Chapitre 61 : Et après ?
À présent, les journaux n'arrêtent pas d'en parler. Ce n'était pas le cas au début car il n'y en avait que pour Tom Jedusor et l'histoire de sa chute. Malgré la volonté du bureau des Aurors de garder sous silence le maximum d'information, les journalistes ont tout de même eu accès à une partie importante du dossier. Désormais, tous les sorciers de Grande-Bretagne connaissent les agissements douteux et immoraux de Tom Jedusor. Dans les faits, seul le sort qu'il a utilisé contre Remus est prouvé. Quant à son implication dans l'attaque de Poudlard et plus encore l'évasion des prisonniers d'Azkaban, il est pour l'instant le principal suspect.
J'ai du mal à réaliser que tout ça est fini... Padfoot et moi nous sommes tellement battus pour en arriver là. Je ne sais pas s'il paiera pour tout le mal qu'il a fait, mais je suis rassuré de me dire qu'il passera malgré tout le reste de sa vie en prison. S'il n'est pas exécuté avant. J'ai l'impression que c'est la fin de quelque chose d'extraordinaire. Finalement, je n'ai eu qu'un rôle mineur et je suis reconnaissant pour l'aide qui m'a été apportée. J'ai pris la décision en en parlant à Hugo. Tout est parti de là. Maintenant que c'est fini, je me sens étrange. Je me suis tellement engagé avec Padfoot pour être sûr que Jedusor ne puisse plus nuire que je me sens perdu à présent.
J'ai l'impression de ne plus avoir de but, de ne plus savoir quoi faire.
En partant du Square Grimmaurd, j'avais un objectif grâce à Padfoot, il m'avait donné une voie à suivre. Aujourd'hui, je suis tout simplement perdu. Hugo m'a expliqué ce qu'il s'était exactement passé. Le récit de la chute de Jedusor. Il y était et m'a dit que ce qu'il avait vécu là-bas l'avait marqué. Il aurait aimé faire plus, mais Marlene, Maugrey et lui ont déjà fait de leur mieux et auraient difficilement pu faire davantage encore.
Ce qu'il m'a dit m'a renvoyé à ma propre situation et à ce que j'ai vécu lors de l'attaque de Poudlard. Des événements tels que ceux-là blessent au plus haut point et gravent dans notre mémoire nombre d'images traumatisantes. Hugo a toujours été plein de vie et énergique, c'était étrange de le voir si marqué et triste. C'est évident qu'il ne sera plus jamais le même après ce qui s'est passé dans cette ruelle. Et je suis celui qui l'a plongé dans cette histoire...
Il doit rester encore quelques jours ici pour les besoins de l'enquête car il est possible qu'on ait de nouveau besoin de recueillir son témoignage. J'aimerais faire quelque chose pour lui, mais je ne sais pas quoi. Il m'a assuré qu'il allait bien, après tout il n'a eu que des blessures superficielles lors de l'affrontement avec le psychomage. Hugo est fort alors je me doute bien que physiquement, il tient, mais cela ne veut pas dire que c'est également le cas mentalement. Après avoir travaillé autant, accumulé énormément de fatigue et avoir vu l'horreur, il est normal qu'il soit atteint.
Mais il ne me dit rien et je me sens impuissant. C'est toujours la même chose. Je n'ai pas su être là pour Padfoot, j'ai minimisé sa douleur alors que lui a toujours été là pour moi. S'il avait pu se confier à moi, si j'avais été digne de confiance, il n'aurait peut-être pas sombré et fait les mauvais choix. C'est pareil pour mon frère. Sirius endure seul son traumatisme et à ce jour, j'ignore toujours ce que ce moldu a bien pu lui faire. Je ne peux que tenter de le deviner après les récits de Walburga. Mon frère ne me parle pas de ses séances chez le psy non plus, j'ignore si c'est bénéfique. Mais est-ce que je peux lui en vouloir ? Moi-même, je ne lui ai jamais parlé de Rosier. Même si grâce à l'extrait de l'article de James, il connait une partie de l'histoire malgré tout…
En parlant de James...
J'ai l'impression que c'est avec lui que j'ai le plus fait d'erreurs. La mort des Potter a été un véritable choc. Après deux jours à nous inonder d'informations sur Jedusor, les journaux ont enfin parlé des victimes. Les Potter étaient assez connus alors ils ont écrit des pages et des pages sur eux. Ce matin, quelqu'un a même osé venir pour tenter d'en savoir plus et obtenir un scoop, être le premier à obtenir la réaction de l'héritier Potter.
Je ne les connaissais pas beaucoup, mais en quelques mois à peine, les parents de James ont fait plus pour moi que n'importe quel membre de ma famille. C'est eux qui m'ont montré ce qu'était une famille, mais surtout, qu'on pouvait faire confiance et donner sans forcément attendre quelque chose en retour.
James est anéanti. Il s'est refermé sur lui-même. Il me tolère tout juste et même à Sirius, qui est son meilleur ami, il parle à peine. Remus a envoyé une lettre mais James ne l'a pas ouverte alors Sirius l'a fait. Il prenait des nouvelles, présentait ses condoléances et demandait s'il pouvait passer. James ne lui a pas encore répondu à ce jour. Lily aussi est passée mais James avait bu et ça s'est très mal passé. C'était horrible à voir. Le reste des visiteurs, Sirius a préféré s'en occuper.
C'était trop tôt pour James à ce moment-là, il ne voulait voir personne. Tout comme nous, il n'arrivait pas encore à croire que ses parents étaient morts. Ils étaient juste partis en vacances. Cela n'aurait jamais dû se finir ainsi.
Je me sens inutile. L'homme que j'aime traverse une phase difficile, il est triste, se renferme et se détruit, mais je ne trouve pas les mots pour l'aider. Cela ne fait pas une semaine, mais j'ai l'impression que le temps n'y changera rien.
J'ai tenté pourtant, et il m'a envoyé bouler. Non, pire que ça, il a été volontairement méchant. Sirius l'a repris et m'a certifié qu'il ne fallait pas faire attention à ce qu'il disait, qu'il ne le pensait pas. Je n'en suis pas sûr.
Je me rappellerai toujours ses mots.
"Maintenant que je te fais pitié, tu me parles ?"
"Ne te fatigue pas à faire semblant, arrête de chercher à me ménager ! Je sais déjà que c'est fini entre nous, pas la peine de te forcer avec moi sous prétexte que ce serait trop dur de perdre mon copain alors que je viens d'apprendre que mes parents sont morts !"
Je sais bien pourquoi James en est venu à le penser. Il m'a fait du mal en divulguant mon histoire, mais je me demande à présent si je n'ai pas été trop dur. Il essayait de m'aider et a été influencé par la pleine lune. Mais plus que tout, lui aussi a souffert. Il tient à moi, il ne pouvait pas passer à autre chose. Si j'en fais encore des cauchemars, je sais que la culpabilité et le statut de héros de Rosier le révulsent.
Je n'aurais pas dû lui dire que je ne lui pardonnerai jamais. J'aurais dû trouver d'autres mots... Il s'est logiquement dit qu'on ne pourrait pas continuer très longtemps, lui avec sa culpabilité et moi incapable de le pardonner. Mais je l'aime et je ne veux pas le perdre.
Je ne le reconnais plus...
Jedusor, le grand méchant de l'histoire, a été arrêté et tout aurait dû s'arranger. Pourquoi ai-je l'impression que c'est pire encore ?
Regulus posa sa plume. Une larme coula sur sa joue et tacha la page de son journal. Il le referma, lança le sort pour le verrouiller et le rangea. Il se frotta les yeux pour chasser les larmes qui ne demandaient qu'à couler.
Sirius avait prévu sa deuxième séance chez la psychomage aujourd'hui et le Serpentard se demanda s'il y était allé. Godric's Hollows n'avait plus rien de la maison chaleureuse qu'il avait connue, elle était froide et inhospitalière. Regulus craignait de sortir de sa chambre, de tomber sur James, d'être de nouveau confronté à sa tristesse et à sa colère.
Comment allaient-ils surmonter toutes ces épreuves ? Il n'en savait rien et le temps leur manquait. Le procès des Black approchait à grands pas.
xXx
Sirius avait hésité longuement avant de se présenter à sa séance. Laisser James seul était compliqué. Il fallait toujours qu'il l'ait sous ses yeux car si ce n'était pas le cas, il craignait qu'il fasse une bêtise. Mais il ne pouvait pas le surveiller tout le temps, il le savait. De plus, James s'était démené pour lui trouver un bon psychomage et avait insisté pour qu'il commence enfin ses séances. Il ne pouvait pas se servir de sa douleur pour faire une fois de plus marche arrière.
Pour aider son meilleur ami, il devait d'abord s'aider lui-même. Il n'allait pas s'absenter longtemps et Regulus était à la maison donc James n'était techniquement pas seul. Pourtant, Sirius n'était pas serein. La relation entre le jeune couple connaissait quelques remous. L'ancien Gryffondor se sentait assez démuni face à cette situation. C'était dur de ne pas ruminer, de ne pas se refaire le film des derniers mois pour essayer de savoir à quel moment sa vie avait commencé à devenir un désastre complet.
La réponse lui venait assez naturellement. Dès son enfance, et même avant que sa mère ait la mauvaise idée de faire entrer dans la maison familiale le pire prédateur possible. Certaines personnes n'étaient pas faites pour être parents, et c'était le cas de Walburga et Orion. En s'obstinant à vouloir des héritiers dans le seul but de perpétuer la lignée des Black, ils avaient fait de sa vie un enfer.
Il y avait beaucoup de chose à réparer chez Sirius, mais celle qui lui donnerait le plus de difficulté était bien entendu le traumatisme vécu chez lui.
Padfoot l'avait aidé à canaliser ses mauvais souvenirs de sorte à ce que les images et les sensations du passé ne ressurgissent pas à tout bout de champ. Qu'il ne soit pas submergé, tout simplement. Mais ce n'était pas une aide qui avait pour vocation de durer. S'il tardait trop à s'occuper de son cas, tout finirait à nouveau par lui exploser à la gueule.
La séance d'essai qu'il avait eu avec Milay Koshman s'était bien passée. Sirius pensait à tort qu'un psy lui demanderait de tout déballer, chercherait à faire sortir ses démons, ou alors garderait le silence et se contenterait de l'écouter s'il arrivait à parler, sans lui donner de solutions. S'il avait tant hésité avant de faire ce premier pas, c'était bien parce qu'il se disait que personne ne pouvait l'aider à surmonter son passé, même pas un psy. Était-il même possible de guérir d'une telle blessure ?
Après avoir vu Milay Koshman, il avait compris que ce serait un processus long. Il était pourtant prêt à emprunter ce chemin difficile parce qu'il voulait se donner une chance d'avoir une vie normale.
Quinze minutes de marche plus tard, Sirius arriva à l'adresse. La sorcière avait son cabinet à domicile, elle possédait une pièce attenante à sa maison où elle recevait ses patients. Sirius sonna et entendit un chien aboyer en réponse. Quelques secondes plus tard, une femme de petite taille vint lui ouvrir la porte, son chien sautillant à ses pieds. L'animal s'approcha du brun pour lui faire la fête et Sirius lui caressa la tête avant que Milay ne l'attrape pour l'écarter.
-Bonjour, Sirius. Comment allez-vous aujourd'hui ?
Elle l'invita à le suivre dans sa salle de consultation.
-Ce n'est pas la grande forme, j'ai hésité à annuler, confia-t-il.
-Je suis contente que vous soyez tout de même venu. C'est justement quand ça ne va pas qu'on a le plus de choses à dire. Il faut parler pour s'alléger de tout le mal qui nous consume.
Sirius acquiesça. Il s'installa sur le fauteuil après avoir enlevé sa veste légère et la psychomage s'installa à ses côtés. La première fois, l'ancien Gryffondor en avait été perturbé. Ce n'était pas courant pour lui de ne pas faire face à son interlocuteur. Mais étonnamment, il s'y était vite fait et avait pu parler peut-être plus facilement que s'il avait senti de front le regard du psychomage en permanence sur lui.
-Les parents de mon meilleur ami sont morts. J'étais proche d'eux, je les considérais comme ma famille et ça me brise le cœur. Mais le plus dur, c'est de voir mon meilleur ami s'enfoncer dans sa tristesse…
-Le deuil est quelque chose de difficile, acquiesça Milay. Vous ne trouverez pas toujours les bons mots, vous serez même dépassé ou fatigué, mais le plus important est de pas abandonner. Tant que vous serez là pour votre ami, ça ira. Il n'en aura peut-être pas conscience sur l'instant, vous pourrez même douter de votre utilité, mais sachez que vos mots, votre présence auront de l'importance. Il n'y a pas de formule magique efficace contre ce genre de douleur.
Sirius soupira. Il aurait aimé faire plus, mais pour avoir lui-même traversé une période difficile, il savait que le plus gros du travail revenait à James. Comme Milay venait de le dire, être aux côtés de son ami malgré ses sautes d'humeur, sa colère et sa tristesse, c'était tout ce qu'il pouvait faire.
La sorcière croisa ses jambes et se pencha légèrement vers le brun.
-Toutefois, j'aimerais que vous ne vous oubliiez pas non plus. Si vous les connaissiez et les appréciiez, vous avez le droit d'être triste et de le montrer.
-Ouais, je ne sais pas… J'ai tellement de choses à penser et je n'ai pas non plus envie de flancher devant mon meilleur ami... J'ai parfois l'impression que tout est faux et qu'ils vont revenir. Je n'ai pas trop eu le temps d'être seul depuis que j'ai appris la terrible nouvelle.
-Qu'est-ce qui accapare autant votre esprit ?
-Le procès, bien évidemment.
Sirius ne pensait qu'à ça. Il avait du mal à trouver le sommeil et imaginait toujours que le procès tournait au cauchemar. Il n'avait pas parlé à ses parents depuis des mois. La dernière fois remontait à avant Noël après avoir renoncé à son héritage pour tenter de préserver son frère. Il n'avait jamais été proche d'eux, pourtant il avait souffert de la distance et du manque d'amour de Walburga et d'Orion. Il avait pu avancer grâce à ses amis et surtout à la famille Potter.
Il pensait que leurs agissements ne pourraient plus avoir d'impact sur lui et pourtant... Cette révélation des horreurs qu'il avait subie avec leur complicité, ça lui avait fait un coup.
Le pire était que l'histoire avait fuité dans les journaux, même s'il aurait dû s'y attendre. C'était toujours ainsi. Il avait l'impression que sa douleur, son histoire continuerait d'être jetée en pâture à qui voulait s'amuser des histoires sordides des Black. Sirius n'avait pas envie que n'importe qui sache ce qu'il avait vécu, qu'à chacun de ses futurs échanges, il se demande si la personne savait qu'il avait subi des attouchements dans son enfance, que ses parents l'avaient battu et humilié.
-Sirius ? l'appela la psychomage. Vous étiez parti loin dans vos pensées et elles n'avaient rien d'agréable, n'est-ce pas ?
-Pas vraiment.
Le brun soupira.
-J'ai l'impression de manquer cruellement de courage ces derniers temps.
-La première fois qu'on s'est vu, vous n'avez fait qu'évoquer ce procès. Qu'est-ce qui vous terrifie autant ? Vous confrontez aux acteurs de votre douleur, ou vous et vos réactions ?
Sirius fronça les sourcils, ne comprenant pas la question de la psychomage. Puis la lumière se fit dans son esprit et il se tordit les mains, mal à l'aise. Il se souvenait de la discussion qu'il avait eue avec Padfoot, de ce que l'esprit lui avait dit et de ses doutes qui ne l'avaient toujours pas quitté.
Pour l'instant, il n'était jamais entré dans les détails de ce qui lui était arrivé, que ce soit avec l'esprit ou ses amis. Il ne l'avait pas non plus fait lors de la séance d'essai avec Milay Koshman. Les journaux ne faisaient mention que d'une plainte pour mauvais traitements. Le meurtre et ce qu'il avait subi restaient heureusement encore confidentiels. Mais pour combien de temps ?
-J'appréhende un peu tout ce qu'il y a autour de cet évènement. Mais la chose qui me stresse le plus, c'est qu'on sache que j'ai été faible, que les regards changent.
-Ce que vous ressentez est tout à fait normal. Parler demande déjà beaucoup de courage et s'en faire par rapport aux réactions des autres est quelque chose d'assez récurrent. Savoir si vous serez cru, comment vous serez perçu une fois la vérité révélée, si les choses changeront et si vos parents seront condamnés sont autant d'interrogations logiques.
-Ce n'est pas..., hésita Sirius. Ce n'est pas moi qui ai porté plainte contre eux, mais mon petit frère. En fait, je crois que s'il ne l'avait pas fait, je n'aurais jamais rien dit.
-Comment pouvez-vous en être sûr ? Vous l'auriez peut-être fait quand vous auriez été prêt.
Sirius n'en était pas aussi sûr.
-Je relève d'ailleurs dans tout ce que vous me dites depuis tout à l'heure quelque chose d'important. Quand vous parlez de votre stress, du mauvais timing et du fait de ne pas vous sentir prêt, c'est comme un aveu. Vous subissez ce qui vous arrive.
L'ancien Gryffondor n'aurait pas mieux dit.
-Avez-vous déjà pensé à faire marche arrière, à ne pas témoigner par exemple ? Si c'est votre frère qui a déposé plainte, vous n'êtes pas obligé d'apparaitre lors du procès sauf si vous avez reçu une convocation.
Sirius n'y avait jamais pensé. Milay avait raison lorsqu'elle pointait du doigt sa situation et le fait qu'il subissait cette histoire de procès. Mais il ne le pouvait pas. Pas seulement pour son frère qui avait tourné le dos à leurs parents pour le soutenir, mais aussi pour lui. À présent que cette histoire avait refait surface, il devait régler définitivement ses comptes avec Orion et Walburga. Regulus avait raison lorsqu'il disait qu'ils devaient payer. Pendant combien d'années les avaient-ils fait souffrir sans que personne ne les aide ? Ce n'était pas seulement une revanche sur le passé, c'était simplement vouloir obtenir la justice.
-Non, admit le brun. Tout ça me stresse, mais j'ai envie de les voir payer. Mais plus que tout, je veux qu'ils soient condamnés, que je puisse enfin me dire que je n'avais rien fait de mal et que mon frère et moi, on a eu raison de se battre. Et alors peut-être que je commencerais à le penser aussi.
La psychomage sourit et Sirius se laissa aller à un petit sourire aussi.
-Vous disiez manquer de courage, je ne suis pas d'accord. Connaitre ses faiblesses, ses peurs et tout de même y faire face, c'est ça le vrai courage. Bravo.
-Merci, souffla-t-il, ému.
-Pour ce qui est du procès, de votre ami et de la mort de ses parents, la meilleure manière de le surmonter est de prendre en compte seulement les choses sur lesquelles vous pouvez agir. Le reste, prenez-le avec distance afin de ne plus polluer votre esprit. Respirer, car il ne sert à rien d'angoisser et de se prendre la tête sur des situations où vous n'avez aucun contrôle. Ça ira parce que vous êtes fort, Sirius.
xXx
Cela faisait déjà quatre jours que les journaux avaient annoncé la mort des Potter. Au début, Remus n'y avait pas cru. Il se souvenait encore de la dernière fois qu'il les avait vus, de leurs aurevoirs avant qu'ils ne partent en voyage. Cela avait été une parenthèse agréable après l'épisode Padfoot et les révélations qui en avaient découlé.
C'était la première fois que Remus était confronté à pareille situation. Ce qu'il s'était passé à Poudlard était différent, l'attaque avait été sanglante et mortelle. Là, il s'agissait de faire face, d'épauler un ami en souffrance, de tenter de trouver des mots face à une douleur qu'on ne pouvait qu'imaginer.
Les parents de James n'étaient plus tout jeunes, mais il était évident que l'ancien lion n'avait jamais imaginé qu'un jour, il devrait faire sans eux. Lui-même savait qu'en théorie, les parents étaient amenés à partir avant leur progéniture mais en tant qu'enfant, on n'y pensait pas. On se mettait des œillères et on se disait que nos parents seraient éternels. Le fait que James ne lui ait pas répondu, Remus se demandait si ce n'était pas sa manière de lui faire comprendre qu'il n'avait pas envie de le voir et encore moins de lui parler.
Mais le châtain s'inquiétait pour lui. Il ne supportait pas d'être sans réponse, de se dire que possiblement, James était au fond du gouffre et que lui restait là, les bras croisés, au lieu de le soutenir. Même si en soit il ignorait comment le soutenir. Il avait pensé à passer par Sirius, mais il hésitait. Ils ne s'étaient pas parlés depuis cette histoire étrange avec Padfoot et le départ en vacances des Potter. Remus ne savait pas comment l'aborder et pas vraiment s'il en avait envie. En fait, il préférait se tenir éloigné de l'ancien Gryffondor, l'oublier et se concentrer sur sa vie et ses projets.
Après les réponses de l'esprit à ses questions, il avait bien réfléchi et il était désormais persuadé que sans l'intervention de Padfoot, Sirius et lui ne seraient jamais devenus amis, ni même amants. C'était à son arriver que Sirius avait changé de comportement à son égard, c'était l'influence de ses souvenirs, de ses sentiments qui avait induit le Gryffondor en erreur. Blessé, Remus avait abandonné toute logique. On lui avait cacher des informations importantes, il avait le sentiment d'avoir été manipulé par un peu tout le monde. La relation entre Sirius et lui n'aurait jamais dû évaluer à ce point.
Peut-être que comme un idiot, le Poufsouffle avait développé des sentiments pour le Maraudeur ou simplement une attirance purement physique. Mais Sirius serait resté le Don Juan blagueur qui aimait l'embêter en franchissant parfois la ligne rouge. Bien sûr, Remus n'en savait pas assez sur l'esprit pour savoir jusqu'où était allé sa manipulation pour forcer le destin. Il ne pouvait que l'imaginer. Et il le savait, la réalité était souvent pire. Il préférait donc rester avec des questionnements, pas assez courageux pour faire face à la vérité.
Lorsque Padfoot était venu le voir dans le but de trouver de l'aide, complètement désorienté, il n'avait pas manqué de lui dire que les sentiments de Sirius étaient sincères. Qu'il était le seul fautif. Mais si Remus avait bien compris, Padfoot et Sirius étaient la même personne. De plus, l'esprit avait tout aussi bien pu mentir, décidant de prendre toute la responsabilité de ce désastre juste avant de disparaitre.
Remus n'avait pas envie de se compliquer la vie en interrogation inutile, surtout si c'était pour finir déçu. Il était temps qu'il pense à lui et à son futur. Surtout qu'il avait déjà assez à faire avec Godran... À présent qu'il n'était plus son infirmier, ce dernier n'avait plus à se retenir et avait fait clairement comprendre à Remus qu'il voulait commencer une histoire avec lui. Il lui avait d'ailleurs envoyé une invitation pour un rendez-vous.
À une autre époque, Remus lui aurait probablement laissé une chance. Godran avait son charme et il était plus vieux. Mais Remus n'avait pas envie de se lancer dans une relation par curiosité ou encore pour chercher à combler un manque. Il le savait, Godran n'était pas pour lui. Après avoir enchainé les déconfitures, il voulait faire les choses bien et ne plus agir comme quelqu'un de désespéré ou qui ne pouvait pas passer à côté de la chance qu'on lui offrait.
De plus, il avait à cœur d'accomplir un projet auquel il réfléchissait depuis plusieurs mois déjà. Remus avait toujours aimé les enfants et avait envie d'en avoir. Il souhaitait travailler auprès d'un jeune public, plus particulièrement ceux qui avaient besoin d'aide. C'était Sirius qui lui avait donné cette idée malgré lui. Et si Remus était si motivé à aller au bout, c'était pour qu'aucun enfant n'est à rester dans un foyer abusif et maltraitant parce qu'il ne pouvait pas fuir, ou encore finir à la rue parce qu'il n'avait eu d'autre choix. La police sorcière intervenait peu dans les affaires familiales et quand elle le faisait, elle se contentait de placer les enfants auprès d'autres membres de leurs familles.
Malheureusement, cette méthode avait de nombreuses failles. Déjà, car il fallait que les membres de la famille acceptent, ensuite parce que la plupart du temps, l'enfant était déraciné, obligé de déménager et de quitter tout ce qu'ils connaissaient. Il n'y avait pas de suivi pour les enfants arrachés à leur famille abusive. Les parents pouvaient parfois revoir leurs enfants malgré la mesure d'éloignement avec la complicité des autres membres de la famille. Ou alors ils n'étaient pas traités correctement non plus par leur nouvelle famille et pouvait être exploités. Remus le savait parce qu'il avait demandé des renseignements à l'agent Maugrey peu après que Sirius se soit "miraculeusement" senti mieux après son choc émotionnel.
Le but du châtain était de construire un foyer pour tous les mineurs qui n'en possédaient pas.
Il avait conscience que son plan était complètement irréaliste. Il lui fallait un lieu, les moyens financiers, les droits et tout un tas d'autres choses qu'il avait commencé à lister et qui lui faisaient dire qu'il n'y arriverait jamais. Mais il ne voulait pas lâcher, c'était son rêve. Tout le monde n'avait pas eu la chance d'avoir des parents comme les Potter ou de grandir dans un foyer aimant comme le sien. Sirius et Regulus n'étaient pas des cas à part. Il y avait Severus qui avait longtemps été battu par son père, Peter qui avait lui-même souffert de carences affectives parentales...
Remus soupira.
Il avait un but, il allait réussir. Peu importe le temps que cela prendrait.
xXx
Dès que Lily vit Severus, elle ne put s'empêcher de sourire. Ils ne s'étaient pas vus depuis des semaines et son copain lui avait énormément manqué. Elle aurait aimé le voir plus tôt, mais Severus vivait une situation financière compliquée et il venait tout juste de trouver un travail. Ils avaient dû s'y reprendre à plusieurs reprises pour arriver à fixer une date et enfin se voir. C'était les vacances, mais il était obligé de travailler pour pouvoir se payer un hébergement.
Lorsque Severus lui avait annoncé la nouvelle, Lily avait été un peu déçue mais elle n'avait rien dit et fait bonne figure. Le Serpentard était obligé de procéder ainsi, il était seul depuis qu'il avait coupé les ponts avec son père. Il ne commencerait son apprentissage que fin aout et il restait plus de deux mois pendant lesquels il devait se débrouiller. Au début, la rousse avait cru que les vacances seraient enfin l'occasion de passer plus de temps ensemble. Elle avait pensé quelquefois à l'inviter, mais en plus de ne pas avoir la place suffisante chez elle, elle n'était pas sûre que Severus accepte. Il mettait toujours un point d'honneur à réussir par ses propres moyens. De plus, Lily n'avait pas vraiment le pouvoir de décider d'héberger son petit-ami. Il fallait qu'elle en discute avec ses parents.
Elle se sentait inutile malgré toute sa bonne volonté. Tout ce qu'elle pouvait faire pour son petit-ami était de lui dire qu'elle l'aimait et qu'elle était là pour lui. Elle avait l'impression que c'était aussi vain que ce qu'elle disait à James. Ce n'était que des mots, rien que des mots... Lorsqu'on vivait quelque chose de difficile, est-ce que ça avait une quelconque importance, un impact ? Lily n'en était pas sûre. Elle-même avait été énervée ou agacée plus d'une fois par les paroles touchantes de ses amis qui tentaient de la soutenir dans sa rééducation. Cela partait d'un bon sentiment, mais la nuit, c'était elle que sa jambe faisait souffrir, c'était elle qui devait tenter de contrôler les soubresauts incontrôlables de son membre. C'était elle qui devait batailler pour tenter de retrouver un quotidien normal.
Elle savait combien lorsqu'on vivait une période douloureuse, il était parfois difficile de devoir faire face au bonheur des autres ou encore d'accepter qu'ils possèdent encore ce qu'on avait perdu et qui nous manquait tant. C'était bien pour cette raison qu'elle n'avait pas tenu rigueur à James pour ses propos blessants et son allure peu digne lorsqu'elle lui avait rendu visite. Elle avait ensuite discuté avec Sirius qui avait tenté de s'excuser pour son ami. Elle l'avait rassuré. Elle savait que ce n'était pas facile pour lui non plus. James était son ami et elle serait là pour le soutenir, peu importe qu'il se comporte comme une bouse malodorante. Il avait une excuse. Néanmoins, Sirius et Lily le savaient, James devait se ressaisir et vite, car les autres ne lui pardonneraient peut-être pas son comportement. De plus, il y avait l'enterrement à organiser et James était le seul à pouvoir faire respecter les dernières volontés de ses parents.
-Lily ! lança Severus lorsqu'il fut presque à ses côtés.
La rousse sortit de ses sombres pensées. Elle se jeta dans ses bras et si Severus fut d'abord surpris, il lui rendit vite son étreinte.
-C'est bon de te revoir ! Tu as enfin du temps pour moi ! C'est triste, on se voit de moins en moins !
Severus s'écarta, mal à l'aise. Il se sentait responsable. Il ne voulait pas que Lily pense qu'il ne faisait aucun effort pour la voir, ou encore qu'il préfère travailler plutôt que passer du temps avec elle.
-Je suis désolé, bredouilla-t-il.
Lily rigola.
-Pourquoi est-ce que tu t'excuses ?
Severus allait répondre, mais Lily ne lui en laissa pas le temps.
- Je ne vais pas me plaindre parce que tu es un adulte capable de te prendre en main alors que je vais probablement habiter encore longtemps chez mes parents ! plaisanta-t-elle. Et si on allait se balader un peu ? On pourrait aller sous cet arbre où on avait déjà l'habitude d'aller enfants ?
Son petit-ami acquiesça, ravi par l'idée.
Ils marchèrent un moment en silence, main dans la main. Lily marchait doucement et Severus se cala sur son rythme. La rousse aimait ces longues discussions avec l'ancien Serpentard. Ils pouvaient débattre de beaucoup de sujets, s'affronter sur des idées ou encore se challenger pour savoir qui obtiendrait les meilleures notes. Néanmoins, elle aimait tout autant leurs silences. Juste être à ses côtés et profiter de l'autre, être tranquille et s'aimer tout simplement.
-J'ai décidé de retenter une opération, lâcha Lily alors qu'elle s'installait au pied de l'arbre.
-Qu-Quoi ? bégaya Severus, surpris par l'annonce. Tu as finalement pris ta décision alors ?
-Oui, souffla-t-elle.
-Quel type d'opération as-tu choisi ?
-Celle avec le meilleur taux de réussite.
Severus fronça les sourcils, repensant à ce que Lily lui avait expliqué il y a plusieurs semaines.
-Celle avec le phénix ?
S'il se souvenait bien, cette opération consistait à prélever un peu de sérum et de sang sur un phénix pour l'injecter sur le membre blessé. C'était une opération plutôt simple et pratiquement indolore pour le patient. Le problème était qu'obtenir les ingrédients était compliqué, les phénix étant rares. L'extraction pour l'animal était source de stress et non sans douleur. C'était pour ces raisons que les propriétaires avaient tendance à refuser d'aider pour ce type d'opération.
-J'ai déjà été opérée deux fois, c'est ma dernière chance. L'opération est couteuse, mais comme les délais sont longs, ça me laisse le temps avec mes parents pour trouver l'argent. En plus, dans mon malheur, j'ai de la chance. Une grosse partie du coût sera pris en charge par le fonds consacré aux victimes de Poudlard.
-C'est la moindre des choses, grommela Severus.
-Dis-moi, toi aussi tu pourrais peut-être monter un dossier pour bénéficier d'une aide, lui fit alors remarquer Lily. Tu ne devrais pas avoir à travailler autant pour pouvoir avoir un toit sur la tête et de quoi manger !
Severus eut l'air mal à l'aise.
-Je ne pense pas que ça marcherait. Ce fond est exclusivement réservé à la réparation des préjudices subis à cause de l'attaque. Si je n'habite plus avec mon père, c'est parce que c'est un connard, pas parce qu'on a été attaqué par des criminel à l'école.
Lily ne dit rien, elle savait qu'il avait raison.
-C'est étrange de me dire que Poudlard est fini…
-Pareil. Je suis resté à peine quelques minutes pour le bal, je n'ai pas eu le cœur d'y assister plus longtemps. L'ambiance n'y était pas et je ne suis pas le seul à le penser car beaucoup n'y ont pas assisté.
-Oh, et moi qui pensais avoir raté quelque chose, soupira Lily.
La rousse changea de position et allongea ses jambes sur l'herbe pour soulager sa jambe.
-J'ai peur que ça se termine comme ça…
-Comme ça ? releva le brun.
-Que chacun vive sa vie de son côté et qu'à force, on devienne des étrangers qui échangent tout juste des nouvelles à Noël ou aux anniversaires. Je ne veux pas que Dorcas, Pamela, Isabel ou même Marlene deviennent des souvenirs, des amis de Poudlard et rien de plus. Je n'ai pas envie de perdre James, je ne veux pas que Sirius décide un jour de tout plaquer et de partir sans nous donner de nouvelles. Comme Marlene, ajouta-t-elle. Le procès des Black approche et je ne peux pas m'enlever de la tête l'idée que si ça tourne mal, il pourrait vouloir partir. Ce serait son genre.
-Je l'imagine mal abandonner James, lui fit remarquer Severus.
-Oui mais il n'est plus le même… Sirius pourrait, je ne sais pas, ne plus pouvoir gérer. Je pense à tout et n'importe quoi, je m'inquiète pour rien, rigola-t-elle ensuite.
Elle se sentait ridicule.
-Je comprends ce que tu veux dire. C'est normal d'appréhender. J'avais moi-même peur de ce qui arriverait à notre couple après Poudlard, mais tu m'as rassuré. Et puis, je suis sûr que tout n'est pas obligé de mal se passer. On a vécu plein de choses ensemble, on est fort et soudé. Ce n'est pas la distance qui va nous séparer. Pamela et Regulus seront encore à Poudlard, ce sera facile d'avoir de leurs nouvelles. Je ne sais pas dans quel état se trouve James, mais il pourrait être devenu une grenouille avec le syndrome de Gilles de la Tourette que Sirius ne l'abandonnerait pas ! Et puis, il a renoué avec son frère, il ne prendrait pas le risque de le laisser tomber après tout le mal qu'il s'est donné. Pour Dorcas, elle est encore triste et endeuillée après la mort de Peter, je pense que c'est parce qu'elle a beaucoup de regrets. Si elle ne donne pas de nouvelles, on en prendra. Elle a plus que besoin d'amis.
-Tu as réponse à tout, s'amusa Lily.
Elle posa sa tête sur son épaule.
-Merci.
Elle était rassurée. Si elle ne voulait pas perdre ses amitiés qu'elle avait mis des années à construire, elle s'assurerait que ça n'arrive pas, tout simplement. Elle prenait une année pour elle le temps de savoir ce qu'elle voulait pour la suite mais elle aurait le temps de voir ses amis !
-Et si on organisait une sortie tous ensemble ? Comme ce qu'on avait fait après l'attaque de Poudlard ? Ça nous avait fait du bien, proposa-t-elle.
-Ça me plairait, approuva Severus.
-Je ne sais pas si James accepterait et quant à Marlene, c'est peine perdue, elle ne donne toujours pas de nouvelles mais bon…
Severus ne dit rien. Le cas de l'ancienne Serdaigle était compliqué. Il ignorait pourquoi elle avait coupé les ponts, et encore moins s'ils la reverraient un jour.
xXx
Maugrey détestait les hôpitaux. Pas seulement parce qu'il n'avait pas les moyens de rester alité pendant des jours, mais essentiellement parce que les médecins avaient toujours tendance à exagérer ses blessures, voulant lui prescrire des arrêts de travail et lui donner une liste interminable de potions et de médicaments qu'il était supposé prendre tous les jours.
De son point de vue, les médecins le pensaient bien plus douillet qu'il ne l'était réellement. Bien entendu, l'agent ne s'était pas laissé faire. Dès qu'il avait été en état de marcher et d'avoir des pensées cohérentes, il était parti. Il faisait partie d'une unité magique spéciale, il était entrainé pour supporter une quantité de souffrance bien plus grande que les sorciers lambda.
Cela faisait quelques jours qu'il était rentré chez lui et il se portait plutôt bien. À part dormir et lire les journaux, il ne faisait pas grand-chose. De toute façon, il ne voyait pas comment s'occuper autrement. Marlene avait également été hospitalisée de brefs jours et n'ayant nulle part où aller, elle était revenue à l'appartement avec lui. Malgré ce qu'il s'était passé en ville et le fait que l'ancienne Serdaigle ait aidé l'explorateur et l'Auror contre Jedusor, Maugrey et elle étaient toujours en froid. L'un comme l'autre devait toujours penser aux mots durs qu'ils avaient échangés.
Maugrey savait qu'il avait ses torts. Malheureusement, il ignorait comment s'excuser, comment faire le premier pas. Peu importe que sur le fond, il ait raison. Marlene avait effectivement commis un acte impardonnable et des tas de gens étaient morts parce qu'elle avait fait preuve d'égoïsme et de faiblesse. Pour autant, c'était trop facile de continuer à la blâmer, surtout qu'elle avait à de nombreuses reprises apporté son aide, se mettant même en danger. Le vrai coupable était Tom Jedusor. Il était responsable de multiples morts, certaines mêmes de ses propres mains. Sans oublier qu'il n'avait pas hésité à divulguer leur secret pour pouvoir s'enfuir.
Maugrey le confessait, il ressortait sans cesse la même rengaine, incapable d'avancer. De pardonner. Mais s'il insistait autant sur ce sujet, c'était parce que sans s'en rendre compte, il avait eu l'impression de pouvoir comprendre Marlene et que c'était réciproque. Qu'ils se ressemblaient au moins en partie. C'était étonnant. Marlene avait du caractère et un brillant avenir devant elle. Lui n'avait jamais été populaire à l'école... Aujourd'hui encore, les gens le trouvaient bizarre en plus d'être asocial. Il avait toujours eu la vocation pour son métier. Ses parents lui avaient donné envie d'être utile à la société, il était normal pour lui de mettre son talent au service du bien et du plus grand nombre.
Lorsqu'il se trouvait des similitudes avec l'ancienne Serdaigle, il avait l'impression de se chercher des excuses pour expliquer son intérêt pour la jeune femme et faire taire la culpabilité qui en avait découlé. Tout était en vrac dans sa tête. C'était l'effet qu'elle avait sur lui.
Il n'avait jamais ressenti ça pour personne. Il avait toujours grincé des dents quand certains de ses collègues avaient tenté de le caser avec une connaissance ou de le pousser à mettre fin à son long célibat. Pensant qu'il n'avait besoin de personne, que c'était une perte de temps ou encore qu'il était mieux seul. Quelle erreur ! Il avait râlé sur Marlene un nombre incalculable de fois ces dernières semaines, mais elle l'avait épaulé, aidé et sorti de sa solitude. Le châtain s'était alors imaginé ce que cela pouvait être d'être en couple, d'avoir une compagne, quelqu'un qui lui sortirait la tête de son boulot en fin de journée. Qui le comprendrait et serait fier de lui.
Mais Marlene allait partir et il serait de nouveau seul.
Un peu agacé, le châtain sortit de sa chambre pour aller se servir un verre d'eau. Il tomba sur Marlene qui se coupait les ongles sur le canapé. Ils se regardèrent pendant quelques secondes sans rien dire. L'agent se sentait stupide. La sorcière n'avait pas de chambre, il était sûr de tomber sur elle partout sauf dans sa chambre. Il aurait mieux fait d'y rester.
-Tu ne peux pas faire ça dans la salle de bain ? Je mange à cette place, râla-t-il.
Il eut honte de lui aussitôt. Mais que lui prenait-il ? Ils n'allaient pas se disputer sur un sujet aussi stupide ? Comme un vieux couple, pensa-t-il.
-Ce sont juste des ongles, souffla Marlene. Je ne dis rien pour tes poils dans le lavabo.
Maugrey ne trouva rien à redire et alla se prendre son fameux verre d'eau dans la cuisine. Il sourit de sa stupidité avant de finir son verre d'une traite. Alors qu'il allait repartir s'enfermer dans son refuge, Marlene se racla la gorge.
-Est-ce qu'on peut parler ?
Il fut tenté de refuser, mais à quoi bon ? Il était un adulte et il était temps de se conduire comme tel. Il acquiesça avant d'aller s'asseoir à côté d'elle.
-Merci de m'avoir sauvé, commença-t-elle, et Maugrey haussa un sourcil surpris. J'ai été vraiment en colère quand j'ai appris que tu m'avais menti.
-C'est vrai que je n'ai pas été honnête...
Il se gratta la tête, embêté.
-Le document est valide, tu sais. Juridiquement, on ne peut rien contre ta famille et t-
-Je le sais, tu me l'as déjà dit. Les seuls qui risquent quelque chose, c'est Dawlish et toi, c'est ça ?
Après une hésitation, l'Auror acquiesça.
-Tu n'arrêtes pas de me renvoyer mon erreur à la figure, me faisant bien comprendre que tu ne me laisseras pas me dérober et oublier quel monstre je suis. Alors, pourquoi avoir pris de tels risques pour moi ? Ta carrière et celle de ton collègue pourraient voler en éclat, sans oublier ce qu'il s'est passé face à Jedusor !
Marlene se tourna vers lui, patiente, et Maugrey se mordilla la lèvre inférieure. Il ne pourrait jamais lui donner de réponse sincère, il ne s'en sentait pas capable.
-Parce que j'ai mes torts aussi. Je me suis acharné sur toi parce que j'étais frustré de ne pas avancer sur cette affaire. C'était à la fois facile et lâche de ma part, confessa-t-il.
Marlene fut prise au dépourvu. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il admette également ses torts. Elle éclata alors de rire, provoquant un grognement agacé du châtain.
-Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? demanda-t-elle ensuite.
-Eh bien, Jedusor est sous bonne garde en attendant son procès. Il n'a aucune chance de s'en sortir. Au bureau, on sait à quel point il est dangereux et tout ce qu'il a déjà commis jusque-là. Il paiera, c'est certain.
-C'est une bonne chose.
Marlene soupira.
-Pourtant, c'est étrange, je ne suis pas spécialement heureuse. Même si j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixée, je me sens bizarre. J'ignore quoi faire.
Maugrey fronça les sourcils. Il était étonné des confidences de la jeune femme. Encore plus qu'elle se confie à lui.
-Tu ne comptes pas retourner en France auprès de ta famille ? Tu as déjà fait tout ce que tu pouvais, tu n'as plus aucune obligation à présent.
-Peut-être. Le problème n'est pas vraiment là en fait. Ma famille se sent bien en France et je pensais aussi l'être, mais je n'en suis pas si sûre. J'ai laissé trop de choses auxquelles je tenais ici. De plus, je suis partie comme une voleuse et je n'aime pas ça. J'en aurais mis du temps à m'en rendre compte, mais ma vie est ici et mes amies me manquent…
Marlene étouffa un sanglot et Maugrey écarquilla les yeux d'effroi. Il était complètement démuni face à une personne qui pleurait devant lui. Il ne savait pas quoi faire et se sentait gauche. Maladroit, il se contenta de poser sa main sur l'épaule de l'ancienne Serdaigle qui pleurait maintenant à chaudes larmes. Elle relâchait tout le stress et la tristesse accumulés ces derniers mois et dès qu'elle sentit le contact timide du plus vieux, elle n'hésita pas à se jeter dans ses bras pour trouver, au moins pendant quelques minutes, un peu de réconfort.
Maugrey se figea aussitôt, mal à l'aise. Néanmoins, il ne bougea pas, incapable de lui rendre son étreinte. Il tapota simplement sa tête.
-Tu peux rester ici le temps qu'il te faudra pour prendre une décision, souffla-t-il.
xXx
En créant un filet de sécurité magique et psychique comme soutien, Sirius avait naïvement pensé que la suite serait plus supportable. Il n'était pas stupide au point de croire que ce serait le cas tout le temps, mais au moins de temps en temps. Que pendant certains moments, ses cauchemars et ses crises d'angoisses ne seraient plus qu'un mauvais souvenir. Que le dégoût de lui, la peur et les questionnements disparaitraient. Mais non.
Il avait l'impression d'être revenu au point de départ. C'était assez étrange. Il était de nouveau à l'époque où il faisait des crises d'angoisses sans pouvoir se l'expliquer. Comme au début de son année scolaire, il faisait des cauchemars sur son passé et passait son temps à se déprécier et se rabaisser, pensant qu'il était nul et que la seule chose de potable chez lui était sa belle gueule. La différence était qu'à présent, il savait pourquoi il ressentait tout ça. Il comprenait ses cauchemars et encore plus les raisons de ses angoisses.
A présent qu'il comprenait les raisons de son mal être, de sa souffrance, il avait d'autant plus envie de s'en sortir car il savait contre quoi il se battait. Il était déjà sorti de son état de retrait, et il n'avait plus l'impression que le sol menaçait de s'écrouler à chacun de ses pas. Qu'il ne pouvait plus respirer, avancer, ni demander de l'aide. Le problème était que tout n'était pas réglé. Si le sol ne se dérobait plus sous ses pieds, il était si fissuré qu'il lui donnait l'impression qu'au moindre faux pas, il chuterait. Et que cette chute serait mortelle.
N'osant pas affronter son image dans le miroir, Sirius continua de fixer l'eau couler sur ses mains. Elles tremblaient, encore et toujours. Chaque jour, c'était dur de sortir, de sourire, d'accepter ce qu'on lui avait fait. Il savait que Remus, James et Regulus avaient dit qu'il pouvait se reposer sur eux, qu'il n'était pas obligé de faire semblant d'aller bien, de tout supporter. Mais Sirius ne se voyait pas faire autrement. Il ne voulait pas être un poids, d'autant plus avec la mort des Potter.
Heureusement, il avait sa psy pour se confier. Parfois, il avait l'impression qu'elle était la seule à pouvoir supporter l'horreur qu'il avait subi. C'était d'autant plus vrai avec l'approche du procès. Sirius ne voulait pas lire les articles de journaux qui en parlaient comme si c'était l'évènement de l'année. Il savait que beaucoup attendait de voir si les Black pourraient être inculpés. Tout le monde était curieux de savoir de quel crime ils pouvaient bien être accusés. C'était un évènement majeur pour la communauté sorcière de Grande-Bretagne.
Le problème était que Regulus les lisait sans cesse ces maudits journaux ! Son petit frère se renseignait et était en contact régulier avec l'agent chargé de l'affaire. Sirius le trouvait admirable de s'impliquer autant. Il savait également que c'était aussi pour s'occuper l'esprit, oublier sa propre tristesse. Il espérait surtout se rendre utile. Lentement, le Serpentard avait retrouvé sa verve et sa ténacité. Il était décidé à faire condamner les Black. C'était son nouveau but depuis que Padfoot était parti et que Jedusor avait été arrêté. Sirius se demandait comment l'aider. Son frère affirmait aller bien, pourtant il passait son temps enfermé dans sa chambre à faire je ne sais quoi. L'ainé le savait, son petit frère souffrait énormément des agissements de James.
Sirius ne savait pas quoi faire. Il ne voulait pas s'imposer car il savait mieux que quiconque qu'on pouvait parfois ne pas avoir envie de parler, par pudeur. Comme lui-même minimisait ses propres blessures, son frère faisait de même.
Les Black avaient besoin que James revienne. Sans cet adorable maladroit au grand cœur, tout était difficile. Pour l'un comme pour l'autre, il représentait un joyau inestimable.
Anxieux, Sirius sortit de la salle de bain. Il entendit alors du bruit dans le séjour. Il savait que c'était James. Regulus sortait peu de sa chambre, surtout si cela voulait dire se retrouver seul avec le Maraudeur. Prenant son courage à deux mains, Sirius rejoignit son ami.
-James, le salua-t-il.
Il observa rapidement son état. Il était propre et coiffé, mais surtout, il avait enfin changé de vêtements.
-Quoi encore ? s'agaça le Maraudeur.
Il jeta sa balle cling-kring par terre et celle-ci fit un bruit infernal avant de revenir automatiquement dans la main de son propriétaire. Il ne passait pas une minute sans que Sirius éprouve l'horrible envie de se débarrasser de cet objet de malheur.
-On a décidé de se faire une petite soirée tranquille entre amis ce soir, lui annonça-t-il.
Pour une fois, Sirius réussit à obtenir une réaction de son ami.
-Mes parents sont morts et tu veux que je fasse la fête ?! s'indigna son ami.
-Je veux que tu fasses quelque chose oui, et autre chose qu'être insupportable si possible. Et puis, ce ne sera pas vraiment une fête, mais plutôt une réunion entre amis. Lily a évoqué l'idée et ça m'emballe assez. J'ai envie qu'on se retrouve tous pour se soutenir, se rappeler du bon vieux temps. Poudlard est fini, mais on est toujours amis et c'est ce que font les amis. Se voir et discuter, et même s'amuser.
-Ce sera sans moi, refusa James.
-Impossible. On le fait ici exprès pour toi. Tu vas voir, à nous tous on va réussir à te remettre la tête à l'endroit. Tu as droit d'être triste, mais tu n'es pas obligé d'être méchant avec ceux qui t'aiment juste pour oublier ta peine.
James sembla vouloir répondre, mais baissa finalement la tête, et Sirius eut l'impression que pour la première fois depuis des jours, ses mots atteignaient son ami. Même si James arrêta de lancer sa balle agaçante, il resta néanmoins les fesses collées à son fichu fauteuil. Le même où son père s'installait si souvent. Mais bon, il supposait que c'était un bon début.
xXx
James avait été ébranlé par les paroles de son meilleur ami. Ils avaient vécu tellement de choses ensemble. Il connaissait par cœur le brun et Sirius connaissait ses mimiques et ses pensées aussi bien que lui. Alors James savait que si l'ainé des Black lui faisait ces remarques, c'était qu'il était déjà allé trop loin, qu'il ne tarderait pas à franchir la ligne rouge. L'un comme l'autre avait tendance à dédramatiser et à excuser et pardonner trop vite les fautes de l'autre. Se défendant mutuellement, même quand ils avaient tort. Généralement, c'était par soutien, mais aussi pour ne pas blesser l'autre en étant en opposition ou simplement parce que c'était plus simple.
James l'avait toujours su, il était faible face à Sirius et son meilleur ami n'était pas mieux. Il se rappelait encore ce projet fou qu'avait eu Sirius d'élever un dragon. Bien entendu, ça n'avait pas marché et tant mieux, cette histoire aurait pu très mal se finir. James avait à peine tenté de dissuader son ami alors qu'il se savait capable de le faire changer d'avis. Plus récemment encore, il y avait ce qu'il s'était passé avec Remus. Sirius avait fauté à de nombreuses reprises envers le châtain et James avait été le confident de son meilleur ami, lui permettant d'être aux premières loges de ce chaos. Aujourd'hui, la relation de Sirius et de Remus était au point mort après avoir explosé en plein vol. Et lui dans l'histoire avait également perdu un ami précieux. S'il avait pu - voulu - faire plus, les choses se seraient peut-être passées différemment. Parce qu'il le savait, il aurait pu faire bien plus. Cependant, face à la fragilité du brun, il finissait inéluctablement par céder, lui accordant toujours plus de délai et le ménageant. C'était loin d'être ses seules erreurs. Sa plus grosse faute restait très certainement la manière dont il avait géré les cauchemars de son meilleur ami.
James aurait dû tirer l'alarme depuis le début. Il avait été évident que son ami avait eu besoin d'aide mais, dépassé, le propriétaire du magazine Harry s'en était remis à l'expertise du brun, comme s'il pouvait lui faire confiance pour savoir si ça allait. Il aurait dû en parler à des adultes, que ce soit McGonagall ou encore Promfresh. Au lieu de ça, il n'avait rien fait à part garder le secret et regarder son ami s'enfoncer toujours plus.
Lui aussi en avait fait de belles... Rien que récemment, il y avait cette histoire de bracelet imprégné de magie noire qui avait failli l'envoyer six pieds sous terre. Il y avait également la mauvaise blague jouée à Severus qui avait précipité la fin de son couple avec Lily. Et tant d'autres encore. Il se souvenait de Sirius lui disant clairement que c'était une mauvaise idée, et lui campant sur ses positions... Et bien entendu, ça se finissait toujours de la même façon. Mal.
Aujourd'hui, c'était la même chose. Il déraillait, Sirius le soutenait... mais pour une fois, son soutien ne semblait pas inconditionnel et aveugle. Il avait compris plus vite que lui que le brosser dans le sens du poil ne l'aiderait pas. Et cette idée plus qu'autre chose faisait comprendre à James qu'effectivement, il commençait à aller trop loin. Il rejetait tout le monde, parlait mal à ses amis et passait ses journées à se morfondre et à attendre que le temps passe. Il lui arrivait de boire, mais Sirius et Regulus avaient caché le reste d'alcool disponible. James n'ayant pas la volonté ni l'énergie de mettre un pied dehors, il n'en avait pas acheté de nouvelles. S'il mettait un pied à l'extérieur, la réalité le rattraperait avec violence. Tout le monde ou presque le connaissait au village et savait ce qui était arrivé aux Potter. L'héritier ne souhaitait pas faire semblant d'être digne en accueillant les condoléances de ses voisins et amis de la famille.
James n'arrivait pas à être autre chose qu'en colère. C'était trop brutal, il ne voulait pas l'accepter. Il voulait croire que ses parents allaient finir par rentrer, ou encore qu'un hôpital le joindrait pour dire que ses parents n'étaient pas morts, mais blessés... C'était stupide, il le savait. Mais après des jours sans nouvelle à ressasser les articles de journaux et l'annonce des Aurors en bonne et due forme, James ne pouvait qu'admettre qu'ils ne reviendraient plus jamais. Mais comment faire sans eux ? Qui le guiderait pour qu'il devienne un homme bon ? Qui le réprimanderait quand il dirait un gros mot ou se mettrait en tête d'inventer un truc bien trop dangereux ? Qui lui préparerait des plats, lui raconterait des anecdotes et le soutiendrait...?
James était un adulte, mais il avait encore besoin de ses parents. Il n'avait pas envie de voir ses amis. Il voulait être seul. Il n'avait pas envie de voir qu'autour de lui, les gens étaient heureux, qu'ils avaient encore leurs parents et qu'ils n'avaient qu'un seul souci, savoir ce qu'ils voulaient faire de leur vie.
Alors même si Sirius était dans son bon droit de le bousculer un peu, James n'arrivait pas totalement à accepter son aide. Il était si triste que tout le déprimait, tout l'agaçait ! Personne ne pouvait le comprendre et ça l'exaspérait que les gens fassent comme si c'était le cas. Sirius l'énervait, Regulus l'énervait, les Aurors qui avaient été incapables de faire leur travail convenablement l'exécraient ! Il nourrissait une haine incommensurable contre Tom Jedusor et espérait qu'il recevrait le baiser du Détraqueur. Quand ce jour arriverait, il voulait être là pour le voir souffrir.
James avait tant de colère en lui qu'il fallait que ça sorte. Alors oui, c'était ses proches qui prenaient et c'était pathétique de sa part. Il n'aimait pas ce qu'il devenait, il voulait se débarrasser de toute sa négativité, mais il n'y arrivait pas.
Une partie de l'ancien Gryffondor ne pouvait s'empêcher de penser que c'était lui qui aurait dû mourir. Après tout, c'était lui qui avait décidé de tout faire pour arrêter le psychomage. Ses parents avaient payé à sa place, et il s'en voudrait longtemps.
xXx
Remus trainait des pieds. Il n'aurait jamais pensé qu'il redouterait un jour de se rendre chez les Potter. Accompagné d'Isabel, il n'était qu'à quelques mètres de la bâtisse.
-Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, soupira-t-il.
-Eh bien, moi aussi j'ai été surprise par l'invitation de Sirius et Lily, confia la blonde. Mais ça me fait plaisir, j'ai envie de revoir tout le monde, de passer un bon moment avec mes amis. La situation de James rend ça un peu étrange, je te le concède, mais si on y réfléchit bien, c'est justement le moment parfait. On pourra être là pour le soutenir. C'est ce que font les amis, n'est-ce pas ?
-Tu as raison, acquiesça Remus. C'est juste que j'ai peur de dire une bêtise…
-Moi aussi…
Elle prit une grande inspiration.
-Je n'ai absolument pas envie que ce soit gênant ni qu'on n'ait rien à se dire, je suis donc prête à tout pour que ça se passe bien, ajouta-t-elle. J'ai même pensé à des activités à faire. Et si jamais ça ne marche pas, dans ces cas-là, l'alcool est ton ami, rigola-t-elle.
Remus éclata de rire.
-J'espère qu'on n'en arrivera pas là, devoir boire pour tenter de passer une bonne soirée ! J'ai amené mon boitier magique avec mes musiques préférées, avoua-t-il à son tour. La plupart d'entre nous n'ont pas profité de la fête de fin d'année à Poudlard. Et le dernier bal auquel j'ai participé me laisse un souvenir assez mitigé…
Pendant un instant, il pensa au bal de Noël, à cette soirée qu'il avait finalement passé sans cavalière par solidarité. Tout ça pour qu'au bout du compte, son ami se retrouve à y aller avec Dorcas. Peter avait alors passé une excellente soirée. Quant à Remus, le hasard avait fait qu'il s'était retrouvé à discuter avec Sirius. Il l'avait trouvé plus charmant et supportable que les autres jours. L'ambiance et l'alcool aidant, il avait arrêté de se méfier.
Parfois, l'ancien Poufsouffle se demandait comment se seraient passées les choses s'il n'avait pas suivi Sirius dans la cabane hurlante ce soir-là. S'il ne lui avait pas avoué ressentir quelque chose pour lui. Cela semblait être une autre époque. Une époque où ils étaient encore tous ensemble, où ils étaient libres et joyeux. Une époque où personne n'était encore mort.
Cette époque lui manquait. Un jour, arriveraient-ils à laisser tous les problèmes derrière eux et à avancer ? Et si ça arrivait, seraient-ils véritablement débarrassés des problèmes ? Le cœur de Remus se serra en repensant au procès qui approchait. Il savait que les Black en souffriraient.
-Passons un bon moment avec tout le monde ! décida-t-il avec enthousiasme.
Isabel le regarda, surprise.
-Qui sait quand nous aurons de nouveau l'occasion d'être tous ensemble, ajouta-t-il alors dans un souffle.
Sa meilleure amie lui prit le bras et sourit. Elle sonna et on lui ouvrit la porte.
Les deux anciens Poufsouffle étaient les premiers invités à arriver. Regulus les accueillit avec cet entrain inexistant qui le caractérisait si bien. Il leur apprit que son frère avait obligé James à l'aider à faire quelques apéritifs. On pouvait d'ailleurs les entendre râler depuis l'entrée si on tendait l'oreille. Isabel, qui ne leur faisait pas confiance pour préparer quoi que ce soit de comestible, décida alors d'aller leur prêter main forte.
Remus préféra rester avec le plus jeune pour décorer le séjour. Regulus semblait concentré sur sa tâche, se fichant de ce que les Gryffondor manigançaient dans la cuisine.
-Lily ramènera à manger, l'informa-t-il soudain.
-Oh.
Remus était rassuré de savoir qu'ils allaient au moins pouvoir se mettre quelque chose d'appétissant dans le ventre.
-Comment va James ? demanda-t-il ensuite. Il n'a répondu à aucune de mes lettres et je me suis dit que c'était parce qu'il n'avait envie de voir personne. Même là, je n'ose pas aller le voir…
-Je suis pareil, avoua Regulus.
Il lui tendit quelques décorations discrètes à accrocher aux murs. Remus l'observa, remarqua ses cernes et son teint plus pâle encore que d'habitude. Il avait aussi l'air d'avoir maigri. Regulus Black, malgré ce qu'il laissait transparaître, était quelqu'un de très sensible. C'était une personne capable de faire preuve d'empathie et qui détestait l'injustice. Le châtain se demanda si récemment, quelqu'un lui avait demandé comment il allait.
-Comment ça se passe ici ? Avec le procès qui approche et la mort des Potter, ça fait beaucoup d'un coup.
Preuve qu'il était vraiment à bout, le Serpentard se confia sans chercher ni à se cacher ni à minimiser ce qu'il ressentait. Etrangement, Regulus avait toujours facilement parlé à Remus, probablement parce qu'il savait qu'il serait écouté mais pas jugé, et que jusqu'à un certain point, ils se ressemblaient assez.
-Ce n'est pas facile. James est convaincu que personne ne peut le comprendre, il est tellement en colère qu'il ne nous parle pratiquement pas. Sirius fait comme s'il arrivait à gérer la situation alors que je sais que ce n'est pas le cas. Affronter son traumatisme, réapprendre à être parmi nous alors qu'il s'est caché si longtemps, c'est déjà beaucoup pour lui...
Regulus soupira.
-Sans parler du procès. Il ne veut pas en entendre parler avant le jour J et d'y être enfin confronté. Je pense que c'est une mauvaise idée. En savoir le plus possible lui permettrait de ne pas être pris au dépourvu et d'appréhender la situation de la meilleure manière possible. Des fois, je me dis que s'il s'occupe autant de James, c'est aussi pour échapper à la réalité, à sa propre souffrance.
Remus se fit la réflexion que le brun avait bien observé et analysé la situation.
-Et toi dans tout ça ?
Regulus, qui lui tournait le dos jusqu'à présent, se retourna et posa les décorations restantes sur la table basse. Il se laissa ensuite tomber sur le canapé, las. Il haussa finalement les épaules.
-Je vois bien que ça ne va pas, insista alors Remus.
-À quoi bon le dire ? soupira Regulus. Parfois, je repense à ce qu'a fait Sirius, fermer son subconscient à tout ce mal pour se préserver... ça m'avait rendu triste, mais comment ne pas le comprendre ? Padfoot me manque, mon frère me manque, mes amis me manquent et James me manque, avoua-t-il dans un souffle. J'en ai juste tellement marre. J'ai juste envie que ça s'arrête mais ce n'est pas le cas, et c'est toujours pire…
On sonna à la porte et Regulus se leva pour aller ouvrir avant que Remus n'ait pu ajouter quoi que ce soit d'autre.
Après les confidences du brun, Remus se demanda à nouveau si cette soirée était une bonne idée. Il ne voyait pas comment elle pouvait bien se terminer.
xXx
En arrivant chez les Potter, Lily prit longuement Sirius dans ses bras. Il sentait bon, ses cheveux étaient doux et il avait pile la bonne taille pour un câlin. Lily se demanda alors pourquoi elle ne l'avait pas fait avant. Si Sirius et elle étaient amis depuis longtemps, ils n'avaient jamais été très tactiles l'un envers l'autre. Mais aujourd'hui, la rousse éprouvait l'envie de réconforter son ami, de lui offrir un peu d'amour et de soutien à lui aussi. Elle ne pouvait qu'imaginer combien lui aussi était touché par la mort des Potter. Sirius les avait toujours beaucoup aimés.
L'ancienne Gryffondor était arrivée il y a quelques minutes à peine avec son copain. Severus s'était fait chambrer, mais Lily savait que Severus et Sirius ne savaient pas se parler autrement. Tout le monde était déjà arrivé ou presque. Les plats préparés par Lily et sa mère avaient été accueillis avec joie.
-Comment ça va ? demanda-t-elle au brun.
-Ça va, répondit-il. Je suis content de voir d'autres têtes. C'est assez morne ici ces derniers jours.
Lily jeta un coup d'œil à James qui faisait la tête. Il observait ses amis de loin, sans aller leur parler.
-Je suis impressionnée que tu aies réussi à le convaincre de rester.
-Je ne sais pas si c'est un exploit. Il habite ici et refuse de mettre les pieds dehors.
-Il aurait pu rester dans sa chambre, rappela-t-elle.
-Il aurait pu. Mais malgré son attitude et tout ce qu'il laisse paraitre, je sais qu'il a envie de surpasser ça. Je n'arrive pas à l'aider… J'ai l'impression que tout ce que je dis l'agace, que je suis maladroit dans mes propos... J'avoue être perdu. Peut-être que je lui en demande trop. Ça fait une semaine, et c'est normal qu'il soit encore si mal.
-Bien sûr que non, je sais que tu fais de ton mieux. On n'est pas là pour lui dire qu'il faut qu'il se ressaisisse, que ce n'est pas grave et que la vie continue. Au contraire, on est là pour lui dire qu'on sait que ce n'est pas facile pour lui, qu'il peut compter sur nous, qu'on le soutiendra.
-Je te laisse lui rentrer ça dans le crâne. Personnellement, je ne suis pas loin d'abandonner.
-J'ai toujours eu plus de patience que toi.
Elle sourit puis fila en cuisine pour vérifier que ses amis ne s'étaient pas déjà jetés sur les plats qu'elle avait amenés. Dorcas et Remus étaient en train de les disposer sur des plateaux. Elle resta avec eux un moment, discutant des derniers jours et également des Aspics.
Ils retournèrent ensuite au salon et Lily observa James. Pamela tenta une approche, mais le brun s'éloigna d'elle sans même la regarder. Lily le savait déjà, mais la mission s'annonçait compliquée. Sirius s'approcha alors d'elle.
-Pas sûr qu'il comprenne ce qu'on essaye de faire en se réunissant comme ça…
-C'est probable qu'il s'imagine qu'on cherche juste un prétexte pour faire la fête. Il est en deuil alors je peux comprendre qu'il soit sur les nerfs. Je vais lui parler.
Malgré sa motivation, Lily n'était pas tout à fait à l'aise. Elle savait qu'elle serait mal reçue. Mais elle le savait mieux que quiconque, quand on souffrait tant que cela nous donnait l'illusion de nous enfoncer dans un gouffre de désespoir, la colère devenait un bouclier non pas contre la souffrance mais contre l'amour qu'on n'était pas encore prêt à recevoir, à accepter.
Combien de fois s'était-elle énervée et agacée contre Severus juste pour se décharger de sa propre frustration, de sa propre douleur ? Elle avait beau être consciente du mal qu'elle faisait, elle n'arrivait pas à s'en empêcher. Au final, ça n'avait fait que créer en elle plus de mal être encore. Une raison en plus de se détester, d'être en colère.
-Bonsoir, James, je suis contente de te voir.
Le brun ne lui répondit pas.
Lily allait dire quelque chose d'autre, mais Isabel déposa de l'alcool sur la table basse à côté d'eux. Elle leur sourit et s'en alla après s'être servie un verre. James l'imita très rapidement. Il descendit son premier verre avant de s'en servir un autre qu'il ne but pas tout de suite.
-Je ne veux pas que tu te méprennes, on n'est pas là pour faire la fête. On est là pour te soutenir, donc si tu as besoin de quoi que ce soit...
-C'est bon ! James souffla, agacé. Je suis là comme vous le voulez, avec vous. J'ai juste envie de ne parler à personne.
Lily se racla la gorge, mal à l'aise. Il était sans doute trop tôt encore pour aborder les sujets fâcheux.
-Je comprends. On en rediscute tout à l'heure ?
James hésita puis hocha la tête.
Lily ne savait pas s'il disait ça pour se débarrasser d'elle ou s'il était sincère. Elle le laissa tranquille, se rapprochant de Remus qui mettait en marche son boitier à musique.
xXx
Tout le monde était là. Lily, Severus, Frank, Isabel, Remus, Dorcas, Pamela et les frères Black. Ils étaient tous là, à essayer de faire comme si tout allait bien, comme s'ils s'amusaient. Il y avait de la musique et Isabel faisait tourner Severus qui était rouge de honte à cause de ses piètres qualités de danseur. Remus était appuyé contre le rebord de la fenêtre et les regardait tout en bougeant sa tête en rythme, attendant probablement juste le bon moment pour les rejoindre.
Lily avait réussi à convaincre Sirius de le laisser se faire coiffer et celui-ci avait accepté seulement parce qu'il avait perdu contre elle au précédent jeu de société auquel ils avaient joué. Dorcas les prenait en photo, s'amusant d'avance de la tête que pourrait bien avoir l'ancien Gryffondor avec des nattes. Sur la piste, Remus se décida finalement à rejoindre les deux danseurs, accompagné de Pamela qui bougeait avec tellement d'énergie qu'elle prenait presque tout l'espace. Frank lui mangeait avec appétit ce qu'avait ramené Lily juste un peu plus loin.
Et puis, il y avait Regulus. Il était dans son coin et ne disait rien. Il s'était mis sur son 31 et il était toujours aussi beau. James savait que c'était probablement Sirius qui l'avait poussé à assister à cette soirée. Habituellement, il restait dans sa chambre à lire.
James l'avait entendu tout à l'heure lorsqu'il avait discuté avec Remus. Lorsque le brun avait dit que James était persuadé que personne ne pouvait comprendre ce qu'il ressentait, cela l'avait énervé. James avait voulu débarquer dans le salon, nier et s'énerver comme il savait si bien le faire ces temps-ci, par simple esprit de contradiction, d'envie d'en découdre, de se défouler. Mais il s'était arrêté à temps. Il savait que Regulus avait raison. C'était con de sa part, mais il avait sincèrement pensé que personne ne pouvait le comprendre et qu'il était l'être le plus malheureux de la terre.
Quel idiot !
Il se trompait. Il se souvenait pourtant de l'état dans lequel avait été Frank lorsque Alice était morte. Lui-même en avait été terriblement affecté. Il y avait aussi Dorcas qui peinait à faire son deuil de Peter à cause de la culpabilité, des regrets de ne lui avoir jamais avoué ses sentiments. Tout le monde dans cette pièce portait des blessures qui ne s'effaceraient jamais et lui avait été le seul à se conduire comme s'il était le seul à compter, comme s'il y avait une hiérarchie sur l'échelle de la douleur. Mais ce n'était pas vrai. Ils avaient tous souffert et aujourd'hui, ils étaient capables de sourire, de rire, de s'amuser et de passer un bon moment. Mais plus que tout, ses amis étaient capables de parler de leur souffrance. Ils n'avaient plus de colère et de tristesse amères, au moins en apparence. En les observant, James comprenait le réel but de cette réunion et les intentions de Lily et Sirius. Ils voulaient lui montrer que lui aussi arriverait à s'en sortir et que rejeter tout le monde ne servait à rien.
Qu'avait-il fait durant tout ce temps ? À l'annonce de la mort de ses parents, il avait mis son cerveau sur pause et juste subit les derniers jours. Qu'avait-il fait pour Sirius et Regulus qui allaient bientôt devoir affronter leurs parents ? Et son magazine, il s'en était à peine occupé alors qu'ils savaient que les courriers continuant de dénoncer Rosier affluaient ?
Ses parents ne l'avaient pas élevé ainsi, il n'était pas un putain d'égoïste. Mais comment faire pour continuer à vivre normalement alors que la seule chose qu'il désirait était de pleurer, de hurler ou encore de tout casser ?
-Ça va ? lui demanda Frank, le sortant par la même occasion de ses pensées.
James acquiesça sans lui prêter attention et se resservit un verre de whisky pur feu. Il sentait le regard de Regulus sur lui et il hésita à le boire mais le fit tout de même. Il avait besoin d'anesthésier ses sentiments.
Le Maraudeur avait envie de sortir de cet état misérable dont il s'était mis tout seul, mais il manquait de volonté. C'était bien plus facile de ne rien faire...
-Je ne sais pas ce que je fais, je n'arrive pas à m'amuser. Tout ça est ridicule, murmura James.
Il ne voulait pas que les autres l'entendent, il savait qu'il était probablement le seul à ne pas s'amuser. Si Regulus ne vivait pas non plus sa meilleure vie, c'était partiellement à cause de lui. Dans tous les cas, James n'avait pas envie d'être un casseur d'ambiance.
-Je comprends ce que tu veux dire. Tu n'as pas le cœur à la fête et tout ça doit te sembler bien risible.
James ne dit rien, mais il n'en pensait pas moins. Il savait que Frank allait probablement tenter de lui faire la morale ou de jouer le bon ami compatissant. Ce n'était pas le premier à essayer.
-Pour tout te dire, j'hésitais à venir, soupira alors son ami.
-Ah bon ?
-Ça t'étonne ?
Frank tritura son gobelet vide un instant.
-Ce genre de rassemblement, c'est ce qui me rappelle le plus qu'Alice n'est pas là, que nous ne serons plus jamais au complet…
-Je...je comprends.
-Je sais que c'est dur pour toi, ne pense pas qu'on ne partage pas ta peine, qu'on n'est pas capable de comprendre ce que tu ressens. On a vécu quelque chose d'horrible tous ensemble, nous sommes tous soudés.
James eut le bon sens d'être embarrassé.
-Tout ça, je le sais, mais...
-Ça n'a aucune importance ? Tout ce que tu veux, c'est être seul avec ta tristesse ? Ce que tu voudrais plus que tout, c'est remonté le temps, profiter encore plus de tes parents si tu le pouvais ?
James fut surpris que son ami puisse être si proche de la vérité et Frank sourit.
-Je te l'ai dit, on est tous passés par là. Ne te referme pas, c'est la pire chose à faire.
-Plus facile à dire qu'à faire, grinça le Maraudeur.
-Je sais. Aucun de nous ne s'en est sorti facilement et encore moins seul. Dois-je te rappeler comment j'ai fait pour arrêter de me morfondre après la mort d'Alice ?
James fronça les sourcils.
-C'est grâce à toi, mon ami. Tu es venu me trouver, tu m'as tendu la main, tu n'as pas minimisé ma douleur. Tu m'as dit que j'avais le droit d'être triste autant de temps que nécessaire. Qu'il n'y avait pas de date limite au deuil ! Tu m'as donné un objectif, quelque chose à quoi me raccrocher pour ne pas sombrer. Je ne pensais pas me plaire autant dans le groupe du magazine, et même si je ne pense pas faire ça des années, c'est ce dont j'ai besoin en ce moment. Ça me fait du bien et j'ai l'impression que ça me donne encore un lien avec Alice.
-Tu penses que Harry est ce qui va m'aider à surmonter la mort de mes parents ? s'étonna l'héritier des Potter, incertain.
Il avait envie d'y croire mais son ami haussa les épaules puis commença à s'éloigner.
-Je pense que tu as déjà la réponse.
James souffla. Il regarda son verre à présent vide, hésita à se resservir, puis posa le gobelet avant de rejoindre Regulus.
Il s'installa à côté du Serpentard et croisa le regard de Sirius qui hésitait à les rejoindre. Lily avait fini de le coiffer et les tresses lui allaient plutôt bien, même si elles n'étaient pas très réussies. James savait ce qu'il se passait dans la tête de son ami. Vu la manière dont James s'était conduit ces derniers jours, il n'avait pas envie de le laisser seul avec son frère.
En y pensant, personne ne lui avait fait de reproches alors qu'ils auraient eu raison de le faire. Le Maraudeur se souvenait encore très bien des paroles horribles qu'il avait jetées à la rousse qui n'avait pourtant rien fait de mal. Et que dire de Sirius qui l'avait supporté et qui le portait littéralement à bout de bras ces derniers jours ? Et dire qu'il ne s'était même pas excusé. Le meilleur moyen pour remonter la pente était d'accepter l'aide de ses amis et de reconnaître ses torts des derniers jours. Et s'il y avait bien une personne qui lui manquait et à qui il ne voulait plus faire de mal, c'était Regulus.
-Je suis désolé, dit-il au brun.
Il se rendit alors compte que ce n'était pas si compliqué.
-Quoi ? fit Regulus, pris au dépourvu.
James se racla la gorge, mal à l'aise. Il se leva et tendit la main au plus jeune.
-On va faire un tour dehors ?
James pensait que Regulus l'enverrait balader, lui qui l'avait ignoré pendant des jours. Il y avait de quoi être suspicieux. Pourtant, Regulus prit sa main et le suivit. Ils marchèrent quelques mètres à peine avant que l'ancien Gryffondor ne l'invite à s'asseoir dans le jardin sur les chaises sur lesquelles ses parents s'installaient parfois le matin.
-Ce que j'ai dit la dernière fois, je ne le pensais pas. C'était inutilement cruel. Si tu venais à t'en aller, à vouloir t'éloigner parce que tu ne me supportes plus, ça me ferait très mal.
James baissa la tête, incapable d'affronter le regard triste du Serpentard. Il se tritura les doigts, tentant de trouver le courage de continuer.
-Tu me manques toi aussi.
-James...
-Tout m'énerve, et je ne sais pas comment me débarrasser de cette colère ! Mais je n'ai pas envie d'être en colère contre toi, et encore moins contre mes amis.
-Je ne sais pas comment t'aider, lui avoua alors Regulus.
-Je ne pense pas qu'il y ait grand-chose à faire. C'est un truc que je dois en partie faire seul. Cette colère, cette énergie, je dois la mettre quelque part et s'il y a un truc dans lequel je suis bon, c'est jouer de mauvais tours et m'occuper de Harry.
-Je ne suis pas sûr qu'une de tes mauvaises blagues soit très appréciées à cette soirée. Surtout si c'est tourné vers Severus…
James rigola et cela chamboula le plus jeune.
-Ouais, c'est sûr. J'ai envie en partie de me consacrer à mon magazine, c'est mon bébé, mon premier projet. J'aimerais que tu puisses m'épauler. Je travaille toujours mieux quand tu es là pour me menacer ! blagua-t-il.
Regulus se renfrogna, ne sachant pas comment prendre cette remarque.
Il y eut un silence. Même si James avait fait le premier pas, il y avait encore cette gêne entre eux. Le Maraudeur ne savait pas quoi dire d'autre. Il ne savait pas s'il était possible de retrouver sa relation passée avec le Serpentard.
-James, hésita Regulus. J'aimerais m'excuser aussi. Je n'aurais pas dû te dire que je ne te pardonnerai jamais.
James sentit la honte l'accabler en repensant à cet évènement.
-J'ai dit ça parce que j'étais en colère et que je voulais que ça te serve de leçon. Je n'ai pas envie que notre histoire se termine, je ne veux plus qu'on soit fâché.
La voix du brun était pleine d'émotion et James ressentait la même chose. Il se leva et prit le cadet de la famille Black dans ses bras.
-Si tu veux encore de la tête de bouse de dragon que je suis, je veux encore être avec toi. Je veux me réveiller en observant ta petite bouille endormie. Je veux t'entendre ronfler, verser ton lait avant tes céréales, observer tes tics trop adorables, t'embrasser, partir en voyage ensemble, et tant de choses encore…
-M-moi aussi, bredouilla Regulus, sa voix étouffée par l'étreinte de son petit copain.
James était toujours en colère et triste, mais à présent, son cœur arrivait à ressentir d'autres émotions.
xXx
Sirius n'était pas concentré. Il n'arrêtait pas de regarder la porte du jardin par laquelle étaient sortis son frère et son meilleur ami. Il avait envie de savoir ce qu'ils pouvaient bien se dire. Plus tôt, il avait vu James discuter avec Frank puis il l'avait vu renoncer à se resservir en alcool pour aller trouver son frère. James n'avait pas encore fait de scandale ni ne s'était énervé pour une raison stupide alors Sirius avait envie de penser que ce rassemblement lui faisait du bien.
Lui-même devait profiter de ses amis et de cet enthousiasme tant qu'il le pouvait encore.
-Moi qui pensais que Sirius Black serait un meilleur danseur, le railla Pamela.
Il rigola.
-Je me débrouille juste assez pour ne pas t'écraser les pieds. Je n'ai jamais vraiment appris.
Pamela rigola, le lâcha et changea de cavalier. Elle sauta presque sur Remus qui la fit tourner et s'adapta à son rythme sans problème. Sirius resta immobile, ne pouvant quitter le châtain du regard. Soudain, on le bouscula à l'épaule. Sirius se tourna vers Isabel qui avait les joues rouges après avoir offert une prestation digne des plus grands professionnels quelques secondes plus tôt. Severus lui avait réussi à quitter la piste de danse et discutait à voix basse avec Lily. Ils s'étaient embrassés quelques fois depuis le début de la soirée et Sirius avait envié leur bonheur.
-Je ne te comprends pas, Sirius Black, confia la blonde.
Il esquissa un sourire, mal à l'aise. C'était probablement stupide, mais parfois Sirius repensait à cette nuit où Padfoot l'avait possédé et où il avait perdu l'esprit. Il avait couché avec Isabel et cela lui alourdissait l'estomac quand il y pensait. Ce n'était pas pareil que ce qu'il avait vécu au Square Grimmaurd, mais il n'avait jamais voulu avoir de relation sexuelle avec la blonde. Il nourrissait des regrets et pas seulement parce qu'il avait fait du mal à Remus.
-Qu'est-ce que j'ai bien pu faire ?
-Tu fais souffrir mon ami.
Sirius n'avait pas besoin qu'elle le lui rappelle, il le savait bien.
-Le problème, c'est que je ne comprends pas pourquoi. Je sais que tu l'aimes, alors pourquoi ?
-Je... parce que je suis un minable.
Isabel fit un petit bruit étrange. Sirius était certain qu'elle avait pitié de lui.
-Tu es venue me dire une fois de plus de ne pas laisser tomber, de t-
-Non, pas cette fois-ci.
Elle souffla, déçue.
-J'aimerais que vous soyez heureux ensemble parce que vous vous aimez et que ce serait normal. Mais Remus n'a plus la force d'être déçu et je pense que tu n'es pas prêt pour entamer une relation saine avec lui. Pas après ce que tu viens de me dire en tout cas. Tu n'es pas minable, Sirius, tu es juste humain.
Il rigola.
-Poufsouffle jusqu'au bout. Tu vis dans un monde de bisounours et tu as trop bu.
-Exactement !
Elle regarda les autres puis lança son idée à la ronde.
-On fait une photo de groupe, histoire d'immortaliser ce moment !
Pamela applaudit, enchantée par l'idée. Tout le monde se rassembla et Sirius comprit qu'on ne le laisserait pas se dérober.
-Je vais chercher mon frère et James !
Dorcas était déjà en train de tenter de comprendre comment actionner le retardateur.
Sirius alla dans le jardin mais resta sur le seuil de la porta un instant. Il observa James et Regulus, assis l'un à côté de l'autre se parler tranquillement. Il n'avait pas envie de les déranger. Mais déjà la voix de Lily retentissait depuis le salon, sortant le couple de sa bulle.
James se tourna vers lui avant de chuchoter quelque chose à Regulus. Il se leva et Regulus le suivit.
-Ça va ? demanda Sirius à son ami pour jauger son état.
-Non, répondit-il honnêtement.
James esquissa un sourire puis passa son bras sur ses épaules.
-Mais je vais mieux que ce matin. Merci de m'avoir obligé à me lever de ce foutu fauteuil.
-Il le fallait bien, tes fesses allaient finir par se dessiner dessus.
James secoua la tête.
Le trio, pressé par leurs amis, rejoignit enfin le groupe au salon. Quelques-uns se querellèrent pour savoir qui serait à côté de qui et ils ne furent pas prêts à temps. Une des photos était floue. Il régnait une réelle cacophonie, mais tout le monde fut heureux de cette soirée. Ce n'était que la première d'une longue série. Poudlard était fini et ils débutaient tous une nouvelle page de leurs vies. Mais quoi qu'ils se passent dans le futur, ils seraient toujours là les uns pour les autres.
