Boya avait été dubitatif au départ. L'orphelinat était son idée. Plus un rêve mesquin et revanchard pour embêter JingYun qu'un but véritable.
Il en avait parlé comme ça, comme il avait parlé de centaines de choses avec Luo Lin. Le jeune démon était une merveille de majordome / assistant / nounou / comptable. Son seul défaut était qu'il peinait à trouver le manche d'une épée, même avec un plan. Heureusement, ce n'était pas pour ça qu'il avait été embauché mais pour gérer les possessions d'Anbei Furen. Il s'acquittait de son rôle avec une incroyable réussite. Au point de lancer des initiatives sur les demandes lancées dans le vent par Boya.
Ce qui avait conduit à la création de cet orphelinat.
Boya avait été un peu effaré d'apprendre son existence, que les gosses étaient envoyés au yin yang, puis que plus d'une centaine de mômes avaient été ramassés pour l'instant.
Pire, la rumeur avait couru en ville. Des parents n'hésitaient plus à confier leurs enfants à "problèmes" aux démons qui s'occupaient des gamins. Si une partie des petits étaient des filles qui étaient des bouches en trop à nourrir ou des garçons simplement pas prévus, même s'ils n'auraient pas leur place comme disciples du yin yang, le nord était toujours avide de mains pour cultiver la terre, fabriquer des trucs ou simplement aider les autres à survivre. Ceux qui n'avaient pas le talent naturel pour devenir des disciples auraient une vie dure mais aussi épanouissante que possible dans la neige et de toute façon meilleure que putain dans une maison de passe ou voleur dans les rues de la Capitale. Même si ce n'était pas grand-chose, les enfants sans aucune chance de devenir autre chose que des adultes médiocres avaient une chance d'avoir une vie à eux. C'était plus que bien des mômes surnuméraires jetés dehors par leurs familles.
Pour les autres, c'était un sauvetage de la boucherie qu'était JingYun et dont Boya n'avait jamais réalisé la monstruosité avant d'en avoir été sauvé lui-même.
Boya avait été surpris par la reconnaissance des quelques démons embauchés par Luo Lin pour la gestion de l'orphelinat. Ils étaient faibles mais auraient survécu sans grand problème à la Capitale du Nord. Leur vie ne devait pas y être facile, mais c'était la leur. Vivre dans la Capitale Impériale était à la fois plus facile parce que les humains étaient moins dangereux que d'autres démons, mais plus difficile parce que JingYun et ses chasseurs. Alors pourquoi le remercier de les mettre en danger ? Parce qu'ils pouvaient se nourrir aisément ici. Ils n'avaient même pas besoin de chasser. Ils pouvaient se nourrir des énergies ambiantes sans même forcer. Avec en prime autant de gosses dans les pattes, c'était un banquet permanent sans aucun risque aussi bien pour les démons que leurs "victimes". Ils étaient trop faibles pour que leur repas aient le moindre impact sur autant de monde à la fois.
Dès que Boya s'était présenté aux enfants comme "Anbei Furen", les gamins avaient timidement salués en se prosternant le front par terre. Les démons qui les babysittaient leur avait bien fait la leçon. Ils étaient là grâce à Anbei Furen. Ils auraient de nouvelles familles grâce à sa générosité.
Boya n'avait pas eu le cœur de leur dire que c'était un peu plus complexe, et aléatoire, que ça.
Puis les gosses s'étaient jetés dans ses jambes pour le remercier par de longs câlins avant de se récrier. Anbei Furen était aveugle ? Ils avaient été tristes pour lui. L'idée de vivre sans ses yeux leur était intolérable. Parce qu'ils savaient que c'était dur ! Ils avaient un copain qui avait perdu la vue lorsqu'un marchand lui avait jeté de l'huile bouillante au visage quand le gamin avait tenté de lui dérober un simple bao. Le petit était encore dans l'aile du bâtiment qui servait d'infirmerie.
Que Boya décide sur un coup de tête que le gosse deviendrait son disciple dès qu'il aurait appris les bases au Yin yang n'étonna absolument personne.
Ils avaient bu du thé et mangés des gâteaux tous ensembles.
L'incertitude de Boya devant tout le projet avait rapidement disparu. Les gosses étaient heureux. Ils se remplumaient, ils seraient de bons disciples pour le Yin Yang. Le Nord avait besoin de monde pour se développer.
Ils étaient sorti dans la petite cours pas encore totalement transformée en jardin pour jouer. Lorsque le voile de Boya lui avait été arraché, personne n'avait été particulièrement surpris. Boya l'aurait bien laissé par terre, mais Weilan l'avait forcé à se le remettre sur le museau, à sa grande irritation.
Ils avaient continués quelques minutes puis….des bruits de chute, des cris, des hurlements, le bruit d'armes qui sortent de leur fourreau, un portail qui s'ouvre…
"- BOYA !"
On l'avait jeté à terre puis des cris encore, quelqu'un qui restait sur lui et tout était finit.
"- Anbei Furen !"
On arracha de lui le corps qui le protégeait. Weilan passa ses mains partout sur lui pour s'assurer qu'il n'avait rien.
Boya battit stupidement des paupières. Tout avait été si vite ! Il était tellement détendu et rassuré par la présence de ses hommes qu'il n'avait même pas fait l'effort d'ouvrir son troisième œil ni même sa "vision" pour rester avec les enfants. Et voilà que…
"- Qu'est ce qui s'est passé ?"
"- Il va bien ?" Cette voix…
"- He Shouyue ?"
"- Boya, vous allez bien." L'angoisse dans la voix du jeune homme perturba Boya davantage que ce qu'il voyait maintenant devant lui.
Une demi-douzaine de cadavres sur le sol, des humains tenus en respect par ses soldats à l'écart et He Shouyue avec son… HO PAR LES ABYSSES ET LES TESTICULES FRIPPES DE L'EMPEREUR ! C'ETAIT QUOI CE SERPENT D'UN LI DE LONG ?
"- He… He Shouyue ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? Qu'est ce qui s'est passé ?"
Ses soldats fixaient le jeune homme avec un mélange de dégout et de mépris.
"- Boya ? C'est bien toi ?"
"- … Han ?" Son ainé était encore en vie ?
"- Ouai. Je suis avec Jin et Tai."
Les trois disciples avaient presque la quarantaine. Ils étaient parmi les très rares maitres du clan Yuan à avoir survécus à la purge, uniquement parce qu'ils ne les avaient pas accompagnés à la mort. Ils étaient tous à l'Infirmerie à ce moment là.
"- Qu'est ce qui se passe ?"
Malgré l'angoisse, Sha ShengShi avait pris les choses en main.
"- Boya-Di, rentrez à l'intérieur avec vos frères et… lui. Je m'occupe des cadavres."
"- Ce sont des membres d'un autre clan de JingYun, Boya. Comme nous ils t'ont reconnu."
"- Vous pensez que l'un d'eux a eu le temps d'envoyer un rapport ?"
"- Ils ne sont que cinq." Donc un avait dû filer pour JingYun."
Les soldats de Boya s'étaient renfrognés. Il était trop tard pour lui courir après.
"- On va renter."
"- NON ! Les enfants, l'orphelinat. On ne peut pas les abandonner!"
"- Anbei Furen…"
"- Quoi ? Vous me prenez pour qui ? Une fleur délicate et incapable ?" Boya ferma la bouche de ses hommes d'un claquement de la langue. "Suffit. Nous avons autre chose à faire."
Sha ShengShi avait déjà embarqué les cadavres avec l'aide de plusieurs soldats. Ils en disposeraient dans les égouts. Boya n'avait pas la moindre pitié pour ceux qui étaient encore quelque part ses frères mais surtout ses ennemis.
Le reste des soldats se préparaient à maintenir un siège. Ils auraient pu contacter le Domaine s'ils n'avaient craint de voir débarquer le Seigneur Anbei lui-même qui serait probablement partit au quart de tour dans une guerre d'extermination de JingYun et peut-être même de l'Empire, juste parce que les robes de sa Furen avaient pris la poussière. Il était parfois un peu excessif comme ça, leur Seigneur. Gentil, mais soupe au lait.
Luo Lin leur apporta du thé. Malgré la situation de crise, ce n'était pas une raison pour ne pas être civilisé. Les enfants étaient avec leurs baby-sitter, cachés au plus profond du petit domaine. Personne ne leur ferait du mal. S'il le fallait, ils seraient envoyés directement au Yin yang. C'était sans doute même la meilleure chose à faire. Les démons les habillèrent tous chaudement, couvrirent les quelques bébés encore au maillot d'épaisses couvertures puis attendirent. Les pauvres enfants n'étaient pas rassurés mais ils n'étaient pas encore terrifiés. La plus part d'entre eux avaient eu un début de vie difficile. Pour la première fois, ils faisaient confiance à des adultes pour les protéger. C'étaient sans doute des démons, mais ils avaient pris davantage soin d'eux que leurs propres parents.
"- Boya, vous ne devriez pas rester là." Supplia He Shouyue. "JingYun veut votre mort."
"- Oui, enfin, moins JingYun que le chef de secte." Lâcha un des frères de Boya. Il s'était laissé tomber près de Boya, fasciné par son apparence. "Tu fais une jolie fille ! C'est juste un déguisement ou bien ?"
Boya renifla. Il était heureux de revoir ses frères. Il se débarrassa des voiles qui cachaient son troisième œil. Leur hoquet de stupeur lui fit plaisir.
"- Je suis content de vous voir. Et je suis aussi couillu que toi, merci beaucoup !" Râla encore Anbei Furen avec une claque sur le bras de son ainé.
"- Aie ! Un peu de respect pour ton ainé."
"- Alors un peu de respect pour ton supérieur." Renifla encore Boya avec un sourire carnassier. "Tu t'adresses à Anbei Furen."
Le cri de He Shouyue et son réflexe de se prosterner devant leur frère fit un effet bœuf aux maitres chasseur.
"- …Anbei… Furen ? Hé, gamin. Anbei, comme le renard géant du nord ?"
He Shouyue hocha frénétiquement la tête, toujours le front par terre. Boya l'y laissa avec un plaisir mauvais certain.
"- ….C'est lui qui t'a acheté, Boya ?" Le sérieux était revenu sur le visage des chasseurs. Ils savaient ce qui arrivaient à leurs frères déchu mais…
"- Ne vous en faites pas pour moi." Rassura Boya. "Ce sac à puces prends soin de moi. Et notre union est réciproque et heureuse. "
"- Couac !" Zhuque venait de se poser sur son épaule pour toiser les chasseurs.
"- Et voici Zhuque. Mon premier Shishen"
"- Zhuque comme…"
"- C'est bien lui. Il ne laisserait personne me forcer à quoi que ce soit. A part peut-être mes serviteurs à mettre des chaussettes quand il fait froid." Ses dit serviteurs reniflèrent avec hauteur.
Il n'y avait pas entre Boya et eux la déférence abjecte qu'il y avait généralement entre les nobles et leurs servant.
"- …Boya…"
"- Je suis un Maitre du Yin yang, j'ai épousé le Seigneur Anbei et j'ai même ma petite armée personnelle. Ne vous en faites pas pour moi." Insista encore Boya avec un sourire.
"- tu sais que JingYun va attaquer n'est-ce pas ? le chef de secte veut ta peau"
Boya soupira.
"- Je sais." Avant, il aurait été terrifié à l'idée qu'il vienne le chercher pour le reprendre. Maintenant… Il était plus sur de lui-même et de sa place dans le monde qu'il ne l'avait jamais été. "S'en prendre à moi maintenant serait aussi dangereux pour lui que s'en prendre à l'Impératrice."
"- Faux." Coupa Weilan. "Ce serait bien plus dangereux. Le Seigneur Anbei n'aura aucune pitié à raser l'Empire pour sa Furen. Et aucun remord. Surtout en ce moment."
He Shouyue était toujours par terre. Il sentait le regard unique de Boya sur lui. Son shishen fixait l'humain et Zhuque, sur la défensive. Il protègerait son maitre et moitié de lui-même avec tout ce qu'il avait si nécessaire. Pour l'instant, le serpent attendait. Si on s'en prenait physiquement à son maître, il ne répondrait plus de rien.
"- He Shouyue. Il faut que nous parlions. Relève toi. Weilan, puis-je te laisser avec mes frères pour organiser la défense des enfants et du domaine ? Tu as carte blanche."
Le sourire cruel et totalement fou de l'assassin fit remonter un frisson désagréable dans le dos des chasseurs. Cet humain était plus cruel et dangereux que bien des démons baveux qu'ils avaient tués.
"- Venez."
Ils hésitèrent.
"- Boya…"
"- Allez-y. Nous parlerons après…. Juste…. Shifu… Comment va-t-il ?"
"- Tu lui manques grandement. Mais il va bien. Relativement. Ton départ à… Ca lui a fait du mal."
Boya eut une grimace. Il culpabilisait même s'il n'y pouvait rien.
Il s'éloigna avec He Shouyue, Zhuque sur l'épaule. Le dieu-gardien était bien suffisant pour le protéger du jeune homme s'il le fallait même si Boya ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise à cause du shishen de He Shouyue.
Dès qu'ils furent seul, He Shouyue se prosterna encore devant le chasseur.
"- Je suis désolé."
Le coup de genou qu'il se prit dans la mâchoire ne fut pas vraiment une surprise. Il faisait quand même mal. Son serpent siffla mais n'attaqua pas.
"- N'en parlons plus. Je n'oublierai jamais. Je te pardonne pour cette fois, mais jamais je n'oublierai. Si tu me trahis encore, peu importe que tu sois le fils de Zhong Xing et Fangyue. Je laisserais Zhuque te faire cramer lentement des orteils jusqu'aux yeux."
Le phénix fixait le jeune homme avec une intensité assez effrayante.
He Shouyue avala péniblement sa salive. La menace qui lui était faite n'était pas ce qui le chamboulait le plus. Non. C'était le pardon de Boya qui lui donnait envie de pleurer.
Après ce qu'il avait fait, s'il avait été lui-même victime d'une telle traitrise, jamais il n'aurait pardonné.
Il se jeta à nouveau à genoux.
"- Merci. Je vous promets qu'un jour, je mériterai que vous me fassiez confiance."
Boya faillit railler la promesse mais se retint. Il se sentait généreux. Plus encore, il voyait un évident changement dans le jeune homme qui se prosternait encore devant lui. Avant, jamais He Shouyue ne l'aurait fait. Jamais il n'aurait ressentit réellement de la satisfaction à la promesse de Boya.
"- C'est tout le mal que je nous souhaite à tous les deux, He Shouyue. J'étais sérieux quand je voulais être ton ami. Tu m'as… profondément blessé. Et pas que physiquement."
La confession calme de Boya fit sans doute plus à cette seconde pour He Shouyue que les coups qu'il avait reçut dans les premières semaines de sa présence dans l'Est. La vague de honte qui le submergea faillit le faire vomir.
"- Je suis désolé." Répéta-t-il.
Boya le cru sur parole.
"- Allez, debout. On va sans doute avoir une attaque à repousser."
He Shouyue bondit sur ses pieds.
"- ha… Votre Shifu m'a heu…. Adopté dans votre clan ? "
"- Et tu as accepté ?"
"- Plus ou moins." Boya haussa un sourcil. "J'ai dit que je ne pouvais accepter pleinement sans votre aval."
Boya fut heureusement surpris par la délicatesse dont avait fait preuve He Shouyue. Et ce que ca avait du lui couter.
Peut-être que He Shouyue avait réellement vu son ego être remis à sa place.
Boya était assez magnanime maintenant qu'il était heureux et en sécurité pour ne pas lui en tenir davantage rigueur. Pour cette fois.
Ironiquement, Boya avait conscience que s'il n'avait pas été envoyé seul auprès de QingMing pour plusieurs mois, jamais il ne se serait intéressé à lui. Ou que leur relation aurait mis bien plus longtemps à éclore. Le renard-démon s'intéressait à lui depuis le début. Mais l'inverse ? Boya avait du dépasser bien des limitations personnelles pour se laisser à connaitre d'abord, apprécier ensuite puis aimer le renard.
Il eut un petit sourire doux.
"- Quelque part, je devrais même te remercier. Sans toi, je ne serais jamais allé me réfugier dans le Domaine du Nord. Je n'aurais pas eut la chance de réellement connaitre QingMing."
"- …. Il vous a réellement épousé ? Il ne vous a pas forcé n'est ce pas ?" Voila que He Shouyue s'inquiétait pour lui !
"- Je te l'ai dit, tout va bien entre nous. Et il va bientôt avoir mes petits."
He Shouyue ouvrit de grands yeux. Comme tout le yin yang, il connaissait la langueur qui était celle du Seigneur Démon. Savoir qu'il allait enfin avoir ce dont il rêvait depuis des siècles ?
"- Et bien… mes félicitations ? j'imagine ?" Le sexe autant que la paternité ne l'avait jamais intéressé.
C'était une partie de la vie d'un homme qui ne l'attirait guère. L'idée du mariage lui faisait remonter des frissons désagréable dans le dos. L'intimité physique encore plus. Il était de cette partie de la population très contente d'avoir refuge dans un temple. Personne ne l'y forcerait à se marier ou à se commettre avec qui que ce soit. Pas même ses parents. Il les décevrait une fois de plus, il le savait, mais le célibat lui allait parfaitement. La communion des corps était quelque chose qui lui passait simplement au-dessus de la tête.
"- Vous n'avez pas l'air très inquiet." Ils allaient se prendre une attaque d'un autre clan. C'était une certitude.
"- Je ne le suis pas." Confirma Boya.
Il caressait Zhuque sur ses genoux. Jamais avant Boya ne s'était sentit aussi sûr de lui et de ses capacités. Même au pinacle de sa carrière pour JingYun, il ne s'était jamais sentit aussi bien et en contrôle de lui-même. Sa cécité n'était plus un poids depuis bien longtemps. Même retourner dans le Domaine Souterrain ne serait plus une épreuve. Pas maintenant qu'il savait à quoi s'attendre et qu'il avait ses shishen pour l'aider.
He Shouyue restait dubitatif. Il s'était fait à la vie à JingYun. Il avait tué et le ferait encore par pragmatisme mais n'y prenait aucun plaisir.
Un gros soupir lui échappa. Malgré tout, malgré cette impression d'avoir une place, ce n'était pas vraiment la sienne. Pas plus qu'au Yin Yang d'ailleurs. Peut-être devrait-il devenir indépendant un certain temps. Devenir "lui" et pas le fils de ses parents, ou le disciples acheté par Tànli.
Boya ne disait rien mais observait He Shouyue avec son troisième œil. Il était troublé par le Shishen du jeune homme autant que par ce qu'il voyait de lui ainsi. Il avait l'impression dérangeante de ne pas savoir où commençait l'un et ou finissait l'autre. Comme si le shishen et le maitre n'étaient qu'un seul et même individu séparé en deux. C'était… perturbant.
Sur ses genoux, Zhuque était calme mais prêt à intervenir si le gamin bougeait. Lui savait ce qu'il était. Ce qu'ils étaient. Voir la force du Premier Démon ainsi affaiblie, coupée en deux, contrôlée même juste en partie était un soulagement. Il s'était battu plus d'une fois contre le Serpent comme tous les Dieux-Gardiens de la création. Le voir ainsi maitrisé était une revanche agréable.
Pour le bien de tout le monde, il ne dirait rien. A part si Boya demandait.
"- Anbei Furen ?"
Boya sauta sur ses pieds.
"- Ils arrivent ?"
"- Pas encore mais ils ne devraient pas tarder." Assura Shi Weilan. "Vous êtes sur que vous ne voulez pas prévenir le Seigneur Anbei ?" Il serait plus rassuré malgré tout.
"- Je n'ai pas envie que la Capitale Impériale soit rasée de la carte."
"- S'il vous arrive ne serait-ce qu'une égratignure, il va quand même la raser de la carte. Au moins prévenez le que votre situation à évolué. S'il vous plait."
Boya renâcla encore un peu mais finit par accepter lorsque Sha ShengShi menaça de le faire lui-même. Avec sa rudesse ordinaire, il y avait des chances que le renard-démon débarque avec toute son armée pour bourrer dans le tas dans même réfléchir.
Au lieu d'ouvrir un portail que Boya savait qu'il ne pourrait refermer sans que QingMing le rejoigne, il tenta d'utiliser le lien entre eux qu'ils n'utilisaient guère plus que pour se transmettre leur affection.
"- QingMing ?"
"- BOYA ? Qu'est ce qui se passe ? un problème ?" L'angoisse du renard était évidente.
"- Non, rien de bien méchant." Enfin… Boya lui résuma la situation et du le calmer avant qu'il ne lui envoie l'intégralité de son armée.
"- Tout va bien se passer et… Ils attaquent !"
Boya coupa la communication.
Immédiatement sur le pied de guerre, le Seigneur Démon sonna bien entendu l'alerte.
Malgré ce que Boya voulait, les armées du Seigneur Du Nord allaient marcher sur la Capitale Impériale dans moins d'une heure.
La nouvelle de la présence de Boya dans la Capitale avait stupéfié le chef de secte.
Le jeune imbécile se jetait dans la gueule du loup ? Et il était accompagné de démons ? Sans doute même était-il le propriétaire de l'orphelinat qui leur volait leurs disciples ?
C'était une déclaration de guerre pour le chef de secte. Boya tentait de se venger en sapant leurs forces vives.
Lorsqu'il sonna le rassemblement pour la Capitale, plus d'un maitre et disciple se demandait après qui ils allaient devoir se battre. Une armée de démons ? Vraiment ? Ils étaient dubitatifs.
Ils étaient dubitatifs depuis bien longtemps de toute action du chef de secte de toute façon.
Néanmoins, ils obéirent. Ils n'avaient pas le choix s'ils ne voulaient pas voir leur dette plonger dans les abysses pour un refus de mission. Malgré tout ce qui se passait dans le temple, les règles restaient les même.
Tànli et ses hommes n'étaient pas davantage motivés que la majorité des autres mais l'entrainement, le bourrage de crane même, ne pouvait être totalement oblitéré par la raison.
S'ils s'étaient tous rebellés, le chef de secte pourrait s'agiter très fort, il resterait un tout seul face au reste du temple. Même si son clan s'en mêlait, ça resterait une poignée d'hommes face à des dizaines d'autres.
"- Shifu ? Qu'est ce qui se passe ?"
"- Je n'en sais rien." S'agaçait Tànli.
Pas plus que les autres il ne savait précisément quel était l'adversaire. La rumeur d'une concentration inattendue de démons dans la capitale était la seule information qu'ils avaient.
"- Où sont les autres ?"
"- Sur place."
Avec de la chance ils auraient davantage d'informations quand ils arriveraient à la Capitale.
L'intégralité des adultes en état de se battre quitta la montagne sur un ordre du Chef de Secte. Plus d'un avait remarqué le désespoir évident de leur chef. S'ils échouaient, il savait qu'il n'y survivrait pas. Son clan probablement pas non plus. Déjà, les juniors tentaient de se rapprocher des autres clans pour mettre de la distance avec le chef de secte. Même si l'homme avait d'apparence encore le soutient des siens, il était déjà seul.
Plus seul que Boya ne l'avait jamais été, finalement.
Même au pire moment de sa vie, Boya avait quand même eut son Shifu de son coté.
Le chef de secte n'avait même plus ca.
S'ils devaient l'égorger pour sauver leur peau, les quelques survivants de son clan lui trancheraient la gorge eux même.
Comme ils n'avaient pas assez de chevaux pour tout le monde, les plus âgés prirent en croupe les plus jeunes. Ceux qui en avaient encore la forme physique trottèrent près des chevaux quand il le fallait.
Le groupe était certainement impressionnant alors qu'ils se dirigeaient au grand trot vers la Capitale. Tellement impressionnant que les gardes impériaux prirent peurs. Autant d'hommes en arme ? Qui venaient sans raison à la Capitale ? D'accord, c'était les chasseurs de JingYun. Mais la rumeur populaire aussi bien que la confiance des habitants envers les tueurs de démons était largement ébranlée depuis de nombreux mois. Les gens du commun ne comptaient plus le nombre de démons qui avaient pu tuer des humains sans que JingYun ne bouge malgré les suppliques, trop occupés à leur petite guerre interne qui maculait les sols du temple de sang et de protestations véhémentes le bureau de l'Empereur.
Quelques gens qui mourraient, on s'en accommodait. Mais des dizaines ? Des centaines peut-être ? Et si encore c'était des miséreux des bas quartiers. On fermait les yeux. Mais des artisans de renoms ? des nobles ? des fonctionnaires de haut niveau ?
La guerre civile en court au temple avait un impact bien plus important que JingYun n'en avait conscience.
L'Empereur se lavait les mains d'eux tant que les problèmes de démons restaient sous relatif contrôle. Il y avait des indépendants. Il y avait des sectes plus petites qui entouraient la Capitale Impériale. On pouvait s'en débrouiller.
Mais maintenant ? Avec une quasi armée de Chasseurs qui déboulaient dans la Capitale ?
L'alarme fut vite sonnée auprès de l'Empereur qui fit donner l'armée.
Il était plus que temps de calmer tout le monde. Il avait fermé les yeux jusque-là par reconnaissance des services rendus. Mais si les chasseurs venaient régler leurs comptes sur ses platebandes, il n'y avait plus de pitié à avoir.
