Aonung tournait en rond depuis son retour au village. Le jeune guerrier ne cessait d'observer l'horizon à la recherche des éclaireurs dont son père avait pris la tête. Quelques heures plus tôt, alors qu'une quinzaine de guerriers étaient partis chasser, le groupe avait assisté à l'atterrissage d'un gigantesque objet volant. Bien qu'ils n'en aient jamais vu par le passé, tous savaient qu'il s'agissait d'un vaisseau humain. Les Omatikaya n'avaient pas menti. L'objet était si grand qu'il avait caché l'espace de quelques secondes tsawke, plongeant le groupe de chasseurs dans la pénombre.
Rapidement, il avait été décidé d'envoyer des éclaireurs afin d'observer les envahisseurs. Aonung et Rotxo s'étaient immédiatement portés volontaires, mais Tonowari avait préféré qu'ils retournent au village afin mettre en place des patrouilles de surveillance. Finalement, l'olo'eyktan était allé avec deux autres guerriers vers le lieu d'atterrissage, tandis que le reste des chasseurs étaient retournés à Awa'atlu.
Cela faisait désormais plus de quatre heures et tsawke se couchait à l'horizon. L'inquiétude tenaillait Aonung et le jeune guerrier faisait tout pour paraître le plus serein possible. Rien ne servait d'inquiéter les quatre membres du clan et encore moins sa mère qui était enceinte de son quatrième eveng.
Enfin, alors que les derniers rayons de tsawke disparaissaient, Aonung distingua des silhouettes au loin. Il poussa un cri de joie en reconnaissant son père et les deux guerriers qui l'avaient accompagné. Le hurlement de bonheur fut repris pas les autres sentinelles et bientôt la majorité des villageois arrivèrent sur la plage. Ronal se précipita vers son muntxatan et l'enlaça avec ferveur. Ce dernier répondit à son étreinte avec autant de passion puis tourna son attention vers son peuple.
— Les sawtute sont revenus ! lança-t-il d'une voix forte.
Des murmures paniqués parcoururent la foule. Personne n'avait oublié comment la venue des humains avait perturbé la vie des Omatikaya.
— Le conseil va se réunir ce soir et nous discuterons de tout cela avec le reste du clan dès demain.
— Demain ? Et s'ils viennent pendant la nuit ? s'inquiéta une voix féminine.
— Je peux vous assurer que cela ne sera pas le cas, les rassura Tonowari.
L'olo'eyktan n'attendit pas de réponse et fit signe aux membres du conseil de le suivre vers la loge. Sans hésiter, Aonung suivit ses parents ainsi que les quatre autres membres du conseil. Derrière eux, le murmure des voix se faisait bruyant, l'inquiétude submergeait le clan.
Comme à chaque réunion du conseil,la tsahìk prit le temps de servir la boisson rituelle avant de débuter la discussion. Cela faisait quelques années qu'Aonung était convié aux réunions et c'était pourtant la première fois qu'il espérait que sa mère se soit passé du cérémonial. La situation était urgente. Ils ne pouvaient pas perdre une minute.
Il semblait pourtant être le seul de cet avis car chaque membre but une gorgée lentement et récita les paroles consacrées avant de passer le bol à son voisin. Finalement, le tour d'Aonung arriva. Comme le voulait la tradition, il se devait d'être le dernier en tant qu'apprenti olo'eyktan à tremper ses lèvres dans le liquide et de passer le contenant vide à sa mère.
Enfin, Tonowari commença son récit.
Le vaisseau avait atterri sur l'île voisine, à moins de quatre kilomètres de leur atoll. Les sawtute étaient nombreux. Les éclaireurs en avaient compté une bonne centaine, mais ils étaient persuadés qu'ils étaient bien plus nombreux. Ils n'avaient pas encore fini de monter leur camp lorsque les trois guerriers avaient décidé de retourner au village.
— Ce n'est pas tout. Nous avons repéré la présence de nombreux ayeveng et surtout aucun d'eux ne portait de masque. Ils étaient capables de respirer sans aide.
Tous les membres du conseil ne purent retenir une exclamation de surprise et une certaine tension s'empara du groupe. D'aussi loin qu'il se souvenait, Aonung n'avait jamais entendu que des contes sur les étrangers masqués. Les sawtute n'étaient pas censés pouvoir respirer l'air de Eywa'eveng.
— Que devons-nous faire ? questionna Reämirkie, un guerrier expérimenté.
— Je pense que le mieux pour le moment est de nous contenter de les observer, répondit Tonowari. Je voudrais mettre en place une surveillance continue par groupe de trois guerriers.
Reämirke hocha la tête, tout comme Vìfeyim, Täkatx et Zenfpìa.
— Il ne paraissait pas belliqueux au premier abord, mais nous devons nous tenir prêts. Nous savons ce qu'ils sont capables de faire. Aonung ! Ajouta-t-il en se tournant vers son fils. Demain matin, aux premières lueurs du jour, Rotxo, Ipokx et toi vous rendrez près du camp des sawtute et vous surveillerez à distance. Je ne veux pas que vous entriez en contact avec eux. Nous vous enverrons trois guerriers pour vous remplacer quand tsawke sera à son zénith. Je te laisse l'annoncer à Rotxo et Ipokx.
Aonung salua son père et les membres du conseil comme il se devait. Le jeune guerrier était honoré que son père l'ait choisi pour effectuer cette mission. Comme il se devait, il avait assigné un guerrier plus expérimenté aux deux autres et Aonung était soulagé qu'il ne s'agisse pas de Nitxre. Ce dernier avait toujours été particulièrement détestable.
Sans attendre, Aonung se dirigea vers la loge de Ipokx afin d'annoncer au guerrier la mission qui les attendait demain. Le na'vi se contenta de hocher la tête en apprenant la nouvelle et ne posa aucune question ce qui semblait agacer quelque peu sa muntxate.
Aonung quitta l'endroit avant qu'elle n'ait pu l'interroger. Mìsey avait toujours su se montrer très persuasive et il n'était certain de ce que son père souhaitait partager avec le reste du clan.
Comme souvent, Aonung retrouva Rotxo sur la plage. Ce dernier laissait glisser son waytelem d'un air pensif.
— Quelles sont les nouvelles ? demanda-t-il sans se tourner vers le fils du chef.
— Mon père souhaite maintenir une surveillance sur les sawtute. Nous devons nous rendre à leur camp demain matin aux premières lueurs du jour.
Rotxo hocha la tête.
— Avec qui y allons-nous ?
— Ipokx.
Aonung esquissa un sourire en voyant la mine soulagée de son ami. Lui aussi n'avait aucune envie de devoir travailler avec Nitxre.
— Parfait ! Bon ! Nous devrions aller nous coucher. Il nous faudra des forces pour demain, déclara Rotxo en se levant.
Aonung hocha la tête et les deux amis firent le chemin vers leurs logis respectifs ensemble. Le premier eut à peine le temps de rentrer chez lui que sa sœur se précipitait déjà sur lui.
— Alors ? Qu'est-ce que le conseil a dit ? questionna Tsireya en se pendant à son bras.
— Sempul veut qu'on mette en place une surveillance sur les sawtute. Rotxo, Ipokx et moi prenons la première garde demain matin. Il faut que nous soyons partis à l'aube.
Tsireya hocha la tête et déclara qu'elle allait lui préparer une sacoche avec de la nourriture et des plantes médicinales. En tant que future tsahìk, sa sœur prenait très à cœur toutes les leçons que leur mère lui prodiguait et savait que jamais Ronal n'aurait laissé partir leur père sans le nécessaire.
Le lendemain matin, Aonung, Rotxo et Ipokx chevauchèrent leur ilu jusqu'à la colonie humaine. Les sawtute s'étaient installés dans un des arbres au bord de l'océan et Aonung constata rapidement qu'ils avaient bien avancé la construction de leur logis. Ces derniers ne ressemblaient en rien à ceux des Metkayina, mais étaient des sortes de boîtes carrées pourvues de fenêtres qu'ils avaient réussi à faire tenir entre les branches du grand arbre. Chacun des logis avait deux ouvertures. Un grand et un plus petit, tous deux obstrués par un grand tissu de couleur sombre.
— Regarde, souffla Ipokx en pointant du doigt une sorte d'animal gris sur lequel était transporté du bois. On dirait que ce sont ces animaux qui construisent tout.
En effet, les twasute semblaient seulement superviser le travail des animaux. Ils étaient assez peu visibles sur la plage. Tout au plus une trentaine, rien qui ne laissait deviner qu'ils pouvaient être plus de cent comme l'avait dit son père la veille.
Les humains étaient petits. Aucun d'eux ne semblait faire plus de deux mètres et Aonung se demandait comment des êtres si faibles pouvaient générer autant de frayeur. Il était certain qu'il suffirait d'une chiquenaude pour s'en débarrasser.
Il allait faire la remarque aux autres guerriers quand apparut sur la plage une nouvelle tawtuté. Il était presque certain qu'il s'agissait d'une femelle, car elle possédait des mamelles et portait ce qui devait être un bébé. Ce dernier était maintenu contre son buste à l'aide d'un tissu comme le faisait les mères na'vi. Toutefois, ce qui retint véritablement l'attention d'Aonung était la couleur de ses cheveux. La tawtuté les portait très longs et ils étaient aussi flamboyants que les flammes des feux de camp un jour de ftxozä. Était-ce naturel ? Tous les autres sawtute présents sur la plage avaient les cheveux foncés. Il se tourna vers Ipokx afin de lui poser la question, quand ce dernier l'obligea à s'éloigner un peu.
La tawtuté aux cheveux de feu venait dans leur direction. Elle portait désormais le petit humain dans ses bras et le berçait doucement tout en marchant sur le sable. Aonung devina au mouvement de ses lèvres qu'elle parlait au petit. Son visage était étrangement fascinant.
Cachés derrière des grands rochers, Aonung retint son souffle alors que la tawtuté se rapprochait dangereusement. Du coin de l'œil, il vit Ipokx porter la main à sa ceinture et agripper le manche de son couteau. La voix de la twatuté leur parvint et, même sans comprendre les paroles, Aonung devina qu'elle chantait une berceuse au bébé. Il ferma les yeux et ne put s'empêcher de constater qu'il la trouvait étrangement apaisante. Finalement, la voix de la tawtuté se fit de plus en lointaine et le jeune guerrier expira longuement. Rotxo et lui échangèrent un regard tandis que Ipokx relâchait le manche de son arme.
Le reste de la matinée fut peu instructif et Aonung fut ravi de pouvoir rentrer au village. Les collations qu'avait préparé sa sœur étaient délicieuses, mais rien ne remplacerait un véritable repas.
Dès leur arrivée au village, les trois guerriers firent leur rapport à Tonowari et Aonung alla retrouver sa sœur afin de manger avec elle, tandis que Ronal restait avec les membres du conseil pour discuter de ce qu'ils avaient appris concernant les sawtute.
Le conseil avait refusé d'annuler la venue des représentants du clan des Ta'unui. Cela faisait plusieurs mois que la visite était prévue et Tonowari ne souhaitait pas créer de problèmes diplomatiques entre les deux clans en l'annulant et risquer la possibilité d'une alliance matrimoniale entre les deux clans.
Le olo'eyktan et la tashik des Ta'unui avaient une fille de l'âge de Aonung et une union entre eux serait accueillie avec bienveillance.
Les Ta'unui arrivèrent en peu avant le repas du soir. Le matin même, Aonung avait été de surveillance avec Rotxo et Ipokx et il avait revu la tawtuté aux cheveux de feu. Bien que dans son cœur, le jeune guerrier l'appelle Txeptsyìp avec ses amis, il faisait toujours référence à elle quant à son statut dans la colonie humaine.
Aonung avait ressenti une pointe de déception qu'il s'était empressé d'enterrer lorsqu'il était devenu évident au fil des deux dernières semaines que Txeptsyìp était en fait l'épouse du chef des humains. Ce dernier semblait beaucoup se référer à elle et le bébé qui était presque toujours avec elle était aussi celui du chef.
Aonung ne comprenait pas trop la fascination qu'il éprouvait pour cette tawtuté. Les autres guerriers ne semblaient pas troublés par Txeptsyìp. Nitxre avait même déclaré que ses cheveux étaient sans doute un signe de son origine démoniaque.
Aonung était rentré au village peu après alors que tsawke était caché derrière Naranawm et avait passé le reste de la journée avec Rotxo et Lärku à discuter de la venue des Ta'unui et de la beauté supposée de sa promise.
Finalement, à l'arrivée des Ta'unui, Aonung se trouvait aux côtés de ses parents pour les accueillir. Rapidement, ils proposèrent à sa sœur et lui de montrer le village à Kayea, la promise d'Aonung et à son frère, Ukuai.
La mère d'Aonung n'avait pas menti, Kayea était très jolie. Elle possédait une longue chevelure brune qu'elle avait coiffé de coquillages et autres bijoux et ses yeux étaient d'un bleu qui rappelait au jeune guerrier la lagune. Son sourire était des plus charmants et ne laissait visiblement pas indifférent Rotxo qui avait décidé de les accompagner dans leur visite.
— Votre village est vraiment joli et bien pensé, les complimenta Kayea en admirant les marui.
Cela sembla plus flatter Rotxo que lui, Aonung avait beau essayer de ne pas le montrer, mais son esprit ne cessait de s'envoler vers une autre plage et surtout vers Txeptsyìp. Que lui arrivait-il pour que cette tawtuté le détourne de celle qui devrait occuper toutes ses pensées ?
— Qu'en dis-tu, Aonung ? demanda Rotxo.
Surpris, le jeune guerrier tourna son attention vers son ami et constata que tous le fixaient dans l'attente d'une réponse.
— Quoi donc ?
— Tsireya proposait d'aller nager dans le récif.
— Oui ! Bonne idée ! Très bonne idée même, répondit-il en se tournant vers sa sœur.
Cette dernière lui lança un regard inquiet, mais ne chercha pas à en savoir plus. Cette conversation pouvait attendre. Finalement, Aonung, sa sœur et Rotxo entreprirent de faire découvrir la lagune à leurs invités. La faune et la flore étaient particulièrement majestueuses alors que tsawke se couchait à l'horizon. Lorsqu'ils retournèrent sur la plage, la pénombre avait englouti le lagon et un feu de camp avait été allumé sur la plage. Sans perdre un instant, les cinq Na'vi allèrent retrouver les autres et s'installèrent autour du feu afin d'écouter le conteur.
Vìfeyim était aussi membre du conseil et sa manière de conter avait toujours su toucher le cœur d'Aonung. Ce soir-là, il raconta une histoire mettant en scène un olo'eyktan et sa tsahìk durant les grands troubles qui avaient touché les Metkayina plus de trois cents ans plus tôt. Le jeune guerrier l'avait déjà entendue plus d'une fois, mais il sentait que ce soir-là le conte lui était en partie adressé.
Il jeta un coup d'œil dans la direction de Kayea qui lui offrit un petit sourire. Elle aussi avait saisi le message.
Les Ta'unui avait quitté le récif la veille après cinq jours de festivité. Aonung avait passé la plupart du temps avec Kayea afin de faire sa connaissance. Les unions arrangées n'étaient pas rares entre un futur olo'eyktan et une tsahìk en formation, mais elles n'étaient jamais forcées. Avant toute chose, il était essentiellement que les deux promis se plaisent. Sans cela, il y avait toujours un risque qu'Eywa rejette leur union.
Aonung avait apprécié Kayea, mais il savait qu'il faudrait plus d'une rencontre avant qu'ils puissent choisir de s'engager. Il était déjà prévu qu'Aonung rende visite aux Ta'unui dans les prochains mois. Rotxo n'avait pu dissimuler son envie. Le jeune guerrier avait immédiatement été attiré par Kayea et avait bien eu du mal à le cacher. Aonung était même certain que la tsakarem avait remarqué les tentatives de séduction du jeune Na'vi.
La visite des Ta'unui étant terminée, Aonung devait de nouveau participer à la surveillance des sawtute. Cette fois-ci, Rotxo, Ipokx et lui devaient effectuer la garde de fin de journée. Ils relevèrent Netxri et deux de ses amis ricanaient et les prévinrent que le spectacle était au rendez-vous.
Aonung leur lança un regard interrogatif tandis que Rotxo leur demanda ce qu'ils voulaient dire par là, mais les guerriers s'entre-regardèrent et répliquèrent qu'ils ne souhaitaient pas gâcher la surprise. Ipokx secoua la tête avec agacement et fit signe aux plus jeunes de le suivre. Il ne prit pas même la peine de saluer les trois autres Na'vi et leur tourna le dos avec mépris. Aonung ne put rater la lueur de rage dans les yeux de Netxri, mais suivit Ipokx en silence.
Dès qu'il eut rejoint son poste d'observation habituel, Aonung comprit ce que voulaient dire les trois précédents éclaireurs. Txeptsyìp était en train de se baigner avec son bébé. Aonung écarquilla les yeux en la voyant. Il ne l'avait jamais vu aussi peu vêtue au cours de ses précédentes surveillances. La tawtuté portait en tout et pour tout un tissu noir cachant ses parties intimes, mais seuls ses cheveux recouvraient sa poitrine. Elle était entrée dans l'eau jusqu'à la taille et tenait son bébé à bout de bras et la petite créature battait avec entrain ses petites jambes potelées sous les encouragements de sa mère.
Aonung esquissa un sourire tandis que l'enfant avançait dans l'eau. Finalement, Txeptsyìp prit le bébé dans ses bras et l'embrassa sur le crâne avant de rejeter une partie de ses longs cheveux mouillés en arrière. De là où il était, le jeune guerrier n'eut aucun mal à discerner la pointe rosée d'une mamelle. Cela n'avait rien à voir avec celles bleues et bien plus petites que celle des Amhul de son clan.
L'espace d'un instant, l'envie de porter la main à son entrejambe le traversa, mais Aonung se reprit. Il ne pouvait pas se comporter ainsi, surtout pas en présence de Rotxo et Ipokx. Inquiet, il jeta un coup d'œil dans la direction de ces deux derniers et constata qu'ils fixaient la scène d'un air sérieux, mais ne semblaient pas troublés.
Un cri masculin le fit de nouveau tourner la tête vers Txeptsyìp. La jeune femme était désormais plongée dans l'eau jusqu'aux épaules et conversait avec un tawtutan. Sa position donnait l'impression qu'elle n'était pas à l'aise avec le fait que son interlocuteur la voit si peu vêtue. Cela fut confirmé par le fait qu'elle attendit qu'il ferme les yeux avant de sortir de l'eau avec son bébé. Elle lui tendit l'enfant et entreprit de remettre son pagne marron qui lui tombait jusqu'au mollet puis son haut noir qui lui arrivait un peu au-dessus du nombril.
Aonung avait été surpris lorsqu'il avait fini par remarquer que les sawtute eux aussi avaient un nombril. Il n'aimait pas penser au fait qu'ils se ressemblaient peut-être plus qu'il ne le pensait, ou en tout cas plus que les histoires qu'on contait au coin du feu voulaient bien l'avouer.
En passant Txeptsyìp donna un léger coup d'épaule au tawtutan et ce dernier le lui rendit en souriant. Les deux sawtute retournèrent vers le village en discutant avec animation. Aonung les suivit du regard et les trois éclaireurs profitèrent que Txeptsyìp se soit éloignée pour rapprocher de colonie. Il n'était pas évident de rassembler des informations alors que la langue que les sawtute leur était inconnu, mais Aonung en avait beaucoup appris sur leur mode de vie depuis le début de ses observations.
Comme les Na'vi, ils vivaient en groupe et formaient des pairs. Tous les matins, à l'aube, un groupe partaient à la pêche, tandis qu'un autre allait cueillir des fruits. Il arrivait aussi que les enfants se regroupent au pied du grand arbre durant la matinée. Assis par terre, ils écoutaient avec attention ce que leur disait Txeptsyìp. Souvent, les enfants tenaient un morceau de bois dans les mains et semblaient dessiner ou graver des choses sur un matériau inconnu d'Aonung. Txeptsyìp était-elle karyu ?
— Je pense que le garçon est son frère, lança soudainement Rotxo.
— Tu penses ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— Ils ont exactement les mêmes yeux, répondit-il comme une évidence.
— Tu en penses quoi, Ipokx ? C'est bizarre qu'on ne l'ait jamais vu avant s'ils sont vraiment frère et sœur, non ? demanda Aonung.
Il ne savait pas pour quelle raison, il cherchait à contredire son ami, mais n'avait pu s'empêcher d'intervenir. Comme s'il était trop dur pour lui de laisser le dernier mot à Rotxo quand il s'agissait de Txeptsyìp. Rotxo haussa les épaules et répliqua simplement qu'il trouvait qu'ils se ressemblaient.
— Ces sawtute se ressemblent tous, de toute manière, rétorqua Aonung avec mépris.
Peut-être que s'il était assez convaincant, personne ne se douterait que Txeptsyìp occupait un peu trop son esprit. Son meilleur ami lui lança un regard surpris, mais ne chercha pas à le contredire tandis que Ipokx marmonnait quelque chose d'incompréhensible sans quitter le village des yeux.
Contrairement au reste de la faune et de la flore de Eywa'eveng, les sawtute n'étaient pas bioluminescents. Pour une raison qu'Aonung ignorait, le camp était éclairé d'appareil produisant de la lumière dès que tsawke se couchait. Au début, Aonung crut qu'il s'agissait de flambeau et qu'ils les avaient allumés pour une cérémonie quelconque, mais le jeune guerrier se rendit rapidement compte qu'il s'agissait pour les sawtute simplement d'un moyen de s'éclairer, comme s'ils étaient incapables de voir dans la pénombre. Était-ce le cas ?
