Note d'auteure : Bonjour/Bonsoir tout le monde! À la base ce chapitre aurait dû être celui où Quasimodo a le cœur brisé en assistant au baiser d'Esmeralda et Phoebus, mais par respect pour lui je ne l'ai pas écrite. J'espère qu'il vous plaira quand même!
Chapitre 28
C'est l'odeur délicate d'un parfum de lavande qui réveille Améthyste.
Il est cependant incapable de bouger le moindre muscle tellement son corps lui fait mal, couché sur le flanc.
Le goût métallique qu'il a en bouche lui rappelle ces horribles heures passées à refuser de répondre aux ordres de Frollo!
Voulant se redresser pour vomir, Améthyste sent une main se poser avec douceur sur son épaule. S'il avait pu, il aurait gémi de douleur, mais seule la grimace qui doit orner ses lèvres doit être un bon indicateur de son état de souffrance.
-Chuuut...ne bougez pas.
Améthyste sent qu'on le déplace avec une grande douceur, mais rien à faire, la douleur qu'il ressent est affreuse.
Ouvrant difficilement un œil et grâce à plusieurs chandeliers allumés, il voit à ses côtés une adolescente de l'âge d'Esmeralda vêtue comme un homme et de rouge, au regard aussi clair que le ciel et les cheveux blonds coupés courts.
Dina Renard!la reconnaît-il facilement.
-Laissez-moi terminerez vos soins, on parlera plus tard. D'accord?
Le sourire que lui adresse la jeune bourreau est si doux qu'Améthyste ne peut s'empêcher de superposer le visage de sa sœur à celui de la jeune fille que de grosses larmes roulent sur ses joues.
En voyant le jeune homme blessé se mettre à pleurer, Dina se met doucement à chanter la chanson que sa belle-mère lui chantait, enfant, pour la réconforter tout en continuant ses soins.
Dina ne sait pas réconforter les gens. Du moins, elle ne va pas d'elle-même prendre quelqu'un dans ses bras. Quelqu'un d'extérieur à son cercle intime.
La seule personne qui a su percer sa carapace jusqu'à avoir une place privilégiée dans son cœur est Gringoire.
Ils se sont rencontrés à la cour de Sa Majesté Louis XI suite à une invitation de ce dernier pour qu'elle soit officiellement reconnue comme le successeur légitime de son père.
Elle allait bientôt avoir 12 ans.
Dina s'en souvient très bien car elle avait dû porter une robe et quelques bijoux en or, bijoux ayant autrefois appartenu à sa défunte mère.
À savoir des boucles d'oreilles et un collier représentant un heptagramme ou étoile à sept branches.
Pourquoi sept branches? Sa mère lui avait dit que c'était un chiffre porte-bonheur.
Gringoire avait déjà la trentaine bien sonnante, mais était bel homme.
Poète désargenté, il savait charmer son auditoire par ses vers et son charme naturel, avec son regard brillant d'humanité et ses longs cheveux bruns légèrement bouclés atteignant ses omoplates.
Pour l'occasion le Roi lui avait offert une bourse assez remplie pour qu'il soit présentable le soir-même. Et autant dire que le bleu indigo avait été un excellent choix pour se mettre en valeur, mais sans pour autant éclipser la famille royale et les autres invités.
Dina ne se souvient plus du discours du Roi et encore moins de son serment, seul le souvenir de ses danses avec le poète demeure intact dans son esprit.
La jeune fille se souvient d'avoir dansé le Branle (1), le Saltarello (2), la Tresque (3) et la Basse danse (4).
Tout en dansant, ils avaient appris à se connaître, la jeune fille ayant dû rassurer son aîné après que ce dernier lui ait avoué sa terreur et son admiration quant à son courage pour reprendre le flambeau familial.
Pendant 4 ans ils s'écrivaient quotidiennement, se donnant rendez-vous à différents endroits que ça soit Paris ou Reims. Lorsque Dina restait en France car Louis XI faisait appel à ses services suite à une demande d'autres pays.
C'est lors de leur 3ème rendez-vous qu'ils se sont avoués leurs sentiments respectifs, plus exactement lors du quatorzième anniversaire de Dina.
En ces temps incertains, les deux amoureux n'ont pas beaucoup de temps pour se voir car la politique anti-bohémiens de Frollo rend les gens nerveux.
Seulement 24 heures après la Fête des Fous, la populace est dans l'angoisse et l'incertitude la plus totale.
✵Frollo est devenu fou, je te l'accorde ma brave Dina. Fais très attention à toi.✵
Je n'ai pas peur, mais je vous promet de faire attention.
Améthyste n'a pas bougé, curieux, mais son corps lui fait tellement mal que l'idée de remuer le petit doigt le fait grimacer.
En entendant des pas approchés, Améthyste peine à comprendre ce que le nouvel arrivant dit à Dina tellement il parle bas, mais cette dernière reste calme et maîtresse d'elle-même en poursuivant ses soins.
-Oiseau ne l'a pas raté, mais Mère Nature merci il a toujours été assez bête pour se souvenir avec certitude de l'emplacement des organes. rit-elle discrètement.
Une chance pour moi, en effet. Mère Nature, je suis désolé. Je ne pourrais pas aller chercher la Princesse Raiponce...
✵Ne t'excuse pas, mon petit.✵ se manifeste Mère Nature. ✵J'y ai longuement réfléchi, j'y enverrais quelqu'un d'autre à ta place.✵
Soulagé, Améthyste referme son œil, trop fatigué pour rester davantage conscient.
Ce que remarque Dina qui ne s'en inquiète pas, Mère Nature lui expliquant que son "patient" est juste évanoui.
Lorsqu'elle termine ses soins et après avoir bandé chaque blessure, elle fait signe à son interlocuteur d'entrer. Ce qu'il fait.
Le nouveau venu est Gringoire, il obéit à chaque ordre que lui donne sa fiancée dont celui de l'aider à faire boire une concoction contre les infections et la fièvre après que Dina ait eut connaissance des blessures buccales de l'alité grâce à Mère Nature.
Une fois tous les soins terminés, Dina et Gringoire quittent discrètement le sous-sol pour la surface.
Chemin faisant, les fiancés enjambent les corps des soldats à terre, profondément endormis.
-Sais-tu où nous allons caché cet homme? demande Gringoire, en resserrant sa prise sur l'alité qu'il tient dans ses bras.
-Chez la Baronne. répond Dina, le dos plaqué contre un mur, la tête regardant à droite et à gauche.
Gringoire regarde sa fiancée avec stupeur, muet.
La Baronne est connue dans tout Paris pour être la gérante du cabaret ''Au Val d'Amour'' où les messieurs qui y entrent, qu'ils soient nobles ou simples marins, français ou d'ailleurs, finissent ivres morts, la bourse vide, au pas de la porte.
Lui-même connaît cet endroit car il y a été client quelques fois avant de rencontrer Dina, mais que sa fiancée connaisse cet endroit de luxure le surprend énormément.
Devant le silence de son fiancé, Dina tourne la tête dans sa direction, un sourire mutin aux lèvres.
-Ça te surprend? Et encore, tu ne connais pas tout de moi.
Ces mots font battre le cœur de Gringoire davantage, un sentiment d'excitation lui montant à la tête.
Reprenant son observation, Dina est heureuse. La curiosité de son chéri est quelque chose qu'elle adore combler ou titiller comme en cet instant.
Portant ses mains à ses lèvres, Dina imite maladroitement le cri du hibou, patientant quelques instants.
Lorsque le même cri se fait entendre, les fiancés se mettent à courir.
Quelques minutes plus tard ils se tiennent devant une porte en bois massif, de laquelle se tient une petite silhouette, armée d'une torche.
-La Baronne et ses dames ont réservés une chambre au calme pour le blessé. prend la parole la silhouette.
Grâce à la lumière produite par la torche, Gringoire remarque tout de suite que le propriétaire de la main n'est pas un adulte. Ni qu'elle est blanche.
Un enfant?!
-Merci petit. lui sourit Dina. File rejoindre tes parents à présent.
-Que Mère Nature vous protège. s'incline l'enfant, sa main libre sur le cœur.
-Qu'elle te protège aussi. l'imite Dina, sa main gauche sur le cœur.
Et sous le regard abasourdi du poète, l'enfant s'en va aussitôt après avoir plongé sa torche dans une petite flasque d'eau.
-Qui est cet enfant, mon cœur?
-Mon petit-cousin.
De plus en plus curieux, Gringoire veut interroger sa belle, mais Dina frappe vigoureusement du poing à la porte.
Porte qui s'ouvre une minute plus tard, leur permettant d'entrer, la porte se refermant aussitôt derrière eux.
Seule la lumière d'un chandelier à la gauche de Dina permet au couple de voir la Baronne.
-Très perspicace, le p'tit. prend-elle la parole. Suivez-moi.
La Baronne est une femme d'une soixantaine d'années, toujours bon pied bon œil malgré la perte de son œil droit, l'autre étant de couleur vert-gris pour des cheveux poivre et sel rassemblés en un haut chignon.
Elle porte un peignoir, un cache-œil et des pantoufles couleur bordeaux .
Sans un mot, les fiancés suivent la Baronne à l'étage où elle les mène à une petite chambre fort confortable où Gringoire dépose Améthyste avec douceur sur le lit pendant que Dina donne une petite bourse pleine à la maîtresse de maison.
-Voici vos 20 pièces d'argent, comme promis.
-Merci, ma p'tite. acquiesce la Baronne en plongeant la bourse dans l'une des poches de son peignoir.
S'approchant de l'alité, Dina pose un genou à terre et approchant ses lèvres de l'oreille droite d'Améthyste elle lui murmure de se reposer un maximum, qu'il est en sécurité à présent.
1) à 4) Il s'agit de danses médiévales dont il n'existe pas de source écrites. Les trois premières se dansaient au 14ème siècle alors que la dernière se dansait vers la fin du 14ème siècle.
