Make Me
Chapitre 3 : Make me,
Feel.
Part 3
…
Juin
« Alors Iruka-san », commença l'alpha une fois qu'ils furent de nouveau seuls, sur le ton de la conversation. « Qui êtes-vous ? »
L'intéressé prit une légère inspiration le temps de réfléchir à sa réponse.
« Tout ce qu'il y a à savoir sur moi est dans le dossier que Tsunade-sama vous a très certainement fourni. »
« Vous avez un parcours impressionnant. Dites-moi quelque chose que je ne sais pas déjà. »
Ils avaient une tonne de sujets importants qui requerraient leur attention. Ils devaient encore s'accorder ensemble sur beaucoup de chose, et c'était d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle Iruka avait accueilli avec une certaine réticence cette invitation. Un restaurant n'était pas vraiment un cadre idéal pour une première prise de contact avec une équipe somme toute aussi chargée que la leur. Malgré tout, à voir l'insistance qu'il avait affiché pour cette conversation en aparté, il avait cru que Kakashi serait aussi pressé que lui de se jeter dans le bain et commencer à discuter des points cruciaux de la campagne. Sauf qu'au lieu de ça, il préférait orienter la conversation vers… lui ?
« J'aimerai mieux vous connaitre. Enfin, pas connaitre vos références de travail ou vos notes de la Business and Politic Konoha School, mais votre couleur préférée par exemple ? »
« Je vous demande pardon ? »
« Dans quel genre d'endroit avez-vous grandi ? Avez-vous des frères et sœurs ? Vous êtes plutôt chat ou chien ? Aimez-vous les couchers de soleil, Iruka-san ? »
Il fut aussi déstabilisé par cette question que si elle portait sur son poids, ses revenus ou tout autre sujet intime que l'on n'avait aucune envie d'aborder. Pourtant, en refusant d'y apporter une réponse, il craignait de paraître sur la défensive ou de se montrer grossier.
Iruka serra les dents. Il ne parlait jamais de son passé. Ni de sa vie privée, d'ailleurs. Surtout pas au travail et encore moins avec de parfaits inconnus.
Quand bien même ils étaient dans un restaurant de luxe, et malgré tous les visibles efforts de Kakashi, il ne cesserait pas de considérer cet entretien comme une réunion de travail, non conventionnelle certes, mais du boulot quand même !
Il y avait son travail et il y avait sa vie privée ; deux univers qu'il avait toujours soigneusement tenu éloigner l'un de l'autre.
« Je ne pense pas que mon appréciation des couchers de soleil soit la raison pour laquelle Maitre Tsunade ait décidé de faire de moi votre directeur de campagne », rétorqua-t-il avec prudence.
« J'ai été surpris par ce revirement. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle recrute quelqu'un comme vous. »
« Quelqu'un comme moi ? », releva-t-il, d'un ton où perçait une note de perplexité. « Vous voulez dire un oméga ? »
« C'est ça. »
Iruka pinça les lèvres. Ce que Kakashi remarqua évidemment.
« Oh », laissa-t-il échapper, la tête un peu penchée sur le côté, comme un enfant aurait dit 'oups'. « Je vous ai froissé ? »
« Pas du tout », nia aussitôt Iruka, pour cacher le fait que oui, il était froissé. Il restait encore incrédule qu'en dépit de toutes ses réalisations, la seule chose qui intéressait les gens, c'était ce qui se trouvait en dessous de sa ceinture. « J'ai l'habitude d'être sous-estimé. Peu importe ce que vous entendez ou pensez savoir sur les omégas, vous pouvez exprimer vos circonspections et j'y répondrai de la manière la plus claire possible. Je ne suis pas émotif, ni hypersensible et vous n'avez pas à vous inquiéter non plus, je ne vais pas vous sautez dessus parce que la nature a décidé que je devais être sensible aux phéromones d'un alpha. »
Kakashi croisa les mains sur la table et se pencha légèrement vers lui. Il déclara avec un sourire, la voix basse et grondante :
« Je n'aurai aucune réticence à ce que vous me sautiez dessus, Iruka-san. »
Bien évidemment, il avait choisi de ne relever que cette partie-là de son discours. 'Sauter dessus', décelait un sens bien plus graveleux quand c'était lui qui le disait.
Iruka allait sortir une répartie acerbe, mais l'alpha se redressa, de nouveau sérieux, ou presque, difficile à dire :
« Je n'ai aucun préjugé concernant vos capacités, non plus. Je pense au contraire, que si vous êtes arrivé aussi loin c'est que vous devez justement être plus doué que les autres. »
« Merci. Qu'est-ce que l'activisme oméga ferait sans vous. »
Kakashi eut un petit rire.
« Vous savez, d'habitude les gens ne se montrent pas si ouvertement hostiles envers moi », lui dit-il, comme une confidence. « Ils n'osent pas. Soit parce que je leur fiche la trouille, soit parce qu'ils me cherchent des excuses, puisque mon père s'est pendu, et que j'ai été envoyé à l'armée. »
« Qu'est-ce que vous racontez ? »
« Allons Iruka-san, le petit froncement de nez que vous avez arboré couplé à votre air défiant quand je vous ai proposé de déjeuner seul avec moi ont été plus parlants que vous. Vous avez déjà vos idées bien arrêtées sur ma personne. »
Iruka fut incapable de protester. C'était vrai, après tout.
L'alpha conclut :
« Vous me prenez pour quelqu'un d'infréquentable et vous espériez que je vous conforte dans votre opinion. »
Un sourire narquois étirait sa bouche, le grain de beauté sous sa lèvre inférieure, diablement sensuel. Exaspéré, Iruka réfléchit à la manière dont il trouvait cet homme attirant. Il avait l'impression que Kakashi savait absolument à quel point il était ennuyeux, mais considérait cela comme l'un de ses charmes, ce qui en soi devait être tout le contraire. La confiance en soi chez les gens comme ça n'était vraiment pas mignonne.
Fortuitement, l'arrivée de leurs plats désamorça quelque peu les choses. Efficaces et rapides, deux serveurs effectuèrent le service comme dans un de ces ballets millimétrés que l'on voyait au théâtre.
Ils commencèrent à manger dans le silence. La réputation du restaurant n'était pas volée. Sa soupe était riche et onctueuse, et le pain servit en accompagnement frais et croustillant.
Iruka aurait parfaitement pu se contenter d'une telle ambiance jusqu'à la fin de leur rencontre mais, indubitablement, Kakashi relança la conversation exactement où elle s'était arrêtée avant l'interruption des garçons.
« Alors Iruka-san, dites-moi ce qui me discrédite tant à vos yeux. Ma vie dissolue abondamment commentée par les médias, ou les avertissements de Tsunade qui me traite de 'gamin capricieux' ? »
Iruka pinça une nouvelle fois les lèvres.
« Vous n'en avez rien à faire, de ce que je pense de vous. »
« C'est vrai. »
« Alors pourquoi tenez-vous tant à le savoir ? »
Kakashi posa un coude sur la table, sa fourchette remuant au bout de ses doigts.
« Nous allons travailler ensemble, n'est-ce pas ? Nous sommes désormais engagés dans une entreprise harassante qui prendra plusieurs heures de nos temps respectifs. Nous serons constamment sur la route, scruter à la loupe par la presse qui se montrera sans pitié. Sans oublier les parties marécageuses d'Internet qui remettent toujours tout en question. Je suis conscient des efforts que cela représente, pas seulement pour vous, mais aussi pour votre partenaire qui devra supporter vos absences. En avez-vous discuté avec elle ? Lui ? Hum, définitivement un lui. »
Iruka se hérissa. Sur la base de quoi, au juste, il arrivait à toutes ces conclusions ?
« Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai quelqu'un dans ma vie ? »
« C'est cette assurance qui émane de vous », répondit Kakashi d'une manière qui suintait l'évidence. « Vous êtes à un pic de votre carrière, un tournant de votre vie, et vous dégagez une sérénité qui ne peut s'acquérir que si le parallèle avec la vie privée est équilibré. »
Il s'interrompit, le temps de fourrer une énorme bouchée de viande dans sa bouche, de s'essuyer les lèvres avec sa nappe immaculée et de rependre comme si de rien n'était :
« Et je suis sûr que vous faites beaucoup de sport. Quelque chose d'à la fois libérateur et relaxant. Peut-être du yoga ? Ou alors du tai chi ? Vous avez une silhouette magnifique et de très belles jambes. »
Aussi déconcerté par ces compliments à peine détournés que sortir de nulle part, et honnêtement par toutes les opinons qu'il déblatérait comme s'il pouvait se targuer de le connaitre intimement, ou le psychanalysé, insinuant de ce fait qu'il était aussi dense qu'un livre ouvert, Iruka serra les dents à s'en décrocher la mâchoire.
« Vous vouliez savoir ce que je pense de vous ? », débuta-t-il d'un ton soigneusement modéré comparé à la colère qu'il sentait monter en lui. « Je pense que vous êtes un outsider égocentré et trop direct. Vous avez des ressources mais vos manières affables et votre confiance en vous immodérée ne vous préserveront pas des attaques. Ça se voit que vous ne connaissez rien à la politique. »
« C'est exact ! », admit-il, trop enjoué pour quelqu'un qui reconnaissait une faiblesse. « Dans le monde dans lequel je viens, la notion de négociation n'existe pas. Mais c'est pour ça que vous êtes là, n'est-ce pas ? M'apprendre les ficelles et yada yada. Je suppose que cela fait de vous mon sensei. »
Il sourit, comme s'il trouvait ce qu'il venait de dire drôle. Il était bien le seul.
« Tsunade-sama est-elle au courant de vos positions ? »
« Elle est trop attachée à la vue qu'elle contemple tous les matins et tous les soirs, qu'elle ne peut pas envisager que son idéal de bonheur se trouve si loin des obligations d'un métier qui, une fois choisi, est devenu un devoir. »
« Pourquoi vous présentez vous, dans ce cas ? »
« Konoha a besoin d'un gouverneur. Pas nécessairement de Kakashi Hatake. Mais il se trouve que je suis le meilleur choix, alors que faire ? »
Iruka ne s'était donc pas trompé sur ce point. Kakashi avait des idéaux terre-à-terre. Se faire élire n'était dictée non par un rêve désintéressé, l'ambition de changer le monde, mais par le besoin de justifier les choix qu'il avait déjà faits.
Les souvenirs de leur bref échange au palais du gouverneur lui revirent en mémoire.
« Si vous en êtes conscient, pourquoi laissez-vous des 'opinions divergentes' faire fuir vos collaborateurs ? »
Kakashi lui jeta un regard.
« C'est ce que vous pensez que je fais ? Que je tente de vous faire fuir ? »
« À vous de me le dire. »
« Pourquoi ferais-je une chose pareille ? Existe-t-il même une chance que cela fonctionne ? »
« Je ne suis pas du genre à me laisser facilement impressionner. Ni par de l'intimidation, ni par du laxisme. »
« Oui », acquiesça sobrement l'alpha. « Vous semblez avoir beaucoup de caractère ». Il porta son verre à ses lèvres, le vida et dit : « C'est une erreur de jugement que beaucoup de gens commettent. Je ne suis pas laxiste, mais large d'esprit. »
« Je serais curieux d'entendre tous ces gens qui se sont si malencontreusement trompés à votre sujet. »
Kakashi eut un large sourire. Comme s'il trouvait son hostilité plus amusante qu'autre chose.
« Je vous l'ai dit, ce n'est pas mon ambition personnelle qui est en jeu. Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du pays. Dans les faits, je ne suis sur la scène politique que depuis trop peu longtemps pour servir d'écran sur lequel des gens d'horizons politiques très différents peuvent projeter leurs points de vue. Et il n'est pas difficile d'admettre la possibilité que je suis peut-être tout bonnement animé par une envie de répliquer au jeu. »
Il termina, avec des yeux qui brillaient pour la première fois d'un orgueil indomptable :
« Je ne me considère pas comme un leader politique, mais cela ne signifie pas que je souhaite perdre pour autant. »
Iruka recula sur son siège, dans sa prise de parole, Kakashi s'était à nouveau approché beaucoup trop près.
« Ravi de l'entendre. Parce que comme vous l'avez si bien fait remarquer, l'écho donné par les médias à chacune de vos frasques ne sera plus une aubaine pour notre service communication. »
« Dans ce cas, il faut que j'annule d'urgence les autres frasques que je prévoyais. Quel dommage, je suis certain qu'il n'y a pas de limites à l'écho que les médias sont prêts à leur donner. »
Irulka s'empêcha de rouler les yeux à ses sarcasmes.
« Vous êtes trop aimable, Hatake-san. »
« Pas autant que vous, Iruka-san. Votre ton à la fois mielleux et tranchant est très impressionnant. Et terriblement excitant. Oh et appelez-moi Kakashi, je vous en prie. Je préfère qu'on m'appelle par mon prénom quand on me descend en flammes. »
Iruka allait répliquer que s'il se sentait acculer par ses remarques anodines, il n'allait pas supporter l'arène de catch qu'étaient les débats politiques, mais Kakashi le devança :
« Je suis conscient que pour battre Shimura, une 'marque nationale', il nous faudra sortir pour ainsi dire le jeu parfait. Car contrairement à moi, il a déjà été aux premières loges d'une campagne gouvernementale. Mais je ne m'inquiète pas. Vous aussi vous savez parfaitement naviguer dans les eaux troubles et impitoyables de la politique telle qu'elle se pratique à Konoha. »
« Nous n'avons pas discuté d'une seule tactique », lui fit-il remarquer.
Alors que ça aurait pu être intéressant de débattre sur ce que ressemblerait la feuille de route d'une telle campagne. Quelles seraient leur chance de gagner. Et toutes les autres choses…
L'alpha agita négligemment la main.
« Nous aurons suffisamment le temps de le faire par la suite. Je vous l'ai dit, je voulais apprendre à vous connaitre. »
La question lui échappa avant qu'il ne puisse la retenir :
« Pourquoi ? »
« Parce que vous êtes intéressant. »
Iruka garda le silence, ne sachant pas quoi répondre. Pour la première fois, il avait le sentiment que Kakashi le disait sans aucune arrière-pensée. Pour une raison quelconque, entendre qu'il était intéressant l'embarrassait plus que le compliment sur ses jambes.
Retenant un soupir, il termina sa soupe et sa flûte de champagne.
Kakashi voulut lui en resservir, seulement pour s'apercevoir que la bouteille était vide.
« Je vais en commander une deuxième », dit-il en faisant signe au serveur.
L'oméga l'arrêta.
« Pas pour moi, merci. »
Le champagne était délicieux, mais c'était assez pour lui. Il n'avait aucune envie d'être pompette devant cet individu.
« Un dessert, dans ce cas ? Faites-vous plaisir, Iruka-san. »
Il appela le serveur, qui arriva avec la carte des desserts. Iruka la parcourut superficiellement, avant de se décider :
« Je vais prendre le fraisier. »
« Et pour vous ? », s'enquit le garçon, se tournant vers Kakashi.
« Du café. »
Encore plus rapidement que pour leurs plats précédents, ils furent servis. Le dessert d'Iruka ressemblait plus à une œuvre d'art qu'à une pâtisserie, mais il eut soudain hâte d'y gouter.
Il planta sa petite cuillère dans les plusieurs étages de son gâteau, et la porta à sa bouche. Il la glissa délicatement entre ses lèvres et faillit pousser un gémissement de satisfaction sincère.
Lorsqu'il leva la tête, il ne fut pas surpris de voir que Kakashi le dévorait des yeux, non, ça il commençait presque à s'y habituer, mais cela ne demeurait pas moins déstabilisant. Ne pouvait-il pas au moins être subtil ? Ou cesser de le regarder ?
« Alors ? »
« C'est exquis », reconnu-t-il en se léchant les lèvres.
Il prit une autre bouchée, puis une autre, sous l'œil curieusement satisfait de l'alpha.
« Au moins, maintenant je sais que vous aimez les fraises. »
De son côté, il prit sa tasse de café entre ses doigts, ce qui attira l'attention d'Iruka sur ses mains. Et waouh, elles étaient énormes. Fortement veinées, la paume grande et lisse. Ses doigts étaient longs et droits, ses oncles courts, propres et en forme de demi-lune parfaite.
Il dut se contraindre à se concentrer sur autre chose avant de se découvrir un fétichisme bizarre. Mais peine perdue, le reste de sa personne était tout aussi captivant.
Alors il pensa à ce que Kakashi avait relevé de ses motivations jusqu'à présent. Une candidature sérieuse ne pouvait pas relever de la simple toquade. S'ils voulaient faire les choses dans les règles, c'était une entreprise hautement stratégique, qui se construisait lentement et discrètement au fil du temps, qui impliquait non seulement une bonne dose de confiance et de conviction, mais aussi de très grosses sommes d'argent, ainsi que le soutien d'autres personnes suffisamment engagées et dévouées à leur cause.
Encore faudrait-il qu'ils la trouvent, cette fameuse cause.
Peut-être était-il impossible de voir clair dans ses propres desseins.
Tenir une véritable conversation avec Kakashi, Iruka le compris rapidement, relevait de l'exploit. Le jeune homme n'avait jamais été aussi impoli avec qui que ce soit de toute sa vie, faisant tout, depuis le changement de sujet jusqu'à l'interrompre davantage. Mais cela ne semblait pas libérateur, comme le faisait habituellement le fait de briser les normes sociales. Non en fait, c'était comme si Kakashi l'avait poussé à utiliser son modèle de parole préférée, l'avait enroulé comme un jouet pour profiter du bruit.
Pressé physiquement par son odeur et mentalement par l'agacement, Iruka ne pouvait cependant pas faire grand-chose alors qu'il se préparait au dégout qui lui tordait l'estomac auquel il s'était habitué en présences d'alphas. Mais peu importe combien de fois il conservait les phéromones de Kakashi, comme la fumée d'une cigarette, aucune de vient.
Ce fut donc un véritable soulagement lorsque Kakashi demanda l'addition.
Ils retournèrent dans la pièce précédente, où le reste de leur équipe avait visiblement terminée de déjeuner, également. Iruka se laissa encore tenter par une simple de tasse de thé, car il ne pouvait plus rien avaler d'autre, pour agrémenter les petites discussions qui se formèrent, jusqu'à ce qu'enfin, ils convinrent d'en rester là pour aujourd'hui.
En consultant sa montre-bracelet, il fut stupéfait de constater qu'il était plus de 18 heures. Il avait vraiment passé autant de temps là-dedans ? Il partit récupérer son manteau et allait accepter l'offre du maitre d'hôtel de lui appeler un taxi lorsque Kakashi, sortant de nulle part, intervint :
« Laissez-moi vous raccompagnez, sensei. »
Le jeune homme se tourna vers lui et pinça les lèvres. L'alpha n'en démordait donc pas avec cette histoire de sensei…
« Ce n'est pas la peine, Kakashi-san, je suis venu en taxi. Cela ne me dérange pas d'attendre quelques minutes pour un autre. »
Il n'avait aucune envie d'être soumis une minute de plus à la désinvolture horripilante de ce type imbu de lui-même, mais il se rappela bien vite qu'il n'avait pas trop le choix. Il avait signé pour ça jusqu'à la fin des élections.
Merde. Iruka serait damné avant que quiconque le surprenne à faire preuve d'autre chose qu'un professionnalisme pratiqué.
« Vous n'avez pas à vous donner cette peine », insista-t-il, dissimulant sous cette épithète grandiloquente le mépris et la méfiance que lui inspirait ce prétentieux. « Vous pouvez tout aussi bien appelez votre chauffeur. »
« Mais non. Écoutez, je me rends compte que nous sommes partis du très mauvais pied, vous et moi », fit l'alpha en plaçant sa main sur sa propre poitrine. « Je ne suis pas votre adversaire et je ne cherche pas à vous mettre des bâtons dans les roues, alors que vous servez mes intérêts. »
Malgré ce discours et son air contrit, Iruka perçut distinctement une note sarcastique dans son intonation. Il fronça les sourcils d'irritation face à ce numéro. Tout cela n'était-il qu'un jeu pour lui ? Ne prenait-il vraiment rien au sérieux ?
Impossible de le dire.
Il était particulièrement difficile à lire, et cela perturbait Iruka qui s'était habitué à ne fréquenter que des personnes qu'il connaissait depuis des années et des années. Même s'il le voulait, il ne pourrait plus cacher grand-chose à Anko ou Ebisu, par exemple. Cela avait ses avantages comme ses inconvénients.
« Allez, sensei », insista son vis-à-vis, se penchant vers lui, les mains dans les poches de son pantalon de créateur, le regard brillant. « Laissez-moi vous montrer à quel point je peux être charmant. »
Iruka recula d'un pas. Une fois de plus, Kakashi n'avait aucune notion d'espace personnel !
« Bien », finit-il par céder en acceptant de sortir du restaurant à ses côtés.
Autant en finir.
Une élégante voiture argentée s'arrêta devant eux. Un voiturier en sortit et remit les clés à son compagnon. L'homme en costume voulut lui ouvrir la portière, mais Kakashi le congédia d'un signe de main et la tint ouverte pour lui, avec son même sourire de gamin.
Le bref contact de ses doigts sur le bas de son dos, alors qu'il s'engouffrait dans l'habitacle, et malgré ses couches de vêtements, l'électrifia.
Kakashi contourna la voiture d'un pas souple et y glissa son grand corps avec élégance.
Dans l'espace confiné, il était encore plus imposant. Grand, large d'épaules, la silhouette athlétique. Ciel, Iruka n'était pas petit, mais à côté de lui, il se sentait carrément minuscule ! Pour ne rien arranger, il était diablement conscient de sa présence, de sa chaleur. Son odeur était partout, capiteuse, elle rendait sa tête légère, cotonneuse.
Il espérait juste que ses reniflements n'étaient pas trop évident.
Tandis qu'ils s'engageaient dans la circulation, Iruka fit de son mieux pour prêter attention à tout sauf à l'homme qui conduisait. Heureusement, la voiture elle-même se révéla être une belle distraction. Diantre, l'intérieur était incroyablement luxueux. Les sièges étaient en cuir gris et il y avait deux touches d'écrans tactiles au-dessus de la console centrale avec un écran séparé derrière le volant pour le compteur de vitesse, les volants d'avertissements, la jauge de carburant.
Ah oui, il avait presque oublié, en plus d'être un connard arrogant, Kakashi Hatake était aussi riche. Beaucoup plus qu'il ne l'avait présumé, si ce dernier pouvait compter sur un compte en banque suffisamment confortable pour lui permettre d'inviter ses collaborateurs à dîner au restaurant.
« Où dois-je vous déposez, sensei ? »
Iruka débita laconiquement son adresse à son chauffeur auto-attitré.
« Un quartier agréable », commenta celui-ci. « C'est votre choix ou celui de votre partenaire ? Je suis sûr que c'est le vôtre. Pratique, pragmatique…et surtout, vous n'admettez pas un 'non', comme réponse. »
Iruka lui jeta un regard agacé sans se donner la peine de répliquer. Les efforts qu'il faisait pour contenir son exaspération commençait à lui donner des maux de tête.
Il décida que toute discussion avec lui serait inutile. Autant endurer les rigueurs du voyage en silence plutôt que de s'attirer d'autres sarcasmes.
Il n'avait jamais eu de conversation plus irritante qu'aujourd'hui. Leurs esprits ne fonctionnaient tout simplement pas de la même manière. Si un sujet était abordé, Iruka le poursuivrait jusqu'au bout, qu'il s'agisse d'une simple phrase ou d'un débat d'une heure entière, s'investissant pour donner des réponses sérieuses et réfléchies avant de passer au sujet suivant. Kakashi les traversait comme s'il s'agissait de chaines de télévision reliées par un fil conducteur que lui seul voyait, ce qui, même s'il voulait l'expliquer n'aurait probablement pas de sens pour quelqu'un d'autre que lui.
Après ce qui sembla être le trajet en voiture le plus long de sa vie, Kakashi se gara enfin devant son immeuble. Iruka déboucla sa ceinture, et se tourna vers l'alpha, qui le regardait.
« Merci de m'avoir raccompagné », lâcha-t-il à contre cœur.
Kakashi hocha la tête, son sourire narquois signature relevant déjà le coin de sa lèvre.
« Je vous en prie, Iruka-san. Tout le plaisir était pour moi. Votre compagnie était très agréable. Il me tarde de commencer à travailler avec vous. Je suis certain que nous devrions nous entendre à merveille. »
Ah ça, il en doutait de plus en plus. Il ouvrit la portière et jaillit dans la rue, jetant par-dessus son épaule :
« Bien. À lundi matin, dans ce cas. »
« Oh et, saluez votre partenaire de ma part ! », lui parvint la voix de Kakashi depuis l'intérieur du véhicule.
Iruka ne courru pas pour s'éloigner, mais c'était juste.
Lorsqu'il arriva enfin chez lui, la vue superbe qu'il avait depuis son appartement au décor raffiné ne lui apporta pas la satisfaction habituelle.
Il rêvait d'un bain chaud et de bougies parfumées. Ouvrir une bouteille de vin et dégoter la musique idéale pour chasser de son esprits les évènements sordides de cette journée.
Mais avant cela, il retira ses chaussures, son manteau, et traînassa sa carcasse épuisée dans l'appartement à la recherche d'Ebisu.
Il ne mit pas bien longtemps à le trouver. L'alpha était installé près la baie vitrée, assis sur leur canapé en cuir chocolat émaillé de minuscules ornements, son casque anti-bruit sur les oreilles, un livre dans la main, une tasse de thé posée devant lui sur la petite table blanche d'appoint. Il renvoyait l'image d'une grand-mère de l'époque victorienne ou un personnage des romans de Jane Austen. C'est alors, qu'inexplicablement, une affection sans borne pour cet homme emplie le cœur d'Iruka. Il aimait tout en lui, y compris ce qui aurait exaspéré la plupart des gens. Il était attendri par son incapacité à retenir les noms et les paroles des chansons les plus connues. Il s'était contenté de secouer la tête en haussant les épaules quand Ebisu avait donné au même mendiant du parc à côté de leur immeuble un billet chaque jour pendant près d'une année - mendiant qui était vraisemblablement un arnaqueur roulant en SUV. Il aimait son assurance et sa compassion. Sa bonne humeur, qui s'accordait avec son physique sans prétention de brun aux yeux noirs. Il s'estimait chanceux de partager la vie d'un alpha qui, même après quatre ans de relation, continuait à se lever au restaurant quand il revenait des toilettes et à tracer des cœurs asymétriques sur la buée du miroir de leur salle de bains quand il partait au travail avant lui.
D'un seul coup, le visage exaspérant de Kakashi se désagrégea de ses pensées, s'effondra comme un château de carte.
Ebisu était plus doux à regarder. Ebisu était plus doux tout court. À la façon d'une balade sur la plage. D'une sieste le dimanche. D'une évidence.
Iurka s'approcha, s'assit à califourchon sur ses genoux et se pencha pour l'embrasser. Si Ebisu fut surpris, il ne le montra pas, et lui rendit son baiser, son livre oublié, son casse anti-bruit repoussé autour de son cou.
Ils s'embrassèrent de longues minutes et quand ils se séparèrent, l'alpha avait un sourire affectueux sur son visage.
« Comment était la journée, mon soleil ? »
Iruka fit de son mieux pour ne pas fondre face à sa douceur.
« Épuisante. Je pue l'air de dehors », soupira-t-il avec une grimace. Il commença à se relever : « Je vais me changer, je reviens. »
Il se dirigea dans leur chambre, où il défit sa queue de cheval et se déshabilla. Dans la salle de bain, il attrapa une bouteille de bain moussant et s'immergea dans la baignoire remplie d'eau presque bouillante. Il prit son temps, savourant la sensation de ses muscles qui se relâchaient, la tension accumulée qui disparaissait progressivement.
Une demi-heure plus tard, il se sentait rafraîchi, et vraiment détendu.
Il nettoya la baignoire, essuya la buée sur le miroir et l'eau sur le sol avant de retourner dans la chambre. Au moment où il revint dans le séjour, Ebisu était dans la cuisine, visible depuis le salon, en train d'aligner des aliments sur le plan de travail pour commencer à apprêter le diner.
« Qu'est-ce que tu nous fais ? »
« Steak et frites ! »
Iruka fronça les sourcils en allant se chercher le reste d'une bouteille de vin rouge au frigo et un verre dans un placard.
Au restaurant, Kakashi avait commandé du steak. Deux steaks.
Super, maintenant tout lui faisait penser à ce type. Il secoua la tête, exaspéré, et alla s'affaler sur une des chaises du comptoir pour regarder son homme leur préparer le repas tout en sirotant son verre.
La préparation du repas rapidement menée par l'expert qu'était son alpha, ils s'assirent et mangèrent en discutant par intermittence, puis Iruka débarrassa, nettoya la cuisine et fit la vaisselle – puisque Ebisu avait cuisiné -, par la suite, ils migrèrent dans le salon pour regarder un film sur le canapé comme il était encore un peu tôt pour aller se coucher.
Iruka était reconnaissant qu'aujourd'hui soit un samedi, l'idée de faire la grasse matinée demain était tentante. Surtout qu'à partir de lundi, il ne savait pas s'il aurait encore la possibilité de s'offrir un tel luxe.
Allongé dans les bras de son petit ami, il cherchait à comprendre sa fascination étrange pour Kakashi Hatake. Il avait beau se dire que Freud aurait sans doute deux ou trois mots à dire sur le sujet, il n'arrivait pas à prêter attention à l'intrigue du film, ni même aux commentaires que lâchait Ebisu. Pourquoi éprouvait-il cet étrange sentiment de vide ? Des heures plus tard, le ton cassant et condescendant qu'avait employé Kakashi le poursuivait encore.
« C'était si grave que ça ? », lui demanda doucement Ebisu, remarquant son mutisme inhabituel.
Sa main était posée sur sa hanche, sous le tee-shirt XXL qu'Iruka portait en guise de pyjama, et traçait des cercles sur sa peau chaude.
Ebisu ne s'intéressait pas du tout à la politique – il disait que c'était parce qu'il n'y comprenait rien –, mais il était toujours heureux de lui servir d'écoute, quand bien même ne se jugeait-il pas assez outillé pour entrer dans de grands débats sur le sujet. Iruka prenait plaisir à lui parler de son travail au ministère de la Justice, de ses journées harassantes, de ses idées, de ses pensées, de ses aspirations, du moindre petit détail qui sortit de l'ordinaire. Leur conversation, leur affinité, c'était ce qu'il chérissait le plus dans leur couple. Au-delà de la passion ou du sexe, ils pouvaient parler, et parler, pendant des heures, de tout et de n'importe quoi, sans jamais se lasser d'entendre la voix ou les opinions de l'autre.
Mais ce soir…ce soir, l'oméga se sentait perturbé. Pour tout un tas de raisons que, pour une fois, il n'avait pas envie d'évoquer avec sa moitié. C'était une chose d'en rire et d'en plaisanter avec Anko, toutefois, il ne voyait pas l'intérêt de faire part à Ebisu des remarques et du comportement fallacieux, limite séducteur, qu'avait tenu Kakashi. Et encore moins lui avouer à quel point, et malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à y être cent pour cent indifférent. Ebisu n'était pas d'un naturel conflictuel – et tant mieux, le cliché de l'alpha jaloux et possessif lui donnait de l'urticaire -, mais lui en parler serait gratuit et méchant.
D'autant plus que, Iruka aurait tout aussi bien pu être un vendeur dans un magasin. Un chauffeur de bus. Le bus lui-même. Kakashi ferait du charme à un poteau électrique. C'était plus fort que lui. C'était sa marque de fabrique.
« Honnêtement, je ne sais pas », répondit-il enfin, en haussant les épaules, essayant d'être désinvolte. « Kakashi Hatake est tout ce que les gens disent de lui et en même temps…tout le contraire. J'hésite encore à le classer dans la catégorie connard absolu avec qui je vais détester bosser. »
« Je suis sûr que tout t'ira bien. Tu es génial, tu vas trouver un rythme. »
« Mhm… », souffla-t-il sans conviction en se laissant aller contre lui dans le canapé.
Kakashi était sarcastique, cinglant, ombrageux et quelqu'un d'incroyablement prétentieux. Il avait l'arrogance des champions, ceux qui étaient intelligents et douloureusement conscients de l'être. Quelqu'un qui, de son esprit, s'attendait à ce que les autres le suive, sans se soucier de s'ils en étaient ou non capable. Couplé à son expression flegmatique et son 'je-m'en-foutisme', tout était réuni pour faire de leur collaboration un combo explosif.
Mais Ebisu avait raison, Iruka avait travaillé avec des personnes ayant une apparence et des tendances similaires à celle de Kakashi. Il savait jongler avec le narcissisme égoïste et les réactions émotionnelles à son égard, peu importe à quel point la personne en face de lui était susceptible, c'était un exercice auquel il s'était régulièrement adonné ces cinq dernières années.
Et après avoir été soumis à son regard narquois et son détachement imperturbable, Iruka arrivait à la conclusion, qu'en fait, vouloir battre son 'patron' avec le stupide menu cartonné d'un restaurant chic n'était en fait qu'une contrainte régulière de tout salarié.
Seulement, pourquoi ne pouvait-il s'empêcher de penser que la désinvolture que l'alpha affichait n'était qu'une façade ? Pourquoi avait-il l'intuition que son regard malicieux et son sourire charmeur cachaient un esprit pénétrant bien plus redoutable que son physique exceptionnel ? Pourquoi s'y attardait-il même ? Parce que sa satisfaction, sa sérénité, mettaient en évidence son instabilité ? Lançaient un défi à son mode de vie ? Ou bien parce qu'il refusait d'accepter que quelqu'un puisse être aussi tranquille, aussi serein ?
Kakashi avait fait la guerre. Il était allé au front. Il avait certainement tué des gens, aussi. Avec ces mêmes mains qu'Iruka avait admiré. Alors son détachement, son cynisme pratiqué, sa prétendue indifférence…ça ne collait pas. Il y avait des fissures dans cette amure lisse.
Ou alors, il extrapolait encore. Il réfléchissait trop. Peut-être qu'il lui cherchait inconsciemment des excuses, comme l'intéressé avait lui-même fait mention. Peut-être que Kakashi était juste, en définitive, un gros connard trop sûr de lui. La guerre, et ses multiples expériences de vie, avaient très certainement joué un rôle dans le caractère qu'il affichait aujourd'hui – comme ça serait le cas pour n'importe qui, en fait -, mais voilà, un connard quand même. Point à la ligne.
Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas se permettre d'entrer dans son jeu ou ses manigances.
Il avait bien compris que c'était une arme à double tranchant et sa réputation dépendait de la réussite de cette campagne. Il fallait à tout prix qu'il se montre à la hauteur. Quelles que soient ses opinions personnelles.
On lui avait confié une mission ; celle de faire de cet homme le prochain gouverneur de l'État de Konoha. Il y arriverait, même si c'était la dernière chose qu'il faisait dans sa carrière et il n'allait laisser personne se mettre en travers de ses plans, pas même Kakashi lui-même.
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J'imagine le Konoha moderne telle une ville immense et fourmillante d'activité, un peu comme New York, Londres, Tokyo, Shanghai ou même Paris.
La dimension 'politique' de cette histoire fait que la relation amoureuse entre Kakashi et Iruka va mettre un certain temps à arriver. Oui, mes amis, ça sera un very slow burn.
Si vous passez par là et que vous avez apprécié, n'hésitez pas à me laisser un mot, vos impressions ou suggestions pour la suite...
...qui arrive dans...je crois...un peu moins de deux semaines.
À très vite !
