Chapitre 24

Du côté du Capitaine de Châteaupers, il a su arriver à destination.

L'un des deux gardes qu'il a humilié un peu plus tôt dans la journée lui apprend où il peut trouver le Juge Frollo. À savoir dans les cellules au sou-sol du Palais de Justice.

Quelques instants plus tard, il a juste le temps de pousser la porte qu'un bruit sec et répétitif résonne contre les murs de pierres.

Il n'aime pas ce qu'il entend. Depuis quand un Juge connaît-il le métier de bourreau? Cet homme n'est pas Renard. Qui est-ce?

L'homme dont Phoebus s'interroge sur son identité est petit, un faciès de rat où une joie malsaine se lit sur ses traits.

-Ah, voici le galant Capitaine de Châteaupers qui revient de guerre! sourit Frollo en s'avançant vers lui.

-Et je suis à vos ordres, mon Seigneur. répond, stoïque, le militaire blond.

-Vos états de service parlent d'eux-mêmes, de Châteaupers. Je nourris les plus grands espoirs de la part d'un héros de votre envergure.

-Et vous ne serez pas déçu. Je vous le garantis.

-Oui. Vous savez, mon dernier Capitaine des gardes fut, en quelque sorte, une déception pour moi.

Comme pour éclaircir le mystère de ses propos un hurlement de douleur se fait entendre.

-Mais oublions cela. Je suis sûr que vous...fouetterez la volonté de vos hommes.

Le Capitaine de Châteaupers bafouille un remerciement, mais le jeu de mots ne lui a pas échappé.

Les deux hommes quittent les sous-sols, montant plusieurs escaliers afin d'admirer la vue de Paris vue d'en haut.

-Vous revenez à Paris en de sinistres heures Capitaine, il vous faudra une poignée de fer pour éviter à ces âmes simples de se faire si aisément berner.

-Berner, Monsieur?

-Voyez Capitaine. Des Bohémiens.

De là où il se trouve le Capitaine de Châteaupers voit la silhouette de la jeune danseuse en compagnie de sa chèvre et de son compagnon joueur de flûte. Et d'une autre silhouette qui a la tête recouverte d'un tissus, comme semblant la protéger du soleil.

-Les Bohémiens vivent en marge de l'ordre établi, leurs hérétiques pratiques rallument chez le peuple ses plus vils instincts..et il faut y mettre un terme. conclut le Juge, poing serré.

-On m'aurait fait revenir de guerre pour attraper des diseuses de bonnes aventures? exprime son mécontentement le Capitaine, indigné.

-La véritable guerre, Capitaine, se déroule devant vous. s'explique Frollo. Pendant 20 ans j'ai pris grand soin de ces Bohémiens. Un...par...un.

Sur ces mots, il écrase trois fourmis noire pour ensuite soulever une dalle de la rambarde où plusieurs autres centaines de fourmis y grouillent.

-Et aujourd'hui vous voyez le résultat: Ils se sont multipliés. Je suppose qu'ils ont une cachette secrète derrière les murs au cœur de la cité.

Cette Bohémienne n'a rien voulu me dire dix-huit ans auparavant. J'aurais dû la faire disparaître au lieu de la confier à Renard.

-Un nid devrais-je dire qu'ils nomment la Cour des Miracle.

-Qu'allons-nous faire pour y remédier monsieur? demande le soldat.

L'unique réponse que donne Frollo est d'écraser les insectes d'un coup sec.

-On ne peut être plus explicite, Monsieur.

-Vous savez, je vous aime bien Capitaine. sourit Frollo une main sur l'épaule du militaire. Nous y allons?

Des clameurs enchantées venant d'en bas se font entendre, faisant soupirer le Juge.

-Ah...les diligences de la charge. Avez-vous déjà assisté à une fête paysanne Capitaine?

-Non. répond Phoebus. Ou bien il y a longtemps.

-Bien. Alors ceci devrait être très édifiant pour vous.


CHARIVARI ! CHARIVARI !

La foule en délire acclame l'ouverture de la Fête des Fous avec une puissance démentielle. C'est l'anarchie dans les rues durant toute la semaine du festival. On se déguise, on hurle, on chante, on danse, on boit, on joue, on se libère de tout! C'est le seul moment de l'année où tous se mélange sans distinction en une masse compacte de fêtards en délire. Ce n'est pourtant que le début, mais déjà les confettis pleuvent ainsi que des pétards de toutes les tailles.

Alors qu'il est parvenu à quitter son antre, Quasi' se tient au poteau surplombant la place,il ne voit pas, captivé par le cortège, que la corde se défait, l'entraînant au milieu de la dite où le cortège chante:

La Fête des...

Fous! termine un homme filiforme vêtu d'un costume coloré.

Qui, pris par l'élan de son chant, l'attrape par le bras, l'entraînant dans sa farandole. Entraîné par la foule, le sonneur de cloches est émerveillé par ce qu'il voit.

La ville est entièrement recouverte de décorations en tous genres dont les ballons gonflés qui se balancent sur les poteaux, eux mêmes décorés de rubans tout aussi colorés.

Lorsqu'il parvient à se libérer, après une course poursuite, c'est un peu effrayé par l'idée que quelqu'un voit son visage, mais le cœur battant en rythme avec les tambours que Quasi' découvre chaque stands, chaque spectacles, son préféré étant celui d'un colosse crachant et réalisant des créatures de flammes...jusqu'au moment où il se retrouve par terre dans un bruit d'objets qu'on renverse. Et qu'une voix féminine ne s'enquiert de son état.

Quasimodo tente de cacher sa laideur, mais sa jeune interlocutrice ne prend pas peur, s'assurant au contraire qu'il ne soit pas blessé.

Lorsque la jeune fille invite son invité-surprise à sortir, elle lui fait remarquer que son masque est très réaliste.

Pendant une poignée de secondes Quasimodo oublie le monde qui l'entoure. C'est le monde qui se rappelle à lui...

Quelques instants plus tard il se retrouve devant une scène où le même homme filiforme disparaît dans un nuage de fumé rouge pour laisser place à la magnifique jeune fille vêtue d'une splendide robe rouge sans manches, un bijou fabriqué dans de l'or le plus pur, la taille ceinturée par un foulard violet décoré d'étoiles et de croissants de lune d'or.

La danse est hypothétique, la grâce avec laquelle bouge la nommée Esmeralda fait penser aux yeux de Quasi' à une Princesse.

Pour clôturer le spectacle, la jeune fille réalise un grand écart tout en adressant un clin d'œil et un sourire complice à la foule, mais que Quasi' a l'étrange sensation qu'il lui est adressé.

Très vite Quasimodo apprend le clou du spectacle : L'élection du Roi des Fous.

Après que onze hommes soient montés, c'est à son tour, aidé de la belle Esmeralda, de monter sur scène.

Un à un Esmeralda ôte les différents masques, mais à chaque fois que le public hue, le potentiel candidat se retrouve éjecté de la scène "aidé" par un colosse vêtu d'une chemise violette et d'un pantalon rouge, pieds nus, ayant un air de ressemblance avec la jeune fille.

Lorsque c'est son tour, la jeune fille pousse une exclamation de surprise. De même que le public et les deux hommes.

Le premier réflexe de Quasimodo est de se cacher le visage lorsque plusieurs personnes font la remarque comme quoi il ne porte pas de masque, qu'au contraire il s'agit de son visage.

C'est la voix d'un enfant, d'un garçon plus exactement, qui fait tourner toutes les têtes dans sa direction après avoir posé délicatement sa main sur son poignet:

-Allons, allons bonnes gens, pas de panique! Nous cherchions le plus incroyable des visages de Paris, eh bien le voici!

Si le colosse a un air de ressemblance avec la belle danseuse, Quasimodo écarquille les yeux en remarquant la ressemblance plus que frappante entre les deux jeunes Gitans! Sont-ils mère et fils?

Plus encore en remarquant la tenue du même rouge, mais Quasi' remarque le bijou faisant le tour de la tête du petit garçon. Il s'agit d'un flocon de neige.

Sent-il qu'il l'observe? Quasi' l'ignore, mais l'enfant tourne légèrement la tête vers lui, lui offrant un sourire lumineux, bienveillant. L'œil brillant de gentillesse.

Quasimodo n'a pas le temps de formuler un mot qu'il sent qu'on lui pose sur la tête la couronne du Roi des Fous.

-Quasimodo, le bossu de Notre-Dame! reprend l'enfant en reportant son attention vers la foule. Tous avec moi!

C'est avec regret que le sonneur de cloches sent la petite main se retirer de son poignet.

En un instant l'enfant se retrouve sur les épaules de l'homme filiforme alors que la foule court vers lui, le soulevant aisément de la scène après avoir été "aspergé" de confettis.

Esmeraldo & Clopin: Tous les ans nous fêtons cet événement!

(Longue vie au Roi!)

Esmeraldo & Clopin: Tous les ans, Paris est en chambardement

(Quel sacré Roi!)

Clopin: Pour sacrer le plus horrible des manants

(Embrassez le Roi!)

Esmeraldo & Clopin: À la fête du Charivari!

(Un Roi comme ça, ça ne s'invente pas!)

Esmeraldo & Clopin: Aujourd'hui faisons ce que le règlement

Esmeraldo & Clopin: Interdit trois cent trente-huitjours par an (1)

Apparaissant de nulle part, deux choppes de bière à la main, le colosse chante à son tour, l'enfant changeant de perchoir avec aisance.

Ruben (en tendant une bière à l'homme filiforme qui l'accepte): Aujourd'hui nous brisons nos chaînes!

Clopin & Ruben (en cognant leur choppe): Que la bière jaillisse en fontaine
Et buvons au plus laid du pays!

Esmeraldo, Ruben & Clopin: Sa Majesté, Roi maudit de Paris!
Charivari!

De la scène jusqu'à la place, Quasimodo est applaudi, acclamé, embrassé sur les deux joues.

Chemin faisant, il voit Frollo de loin. Son air furieux ne le met pas en garde, tout à sa joie de participer à la Fête des Fous!

Quelques instants plus tard, Clopin lui remet la cape de fourrure alors que le colosse, genoux à terre, tête basse, lui remet un sceptre d'or.

Derrière lui, le garçonnet lui offre un immense sourire tout en frappant dans ses mains.

Ému, Quasimodo sent une larme rouler le long de sa joue.

La fête est une réussite, Quasimodo se sent comme l'homme le plus heureux du monde.

Tout le monde a les yeux tournés vers lui, Esmeraldo est heureux de voir Quasimodo aussi comblé, mais...il ne peut profiter de l'instant car son don se manifeste.

Il voit un soldat, une tomate à la main, un collègue à sa gauche. Le bruit de la fête l'empêche d'entendre leur conversation, mais l'air mauvais qu'ils abordent ne le rassure pas.

À raison car le soldat ''armé'' lance son projectile qui touche Quasimodo en plein visage.

De légère et joyeuse l'ambiance change de tout au tout.

Le nouveau Monarque du Charivari jusque là acclamé se retrouve moqué, humilié, attaché sur une roue (il n'a jamais compris l'utilité de cette roue), appelant le Juge Frollo à l'aide qui ne bouge pas...jusqu'à l'intervention de sa grande sœur qui apporte le silence. Il entend distinctement ses paroles.

-N'aies pas peur, je suis désolée...Cela n'aurait jamais dû arriver.

Il voit la douceur avec laquelle sa sœur essuie le visage du pauvre bossu.

-Toi, la bohémienne! entend-il le Juge Frollo ordonner. Descends tout de suite!

-Oui, votre honneur! Dès que j'aurais libéré cette pauvre créature!

-Je te le défends!

Il sort de sous sa jambe de pantalon un poignard qu'il tend à son aînée qui l'accepte pour ensuite libérer le pauvre Quasimodo.

-Comment oses-tu me défier?

-Vous maltraitez ce pauvre garçon comme vous maltraitez mon peuple! s'entend-il répliquer.

-Vous prêchez la Justice, mais vous êtes cruel envers ceux qui ont besoin d'aide! réplique Esmeralda tout en posant une main de soutien sur son épaule.

-Silence!

-Justice! est le cri du cœur de son aînée, poing levé.

-Oui, Justice pour tous! approuve-t-il pour l'instant suivant tirer la langue. Bheu!

D'un même ensemble Esmeralda et lui aident Quasimodo à se lever, il lui murmure que lui aussi est désolé.

-Prends bien garde l'Égyptienne je te ferais payer ton insolence. reprend la parole Frollo, menaçant.

Lui jetant un coup d'œil, il comprend ce que sa grande sœur a en tête. C'est pourquoi il acquiesce.

Doucement, il retire la couronne qu'il tend à son aînée.

-Dans ce cas, chers amis, nous avons couronné le mauvais fou. Car le plus fou ici...

-C'est vous! clament-ils en chœur.

Esmeralda lance le couvre-chef qui atterrit aux pieds du Juge dans un bruit de métal* heurtant le sol puis roulant sur le sol avant de s'arrêter.

Le reste va trop vite, mais Esmeralda parvient à semer les soldats sous le regard furieux du Juge et celui admiratif du militaire à l'armure ayant la couleur du soleil. Le seul homme ne s'étant pas moqué de Quasi' qui, au contraire, a vue sa tentative de l'aider mourir dans l'œuf.

Quant à lui, il est parvenu à entrer à la suite de Quasimodo dans l'enceinte de Notre-Dame, le ciel pleurant la bêtise humaine. Annulant de ce fait la fête.

Quasimodo court rejoindre sa modeste chambre à l'étage où il se laisse tomber à plein ventre sur son lit, pleurant à chaudes larmes.

Et c'est ce qui se réalise.

Lorsque Quasimodo referme la porte derrière lui, Esmeraldo se glisse silencieusement derrière une colonne.

Tout aussi silencieux qu'un fantôme Esmeraldo suit le sonneur en faisant attention à rester cacher dans les ombres tout en essayant de retrouver son souffle, le corps recouvert de sueurs.

Lorsqu'il arrive à l'étage, Esmeraldo s'arrête en haut des marches, incertain.

L'obscurité ne lui permet pas de voir, mais trop inquiet pour le sonneur le petit garçon prend son courage à deux mains pour s'avancer, mains tendues, l'oreille aux aguets.

C'est pas à pas que l'enfant se dirige vers Quasimodo, les sanglots de ce dernier lui permettant de se diriger.

Lorsqu'il n'est plus très loin, Esmeraldo entend trois voix tenter de réconforter le pauvre bossu.

Constatant que sa vue s'est adaptée à l'obscurité, Esmeraldo s'avance pour ensuite s'arrêter à une certaine distance du lit, s'agenouillant, mais assez près pour qu'en levant la main il pourrait caresser les cheveux du malheureux.

Comme il voit que les trois voix appartiennent à trois gargouilles qui écarquillent des yeux en le voyant. Leur air ahuri aurait fait éclater de rire Esmeraldo, mais en ce moment il n'a pas le cœur à montrer sa joie. Trop inquiet pour Quasimodo.

Oublie ton chagrin, surtout ne crains rien.

Entendre une voix étrangère dans son antre fait sursauter Quasimodo.

Je prends en mains ton destin.

Tournant légèrement la tête vers la voix, le sonneur de Notre-Dame n'a pas besoin de lumière pour reconnaître son invité-surprise.

Lorsque le danger te menacera,

Je serai là avec toi...

Que fait-il ici? est la question qui lui traverse la tête.

Tu es si fort et si fragile.

Viens dans mes bras,
Je te ferai une île.

L'enfant qu'est Esmeraldo ne sait pas expliquer pourquoi ses pensées sont toujours tournées vers le sonneur, mais la rare vision qu'il a eue dans un futur lointain lui a montré qu'ils seront proches.

Ce lien qui nous lie ne cass'ra pas

Ne pleure pas, je suis là ...

Son parrain officiel lui a appris à écouter son instinct. De ne pas se reposer exclusivement sur son don.

Car tu vis dans mon cœur,

Oui, tu vis dans mon cœur !

Il n'avait que 4 ans lorsque son parrain lui avait donné ce conseil, mais il s'en souvient comme si c'était hier.

Dès maintenant,

Jusqu'à la nuit des temps.

Mère Nature toute puissante, je souhaite tellement réconforter Quasi'...que puis-je faire?

Tu vis dans mon cœur

Qu'importe leurs discours

Le petit garçon ne s'en rend pas compte, mais son chant apaise l'âme et le cœur du sonneur de cloches qui s'est assis sur son lit, se recouvrant avec sa couverture.

Tu vivras dans mon cœur

Toujours...

Touché par la présence du petit bonhomme, Quasimodo sent son cœur se réchauffer de reconnaissance.

Un sentiment de déjà-vu à l'esprit.

Toujours...

Lorsque Esmeraldo termine de chanter, sa prestation est accueillie par des applaudissements et des exclamations ravies venant principalement des Gargouilles, mais la nature du "public" ne dérange pas le petit chanteur qui leur offre un sourire gêné, peu habitué à recevoir des éloges de personnes extérieures à son cercle familial.

Lorsque son regard émeraude rencontre les saphirs pâles de son aîné, Esmeraldo sent son cœur se réchauffer en le voyant de bien meilleure humeur.


Note de l'auteure: Tous mes chapitres ont été durs à écrire, mais cette scène restera toujours un grève-cœur! Aussi bien en regardant le film qu'en l'écrivant...

1) Normalement c'est « Trois cent soixante-quatre jours par an », mais je trouve l'idée de Law' de faire durer la fête des Fous à une semaine est géniale. Déjà que Disney n'a pas respecté la météo de ce moment historique (car elle a réellement existé) !

*Pour le bon déroulement de l'histoire sachez que la couronne que porte Quasi' est en or.