Thomas devait avouer que l'idée de Derek lui plaisait beaucoup. Simple au possible, elle lui mettait tout de même du baume au cœur. Disons que depuis son arrivée dans ce monde étrange mais paisible, Thomas n'avait rien fait d'autre que rester à l'intérieur du loft de Derek. Pour être honnête, il n'en avait pas réellement éprouvé le besoin d'autant plus… Que la peur de l'inconnu l'avait poussé à se satisfaire de la sécurité que cet appartement lui apportait. Il avait pourtant l'âme curieuse, celle de l'explorateur parfois un peu fou… Mais pas cette fois.
Pourtant, il avait accueilli la proposition de son hôte à bras ouverts… Et sans se méfier outre mesure. Derek, il le comprenait et… A force de le côtoyer, de vivre avec lui au sens littéral du terme, il commençait à définitivement bien cerner son personnage. Leur nombre de points communs était ahurissant et ne cessait de croître au fur et à mesure qu'ils apprenaient à se connaître. Car Thomas voyait en Derek ce même malaise qui l'habitait lui : un malaise commun, cette difficulté à se montrer à l'aise socialement, paradoxalement couplée à un besoin de faire des efforts malgré tout. Et Thomas ne pouvait pas dire que Derek n'en faisait pas, bien au contraire. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle il essayait de s'ouvrir un peu de son côté, histoire d'essayer de lui faciliter la tâche. Si la situation ne plaisait fondamentalement à aucun des deux jeunes hommes, autant réaliser des efforts communs pour la rendre plus supportable, le temps que tout revienne à la normale pour l'un et pour l'autre.
Que chacun retrouve sa place.
Honnêtement, Thomas respirait de se retrouver enfin dehors, à l'air libre tout en sachant… Qu'il n'avait pas à se faire discret, qu'il pouvait marcher sans retenir ses pas, sans chercher à rendre sa respiration la plus silencieuse possible. C'était ce qu'il avait commencé à vivre sur l'île, celle sur laquelle il avait commencé à s'installer avec ses amis, les quelques survivants de son monde en ruines… Mais là, c'était différent. Tout était plus grand, plus tranquille, plus… Doux. Et Derek lui avait promis qu'il n'avait rien à craindre, qu'aucune créature anciennement humaine et à moitié décomposée ne surgirait des buissons. Thomas le croyait puisque, de toute façon, c'était ensemble qu'ils allaient se balader. De toute façon, depuis son arrivée au loft… Il avait passé un temps monstrueux à regarder ici et là, à travers les fenêtres et autres grandes baies vitrées. Jamais, jamais il n'avait vu l'ombre d'un fondu.
Autant dire que c'est parfaitement détendu que Thomas effectua ses premiers pas dans cette forêt qu'il ne connaissait que de nom. Derek lui en avait bien sûr régulièrement parlé avant qu'ils finissent par décider de la mettre en application. Et le voilà dehors.
La sensation lui était étrange. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas marché librement, sans réel but, dans un endroit aussi verdoyant et dépourvu de tout danger. L'avait-il seulement déjà fait un jour ? Il n'en était même pas certain tant sa vie avait été catastrophique et remplie de trous. Si Thomas savait d'où il venait, certains de ses souvenirs restaient flous. La restriction de mémoire qu'on lui avait imposée avait eu certains effets secondaires… Et Thomas était certain que quelques trous resteraient à jamais. Sa mémoire avait été endommagée. Était-ce si grave que cela ? Il se souvenait de l'essentiel. Ce qu'il considérait comme sa vie, c'était celle qu'il avait fini par se construire, avec ses amis. Loin de tout contrôle, en dehors de toute manipulation.
- Si tu as froid, tu n'auras qu'à prendre le manteau que tu as laissé dans la voiture, fit Derek au bout d'un moment. Tu as toujours mes clés ?
Thomas tâta instantanément la poche de son pantalon et hocha la tête. Il trouvait l'idée de lui avoir confié les clés de sa voiture un peu étrange, mais… Il l'avait acceptée. Sans doute l'homme avait-il voulu lui prouver une énième fois sa confiance en lui laissant cet objet. Ainsi, Thomas n'avait pas seulement la possibilité de récupérer son manteau s'il souffrait de la brise fraîche : il avait le pouvoir de partir quand bon lui semblait, ce qui mettait en quelque sorte Derek dans une position de faiblesse certaine. Et Thomas l'imaginait mal faire cela avec n'importe qui. En fait, il ne le pensait même pas du genre à lui proposer… Une balade en forêt. Une simple balade en forêt. Bien sûr, il avait été transparent avec lui : en plus de lui permettre de s'aérer un peu, peut-être qu'y faire un tour l'aiderait à retrouver certains souvenirs. Thomas n'y croyait pas trop mais avait toutefois décidé de se prêter au jeu.
En tous les cas, si rien ne lui vint au départ, il apprécia. Oui, il apprécia sincèrement tout ce qu'il sentait, voyait, ressentait : la sensation de liberté qu'il éprouva était purement grisante, tant et si bien qu'il résista à l'envie de se mettre à courir dans une direction complètement aléatoire, simplement guidé par les chemins déjà tracés par des pas humains… Et encore, il pouvait s'en affranchir. Aucune barrière ne l'empêcherait d'aller où il voulait. Alors, il ne fit rien d'autre que profiter, les épaules allégées par le temps radieux qui l'empêcha de penser davantage à ce qui avait tendance à le rendre malade. Cette parenthèse, il en avait besoin, ne serait-ce que pour préserver un minimum sa santé mentale. Stiles, il ne l'oubliait pas – il ne l'oublierait jamais. Il était cependant obligé d'avouer que laisser son attention s'attarder sur tout autre chose que son malheur, leurs vies échangées lui faisait un bien fou. S'il voulait trouver une solution, il ne devait pas perdre la tête, ne pas céder à la folie qu'il savait toujours très proche – Thomas ne comptait plus le nombre de fois où il avait manqué de le faire. Tout n'était qu'une question d'équilibre… Qu'il maintenait péniblement. Quoiqu'ici, c'était plus facile. Il n'avait pas grand-chose à gérer et passait son temps à manger, s'entretenir, dormir… Et parfois, il lisait un peu. Ce qui lui faisait tout drôle d'ailleurs, parce qu'il s'était rendu compte qu'il avait rarement le temps de se poser pour faire une activité de ce type, dans son monde, tout comme trouver un livre en bon état relevait du miracle.
Thomas se laissa bercer avec un plaisir inouï par le bruit des feuillages très légèrement malmenés par cette petite brise fraîche qui, parfois, gagnait en force et en intensité avant de redevenir douce. Tout dans cette forêt transpirait… Le calme et la tranquillité. Cette ambiance, il en avait tellement peu l'habitude qu'il lui trouva quelque chose… De magique.
- Tu vas me prendre pour un dingue, finit-il par articuler au bout d'un moment, mais j'ai si peu l'habitude de me trouver dans un endroit aussi calme… Que j'ai l'impression que ce n'est pas normal, que ça a quelque chose de surnaturel.
Derek lui jeta un coup d'œil, que Thomas ne réussit pas à déchiffrer. L'homme à l'éternelle barbe de trois jours marchait à côté de lui en suivant son rythme.
- Je ne vois pas pourquoi je te prendrais pour un fou dans la mesure où je sais que tes mots ont du sens, lâcha Derek après quelques secondes de flottement.
Thomas ne vit pas vraiment où il voulait en venir, mais il accepta le fait que Derek ne se moque pas de lui ou ne cherche pas à invalider son ressenti.
- Ils sont même très justes, continua l'homme qui laissait son regard se perdre dans la végétation de plus en plus épaisse. Cette forêt a effectivement quelque chose de surnaturel puisqu'elle abrite toujours la balise qui t'a permis d'arriver jusqu'ici.
