Blabla de début de l'auteure :
Bonjour mes chers lecteurs ! Pour une fois, j'ai attendu d'avoir plusieurs chapitres d'avance avant de publier, alors le rythme de publication de cette fic sera plus ou moins régulier ? (On y croit !).
Bonne lecture !
Couples : Kakashi x Iruka et Naruto x Sasuke (parce que je ne peux pas m'empêcher d'écrire sur eux). Il y aura d'autres couples d'arrière-plan, mais ces deux là sont ceux que j'explorerai et traiterai le plus.
Résumé : Quand l'équipe d'Iruka est mandatée pour traiter avec fermeté et vigueur le cas particulier de Kakashi Hatake, en vue des très attendues élections gouvernementales, l'oméga y voit là une occasion de donner à sa carrière l'élan dont elle a cruellement besoin.
Et s'il savait que s'engager dans cette colossale aventure ne serait pas de tout repos, il ne s'attendait à ce que le problème vienne de Kakashi lui-même. Car au-delà d'être le génie porteur de l'héritage et de la Volonté du Feu du Quatrième du nom, l'alpha représente tout ce qui exaspère et fascine Iruka en même temps.
Il est comme l'océan. À la fois les vagues douces et apaisantes. Et les vagues incessantes et dévorantes.
Et par-dessous tout, l'alpha le convoite.
Iruka ne peut pas le nier, ou lutter contre. Il ne peut, au final, que prier pour que cet amour né de leurs différences et de leur appétit de découverte, ne finisse pas, à l'instar des démons qui dansent le regard de Kakashi, par le consumer tout entier
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Make Me
Prologue
The Kingsmaker
How to create a revolution.
…
Mai.
Il était huit heures ce matin-là, lorsque Iruka Umino sortit d'une voiture noire aux vitres teintées dans le garage souterrain du palais du gouverneur de Konoka.
Le chauffeur l'avait laissé près des portes de l'ascenseur privé, fortement gardé par les agents de l'Anbu, menant directement au dernier étage, et accessible uniquement à partir du sous-sol du bâtiment.
Mer de costumes noirs, lunettes de soleil noires, voitures noires…comme aucun communiqué de presse n'avait encore été publié, la discrétion était de mise.
Alors que le véhicule quittait le parking souterrain faiblement éclairé, Iruka passa une main nerveuse sur les plis de sa veste à fines rayures et se dirigea vers la cabine privée. Les parois en cristal lui renvoyèrent son reflet qu'il préféra ne pas surveiller plus que nécessaire. Il pressa un doigt sur l'unique bouton, l'appareil s'enclencha aussitôt, le propulsant à une vitesse vertigineuse vingt-trois étages plus hauts.
Dans un tintement, les portes s'ouvrirent sur le vestibule du Leaf Office, le surnom donné au bureau du chef d'État.
Le décor, intentionnellement spartiate, n'avait pas beaucoup changé de ce qu'il se remémorait de l'époque où l'étage était occupé par Hiruzen Sarutobi. Comme si Tsunade n'avait pas osé s'approprier le lieu après les vingt-cinq ans que l'ancien chef du parti Unitaire avait passé dans les principales entrailles de cette fourmilière qu'était le Pays du Feu. Le regard brun de l'oméga balaya avec une nostalgie lointaine l'immense hall en verre et en acier, dallé de marbre, le plafond, le sol, les murs ; austères, intimidants. Seule tache de couleur, sur le plan de gauche, une mosaïque de petits tableaux d'art contemporain, disposés en losange, représentant une série d'objets quotidiens du passé avec une telle finesse de détail qu'ils ressemblaient à s'y méprendre à des photographies.
« Iruka-san », l'accueillit Shizune, l'assistance de la gouverneure.
Telle l'horloge parfaitement réglée qu'était le palais, il avait à peine jaillit de l'appareil que la jeune femme avait quitté la réception et était venue à sa rencontre afin de lui expliquer le protocole, comme l'exigeait la procédure, et lui servir de responsable auxiliaire pour le guider.
« Tsunade-sama est en réunion avec le Conseil, mais elle va vous recevoir dans quelques instants », ajouta-t-elle de cet air affable qu'il lui connaissait et qui l'avait toujours fait apparaitre fort sympathique à ses yeux. Elle lui ouvrit le chemin d'un geste du bras : « Suivez-moi, je vous prie. »
Aussi, Iruka se laissa entraîner à travers les allées du bâtiment principal, où l'agréable odeur de tatami et de bois l'enveloppa aux portes. Le froid de la forêt environnante s'infiltrait dans les vieilles salles. La moquette épaisse, les lumières tamisées, et l'air condition, créaient une atmosphère confortable.
Alors sans doute, l'agitation qui rampait sous sa peau n'était pas de la nervosité. Du moins, essayait-il de s'en convaincre. D'habitude, ce genre d'énergie nerveuse agissait plutôt positivement sur lui.
Tout le monde avait une manière de gérer son stress.
Certains effectuaient des exercices de respiration, d'autres avaient des déclencheurs physiques pour combattre leur anxiété, et d'autres encore, comme lui, laissaient leur esprit se perdre pour se distraire du nœud du problème.
Son truc à lui c'était de divaguer en pensant à des choses insignifiantes et totalement aléatoires. Le nombre d'étages de l'édifice l'intimidait ? Il n'avait qu'à fixer les chaussures à talons haut d'un pourpre profond que portait Shizune, et qui claquait sur le sol en marbre au rythme de son pas énergique. De là, un million de tournures de pensée se présentaient à lui. Il n'avait qu'à choisir parmi l'une d'entre elles et s'y plonger jusqu'à être assuré que sa préoccupation première soit reléguée au second plan.
Néanmoins, ce n'était pas une méthode infaillible, puisqu'il avait tendance à trop avoir la tête dans les nuages en pensant constamment à mille choses à la fois.
En même temps, l'entretien qui allait déterminer le cours de sa vie avec la personne la plus importante du pays approchait à pas de géants.
Peut-être qu'il avait le droit d'être nerveux.
(Ce qu'il n'était pas.)
Si seulement il avait apporté des bêtabloquants, comme ceux qu'Anko avalait avant de monter sur un plateau pour éviter d'avoir la bouche sèche et la voix hésitante…
Fortuitement, bien vite, ils arrivèrent devant une porte vitrée que Shizune déverrouilla avec une carte magnétique avant de l'invité à entrer le premier. Puis, une fois à l'intérieur, Iruka pu constater qu'en effet, le siège en cuir blanc de Tsunade était vide.
Ignorant de la durée pendant laquelle elle serait encore retenue, il en profita pour reprendre l'inspection de son environnement. La pièce était vaste, un peu trop d'ailleurs, pour une seule personne. Dans le coin, il y avait plusieurs canapés disposés en « L ». Par la baie vitrée, on pouvait contempler tout Konoha jusqu'à l'orée de la célèbre falaise au visage des précédents et actuels gouverneurs. Attraction qui représentait le point culminant du tourisme dans la région depuis de nombreuses années.
À force de se laisser happer par cohue de la ville qui s'ouvrait chaque jour pour l'englober, le flot des sons ambiants qui l'entourait en permanence dans les rues bondées et épongées, il oubliait parfois combien Konoha avait à offrir.
Le panorama spectaculaire de cette cité négligée s'étendait désormais à ses pieds, dans toute sa splendeur, saisissant, figeant Iruka pendant un instant, tétanisé par tant de beauté.
« Comment va Hiruzen ? », s'enquit soudainement Shizune, le sortant de ses contemplations.
En hôte parfaite, elle faisait la conversation, vraisemblablement pour l'aider à patienter. Il se désintéressa de la baie vitrée et se tourna vers elle, s'imaginant qu'à force que contempler cette vue matin et soir, elle était devenue en quelque sorte immunisée.
« Il se porte à merveille! Un peu trop même, en fait. Le médecin lui préconise plus de repos, mais il n'écoute personne », répondit-il, avec un sourire mêlée d'une tendresse bourrue.
Shizune laisser échapper un petit rire, avant de plaisanter :
« Ah, ces vieux, quelle plaie, parfois ! »
« Je ne vous le fait pas dire ! », renchérit-il, son sourire s'épanouissant.
« Comment aimez-vous votre café ? »
« Plus de café pour aujourd'hui », l'oméga refusa avec une légère grimace. « J'apprécierai bien un thé, cependant. »
« Tsunade-sama devrait suivre votre exemple », commenta Shizune en se dirigeant vers la bouilloire électrique. « Elle est accro au café.»
Comme s'il suffisait de prononcer son nom pour l'invoquer, la porte du bureau s'ouvrit avec fracas sur la gouverneure Cinquième du nom de l'État de Konoha.
« Ça fait des commérages derrière mon dos ? », dit-elle dans sa délicatesse habituelle.
Sa voix était dénuée de piquant, peut-être un peu amusée, mais son visage était impassible.
L'expression chaleureuse d'Iruka ne l'avait pas quitté tandis qu'il rétorquait :
« Non, puisque vous êtes là. »
La gouverneure se contenta de lever les yeux au ciel à la remarque impertinente. Ensuite, elle agita négligemment la main en direction de la porte.
« Shizune, laissez-nous. »
L'interpellée livra une sous-tasse et une tasse en porcelaine d'où s'échappait une agréable odeur de camomille à leur invité, puis s'inclina respectueusement devant sa patronne et tourna les talons.
Alors que les portes du Leaf Office se fermaient sur l'assistante, Tsunade le considéra.
« Kakashi est en retard », lâcha-t-elle en désignant les canapés en forme de « L », l'invitant à s'y installer.
Iruka s'empressa de s'exécuter. Il s'assit élégamment, une jambe derrière l'autre, sa posture détendue pour ce début de conversation informelle, très appréciée.
« Je crois que c'est une sorte de jeu, pour lui », ajouta Tsunade, d'un ton qui suggérait qu'elle savait toujours que c'était une chose attendue, avant de défaire le bouton de sa veste de tailleur et de se caler avec souplesse dans le fauteuil en face du sien. « Ce gamin ne prend rien au sérieux. »
Elle claqua la langue contre son palais avec désapprobation.
« Cela dit, ne perdons pas de temps, tu dois sans doute savoir pourquoi je t'ai fait appeler ? »
D'un coup, la tension monta d'un cran dans la pièce. Les plaisanteries et les banalités prirent fin. Tout devint incroyablement silencieux. Comme si le monde venait d'être assourdi. Iruka acquiesça d'un hochement de tête, malgré la boule qui lui nouait l'estomac, il conserva son calme.
Il y avait petite table ronde entre eux, un chabu-dai, parfaite pour la cérémonie du thé et pas trop mal pour prendre un café ou poser un cendrier. L'oméga y déposa sa tasse en porcelaine et posa les mains sur ses genoux.
« La course au Leaf Office est officiellement lancée », déclara Tsunade d'un air grave.
Tous les gouverneurs précédents avaient été des alphas et il en serait ainsi sans doute encore bien des années à l'avenir. Ce n'était pas une prédisposition au poste, de toute évidence, pas dans les textes d'État, ni la constitution, mais c'était juste ainsi que les choses fonctionnaient. Et il n'était jamais venu à l'idée de qui que ce soit de contester un fait aussi implacable. Le faible servait le fort. L'alpha était le chef de la meute, les autres exécutaient ses ordres, point à la ligne. Les mentalités n'étaient plus aussi rétrogrades qu'à l'époque de leurs grands-parents, mais les choses n'avaient pas tant évolué. Pas, en tout cas, au point de reformer totalement tout leur système gouvernemental. Quoi qu'on en disait, certains avaient beau se plaindre dans des commentaires de bars, leur société continuait de tourner parce que chacun restait persuadé qu'il y aurait toujours cette figure incapable d'être renversée.
De cette façon, Tsunade Senju était elle aussi une alpha. Et elle en avait le caractère. Elle débordait d'assurance, se fichait de ce que les autres pensaient quand elle avait ses objectifs en tête, et ne gaspillait pas de mots en bavardages inutiles. Quand elle n'avait pas ce qu'elle voulait, elle n'hésitait pas à gueuler, à jouer des coudes ou à jeter les gants s'il le fallait. Combien de fois Iruka l'avait-il vu couper la parole à un concurrent à la télévision nationale ou à deux doigts d'envoyer quelqu'un dans le mur par la faute d'une intervention qui n'allait pas dans son sens ?
« J'ai beaucoup réfléchi à la question. Si je n'avais pas été si prise par mes propres obligations, je me serais moi-même occupée de la campagne de Kakashi dans les moindres détails. Vois-tu, à l'époque, c'est Orochimaru qui avait pris en charge la mienne. Depuis, malheureusement…disons que nos divergences d'opinions ont fait voler en éclat nos rapports. »
Pendu à ses lèvres, Iruka analysa cette confidence délivrée à brule-pourpoint. Comme n'importe quel acteur politique qui se lançait dans le décryptage des machinations politique de l'histoire du Pays du Feu, il connaissait l'affiliation entre Tsunade, Jiraya et Orochimaru, ceux que l'on nommait jadis le 'Trio Légendaire'. De leur début d'enfants réunis par la guerre à leur séparation aussi brusque que très peu expliquée. Sa soif de découverte le poussait à creuser pour connaitre la fin de cette histoire qu'il n'avait jamais entendu. Mais il doutait être l'interlocuteur avec lequel Tsunade souhaitait s'en appesantir.
« Ceci dit », poursuivit-elle, « Il me reste toujours le souvenir de la manière expéditive avec laquelle il avait piétiné nos concurrents un par un. Je reconnais qu'il serait difficile de trouver quelqu'un avec aussi peu de scrupule. La seule personne compétente qui m'est venu à l'esprit, vraiment, c'est toi Iruka. »
Lequel émit un faible sourire, acceptant l'éloge pour ce qu'il était. En vérité, il hurlait de joie en son for intérieur. Mais à l'extérieur ? Un parangon d'humilité, bien évidemment.
Il répondit, sans se lisser :
« J'en suis très honoré, maitre Tsunade .»
Tsunade était loin d'être une transformiste. Elle était surtout un tyran qui ne se préoccupait ni du statut, ni des origines de ses sbires, du moment que ceux-ci étaient capable de présenter en temps et en heure le travail qu'elle leur assignait. Elle lui avait donné la chance de se faire un nom dans ce milieu, au détriment des idées reçues et des préjugés.
« La raison pour laquelle je n'ai pas fait appel à toi plus tôt, c'est parce que je n'étais pas certaine que t'introduire dans l'équipe de Kakashi soit une idée judicieuse. »
Elle parlait avec prudence, mais il avait l'impression que la raison de ses réticences ne fut guère aussi futile qu'elle le laissait paraitre. La question lui brulait les lèvres, or, il se força à la ravaler, incertain de la réaction de Tsunade face à cette indiscrétion. Elle connaissait des aspects de sa vie dont très peu de gens avaient idées mais elle restait sa supérieure.
« J'ai révisé mon jugement. Tu es doué, Iruka. Tu sais donner de la place aux gens, leur faire croire que leur besoin est une priorité, et surtout, tu connais l'arène politique de Konoha mieux que personne. Cependant, je dois de te prévenir… »
Elle lui décocha un regard incisif.
« Kakashi est quelqu'un de très particulier. »
Elle dit cela avec une certaine emphase, et pendant un instant, n'ajouta plus rien. Elle se contenta de le fixer, immobile, les mains entrelacées, pareillement à si elle s'attendait, par cette simple déclaration, à le voir prendre ses jambes à son cou et claquer la porte du bureau en sortant.
C'était mal le connaitre.
Finalement, lorsqu'elle reprit la parole, elle ne dévia pas de sa lancée :
« Capricieux, instable, inconstant, crois-moi, tu auras envie de l'étrangler trop souvent… mais c'est aussi quelqu'un d'extrêmement intelligent. »
Iruka en était conscient, il avait bien appris ses leçons.
Il connaissait présentement l'histoire de Kakashi Hatake probablement mieux que l'officier d'état-civil qui avait établi son certificat de naissance. Et même avant d'être placé sur ce dossier, il aurait fallu vivre dans une grotte, elle-même située sur une île déserte, pour ne pas avoir perçu quelques échos sur sa personne. Que ce soit par son affiliation floue à la vieille et richissime famille Uchiha, le fait que sa photo s'étalait au moins une fois par semaine en couverture des magazines people, qui se délectaient de ses nombreuses frasques. Ou même par sa réputation de génie indicible, d'héritier du gouverneur Quatrième du nom Namikaze.
Seulement, comme elle l'avait si bien souligné, il avait lui-même plus d'un tour dans son sac : solide culture générale, irréprochable sens de l'écoute, capacités d'adaptations et d'improvisations exceptionnelles, et d'excellentes qualités relationnelles, il n'était pas le chef de meute au ministère de la Justice pour rien.
Donnez-lui des oranges, et il vous fournira du jus, de la confiture et de la limonade.
Et si Kakashi Hatake était un génie, alors lui, il était un professionnel. Il travaillait dans la communication politique depuis la fin de ses études et était habitué à diriger des équipes de cadres et à superviser des événements prestigieux.
Iruka était un couteau très tranchant, même si l'homme qui l'avait aiguisé avait pris sa retraite.
Tsunade en avait conscience. C'était précisément la raison pour laquelle il se tenait devant elle en ce moment. Elle l'avait littéralement vue évolué et grandir, dans sa maturité comme dans sa politique.
Et surtout, il n'existait aucun autre endroit sur terre où il voulait être. Il devait se rappeler que ce n'était pas un cadeau, encore moins une faveur. C'était le fruit de son travail acharné durant tellement d'années qu'il l'avait conduit jusqu'ici.
Il se revoyait lui-même, adolescent, il retrouvait sans peine le chemin des émotions qu'il ressentait à cette époque. Son attitude, sa façon de parler, de marcher, l'assurance folle qu'il s'était tant évertué d'acquérir.
Dans le monde politique, on ne faisait pas de cadeau et dans les rares cas où cela pouvait arriver, ils n'étaient pas innocents. Comme ceux de son enfance, ils venaient avec leur lot d'attentes et d'arrière-pensées.
Il ouvrit la bouche, s'apprêtant à faire acte de cette combativité qui brulait dans sa poitrine dans un discours emplis de pugnacité, mais fut interrompu par la porte du bureau qui s'entrouvrit. La tête brune de Shizune y surgit une seconde plus tard.
« Maitre Tsunade ? Pardon de vous interrompre, mais Kakashi-san vient d'arriver. »
« Oui, oui, Shizune », répondit la gouverneure, dans un signe de main engageant. Elle échangea un regard désabusé avec Iruka, qui se permit un sourire. « Faites-le entrer. »
Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrait de nouveau. Des pas feutrés se firent entendre, jusqu'à ce qu'une conséquente silhouette s'immobilise derrière Iruka, qui de dos, n'avait que le visage de Tsunade pour juger du caractère de l'arrivant. Celle-ci leva le menton à son encontre.
« Kakashi », psalmodia-t-elle, d'un ton incendiaire. « Merci d'enfin nous faire la grâce de ta présence. »
Iruka ne se retourna pas, ni ne leva la tête, mais tout son corps se figea lorsque le nouveau venu prit la parole.
« J'ai entendu de Shizune que vous étiez en réunion avec le Conseil. »
Il avait une voix à la fois grave et basse. Légèrement rocailleuse.
Soudain, étrangement, sans qu'il puisse le concevoir, encore moins l'expliquer, l'oméga eut l'impression que le son de cette voix se répercutait dans tout son corps, déclenchant des vibrations indésirables.
Puis, sans y être invité, Kakashi se laissa tomba dans le siège juste à côté du sien.
Il n'était pas seulement grand. Il était aussi large. Maintenant qu'il était capable de le regarder de près, Iruka pouvait dire que la main de l'alpha pourrait englober tout son visage. Il pouvait sentir la chaleur qui émanait de lui. Sueur, terreuse. Le pin et un parfum de tanière. Un courant de sang sous-jacent. La douce amertume du saké.
L'oméga lutta pour ne pas jeter des coups d'œil intempestifs à son nouveau voisin mais il perdit cette bataille contre lui-même. Tout ce qu'il put apercevoir sans être trop flagrant, toutefois, se résuma à ceci : un nez droit, des pommettes hautes, des traits à la fois durs et ciselés, des lèvres roses pâle ourlées dans un rictus amusé.
« De quoi portaient les débats, cette fois ? Vous convaincre de faire une alliance avec Shimura ? », ironisa Kakashi, d'une inflexion outrecuidante. « Ou non, j'ai mieux ! Vous ne devriez pas me donner votre voix et privilégié tout sauf un alpha sans famille politique ? »
« Ils auront toujours leurs idées arrêtées et leurs convictions datant du siècle dernier », tempéra Tsunade. « Nous n'y pouvons rien. Il ne sert de s'attarder là-dessus. » Elle pencha la tête de manière entendue : « Je préfèrerais être défenestrée que de donner ma voix à Danzo. »
Au travers d'un regard en biais, Iruka vit Kakashi arboré un rictus condescendant tandis que la gouverneure achevait son propos en ces termes :
« Tu as toujours été et restera le meilleur choix, tu es le fruit brut du travail de Minato, famille politique ou pas, personne ne peut le contester. »
Tout en sirotant son thé, Iruka se repassa mentalement l'organisation étatique de Konoha.
Le Conseil. Officiellement, un organe qui avait été établi depuis la création du pays, constitué par des dirigeants des plus anciennes familles influentes de la ville, et qui existait afin de s'assurer que toutes les décisions prises servaient les meilleurs intérêts pour Konoha et ses habitants.
Officieusement, une bande d'éternels insatisfaits qui rabâchaient à longueur de journée que la génération actuelle avait tout à envier à la précédente, et déploraient le départ d'Hiruzen du pouvoir.
Le dirigeant avait toujours le dernier mot, alors Tsunade n'endurait toutes les opinions des conseillers qu'avec ennui.
« Danzo pense avoir un avantage sur nous parce que certains membres du Conseil lui ont notoirement affiché leur soutien. En particulier ces deux polissons d'Homura et Koharu dont j'ai de plus en plus de mal à contenir les ardeurs. »
« Vraiment ? », intervint placidement Kakashi, ses longs doigts pianotant sur l'accoudoir entre eux. « Je vous pensais pourtant rompu à l'exercice qu'était de graisser les pattes de ces vieux croulants. »
Tsunade roula ses yeux noisette, mais ce fut là sa seule réaction à la remarque facétieuse de l'alpha.
« C'est un problème dont je ne veux pas m'inquiéter pour le moment », reprit-elle. « Il faudrait être soit aveugle, soit complétement stupide pour préférer quelqu'un d'aussi instable que Shimaru lorsque tu te tiens de l'autre côté de la balance. De plus, tu es très apprécié de l'opinion publique et des médias, ce qui ne gâte rien. Nous avons toutes les cartes en mains pour nous assurer une victoire écrasante. Je préfère laisser croire à Danzo qu'il a une prééminence tant que nos rapports demeurent drastiquement horizontaux. »
Elle ne lui laissa aucun temps d'intervention, cette fois, et enchaina directement :
« Ceci étant dit, ce n'est pas parce que tu te trouves être le favori que tu dois te reposer sur tes lauriers, mon cher. Alors revenons à ce qui nous amène ici aujourd'hui. »
Son regard se fit alors fort critique.
« Le bilan de ta campagne, jusqu'ici, est plus que médiocre. Katsuyu est une jeune femme dynamique et pleine de ressources. Et pour tout te dire, je ne comprends pas pourquoi vous ne parvenez pas à vous entendre. »
« Katsuyu et moi avons des méthodes de travail qui divergent. », déclara l'autre alpha d'un air distrait, le regard dirigé vers la baie vitrée qui parcourrait le Leaf Office.
« Il y a incontestablement des incompréhensions entre vous », lui concéda Tsunade dans un soupir trahissant une certaine fatigue. Elle s'orienta vers l'oméga, le désignant d'un geste de la main : « Je te présente Iruka Umino. Il succèdera à Katsuyu et s'occupera désormais de gérer ta campagne électorale à compter de maintenant. »
La présentation à peine achevée, Kakashi se tourna vers lui pour la première fois depuis son arrivée, comme si mentionné son nom avait suffi à ce que sa présence lui saute aux yeux. Ce qui, bien entendu, n'était pas le cas. L'alpha avait sciemment choisi de se montrer indifférent à sa condition, attitude visiblement calculée, et maintenant, il le regardait d'une manière si intense qu'on aurait dit qu'il percevait son réseau de veines à travers sa peau.
Iruka dut s'empêcher de tressaillir.
Sous ce regard de braise, un frisson inattendu et déstabilisant dégringola ses omoplates, comme quand la température chutait au passage d'un nuage devant le soleil.
Il fronça les sourcils, irrité par l'examen non dissimulé auquel le soumettait son brusque vis-à-vis dont les yeux d'obsidienne semblaient le disséquer des pieds à la tête. Mais pour autant, il ne se déroba pas, quand bien même ce talent pour échauffer son sang et troubler sa pression artérielle dépassait tout ce à quoi il avait déjà été soumis. Au contraire, il se permit à son tour de l'observer sans fioriture.
Le fait était qu'il n'était guère un grand consommateur des presses à scandales qui s'amusaient à folâtrer sur celui que tout le monde surnommait 'l'héritier de la fortune du feu'. C'était précisément là le mauvais côté des magazines people qu'Iruka feuilletait à peine avant de les jeter à l'autre bout de sa table à manger tout en levant les yeux au ciel. Ceux-ci dépeignaient une imagine trop parfaite, trop lisse, travaillée et factice, faite pour plaire à tout prix, qui l'avait empêché de se rendre compte, jusqu'à maintenant que, Kakashi était, en fait, un homme très attirant.
Sa chevelure indisciplinée, ses mèches qui tombaient sur ses yeux sombres, le grain de beauté sous sa lèvre inférieure pleine…le léger mouvement que firent les épaules de l'alpha, lors d'une inspiration qui gonfla sa poitrine, l'incita à penser que ses traits avaient été imaginé par un artiste, un virtuose incontesté, un être à la recherche d'un idéal masculin, viril, qui symboliserait l'animalité étourdissante.
Cette fois cependant, et c'était assez mortifiant, ce n'était même pas une pensée objective.
Une cravate négligemment nouée fermait le col de sa chemise blanche dans un style qui semblait lui appartenir. Ses longues jambes croisées dans une pose nonchalante, il donnait l'impression d'un homme accoutumé au pouvoir, et dont l'autorité n'était jamais remise en question.
En somme, tout le contraire de lui, qui passait son temps à douter de lui-même. Et qui avait constamment besoin d'être rappelé de quoi il était capable.
Voilà donc, cet homme qui, s'il faisait bien son boulot, deviendrait le Sixième gouverneur de l'État de Konoha.
Tsunade, qui n'avait parlé qu'en terme de 'quand', pas de 'si', paraissait déjà en être convaincu. Iruka n'avait plus qu'à donner le meilleur de lui-même pour ne pas trahir toute la confiance que la cheffe d'État plaçait en lui.
« Il est excellent dans son travail », continua cette dernière. « Evidemment, je rechigne un peu à me séparer d'un aussi bon élément, mais s'il ne faut que ça pour que tu arrêtes de te comporter un gamin capricieux… »
Kakashi encaissa la brimade sans broncher. À vrai dire, il n'avait toujours pas détourné les yeux de lui, diable en soit la raison. Après avoir été intentionnellement ignoré au tout début, Iruka se rendait compte qu'avoir son entière attention s'avérait aussi délicieux qu'intimidant.
« Pourquoi ai-je l'impression de vous avoir déjà vu ? », lui demanda-t-il, les yeux plissés.
Iruka sentit ses yeux s'écarquillés légèrement avant de se recomposer une expression sereine indéchiffrable. Cette question avait fait remonter tous les souvenirs qu'il peinait tant à refouler dans leur vilaine cage.
C'était dans une autre vie. Une vie où il devait tant, à trop de gens.
Il se pencha en arrière, croisant les mains sur ses genoux, et afficha son sourire le plus professionnel.
« Vous vous trompez, Hatake-san », répondit-il d'une voix égale. « Je n'ai jamais eu ce plaisir. »
Le sourire narquois de Kakashi resta le même. Sa tranquillité et son silence, après l'avoir vu s'épandre étaient troublant. Iruka ne pouvait s'empêcher de lui jeter un regard à cause de cela. L'inclinaison de sa tête, la courbe de ses lèvres, le parfum d'assouplissant qui nageait dans la pièce, le fait que les muscles de ses jambes étaient incroyablement bien définis à travers le pantalon de costume gris qu'il portait, et l'espace qu'il faisait entre ceux-ci.
Il émanait de cet homme, de sa présence tout entière, une telle aisance, une confiance, que l'on ne pouvait pas simplement ignorer.
Magnétisme.
Calme, mais chargé d'un étrange pouvoir.
Il n'aurait pas pu l'ignorer, même s'il l'avait voulu.
Tsunade, constata-t-il une fois qu'il parvint à dissocier son attention du profil anguleux de l'alpha, les dévisageait d'une étrange façon, comme si de leur interaction, elle observait, dans une fiole, un composant censé être soluble se transformer en une suspension visqueuse. Ses yeux allèrent de Kakashi à lui, et Iruka se demanda si derrière cette attitude ne résidait pas une autre des réticences qui l'avait retenu de les faire se rencontrer avant aujourd'hui.
Néanmoins, il n'eut pas le loisir de creuser davantage cette pensée. Tsunade se pencha vers Kakahsi et entrelaça ses doigts sur ses genoux noueux, ses cheveux blonds ramassés en une queue-de-cheval basse conférait à ses traits une sévérité acquise avec le poids de ses fonctions.
« J'attends de bons résultats, Hatake, et je ne plaisante pas là-dessus. »
« Je tâcherai de m'en souvenir », répondit sèchement l'intéressé avec une insolence teintée d'une admiration rageuse. Il se leva, et glissa ses mains dans ses poches. « Je vais prendre congé, Maitre Tsunade. »
Se tournant vers lui, il termina d'un ton mielleux à souhait :
« Iruka… »
Et aussi vite que Kakashi Hatake était apparu, il avait disparu.
Iruka ramena son regard sur Tsunade, se demandant s'il était lui aussi congédié, mais elle le détrompa tout de suite.
« Reste un moment, Iruka. »
Elle attendit qu'ils soient de nouveau seuls avant de reprendre :
« Tu sais, chaque règne apporte son lot de problème, et chaque dirigeant ses méthodes pour les résoudre. Les longues années de pouvoir du Troisième ont donné matière à Konoha de s'habituer à une certaine administration. Il a donc été difficile de s'accommoder à mon approche disons… avant-gardiste. La question n'étant pas de savoir s'il existe une bonne ou une mauvaise, simplement une autre manière de faire les choses. »
Elle interrompit quelques, puis conclut :
« Le Pays du Feu s'adaptera à Kakashi tout comme il s'est adapté à moi. »
L'oméga ne pouvait que la rejoindre sur ce point. Le changement était inévitable. Même si la transition entre Tsunade et le prochain souverain serait papable, c'était ce que cela faisait d'abandonner une casquette qu'elle avait portée pendant si longtemps que celle-ci semblait maintenant entièrement la définir.
« Katsuyu était très bonne dans ce qu'elle faisait, mais elle était trop conciliante avec lui et ça ne marchait pas. Il a tendance à bailler aux corneilles quand on lui accorde trop de liberté. »
En effet, l'alpha semblait être un sacré spécimen. Quelque chose lui disait que ce n'était qu'un avant-gout, et qu'il n'était pas au bout de ses peines.
« Ce dont il a besoin, c'est d'une main ferme pour l'accompagner et le guider. Quelqu'un capable de le stimuler, de le forcer à se dépasser et de lui définir des buts, des objectifs clairs à atteindre. Si je devais te donner un conseil, ce serait de ne surtout pas te laisser intimidé ou influencé par ses actions et de ne pas passer par quatre chemins pour le mettre devant ses responsabilités. »
Un autre silence s'établi entre eux, une conscience différente. Comme tout à l'heure, elle lui offrait cette porte de sortie, une occasion de ne pas s'enliser dans quelque chose, de sans doute beaucoup trop gros pour lui, sans qu'elle lui en tienne rigueur.
Sauf qu'une fois de plus, Iruka la dénia.
C'était la putain de chance de sa vie.
Et il serait plus bête de la laisser lui filer entre les doigts.
Il avait fait un pari, il y a très longtemps, et il se trouvait à présent à la croisée des chemins. Il était sur le point de franchir une frontière invisible, qui allait changer de manière inexorable le cours de son existence, dans des proportions qu'il lui était encore impossible d'imaginer, et qui ne le plairaient peut-être pas. Mais arrêter maintenant, renoncer maintenant, baisser les bras maintenant – c'était inacceptable.
Il les entendait encore, ces voix, ces reproches. Combien de fois lui avait-on répété d'être plus reconnaissant ? N'avait-il donc pas conscience de la chance qu'il avait ?
Toute sa vie, on lui avait dit qu'il devait apprendre à connaître les autres. Et c'était ce qu'il avait fait. Il les avait observés décortiqué, posant sans le savoir les bases de ce qui deviendrait une arme redoutable.
Il avait l'habitude d'avoir un contrôle total sur son monde. Il se lançait à corps perdu dans la résolution d'un problème puis passait au suivant sans tergiverser plus que nécessaire.
Il allait être accaparé par les détails à régler sur place et les divers problèmes qui ne manqueraient pas de surgir à la dernière minute. Il n'aurait pas le temps de se pencher sur les mystères de Kakashi Hatake. Ni sur ses propres réactions à son égard.
Il ne pouvait se permettre d'être fasciné par cet homme. Il ne pouvait même pas se permettre de penser à lui de cette manière. Comme Kakashi, la personne. Mais à Kakashi, l'alpha, le chef de meute. Le candidat.
Il avait une révolution à mener, et il fallait à tout prix qu'il se montre à la hauteur de l'événement. Sa réputation, sa carrière tout entière dépendait de la réussite de cette entreprise. Pas question de se laisser distraire de sa mission.
Surtout pas par l'espèce de hurlement silencieux qui retentissait dans ce regard sombre.
Alors non. Hors de question de partir. Hors de question de fuir.
Il soutint le regard de Tsunade, avec toute la détermination dont il pouvait faire preuve.
Elle lui adressa un sourire entendu.
« Je compte sur toi, Iruka. »
