Atelier d'écriture du 23/03/2024
Une vieille dame est arrêtée devant un champ de vigne à huit heures du matin. Dans sa voiture, elle fume son cigare au volant en plein mois d'août.
Décrivez la scène et imaginez le contexte.
xxx
Elle avait roulé toute la nuit, le réservoir de sa voiture était presque à sec il était temps de songer au ravitaillement en essence. Elle coupa le moteur, abaissa sa vitre et soupira de contentement et consulta sa montre à gousset qu'elle extirpa difficilement de la poche de sa robe : huit heures précises.
Elle décida, avant même de se sustenter, de s'offrir son petit plaisir quotidien matinal : fouillant la boite à gants, elle en sortit une boite métallique contenant sa marque de cigares préférés, les mêmes que ceux que la vieille Suliman avait envoyé à Haoru et dont elle ne pouvait désormais plus se passer. Elle en huma d'abord le parfum, riche et boisé, aux subtiles notes de camphre et de cuir, anticipant avec délice le moment de la première bouffée.
Enfin rassasiée de cette odeur divine, elle coupa l'extrémité amère du cigare d'un grand coup habile de ses dents tranchantes et le recrachant par la fenêtre de sa voiture. Enfin, attrapant la petite boite d'allumettes, elle gratta l'extrémité rouge, son oreille captant le délicat crépitement de l'étincelle avant que la flamette à l'odeur soufrée s'allume.
Elle aspira vivement tandis que le cigare s'embrasait. La fumée dense et chaude emplit aussitôt ses poumons et elle sentit le bien-être envahir son corps alors que la nicotine passait progressivement de ses alvéoles pulmonaires à son cerveau à travers la circulation sanguine. Elle s'affaissa sur le siège en cuir, relâchant tous ses vieux muscles fatigués par l'âge et la vie intense qu'elle leur avait fait mener.
Sa vie… Comme elle regrettait aujourd'hui la façon dont elle l'avait menée ! Si elle pouvait revenir en arrière, elle n'aurait pas gâché toutes ses années comme elle l'avait fait, à courir après un amour mirage comme Haoru… Haoru était destiné à Sophie, il l'avait toujours été, elle l'avait compris désormais en les voyant tous les deux.
Et si elle avait su, elle aurait accepté la demande en mariage de ce petit cordonnier lorsqu'elle avait vingt ans, mais qu'elle n'avait pas jugé à l'époque suffisamment haut placé pour consentir à lui offrir son cœur. Que de remords elle éprouvait maintenant !
Plongée dans ses pensées, elle en oublia de tirer sur son cigare qui se consumait entre ses amins, la cendre grise et fine se déposant en un petit tas sur le sol de sa voiture.
Quittant ses souvenirs, elle écrasa le reste du cigare, ouvrit sa portière et sortit contempler le paysage. Le soleil était déjà haut dans le ciel, par cette belle matinée du mois d'août ; elle sentait ses rayons réchauffer doucement sa peau à travers sa robe noire. Un frisson de plaisir inattendu parcourut sa vieille peau ridée par les années. Devant elle, un immense champ de vigne s'étendait à perte de vue, les ceps portaient déjà des grappes de grains verdâtres qui commençaient déjà à grossir et qui laissaient augurer d'une abondante récolte.
Elle se fit la promesse de revenir à l'automne, le raisin était son fruit préféré, elle en appréciait le doux jus sucré aux arômes fleuris qui se répandait en bouche chaque fois qu'un grain y éclatait.
Mais avant cela, elle allait continuer son voyage. Elle avait beau être vieille, elle avait droit elle aussi au bonheur, il n'était pas réservé qu'à la jeunesse ! C'est pourquoi elle avait quitté Haoru, Sophie, Calcifer, et leur château ambulant pour partir faire le tour du monde.
Et qui sait si la sorcière des Landes, au détour de ses pérégrinations, ne trouverait pas aussi l'amour ?
FIN
