Stiles ne ressentait pas d'attirance particulière envers Newt. Il n'avait pas non plus envie de construire quelque chose avec lui, d'autant plus qu'il ne le connaissait pas depuis longtemps.

Et pourtant, se retrouver sur le même « lit », sous la même couverture, leurs deux corps pressés l'un contre l'autre… C'était rassurant. Agréable. Il aimait ça. Il en avait besoin. Stiles était un être qui adorait les contacts physiques. Alors se retrouver étreint… Oui, il était carrément d'accord. Mais, pour mettre Newt plus à l'aise, il le laissa poser sa tête sur son torse. Puis il lui caressa les cheveux d'un geste machinal, mécanique.

Il ne se passa rien. Aucun mot ne fut échangé. Stiles en avait gros sur le cœur, mais il préférait garder le silence et Newt… Il écoutait ce silence.

Les jours d'après, le même scénario se répéta et chaque fois, leur proximité se fit un peu plus grande. Stiles fit un effort pour être de meilleure compagnie même si le cœur n'y était pas tandis que Newt fit de son mieux pour rester éveillé davantage et lui parler un peu plus. Essayer de réduire l'importance de cette solitude qui rongeait Stiles malgré tout. Ils apprirent à se connaître un peu plus, discutant de leurs amis, de leurs amours, des gens qui faisaient encore battre leur cœur. Chacun évoqua également ce sentiment pesant d'être seul. D'avoir de la compagnie, mais d'être seul. Ainsi, Newt attira un peu plus souvent Stiles sur le lit et Stiles le rejoignit chaque fois avec un air un peu plus pressé.

Si l'hyperactif continua de sortir la journée, il revenait chaque fois épuisé avec quelques victuailles dans son sac de temps en temps. Depuis le jour où il avait cru basculer dans la folie, Stiles n'était pas retourné dans cet immeuble si… Banal. Il avait peur de revoir ce miroir, peur de ce qu'il pourrait voir au lieu de son reflet.

Peur de devenir définitivement fou. Ou de l'être déjà, mais d'en avoir la preuve seulement à ce moment précis.

Un soir, Stiles rentra au Q.G, avec bien peu de choses. Une seule boîte de conserve et une petite bouteille d'eau. Mais il fut alerté par des bruits auxquels il n'était pas habitué ici. Lorsqu'il pénétra dans la pièce principale, il se figea. Avant de laisser son sac tomber au sol et de se précipiter vers Newt.

Newt, qu'il surprenait à pleurer pour la première fois. Newt, qui lui avoua le faire régulièrement depuis son arrivée dans ce monde. Newt, qu'il n'avait peut-être jamais vu aussi vulnérable qu'à cet instant.

Newt, qui lui confia trop facilement la raison de son mal-être.

- Tu es son portrait craché, mais tu n'es pas lui et… Et ça me tue d'avoir son clone aussi près de moi. Ça me tue de savoir que je ne pourrai jamais l'aimer comme il le mérite et comme je l'aimerais…

Newt avait fait un effort pour tout débiter rapidement sans être chaque fois coupé par ses propres pleurs, tout comme il avait essayé d'articuler ces mots au mieux. Ceux qu'il rêvait de sortir depuis un moment, juste pour se libérer. Pour se donner l'impression que le poids dans sa poitrine diminuait. Pour se faire du bien, au moins un instant.

Il lui avoua combien voir ce visage tant aimé le torturait. Combien il rêvait d'embrasser Thomas. De le revoir, juste une fois. Il allait bientôt mourir, il le savait. Mourir… Une deuxième fois. Sans jamais revoir celui qu'il savait être l'amour de sa vie. Alors oui, Stiles avait le malheur d'être le portrait craché de Thomas. De n'être différent de lui qu'à l'intérieur. Si Newt faisait de son mieux pour tenir depuis qu'il l'avait trouvé, il avait fini par craquer.

Stiles le serra dans ses bras. Fort. En essayant de ne pas lui faire mal. Ce serait mentir que de dire qu'il ne souffrait pas, lui non plus. Parce que oui, il avait mal de le voir ainsi. Mal de se rendre compte que dans le fond… Il ressentait à peu près la même chose. La seule différence, c'est qu'il s'était concentré sur son hypothétique folie naissance, mettant ses misérables sentiments pour Derek de côté. Newt lui faisait toujours atrocement penser à lui et… Il ne se reprenait ce fait en pleine face qu'à cet instant, les larmes de son « ami » lui ouvrant les yeux sur ce qu'il avait momentanément oublié pour survivre.

Et son cœur en prit un coup au point qu'il se sentit doucement dérailler. Vriller. Une envie le prit. Une envie malsaine. Stiles obligea doucement Newt à lever la tête. La douleur rencontra la folie. Stiles parla, mais n'entendit pas ses propres mots. Ses sens ne fonctionnaient plus vraiment en cet instant tant il était aveuglé par ce qu'il avait en tête et qui risquait de lui faire autant de bien qu'achever de le détruire.

Mais il vit Newt, désespéré et à bout, hocher la tête sans cesser de pleurer. Alors, sans réfléchir, il fonça. Prit son visage en coupe et écrasa ses lèvres sur les siennes. Newt, même affaibli, se pressa contre lui et entoura son cou de ses bras tandis que Stiles descendait ses mains, qu'il cala en bas de son dos. Les yeux fermés, il donna autant qu'il reçut. Accueillit son désespoir avec celui de Newt, profita de cette affection dont ils avaient tous les deux si terriblement besoin. Le laissa le caresser, l'embrasser à en perdre haleine, avec une intensité telle que Stiles savait qu'ils étaient tous les deux foutus. Alors, il fit de même. Imagina Derek, à sa place. S'acharna sur ces lèvres qui refusaient de se séparer des siennes. Ces lèvres qui avaient faim. Faim de lui. De celui qu'il n'était pas. Qu'il ne serait jamais. Il avait le malheur d'avoir le même visage que Thomas et Newt, le regard et l'attitude de Derek. Sauf en cet instant. En cet instant, il ne lui ressemblait plus du tout. En cela, les deux jeunes hommes étaient pareils. Deux humains désespérés, conscients de leur mort prochaine et souffrant tous deux de ne pouvoir revoir ceux qu'ils aimaient du plus profond de leur cœur. Si c'était clair pour Newt depuis le départ, Stiles ne s'en rendait compte qu'en cet instant. Ses sentiments pour Derek étaient devenus plus forts, plus puissants. Ils s'étaient développés et le contrôlaient, comme un champignon dirigeant son hôte.

Stiles allongea Newt, sans aucune douceur, sur l'espèce de couchette qui leur servait toujours autant de lit. Il ne cessa pas de l'embrasser et le sentit passer ses mains sous ses vêtements. A l'intérieur de l'hyperactif, ses instincts tiraient la sonnette d'alarme, mais il refusait de les écouter. Il avait besoin d'affection, de contacts, de… De se torturer avec l'image de celui qu'il ne verrait plus jamais qu'au travers de ses songes ou des visions de sa folie.

Alors, il redoubla d'ardeur dans ce qu'il donna à Newt, parce qu'il savait qu'il avait besoin de tout ça avec autant de force que lui. Et ce fut réciproque. Son ventre se retrouva parcouru par mille et une sensations différentes. Des sensations qu'il n'avait pas ressenties depuis si longtemps qu'il en eut presque mal et embrassa Newt avec une passion et un désespoir sans précédents tandis que son partenaire le décoiffait tout en caressant sa peau sous son haut poisseux et sale. De toute façon, rien autour d'eux n'était propre. Ils baignaient dans la crasse et la saleté mais en cet instant, ils n'en avaient pas grand-chose à faire.

Dans ce petit appartement exigu, on entendit des râles, des soupirs. Des tissus qui se frottaient. Des bruits de succion. Les deux jeunes hommes se faisaient du bien, mais cela ne dépassa jamais le stade des caresses. De même, il n'y eut rien de sexuel. Juste une tendresse ardente et une passion désespérée. De l'affection, parce qu'ils en manquaient tous deux cruellement. Parce qu'ils en avaient besoin pour tenir encore un peu dans ce monde pourri.

Newt, malgré sa faiblesse, fit basculer Stiles pour se retrouver au-dessus de lui. Il s'appuya sur ses coudes et le dévora du regard un instant. Il avait les yeux rougis à cause de son chagrin et le teint pâle, les joues creusées. Il avait l'air de quelqu'un qui avait vu sa vie s'effondrer et c'était le cas. Il n'avait plus rien, plus personne. Juste Stiles, parce qu'il était là. Parce qu'il ressemblait à Thomas. Pire que ça : ils avaient exactement le même visage.

Et ça lui donna l'envie malsaine de l'embrasser à nouveau.

Stiles qui, lui, n'avait pas pleuré, pas encore. Il était encore un peu sonné par tout ça, par… Sa propre proposition, ses propres gestes. Mais ses joues étaient creuses, elles aussi. Peut-être un peu plus que Newt, parce qu'il avait commencé à se priver davantage, pour lui permettre de se remplumer, lui. Ses lèvres, rougies par leur échange des plus tumultueux, furent un appel clair à la passion. Mais Newt attendit, prit le temps de le regarder d'un œil nouveau, tant qu'il lui en restait la force. Un œil nouveau, un œil qui appréciait ce visage, ces mains, posées sur ses hanches. Et ce regard. Ambré, fluctuant, dans l'attente. Il savait que Stiles n'était pas Thomas, qu'il ne le serait jamais.

Mais Stiles lui avait donné le droit d'oublier. Le droit de faire ce qu'il n'aurait jamais l'occasion de réaliser plus tard. De toute façon, Newt n'en avait plus pour très longtemps et ils le savaient tous les deux. Alors à bas les sentiments, tant pis. A bas la décence, les convenances. A bas le raisonnable. Seul comptait l'instant présent.

Dans ce monde de merde, les deux jeunes hommes s'accordaient mutuellement le droit de ressentir encore quelque chose de bien. De se faire plaisir, dans un sens. De se toucher, tout en sachant que leurs deux cœurs étaient déjà pris. Mais il y avait entre eux cet attachement particulier, celui que l'on considérait comme le dernier.

Newt se pencha, doucement, le cœur battant. Son nez effleura celui de Stiles, qui ferma fortement les yeux et resserra la poigne de ses mains sur ses hanches. Le blond sentait sa respiration fébrile percuter sa peau et il frissonna. Au milieu de toute cette saleté, Stiles trouvait le moyen de sentir bon, de… D'être agréable à tous les niveaux. Ses cheveux un peu trop longs s'en allèrent chatouiller la peau sensible et parsemée de grains de beauté de son vis-à-vis, qui lâcha un soupir faible, une supplique silencieuse.

- Embrasse-moi encore, finit par murmurer douloureusement Stiles, déjà torturé par le manque.

Deux lèvres désormais connues se collèrent contre les siennes et reprirent leur ballet là où elles l'avaient arrêté.

Ce fut à ce moment-là que Stiles craqua. Pleura, sans faire cesser cet échange dont il avait terriblement besoin. Il étreignit Newt comme si sa vie en dépendait, toujours en faisant attention à ne pas lui faire mal, ne pas trop titiller sa blessure. D'une main, il explora ce corps contre le sien avec la même frénésie que l'avait fait le blond un instant plus tôt. La laissa courir et attraper l'une de ses fesses. Perçut le râle presque primitif que poussa Newt, dans un souffle.

Et le laissa approfondir le baiser à sa guise sans jamais le lâcher. Il aurait aimé étreindre Derek de cette manière. L'embrasser, aussi. Lui transmettre cette passion qu'il avait en lui, toujours brûlante, toujours présente. Garder son sentiment d'urgence pour lui. Ne pas être en train de déshabiller Newt, mais s'occuper de lui. De Derek, son Sourwolf. Ne pas laisser le blond le délester de ses propres vêtements avec les difficultés inhérentes à son état. Il devrait d'ailleurs lui dire que ce n'était pas bien, qu'il valait mieux qu'il se repose car se dépenser n'était pas une bonne chose dans son état.

Et pourtant, Stiles était horriblement d'accord avec Newt, avec la lueur de désir dans son regard. Finalement, ils voulaient continuer, tous les deux. Déraper, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire dans cette situation… Une situation qu'ils subissaient autant l'un que l'autre. Alors, le cerveau et la raison de Stiles s'éteignirent, laissèrent place à cette passion lentement transformée en fièvre. Il échangea leur position et ancra son regard dans celui de son vis-à-vis avant de fondre à nouveau sur ses lèvres malmenées et de rabattre la couverture sur eux.