Chapitre 30

Quelques heures plus tard Phoebus, Rubis, Clopin, Esmeraldo et les autres Gitans se retrouvent enfermés dans différentes cellules sous le palais de justice

Si mère et fils ont la chance de se retrouver avec Ruben, ce n'est pas le cas de leur fille et sœur.

-Ma fille! Où l'amenez-vous? s'exclame, inquiète, Rubis en s'élançant vers les barreaux, main tendue, la voix éraillée. Relâchez-la!

La seule réponse qu'elle obtient est un éclat de rire de la part du soldat qui éloigne Esmeralda des siens. La jeune fille se débat comme un beau diable, mais rien à faire.

C'est impuissante qu'elle tourne la tête vers sa mère et son petit frère, les yeux écarquillés par la peur.

-Maman! Esm'!

Le cri déchirant de l'adolescente fait frissonner de peur les autres prisonniers, réveillant Ruben qui, aidé de son fils, s'avance péniblement vers les barreaux.

S'étant avancé lui aussi vers les barreaux, Phoebus serre des poings et des dents d'impuissance, en colère de ne rien pouvoir faire.

-Soyez maudits, soldats! se met-il à leur crier.

Reprenant en chœur l'injure de l'ancien Capitaine des gardes, Clopin et les autres Gitans secouent les barreaux de leurs cellules.

En vain puisque Esmeralda est amenée dans une autre pièce, amenant un silence inquiet parmi les prisonniers.

-Que va-t-il lui arriver?

À la question d'Esmeraldo, personne ne répond, inquiet. Enfin, presque.

-J'ignore comment Frollo a fait pour annuler la protection des souverains d'Arendelle, mais il compte bien mettre à exécution le plan qu'il a en tête. réfléchis Phoebus.

-De quel plan parlez-vous Capitaine? demande, inquiète, Rubis.

-Je l'ignore Madame. Je l'ignore...


À la surface, Dina et Gringoire ont été les témoins involontaires de l'arrestation du reste des bohémiens, à l'abri chez le boulanger Farine, dès le petit matin.

-Doux Seigneurs, que font devenir ces braves gens? se signe le boulanger.

Dina se retient de lever les yeux au ciel.

Grâce à leur échange régulier de courrier, Dina sait par son cousin que quelques membres de la Cour ne sont pas des hommes bien, qu'il en a banni quelques-uns peu après leur arrivée à Paris, refusant d'avoir des assassins parmi les siens.

Ce qui est louable de ta part, cher cousin, mais en même temps fort idiot. J'espère pour toi que ces gredins n'avaient pas connaissance de l'emplacement de votre refuge.

Alors qu'il s'agissait de leur première rencontre, d'un simple regard Ruben et elle avaient convenus de garder secret leur lien de parenté.

-Avec Oiseau, Frollo va les interroger jusqu'à ce qu'ils avouent être des fervents du Malin. répond-elle, le visage sombre, bras croisés sous sa poitrine.

Quelques heures auparavant elle a assisté à l'interrogatoire de son cousin, pensant Améthyste assez affaibli pour rester en sécurité chez la Baronne.

Sécurité éphémère puisqu'il avait quitté la Baronne pour se faire attraper en même temps que le sonneur de cloches et l'ex-Capitaine des gardes, ayant trouvé l'emplacement de la Cour des Miracles.

Mère Nature informe aussitôt la jeune fille de se rendre au plus vite chez les de Châteaupers afin de leur demander un coup de main pour libérer les prisonniers de Frollo.

Ce que Dina accepte.

Elle prévient aussitôt les deux hommes qui lui recommandent la plus grande prudence, Lionel lui offrant un énorme sac dans lequel se trouve de quoi manger pour l'allée et le retour.

Quittant la boutique par l'arrière, Dina apprête rapidement Bonheur, sa jument roncin, qu'elle enjambe moins de cinq minutes plus tard.

Debout à sa gauche se tient Gringoire, le visage marqué par l'inquiétude, les rennes en mains.

-Sois prudent, ma belle.

Touchée, Dina se penche, emprisonnant le visage de son chéri entre ses mains, yeux dans les yeux.

-Promis.

Capturant les lèvres de son vis-à-vis des siennes, Dina lui offre un baiser des plus passionnés.

Cinq minutes plus tard, Dina et Bonheur ne sont plus que des silhouettes s'éloignant de plus en plus au loin.

-Mère Nature si vous existez réellement, protégez Dina et sa famille. se met à prier Gringoire, le cœur serré par la peur.

À peine termine-t-il sa requête qu'il ressent un puissant coup à l'arrière de la tête qui lui fait perdre connaissance.


Il faut trois jours à Dina pour arriver à Reims, mais ce n'est qu'au matin du quatrième jour qu'elle se tient debout, frappant du poing la porte de la demeure de la famille de Châteaupers.

-Ouvrez! Ministre de Châteupers si vous êtes là, ouvrez immédiatement cette porte!

La porte s'ouvre sur un domestique qui la regarde, le visage neutre, mais les yeux brillants d'indignation devant sa tenue inhabituelle pour son genre et la poussière recouvrant ses vêtements.

-Oui?

-Est-ce que Joseph de Châteupers est là? C'est urgent.

-Votre nom, Mademoisselle.

Perdant patience, Dina attrape le domestique par le col, le faisant tomber à genoux pour que leur visage soit à la même hauteur, la lame de son poignard sur la pomme d'Adam de son vis-à-vis.

-Écoutez-moi car je ne me répéterai pas deux fois: Que ton maître me retrouve à l'entrée de la ville s'il veut revoir son fils Phoebus en vie! feule-t-elle glaciale, le regard dur.

Le domestique écarquille les yeux de peur, il acquiesce tellement vite que Dina le relâche.

L'homme fait demi-tour pour entrer à l'intérieur, appelant à tue-tête son maître.

Rangeant son arme, Dina fait elle aussi demi-tour, mais à peine a-t-elle fait dix pas qu'elle est interpellée par une voix d'homme. Voix qu'elle ne connaît pas.

-Mademoiselle! Mademoiselle!

Se retournant, Dina voit courir vers elle un homme aux yeux vairons et aux cheveux bouclés blond platine, vêtu d'habits bleus, une épée à la hanche.

-Oui?

-Je vous ai entendu menacer Pierre, notre majordome. Phoebus, mon frère, est en danger?

-En effet. acquiesce Dina.

-Suivez-moi, je vais vous conduire à Père.

Acquiesçant, Dina suit son aîné à l'intérieur de la demeure des de Châteaupers.

Vingt minutes plus tard et après de rapides présentations, Dina se trouve dans le bureau du patriarche de Châteaupers, narrant à toute la famille ce qu'il se passe à Paris.

C'est l'une des filles de Châteaupers, elle aussi vêtue comme un homme, qui se lève d'un bond.

-Père! Nous devons nous rendre à Paris au plus vite!

-Tu as raison, ma fille. acquiesce Joseph. Mademoisselle Renard, vous sentez-vous assez en forme pour reprendre la route?

-Je le suis. acquiesce Dina.

Tournant la tête vers ses fils, Joseph leur demande à tour de rôle s'ils se sentent capable d'aller se battre.

-Oui, Père. répondent en chœur Abraham et Philippe.

Un seul ne répond pas.

-Luc?

Tout le monde tourne la tête vers l'appelé qui, la tête basse, ses boucles masquant ses yeux, les mains serrées l'une dans l'autre, tremble de la tête aux pieds.

-Tu n'es pas obligé de nous accompagner, p'tit frère. prend la parole Philippe après s'être dirigé vers son cadet.

Un genou à terre pour être à la hauteur du visage de son frère, Philippe pose une main sur celles de son cadet tandis que l'autre lui soulève doucement la tête, plongeant son regard noisette dans celui bicolore de Luc y lisant aisément son dégoût et sa peur à l'idée de se battre.

-Je...sais, mais...déglutit difficilement Luc.

-Tu as fait d'énormes progrès aux entraînements ces 4 dernières années, grand frère! se lève d'un bond Chris'. Arrête d'avoir peur et va montrer à ces imbéciles qui suivent Frollo qu'on ne touche pas à un membre de notre famille!

Ayant redressé la tête en entendant sa sœur garçon manqué ainsi le féliciter, Luc ne sait que dire.

Sentant une main lui caresser ses boucles, Luc lève les yeux pour voir qu'il s'agit d'Abraham.

-Chris' a raison. Tu es devenu un excellent bretteur en un temps record, mais si tu as trop peur tu peux rester auprès de Mère et de nos sœurs.

-Personne ne t'en voudra. lui sourit Philippe.

Prenant quelques minutes pour peser le pour et le contre, yeux clos, Luc sait sa chance d'être le fils et le frère d'une famille aussi formidable que la sienne.

Malgré lui les paroles vénéneuses de son grand-père lui reviennent en tête, comme si le vieil homme se tiendrait face à lui, une fiole à la main:

-Tu n'es rien! Rien qu'un monstre que tes imbéciles de parents ont été faibles de tuer à la naissance! Tu apportes le déshonneur à cette famille! Ah, tu veux me faire plaisir? Sors de ma vue. Définitivement.

NON!

Rouvrant les yeux, Luc se lève, regardant tour à tour chaque personne, le regard dur, le visage marqué par la détermination.

-Je viens.

-Et nous aussi.

Toutes les têtes se tournent vers la porte pour y voir un homme du même âge que Joseph, au teint café au lait, les yeux en amandes, vêtu modestement, les mains sur les poignées d'un fauteuil roulant dans lequel se trouve une femme habillée de couleurs chatoyantes.


Lorsqu'il se réveille, Gringoire porte aussitôt une main à l'arrière de la tête tout en ne retirant pas un gémissement de douleur.

-Ouch! Ma tête!

-Vous allez bien?

Levant la tête vers la voix, Gringoire découvre que son vis-à-vis est Phoebus de Châteaupers! Qui lui offre un verre d'eau que le poète accepte avec reconnaissance.

-Capitaine! Où suis-je?

-Dans les prisons du palais de justice. Savez-vous pourquoi on vous a arrêté?

S'agenouillant tout en gardant une main à l'arrière de la tête, Gringoire explique ce qu'ils ont fait Dina et lui, son dernier souvenir étant qu'il priait Mère Nature de prendre soin de sa fiancée partie chercher de l'aide à Reims, plus exactement chez les de Châteaupers.

-...ensuite c'est le trou noir.

-Quelqu'un a dû vous voir lorsque vous avez libérer Scorpion. réfléchis Phoebus. Et vous assommer pour mieux vous conduire ici.

Acquiesçant, Gringoire comprend mieux pourquoi il est enfermé avec comme compagnon d'infortune l'un des fils aînés du Ministre de Châteupers.

-Comment va-t-il?

Phoebus fait un signe de la main pour montrer à son interlocuteur où se trouve Scorpion.

Gringoire tourne la tête vers la gauche où il voit Scorpion allongé, sa tête sur les genoux de Clopin.

-Ses blessures sont sérieuses, mais avec beaucoup de repos et plusieurs soins quotidiens il guérira, mais... répond Rubis.

Tournant la tête vers Rubis, Gringoire est impressionné. Dina lui avait expliqué que la femme de son cousin est une femme dépourvue de couleurs, mais pouvoir le voir de ses propres yeux est plus...réaliste.

Le visage jusque là inquiet de Rubis s'assombrit tout en tentant de retenir ses larmes.

-Mais? demandent en chœur Ruben, Clopin et tous les autres.

-Mère Nature vient de m'apprendre qu'il ne pourra plus jamais parler.

Des exclamations choquées fussent de toutes parts, alertant cinq soldats qui, agacés, ont dû interrompre leur jeu de dès, menaçant les prisonniers de les passer à tabac s'ils ne se taisent pas sur le champs.

Ce que font les prisonniers.

-Il commence de la fièvre. grimace, inquiet, Clopin.

Améthyste, je suis sincèrement désolé. Quel ami suis-je pour ne pas t'avoir reconnu?!

✵Ne sois pas aussi sévère avec toi-même, petit Prince de Thunes. Tu connais Améthyste lorsqu'il a une idée en tête c'est un vrai bourricot!✵

Clopin sent un mince sourire aux lèvres en entendant le doux murmure de Mère Nature tout en repensant à quelques anecdotes où Améthyste s'est révélé têtu.


Le temps passe très lentement pour les prisonniers qui reçoivent la visite de Frollo qui prend plaisir à les voir en cage. Tout en ignorant les suppliques des parents et du petit frère d'Esmeralda.

Néanmoins, il dû leur apprendre que le châtiment de la belle Esmeralda aura lieu dans trois jours.

Ce jour-là Gringoire apprit le motif de son arrestation: Hérésie.

Il avait été vu et surtout entendu prier une autre divinité que le Dieu Unique.

Sa sentence? Le bûcher. Comme Esmeralda.

En entendant le verdict, Ruben et ses gens se sont révoltés, clamant haut et fort que si le poète et la jeune fille subissent le bûcher, alors eux aussi.

Dans la clameur des prisonniers que les soldats tentent de faire taire, personne ne fait attention à Esmeraldo qui, en pleine vision, sent un sourire confiant étirer ses lèvres.

Ces 3 jours de sursis avaient été accordé aux prisonniers suite à des difficultés rencontrées par les soldats en voulant construire l'estrade sur laquelle Esmeralda et Gringoire brûleraient (suite à une question de Rubis, Phoebus lui apprit que par sa naissance, il aurait la tête tranchée à l'épée).

Pendant les deux premiers jours Ruben avait retrouvé la santé, mais pas son don. De même qu'Améthyste, dont la fièvre n'est plus qu'un lointain souvenir, bien que souffrant encore de ses blessures ''offertes'' par Oiseau et Frollo.

Les deux amis avaient pu se serrer la main à travers les barreaux de leurs cellules, heureux de se revoir.

Gringoire apprit à Ruben, sa famille, Clopin et aux autres la gravité des blessures d'Améthyste dont celle, plus grave, de la bouche et de l'œsophage

Cependant la perte de la parole est un coup dur pour l'envoyé de Mère Nature, mais s'il parvient à le cacher à Phoebus, Gringoire et aux gens de Ruben ce n'est pas le cas pour la famille Lopez et Clopin.

Après avoir eu connaissance de ce qui l'attend, Gringoire avait pu obtenir du papier, de l'encre et une plume pour écrire à ses parents vieillissants, André et Oscarine (1) Gringoire, une dernière missive.

Il n'avait pas pu en avoir plus de papier pour écrire à sa fiancée.

Les deux premiers jours avaient été éprouvants pour tous car malgré l'épaisseur des murs et le fait qu'ils soient sous-terre tous ont pu entendre les cris de désespoir de Quasimodo.


Pendant ces trois jours Esmeralda s'était sentie bien seule dans sa cellule. Savoir sa famille et Phoebus à quelques mètres d'elle, mais dans l'incapacité de leur parler a été un véritable déchirement.

Elle a longuement prié Mère Nature pour qu'elle protège sa famille et toutes les autres personnes victimes de Frollo.

Lorsque l'aube se manifeste c'est Oiseau qui vient la chercher personnellement, lui attachant les mains derrière le dos.

Le chemin jusqu'à l'estrade est flou dans sa mémoire, elle note néanmoins avec surprise qu'un homme, lui aussi ayant les mains liées, s'avance vers l'estrade.

Quelques instants plus tard ils sont tous les deux attachés au même poteau, dos à dos.


1) Clin d'œil à mon couple préféré dans le manga « La Rose de Versailles » mieux connu sous le nom de « Lady Oscar » dans sa version animé!