Chapitre 18 - Amende honorable
J'ai quelque chose pour toi, reçut-il de Granger par Carnet une semaine plus tard. Je crois que vous autres appelez ça une piste. Sur l'appâteur de Nundu.
Oui ? répondit Drago.
Je pars donner cours. On peut se voir à 18h ? dit Granger.
Où ?
Le café de Trinity, dit Granger. J'ai une autre réunion là juste avant. Si je suis en retard, ne fait pas irruption en parlant de balais. C'est avec un Moldu.
Drago fut reconnaissant pour ces instructions, comme il arrivait habituellement en avance dans les cafés en parlant de balais. Ils écarta le Carnet pour vérifier l'emploi du temps de Granger. Le Moldu en question était Gunnar Larsen, le directeur de Skjern Pharmaceutics.
À 17h55, un Drago Désillusionné marchait vers le café moldu de Trinity College, curieux de la piste ostentatoire de Granger sur Talfryn.
Il la vit par la fenêtre du café, toujours en profonde conversation avec un homme. Drago s'était formé une confortable image mentale de ce Larsen : petit et maigre, de type scientifique, probablement dégarni et avec des lunettes.
À la place, assis en face de Granger, se tenait un malabar dix huit carats d'à peu près 1m85. Ses cheveux étaient d'un blond roux, comme sa barbe plutôt impressionnante, et ses yeux étaient d'un bleu pénétrant.
C'était un Viking en costume trois pièces. Il y avait probablement plus de poils de torses frisés qui sortaient du col de sa chemise que Drago n'en avait eu depuis la puberté.
Drago décida qu'il ne l'aimait pas.
Toujours Désillusionné, il se glissa dans le café quand un client en sortit et s'adossa contre un mur pour écouter aux portes. Granger et le Viking parlaient principalement en jargon (celui de l'homme avec un léger accent). Granger expliquait, de sa façon passionnée, quelque chose à propos des systèmes immunitaires adaptatifs et des micro environnements. Larsen répondit quelque chose sur les thérapies d'inhibiteurs de points de contrôle, ce à quoi Granger répondit avec grand enthousiasme.
Les yeux du Viking étaient rivés sur Granger d'une façon que Drago n'appréciait pas. Il y avait quelque chose de prédateur dans son regard - quelque chose d'affamé. Et Granger gesticulait, trop occupée à s'exciter sur la nano-biologie pour le remarquer. Les soupçons commencèrent à germer : est-ce que ce Moldu étoffé allait voler les idées de Granger ? Se faire de l'argent sur son dos ? La manger littéralement ?
Il n'y avait qu'une façon de le savoir.
Le plongeon de Drago dans l'esprit de l'homme fut terminé avant même de commencer. Il se retrouva à buter contre des barrières mentales extrêmement sophistiquées, du genre de celles que seul un Occlumens de haut niveau pouvait avoir.
Donc Granger se trompait. L'homme n'était pas un Moldu.
Le Viking, sentant sa tentative d'intrusion, se retourna vers l'endroit où Drago était Désillusionné. Ses yeux perçants parcoururent les tables bondées, essayant de repérer son agresseur.
Granger lui demanda, "Est-ce que ça va ?"
Larsen se tourna de nouveau vers elle. "Oui - mes excuses Professeur. Je pensais avoir entendu quelque chose."
Ils continuèrent la conversation, bien que les réponses de Larsen se soient réduites à des monosyllables distraites.
La première réaction de Drago - supplexer l'homme sur la table et lui demander ce à quoi il jouait - était rendue difficile par la présence de la foule. (Pour ne rien dire du fait que Drago n'était pas certain qu'il saurait le renverser.)
Sa deuxième pensée fut de Stupéfixer Larsen et de déchirer son esprit pour découvrir quels étaient ses desseins, mais encore, la foule, et aussi, l'homme était un Occlumens. Il aurait d'abord besoin de l'adoucir, puis de réduire son cerveau en purée.
Granger regarda l'heure et mit rapidement fin à la réunion. Larsen lui serra la main (presque son bras entier) et zigzaga entre les tables. Drago le vit observer méthodiquement chaque client alors qu'il marchait vers la porte. Était-ce pour se souvenir de leur visage, ou était-il un Légilimens aussi ?
Drago suivit Larsen dans la rue en nourrissant une vague idée de Stupéfixion dans le dos et de séjour dans une cellule des Aurors pour une discussion amicale. Cependant, dès que Larsen trouva une porte hors de vue du public moldu, il transplana.
Drago n'aimait pas ça du tout.
Il se débattait avec un mélange de perplexité et d'irritation alors qu'il rejoignait Granger au café, sans Désillusion. Pour sa part, Granger n'avait aucune idée de ce qui venait d'arriver, et elle salua son approche par un joyeux signe de main. Elle lui avait acheté un café et une de ces panna cotta au caramel, mais ce n'était simplement pas le moment.
"Allons à ton laboratoire," dit Drago en guise de salut. "Il faut qu'on parle en privé."
La joie de Granger s'affadit. "Oh - mais je -"
"En privé," répéta Drago.
Granger récupéra le café et la panna cotta alors que Drago l'emmenait hors du café.
Quand ils arrivèrent au bureau de Granger, elle s'assit à son bureau et Drago commença à tempêter d'un bout de la petite pièce à l'autre.
"Vas-tu me dire ce qui ne va pas ?" demanda-elle.
Drago arrêta de faire les cent pas, ses robes d'Auror s'enroulant dramatiquement autour de ses bottes. "Larsen. Ce n'est pas un Moldu."
Les sourcils de Granger se haussèrent jusqu'à ses cheveux. "...Quoi ?"
Drago reprit ses cent pas. "Il Occludait pendait qu'il parlait avec toi dans le café. Quoi qu'il t'ait dit qu'il était - c'est faux."
Granger le fixa. "Je vais mettre de côté la question du fait que tu espionnais mon invité dans une réunion qui n'avait rien à voir avec toi -"
"Bien, ce n'est pas l'important ici."
" - Mais je me suis renseignée sur Larsen. Je vérifie les antécédents de toutes les personnes avec qui j'envisage une collaboration." Là, Granger se leva et fouilla dans un classeur, en sortant quelques feuilles de papier. "Docteur du LMU Munich, la Commission européenne a confirmé tous ses brevets, son entreprise est devenue publique l'année dernière et existe vraiment - il m'a invité à lui rendre visite, d'ailleurs..."
"T'inviter à lui rendre visite ? Je peux te dire que tu n'iras certainement pas. Pourquoi prétend-il être un Moldu ?"
"Je ne sais pas. Peut-être qu'il ne sait pas que je suis une sorcière ? Je l'ai rencontré à une conférence moldue ; je ne me présente pas comme Docteur Granger la Sorcière à ces événements. Il fait probablement la même chose."
Granger regardait Drago comme s'il était susceptible de faire beaucoup de bruit pour rien. Drago n'était pas d'accord.
"Et l'Occlumancie ?" continua Drago.
"Je n'en ai aucune idée," admit Granger, pressant un doigt sur ses lèvres alors qu'elle réfléchissait.
"Il sait que tu es une sorcière," dit Drago. "Forcément. Le monde sorcier est trop petit pour qu'il n'ait jamais entendu parler d'Hermione Granger, à moins qu'il ait des nano-oreilles en plus de son nano-cerveau."
"Nano-cerveau ? C'est un brillant scientifique."
"Et aussi un brillant Occlumens. Qui s'assurait très efficacement que, si tu venais à jeter un œil dans son esprit -"
"Ce que je ne ferais jamais - je ne suis même pas une Légilimens -"
"- Si tu le faisais, tu ne verrais rien. Il cache quelque chose." Drago rentra presque dans le mur et pivota pour reprendre sa marche.
"Arrête de bondir partout comme une foutue balle de ping-pong."
"J'aimerais l'interroger," déclara Drago.
"L'interroger ?"
"De façon amicale."
"S'il te plait, dis moi ce qu'implique une interrogation amicale par Drago Malefoy ; j'ai envie de rire."
"On t'utilise pour l'attirer dans un bar. Lui faire boire quelques pintes. Plus que quelques pintes vu la masse du gaillard. Une goutte de Veritaserum, juste parce qu'il sait Occluder. On le traîne à l'arrière, on le ligote, on lui ouvre les yeux, et voilà. Des réponses. Il se réveillera avec un petit mal de crâne et il continuera son petit bonhomme de chemin."
"Et toi ? Une belle amende et la perte de ton emploi pour avoir enfreint une trentaine de lois."
Drago fit un geste minimisant ces inquiétudes mineures et vexantes.
"Puis-je suggérer de lui demander simplement la prochaine fois que j'ai une réunion avec lui ?" dit Granger.
Drago fit une pause dans ses cents pas pour considérer la chose. "Et tu penses qu'il sera honnête avec toi ?"
"Je ne sais pas. Mais c'est un début - et une approche beaucoup moins drastique que la tienne."
"Quand le vois-tu la prochaine fois ?"
"Nous devons continuer notre conversation dans deux semaines."
"Bien. Mais je serai là."
Granger ouvrit la bouche pour parler.
"Non," la coupa Drago. "C'est le même homme que tu as rencontré la semaine ou quelqu'un a testé tes protections. Qui a menti sur le fait d'être un Moldu. Et qui Occludait si fort que je me suis fait un hématome au cerveau en essayant d'entrer dans sa tête. Ne proteste pas."
"... J'allais juste demander si tu pouvais être Désillusionné, si tu dois être dans la même pièce. Pour qu'il ne soit pas immédiatement suspicieux en me voyant avec une escorte."
"Oh. Oui." Drago vola à l'autre bout de la pièce. "Mais je serais proche. Je n'ai pas aimé sa façon de te regarder."
"Comment me regardait-il ?"
"Trop intensément. Trop."
L'un des sourcils de Granger s'agita. "Ses yeux ne sont pas à moitié aussi pénétrants que les t - que ceux d'autres personnes, je peux te l'assurer."
"Je ne le sens pas," dit Drago, faisant s'enrouler ses robes autour de lui en pivotant de nouveau.
"Qu'est ce que ça veut dire au juste ?"
"Je ne sais pas. L'instinct, Granger. Je regrette que tu ne sois pas plus connectée au tien."
"Je préfère les faits, en général." Granger renifla. "Pouvons-nous mettre de côté le mystère de Larsen pendant un moment, pour parler de ton coupable? Et vas-tu t'asseoir, avant que tes tourbillons ne me donnent la nausée ?"
Drago s'assit. "Ce n'est pas un coupable tant qu'il n'a pas été jugé et condamné. Mais oui. Lars peut attendre. Dis-moi ce que tu as mijoté - sans* permission, bien sûr. Je voudrais signaler ma désapprobation, entre parenthèses."
Le regard que Granger lui jeta était tout sauf impressionné. "Oh, parce que tu demandes la permission pour interférer tout le temps dans ma vie."
"C'est une affaire complètement différente."
"Je désapprouve avec véhémence. Mais ne nous laissons pas distraire, ou nous n'arriverons jamais au vif du sujet."
Drago lui fit signe de parler. Elle lui lança un regard dur qui l'informa qu'elle n'avait pas besoin de sa permission pour ça.
"J'ai repensé à ce que tu as dit, sur ton homme qui gardait le Nundu inconscient. Ils sont réputés pour être impossibles à maintenir en captivité."
"Correct."
Granger sortit des documents d'une enveloppe. "J'ai supposé que tu avais déjà vérifié les fournisseurs et fabricants de tranquillisants en Grande-Bretagne, magique ou moldue, pour voir si tu trouvais quelque chose d'intéressant."
"Naturellement."
"Je pense qu'il a trouvé un fournisseur d'agents incapacitants à l'étranger - sur le marché noir - sinon les grandes quantités qu'il commande ne manqueraient pas de faire sourciller. Et j'ai supposé que tu avais également étudié tous les systèmes de distribution de médicaments par correspondance auxquels tu pouvais penser, pour voir si cela mènerait à quelque chose."
"Evidemment." Drago agita sa main d'un geste impatient. "Passe à ce que tu as trouvé, s'il te plait."
Granger lui lança un long regard l'informant qu'elle partagerait ses résultats en temps voulu, et que si des connards impatients avaient des objections, ils pouvaient aller se faire foutre.
Les mains de Drago s'occupèrent avec la panna cotta à la place.
Granger reprit. "Étant donné que votre homme est un sorcier, j'ai pensé qu'il serait peu probable qu'il opte pour un lanceur à fléchettes - il ne saurait pas comment se servir d'un pistolet. Pas plus qu'il ne pourrait installer un système de vaporisation sophistiqué pour l'agent incapacitant qu'il utilise, pas s'il parcourt le pays avec cette pauvre bête. Les produits ingérables seraient trop difficiles à doser, surtout si le Nundu refuse de manger."
"Excellentes déductions."
"Le système le plus portable et le plus sûr serait quelque chose de sorcier qu'il pourrait modifier pour l'utiliser avec une seringue balistique, remplie du tranquillisant de son choix, quel que soit l'endroit où il s'en procure. Et il s'avère qu'il existe très peu de fabricants de seringues balistiques dans le monde. Le savais-tu ?"
"Non," dit Drago.
"Moi non plus. C'était une découverte pratique – cela a considérablement réduit le champ de mes recherches." Granger poussa son document vers Drago. "C'est celle-ci qui fait le plus affaire avec le Royaume-Uni – une entreprise allemande. Il n'y a pas beaucoup de demande pour ces choses, principalement quelques zoos moldus. Mais il y a un acheteur privé qui a effectué des achats importants et répétés au cours des trois derniers mois. Le fabricant aura une adresse de livraison dans son dossier. Je te laisse décider de la manière dont tu procéderas pour obtenir ces informations."
Drago prit le document, incertain de ce qui l'impressionnait le plus - le travail de Granger, ou le fait qu'elle avait, d'une manière ou d'une autre, trouvé le temps de le faire parmi sa quantité obscène d'engagements déjà existants.
"Merci," dit-il, examinant le document.
"Une tentative de faire amende honorable," dit Granger. "Aussi, je me sens très mal pour le Nundu."
Cela fit soupirer Drago à travers ses dents. "Si cela mène quelque part, je vais devoir faire amende honorable pour McLaggen."
"Je ne suis pas sûre que ça soit possible." dit Granger, fronçant le nez. "J'ai vu des choses. J'ai entendu des choses."
"Je t'offrirais bien un Oubliettes, mais…"
On frappa à la porte. L'un des étudiants de Granger amena un paquet, sifflant à cause d'une petite fuite d'agent refroidissant, nécessitant une signature pour la réception.
"Un autre projet personnel qui me tient à cœur," dit Granger en réponse au regard interrogateur de Drago. "Un de mes - heu - bien trop nombreux projets."
"Je vais te laisser à ton projet alors," dit Drago, se levant.
Alors que Drago se dirigeait vers la porte, Granger appela, "Malefoy ?"
"Quoi ?"
"Soit prudent, d'accord ?"
Drago lui fit un geste par-dessus son épaule et sortit.
La piste de Granger s'avéra être plutôt solide. Comment pouvait-il en être autrement ? C'était Granger. L'adresse de livraison mena Drago à un importateur quelconque, qui transmettait les marchandises à un petit délinquant connu, qui les transférait dans un entrepôt auquel accédait à des heures indécentes une poignée d'autres délinquants connus, qui les déposaient dans un fort en ruine à Norfolk. Le fort était étrangement bien protégé pour un lieu abandonné. Et des Moldus à proximité avaient récemment déposé des plaintes concernant le bruit - apparemment, quelque chose rugissait de temps en temps à deux heures du matin.
Drago en informa Tonks et ils commencèrent à constituer une équipe mixte d'Aurors et de Magizoologues, se préparant pour un raid à grande échelle trois jours plus tard.
Et Drago se retrouva à réfléchir à ce qu'il pourrait faire pour faire amende honorable à son tour. Maintenant, il était débiteur de Granger. Bon sang de bonsoir.
Garde ta soirée de demain libre, lui envoya-il par Carnet. J'ai quelque chose à te déposer.
Si c'est la tête de McLaggen sur un plateau, tu peux la garder, dit Granger.
Je ne serais jamais si grossier, répondit Drago.
Non ?
Ce serait quelque chose de plus élégant. L'utiliser comme compost dans les jardins et t'envoyer un bouquet.
Une combinaison charmante de galanterie et de psychopathie, fut sa réponse sèche. Je serai à la maison après 20h.
Drago transplana dûment au cottage de Granger après vingt heures, apportant une chose précieuse qui n'était pas la tête coupée de McLaggen.
Granger avait l'air inhabituellement fatigué. Drago savait d'après son emploi du temps qu'elle avait passé de longues heures à son laboratoire cette semaine là, mais voir les cernes sous ses yeux lui faisait deviner à quel point elle était rentrée tard chaque soir.
Cependant, il fut heureux de la trouver à table devant les restes d'un véritable repas - une sorte de ragoût, du pain et un bol de yaourt. Il ne fit pas de commentaires ; elle n'avait pas besoin d'un 'je te l'avais bien dit' pour savoir que son idée avait été bonne.
Granger le regarda ainsi que son paquet rectangulaire avec circonspection. "Bien, je suppose que ce n'est pas la bonne forme pour la tête de McLaggen."
"Peut-être que je l'ai mise dans une boîte, juste pour te piéger.
"Plutôt grande ta boîte."
"Peut-être que c'est plutôt un bras."
"Eurk." Les mains de Granger étaient jointes devant elle, mais nerveusement – comme si elle savait, rationnellement, que ce ne serait pas un morceau de corps, mais qu'elle connaissait aussi suffisamment Drago pour ne pas en être si certaine.
Drago plaça le paquet sur la table avec soin. "D'abord, je veux que tu saches que ça a été absolument une plaie à trouver."
"Oh ?"
"Deuxièmement, je veux que tu saches que j'allais à l'origine utiliser ça comme levier pour te faire chanter."
Cette remarque fit croiser les bras à Granger. "Tu allais me faire chanter ?"
"Enfin - c'était plus un pot de vin, en vérité."
Maintenant les bras de Granger étaient croisés et ses hanches étaient basculées. La désapprobation et l'amusement se disputaient la place sur son visage. "Tu voulais me soudoyer ?"
"Oui."
"En échange de quoi ?!"
"Pour que tu me dises sur quoi porte ton projet," dit Drago, défaisant le satin épais qui emballait l'objet.
"Tu n'as vraiment aucun scrupule."
"Je ne l'ai pas fait, finalement, n'est-ce pas ?"
"Non. Je suppose que ça montre une vraie force de caractère," dit Granger.
Drago s'écarta et fit signe à Granger d'avancer. Elle s'approcha de la table, son regard mêlant curiosité et inquiétude. L'emballage de satin tomba pour révéler une boîte joliment sculptée.
Granger lui jeta un regard. "Si c'est une tête, je vais crier."
"Ouvre la." Drago se rendit compte qu'il réprimait un sourire.
Granger enleva le couvercle de la boîte.
Dedans, entre des feuilles de la soie la plus fine, se trouvait un livre. Son titre brillait en lettres dorées et usées : Révélations.
Granger eut le souffle coupé et fit un pas en arrière, les mains sur ses clavicules.
Puis elle dit, dans une sorte de cri haletant, "Comment ?!"
"L'ami d'une amie."
"Mais - mais la dernière copie non endommagée a été détruite quand Glyndwr a brûlé -"
"Ah oui ?" Drago s'appuya contre la table pour plus de stabilité. "Tu es sûre ?"
Granger approcha de nouveau de la boîte et regarda discrètement à l'intérieur, comme si le livre pouvait disparaître s'il y avait trop de monde.
Puis, sans avertissement, elle se jeta sur Drago, saisit son visage et planta un baiser sur chacune de ses joues. Avant qu'il puisse songer à une réponse, elle l'avait relâché.
À présent elle était de nouveau près de la boîte, les mains posées sur sa bouche. "C'est impossible ! Je rêve."
Pendant ce temps, Drago se remettait de cet assaut de joie contre sa personne, et pensait qu'il avait trouvé plutôt agréable d'avoir Granger pressée contre lui, qu'elle sentait bon et que ses lèvres étaient douces. Elle s'était éloignée trop vite pour qu'il puisse procéder à une évaluation plus approfondie. Ce qui, franchement, était dommage.
Mais c'est à propos de Granger qu'il était mélancolique, donc lui aussi devait être en train de rêver.
Elle tournait maintenant en rond, marmonnant à propos d'une abbaye en feu.
"Je ne peux pas le garder," finit-elle par dire. "Il est bien trop précieux. Quand je l'aurais étudié - oh, j'espère que les portions qui me manquent existent toujours dans celui-là - je vais devoir le donner à une bibliothèque. Je ne peux pas le garder pour moi."
"Fait ce que tu veux avec. Il est à toi." dit Drago avec un haussement d'épaules nonchalant. Le haussement d'épaules nonchalant était pour montrer qu'il était froid et indifférent, plutôt que stupidement heureux qu'elle soit si contente.
"Mon dieu," dit Granger, les mains sur ses joues, qui étaient plutôt roses. "Je crois que si tu avais essayé de me soudoyer avec ça, ça aurait fonctionné."
"Vraiment ? Merde." Drago mit un bras entre Granger et la boîte. "Je le reprends. Tu ne peux pas l'avoir."
Granger lui jeta un regard de pur reproche, ce qui, bien sûr, ne lui fit aucun effet.
"Tu ne me ferais pas une chose pareille," dit Granger.
"Non ?"
"Non. Nous venons juste d'établir que tu avais une véritable force de caractère."
"J'ai menti. Je suis un lâche doublé d'un traître."
"J'aurais pu le croire si tu n'avais pas fourni la preuve du contraire au cours de ces dernières années."
"Quelle preuve ? Je nie tout en bloc."
"Tu es le favori de Tonks, et ne c'est pas parce que tu fuies devant les méchants."
"Je suis son favori ? Tss. C'est elle qui te l'a dit ?"
"Lupin."
"Foutaises," dit Drago, bien qu'il soit plutôt flatté.
Granger pressa un seul doigt sur sa main et, de ce puissant point d'appui, lui baissa le bras. "Je suppose que ce cadeau infiniment précieux signifie que ma piste sur Talfryn t'a mené quelque part ?"
"Oui. Nous savons où il est."
"Passe lui le bonjour quand tu l'attraperas. Que va t'il arriver au Nundu ?"
"Quelques Magizoologues vont se joindre à nous pour le raid. Ils vont s'occuper de la bête et décider quoi en faire."
Granger hocha la tête. Puis son attention revint sur le livre dans la boîte gravée. Drago vit son impatience poliment réprimée, à la façon dont elle tripotait le bout de sa tresse.
"Je vais vous laisser un peu d'intimité tous les deux, d'accord ?" dit Drago.
Granger lui jeta son Regard, mais elle lui sourit.
"Envoie moi un message par Carnet quand tu verras Larsen," dit Drago. "Je n'en ai pas fini avec lui."
"Compris."
"Et s'il se montre sans être invité - toute sorte de rencontre inattendue ou fortuite - active la balise de détresse. Trois tours de bague."
Granger arracha son attention du livre pour le regarder avec surprise.
"Vraiment ?"
"Oui."
"Même si je tombe sur lui en allant acheter du lait ?"
Drago leva la main pour l'arrêter. "D'abord, tu arrives à aller acheter du lait à peine une fois par an -"
"Hé."
"- Deuxièmement, oui, surtout ce genre de rencontre hasardeuse. Je ne lui fais pas confiance. Aucun sorcier n'Occlude pendant toute une conversation à moins qu'il ne cache quelque chose de grave."
"Très bien, très bien," dit Granger. "Te voir transplaner à Tesco dans ta tenue complète d'Auror serait une scène terriblement amusante à regarder, de toute façon…"
Elle le conduisit à la porte et s'appuya sur le cadre alors que Drago se préparait à transplaner. Son dernier regard vers elle le fit la regarder à deux fois, parce que Granger - ses bras légèrement croisés, le regard chaleureux, le souvenir d'un sourire encore sur ses lèvres - avait presque l'air de l'apprécier réellement.
"Merci encore," dit-elle. "Pour le livre."
"Amende honorable," dit Drago avec un haussement d'épaules.
"Une juste réparation pour les dommages causés."
"Je garderais la tête pour la prochaine fois."
Granger rit. "Fais-en un bouquet, plutôt."
"D'accord."
"Au revoir, Malefoy."
Une légèreté de l'esprit accompagnait toujours le transplanage, non ?
