Chapitre 10 - Les Iles Orcades

Drago avait eu le plaisir de faire de nombreux vols dans sa courte vie, mais ce voyage au-dessus de la mer du Nord était l'un des plus sauvagement magnifique qu'il ait expérimenté. Il était presque content d'avoir ce vieux balai - cela forçait un niveau d'attention dans son vol, et de se soucier du vent, ce dont il n'avait pas besoin avec ses balais plus récents. Le vol était plutôt technique. Les vents contraires étaient nombreux, et le temps capricieux, donc Drago opta pour un vol à basse altitude, à environ dix mètres au-dessus de la surface.

L'air était salé et froid et s'écrasait sur leurs visages comme des baisers de sirènes fantômes. Alors qu'ils commençaient à survoler les eaux, un Grand Labbe les rejoignit en vol. Il observa Drago d'un œil petit et brillant, le bout de ses ailes à à peine un mètre de son visage. Puis il plongea à la surface de la mer, frôla les vagues avec son reflet sombre et aqueux et s'éleva de nouveau.

Alors qu'ils avançaient vers le nord, le ciel se dégagea pour dévoiler une délicate dispersion d'étoiles. Sous eux, le reflet des constellations s'étalait et plongeait dans les vagues. La vue était sublime. Drago se sentait petit et insignifiant.

Le Filtre Calmant devait avoir fait effet, parce que Granger semblait un poil moins tendue entre ses bras, bien que ses mitaines soient encore fermement enroulées autour du manche. De ce que Drago pouvait dire, ses yeux étaient toujours fermés et elle ratait toutes ces vues à couper le souffle. Mais, supposa-il, tant que ça lui permettait de s'en sortir…

Quelque chose de gros creva les eaux en-dessous d'eux.

"Granger - regarde ! Il y a un Hippocampus ! Non, il y en a deux ! Des Hippocampus ! Hippocampi ?"

"Oh !" s'exclama Granger, ouvrant finalement les yeux.

Elle regarda vers le bas, où l'énorme tête lisse de la créature équine fendait le vagues. L'une disparut de nouveau, mais l'autre fit un bond hors de l'eau, sa queue immense s'arquant juste sous eux, puis disparut dans les vagues sans une éclaboussure.

Drago ralentit, voulant faire demi-tour pour les observer, mais le premier Hippocampus était réapparu devant eux, suivi de près par son camarade. Il poussa le balai pour les rattraper. Les créatures prirent de la vitesse et Drago les imita, longeant les vagues juste à la hauteur de leurs crinières.

Ils firent la course.

Drago poussa encore le balai. Les créatures majestueuses bougeaient sous et à côté d'eux sans montrer de signe de fatigue excepté la brume perlée qui jaillissait de leurs larges naseaux.

L'une, légèrement plus petite, était vert d'eau, sa crinière aussi blanche que l'écume des crêtes autour d'elle. L'autre était plus grand, bleu outre-mer, et tout aussi rapide, talonnant sa compagne.

L'eau de mer les trempa. Drago continua sa course, il était une vague, les chevaux de mer étaient des vagues, ils volaient, s'écrasaient, moussaient, et ils remontaient et devenaient le vent, puis l'eau, puis l'écume qui précède la tempête.

Les chevaucheurs de vagues bifurquèrent vers l'ouest, vers le grand océan. Les yeux pâles regardèrent Drago et Granger, le mâle jeta sa tête magnifique en arrière comme pour les défier de les suivre vers des rivages inconnus. Draco savait qu'il ne pouvait pas.

Le duo disparut comme des esprits à nageoire, vision qui s'effaça rapidement dans la mer insaisissable.

Il n'y eut plus que Drago, le souffle coupé, Granger, frissonnante, et les vagues écumantes.

Aucun d'entre eux ne parla.

Le balai reprit sa course.

À présent, à gauche et à droite, se dessinaient les formes sombres de masses terrestres. Ils avaient atteint les Iles Orcades.

Le vent devint moins cinglant et la mer moins agitée.

Devant eux, une petite île brillait comme un joyau dans les eaux sombres, illuminée par les feux de Beltane. Le balai, sentant sa destination proche, reprit de la vitesse.

Drago repéra la face d'une roche plate à la lumière des étoiles et s'y dirigea pour atterrir. Granger avait dû refermer les yeux, parce que quand ses doigts de pieds touchèrent le sol, elle glapit, et serait tombée du balai si Drago n'avait pas enroulé son bras autour de sa taille.

Drago descendit. Le mouvement de Granger aurait été plus fidèlement décrit comme une sorte de chute affaissée dans la mousse.

"C'était génial !" s'exclama Drago sous les étoiles, les bras en l'air. "Exaltant. Sacrément magique."

Granger ne dit rien. Drago lança un Lumos vers elle. Elle semblait étreindre le sol.

"Ça va ?"

"Juste un moment," haleta Granger.

Drago la laissa se reprendre. Il lança quelques sortilèges au sol, qui l'informèrent qu'il y avait à peu près cent sorcières et sorciers sur l'île, et presque autant de feux, petits et grands.

Granger était de nouveau sur pied. Drago, voyant à quelle point elle avait toujours l'air exsangue, lui offrit son bras dans une sorte d'automatisme poli. Elle l'accepta, sa prise toute tremblante.

Ils avancèrent vers le centre de l'île avec les feux de Beltane et le son joyeux d'un violon pour les guider. Alors qu'ils avançaient, Drago commença à remarquer d'immenses formes de chaque côté d'eux, seulement percevables parce qu'elles étaient d'une sombre opacité, bloquant la lumière des étoiles.

"Des pierres levées," dit Granger.

"Il y a des henges si loin dans le nord ?" demanda Drago.

Il se fichait en réalité qu'il y ait ou non des henges si loin au nord, mais les questions de cette nature étaient certaines de réveiller la je-sais-tout en Granger et de la distraire de sa frousse.

Il avait raison. Granger commença à parler d'une une voix faible qui gagna en force et en enthousiasme au fur et à mesure qu'elle racontait. "Oui - c'est l'un des plus vieux cercles de pierres de Grande Bretagne. On pense que les mégalithes remontent à environ 3200 ans avant JC. Ils font à peu près trois mètres de haut - absolument époustouflant à la lumière du jour, j'imagine. Ce henge s'appelle l'Anneau d'Eynhallow."

"On aura raté la plupart des réjouissances, je pense," dit Granger alors qu'ils approchaient suffisamment de la foule pour entendre des voix. "Dommage. J'avais espéré voir certains des rituels en personne…"

"Quels rituels ?"

"Oh, des vieilles magies de protection. Des cérémonies des rubans, des offrandes aux Aos sì, beaucoup de sauts au-dessus des feux et autres bêtises, aussi. Je ne sais pas pourquoi les sorciers pensent que ça va impressionner les sorcières, mais bon les sorciers font beaucoup de choses que je ne comprends pas. Comme se faire un collier avec une vipère."

À présent, Granger était silencieuse, méditant sur cet aspect de l'idiotie en particulier. "Mais, hé bien - au moins je vais avoir ce pourquoi je suis venue ici."

Ils étaient proches du centre du cercle à présent, marchant parmi plein de feux de tourbe et de sorciers et sorcières faisant la fête. Granger fixait les feux avec une excitation retenue. Sa prise sur le bras de Drago se fit plus légère.

Profitant que l'attention de Granger soit détournée, Drago pointa sa baguette sur quelques passants et utilisa de la Légilimancie informulée. Il fut satisfait que ce soit une situation à bas risque - l'humeur générale était festive et pompette et personne ne se souciait de savoir qui ils étaient.

Le pic de la fête était passé et les choses se tassaient dans un final jovial. Des tentes étaient montées ici et là à la périphérie des feux, alors qu'autour d'autres, des groupes s'asseyaient pour philosopher, aidés par le whisky.

Drago et Granger furent accostés par de joyeux fêtards et invités à rejoindre leur feu. Granger déclina poliment et les menèrent vers un coin plus calme du henge, où un petit feu brûlait lentement.

"Attendons que celui là s'éteigne," dit-elle.

"Je suppose qu'il doit le faire naturellement ?" demanda Drago. "Pas de charme d'arrosage ?"

"Pas de charme d'arrosage. Des cendres de Beltane dans leur forme la plus primitive."

Granger métamorphosa deux souches en confortables ottomans, que Drago et elle tirèrent près du feu.

Après le vol amèrement froid, la chaleur était vraiment fastueuse. Drago s'assit tout près, mais Granger était assez proche pour rôtir ses genoux et mettre feu à ses cheveux. Elle enleva ses mitaines et tint ses mains proches des flammes.

"Sur les milliers de millions de feux de Beltane de ce soir, pourquoi spécifiquement ceux là ? Dans le coin le plus isolé de Grande Bretagne ?" demanda Drago alors que son visage commençait à dégeler.

Granger avait une réponse toute prête, bien sûr - et sembla enchantée qu'il ait demandé. "Parce que les feux de cet îlot viennent d'un feu très spécial - celui-là même que Cerridwen a utilisé pour son chaudron. Je ne sais pas si tu te rappelle son histoire…"

"Seulement ce qu'il y avait sur sa carte Chocogrenouille," dit Drago, se souvenant vaguement d'une sorcière avec une masse de cheveux foncés. "Elle te ressemblait un peu d'ailleurs, maintenant que j'y pense"

"Pff," se moqua Granger. "Je ne peux que rêver lui arriver à la cheville. Elle était une maîtresse de la Métamorphose, parmi beaucoup d'autres choses - elle pouvait se transformer en n'importe quelle créature à volonté. Elle rend les Animagi d'aujourd'hui ennuyeux. Bref - je t'épargne les détails - tu as peut-être remarqué que ces flammes ont l'air un peu plus rouge que le feu normal ?"

Drago hocha la tête ; les flammes étaient en effet plus rouille que d'ordinaire. "Je pensais que c'était la tourbe."

"Non. Ils ont gardé la flamme intacte, de génération en génération, dans ces îles. N'est-ce pas incroyable ?" Les yeux de Granger étaient brillants. "Quelle chose à voir. Quelle chose à sentir, de mes propres mains. C'est surréaliste. C'est extraordinaire."

"Pourquoi as-tu besoin des cendres ?" demanda Drago, comme elle était si bavarde.

Granger ferma la bouche.

Drago haussa les épaules. Il avait valu le coup d'essayer.

Il plongea les mains dans ses poches pour sortir les provisions de Thurso. Il passa la charcuterie et le fromage à Granger et mis la flasque de vin chaud près du feu pour la réchauffer.

Granger eut l'air surpris, bien qu'il ne sache pas si c'était de voir ce qu'il avait apporté ou de sa gentillesse inattendue. Drago n'était pas sûr. Elle ouvrit le paquet. "Je meurs vraiment de faim. Merci. C'est si prévenant de ta part, je -"

Drago l'interrompit pour éviter d'avantage de compliments. "N'as tu pas amené de la tarte banane caramel dans ton anorak ?"

"Non," dit Granger. Elle fouilla dans une des poches. "J'ai quelques barres protéinées, par contre. Elles sont peut-être un peu écrasées…"

Drago ne savait pas ce qu'était une barre protéinée, mais ça avait le goût de chocolat bon marché, ce qui était merveilleux dans sa bouche après le sel de la mer.

Ils mangèrent. Granger était maniérée, mangeant de petites bouchées interrompues par d'avantage de commentaires sur Cerridwen. Drago se demanda, pour la première fois, à quoi ressemblait sa famille, et s'ils étaient des Moldus riches ? Elle avait un sens de l'étiquette et une sorte de dignité qui criaient aux bonnes manières.

"Hippocampus mis au pluriel serait Hippocampus, je pense," dit Granger. "Je pense que Hippocampi serait une tentative erronée de régularisation latine - Hippocampus est un mot grec. Techniquement, tu pourrais dire Hippocampodes, je suppose ? Bien que Hippocampus soit maintenant un mot anglais, donc en fait, Hippocampuses serait correct également."

"Je te crois sur parole," dit Drago, récupérant le vin réchauffé.

"Je ne suis pas linguiste, tu ne devrais pas."

Drago lui tendit la flasque.

"Je vais nous faire des gobelets," dit Granger, récupérant les emballages des barres protéinées sur les genoux de Drago.

"Si convenable," dit Drago. Sa mère pourrait en fait apprécier Granger.

"Ce vin a été réchauffé à la flamme de Cerridwen. Nous ne le boirons pas à la flasque comme des adolescents de seize ans derrière la Tête de Sanglier."

Granger métamorphosa les emballages en deux belles coupes dorées.

Drago l'aurait informée qu'elle tenait également de la maîtresse de Métamorphose elle-même, mais il ne voulait pas qu'elle développe un ego surdimensionné. Elle surprit néanmoins sa façon de soupeser la coupe. Elle sourit dans son écharpe.

"Joli éclat doré," admit-il.

"Une belle illusion," dit Granger, l'air flatté. "Mais merci." Elle fit une pause et hésita avant d'ajouter. "J'ai entendu que tu t'intéressais à l'Alchimie, donc ton approbation vaut plus que celle d'un sorcier moyen."

"Mon approbation devrait valoir plus que celle d'un sorcier moyen dans tous les domaines," dit Drago, étudiant la coupe dans la lumière du feu.

Granger leva les yeux au ciel nocturne.

Drago remplit leur coupes avec le vin chaud. "Tant qu'on est sur le sujet de l'Alchimie - tu me dirais si ton projet impliquait la création d'une Panacée, n'est-ce pas?"

"Ne présumons pas de nos capacités," dit Granger, bien qu'elle sourit.

"Tu crées vraiment une Panacée ?" demanda-il, se penchant vers elle. "C'est à cause de ça que Shacklebolt est si inquiet ?"

Elle le regarda dans les yeux sans hésiter. "Non. Ne soit pas ridicule."

"Mmh."

"Je crains que tu ne développes une opinion trop haute de moi. Je suis juste une Guérisseuse, me débrouillant avec mes méthodes moldues et mon savoir-faire magique dérisoire."

"Dérisoire," répéta Drago, moqueur.

"Tu veux encore du fromage ? Celui là est un peu trop fort pour moi…"

Drago prit le fromage et réfléchit par dessus son vin chaud. Peut-être que ce n"était pas tout à fait une Panacée sur laquelle elle travaillait, mais il sentait que l'étendue était similaire. Il avait un plan pour lui arracher les informations, cependant. Il devait simplement être patient.

Le feu craqua, consommant ce qu'il restait de tourbe. Ils le regardèrent, et alors que la nuit s'étendait, se retrouvèrent presque hypnotisés par la danse des flammes. Le chant du violon devint plaintif et grave.

Le feu, la fumée de tourbe, la terre - cela sentait comme l'Histoire, comme le neuf devenant de l'ancien, l'ancien devenant le neuf.

Peut-être que c'était le vin, peut-être l'heure tardive, peut-être le pouvoir persistant de Beltane, mais le moment pris une allure de rêve pour Drago. Granger devint une figure de sorcière peinte en clair-obscur, ses cheveux emmêlés par le vent se fondant dans les ombres derrière elle, ses yeux captant la lumière rouge des flammes. Ses mains étaient tendues vers le feu et il semblait à Drago que les flammes étaient attirées vers elle, et qu'elle aurait pu les caresser, si elle en avait envie.

Granger bailla et l'enchantement fut brisé.

Sa somnolence n'était pas une surprise. On approchait de l'heure du coucher habituel de Drago, ce qui signifiait que celle de Granger était passée depuis longtemps.

Elle remit ses mitaines et lança un sort réchauffant sur Drago et elle. Le feu était bas, brûlant toujours.

Les feux de tourbe, réalisa Drago, mettait beaucoup de temps à s'éteindre.

Granger s'endormit contre son épaule.

Drago, qui se sentait lui même de plus en plus fatigué, se retrouva soudain alerte et mal à l'aise. C'était une toute nouvelle forme de vulnérabilité qu'il n'était pas préparé à affronter. Sa respiration était lente et stable, ses mitaines blotties sur ses genoux.

Les compétences de Drago en métamorphose étaient décentes, mais pas assez pour obtenir une tente avec les restes du paquet de charcuterie. Il opta pour allonger l'ottoman de Granger dans une sorte de chaise longue bancale. Elle glissa dans la nouvelle configuration sans se réveiller.

Puis, parce qu'elle semblait petite et encore plus vulnérable allongée sur le dos à ciel ouvert, il jeta sa cape sur elle. Il ajouta à ça un autre sort réchauffant sur eux deux, alors que le feu mourant perdait inexorablement son combat contre la fraîcheur de la nuit.

Il conjura quelques protections, au cas où sa propre fatigue prendrait le dessus, et que lui aussi sombrerait dans les ténèbres. C'était sûrement d'une prudence excessive, étant donné que les autre fêtards s'étaient retirés dans leurs tentes, mais Drago n'avait pas survécu si longtemps en étant imprudent.

Il s'assit, le dos reposant contre la chaise longue de Granger et regarda le reste des flammes se changer en braises.

Après une heure supplémentaire, le tour de la fosse s'était changé en cendres. Elles remuaient dans la brise silencieuse, puis retombaient, blanc sur blanc.

L'aurore arriva, fraîche et claire, étendant sa lumière dorée sur les îles Orcades dans les cris des mouettes virevoltantes.

Drago s'éveilla avec un craquement dans son cou et un nez rendu insensible par le froid.

Quant à Granger, elle avait l'air parfaitement confortable, enroulée dans sa cape. Drago se demanda depuis quand il était devenu un tel putain de martyr vertueux, sacrifiant son propre confort pour cette satanée Granger, d'entre toutes.

Il se mis sur ses pieds gelés pour aller pisser.

Quand il revint, Granger était levée et examinait son travail de métamorphose. La chaise avait tenu toute la nuit, ce qui était une plaisante surprise pour Drago.

Granger le vit arriver et s'agita. "Tu aurais dû me réveiller ! Tu n'as pas signé pour être mon valet en plus de tout le reste. Tu m'as fait une chaise longue . C'est adorable. Merci. J'ai tellement bien dormi, ce qui est vraiment bizarre, en y réfléchissant. Oh - et ta cape. Tiens. Merci de me l'avoir prêtée. De quoi est-elle faite ? Elle est si chaude. Tu as l'air d'avoir mal partout. C'est ton cou ? Je peux regarder ?"

Drago prit sa cape, chassa les mains de Granger de son cou et exprima sèchement son envie d'un café chaud et d'un départ rapide.

Granger replia ses mains sur sa poitrine. "J'ai vu quelqu'un déployer une cuisine entière, quelques tentes plus loin. Tu pourrais les convaincre de te garder une tasse. Je vais collecter mon échantillon."

Drago partit en quête de son salut, laissant Granger s'agenouiller près du foyer, écopant des cendres dans des éprouvettes.

En fin de compte, le sorcier déployeur de cuisine était d'accord pour échanger deux tasses de café et des croissants légèrement douteux contre une Mornille que Drago lui offrit sans un mot.

Le café chaud valait le montant exorbitant. Après la première gorgée, Drago se sentit légèrement moins enclin à assassiner tout le monde.

Granger l'ennuya de nouveau en n'étant pas là où il l'avait laissée. Après une brève recherche, baguette en main, il la trouva à quelques feux de là avec un couple qui démontait sa tente.

Elle devança son sermon avec des informations : le ferry était revenu de Thurso et serait là dans quinze minutes. Pour Drago, c'était plutôt une bonne nouvelle, comme il n'avait pas particulièrement envie de faire un autre vol dans cet état de privation de sommeil. Pour Granger, c'était une excellente nouvelle. Elle demanda même à porter Glorieux Planeur jusqu'au quai, désireuse de rendre le balai au capitaine du ferry et de s'en débarrasser pour toujours.

Ils vagabondèrent à travers les pierres dressées érodées jusqu'au quai vétuste. Granger était animée et sautillante et fit à Drago un exposé sans qu'il le demande sur l'histoire des hommes néolithiques d'Orcade, utilisant le balai pour pointer les points d'intérêt sur les monolithes.

Voyant que Drago ne partageait pas son enthousiasme, elle lui donna sa propre tasse de café pour le requinquer, et la plus grosse partie de son croissant.

Le brise de mer les rattrapa alors qu'ils approchaient du havre, un beau mélange de sel, de sable et d'herbe nouvelle.

Ils montèrent à bord du ferry. Glorieux Planeur fut restitué à son maître. Drago lui dit de garder la caution. Granger et lui se disputèrent pour savoir si elle lui devait ou non de l'argent alors qu'elle essayait de le rembourser. Il la fit taire en la menaçant d'acheter carrément le balai et de la kidnapper pour d'autres vols si elle ne laissait pas tomber.

Puis, alors que le ferry atteignait les eaux profondes, il s'allongea sur un banc pour une sieste bien méritée.

Granger métamorphosa silencieusement le dessus en bois du banc en velours pelucheux quand elle pensait qu'il était endormi.

"Qui aurait cru que le Gland faisait un si bon petit déjeuner ?" s'exclama Granger., empilant des œufs brouillés sur un morceau de toast.

Drago s'étrangla dans son café et lui demanda de prévenir avant de sortir des choses comme ça.

Granger prit l'air guindé et dit que ce n'était pas de sa faute s'il interprétait les remarques innocentes aussi grossièrement que possible. Mais elle connaissait un charme utile pour les expulsions trachéiques, donc qu'il continue à glousser à propos des pénis comme cela lui chantait - elle le sauverait de l'étranglement.

Granger finit de manger bien avant lui, ce qui signifiait qu'elle eut largement le temps de le regarder bouger douloureusement à cause de son cou. Elle commença un exposé spontané sur les spasmes des muscles cervicaux, réfléchit à la santé de son nerf spinal accessoire, décrivit en détail ce qu'elle ferait à son sterno-cléido-mastoïdien, si seulement il la laissait faire, et le harcela de manière générale jusqu'à ce qu'il ne profite plus de ses œufs.

"Très bien," lâcha Drago, se débarrassant de sa cape d'un mouvement d'épaule, tirant sur ses robes pour exposer son cou.

On aurait dit qu'il lui avait fait une grande faveur, lui permettant de l'aider. Elle vint plus près de lui sur le banc, les yeux brillants. "Enfin. Ne bouge pas. Ça ne sera pas long."

Le bout de sa baguette trouva la jonction de son cou et son épaule. Ce n'était pas une sensation qui plaisait à Drago ; en fait, ce fut une réelle manifestation de sa confiance naissante en elle qui fit qu'il le lui permit. La sensation suivante fut bien meilleure : un soulagement froid et instantané, alors que Granger lançait son sort de guérison.

"C'est mieux, non ? Je sais que c'est un remède moldu et que tu ne le fera pas, mais je te conseille de suivre une thérapie par la chaleur si c'est toujours tendu demain. Ça aiderait pour la circulation du sang."

Drago roula ses épaules. Son cou était délicieusement détendu.

"Tu as passé une nuit horrible à cause de moi, je suis désolée," dit Granger.

"Laisse moi manger."

Granger insista pour payer le petit déjeuner puis ils marchèrent jusqu'à l'âtre du Gland pour retourner chacun chez eux par Cheminette.

Granger atteignit le pot à poudre de Cheminette exactement au même moment que Drago, ce qui résultat en une collision des mains et un retrait immédiat des deux parties. Puis ils firent cette chose idiote où ils insistaient pour que l'autre passe en premier pendant une longue et ennuyeuse minute.

Drago, sa patience s'amenuisant, agita sa baguette en direction du pot et le fit léviter fermement contre la poitrine de Granger. "Vas-y."

"Ugh," dit Granger, serrant le pot dans ses bras avant qu'il ne tombe.

Elle ouvrit le couvercle et sembla prête à jeter la poudre de Cheminette dans le feu et partir dans un souffle. Cependant, elle s'arrêta et se tourna vers Drago à la place.

Son expression changea, passant à l'incertitude et la gêne.

"Malefoy, je - je n'aurais pas pu collecter mon échantillon sans toi. Ça aurait reporté mon projet jusqu'à la prochaine fête de Beltane, si tu n'avais pas été là. Je n'aurais jamais fait ce vol par moi-même."

Drago n'avait jamais été ce ceux qui se détournement quand ils recevaient les éloges qui lui étaient dues - en fait, il avait tendance à s'y vautrer - mais quelque chose dans la franchise naïve de Granger et sa sincère gratitude rendait tout cela gênant.

De plus, c'était Granger. Quand elle était gentille, ça lui donnait la chair de poule.

"Rentre chez toi, Granger," dit-il.

Granger lança une poignée de poudre dans les flammes. "Ok. Je suis contente que tu sois venu. J'yvaismaintenantmerciencoreaurevoir. Le Mitre."

Elle ne croisa pas son regard et se retourna dans les flammes.

Quelques minutes plus tard, Drago était en train d'épousseter la suie de sa cape, dans son propre petit salon. Il avait très envie d'un bain et de son lit. Henriette, qui s'était matérialisée dès son arrivée, fut envoyée faire couler un bain, aussi chaud que possible.

Alors que Drago était en route vers ses quartiers, il se demanda si le bain pouvait compter comme thérapie par la chaleur - non qu'il se soucie des traitements moldus de Granger, mais quand même.

Devrait-il lui envoyer un message pour lui demander ?

Elle lui répondrait probablement par douze pages d'explications et de suggestions de lectures sur le sujet.

Sa cape sentait encore l'odeur de Granger et de la fumée de tourbe.

Il lui envoya le message.