s'adresser à lui. Il l'avait probablement cru terrassé sous le poids des accusations, et il n'avait pas complètement tort.

-Il n'y a pas de piège. Juste une énigme. Trouvez-en toutes les solutions. Nous verrons bien si je me trompe à votre sujet. Nous verrons si vous êtes aussi incompétent que je le pense.

-En quoi ma capacité à répondre à une énigme prouve-t-elle quoi que ce soit ?

-Ce n'est pas n'importe quelle devinette, Arthur. Si vous n'en avez pas les réponses, c'est que vous êtes complètement aveugle à ce qui vous entoure. Indigne de nous gouverner.

-Que veux-tu dire par les réponses ?

-Il y a plus d'une réponse possible, et vous devez toutes les trouver.

Arthur avait un très mauvais pressentiment. Mordred était trop sûr de lui, persuadé qu'il échouerait. Et s'il refusait simplement de faire cet exercice ? Bien sûr, tout le monde penserait que ce refus dissimulait son incapacité pure et simple à trouver la solution, ou plutôt les solutions, mais au moins il ne participerait pas activement à sa propre humiliation.

A moins que…

Il pouvait tenter quelque chose.

-J'accepte de jouer à ton petit jeu si tu libères d'abord mes amis, dit le roi. Sinon, je refuserai de répondre et tu n'auras pas le privilège de me voir me ridiculiser devant cette foule.

Il était difficile de savoir quelle serait la réaction de Mordred mais, s'il existait le moindre espoir de mettre ses proches à l'abri, Arthur devait la saisir.

Etonnamment, ce fut loin d'être un bras de fer.

-Laissez le chevalier partir avec la reine ! ordonna le jeune garçon à ses gardes, si soudainement que le roi fut pris de court.

Une expression vaguement amusée passa sur le visage de Mordred, et Arthur comprit qu'il s'était attendu à cette demande. Il devait savoir que le jeune roi n'avait pas de raison de jouer son jeu sans rien obtenir en retour. Malgré tout, il était étrange qu'il laisse aussi facilement partir la moitié de ses prisonniers.

Un garde se faufila parmi la foule de sorciers et fit mine de prendre Guenièvre dans ses bras. A sa vue, Arthur se ressaisit et s'interposa :

-Ne la touchez pas, dit-il. C'est Elyan qui la portera.

Décontenancé devant la soudaineté de ce revirement, le chevalier ne savait pas quoi faire. Il semblait partagé entre la volonté de sauver sa sœur et le refus d'abandonner son souverain.

-J'ai besoin de vous, Elyan ! dit fermement le roi. Prenez Guenièvre et emmenez-la en lieu sûr. Elle doit être soignée au plus vite.

Le jeune homme hocha la tête et prit Gwen dans ses bras. Il la souleva et suivit le garde qui le mena vers l'extérieur. Le cœur d'Arthur se gonfla d'espoir et se mit à battre plus vite.

-Je veux que Gilli parte avec eux, dit-il.

-Non, dit simplement Mordred. J'ai d'autres plans pour notre ami de Willowdale. Estimez-vous heureux que je libère deux de mes prisonniers.

Arthur se tourna vers l'autre prisonnier, qui lui sourit faiblement :

-Merci d'avoir essayé, dit-il en haussant les épaules.

Malgré l'air nonchalant du villageois, Arthur lisait la peur dans ses yeux.

De loin, ils virent Elyan franchir les portes du château et se diriger vers la plage de l'île avec Gwen. Rien ne garantissait que les hommes de Mordred les laisseraient prendre une barque et rejoindre la côte, mais le roi n'avait aucun moyen de vérifier quoi que ce soit. Il pria pour que le jeune mage tienne sa promesse et se retourna vers lui pour tenir la sienne :

-Je t'écoute, dit le roi. Finissons-en.

Mordred hocha la tête. Gilli, qui restait seul aux côtés d'Arthur, se rapprocha de lui. Cela avait quelque chose de rassurant, lui permettant de se préparer mentalement à ce qui allait suivre. Les sorciers qui les encerclaient faisaient régner un silence oppressant.

-Qui suis-je ? commença le mage.

J'ai peu de force, mais un grand pouvoir.

Je réussis d'un simple tour là où les coups les plus durs échouent,

Chaque jour, je sers mon maître et je garde sa demeure.

S'il part, il doit m'avoir à ses côtés.

S'il venait à me perdre, il perdrait sa demeure.

Qui suis-je ?

Arthur eut un rire triste. Les intentions du jeune druide étaient plus claires, à présent. Cette énigme était connue à Camelot, et probablement dans tous les royaumes alentours. C'était l'un de ces jeux d'esprit qui plaisaient aux enfants comme aux adultes. Il connaissait la réponse, évidemment : c'était une clé ! Peu de force mais le pouvoir d'ouvrir des portes. D'un simple tour dans une serrure, quand de puissants coups pouvaient échouer à la faire tomber. Servant un maître et gardant sa demeure. S'il part, il doit m'avoir à ses côtés. S'il venait à me perdre, il perdrait sa demeure. Sans ses clés, on reste coincé hors de chez soi.

Le double sens était évident aussi. Mordred reprenait cette énigme car, dans le contexte de ces dernières années, elle décrivait bien ce qu'Emrys était pour Arthur.

Un grand pouvoir de sorcier, qui ne reposait pas sur la force physique et qui réussissait là où échouaient les plus forts combattants. D'un simple tour de magie, et non plus de clé dans une serrure.

Mais, chaque jour, je sers mon maître. Arthur. Le roi.

Je garde sa demeure. Camelot. Le trône.

S'il part, il doit m'avoir à ses côtés. C'était à peine une minute plus tôt que le jeune souverain avait vu cet ange gardien comme leur seul espoir de fuir l'île.

S'il venait à me perdre, il perdrait sa demeure.

Le message était clair. Sans Emrys, Arthur était vulnérable. Incapable de se défendre contre ceux qui convoitaient le trône. Sans le sorcier, il perdrait son château, son trône et son héritage. Et le roi n'était pas le seul à pâtir de cette description. Elle dépeignait Emrys comme un serviteur soumis à un maître. Se plaçant volontairement dans une position servile vis-à-vis d'un homme qu'il pourrait tuer d'un claquement de doigts. Puissant mais pathétique.

Il y avait donc deux réponses à l'énigme de Mordred : une clé et Emrys. Elles étaient toutes deux évidentes, alors pourquoi le jeune druide était-il persuadé qu'Arthur ne les trouverait pas toutes ? Pensait-il que le jeune roi n'oserait pas prononcer ces mots à voix haute, par peur de l'humiliation ? Si c'était cela, alors Mordred se trompait. Arthur n'avait pas peur. Il n'avait plus rien à perdre après tout ce qui avait déjà été dit.

-La première réponse est une clé, dit-il. La seconde… Eh bien je suppose qu'il s'agit d'Emrys. C'est là ta façon de souligner que je ne serais rien sans lui ?

-Ça l'est, confirma Mordred. Mais vos réponses sont insuffisantes.

Arthur fronça les sourcils.

-La question était « Qui suis-je ? », dit le jeune druide. Pour en donner toutes les réponses, comme je vous l'ai demandé, il faut me dire qui est Emrys. Sa véritable identité.

La gorge du souverain se noua. Derrière lui, il entendit Gilli inspirer plus bruyamment que la normale.

-C'est cela que je veux démontrer à travers cette énigme, Arthur ! s'exclama Mordred. Tout le monde ici sait qu'Emrys vit à Camelot, juste sous votre nez, et que vous le connaissez depuis des années ! Malgré la distance qui nous sépare de votre château, nous savons aussi quels sont son véritable nom et sa véritable apparence. Si depuis tout ce temps vous n'avez toujours pas compris qui il est réellement, cela signifie que vous êtes incapable de voir ce qui se trouve juste devant vous. Que vous ignorez la vraie nature de ceux qui vous entourent. Bon sang, mais vous êtes roi, Arthur ! Pensez-vous réellement qu'un tel aveuglement de la part de celui qui nous gouverne est acceptable ?

Un frisson parcourut le dos d'Arthur. Cela confirmait ce qu'il avait deviné en voyant Freya converser avec Emrys. Le fils de Balinor avait alors été dissimulé sous une apparence qui n'était pas la sienne, mais ils avaient laissé entendre qu'il vivait en réalité à Camelot, et surtout qu'il y évoluait dans son véritable corps. Le roi s'était alors demandé s'il avait déjà croisé le sorcier dans les couloirs du château. Il était hautement probable qu'il le connaisse sous une autre identité. Les possibilités étaient multiples, cela pouvait être n'importe qui. Le premier instinct du roi était de se défendre face à Mordred et à la masse de sorciers qui les entourait. Il voulait leur expliquer que ce n'était pas de sa faute s'il n'avait pas encore percé ce mystère. Emrys savait bien se cacher ! Comment le roi pouvait-il connaître chaque personne qui circulait dans le château ? Mais la certitude et la dureté qu'il lisait dans le regard de Mordred l'en empêchèrent. Si le jeune druide était si choqué et outré qu'Arthur n'ait pas encore trouvé la réponse, alors peut-être cela signifiait-il que le sorcier n'était pas n'importe qui à Camelot. Qu'il se trouvait plus près qu'on ne pourrait le croire…

Arthur pâlit. Et si Emrys était l'un de ses chevaliers ?

Il était né peu de temps après le début de la Purge, il avait donc approximativement le même âge qu'Arthur lui-même. Tous deux s'étaient affrontés à l'épée dans une ruelle de Camelot et, bien que le sorcier ne soit pas à la hauteur du roi au niveau technique ou en terme de force pure, il l'avait facilement maîtrisé en faisant appel à la magie pour ralentir le temps. Dans ce cas précis, l'usage de la sorcellerie avait été flagrant, mais Arthur était certain qu'en l'utilisant de manière plus subtile, Emrys pouvait se faire passer pour un combattant particulièrement doué sans se révéler. Faire partie des chevaliers de Camelot lui permettait d'être régulièrement auprès du roi pour veiller sur lui lors de ses diverses missions.

Gauvain, Elyan et Perceval n'étaient pas présents à ses côtés depuis suffisamment longtemps pour être la véritable identité du sorcier. Celui-ci était au moins là depuis le jour où l'orbe de lumière avait accompagné Arthur dans les grottes où il avait trouvé la fleur Mortaeus. Aithusa disait qu'il avait envoyé cette sphère de lumière bleue au prince sans s'en rendre compte, sentant qu'il était en danger mais ne pouvant pas le rejoindre pour le secourir lui-même. Cela laissait entendre que le sorcier le protégeait déjà en ce temps mais que quelque chose de particulier l'avait empêché de le faire en personne ce jour précis. Quel qu'ait été cet empêchement, il avait donc été ponctuel : Emrys était déjà à Camelot à cette époque.

Cela ne pouvait pas non plus être Léon, trop âgé pour correspondre. Il pouvait toujours s'agir de n'importe lequel des chevaliers restants, mais écarter ses amis les plus proches était déjà un soulagement pour le souverain. Il ne pouvait pas accepter la possibilité que l'un d'entre eux soit si différent de ce qu'il croyait.

Hormis les chevaliers, les personnes dont il était le plus proche était Gaïus, Merlin et Gwen. Tout ce qu'Arthur avait entendu au sujet d'Emrys montrait que le sorcier était un homme, et non une femme, ce qui écartait Gwen. Quoi qu'il en soit, Arthur connaissait bien sa reine : elle ne lui aurait jamais dissimulé un secret aussi important. L'âge et le sexe de Merlin correspondaient mais il était inconscient lorsqu'Arthur était dans les grottes, victime d'un puissant poison qui l'avait complètement terrassé. S'il avait fallu trouver la fleur, c'était justement pour le guérir, et il ne s'était réveillé qu'après le retour du jeune prince et la préparation du remède.

Cela éloignait donc toutes les personnes du cercle le plus proche du roi. Le sorcier devait être à proximité sans pour autant faire partie de son quotidien. La piste des chevaliers était celle qui avait le plus de sens car Arthur les connaissait tous personnellement. Cela expliquerait donc les remarques de Mordred sur son aveuglement, sans pour autant qu'il s'agisse de l'un de ses amis les plus proches.

Brisant le silence qui s'était à nouveau installé depuis la déclaration du jeune druide, Arthur suggéra avec hésitation quelques noms de chevaliers. A chaque proposition, Mordred riait, et la foule aussi. Le roi avait la sensation désagréable qu'ils savaient tous quelque chose qu'il ignorait, et qu'ils se moquaient de lui. Quelques voix s'élevaient parmi les sorciers. Ils répétaient des bribes de l'énigme, comme pour insister sur certaines parties et l'encourager à trouver la réponse. Ou le narguer.

-J'ai peu de force ! cria quelqu'un.

Leurs rires étaient sombres et sans joie.

-Je sers mon maître !

Sur certaines joues, les larmes coulaient. L'ignorance d'Arthur n'était pas un sujet de réjouissance mais de dépit.

-S'il part, il doit m'avoir à ses côtés !

Chacun avait sa phrase favorite et la répétait en boucle, comme si cela pouvait aider le jeune souverain.

Il résista au besoin de se prendre la tête entre les mains.. L'énigme contenait-elle des indices ? Elle avait déjà deux sens différents : le premier faisait deviner le mot clé et le second le mot Emrys. Se pouvait-il qu'elle en ait un troisième permettant de connaître la véritable identité du sorcier ? Quelles phrases lui criait-on le plus ? Peu de force… Servant un maître… Doit être aux côtés d'Arthur hors de Camelot… Que lui apprenaient ces phrases ? Pouvait-on dire des chevaliers qu'ils avaient peu de force ? Pas vraiment. En revanche, ils partaient à l'aventure aux côtés du roi et le servaient d'une certaine manière comme un maître.

Arthur était bloqué, il n'arrivait pas à donner du sens aux informations qu'il avait. Gwen aurait trouvé la réponse, pensa-t-il.

Et si Mordred mentait ? Et si personne ici ne connaissait vraiment l'identité d'Emrys, et tout ceci n'était qu'un stratagème pour que le jeune souverain la leur révèle ? Mais cela n'avait pas de sens. Les sorciers étaient trop sûrs d'eux, Mordred était trop narquois, et tous voyaient bien qu'il n'avait pas la réponse.

Les pensées d'Arthur tournaient en rond, se heurtant constamment aux mêmes obstacles, encore et encore. Il ne savait pas ce qui l'empêchait de comprendre les choses, mais le fait était qu'il ne comprenait pas. Emrys restait un mystère.

Il se détourna de son ennemi et vit Gilli, toujours à ses côtés, qui semblait désolé pour lui. Le jeune villageois évitait son regard, probablement gêné de le voir se ridiculiser ainsi. Mais le souverain faisait cela pour Elyan et Gwen, c'était le prix à payer pour leur libération.

-Je ne sais pas, dit-il, je n'arrive pas à trouver. Je ne sais pas qui est Emrys.

Il avait promis à Mordred de faire l'exercice, de tenter de répondre à son énigme, mais il n'avait pas promis d'en trouver la solution. Son échec ne devrait donc pas mettre Elyan et Gwen en danger.

Le jeune druide ne sourit pas. Il avait eu ce qu'il voulait, son ennemi avait échoué, mais cela ne semblait pas le réjouir. Son expression était résignée. C'était celle d'une personne dont les théories les plus pessimistes venaient d'être confirmées.

Le silence était retombé.

-Pour être parfaitement honnête, dit-il doucement, je n'étais pas certain que vous échoueriez. Mais cela n'a aucune importance. Même si vous aviez trouvé la réponse, ce petit exercice aurait simplement montré que vous n'en êtes capable qu'avec mon aide et celle des sorciers qui sont aujourd'hui présents. Vos ennemis. Dans un cas comme dans l'autre, j'aurais été gagnant. Toutefois, le fait que vous n'ayez pas du tout percé le mystère prouve encore plus votre incompétence. Même avec tous ces indices à votre disposition, vous n'êtes pas capable de voir ce que vos ennemis savent déjà tous.

Arthur regarda le jeune druide mais ne répondit rien. Soupirant tristement, il hocha la tête et baissa les yeux. Il sentit la main de Gilli se poser sur son épaule.

-Félicitations ! conclut Mordred.


Note : Chapitre plus long que ce que j'avais prévu… et qui m'a donné du fil à retordre ! Merci à Gwenetsi et Nio pour vos reviews, ainsi qu'à Lison Doute qui « follow » à présent cette histoire. 😊 J'apprécie ces retours !