Les cavaliers angles s'éloignaient du château au grand galop, emportant avec eux les cris de protestation de la reine.

Caché derrière un muret dans l'obscurité, Yvain était partagé entre une peur pétrifiante et une colère qui montait. Sa sœur venait de se faire enlever sous ses yeux ! La poussière soulevée par les sabots n'était pas encore retombée au sol qu'il se relevait de sa cachette et sautait par-dessus le muret pour rejoindre le chemin pavé, hélas les cavaliers disparaissaient déjà au tournant, faisant disparaitre la lumière vacillante de leurs torches avec eux.

« J'y crois pas, ils ont kidnappés Guenièvre !

-Les scélérats ! Mais que pouvons nous faire, ils sont déjà si loin !

-Bah… Les poursuivre bien sûr ! On va pas les laisser faire, c'est trop un kidnappement !

-A pied ? Eux ont de redoutables destriers, nous ne pouvons faire le poids !

-Ouais ils ont des armures quand même, et ça pèse vachement lourd ça. »

Ils se firent interrompre avant que la discussion ne dérive. Le hibou qui les avait amenés jusque là décolla de sa branche et passa près d'eux en raz motte, volant au-dessus du chemin dans la direction prise par les cavaliers. Il lâcha au passage un hululement bref.

« Suivons le rapace ! Il nous a amené ici et je suis sûr qu'il veut nous guider pour que l'on sauve la reine ! »

De toute façon, ils n'allaient pas rester les bras croisés. Ils mirent donc de coté leur plan d'attaquer les chefs envahisseurs dans le dos, ils venaient d'être doté d'une mission hautement supérieure.

Se mettant à courir à la suite de leur guide avien, ils ne discutèrent plus pour se concentrer sur leur poursuite. Contre des chevaux lancés à toute allure, les petits pédestres n'avaient aucune chance, ils le savaient bien. Les Angles devaient déjà être loin, et chaque minute écoulée éloignait les deux chevaliers de la reine prisonnière. Et puis de nuit, sans lune ni lumière, comment espérer suivre les traces de sabots ? Heureusement il y avait le hibou qui semblait sans hésitation savoir où aller et qui était désormais leur seule piste pour retrouver Guenièvre.

La seule piste, ce n'était pas tout à fait vrai. Après tout, persuadés que leur tourelle de plage laissée à l'abandon avait permis l'arrivée des ennemis en terre bretonne, ils savaient exactement où les Angles avaient accosté en bateau. Hélas, même avec une bonne allure il leur faudrait une journée de marche pour arriver là-bas à pied.

Avec ces réflexions-là, Yvain devait combattre un certain fatalisme face à leur situation et il craignait de ne pas pouvoir aider sa sœur.

Ils avaient toujours eu une relation typique des frères et sœurs et ce depuis leur enfance : ils s'adoraient et se chamaillaient, ils fomentaient ensemble pour chiper des biscuits dans la cuisine du château de Carmélide puis l'instant d'après ils se disputaient et se tiraient les cheveux pour une histoire de cuiller piquée à table. Depuis que Yvain était devenu adolescent et Genièvre reine du royaume de Logres, ils se voyaient moins mais leur lien n'avait pas faiblit : Guenièvre continuait de le couvrir contre leurs parents et lui restait toujours là quand elle avait besoin de parler à quelqu'un d'attentif dans ce château où son rang la mettait à l'écart.

Il n'avait donc pas hésité une seconde à suivre un hibou magique et chapardeur à travers la campagne bretonne, alors que des envahisseurs tentaient de prendre le château.

Le-dit hibou magique et chapardeur ne manqua pas de montrer qu'il comprenait la situation. Ils suivaient une route secondaire qui quittait les abords du château et courrait vers l'ouest, quand l'oiseau vira de bord et prit un petit sentier annexe, une entrée de ferme bordée de pruniers.

Cela prit au dépourvu les deux chevaliers.

« Mais… pourquoi donc va-t-il là bas ? Cela nous éloigne de la route et de ces bandits.

-Je sais pas mais il faut qu'il continue de nous guider, parce que moi j'arriverai pas à retrouver Guenièvre sans guidage ! Hé, l'oiseau ! Reviens ici ! »

Il courut à sa suite, pénétrant dans la ferme en suivant la forme grisâtre du volatile. La propriété avait été relativement épargnée par les envahisseurs Angles, quelques clôtures avaient été arrachées mais ils n'avaient pas mis l'endroit à sac ni massacré hommes et bêtes. Il semblerait qu'ils aient préféré rejoindre les abords de Kaamelott au plus vite.

Le hibou de Merlin se percha sur la toiture en chaume d'une grange et ignora royalement Yvain qui agitait les bras en bas en vociférant.

« Hé, descend ! C'est trop relou de suivre les oiseaux ils en font trop qu'à leur tête c'est trop des gamins !

-Messire Yvain, cessez donc de vous agitez ainsi, vous l'effrayez.

-Qu'ess qu'il fiche votre ami, il chasse les merles ? »

Se retournant rapidement à la voix rocailleuse qui se joint à eux, Gauvain découvrit dans l'embrasure de porte du bâtiment annexe un vieil homme qui s'appuyait sur un bâton aussi frêle et noueux que lui, et qui tenait une petite lampe à graisse dans la main. Ce vieillard était à n'en pas douter le fermier qui vivait sur ces terres et ils l'avaient réveillé.

« Veuillez excuser notre intrusion sur votre propriété, noble monsieur, mais nous cherchions juste à récupérer le hibou.

-L'hibou ? Qu'ess vous voulez en fiche ? Bah, c'est pas trop mes oignons tout ça. Vous f'rez mieux de récupérer vot' oiseau et d'vous planquer, y a des gars pas très sympa dans l'coin.

-Les envahisseurs ? Vous les avez vu passer ?

-Y'en a toute une troupe qu'est passé dans la journée, j'soyons pas un guerrier moi, j'ai préféré planquer mes bêtes. Ils z'allaient vers le château alors j'm'soyons dit que not' bon roi il allait s'occuper d'eux, il a toujours réglé les problèmes d'bandits par ici. »

Restant sur le pas de sa porte, le vieux leva sa lampe et plissa ses yeux.

« Mais z'êtes des gens de Kaamelott vous non ?

-Heu, et bien… Nous sommes en mission.

-Ouais, en mission trop secrète et urgente ! »

Gauvain avait beau croiser les doigts, il voyait que le paysan ne les croyait pas. Il tordait sa bouche édentée en une moue pensive. Vieux mais pas sénile.

« Bah, z'êtes trop jeunes alors j'dirons rien. Si jamais vous avez b'soin d'un abri pour votre 'mission', j'fermons pas ma grange, y a juste quelques animaux dedans. »

Sur ces paroles, il se tourna et rentra, la porte les coupant de petite lueur de la lampe.

« Messire Yvain, je crains qu'il ne cru que nous fuyions les combats…

-On s'en fout, venez m'aider à chercher le hibou, faut qu'on se grouille.

-Et si nous attendions au moins jusqu'au matin ici ? Le hibou nous a amené ici et justement ce fermier nous propose de nous abriter.

-Jusqu'au matin ? Et ma sœur alors ?! Il faut qu'on aille la chercher ! Vous êtes trop un déserteur de mission en fait, non mais j'ai compris, merci l'aide quoi ! »

Yvain lui tourna le dos et se mit en recherche de quoi grimper sur le toit en paille de la grange. Quand il faisait cette tête là il n'y avait plus rien à espérer d'Yvain, il devenait buté. Là-haut sur le toit de paille, les yeux dorés du hibou continuaient de le narguer.

A défaut de l'aider, Gauvain décida d'au moins jeter un coup d'œil dans la grange. Il s'y reposerait un peu, il savait que son ami allait s'obstiner jusqu'à se lasser ou se fatiguer.

Au grincement de la porte en bois, quelques bruits à l'intérieur lui apprirent qu'il avait réveillé quelques moutons. L'intérieur du bâtiment était très sombre, il ne disposait que de la lueur du ciel étoilé qui acceptait de passer par les quelques fenêtres. Il voyait les laines blanches des moutons s'agiter dans leur box et un peu plus loin un cheval passer sa tête et souffler des naseaux. Du reste, il n'y avait que des balles de foin, des sacs de grains et quelques outils agricoles.

« Et meeeerdeu ! »

La plainte d'Yvain lui fit tourner la tête et il pu ainsi voir le hibou, descendu de son toit, entrer en vol plané dans la grange et se poser un peu plus loin. Cela ne surprit pas le chevalier au pancréas car le hibou avait surement voulu qu'ils viennent ici pour qu'ils se reposent.

« Est-ce ce que vous vouliez nous dire, monsieur le hibou ? Mais la reine, nous devons la sauver. Sinon Yvain va continuer de se courroucer et mon oncle va s'inquiéter… »

Même s'il semblait les guider et les aider, le hibou ne donnait aucune réponse. Il se contenta de sautiller sur une botte de foin et de bondir d'un battement d'aile sur le rebord du box du cheval. Ce dernier eu un mouvement de tête et, se disant que cela était dû à la fatigue ou au manque de lumière, le jeune chevalier eu l'impression que la bête de somme venait de saluer l'oiseau.

« Heu… Gauvain ? Vous pouvez venir parce que je me galère trop là ! »

Rappelé par son ami, le prince d'Orcanie ressortit et le remarqua à moitié agrippé au bord du toit, une échelle en bois gisant au sol hors de portée. Ses jambes avaient beau s'agiter dans le vide il ne trouvait aucun appui stable pour remonter. Il avait vraisemblablement essayé de monter chercher l'oiseau et l'échelle avait dû tomber. Ou bien était-ce le hibou qui l'avait poussé ? Qu'importe, Gauvain lui remonta l'échelle et la tient le temps que le prince de Carmélide redescende sur terre.

« Soyons raisonnable, messire Yvain, de nuit et à pied nous risquerions surtout de nous perdre, et admettez que cela n'aiderait en rien à la libération de notre reine. Je suis certain que mon oncle doit déjà avoir levé une vaillante équipe partie aller la soustraire de ses ravisseurs.

-Ouais et si c'est pas le cas hein ? Il a peut-être pas vu que les envahisseurs ont fait la soustraction de Guenièvre : ça veut dire qu'ils sont entrés et ressortis du château sans qu'on les voit avec trop de furtivité ! Et puis on va pas se perdre, le hibou va nous guider ! »

Déterminé dans son idée et rendu colérique par son dernier échec, Yvain passa devant son ami sans un regard et entra dans la grange. Ce maudit oiseau allait lui donner la direction et il irait lui-même sauver sa sœur. Il savait que le roi n'avait pas rester les bras croisés, que c'était un homme juste et droit, peu importe ce que ses parents disaient à son sujet. Mais il n'aurait peut-être pas le temps, pas avec l'invasion et les envahisseurs aux portes du château. Alors lui irait la sauver, lui ramènerait Guenièvre.

Il aimait beaucoup Gauvain, c'était son meilleur ami et il utilisait tout le temps des mots savants qui faisaient hyper classe, mais s'il fallait qu'il aille chercher sa sœur seul, il le ferait. Guenièvre était en danger, et même si au fond son ami avait raison de craindre qu'ils se perdent il ne pouvait pas rester inactif, il ne pouvait juste pas. Mais bon, il serait tout de même plus heureux si Gauvain acceptait de l'accompagner.

Son entrée brusque dans la grange effraya les moutons mais il n'y prêta pas attention. Il remarqua les yeux luisants du hibou et surtout la forme massive du cheval dans son box. Il n'avait jamais aimé les chevaux, et encore moins les chevaux de ferme. Il approcha, les mains tendues pour attraper l'oiseau mais à son approche, le grand-duc s'éloigna lentement de lui le long de la porte du box. Son mouvement, de petits pas-chassés, faisaient un bruit anormal de ferraille qu'on traine.

« Bah ? Qu'est ce que c'est que cette tisane ? »

Le grand oiseau de proie tenait un objet dans ses serres qui trainait contre le bois du battant du box quand il s'écartait d'Yvain, objet constitué d'entrelacs de bandes de cuir et d'anneaux en métal. Le licol du cheval.

« Hé Gauvain ! Ce hibou il est trop fort ! Venez vite ! »

Resté dehors pour remettre l'échelle à sa place, le chevalier au pancréas revient hâtivement pour le voir ouvrir le battant du box.

« Mais… Que faites-vous ?

-Le hibou c'est ça qu'il voulait nous montrer, il nous a amené ici pour qu'on poursuive les soustracteurs de ma sœur à cheval !

-A cheval ?! Vous n'y pensez pas ! »

Mais Yvain y pensait bien. Certes il n'aimait pas les chevaux mais il fallait avouer qu'ils étaient vraiment plus rapides qu'eux. Si les Petits Pédestres ne pouvaient pas sauver Guenièvre, les Chevaliers-dont-un-au-lion le pourraient.

Il prit plus de temps que prévu pour harnacher le cheval car il ne savait pas vraiment comment faire. Bien sûr il avait souvent vu les écuyers préparer les montures des seigneurs, et plus encore leurs camarades jeunes chevaliers, mais Gauvain et lui étant d'ascendance noble ils avaient toujours esquivé cette corvée. Il le regrettait maintenant. Il fallut plusieurs essais pour qu'il réussisse à assez bien attacher le licol qui heureusement était un modèle assez basique au lieu des brides affreusement complexes que les riches gens utilisaient. Il espérait qu'avec ça et une bonne paire de rênes nouée au licou, le cheval obéirait. Ce dernier, un brave cheval de trait qui n'était plus tout jeune, se laissait docilement faire et suivit Yvain qui le fit sortir de la grange. Il ne trouva cependant pas de selle alors tant pis il devrait faire sans.

Depuis qu'il avait comprit qu'ils devaient prendre le cheval, le hibou le suivait dans chacun de ses gestes et s'envola dehors pour le suivre. Seul Gauvain ne suivit pas.

« Mais... C'est du vol ! Ce vieil homme est si gentil, vous ne pouvez pas lui faire ça !

- D'abord c'est pas du vol, c'est un emprunt à taux non définitif. Et puis c'est trop un cas de force do-majeur, on en a besoin ! Et le hibou il est d'accord avec moi.

- Mais si on se fait prendre ? On sera emprisonnés pour évasion et dépouillement des biens d'autrui ! Vous savez aussi bien que moi comment votre père punis ce genre de maraudage !

- Si on ramène la reine au château, on sera trop des héros, ils vont pas couper les mains des héros parce qu'on a emprunté un cheval ! »

Déterminé, Yvain continuait à préparer le percheron. Il l'amena près d'un muret sur lequel il grimpa dessus et s'en servit comme marchepied pour monter sur le dos de l'animal. Mais Gauvain s'obstinait et restait nerveusement à l'entrée de la grange.

« Allez venez, plus vite on part plus vite on arrivera !

- Yvain vous connaissez mon aversion pour les chevaux, je ne peux pas monter à cheval !

- Vous êtes trop relou ! C'est un gentil cheval il va pas vous mordre, et puis c'est vous qui avez eu l'idée de suivre le hibou, et c'est ce que le hibou veut.

- Je vous ai déjà raconté ce qu'il est advenu la dernière fois que je suis monté sur le dos d'un cheval, je vous en prie ne me forcez pas.

- Si vous insistez, du coup je pars sans vous mais franchement c'est trop nul d'être les chevaliers dont un au lion et sans pancréas. »

Sur ce, le prince de Carmélide fini par lâcher prise et fit claquer les rênes pour faire avancer le cheval. Il était maladroit et se tenait au début un peu raide, essayant de trouver son équilibre. Heureusement l'animal était patient et laissait son jeune cavalier s'habituer à son pas souple et tranquille. Le hibou jeta à l'orcanien un regard attristé et déploya ses ailes pour suivre les autres.

Voir que son ami ne bluffait pas et partait vraiment sans lui mena Gauvain dans une panique nerveuse.

Contrairement à Yvain qui ne savait pas monter à cheval, lui avait eu des cours en Orcanie sous les ordres de son père. Mais depuis que sa monture s'était emballée et l'avait jeté au sol en plein galop sauvage, il n'avait plus remit le pied à l'étriller. Avoir un ami qui n'aimait pas les chevaux parce que c'était des bêtes qui mordaient, ça avait un soulagement. Les petits pédestres avaient chacun leur raison de ne pas aimer les chevaux.

Mais aujourd'hui Yvain préférait oublier sa raison pour secourir sa sœur, leur reine bien-aimée, et il trouvait cela si noble.

Au début il avait dû pousser Yvain à sortir des geôles pour qu'ils aillent réparer leur faute, qu'ils prouvent être de grands chevaliers, maintenant c'était lui qui rechignait et Yvain qui essayait de le faire suivre.

« D'accord ! Je viens, mais laissez moi faire quelque chose d'abord. »

Sans attendre une seconde pour ne pas se laisser l'occasion de changer d'avis de nouveau, il se précipita dans la grange et s'assit sur une botte de paille pour enlever sa botte. Il avait laissé sa bourse dans sa chambre à Kaamelott mais gardait toujours quelques pièces dans une cachette, en cas de besoin. Ces pièces là, il les posa à l'entrée du box du cheval, en guise de compensation pour l'emprunt de l'animal. Il ne réfléchit pas au fait que la somme donnée faisait trois fois le prit d'achat d'un cheval de trait, il couru au dehors rejoindre son ami.

A l'entrée de la ferme sur le chemin, Yvain l'attendait toujours à cheval, le hibou perché sur une clôture à leurs cotés. Le palfrois n'avait rien à voir avec les destriers fins et au tempérament sanguins d'Orcanie, celui ci était un peu rondouillard, dans la nuit sa robe semblait d'un gris dépareillé et il avait un regard placide et doux. Alors qu'il s'approchait, le percheron se contenta de le regarder avant de baisser sa lourde tête pour chercher quelques herbes par terre. Le fait qu'il eu été réveillé en plein nuit pour partir à l'aventure ne semblait pas le déranger plus que cela.

« Allez, montez. Promis il vous fera pas tomber. »

Yvain tendit la main pour l'aider à monter, lui laissant le temps de se faire à l'idée. Gauvain le sentait, si lui se laissait le temps de se faire à l'idée il allait juste abandonner. Mais il ne pouvait pas abandonner la reine à son sort. Il s'accrochait au souvenir de son adoubement et du serment de chevalier qu'il avait prononcé, du regard de son oncle ce jour là. Si seulement il pouvait revoir un jour ce regard là posé sur lui, se sentir fier et égal aux autres chevaliers.

[N.d.A : Pour plus d'immersion, écoutez "Les jeunes aventuriers" de la bande son original du film KV1 à partir d'ici]

C'est en se remémorant les paroles prononcées lors de son adoubement qu'il agrippa le bras de son ami et se hissa derrière lui.

La première différence qui le frappa fut le confort du large dos du cheval de trait, en tout point opposé aux chevaux pur-sang orcaniens qui étaient des montures absolument noueuses et rigides. Son père avait déjà affirmé que chevaucher sans selle ces bêtes là était un risque à perdre ses bijoux de familles. Jamais il ne pu imaginer qu'un cheval pouvait être aussi confortable à monter à cru, surement le résultat d'une vie passée aux travaux de ferme avec une riche nourriture rurale.

Dès les premiers pas du percheron, il préféra s'agripper à la taille d'Yvain pour se tenir fermement. Le hibou s'envola et passa en premier pour montrer le chemin.

Ils sortirent de la ferme au pas, puis partirent au petit trot sur le chemin où les envahisseurs angles avaient prit la reine. L'allure chaloupée de leur destrier laissa place à un galop plus souple, plus rapide. C'était comme chevaucher une rivière au son des lourds sabots frappant les pavés.

A cette allure, ils avaient peu de chance de rattraper la reine et ses kidnappeurs, mais ils ne laisseraient pas l'écart se creuser entre eux. A la moindre pause, au moindre ralentissement de la part des Angles, ils iraient délivrer Guenièvre, et s'ils le pouvaient ils feraient tomber le chef qui avait commandité cette invasion.

Je remplirai mes devoirs féodaux et jure allégeance à la couronne de Logres;

Je respecterai les faibles et m'en constituerait le défenseur;

Me ferai champion du droit et du bien, contre l'injustice et le mal;

Me ferai tuer pour ma reine sauvée.