Cette semaine, j'ai eu mes premières vrais vacances de repos depuis des années. J'ai passé l'essentiel des deux premiers jours à dormir, et des deux seconds à écrire. ça faisait très très très longtemps que je n'avais pas eu une telle motivation d'écrire! 6 chapitres, en moins de 48 heures ! ça fait du bien!
Plutôt que d'augmenter la cadence de publication, je vais profiter de cette avance pour avancer d'autre projet d'écriture, et me garder un stock de "secours" pour les semaines sans écriture, comme j'en avais un à l'époque.
Quoiqu'il en soit, bonne lecture!
Le convoi humanitaire était escorté de deux blindés légers des Nations-Unies – un devant et un derrière.
C'était le Dr Pasquier qui gérait l'aspect logistique du convoi. Mais c'était à elle et à elle seule qu'en incombait la sécurité. Donc si elle disait stop, tout le convoi s'arrêtait, sans discuter.
Depuis leur départ la veille de l'aéroport international de Dutse, au nord du Nigéria, elle avait déjà fait arrêter le convoi quatre fois en plus de l'arrêt de minuit prévu dans le planning. Deux fois pour des alertes au véhicule piégé, une fois pour vérifier un renflement suspect sur la piste – qui s'était avéré être un pneu abandonné et pas une mine artisanale – et enfin une fois pour laisser traverser un troupeau de chèvres.
Ils roulaient depuis presque une heure depuis le dernier checkpoint militaire, lorsqu'elle ordonna le cinquième arrêt, n'osant en croire ses yeux.
Herbert, le chauffeur du blindé de tête, manœuvrant selon ses ordres, se permit toutefois une remarque.
« Major Strauss, vous êtes sûre que c'est le bon endroit pour faire une pause ? »
Elle l'ignora, fixant – les yeux plissés – l'ombre du porche de l'espèce de cantine de bord de route en tôle auprès de laquelle ils s'étaient arrêtés.
« Major, vos ordres ? » s'enquirent ses trois autres hommes, sur la banquette arrière.
« Bougez pas. »
« Mais... Major... Si on s'arrête ici, il faut sécuriser les lieux. »
« C'est pas une pause ! Restez à bord, et laissez le moteur tourner. »
« A vos ordres. »
Elle descendit, faisant claquer la portière.
Est-ce qu'elle avait rêvé? Sous l'auvent, personne.
Poussant la vieille tenture servant de porte, elle entra dans la gargote, laissant ses yeux s'habituer à l'obscurité.
« Meeerde... C'était pas une hallucination... » siffla-t-elle, suivant l'invitation muette de son hôte qui, d'un geste, lui offrit un verre crasseux d'un alcool non identifié. « Capitaine Giacometti, qu'est-ce que vous foutez là ? » s'enquit-elle avec un immense sourire.
« C'est juste Milena maintenant, j'ai raccroché. Contrairement à vous. Félicitations, Major. » lança l'intéressée, avisant ses galons.
Amanda sourit.
« Assez de manières. Venez là ! » lança-t-elle, écartant les bras.
Son ancienne supérieure lui rendit son accolade.
« Je vous croyais... loin, avec votre petite famille. » nota Amanda, en s'asseyant.
« En effet... »
« Comment vous êtes arrivée ici ? » s'enquit-elle, levant le verre en guise de salut avant de le descendre cul sec.
Milena prit le temps de l'imiter.
« Il y a beaucoup de choses que l'USAF ignore... » éluda-t-elle.
« Mouais... j'vois ça. » nota Amanda, avisant deux ombres discrètes mais familières derrière le comptoir. « Puisque vous êtes là, ramenez donc plus de ce jus, et venez discuter à table avec nous ! »
Les deux traqueurs obéirent.
« Je vais pas vous demander comment vous êtes arrivés ici. Je vais juste vous demander ce que vous me voulez. Et ça fait plaisir de vous revoir. »
« En effet. Félicitations pour votre nouveau grade, Amanda Strauss. » la salua le wraith, inclinant la tête avec élégance.
« Le casque bleu vous va à ravir. » renchérit Rosanna, désignant ledit casque qu'elle avait posé sur la table.
Amanda nota l'anneau argenté que l'artiste portait au doigt. Elle nota son jumeau à la main du traqueur.
« Non ! Vous vous êtes mariés ?! Et vous m'avez pas invitée ! Je suis déçue ! » gronda-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
L'artiste eut une petite grimace.
« La cérémonie a été très confidentielle. Je ne sais même pas si à l'époque vous étiez déjà de retour... dans la région. »
« Peu importe ! Tous mes vœux... très en retard ! »
De concert, ils les acceptèrent d'un geste gracieux.
« Et maintenant, vous allez me dire ce que vous foutez ici. Et me dites pas que c'est pour la gnôle. »
Milena renifla, opina et fit un geste de la main.
Une quatrième silhouette qu'Amanda n'avait pas remarquée auparavant s'avança.
« Amanda, laisse-moi te présenter mon fils, Zen'kan. »
« Wow ! C'est le petit Zen, ça ? Salut. Ravie de te rencontrer. Je suis le major Amanda Strauss. Tu dois certainement pas te souvenir de moi, la dernière fois que je t'ai vu, tu étais grand comme ça, mais j'ai fait partie de l'unité de ta mère dans le temps. »
« Bonjour, mada... Major. » salua maladroitement le jeune wraith, sa voix vibrante résonnant étrangement entre les murs de tôle.
« Assieds-toi. » lui ordonna sa mère.
Il obéit, et Amanda se retourna vers cette dernière.
« Bon, tu m'expliques ? »
« Zen'kan a dix-neuf ans. On repart bientôt, c'est l'affaire de quelques semaines, quelques mois au plus, mais d'ici-là... »
« On a besoin de donneurs pour Zen'kan. Des donneurs formés. » intervint Rosanna.
« Mmmh, je vois. Mais pourquoi moi ? »
« Tu sais comment ça marche. Plus on a de donneurs, mieux c'est... et disons qu'on a pas envie que tout le monde sache qu'on est dans le coin... »
« Vous avez pensé à Dampa ? »
« Il a déjà dit oui. »
« Tu m'étonnes... Pourquoi je devrais vous aider, moi ? »
« Atlantis n'abandonne personne. » répondit Milena.
« Je ne fais plus partie du programme. Ils m'ont virée. »
Même quinze ans plus tard, le sujet était toujours douloureux.
« Amanda, c'est pas Atlantis mais... tu peux venir avec nous si tu veux... » offrit Rosanna.
Elle secoua la tête. C'était tentant. Très tentant, mais cette époque était révolue. Lointaine déjà.
« Des gens comptent sur moi ici. Ce que je fais est important. »
« On ne t'oblige pas à venir. On ne t'oblige à rien. On te demande juste ton aide, s'il te plaît. » supplia l'artiste.
Amanda détailla le jeune wraith. L'hologramme était remarquable, et pourtant, elle pouvait imaginer sa véritable apparence en dessous.
« OK. En souvenir du bon vieux temps. » capitula-t-elle.
« Merci, Amanda ! Merci ! » s'exclama Milena, avec sincérité.
« Et notre offre tient toujours. On peut aussi passer un message là-bas, si tu veux. » offrit Rosanna.
Elle secoua encore la tête. Un instant, les traits de Trel'kan et Râ'kan s'étaient imposés à elle. Elle n'avait plus repensé aux deux guerriers depuis longtemps. Ils lui manquaient encore, parfois. Avec eux, tout était simple. Sans prise de tête. Mais c'était longtemps auparavant. Inutile de réveiller de vieux souvenirs. Elle ne doutait pas qu'ils avaient continué leur vie de leur côté. Toujours soldats, quelle que soit la mission. Comme elle.
« Je veux bien vous aider, mais je suis en déploiement. Je ne peux pas quitter la zone... Je suppose que ce n'est pas un problème pour vous ? »
Milena pouffa.
« Non, aucun problème. »
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La maison était calme. Silencieuse. Tout était à sa place et pourtant, Markus sentit que quelque chose clochait.
Ilinka était en sécurité avec Rorkalym dans la chambre de ce dernier, et Rosanna était toujours dans le Jumper. Il n'avait pas à s'en faire pour eux.
Cette ferme était devenue son territoire. Son antre. Et il en connaissait chaque recoin, chaque relief et chaque détail. Inspirant, il huma l'air, laissant ses fentes respiratoires capter la moindre odeur, le plus petit relent. Quelqu'un était entré. Quelqu'un qui n'aurait pas dû se trouver là.
Prudemment, tous ses sens en alerte, il s'avança dans le couloir, la main proche de la dague qu'il portait dissimulée sous son manteau.
Le salon était vide, tout comme la cuisine, le garde-manger et toutes les autres pièces de l'habitation.
Mais la sensation persista. Cette certitude que des choses avaient bougé, subtilement.
Le verre à côté de l'évier, il aurait juré l'avoir vu un peu plus à gauche, et la porte du placard de l'étage était fermée. Elle ne l'était pas complètement à leur départ, il avait même intérieurement pesté contre sa douce humaine – qui tendait à oublier de la fermer à chaque fois qu'elle allait y prendre du linge. Sans pouvoir dire pourquoi exactement, il eut l'abominable certitude que l'intrus avait fouillé la chambre de sa fille. Pour y chercher quoi ? Pour y prendre quoi ? Ou pire, pour y mettre quoi ?
Avec un sifflement mauvais, il passa à l'atelier de sa compagne, chaotique comme toujours. Ici, impossible de dire si des choses avaient bougé ou pas. C'était le territoire de son humaine, pas le sien.
Dépité, il tendit son esprit vers cette dernière. Il aurait besoin de son aide pour fouiller la maison et découvrir ce qui c'était exactement passé.
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« Le repas est servi. » annonça Selk'ym en passant devant la chambre.
« Nous arrivons, père. » répondit Rory, prenant tout de même dix secondes pour finir de lui expliquer comment on pouvait prédire la courbe d'entrée dans l'atmosphère d'un satellite en fin de vie.
L'ancien moine leur avait préparé une superbe salade composée, agrémentée de légumes et de fleurs comestibles du potager, et de dés de poulet fumants.
« Ça a l'air super bon! Merci, Selk'ym. » remercia-t-elle en s'installant tandis qu'il la servait.
Une fois que chacun fut assis devant son assiette, et que l'hybride eut marmonné la prière de remerciement du jour, ils purent attaquer.
« Ils ont trouvé quelque chose ? » s'enquit-elle après sa première bouchée.
L'ancien moine haussa une épaule ignorante.
« S'ils ne trouvent rien ce soir... » murmura-t-elle, inquiète.
« S'il y a quelque chose à trouver, ils trouveront. » la rassura Selk'ym. « Et si pour cela il leur faut plus que la soirée, Rorkalym sera ravi de dormir sur le canapé et de te laisser son lit. »
Bien que n'ayant pas été consulté au préalable, l'intéressé opina.
« Je peux dormir moi sur le canapé. Ça ne me dérange pas. » répondit-elle, mal à l'aise de voler son lit à son ami.
Le père et le fils lui jetèrent un double regard défiant, qui la fit aussitôt se rétracter.
« C'est vraiment très gentil à vous deux, mais il n'y a pas besoin... »
« Tu es ici comme chez toi. Alors mange et ne fais pas d'histoire. » la sermonna Selk'ym.
Elle opina, piteuse, et se concentra sur son plat.
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Sa mère l'avait laissé seul, pour aller aider à la fouille de la ferme. Il aurait pu rejoindre ses amis au rez-de-chaussé, mais il ne l'avait pas fait.
Même s'ils s'étaient expliqué, les choses n'étaient pas redevenues comme avant. Il soupçonnait qu'elles ne le redeviendraient jamais.
Faute de mieux, il préférait pour l'instant mettre un peu de distance. Rory veillait sur Lili, et lui avait du temps pour penser.
C'était une chose qu'il avait réalisée, malheureusement trop tard. Il ne pouvait pas aider Ilinka à accepter cette réalité qui la terrifiait, si lui-même ne l'appréhendait pas au mieux.
Comme lui expliquer que fondamentalement, il était toujours le même, alors qu'il n'en était pas lui-même certain ?
Comment lui jurer qu'il était inoffensif, alors qu'il l'ignorait complètement ? C'était aussi stupide que de promettre à quelqu'un qu'un chien dont on ignore tout est très gentil.
Debout devant le miroir de la salle de bain, la douche qu'il comptait initialement prendre oubliée, il se concentra une fois de plus pour faire jaillir les crochets dans sa paume.
« La droite pour tuer, la gauche pour sauver. » marmonna-t-il, contemplant la petite corolle dorée s'épandre au creux d'une paume, puis de l'autre.
Du doigt, il effleura les tentacules, qui comme doués d'une vie propre, tentèrent de s'accrocher à sa peau. Cet organe qu'il sentait pousser depuis des mois, qui l'avait tant dérangé, lui semblait à présent presque étranger.
La sensation désagréable avait laissé place à autre chose. Une sorte de sensibilité abstraite.
Le schiitar fermé, c'est à peine si sa paume était plus sensible qu'auparavant, mais ouvert... le moindre effleurement était étourdissant. Une sensation puissante, mais qu'il peinait à localiser ou détailler. Quelque chose qui tenait autant de l'extase que de l'inconfort. Plaisir autant que douleur.
C'était fascinant et terriblement agaçant. Comme une croûte qu'on ne peut s'empêcher de tripoter.
Inspirant à fond, il se recentra et força les organes nourriciers à se refermer.
Un jour, son frère lui avait expliqué que les wraiths ne s'embrassaient pas. Que ce n'était pas dans leur culture, et qu'un des gestes les plus intimes et les plus tendres qu'ils pratiquent était de se tenir la main. Alors, il avait trouvé ça ridicule, mais à présent, il envisageait les choses un peu différemment.
« La droite pour tuer, la gauche pour sauver. » marmonna-t-il, répétant l'exercice.
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« J'ai trouvé quelque chose ! » hurla Milena depuis la cuisine.
Ils la trouvèrent perchée sur le plan de travail, la spatule qu'elle avait utilisée pour déloger le mouchard des lattes du plafond toujours à la main.
La caméra était minuscule. Du matériel de professionnel. Si Markus n'avait pas réalisé que quelqu'un s'était introduit chez eux, elle aurait pu rester là très longtemps. Rosanna frissonna à cette perspective.
« Bien joué. Continuez à chercher, je préviens Schmidt. »
Markus siffla.
« Pourquoi faire ? Tu connais le coupable aussi bien que moi ! Je vais l'étriper ! » gronda-t-il par le Lien.
« Oui, je sais. Et justement, c'est bien tout le problème. On ne sait pas où vont les images, on ne sait même pas combien il y a de mouchards. Tuer ce fouineur ne réglera aucun de ces deux problèmes. On a besoin d'aide. »
« Tu n'a rien dit à propos de ne pas le tuer... » nota-t-il, avec un certain entrain.
« Non, en effet. Mais je suppose qu'il vaut mieux le laisser vivant le temps d'être certains qu'il n'a pas d'informations essentielles à nous communiquer... »
Avec un grondement mauvais, il approuva, se remettant à chercher des mouchards.
Elle sortit pour téléphoner.
Autant en profiter pour aller informer Selk'ym et les jeunes de ce qu'il se passait. Ils devaient s'inquiéter, à attendre sans rien savoir.
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Rosanna était venue leur expliquer qu'ils avaient trouvé une caméra cachée dans le plafond de la cuisine, qu'il y en avait probablement d'autres dissimulées, et que même s'il était peu probable qu'elles soient là depuis plus de quelques heures, mieux valait être prudent.
Elle s'était voulue rassurante et avait déclaré qu'il y avait peu de chances qu'il y en ait chez Rory ou Zen, mais qu'il valait mieux que ce dernier garde son collier jusqu'à nouvel avis.
Elle était repartie en ajoutant que le brigadier Schmidt avait été appelé en renfort, et qu'elle les tiendrait au courant quand il y aurait du nouveau.
Ledit nouveau était arrivé avant que sa mère n'ait eu le temps de revenir les informer, eut-elle été mise au courant au préalable.
Un transport militaire bâché s'était arrêté en crissant dans la cour, et un officier escorté de deux soldats avait sonné à la porte.
Selk'ym lui avait ouvert sans histoire et l'homme lui avait tendu un feuillet que l'ancien moine lut avec attention.
« Un instant, messieurs. » répondit-il en refermant la porte avant de se tourner vers eux. « Par mesure de sécurité, nous allons être déplacés vers un site sécurisé. Prenez de quoi passer la nuit, et laissez vos téléphones et tout moyen de vous localiser ici. » déclara-t-il.
Une boule d'angoisse l'étouffa. Elle la fit passer en se raclant la gorge.
« Toutes mes affaires sont à la maison. » nota-t-elle d'une voix blanche.
Selk'ym ne réfléchit qu'un instant.
« Ne t'en fais pas. Rorkalym peut te prêter un pantalon et un t-shirt pour la nuit. Ce sera un peu grand, mais ça fera l'affaire. Et pour le reste, on a assez de réserve. »
Elle opina, trop effrayée par la brusque tournure des événements pour oser objecter.
« Allez-y, dépêchez-vous, je vais prévenir Zen'kan. » les sermonna-t-il, voyant qu'ils ne bougeaient pas.
« Viens. » l'encouragea doucement Rory, la poussant vers sa chambre.
Plus pour l'occuper qu'autre chose, il lui confia un sac à dos, la chargeant d'y ranger ce qu'il lui passait. Un rechange pour lui, sa brosse à cheveux avec quelques élastiques enroulés autour du manche, deux romans, pour s'occuper dans ce qui s'annonçait une longue attente, un jeu de cartes et une version miniature de la bataille navale, un de ses livres de cours avec cahier et stylo assortis, deux petits linges (des fois qu'ils aient accès à une douche), une savonnette, du dentifrice, sa brosse à dents, plus une neuve pour elle. Puis, alignant les vêtements qu'il avait sélectionnés, il lui proposa de choisir ce qu'elle voulait en guise de pyjama.
Rory avait eu la délicatesse de ne lui offrir que des shorts, bermudas ou pantalons resserrés à la base, ce qui lui permettrait de se déplacer sans risquer de marcher sur l'ourlet de vêtements beaucoup trop longs pour elle.
Elle choisit un short – court sur Rory, au genou sur elle – orange fané, et un t-shirt avec un joli motif balinais dessus. Ce dernier était si long qu'elle pouvait parfaitement le porter seul, comme une robe courte, ce qui l'arrangeait. Et le motif coloré lui rappelait de beaux souvenirs réconfortants, ce dont elle avait bien besoin en cet instant.
Le sac rempli, Rory s'assura qu'elle laissait bien son téléphone sur la table de la cuisine en compagnie du sien, puis ils sortirent attendre, en compagnie des soldats, un Zen'kan qui ne tarda pas à descendre, son sac jeté sur l'épaule.
Deux minutes plus tard, Selk'ym les rejoignait également, ses affaires proprement rangées dans une vieille besace usée.
Les soldats les aidèrent à grimper dans le camion qui démarra, faisant demi-tour en crissant sur le gravier de l'allée, alors qu'ils se retrouvaient dans la relative obscurité de la bâche aveugle.
« On ne récupère pas mes parents et Milena ? » s'enquit-elle alors qu'ils quittaient la petite route de campagne pour rejoindre la cantonale traversant le village.
L'officier hocha la tête de gauche à droite avec un petit sourire désolé.
« Nos ordres sont juste de vous évacuer vous, mademoiselle. Mme Giacometti et vos parents vont être pris en charge par une autre unité. »
« Et on va où ? » demanda Zen'kan.
« Sur un site sécurisé, jusqu'à ce que l'on puisse à nouveau garantir votre sécurité. »
« OK, mais il est où ce site ? »
L'homme eut un petit rictus neutre.
Le silence retomba.
Ils roulèrent longtemps, Selk'ym et Rory s'efforçant d'alléger l'ambiance en faisant quelques tentatives de conversation, mais le cœur n'y était pas.
Enfin, le camion prit un dernier tournant, et le moteur se coupa. Un des soldats releva la bâche, découvrant un parking souterrain inconnu, puis sauta agilement et les aida à descendre.
L'officier les conduisit ensuite dans une longue suite de couloirs de béton sentant vaguement l'humidité, jusqu'à une porte d'acier gardée par deux autres soldats, qui s'écartèrent, les laissant découvrir une parodie d'appartement aménagée dans une courte succession de caves voûtées.
Dans la première pièce, un canapé-lit, deux fauteuils, une petite table avec des chaises, une pseudo-kitchenette et une télévision formaient tout l'ameublement. Quelques posters encadrés d'avions et autres engins militaires, tous vaguement ondulés par l'humidité ambiante, décoraient les murs.
Une seconde pièce, beaucoup plus petite, accueillait un lit à étage, un petit bureau et une penderie. Ici les posters représentaient des chevaux montés par des hommes en uniforme.
Deux portes s'ouvraient dans cette salle, la première menant à une salle de bain clinique et vieillotte, et la seconde à une autre chambre, meublée pareillement, mais aux posters dépeignant des unités motardes de différentes époques.
« Les garçons, vous prenez cette chambre, je prends celle du fond avec Ilinka. » statua Selk'ym.
« Mais... ! » tenta de protester Zen'kan.
Le regard de l'hybride le fit taire instantanément.
Ils eurent vite fait de poser leurs affaires sur leurs lits respectifs et, le jeu de cartes en main, revinrent s'installer au « salon » pour ce qui s'annonçait une fort longue attente.
