Chapitre 69 : L'armée commune

Le visage de Merlin était si pâle qu'Arthur se demanda s'il allait défaillir.

-Connais-tu cet endroit ? demanda-t-il à son valet en lui montrant d'un geste l'étendue de la grotte.

C'était exactement ce qu'il avait dit à Gauvain mais, à en juger par l'expression qu'arborait Merlin, ce dernier la connaissait un peu mieux que le chevalier. Ce n'était pas étonnant étant donné sa proximité avec Emrys et, de ce fait, probablement Kilgarrah lui-même. Le roi décida de l'épargner en poursuivant, lui évitant ainsi se torturer pour trouver une réponse qui serait au mieux un mensonge par omission et au pire un énorme bobard.

-C'est ici que le Grand Dragon était enchaîné, dit-il.

-Que faisons-nous là ?

Merlin était sur la défensive. Il devait se demander si Arthur avait découvert qu'il travaillait avec Emrys.

-Eh bien rares sont ceux qui connaissent ce lieu, c'est parfait pour parler de choses qui ne doivent pas arriver aux oreilles des espions.

-C'est pour cette raison que vous m'avez amené ici ?

-Bien sûr. Quelle autre raison pourrait-il y avoir ?

Les sourcils toujours froncés, Merlin regardait autour de lui d'un air mi-confus, mi-suspicieux :

-Et de quoi vouliez-vous parler ?

Arthur marqua une pause, luttant contre la sensation désormais constante d'être à bout de forces, puis il se lança. Exprimant d'abord son besoin d'obtenir le contrôle de l'armée commune, il détailla ensuite ce qui le motivait. Il voulait que son valet prenne la mesure de la situation. Sa principale crainte était l'usage personnel et malintentionné que pourraient en faire certains souverains s'ils mettaient la main sur une telle force de frappe. De plus, même s'il était loin de pouvoir garantir son propre succès contre l'ennemi, il savait qu'aucun autre n'en serait capable. S'il n'était pas le meilleur guide pour son royaume en terme de vision ou de politique, il restait un chef de guerre à la hauteur de Camelot, dont les exploits dans ce domaine restaient inégalés. Il avait développé de nombreuses idées pour lutter contre cette armée de sorciers et il se dédiait corps et âme à la préparation de cette bataille. Il était celui qui avait initié une alliance avec les autres royaumes, c'était lui qui faisait bouger les lignes, tomber les frontières. Les autres n'étaient pas habités par la même énergie. Il savait cependant que toutes ces intuitions ne constituaient pas des arguments pertinents pour convaincre les rois et reines d'Albion de lui accorder un aussi grand pouvoir. « Je sens que je peux y arriver et que vous non. » avait peu de chances de lui apporter quoi que ce soit.

Le jeune roi énuméra ensuite les raisons qu'avaient les souverains de lui refuser sa demande s'il la leur soumettait à l'heure actuelle, alors que sa réputation souffrait de plus en plus de ce qu'il s'était passé ces derniers jours. Sa responsabilité dans l'infiltration de Camelot par les jumelles, sa faiblesse et celle de ses chevaliers qui s'étaient faits capturer comme des débutants, mais aussi la découverte de l'origine de la Purge, le choc de savoir Arthur né de la magie, la domination de Mordred dans leur échange, celle de son sorcier Fergus dans leur combat, l'humiliation que représentait la présence continue d'Emrys en plein cœur de Camelot, etc. Il ne mentionna pas la remise en question de la persécution des sorciers, ayant déjà donné un certain nombre d'arguments et souhaitant éviter de s'approcher d'un peu trop près de ce sujet sensible. Garder le secret sur ses intentions était déjà délicat sans cela.

-Qu'en penses-tu ?

Merlin ne réagit pas tout de suite.

-Qui aurait cru il y a de cela quelques années que vous me poseriez une question comme celle-ci aujourd'hui ? dit-il finalement.

Il cogitait :

-Êtes-vous certain de la nécessité d'avoir un seul et unique dirigeant à la tête de cette armée lors de la bataille ?

-Merlin, tu as assisté aux négociations d'alliance, tu as vu nos difficultés pour parvenir à la moindre décision en groupe. Lors d'un affrontement où l'important est d'agir vite, cette façon de fonctionner ne nous apportera rien d'autre que la mort.

Le jeune valet opina du chef. Puis, il planta son regard dans le sien :

-La réponse à vos interrogations est simple, je suis étonné que vous ne soyez pas capable de la voir. Vous avez toujours eu besoin de moi pour prendre conscience de votre valeur à la tête du royaume…

Arthur le scrutait du regard sans répondre.

-En réalité, peu importent tous ces éléments qui jouent contre votre réputation. Ils ne pèsent rien face au reste, et les souverains le savent très bien.

-Le reste ? s'écria le roi.

-Arthur, c'est vous qui avez le plus d'hommes impliqués dans cette armée. Les autres dirigeants ont été forcés de laisser une part de leurs forces chez eux pour éviter une attaque surprise. Et l'armée de Camelot est de toute façon la plus prestigieuse de toutes. Bien avant la Purge, ces chevaliers gagnaient déjà toutes leurs batailles. Sans oublier que l'affrontement se déroulera ici, au château, un lieu que vous connaissez par cœur et que vous avez déjà défendu des dizaines de fois. Des centaines, si l'on vous crédite de l'expérience de votre père.. Et ce n'est pas tout ! Qui a rassemblé ici tous ces souverains ? Qui leur a insufflé l'idée de s'allier et continue à les pousser dans ce sens ? Qui fait tant d'efforts pour y parvenir ? Qui les a accueillis entre ses propres murs ? Vous leur avez montré que votre première préoccupation est le bien-être du peuple, que vous êtes prêt à tout pour le préserver, et je peux vous garantir que même les plus réticents d'entre eux ont été impressionnés par votre ténacité. Pas seulement dans ce domaine d'ailleurs. Vous dites que votre séjour sur l'île était humiliant, que vous étiez dominé par la magie de ce Fergus. Mais vous faites des comparaisons qui ne sont pas valables ! Toute personne ne pratiquant pas la magie aurait été impuissante face à lui, ce qui inclut ces dirigeants et leurs hommes. Mais vous, Arthur, vous avez persévéré et vous avez fini par l'emporter. Vous avez impressionné tout le monde. Vous avez démontré que vous étiez le mieux placé pour mener cette bataille. Et votre entourage a aussi fait ses preuves dans cette guerre. Gauvain et moi-même vous avons ramené des prisonniers ennemis. Lequel de ces souverains peut en dire autant ? Gwen a démantelé un complot que personne n'avait su repérer. Emrys et deux dragons sont à vos côtés et voient en vous quelque chose de spécial. C'est vous qu'ils soutiennent, et non les autres. Quant à vous reprocher la cruauté de votre père, n'oubliez pas que dans chaque taverne où Mordred recrute, il y a toujours des gens pour vous défendre et dire que vous n'êtes pas comme lui. Les souverains voient que vous soignez Gilli malgré sa nature de sorcier, que vous vous occupez de lui comme vous vous occupez de Gwen. D'autre part, Mordred a beau vous haïr, il les hait tout autant, car tous ont suivi le mouvement d'Uther et banni la magie. Tout ce qui vous est reproché sur le traitement des sorciers peut aussi leur être imputé. D'ailleurs, depuis le début, Mordred clame vouloir mettre fin au règne de tous les gouvernants actuels, et non uniquement le vôtre.

Les sourcils d'Arthur s'étaient progressivement haussés jusqu'à atteindre des hauteurs jusque-là inconnues. Il se rendit compte qu'il avait la bouche ouverte.

-M… Merlin…

Pris de bégaiement, il baissa les yeux et secoua la tête, tentant d'assimiler ce qu'il venait d'entendre. Cela remettait complètement les choses en perspective, lui ouvrait les yeux sur des aspects de la situation qu'il avait totalement occultés. Ai-je vraiment été si aveugle ?

-C'est…

Son cœur se serra. Il ne méritait pas une telle loyauté.

-Tu…

Il se reprit enfin :

-S'ils ont vraiment ces idées en tête, alors ils cachent bien leur jeu.

-Oh, dit Merlin en croisant les bras, ne vous y trompez pas. Ils vous reprochent beaucoup de choses, c'est indéniable. Simplement, cela reste superficiel. En réalité, vous êtes le seul qui puisse endosser ce rôle, ils le savent bien et vous deviez le savoir vous-même puisque c'est ce qui vous pousse à le rechercher. Montrez-leur que vous avez une véritable vision pour cette bataille, et rappelez leur que vous êtes quelqu'un en qui le peuple et ses dirigeants peuvent placer leur confiance. Ce qu'ils savent déjà de vous fera le reste.

-Je dois admettre que je n'avais pas mesuré tout ce que cet historique pouvait représenter… La position avantageuse qu'il me donne… Merci, Merlin, tu as visé juste.

Arthur resta pensif quelques instants, troublé, tandis que son valet lui laissait le temps de digérer ses mots. Une pensée fugace le traversa : il s'étonnait de ne pas ressentir plus d'enthousiasme que cela. Mais il était si fatigué… Enfin, il se redressa et se dirigea vers la sortie, invitant Merlin à le suivre.

-Attendez, dit celui-ci, c'est tout ? C'est tout ce que vous vouliez me dire ?

-Eh bien… oui.

-Je pensais que… Enfin, quand vous m'avez amené ici, j'espérais que vous reprendriez la conversation que nous avons eue dans vos appartements. Lorsque vous avez refusé de me dire ce qui vous pesait réellement depuis votre retour de l'île.

Arthur inspira longuement.

-Et je pensais avoir été clair quand j'ai exprimé que je ne voulais pas en parler.

-Je comprends cette volonté de garder pour vous certains tourments, Arthur, croyez-moi. Mais dans ce cas précis, il me semble que quelque chose ne va vraiment pas et que vos proches, vos amis, ont besoin de savoir de quoi il retourne pour pouvoir vous soutenir.

-Merci de t'en soucier, j'apprécie beaucoup ton geste. Mais ce n'est pas le bon moment.

-Et quand viendra le bon moment ?

Pas maintenant.

-Pas maintenant, murmura-t-il avec l'impression tenace que la moindre question supplémentaire suffirait à le faire couler.

Visiblement déçu, Merlin cessa heureusement d'insister.

Courbé et les traits tendus, il prit les escaliers avec le roi pour retourner au château. Le silence les accompagna le long du trajet, jusqu'à ce qu'ils se séparent au niveau de l'entrée, lorsqu'Arthur l'envoya récupérer son repas en cuisine afin de manger dans sa chambre.

Il soupira. Il espérait qu'Aithusa avait vu juste en lui demandant de garder le secret si longtemps. Ne pas pouvoir révéler son changement de point de vue récent sur la magie l'empêchait de se montrer complètement sincère dans ses relations, en particulier quand on le questionnait sur son mal être, puisque celui-ci y était directement lié.

Il marcha lentement vers ses appartements en prenant son temps, se sentant vidé de son énergie.

Il n'avait pas parlé à Merlin de ses idées pour la bataille, poursuivant une logique qui consistait à n'en parler qu'à ceux qui avaient un besoin stratégique de les connaître. Gauvain l'avait aidé à les générer, et il était actuellement en mission pour en concrétiser une partie. Léon serait aussi bientôt mis au courant car Arthur avait besoin de son conseil pour un problème d'ordre tactique qu'il n'arrivait pas à résoudre et pour lequel un homme qui avait travaillé directement aux côtés d'Uther pourrait certainement trouver une solution. Il avait temporairement mis ce souci de côté pour l'instant, choisissant de se concentrer sur les moyens de convaincre les dirigeants de le mettre à la tête de l'armée commune, mais il y reviendrait dès que ce but serait atteint. A part Gauvain et Léon, Arthur prévoyait éventuellement de parler de ses idées à quelques autres personnes mais uniquement si cela s'avérait strictement nécessaire pour leur exécution. Chaque personne à qui il en parlait constituait un risque supplémentaire que l'information parvienne aux oreilles d'espions. Merlin, lui, n'avait pas besoin d'être informé : le roi le laissait mettre en place de son côté les plans qu'Emrys avait certainement préparés en parallèle pour le jour de l'affrontement. Il soupçonnait que ce n'était pas la première fois que son valet œuvrait main dans la main avec le sorcier pour assister Arthur lors d'une bataille. Les présages d'Aithusa lui interdisant aussi de tenter une prise de contact avec Emrys avant le bon moment, Arthur devrait se contenter d'une confiance aveugle envers lui. Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur l'identité du sorcier censé se trouver juste sous son nez à Camelot.

Il secoua la tête : grâce à Mordred, il savait qu'Emrys avait pour l'instant peur de se révéler, et il ne voulait pas forcer les choses avant que le sorcier soit prêt, aussi curieux et frustré qu'il puisse être face à cette situation. De plus, ce n'était pas son objectif, et il devait se concentrer ses missions avant tout :

Poursuivre l'alliance des royaumes, sauver Merlin et repousser Mordred. Autoriser la magie.

A présent que Merlin avait apaisé ses doutes sur le sujet, Arthur pouvait faire sa demande aux autres dirigeants afin d'être placé à la tête de l'armée en prévision de l'attaque imminente de Mordred. S'il en croyait son ami, il avait de bonnes chances d'obtenir leur accord.

Mais ce dernier avait tout de même ajouté une chose : Montrez-leur que vous avez une véritable vision pour cette bataille, et rappelez leur que vous êtes quelqu'un en qui le peuple et ses dirigeants peuvent placer leur confiance.

Une vision ? Il en avait bien une, ainsi que des idées concrètes et mûrement réfléchies pour lutter contre des sorciers, mais comment les révéler à ses alliés sans prendre le risque qu'ils en parlent aux mauvaises personnes, volontairement ou par accident ? S'il leur communiquait ses projets, il pouvait être certain que les espions de Mordred en prendraient connaissance d'une manière ou d'une autre.

Quant à leur rappeler que le peuple pouvait lui faire confiance, comment l'expliquer à des gens qui le croyaient fermement opposé à la magie alors qu'eux-mêmes voyaient leur opinion sur la question évoluer ? Avec la mort d'Uther, la révélation de ce que sa loi avait causé et la découverte de nombreux sorciers et êtres magiques qui luttaient contre Mordred, on avait la sensation d'une page qui se tournait. Soudainement, la magie n'était plus un sujet si terrible. Alors comment faire confiance à Arthur s'il donnait l'impression de resté campé sur les positions de son père ? Certes, il soignait Gilli, ce qui démontrait une tolérance à la magie déjà bien supérieure, mais il ne pouvait pas encore annoncer sa volonté de l'autoriser à nouveau. Il ne pouvait pas envoyer ce message de paix avant le moment idéal présagé par Aithusa pour venir en aide à Merlin. Le souci était le même : prévenir les souverains ne serait pas problématique en soit, ce serait leur incapacité à garder le secret suffisamment longtemps qui pourrait avoir des conséquences. Si le jeune valet l'apprenait, tout était terminé. Il ne pouvait pas non plus évoquer sa décision de collaborer avec la magie lors de la bataille à venir, ce qui le condamnait à paraître rigide et donnerait l'impression qu'il refusait la meilleure arme à sa disposition. La seule qui leur donnait une chance concrète de l'emporter.

Merlin frappa à la porte de sa chambre et entra sans attendre de réponse, portant un grand plateau à deux mains.

Alors qu'il le posait avec soin sur la table, Arthur réfléchissait. Il devait y avoir une solution.

-Avez-vous besoin d'autre chose ?

Comment mettre toutes les chances de son côté sans prendre le risque d'une fuite d'informations ?

-Arthur ?

Comment prouver qu'il était prêt sans rien dire de ses véritables intentions ?

-Hum, Arthur ?

Il doit y avoir une solution.

-Je vois que vous êtes en pleine réflexion, dit Merlin, je reviendrai plus tard…

-J'ai trouvé ! s'écria soudain le roi.

-Trouvé ?

-Merlin. Organise une réunion avec tous les dirigeants d'ici deux heures dans la grande salle du premier étage. Il me faut un peu de temps pour me préparer mais je serai prêt à ce moment-là. Je vais leur soumettre ma demande.

-Très bien mais euh…

-Pas de temps à perdre, vas-y dès maintenant !

Merlin s'exécuta sans discuter, se contentant d'un haussement de sourcil digne de Gaïus. L'élève avait dépassé le maître.

Dès qu'il eut quitté la pièce, Arthur se précipita dehors à son tour.

Il avait du travail.


Merlin passa une heure et demie à localiser les différents souverains dans le château, à les inviter à cette réunion d'urgence sans leur en donner le motif exact, et à s'excuser de la part d'Arthur de les prévenir ainsi au dernier moment. Certains se montrèrent agacés mais tous acceptèrent malgré tout, confirmant ainsi implicitement qu'ils donnaient au roi de Camelot une importance particulière.

Le jeune sorcier ne savait plus sur quel pied danser face à ce nouvel Arthur. Se voir emmener dans la grotte dont il avait libéré Kilgarrah avait été un choc qu'il n'avait probablement pas réussi à dissimuler. Puis, la discussion concernant l'armée commune l'avait pris de court, d'une part parce qu'il n'avait pas l'habitude que son ami lui demande conseil de manière si directe, et d'autre part parce qu'il avait plutôt espéré le voir enfin s'ouvrir sur ses émotions. Depuis la première conversation qu'ils avaient eue à son retour de l'île, Merlin n'avait pas remis le sujet sur la table, réfléchissant intensément à des solutions. Il voulait savoir ce qu'Arthur ressentait vraiment. Gaïus lui avait fait remarquer qu'il avait déjà obtenu plus que n'importe qui puisque c'était uniquement auprès de lui que le jeune souverain avait admis, ne serait-ce qu'à demi-mot, que quelque chose n'allait pas. Après cela, Merlin l'avait vu se comporter au quotidien d'une manière tout à fait inédite. Au fil des réunions et des entraînements, mais aussi lorsqu'ils étaient seuls, Arthur restait concentré sur la bataille à venir et ne parlait de rien d'autre. En vérité, aucun autre sujet de conversation ni aucune autre activité ne suscitaient son intérêt. Il déployait une énergie phénoménale mais au fond de son regard transparaissait une lassitude glaçante.

Alors bien sûr, quand il avait sollicité son valet, celui-ci avait saisi l'opportunité pour répondre à ses interrogations sur l'armée commune d'une manière qui, il l'espérait, renforcerait son moral. Ce n'était pas la première fois qu'il lui rappelait son rôle et sa valeur avant une grande bataille. Il avait mis tout son cœur dans un discours destiné à le toucher et, si possible, le pousser à sortir de sa coquille. Sans succès. Entendre les inquiétudes d'Arthur par rapport à l'armée commune lui avait ouvert une petite fenêtre sur les préoccupations qui l'habitaient, mais il y avait bien plus derrière cela : les évènements de l'île l'avaient choqué au point d'altérer son comportement, et il était difficile de savoir ce qu'il se passait exactement dans sa tête.

Et finalement il y a quelques instants, de retour dans ses appartements, Arthur avait soudainement eu une idée dont il n'avait évidemment pas fait part à Merlin, faisant régner une aura de mystère toujours plus perturbante autour de lui.

A l'heure convenue, les souverains se rassemblèrent tous dans la salle indiquée. On n'attendait plus que le souverain de Camelot. Le jeune sorcier, posté devant la porte et guettant les allées et venues, avait beau ne pas savoir exactement quelle idée son ami avait derrière la tête pour cette réunion, il était convaincu que tout se passerait au mieux. S'il y avait bien une chose en laquelle il ne cesserait jamais de croire, c'était Arthur lui-même. Sa capacité à régner. Sa capacité à unifier. Sa capacité à faire les bons choix pour son peuple. Et le jeune sorcier comptait bien continuer à l'appuyer, sans jamais l'abandonner. Il faisait de son mieux pour préparer aussi de son côté la bataille contre Mordred. Il savait qu'il ferait appel au Grand Dragon quand viendrait le moment, et il savait aussi qu'il bénéficierait de l'aide des Cathas. Alator l'avait recontacté dès son retour pour lui confirmer que ses hommes étaient à proximité et prêts à intervenir.

Il fut tiré de ses pensées par l'arrivée d'Arthur, qui se dirigeait d'un pas décidé vers la porte :

-Ils sont tous présents ?

-Tous.

-Très bien, dit-il le visage crispé.

Le roi entra et observa autour de lui les visages curieux et parfois contrariés de ses alliés. Il commença par s'excuser, puis demanda à ce que tous leurs serviteurs et gardes du corps quittent la pièce pour le laisser seul avec eux.

Des voix furieuses s'élevèrent mais il insista sans perdre son calme.

-Je suis navré, dit-il, c'est important.

Si Merlin ne le connaissait pas si bien, il aurait pu croire à cette attitude détendue. Finalement, après quelques minutes de discussion, tous se plièrent à sa demande. Alors que le dernier garde du corps passait à côté de lui pour sortir, Arthur se tourna vers son valet.

-Toi aussi, Merlin.

Le jeune sorcier eut un mouvement de recul et leva les yeux vers son ami, qui tressaillit presque imperceptiblement mais ne revint pas sur sa décision.

Défait, Merlin acquiesça silencieusement. Il recula un peu plus jusqu'à se trouver complètement à l'extérieur et il croisa une dernière fois le regard du souverain avant que celui-ci ne ferme les deux battants de la porte devant lui.


Note : A bientôt pour la suite ! :)