Chapitre 15 - Noli Me Tangere

Drago avait vécu beaucoup de choses étranges et merveilleuses dans sa vie, mais bavarder avec le crâne d'une sainte morte depuis longtemps comptait certainement parmi les plus bizarres.

"Donnez moi une bonne raison de ne pas crier aux intrus pour attirer les bonnes sœurs," dit le crâne.

"Je vais devoir t'exploser en mille morceaux si tu essaies", dit Drago.

"Promesses, promesses," dit le crâne.

"S'il vous plaît - êtes-vous la Magdaléenne ?" demanda Granger, son choc laissant maintenant la place à une grande curiosité.

"Un écho de celle qui était autrefois connue sous ce nom," dit le crâne.

"Un fantôme ? Un esprit ?"

"Il y a beaucoup de Formes d'Êtres."

Drago donna un coup de coude à Granger. "Pas le temps."

"C'est vrai, discutons plutôt de ce qu'un beau garçon comme toi vient faire dans un endroit pareil."

"J'ai de mauvaises intentions," dit Drago. "De toute évidence."

"Oh la la, un bad boy," dit le crâne.

Granger était figée dans un état d'émerveillement devant le crâne. Drago lui donna un autre coup de coude. "Fais ce pourquoi nous sommes là. Il faut qu'on parte."

Granger sembla revenir à elle. "Bien - je dois - mais -"

Il y eut des voix dans le couloir derrière eux. "On a de la compagnie," l'interrompit Drago. "Déclenche tes explosions."

Granger leva sa baguette et marmonna des mots gutturaux en runique ancien. Drago sentit la chair de poule sur ses bras alors que la magie jaillissait d'elle. Cinq étincelles brillantes fusèrent de sa baguette et sifflèrent dans le couloir pour déclencher leur rune respective.

Il y eut un moment de silence absolu.

Puis la crypte, les couloirs et la grotte furent secoués par les explosions. Des cris résonnèrent au loin. Une fine couche de poussière de roche recouvrit Drago, Granger et le reliquaire de la Magdaléenne.

Du couloir ne leur parvenait plus aucun son.

Granger avait les mains sur ses genoux, le souffle coupé par l'exercice magique.

"Qu'avez-vous fait ?" demanda le crâne.

"Gagné du temps," dit Granger.

"Fais ton truc," dit Drago, montant la garde devant le passage. "Vite !"

Granger était agitée. "Mais elle a des sensations ! Elle n'était pas censée avoir des sensations !"

"Sensations est un terme plutôt optimiste," dit le crâne.

"Mais vous pouvez percevoir les choses !" dit Granger. "Je ne peux pas juste - juste -"

"Juste quoi, précisément ?"

"J'ai besoin d'un petit bout de vous," dit Granger.

"Tss. Toi comme le reste du monde. Des morceaux de moi ont été volés siècle après siècle, tu sais."

"Bouge toi, putain !" dit Drago.

Granger sortit un ostéotome à l'air plutôt méchant de sa poche.

"Oui. Ma mâchoire a vécu à Rome pendant 700 ans ; on vient juste d'être réunis."

"A-ah oui ?"

"En 1295. Grâce au Pape Boniface VIII, bénie soit sa tête pointue."

Granger se penchait maintenant vers le crâne. "Je euh - Je vois que votre os occipital est fêlé. Ça vous dérange si je l'arrange un peu ?"

Drago leva les yeux au ciel. Granger essayait d'obtenir le consentement du fichu crâne.

"Noli me tangere," dit le crâne.

Granger, l'ostéotome dans une main et la baguette dans l'autre, dit "Je suis désolée pour ça." Elle fit disparaître la vitre du reliquaire. "Tellement désolée - mais c'est pour une bonne cause, c'est promis…"

"Noli me tangere," répéta le crâne alors que la main de Granger approchait. "Tu vas le regretter."

ooo

Quelque chose dans le ton du crâne fit se retourner Drago.

Il courut vers Granger et saisit son bras, juste à temps pour se joindre à elle alors que le crâne - un fichu Portoloin - les emportait.

Ils se matérialisèrent dans un cachot, dix mètres au-dessus du sol, et commencèrent à plonger vers le sol. Comme au ralenti, tous les deux pivotèrent pour apercevoir un rougeoiement à travers la pierre du sol au dessous : Sanctification Spirituelle.

Ce qui les sauva, alors qu'ils tombaient, fut qu'ils avaient tous les deux leur baguette sortie. Granger jeta un Wingardium Leviosa à Drago au moment où il faisait de même pour elle, et ils flottèrent, tous les deux à la merci absolue de la volonté de l'autre, quelques centimètres au-dessus du Tourment.

Granger se débrouillait bien pour tenir son 'fichu grand corps' en lévitation, mais il y avait quelque chose de fébrile dans sa magie ; elle ne serait pas capable de le tenir pendant bien longtemps. Drago lui même commençait à se sentir étourdi : les efforts magiques du jour le rattrapaient, et même garder la silhouette frêle de Granger en lévitation lui coûtait.

"Balai !" haleta Drago.

Granger jeta le crâne à Drago, qui l'attrapa comme une sorte de Souafle osseux. Elle sortit le balai. Dans une étrange prouesse acrobatique, elle parvint à passer la jambe par-dessus. Puis, sous ses mains débutantes, elle le fit avancer vers Drago avec des secousses hésitantes. Quand Granger fut assez proche, il tira le bout du manche à lui et s'effondra dessus derrière elle.

"Putain !" haleta Granger, complètement essoufflée.

Drago était furieux. "Ces putains de maudites nonnes !"

"Oh la la," dit le crâne alors qu'il le rendait à Granger. "Ça n'était pas arrivé depuis l'Âge Sombre. Quel ravissement !"

Drago fit voler le balai de haut en bas dans le cachot, la baguette sortie, cherchant un échappatoire.

"Cette pierre doit faire des mètres et des mètres d'épaisseur," dit Granger, lançant des éclats de métamorphose sur le mur alors que Drago les faisait glisser tout le long. "Je ne peux rien faire passée la couche intérieure."

"On peut essayer la force brute avec quelques Bombarda," dit Drago. "Mais ça nous viderait tous les deux - et qui sait ce qu'il y a de l'autre côté."

"Oh, à peu près cinquante Sœurs enragées," répondit le crâne. "Elles auront déclenché les alarmes maintenant et seront toutes rentrées de la fête du Solstice. Ooooh j'espère que tu ne croiseras pas la Prieure, mon chéri, elle rendrait ton beau visage plutôt méconnaissable."

"Il doit y avoir une entrée - sinon comment récupéreraient-elles les prisonniers " Drago redoubla son effort de recherche. "Nous devons la trouver - c'est le point le plus faible."

"Je parie qu'il n'y en a pas. Elles enlèvent probablement la protection anti-transplanage et viennent récupérer les corps torturés par le Tapis de Doloris en transplanant," réfléchit sombrement Granger.

"Qu'elle est intelligente," dit le crâne.

"Tais-toi toi - c'est ta faute si on est là."

"J'ai essayé de vous prévenir," dit le crâne. "Ne parlez-vous pas latin ?"

Granger était maintenant en train de s'interroger. "J'ai des millions de choses dans mes poches - mais que faire avec ça ? Est-ce qu'on met des pièges ? Est-ce qu'on pose des explosifs ? Elles pourraient nous laisser pourrir ici des années avant de venir nous chercher. J'ai assez de nourriture pour - euh - des mois, peut-être ? Comment allons-nous dormir au-dessus du Tourment ? Je pourrais nous faire des hamacs ?"

Au cours de son bavardage, Granger agitait ses mains et elle présenta par inadvertance Une Solution. Drago la saisit par le poignet. Dans la lueurs de leurs deux baguettes, sa bague scintillait.

Granger suivit son regard. "Mais - tu as dit que tu n'avais pas fini le Portoloin."

"En effet."

"Donc - donc à quoi tu penses ?"

Drago tapota les doigts contre le poignet de Granger. "Je ne sais pas. Une possibilité. Je n'ai pas pu fixer la destination finale sur un endroit désiré. L'Arithmancie est correcte, il y a juste ce stupide blocage à la fin que je n'ai pas su résoudre."

Granger commençait à s'exciter à présent. Elle se tourna vers lui sur le balai. "Dont tu es en train de dire qu'il marche, mais qu'on a aucune idée d'où on va arriver ?"

"Oui."

Granger lui tendit sa main. "Active-le."

"Tu ne comprends pas. Je n'ai aucune putain d'idée d'où on va arriver," répéta Drago. "Ça pourrait être dans les entrailles de la terre. Ça pourrait être à l'intérieur d'un volcan, au fond de l'Atlantique. On pourrait mourir au moment où on arrive, écrasés ou brûlés, ou asphyxiés."

Granger chercha son regard, l'air aussi déconcerté que lui. "Cinquante nonnes enragées nous tombant dessus avec leur sainte colère, ou l'asphyxie ?"

Drago passa une main sur son visage. "Bordel. Comment en sommes-nous arrivés là, putain ?"

"Ooh, le Portoloin, le Portoloin !" dit le crâne. "Je veux voir le monde !"

"Tu choisis," dit Drago à Granger, ignorant le crâne.

Granger lui tourna le dos sur le balai et réfléchit.

"Tu fais une analyse SWOT," dit Drago, regardant les mouvements de ses doigts.

"Chut."

"C'est quoi une analyse SWOT ?" demanda le crâne.

"Ce qu'elle fait de mieux," dit Drago. (C'était une bonne chose que Granger ne l'écoute pas ; une tendresse indésirable avait transpiré de ses mots. Eurk.)

Granger émergea de sa procédure avec l'air déterminé. Elle se retourna de nouveau vers Drago sur le balai. "Portoloin. Baguettes sorties, prêts à Transplaner au moment où on se matérialisera à l'autre endroit. Même dans le plus hostile des environnements, les dommages que nous pourrions subir dans cette petite seconde devraient être soignables."

"Même la lave ? On prend un sacré risque."

"Nous avons le crâne. Et j'ai des vies à rendre meilleures. Vérifions que cette chose stupide n'ait pas de sort de traque; on n'a pas besoin que la Sororité nous suive, où qu'on aille."

Le crâne fut soumis à des sorts de diagnostic de Granger et Drago. Aucun d'entre eux ne fut délicat, mais le crâne semblait ne pas ressentir grand-chose.

"Ça chatouille," dit le crâne alors qu'il était suspendu entre eux, bombardé de sortilèges.

"Il n'y a rien," dit finalement Drago. "Seulement l'écho du Portus."

"Ce qui était une idée brillante. Un simple sort non maléfique à la toute fin. Droit dans un cachot. Saleté de nonnes."

"Très bien," dit Drago. "Allons-y. Mais avant je veux laisser quelques remerciements pour les Sœurs Bénédictines de la Sainte Connerie."

"Ooh, vilain," dit le crâne alors que Drago cachait quelques malédictions, sorts et autres diableries dans la maçonnerie.

Tant pis pour sa fatigue. Il avait soif de vengeance.

"Prête ?" demanda Drago, le bout de sa baguette sur la bague de Granger, prêt à activer le Portoloin.

Granger croisa son regard et hocha la tête. Elle était tendue, mais elle n'avait pas peur.

Fichue sorcière courageuse.

"Portus," dit Drago.

ooo

Le Portoloin les aspira à travers la protection anti-transplanage et les traîna de façon prolongée et écœurante. Drago ne savait pas ce qu'il agrippait le plus fermement : sa baguette, la taille de Granger ou le balai entre ses jambes.

Ils se matérialisèrent à peu près six mètres au-dessus du sol - les dieux soient loués pour le balai - surplombant une scène étrange et surréaliste. Ils volaient au-dessus d'un groupe de bateaux, regroupés comme s'ils étaient amarrés dans une baie - mais il n'y avait pas d'eau. Aussi loin que Drago pouvait voir, des dunes ondulaient, encore et encore jusqu'à l'horizon.

La tête de Granger se tourna aussi, observant l'endroit, sa curiosité prenant le pas sur sa peur de voler. Un filet de fumée émanait de sa bague - les restes du Portus imparfait qui disparaissaient.

Un vent chaud leur soufflait du sable dans les yeux et gerçait leurs lèvres.

"Bien sûr, on aurait pas pu apparaître, genre, dans le Kent," dit Drago.

"Ça aurait été bien trop pratique," dit Granger. "Mais je prends ça plutôt que le centre d'un volcan - et nous n'avons pas été Désartibulés par une mauvaise Arithmancie. Bien joué."

Drago vola plus bas, jetant des sorts de détection vers le cimetière de bateaux. Il n'y avait aucun être vivant dedans.

"Je vais nous faire descendre. Nous avons besoin de nous reposer - on est tous les deux crevés."

"J'approuve."

Ils atterrirent parmi les coques rouillées et trouvèrent un endroit dans l'ombre d'un bateau plus petit.

Granger s'écroula du balai de sa façon disgracieuse habituelle, restant sur le sol à quatre pattes pendant un long moment, puis se remettant sur ses pieds.

Elle fouilla dans sa poche jusqu'à ce qu'elle trouve son appareil moldu, qu'elle sortit avec triomphe. Cependant, le triomphe fut de courte durée. Granger fit quelques pas, tenant le mobile bien haut, le baissa, appuya sur quelques touches - mais quoi qu'il était censé faire, il ne le faisait pas.

"Pas de réseau," soupira Granger. "Nous sommes hors de portée des télécommunications moldues. J'aurais bien aimé savoir où nous sommes."

"Un foutu grand désert comme ça ? Quelque part en Afrique, si je devais deviner."

"C'est ce que j'aurais dit aussi," dit Granger. "Il y a un endroit appelé la Côte des Squelettes en Namibie, célèbre pour ses épaves parmi les dunes. Mais cette théorie est contrecarrée par l'absence plutôt flagrante de la mer. Peut-être que les bateaux nous donneront des indices."

Elle se dirigea, spéculative, vers la proue du navire sous lequel ils s'abritaient. Des caractères abîmés étaient éparpillés, ayant autrefois formé le nom du navire.

Les mains de Granger se posèrent sur ses hanches. "Du cyrillique ?"

"... suggères-tu que nous sommes en Russie ?"

"Je n'en ai aucune idée," dit Granger, ayant l'air, pour une fois dans sa vie, complètement perplexe.

Ils mirent de côté le mystère de leur localisation actuelle pour reprendre des forces. Drago avait envie de se reposer - il avait la lancinante inquiétude que les nonnes les trouveraient d'une façon ou d'une autre, et il était actuellement trop magiquement épuisé pour les prendre dans un combat à cinquante contre un.

"Où est le crâne ?" demanda-il soudainement, car les dix dernières minutes avaient été exemptes de ses remarques coassantes.

"Dans ma poche," dit Granger. "Avec un Assurdiato sur ses os temporaux. Je suis fatiguée de ses remarques incessantes."

"Bonne idée. As-tu quelque chose à manger dans cette poche ?"

"Evidemment."

Des bouts de bateaux épargnés par la rouille furent métamorphosés de façon minimaliste en une table basse et des tabourets. Drago remarqua qu'aucune des fioritures habituelles de Granger - ni du souci du détail - n'était présente. Le dessous des tabourets avaient de la vieille peinture qui s'écaillait ; la table menaçait de leur servir le tétanos avec leur dîner. Granger était fatiguée.

Et pourtant, elle arrivait encore à le surprendre. Pêchant des choses dans sa poche étendue, elle posa les ingrédients d'un vrai repas sur la table. Une baguette, du pâté, et divers fromages furent sortis. Puis vint un assortiment de charcuterie, quelques cornichons et des olives. Une boîte de salade d'aubergines épicés suivit.

Elle observa la table. "Qu'est ce que j'oublie ? Oh ! Les boissons."

De l'eau en bouteille ("Scandaleusement hors de prix") et une bouteille de vin blanc ("Aucune idée de s'il est bon, la bouteille était jolie") suivirent.

Granger passa le vin à Drago. "Tu veux bien le refroidir ? On peut quand même faire les choses proprement."

Drago lança plusieurs sorts de refroidissement sur la bouteille. "Bien. Je peux au moins considérer que j'ai contribué à ce repas."

Ce n'était qu'une remarque désinvolte, mais Granger le prit au sérieux. Elle fronça les sourcils. "Contribué ? Malefoy, aujourd'hui ça aurait été impossible sans toi. Je me serais trompée de chemin au premier escalier hallucinatoire et j'aurais fini dans une oubliette* pour l'éternité. Et si ce n'était pas ça, je serais possédée par un démon - ou tout à fait morte. Tu connaissais le contre-sort de toutes ces putain de choses qu'on a croisé. Tu a tracé ton chemin dans un labyrinthe plein de maléfices qui n'avait pas été pénétré depuis l'Âge Sombre. Tu as à moitié bricolé un Portus sur cette bague et ça a marché, bon sang, et nous sommes ici, en vie, grâce à toi. Tu a été -"

Là, elle fit une pause et chercha ses mots, et sembla se rendre compte. "Tu as été extraordinaire," finit-elle doucement. Elle s'éclaircit la gorge, évita son regard, et s'occupa avec sa baguette. "Je devrais faire apparaître des verres, non ?"

Quant à Drago, il ne dit rien, parce qu'il était aux prises avec une vague de plaisir devant cette cascade de compliments, et son amusement face à la déconfiture de Granger, et ce qui ressemblait à la chaleur d'un rougissement dans ses joues, sauf qu'il ne rougissait pas, parce qu'il était Drago Malefoy, bordel, donc c'était probablement un coup de soleil de ce foutu désert.

"Une dernière chose avant de manger, si ça ne te dérange pas," dit Drago, optant pour un violent changement de sujet.

Granger leva les yeux. "Quoi ?"

"Finite incantatem," dit Drago, pointant sa baguette vers elle.

Ses cheveux, blonds, raides et retenus dans une queue de cheval retrouvèrent leurs boucles brunes. Ses yeux, redevenant sombre et chauds alors que le charme disparaissait, le regardèrent avec amusement. "Je te rend la pareille ?"

"Vas-y."

"Excellent. J'en peux plus de cette perruque pubienne. Finite incantatem."

Drago sentit l'effleurement de sa magie à travers ses cheveux et sa caresse sur ses yeux. Cela semblait, peut-être, encore plus intime qu'un toucher.

Il passa la main dans ses cheveux. "Ça fait moins perruque pubienne ?"

"Mmh." Granger haussa les épaules, mais elle retenait un sourire.

"Tu peux juste dire que mes cheveux sont magnifiques, tu sais," dit Drago.

"Ils sont corrects, pour un sorcier qui vient de s'introduire dans une crypte et de fuir des nonnes. On mange ?"

Ils mangèrent, burent et se reposèrent, et commencèrent à retrouver leur énergie magique épuisée. Drago partagea son choc à l'idée que Granger soit capable de préparer un repas qui ne soit pas à base de boîte de thon et de Curlys au fromage. Granger dit qu'elle avait un paquet de Curlys au fromage dans sa poche, juste pour lui, puisqu'ils lui restaient si profondément en tête. Drago demanda si elle avait aussi quelques poils de chats, pour compléter l'expérience. Granger dit que bien sûr, en sortit deux de sa poche et les fit flotter dans la direction de Drago. Drago dit merci, qu'il se sentait à la maison maintenant, et aussi, y aurait-il de la tarte banane caramel pour le dessert ?

Il s'était à moitié attendu à ce que Granger en sorte une, mais elle le contredit : "Les boutiques du village n'en vendaient pas."

Son offre de dessert était composée d'autres de ces dates fourrées la pâte d'amande, de figues sèches et d'abricots.

"Tu sais," dit Drago alors qu'il mâchait une datte. "On pourrait demander à la Magdaléenne si elle a importé la recette, après tout."

"Oh !" s'exclama Granger. Et puis, après un moment de réflexion : "Allez !"

Le crâne fut amené hors de la poche de Granger et l'Assurdiato enlevé.

"Bonjour, qu'est ce que c'est ?" demanda le crâne, ses orbites ombreuses regardant la coque du bateau. "Sommes-nous à la mer ?"

"Non," dit Granger. "Mais voudriez-vous régler une question pour nous ? Avez-vous importé la recette des dattes fourrées à la pâte d'amande en France depuis la Terre Sainte ?"

Une datte fut tenue devant le crâne, dans un but illustratif.

"Qu'est-ce que c'est que ça ? Une palourde ?"

"Bien, ça répond à la question," dit Granger, mangeant la datte.

"Tu viens de restaurer l'honneur d'une nation entière," dit Drago au crâne.

L'attention du crâne se tourna vers lui. "Oh, c'est toi. Tu sais, je pensais justement que tu serais plus beau en blond."

"Merci," dit Drago.

Granger et lui échangèrent un regard inquiet - le crâne les avait maintenant vus sans* camouflage.

"Est-ce que les crânes sont sensibles à l'Oubliettes ?" demanda Drago. "Ils n'ont pas de cerveau."

"On va devoir essayer, maintenant qu'elle nous a vu," dit Granger, l'air sérieux. "Elle a un esprit, en tout cas."

Le crâne, qui venait d'achever son analyse de Granger, dit, "Quand à toi, tu es un peu moins cadavérique que précédemment."

"Un peu fort de café, venant de vous."

"J'étais d'une grande beauté," dit le crâne.

"Tu as toujours des pommettes magnifiques," dit Drago.

Le crâne gloussa - un son plutôt déconcertant.

Drago nota que Granger avait de nouveau sorti son ostéotome - elle allait finalement prélever son échantillon. Elle orienta le crâne vers Drago. Il le distrait en passant une main dans ses cheveux et en le regardant d'un air séducteur.

Granger pressa le bord biseauté de son instrument sur une partie déjà irrégulière du crâne. Il y eut un bruit sec alors qu'un morceau se détachait, qu'elle transféra dans un tube à essai.

"Qu'est ce que c'était ?" demanda le crâne. "Avez-vous entendu quelque chose ?"

"Non," dit Drago.

Granger sortit un sac, dans lequel elle jeta le crâne pour qu'il ne les voie plus. Puis elle pointa sa baguette sur le renflement du sac. "Oubliettes."

La voix confuse et étouffée du crâne leur parvint à travers le sac. "Sœur Sophia ? C'est vous ? Pourquoi il fait si sombre ?"

Granger lança un Assurdiato et un Silencio et le fourra de nouveau dans sa poche. Elle avait l'air plein de regrets. "Les historiens des religions donneraient cher pour avoir une discussion avec elle. Peux-tu imaginer -"

"Non," dit Drago.

"Je sais, je sais," dit Granger, bien que la douleur de cette connaissance manquée la fasse se recroqueviller sur elle-même. "Je vais la renvoyer au monastère dès qu'on aura rejoint la civilisation. Avec un peu de chance son retour saine et sauve va nous épargner la poursuite des nonnes."

"J'aurais bien aimé me battre en duel avec la Prieure. Elle avait l'air d'être une furie."

Le repas étant terminé, ils se levèrent difficilement des tabourets inconfortables et s'étirèrent. Granger conjura une grande couverture moelleuse, qu'elle plaça sur le sable. Elle s'allongea et invita Drago à s'allonger à côté d'elle.

"Elle avait en effet l'air d'être une furie," dit Granger. "Au diable les Aurors et l'Ordre - on aurait dû envoyer les nonnes françaises se battre contre Voldemort."

"As-tu vu ce labyrinthe ? Les Bonnes Sœurs l'auraient renversé en cinq minutes. Nous vivrions dans un nouvel ordre du monde, monacal."

"Tout le monde porterait des bures," dit Granger, un rire dans la voix. "Tu serais absolument ravi."

"J'ai seulement exprimé de la surprise face au côté dévêtu des vêtements moldus," dit Drago d'une voix fâchée. "Pas d'objections."

"De la consternation, plutôt."

"De l'étonnement. C'est un choc culturel."

"Les robes n'interfèrent-elles pas avec le matage des fesses ?" demanda Granger.

"Elles sont un fléau pour la pratique."

"Et donc ?"

"Je n'avais pas vraiment pensé à des alternatives, jusqu'à - jusqu'à assez récemment."

"Tu ignores ce que tu ignores," approuva sagement Granger.

"Exactement. Je suis en train de développer une nouvelle estime pour la mode moldue - eux savent comment habiller les fesses."

Granger rit. Drago leva sa baguette paresseusement et fit flotter la bouteille de vin vers eux.

"Tu sais - le soleil se couche ici." La voix de Granger était pensive. "C'était le milieu de la matinée au monastère. Ce veut dire qu'on a sauté huit ou dix fuseaux horaire vers l'est, selon notre distance de l'équateur."

"Où est-ce que ça nous mène ? L'ouest de la Chine ?"

Granger s'était retournée sur le ventre et rapprochée du bord de la couverture. Elle gribouillait une carte dans le sable. "Euh - c'est possible. Il y a tellement d'endroits possibles, dépendant de combien de fuseaux on a sauté. Iran… Oman… tous les -stan…"

Drago fit flotter les figues sèches jusqu'à lui et les mangea pendant que Granger faisait des spéculations.

"Oh !" dit Granger.

"Quoi ?"

Elle lui donna quelque chose pour qu'il l'inspecte : un coquillage long et blanc.

"C'était un fond marin," dit Granger en regardant le sable. "Comme c'est curieux."

À présent elle passait les doigts dans le sable, déterrant d'autres morceaux desséchés de vie marine. Ses yeux brillaient de curiosité. Tous les problèmes du jour - les malédictions, le fait qu'ils soient passés à un cheveu de la mort - semblaient s'être effacés devant ce nouveau mystère. Avec ses cheveux parsemés de poussière de la crypte, une ligne violette, résidu du Flagelleur d'Esprit, sur sa joue, et son attirail de randonnée déchiré, elle avait l'air d'une archéologue un peu folle, cherchant des réponses parmi la mer de sable.

L'effet était plutôt séduisant. Quelqu'un aurait dit à Drago quelques mois plus tôt qu'il aurait trouvé une sorcière échevelée et poussiéreuse fouillant dans le sable séduisante, il se serait moqué. Mais le fait était.

"C'est un Scaphopoda," dit Granger en référence au coquillage dans la main de Drago. "Mais je ne sais pas de quelle espèce, donc ça ne nous aidera pas à affiner notre localisation."

Drago examina le coquillage, conclut que c'était, en effet, un coquillage et le lui rendit.

Leurs doigts se touchèrent. Les siens étaient chauds, ceux de Drago froids.

"Oursin de mer," dit-elle, tenant une autre chose blanche, mais ronde cette fois.

"Fascinant."

Granger retourna à l'étude de sa carte, maintenant ponctuée de morceaux de coquillages. "Je ne connais pas assez les anciennes mers pour faire une suggestion intelligente, basée sur ces créatures. Il serait dangereux pour nous de transplaner quelque part, étant donné que nous n'avons aucune idée d'où nous sommes sur la planète. Je pense que notre prochaine manœuvre devrait être un vol de reconnaissance pour voir si nous pouvons trouver la civilisation, et avec un peu de chance, une Cheminette Internationale."

Drago se redressa sur ses coudes. "Excuse-moi, viens-tu de dire vol ?"

"Oui."

"Comme dans, utiliser le balai ?"

"Oui."

"Toi ? De ta propre volonté ? Tu veux utiliser un balai ?"

Granger avait l'air à la fois vexé et tracassé. "Oui, d'accord ? Il s'est révélé être terriblement utile. Ne prends pas cet air satisfait."

"Trop tard."

"Je vois ça."

Oh oui, il était satisfait. Granger, avec ses avis fermement établis sur tout, avait changé d'avis sur le vol, d'entre toutes choses. Il avait profondément envie de la taquiner à ce sujet, mais il se maîtrisa. "Le soleil se couche. Attendons jusqu'à ce qu'il soit sous l'horizon, et ensuite faisons une reconnaissance d'en haut. S'il y a des bâtiments aux alentours, ils seront éclairés et on pourra les voir de loin."

Juste au moment où Granger hochait la tête pour approuver, une sorte de drôle de grognement résonna entre les dunes autour d'eux.

"As-tu entendu une vache ?" demanda Granger.

"Une vache ? On aurait dit Weasley aux toilettes."

"Eurk - ne soit pas - oh ! Regarde !"

Un troupeau de - de quelque chose - apparut au-dessus des dunes.

On aurait dit des gazelles qui auraient à moitié été métamorphosées en tapirs.

"Oh, j'ai lu quelque chose sur elles - ce sont des antilopes Saïga," dit Granger, bondissant sur ses pieds.

Les animaux s'arrêtèrent devant ce mouvement soudain. Ils regardèrent Granger comme si c'était elle la bizarrerie à moitié métamorphosée et non eux. Puis, avec leur étrange démarche sautillante, ils continuèrent à avancer.

"Drôles de choses," dit Drago. "Magiques ?"

"Non." Granger était sur la pointe des pieds, regardant le troupeau passer. "Extrêmement rare par contre."

L'animal de tête poussa son meuglement particulier et le troupeau disparut derrière une dune.

Granger retourna à la couverture et s'agenouilla devant sa carte sableuse. "Cela va aider à nous situer. Ces antilopes vivent dans des endroits restreints. Nous sommes quelque part en Asie Centrale." Granger mordit sa lèvre. "Les regroupements de population seront peu nombreux et éloignés les uns des autres."

"On volera vers le sud ou l'ouest, alors," dit Drago. "Définitivement pas au nord."

"Je suis d'accord - il n'y a rien d'autre que les steppes russes par là."

"On va attendre encore une heure," dit Drago, regardant le soleil alors qu'il sombrait derrière les dunes. "Ensuite on pourra voler."

Granger s'allongea sur le dos à côté de lui et plaça ses mains derrière sa tête. Il y avait un sourire dans sa voix quand elle parla ensuite. "Je ne peux pas croire que j'aie vu une antilope Saïga"

"Moi, je ne peux pas croire qu'on ait eu une conversation avec le crâne de Marie Madeleine."

"Et qu'on ait presque été battus par des nonnes."

"Ces nonnes étaient des sauvages. Mes prochaines protections en seront inspirées. Devrais-je ajouter une Barrière de Belzébuth à ton laboratoire ?"

"Tu pourrais. Un endroit dédié à la possession démoniaque ajouterait un peu de vigueur aux couloirs de Trinity."

Bientôt, le soleil ne fut plus qu'un souvenir doré reflété dans le firmament. Il n'y avait pas de chants d'oiseaux dans le désert ; tout était calme, excepté le sifflement plaintif du vent contre les coques rouillées.

Le vent se fit plus silencieux alors que le monde s'assombrissait. La lune émergea et peignit les dunes d'un blanc argenté. Puis, dans l'immobilité noire au-dessus d'eux, les constellations se mirent à briller les unes après les autres, et les galaxies, et les nébuleuses innombrables.

Drago n'avait jamais vu un ciel comme celui-là, si éclairé par sa propre brillance, scintillant des possibles mystères de mondes lointains.

Ensemble, dans un silence impressionné, Drago et Granger observèrent l'éclat tourbillonnant au-dessus d'eux. Leurs cœurs semblaient étrangement pleins, et leurs problèmes petits et distants, sous de tels cieux.

ooo

Ni Drago ni Granger n'avaient prévu de faire une sieste, mais l'épuisement magique prit son dû et les assomma tous les deux pendant deux heures.

Le bon côté fut que Drago se réveilla absolument régénéré, et prêt à affronter une centaine de nonnes, si les circonstances l'exigeaient. Granger, alors qu'elle s'étirait, avait aussi l'air revigorée.

Quelques vifs mouvements de baguette emballèrent ou effacèrent toute trace de leur passage.

Et puis, ce fut l'heure de voler.

Il devait y avoir de l'avidité sur les traits de Drago, parce que Granger tint le balai hors de sa portée et dit, "Ce n'est pas parce que je pense que c'est une bonne idée que je vais apprécier. Me faire hurler de terreur n'est pas l'objet de cet exercice."

"Je ne ferais jamais une chose pareille," dit Drago, feignant d'être offensé alors qu'il renonçait à des projets infâmes ayant justement eu cet objectif.

Granger, avec un air de profonde méfiance, lui passa le balai. Drago monta puis vola jusqu'à elle pour qu'elle grimpe dessus. Elle tordit ses mains, pris une inspiration, marmonna à propos des maudits balais, et finalement, monta.

"Tu t'en sors mieux quand tu n'as pas le temps d'y penser," remarqua Drago alors que Granger se calait entre ses jambes. "Comme dans la crypte."

"La mort imminente me fait oublier la mort légèrement moins imminente," dit Granger avec la mâchoire serrée.

Drago lança l'habituel assortiment de sorts contre le vent et le froid. "Prête ?"

"Non," fut sa réponse étranglée. "Mais vas-y."

Drago ne se le fit pas dire deux fois. Il décolla avec l'avide volonté de se perdre dans ces cieux aux millions de millions d'étoiles.

La scène post-apocalyptique de la flotte de bateaux corrodés devint de plus en plus petite, jusqu'à ce que les coques ne soient plus que des tâches en dessous d'eux.

Alors qu'ils atteignaient leur altitude de vol, Drago se délecta de la vue. Il n'y avait pas de mer ici, mais un océan de dunes argentées, ondulant sans fin tout autour d'eux. Au-dessus, de longues lignes d'étoiles zébraient le ciel - portails vers d'étranges éternités. C'était génial dans le vrai sens du mot et remplissait Drago d'un émerveillement profond.

À sa grande surprise, Granger avait les yeux ouverts. Elle souffla un seul "Wow" stupéfait puis resta silencieuse.

Drago suivit une ligne droite en direction du sud-est. Son balai vibrait sous lui, voulant prendre le dessus sur leur vol. Mais ce balai, le nouveau modèle Étincelle*, était le plus rapide de la collection de Drago et il n'osait pas aller plus vite que ce qu'il faisait déjà. Malgré les sorts de brise-vent, la queue de cheval de Granger était à moitié défaite et volait dans son visage. Et bien sûr, la sorcière elle-même le tuerait une fois à terre.

Après un moment, Granger demanda, "Pourquoi le balai vibre ?" Sa question laissait entendre une peur d'un dysfonctionnement.

"Il veut aller vite," dit Drago.

Il y eut une pause. Puis, timidement, Granger demanda, "Vite comment ?"

Drago réfléchit un moment à sa réponse, qui prit la forme d'une question : "À quelle vitesse peut aller ta voiture ?"

"J'ai déjà dépassé les deux cent kilomètres-heure - en Allemagne, note bien."

(Drago ne comprit pas pourquoi l'Allemagne était une information pertinente dans sa phrase.)

"On peut aller à deux cent avec le balai," dit Drago. "Si tu es partante."

Drago connaissait le langage du corps de Granger assez bien pour savoir qu'elle était hésitante, même sans voir son visage. "C'est un désert sacrément grand," dit-elle après avoir réfléchi.

"Ça l'est."

"On vole depuis vingt minutes et nous n'avons vu aucun signe d'habitation humaine."

"Correct."

"On couvrirait plus de terrain en allant plus vite."

"En effet."

Granger se redressa entre les bras de Drago. "Allons-y. Ajoute quelques brise-vent - je vais faire quelque chose pour mes cheveux."

Ce qui était excellent, parce qu'entre Granger et son chat, Drago avait à présent ingéré assez de cheveux pour le reste de la semaine. Il ralentit pour jeter les sortilèges alors que Granger tressait sa queue de cheval et la fourrait dans son haut.

La voix de Granger était tendue par le stress. "N'accélère pas trop vite ou je vais tomber."

"Tu ne tomberas pas. Je te tiens."

"Je sais."

"Ça sera juste comme si on était dans ta voiture," dit Drago, préparant le balai à accélérer.

"Ma voiture a des ceintures de sécurité et elle reste solidement sur le sol tout le teeeeeeeeeeemps-"

La phrase de Granger finit en un cri perçant alors que le balai bondissait en avant. Drago se demanda s'il devait ralentir - puis il réalisa que le cri s'était changé en un rire joyeux rempli d'adrénaline.

La vitesse rendait Granger à moitié amusée, à moitié terrifiée, ayant perdu toute pensée cohérente.

"Là, maintenant on arrive à quelque chose," dit Drago alors que les dunes se changeaient en un flou argenté en dessous d'eux.

"Oh mon dieuuuu-"

"Tu gardes un œil sur les lumières, n'est-ce pas ?"

"Ughflrp"

"Bien."

Ils filèrent à travers le désert, météoriques. Drago espérait voir une étoile filante, pour qu'ils puissent faire la course. Comme Granger s'en sortait bien, il laissa la main au balai, et il accéléra encore fougueusement, et à présent les dunes étaient une lueur argentée en dessous, et les étoiles un tourbillon vertigineux.

Il tenait Granger fermement, partiellement pour la garder en sécurité, partiellement parce qu'il en avait envie, parce que la sensation était agréable - tenir cette brillante sorcière légèrement folle, qui passait ses weekends à s'amuser dans des cryptes et qui le provoquait sans cesse.

Elle était chaude entre ses bras, et elle sentait comme la poussière d'un voyage, l'aventure et l'euphorie.

Tout ça était fou - serrer Granger comme s'il en avait envie, le vol au-dessus de ces étendues sauvages, n'avoir aucune idée d'où ils étaient, le Portoloin illégal et inachevé, le crâne parlant, toutes ces choses. Absolument insensé.

Il en avait adoré chaque minute.

"Là !" dit soudain Granger.

Elle fit l'erreur de tendre le bras pour lui montrer. À cette vitesse, il fut fouetté vers l'arrière et frappa Drago à la tempe.

"Désolée !" lâcha Granger. "Mais - regarde !"

Au sud d'eux brillait l'aura jaune des lumières moldues. D'abord elles parsemaient le sable, ici et là, puis elles commençaient à former de longues lignes parallèles. Des routes.

"Une ville !" dit Granger.

Drago vola moins vite et moins haut. Alors qu'ils ralentissaient, Granger les Désillusionna tous les deux, de peur qu'un Moldu regarde les étoiles par une telle nuit.

Ils rasaient les toits à présent, cherchant plus d'indices sur leur localisation. Les panneaux des enseignes des magasins étaient en cyrillique et, bizarrement, en Arabe, avec ce qui ressemblait à du hangeul coréen, tout pour garder dans la confusion tout sorcier ou sorcière qui serait perdu.

Granger demanda à Drago de ralentir encore pour qu'elle puisse consulter son téléphone, maintenant qu'ils avaient atteint la civilisation.

"Tashkent," dit-elle.

"À tes souhaits," dit Drago.

"Non, c'est là où nous sommes. Nous sommes en Ouzbékistan."

"Ma parole," dit Drago. "Nous sommes hors des sentiers battus."

"C'est excellent. Il y a une ambassade britannique ici. Il y aura un Consulat Magique à l'intérieur. On va pouvoir rentrer par Cheminette."

Là dessus, le téléphone de Granger commença à donner des indications à Drago, qui les menèrent au toit de l'ambassade britannique, qui était fermée pour la nuit. Drago les fit rentrer par effraction et détecta les quartiers du Consul (c'était la seule trace de magie dans tout le bâtiment), et ils réveillèrent le pauvre sorcier.

Drago usa d'intimidation pour que le Consul enclenche le flux de la Cheminette Internationale, malgré leur absence de toute sorte de papiers, et Granger lui jeta un Oubliettes, et Drago un sort de Sommeil, puis ils furent conduits à Londres par les flammes bleues.

Drago se fit la réflexion que Granger et lui formaient une équipe plutôt décente.

Ils furent recrachés sur le sol britannique vingt minutes plus tard, après le voyage en Cheminette le plus long et le plus étourdissant qu'ils aient jamais expérimenté tous les deux. Drago en sortit avec une roulade ; Granger s'effondra comme une masse sans os.

Puis, sur le sol froid du hangar londonien qui servait de plateforme d'arrivée, Granger s'allongea et ne bougea plus.

Drago, qui s'en sortait généralement mieux qu'elle avec toutes les choses qui tournaient, jeta un coup d'œil autour de lui. Son genou lui faisait mal, mécontent de la façon dont il avait atterrit sur le béton.

"Ils ont mis une ligne de Cheminette domestique," dit-il en retournant près du corps immobile de Granger. "On peut chacun rentrer directement chez nous."

"Je ne peux pas," dit Granger.

Drago vint se placer debout à côté d'elle et contempla sa mine verdâtre. "Tu as l'air sur le point de vomir."

"Je le suis," dit Granger.

"Ce n'est qu'un tout petit voyage supplémentaire en Cheminette."

"Va t'en et laisse moi mourir," dit Granger d'une faible voix.

Drago, qui avait envie d'une douche chaude et d'une sieste, fut modérément tenté, mais laisser sa Cible nauséeuse et complètement à plat sur le sol n'était, malheureusement, pas dans le protocole. "N'as-tu pas une potion contre la nausée ?"

"Si je sens ne serait-ce qu'une potion, je vais décorer ce sol avec de l'aubergine et -"

"Chut," dit Drago.

Des bruits de pas résonnaient dans le hangar.

Drago s'agenouilla près de Granger. "Il y a un agent qui arrive et nous n'avons aucune explication justifiant pourquoi nous venons d'arriver de Tashkent sans papiers, ni tampon du Consul. Il faut qu'on parte."

"Merde," dit Granger, levant faiblement la tête. "Ils vont trouver mon charme d'Extension s'ils nous fouillent.

"Et, on a toujours ce fichu crâne. C'est un Artefact volé - sans mentionner assez précieux pour déclencher un incident international."

"J'ai entendu quelqu'un arriver, je te dis," s'éleva la voix d'un homme.

"Impossible," s'éleva une autre. "Il n'y a rien de prévu avant Istanbul à la demie."

Granger leva un bras et murmura, "Fais-nous transplaner."

"Où ?"

"Où tu veux, bordel !"

Drago saisit son bras et transplana aussi silencieusement que possible.