Beca était tranquillement affalée dans le pouf du coin de sa chambre restée la même depuis son adolescence. Tranquillement vu de l'extérieur, mais son intérieur était en vrac. Beca ne savait plus arrêter ses pensées. C'était un vrai défilé qui ne finissait plus depuis quelques jours. Chloe, bien sûr, était au centre. Ensuite, venez les relents du passé, puis ses études qu'elle avait promis de terminer mais qu'elle avait du mal à assumer ces derniers temps ; ses amies qu'elle voulait soutenir et ne pas abandonner mais pour qui elle n'était malgré tout pas capable de se lever le matin ; Chloe qu'elle avait laissé en pleurs ; ses amis du lycée qui l'avaient renié pour de fausses photos ; sa musique qui ne parlait que de Chloe ; les Bellas qui la harcelaient de messages ; Jesse qui se demandait pourquoi elle ne venait plus travailler à la radio ; Chloe qui lui manquait terriblement.
Beca se leva brusquement en jetant son casque audio sur le clavier de son ordinateur. Elle se prit la tête entre les mains et grogna bruyamment. Elle était à bout. Elle n'en pouvait plus de ce cercle de pensées qui ne s'arrêtait plus. Elle n'en dormait plus. Elle voulait oublier. En finir avec les Bellas, avec Jesse, avec ses parents, et surtout avec Chloe. Comment avait-elle pu s'introduire dans sa vie privée ? Elle lui avait confié des choses. Elle s'était ouverte. Ça aurait dû suffire ! Pourquoi lui fallait-il toujours plus ?
Sa colère était telle qu'elle commençait à entendre des rythmes dans sa tête. Comme à son habitude, la musique apparaissait à travers ses émotions. Beca n'était pas douée pour s'exprimer avec des mots mais elle savait que ses morceaux étaient toujours meilleurs quand elle se laissait aller. Les notes commençaient à s'assembler. Elle pouvait presque les imaginer devant elle, colorées et graves. Il lui fallait un instrument. Si elle ne jouait pas ce qu'elle avait en tête, elle allait devenir dingue. Ça l'obsèderait encore plus que ses pensées et alors là c'était la crise de nerfs assurée. Beca fouilla rapidement dans ses souvenirs et se rappela avoir vu un piano dans l'un des cafés où les Bellas s'étaient réunies après un entraînement. On était mardi matin. Les étudiants seraient pour la plupart en cours. Beca aussi devait l'être mais elle serait occupée sur ce piano à la place. Parce que sa priorité était de se sortir cette musique de la tête.
Beca entra dans le café aux allures typiquement américaines. Les banquettes en cuir commençaient à craquer sous le poids de l'âge comme un vieux journal pouvait s'effriter. La petite brune se souvint que dans ce café, il y avait aussi le meilleur milkshake à la vanille qu'elle avait goûté depuis longtemps. Elle alla en commander un au bar puis rejoignit le piano droit qui occupait tout un pan de mur.
Il était noir et le tabouret grinçait. Il était positionné dans un coin du café. Bien sûr, Beca savait que la moindre note allait rebondir sur les murs et se faire entendre jusqu'à l'extérieur. Mais elle s'en moquait. Elle devait se sortir cette mélodie de la tête. C'était vital à présent. Elle avait déjà trop attendue. Elle positionna ses doigts et enclencha les premières notes.
I'm tired of being what you want me to be
Feeling so faithless, lost under the surface
Don't know what you're expecting of me
Put under the pressure of walking in your shoes
Les premières notes de Numb de Linkin Park résonnèrent dans tout le café. Les quelques serveurs qui étaient restés en cuisine sortirent pour venir s'accouder au bar avec étonnement. Le piano n'était utilisé que par la même personne depuis toujours.
Give a little time to me or burn this out
We'll play hide and seek to turn this around
All I want is the taste that your lips allow
My, my, my, my, oh give me love
My, my, my, my, oh give me love
My, my, my, my, oh give me love
My, my, my, my, oh give me love
My, my, my, my, oh give me love
Give me love like never before
'Cause lately I've been craving more
Beca enchaîna sur le refrain de Give me Love de Ed Sheeran comme si les deux morceaux avaient été créés ensemble. Sa voix fut rejointe lors du deuxième couplet par une autre, puissante et mélodieuse, qui l'interrompit brutalement. Beca se leva vivement comme électrocutée. Elle rencontra le sourire d'une femme brune pas plus grande qu'elle. Elle avait l'air d'avoir le même âge que Beca. La jeune femme montra l'instrument de la main.
- Je t'en prie, continue. C'est un plaisir de t'entendre jouer.
Beca l'examina de la tête aux pieds. Elle portait une chemise blanche coincée dans une jupe noire et des talons hauts. En croisant son retard, Beca eut l'impression de la connaître.
- Hum, non merci. J'ai fini.
Beca allait s'éclipser mais une main la retint. Quand elle se retourna pour incendier la personne qui osait la toucher, elle rencontra des yeux noisette qu'elle avait déjà vu en photo. La blonde devant elle esquissa un sourire.
- Désolé, ma copine ne rate jamais une occasion de chanter. Le piano est tellement peu utilisé depuis qu'on l'a installé. Mais vas-y, fais comme chez toi, il est là pour ça.
Beca resta interdite. Son regard passa de la brune à la blonde puis de la brune pour s'arrêter sur la blonde. Elle avait les cheveux plus courts et moins de cernes mais c'était bien elle. Et si Beca pensait encore halluciner, le badge sur le polo de la blonde la convainquit totalement.
- Ta copine ? Bredouilla Beca, toujours sous le choc.
- Euh, oui… confirma la blonde en jetant un regard inquiet à sa petite amie. Tout va bien ? Tu es fort blanche d'un coup.
Beca balbutia mais sut se reprendre. Elle se pinça l'arête du nez. Impossible, c'était juste trop parfait. Il y avait peut-être vraiment quelqu'un là-haut qui s'amusait avec nos vies comme on pouvait jouer aux Sims.
- Oui, je vais juste m'asseoir.
Beca s'installa sur une banquette, les jambes flageolantes, et la brune qui l'avait accompagnée au chant lui ramena son milkshake à la vanille avant de s'installer en face d'elle. La blonde prit une chaise et s'y assit à l'envers, très à l'aise.
- Vraiment désolé, j'aurai dû me taire et te laisser chanter. Apparemment, ça t'a beaucoup perturbé… fit la petite brune d'un air hautain.
- Rachel… prévint la blonde en lui adressant un regard réprobateur.
- Je n'ai rien dit ! Protesta la brune en levant ses deux mains.
Beca observa ce va-et-vient la bouche grande ouverte. Quand les regards revinrent vers elle, elle se lança sur son milkshake pour gagner du temps. Une fois la gorgée avalée, elle se racla la gorge.
- Non, enfin si, tu as raison, je ne m'y attendais pas. Je suis pas du genre à chanter à plusieurs.
- Pourtant, tu fais partie des Bellas, je vous ai vu gagner l'année dernière. C'était bien toi non ? Avec la reprise du Breakfast Club ? C'était du génie, d'ailleurs !
- Oui, c'était nous mais je…
- Oh et ce mashup mais quelle performance, vraiment, c'était…
- Rachel, calme-toi, tu lui fais peur.
- Mais Quinn, tu aurais dû les voir. Elles étaient superbes. J'aurai aimé te voir dans ce groupe au lieu de celui dans lequel tu étais…
- Tu étais dans un groupe ? Interrompit Beca.
La blonde sembla surprise en premier lieu d'entendre Beca parler puis se reprit pour répondre.
- Oui, les High Notes. J'en garde pas un bon souvenir…
La blonde avait coupé court et Beca se rappela les dernières pages qu'elle avait lu de son journal. Elle avait Quinn Fabray devant elle. La fille de qui elle avait dévoré les pages du journal comme s'il avait été écrit par un grand auteur de romans à suspense. Elle n'en revenait pas. Elle se souvenait des mots de Quinn qui montraient comme elle était seule et malheureuse, empoisonnée par son amour qu'elle jugeait interdit. Il n'avait pas fallu longtemps à Beca pour comprendre que le R. du journal était Rachel, la brune qui se tenait devant elle. Quinn avait finalement réussi. Beca se souvenait de sa descente aux enfers, de ces pages où Quinn révélait avoir pris de la drogue pour essayer d'oublier sa solitude et son amour. Il lui manquait les pages entre la Quinn du journal et celle qui se tenait devant elle.
- Excuse-moi de te dire ça comme ça mais on se connait un peu en fait. Révéla Beca. Enfin, moi je te connais.
La blonde pencha la tête, intriguée. Beca commença alors à lui expliquer sa découverte du journal.
Une demi-heure plus tard, les trois jeunes femmes s'observaient du coin de l'œil, abasourdies par ce coup du destin.
- Donc tu as trouvé mon journal sous un plancher.
- Oui.
- Ça paraît tellement loin tout ça, maintenant.
Rachel posa sa main sur celle de Quinn comme pour la rassurer. Beca crut apercevoir un hochement de tête de la part de la brune comme si elles avaient une conversation silencieuse.
- Si je me souviens bien, la dernière page ne doit pas être très joyeuse… fit Quinn en riant jaune.
Beca hocha la tête et vit Rachel resserrer son emprise. Elles avaient traversé beaucoup de choses, ça sautait aux yeux.
- Tu n'es pas obligée de me raconter. J'en sais déjà plus que ce que je ne devrais. Je suis désolée d'ailleurs d'être entrée dans ton jardin secret. Je ne pensais pas te rencontrer un jour. Mais je suis contente que ça se soit bien terminé pour vous deux. Finit Beca dans un souffle.
Elle était réellement contente pour le couple devant elle. Elles avaient l'air complémentaires et tellement faites l'une pour l'autre. Beca ne put s'empêcher de penser à Chloe. Elle se demandait ce qu'elle pouvait bien faire à cette heure-ci. Elle devait être en cours mais elle avait eu l'air tellement triste la veille.
- Je crois que si tu as lu jusqu'au bout un journal trouvé au hasard dans le grenier d'une chambre d'étudiant, c'est que quelque chose devait te lier à lui. Fit Quinn d'un air goguenard.
La blonde avait bien vu l'absence de Beca. Ses préoccupations gambergeaient autour de sa tête comme visibles à l'œil nu depuis qu'elle avait mis les pieds dans ce café. Et puis ces chansons mélangées ensemble ne pouvaient pas être interprétées de dix mille façons différentes. Devant l'air surpris de Beca, la blonde continua.
- Je sais ce que j'ai écrit dans ce journal, Beca. Je parle beaucoup de Rachel. Et je déprimais beaucoup à l'époque. J'imagine très bien qu'à ta place, j'aurai abandonné la lecture après deux pages parce que lire l'histoire d'une fille qui rabâche tout le temps les mêmes choses mais qui veut rien faire pour changer, ça devient saoulant à la longue.
- Non, tu te trompes. J'ai vraiment pris l'histoire, ton histoire à cœur. Tu écris très bien en plus. Et j'étais surtout révoltée de lire que personne ne voyait ta détresse. J'ai mis du temps à lire les dernières pages. J'avais peur de ce que j'allais y trouver…
La blonde lança un regard de travers à Rachel qui comprit le message.
- Je vous laisse discuter. Fit elle d'un hochement de tête
La brune déposa un baiser sur le haut du crâne de Quinn et partit en cuisine. Il y eut un silence puis la blonde se racla la gorge et s'avança un peu sur sa chaise.
- Je vais te raconter le reste de l'histoire. Parce que je sens qu'il se passe quelque chose, que tout ça n'est peut-être pas dû au hasard. Enfin, j'ai arrêté de croire au hasard il y a quelques années, tu vas comprendre pourquoi.
- Tu n'es pas obligée, j'ai déjà trop envahi ta vie…
- Non, laisse-moi te raconter. C'est important que tu aies une vision d'ensemble.
Veille de Noël - Décembre
Quinn releva la tête du canapé miteux sur lequel elle était allongée. Elle avait semble-t-il passé la nuit là. Une sonnerie stridente l'avait réveillée. Quand elle vit le téléphone qui sonnait au loin, posé sur une table, elle laissa son corps retomber lourdement. Peu importe à qui il appartenait, quelqu'un allait bien décrocher.
La sonnerie s'arrêta. Quinn inspira pour replonger dans son sommeil. Puis la sonnerie reprit, comme si la personne au bout du fil l'avait vu s'endormir. Elle râla mais décida de régler le problème elle-même.
Elle s'extirpa difficilement du canapé. Un ressort qui dépassait s'était pris dans ses collants. Elle tira et manqua de tomber à la renverse quand le ressort la libéra après avoir formé un trou. Elle marcha très lentement jusqu'à la table, une main soutenant sa tête. L'alcool et tout le reste se mélangeaient encore dans son cerveau. Quinn avait l'impression d'avoir un vrai carnaval brésilien à la place de ses neurones.
Une fois devant le téléphone, elle se trouva bête. C'était le sien. Et il affichait un prénom qu'elle n'avait plus osé voir ni prononcer depuis un mois. Elle fit glisser le bouton du côté rouge. Elle ne voulait pas recevoir ses appels. C'était trop tard. Elle mit son téléphone en mode avion, le rangea dans la poche de sa veste et se décida à quitter la maison délabrée que ses amis occupaient.
Chez elle, Quinn prit une douche et alluma la télévision. On était le 24 décembre. Sa mère ne l'avait pas invité à rentrer dans l'Ohio pour les fêtes. Sa sœur n'avait donné aucun signe de vie. Ses amis étaient probablement tous rentrés voir leurs familles. Les dortoirs étaient vides. Tout le monde allait célébrer à droite et à gauche, ce soir-là. Mais pas Quinn. Elle resterait seule. A célébrer à sa façon.
Nouvel An - Janvier
Il était tard. Ou plutôt très tôt. Quinn rentrait d'une fête étudiante où ses amis étaient restés. Elle voulait rentrer pour appeler Santana au calme et lui souhaiter bonne année. Le froid était glaçant dehors, mais Quinn avait encore le sang chaud grâce à ce qu'elle avait consommé toute la nuit.
Elle entra dans sa résidence, s'essuya les pieds et monta les escaliers en sifflotant. L'ascension était lente et elle dût s'appuyer plus d'une fois au mur mais ça lui plaisait ainsi. Elle oubliait tout. Les cours, sa famille, ses amis, Ra… Non, en fait, elle oubliait presque tout.
Quinn arriva dans son couloir en titubant, l'épaule appuyée contre l'arête du mur. Elle s'arrêta nette quand elle vit sa porte de chambre et qui l'y attendait. L'alcool ne donnait pas d'hallucinations, pour sûr. Elle ne savait plus exactement ce qu'elle avait consommé d'autres. Elle haussa les épaules et choisit d'ignorer la réalité. De toute façon, elle finirait bien par disparaître.
Quinn inséra la clé dans la serrure et entra en laissant la porte ouverte. Elle s'affala sur son lit lourdement et plaça ses écouteurs dans ses oreilles, la coupant de la réalité pour de bon. Rachel qui la regardait encore du pas de la porte n'en croyait pas ses yeux. La brune entra dans la pièce en furie et claqua la porte si violemment qu'elle en trembla.
- Quinn ! Quinn ! Tu pourrais me regarder au moins !
Devant le manque de réaction de la blonde, Rachel alla lui arracher ses écouteurs des oreilles.
- Eh !
- Ah, enfin, bonjour ! S'exclama Rachel. Qu'est-ce qui t'arrive, Quinn ?
- Rien, va-t'en ! Laisse-moi.
- Mais non, enfin. Je suis là pour toi. Allez, debout, tu sens l'alcool.
Rachel essaya de soulever Quinn pour la conduire à la petite salle de bain. La blonde résista, se débattant au point d'en pousser Rachel. La brune trébucha et tomba sauvagement contre la commode. La pièce entière arrêta de respirer. Quinn se leva les yeux écarquillés. Elle ne voulait pas faire de mal à Rachel, mais en même temps elle en avait tellement marre de souffrir.
- Je te reconnais plus. Fit Rachel en se relevant. Tu as changé. On s'inquiète pour toi et toi, tu nous rejettes. On ne sait plus quoi faire, Quinn. Parle-moi.
- Non. Je n'ai rien à te dire.
Quinn garda ses lèvres scellées et son regard fuyant. Elle ne pouvait plus encaisser comme avant. Rachel n'avait qu'à retourner à New York et l'oublier pour toujours.
- Quinn, s'il te plait. Laisse-moi t'aider.
Rachel s'était avancée et avait pris le visage de son amie dans ses mains. Elle avait toujours été attirée par ce personnage mystérieux et torturé qu'était Quinn Fabray. Elle aurait voulu pouvoir lire dans les pensées à cet instant. Les yeux noisette montraient de la peur et tellement de remords.
- Non, je t'ai dit de me laisser tranquille.
Quinn la repoussa encore une fois, sans prendre en compte le manque de contrôle qu'elle avait sur ses mouvements. Elle envoya la brune valser contre la porte d'entrée et Rachel poussa un cri de douleur.
- Regarde, je détruis tout ! Je fais du mal à tout le monde. Tu en as assez fait ! Va-t-en ! Pars avant que tu ne sois détruite pour de bon ! hurla la blonde.
Rachel resta interdite, incapable de décider. Quinn avait l'air d'avoir besoin d'aide. Elle voyait que Quinn crevait d'envie de l'avoir à ses côtés mais n'osait pas se le permettre. Comme elle ne bougeait pas, la blonde prit les devants et alla ouvrir la porte pour lui demander de partir silencieusement.
- Dehors, Berry.
Son nom dans la bouche de Quinn la décida finalement. Elle n'avait plus entendu ce ton, ni vu cette expression chez Quinn depuis deux ans au moins. Elle reprit ses esprits et quitta la pièce déterminée de ne jamais revenir sous aucun prétexte. Parce qu'elle méritait mieux.
Saint Valentin - Février
La fête battait son plein. Les murs transpiraient. Sa cage thoracique vibrait au rythme des basses. Quinn n'entendait qu'un bourdonnement lointain. Elle avait un verre vide en main mais elle ne savait plus combien elle en avait bu. Elle dansait. Elle oubliait et c'était génial.
Un garçon s'approcha d'elle et posa ses mains moites sur ses hanches. Elle le regarda de biais. L'image était un peu floue mais elle pensait voir le stéréotype du sportif qu'on croise dans toutes les universités du pays. Elle lui glissa à l'oreille qu'elle ne jouait pas dans la même cour puis s'écarta. Le garçon lui attrapa le poignet pour la faire revenir à lui mais une jeune femme qui dansait près d'eux prit Quinn par les deux joues et l'embrassa. Le garçon fut tellement choqué qu'il lâcha et s'éloigna finalement.
Hayden, la blonde qui venait de l'embrasser, rit aux éclats en se collant à Quinn pour danser en rythme. Elle passa une main dans la poche arrière de son short en jean et en sortit une pochette transparente dans laquelle se trouvaient de petites pilules. Les comprimés changeaient de couleurs selon l'orientation des spots. Hayden s'écarta de Quinn, lui montra la pochette et lui fit un signe de tête en direction des toilettes. Elle partit aussitôt en se déhanchant, les bras en l'air et la pochette entre les dents. Quinn rit devant la folie de son amie mais la suivit.
Dans les toilettes, les deux blondes se laissèrent glisser le long du mur recouvert de carrelages blancs. Hayden proposa un comprimé à Quinn qui le prit entre ses doigts. Elle dût se concentrer pour ne pas lâcher. Quand Hayden eut pris le sien, elles trinquèrent.
- Joyeuse Saint Valentiiiiiinnnnn ! chantonna Hayden.
- Oh non, je t'en prie.
Elles avalèrent les comprimés et Hayden appuya sa tête contre l'épaule de Quinn. Les deux jeunes femmes restèrent silencieuses un instant et Quinn en était vraiment satisfaite. Elle attendait juste l'effet du comprimé miracle. Elle ne savait pas ce que c'était et elle s'en moquait. Il fallait juste qu'elle oublie. Surtout aujourd'hui. Enfin, c'était sans compter sur Hayden.
- Tu devrais l'appeler, Q.
- Qui ça ?
- Bah ta Rachel. Je suis sûre qu'elle pense à toi.
- Ca m'étonnerait.
- Mais si ! Elle doit être collée à son téléphone à attendre ton appel !
Hayden toussota puis se tut et Quinn réfléchit. Non, Rachel était probablement à table dans un restaurant de luxe, assise en face de son petit-ami parfait qui la demanderait en mariage à la fin du repas parce qu'ils ne pouvaient pas élever un enfant sans être mariés et qu'il ne voyait plus sa vie sans elle. C'en était pathétique. Quinn se leva brusquement, laissant Hayden tomber.
- Je rentre.
- Oh, Quinnie, pardon, reviens.
- A demain, Hayden !
Et elle la laissa là pour prendre le chemin de son petit appartement où l'attendaient toutes ses pensées. Rachel, Beth, Santana, sa mère, son père, sa sœur. Quinn voyait toujours les mêmes visages. Au plus elle avançait vers son appartement, au moins elle aimait ce qu'il se passait dans sa tête. Rachel, Beth, Santana, sa mère, son père, sa sœur.
Elle ouvrit la porte avec un peu de mal et se rua à l'intérieur. Elle pensait devenir dingue. Son cœur battait trop vite. Elle sentait le sang affluer dans ses artères, ressortir puis remonter jusqu'à son cerveau et jusqu'à chaque extrémité de son corps. Il lui fallait quelque chose pour ralentir. Elle alla sous son lit pour chercher ses pilules miracles. Elle croisa son vieux journal dans la cachette sous son lit et hésita un instant. Non, ça ne servait plus à rien de s'écrire à elle-même. Elle attrapa la boîte de Lexomil et en avala plusieurs. Elle s'affala sur son lit, mit ses écouteurs et sentit presque instantanément ses battements diminuer et commencer à prendre le rythme de la musique. Elle ferma les yeux. La crise avait été évitée. Au moins pour ce soir.
Anniversaire de Quinn - Mars
Quinn aspira profondément et mit sa main sur son nez pour garder tout ce qu'elle pouvait de la poudre blanche qu'elle venait d'aspirer. Elle avait un examen aujourd'hui. Littérature comparée. Elle ne savait plus vraiment ce qu'ils enseignaient dans ce cours. Elle avait lu Shakespeare et l'avait aimé d'ailleurs mais comparer ses œuvres était un peu bizarre pour elle alors elle avait décroché.
La blonde alla vérifier son reflet dans le miroir de la salle de bain. Aucune trace au nez, pas de cernes visibles grâce au maquillage. Son professeur n'allait rien voir et les autres non plus. Toujours sauver les apparences. C'est ce que sa mère lui avait répété des dizaines de fois.
Elle épaula sa sacoche presque vide et se dirigea vers la porte. La journée allait être longue.
Sa promotion remplissait la totalité du petit amphithéâtre où se déroulait l'épreuve. Quinn dût se frayer un chemin jusqu'à sa place numérotée sans s'excuser de bousculer certaines personnes au passage. Elle sortit ses affaires - un stylo et une bouteille d'eau - et attendit. Lorsque les sujets furent distribués, Quinn gardait son regard fixé sur le tableau tout au centre de la pièce. Ils avaient quatre heures. Elle pencha difficilement sa tête vers le sujet d'examen. Elle avait déjà raté son premier semestre. Il fallait qu'elle réussisse celui-ci pour compenser le premier et avoir une chance de valider l'année.
Le sujet sous forme de paragraphe était flou. Il bougeait. Quinn essaya de se concentrer mais n'y voyait rien. Elle comprit un bout de phrase et vit qu'il s'agissait de l'espoir dans l'œuvre de Shakespeare. Son cerveau était encore trop lent. Elle n'arrivait pas à réfléchir. Elle leva la main brusquement. Un surveillant vint la voir et elle lui demanda l'autorisation d'aller aux toilettes. Le surveillant lui accorda et la suivit.
Une fois seule dans la cabine, Quinn prit le minuscule tube en plastique qu'elle baladait maintenant toujours sur elle. Elle vida la poudre blanche sur le rebord du lavabo, forma une ligne grossière et vint inspirer rapidement. Elle replaça le reste dans le tube, tira la chasse d'eau, alla se laver les mains et le visage puis sortit. Elle était prête maintenant.
Devant sa dissertation, les cinq pages parurent s'écrire toutes seules. Tellement vite qu'elle avait du mal à suivre. Quinn ne relût même pas son devoir. Elle alla le rendre au professeur assis au grand bureau central, lui souhaita une bonne journée et partit. Elle avait fini son examen en une heure et quinze minutes.
Sur le chemin du retour, Quinn s'arrêta prendre un expresso dans un petit café. L'endroit semblait délabré mais la propriétaire était vraiment gentille. On voyait qu'elle aimait accueillir les gens et qu'elle le faisait depuis de nombreuses années maintenant. Son gobelet en main, Quinn sortit et alla se cacher derrière un arbre pour vider dans son gobelet, la moitié de la flasque qu'elle emportait toujours dans son sac. Elle prit une gorgée et continua son chemin d'un air satisfait.
En rentrant chez elle, la jeune femme décida de profiter de son état d'esprit et mit de la musique à fond. Quinn avait l'impression de flotter. Elle se sentait comme emporter. Légère et libre. Elle pensait pouvoir accomplir tellement de choses à cet instant. Mais tout ce qui comptait était l'oubli. Et comme elle y arrivait, elle dansait, encore et encore. Elle dansait et chantait en maudissant ces faux amis qui ne la connaissaient pas. Cette Rachel qui était heureuse sans elle. Ces parents qui avaient toujours voulu la changer. Et même Shelby qui avait adopté sa fille comme si elle n'était pas capable de s'en occuper seule.
Quinn se mit soudainement à pleurer. Elle aurait tellement voulu s'occuper de Beth. Elle aurait su prendre soin d'elle et l'aimer. Et elle aurait pu le faire avec Rachel si elle avait eu le courage de lui dire ce qu'elle ressentait. C'était de sa faute. Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Elle s'était gâchée la vie à essayer de rentrer dans un moule. Elle avait gâché ses études. Elle allait échouer, c'était certain.
Prise de panique, Quinn se rua sur ses anxiolytiques. Elle en goba quelques-uns, monta le volume de la musique et attendit que la tempête passe. Mais elle ne passa jamais.
- Ce soir-là, j'ai fait une overdose. J'étais seule dans ma chambre. J'ai senti mon cœur battre très fort comme s'il allait s'échapper. Puis je l'ai aussi senti presque s'arrêter.
Devant la mine triste de Beca, Quinn se rendit compte que le récit qu'elle avait pris l'habitude de raconter, son histoire, n'était malgré tout pas super drôle.
- Désolé, j'ai tendance à oublier l'effet que ça fait aux gens normaux. Ils nous font répéter cette histoire des dizaines de fois en centre de désintoxe pour qu'on n'ait plus honte de le raconter. Qu'on se l'approprie et qu'on vive avec.
- Non, t'en fais pas. C'est juste très triste…
Beca ne savait pas quoi dire de plus. En quoi toute cette histoire la regardait-elle, finalement ? Elle ne comprenait pas ce qui avait bien pu les guider toutes les unes vers les autres. La brune se racla la gorge et se leva.
- Merci, pour tout. De m'avoir tout raconté. C'était… très enrichissant.
Quinn rit en voyant à quel point Beca était gênée. Elle lui posa une main sur l'épaule et lui tendit une carte.
- Pas de problème. Je te laisse mon numéro. Au cas où un jour tu voudrais m'expliquer pourquoi tu as lu mon journal.
- Merci…
Beca mit la carte dans sa poche, récupéra ses affaires et recula pour partir.
- A bientôt ! lança la brune maladroitement.
- Tu sais où me trouver. répondit Quinn.
Et Beca partit sans se retourner.
C'était probablement la journée la plus bizarre que Beca ait vécu. Et pourtant, elle avait vécu des choses vraiment étranges. Elle avait même fini en garde à vue l'année précédente.
Quand elle rentra chez son père, Stacie et Amy l'attendaient sur le perron. Beca avait eu son lot de discussions pour la journée. Plus que ce qu'elle pouvait supporter en une semaine d'ailleurs. Alors quand elle vit ses deux amies sur le pas de sa porte d'entrée, elle tenta de fuir en faisant demi-tour. Mais apparemment, Cynthia l'attendait dans sa voiture garée un peu plus bas dans la rue puisqu'elle en sortit pour l'intercepter.
- Où tu vas, Cap' ?
- Beca, attends ! cria Stacie en même temps.
La petite brune souffla un "Nulle part" et se fit une raison. Elle allait devoir subir une énième discussion.
Une fois à l'intérieur, les filles étaient toutes dans la chambre de Beca. Cette dernière était allongée sur son lit, le regard fixé au plafond. Stacie avait pris la chaise de bureau et Cynthia le pouf. Amy vagabondait entre les différentes étagères.
- Bon, vous allez me dire ce que vous faites là, qu'on en finisse ? fit Beca impatiente.
- On veut que tu reviennes.
- Amy, lâche ça !
Cynthia et Stacie avaient parlé en même temps. Tous les regards se tournèrent vers la blonde qui tenait un cadre photo dans ses mains. Elle regarda Beca d'un air coupable.
- Non, vas-y, Amy. Ça te donnera d'autres histoires à raconter. fit Beca acerbe.
Le silence les enveloppa. Amy s'en voulait terriblement. Cynthia regardait ses amies comme si elle assistait à un match de boxe.
- Amy, je pense que tu as oublié de dire quelque chose à Beca.
La blonde hocha la tête comme une enfant prise la main dans le sac. Elle s'avança jusqu'au bord du lit et vint articuler le plus minuscule des pardons entre ses lèvres puis repartit comme apeurée de se faire attraper. Beca leva les yeux au ciel.
- C'est sans importance. Je ne reviendrai pas.
- Mais Beca, on a besoin de toi ! Toute l'équipe vit dans la même maison. C'est trop compliqué sans toi.
- Elle a raison, Cap', les entraînements sont bizarres. Et puis Chloe est toute retournée. On ne sait plus quoi faire d'elle. Elle ne sourit même plus !
- N'importe quoi ! Je l'ai vu, je vous signale. Elle souriait.
- Beca, arrête de mentir. Tu sais très bien qu'elle ne souriait pas vraiment.
Oui, Beca le savait. Quand Chloe souriait, ses yeux pétillaient et toute la misère du monde disparaissait. Bien sûr qu'elle savait que Chloe allait mal. Elle l'avait su rien qu'en la voyant arriver en retard. Chloe se levait aux aurores naturellement parce qu'elle était tellement contente de commencer une nouvelle journée qu'elle ne pouvait pas attendre. Donc oui, Beca le savait mais elle ne voulait pas y penser. Elle avait déjà beaucoup de choses auxquelles penser avec tout ce que Quinn lui avait raconté. Et son passé qui la rattrapait. Elle avait eu la preuve avec Quinn aujourd'hui qu'il ne fallait pas sous-estimer ses amis. Quinn avait repoussé Rachel des dizaines de fois. D'ailleurs, comment s'étaient-elles retrouvées ? Elle garda sa question pour plus tard.
- Oui, tu as raison. Je le sais, je l'ai vu, elle ne va pas bien et c'est de ma faute. Je lui ai dit des choses horribles. Elle a regardé dans ma boîte à souvenirs et je me suis énervée et je suis partie. Et maintenant, je m'en veux. Mais en même temps, elle avait pas le droit de regarder dans cette fichue boîte. Je lui ai confié mes secrets. Pourquoi c'est jamais assez avec elle ?
Beca s'était mise à faire les cents pas dans sa chambre. Les filles la regardaient faire sans rien dire. Stacie savait très bien pourquoi Chloe n'en avait jamais assez de Beca. Elles s'aimaient tellement l'une et l'autre mais elles ne se comprenaient pas et elles se cachaient encore tellement de choses.
- Ok, Beca, stop ! fit Stacie en se levant pour la prendre par les épaules. Premièrement, c'est pas une question de savoir ce qui est assez ou non.
Stacie emmena Beca s'asseoir sur le lit puis lui prit la main.
- Ce qu'aimerait Chloe, et ce qu'on aimerait toutes, c'est que tu fasses confiance. Tu nous fuis tout le temps. Et on aimerait juste pouvoir t'aider mais tu nous évites jusqu'à ce que ça va mieux. On le sent, Beca, quand ça va pas. Même Lily le sait. On aimerait comprendre pourquoi tu vas pas bien et t'aider à aller mieux. Mais au lieu de ça, tu veux tout gérer seule comme si tu pouvais régler ça toute seule. Alors le plan c'est quoi maintenant ? De te cacher ici jusqu'à ce que ça passe ?
- Non, je … J'avais besoin de réfléchir.
- Et tu ne pouvais pas le faire dans notre chambre ? lança Amy agacée.
- Non, Amy, puisque mes affaires étaient sans arrêt fouillées dans notre chambre !
- Peut-être que si tu cachais moins chose, ça serait moins compliqué !
Voyant Beca et Amy s'énerver, Cynthia plaça son pouce et son index entre ses lèvres et siffla bruyamment. Les filles s'arrêtèrent avec les mains aux oreilles.
- Amy, tu devrais arrêter de fouiner partout, c'est malpoli. Beca, si tu racontais plus de choses, on aurait pas à fouiller pour savoir ce que tu caches quand on s'inquiète.
Les deux filles baissèrent les yeux, comme punies. Cynthia mettait toujours tout le monde d'accord. Voyant une entrée, Stacie décida d'engager la conversation sur un sujet un peu plus glissant.
- Tu pourrais peut-être commencer par nous montrer ce qu'il y a dans cette boîte. fit-elle à Beca. Plus de mystère autour de la boîte donc plus de raison de fouiller. conclut-elle.
Beca secouait la tête furieusement. Elle ne pouvait pas leur montrer. C'était trop personnel. Elles ne savaient rien d'elle en définitive. Ça pouvait changer leurs regards à tout jamais. Sans parler de l'impact que ça aurait sur Chloe.
- Hors de question. C'est toute ma vie jusqu'à maintenant là-dedans.
- Oh, c'est mignon ! Chloe est toute ta vie alors ?, questionna Amy les yeux rêveurs.
- Non ! Il n'y a pas que des photos de Chloe !
- Alors qu'est-ce qu'il y a dedans, Beca ? Pourquoi on ne peut pas savoir nous aussi ? demanda Cynthia.
Ses amies commençaient à être blessées, elle le voyait bien. Mais Beca avait tellement peur de les perdre. Comme elle avait eu peur de perdre Chloe, en fait. C'est pour cela qu'elle avait choisi de partir la première. Ca faisait moins mal de cette façon.
- C'est d'accord, lâcha-t-elle finalement. Je rentre avec vous. Mais ne m'obligez pas à tout vous raconter, je suis pas prête pour ça. Plus après ce que Chloe a fait.
Les filles se regardèrent avec compréhension.
- Tu nous promets de faire des efforts ? demanda Amy
- Oui, à condition que tu ne touches plus à mes affaires.
- Promis, répondit Amy d'un grand sourire.
- Allez Becs, on rentre, fit Stacie en lui passant un bras autour des épaules.
- Oui. confirma Beca, l'air décidé. Laissez-moi juste prévenir mon père et passer un coup de fil.
- Allo ?
- Quinn ? C'est Beca.
- Ah Beca, tout va bien ?
- Oui. Je … J'ai la réponse à ta question.
- Pourquoi tu as continué la lecture ?
- Oui. J'ai lu dans tes premières lignes que tu avais eu un enfant. Moi aussi. Enfin, j'ai failli avoir une fille mais je l'ai perdu.
A/N: N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ce que vous en espérez de cette histoire ! Merci pour votre lecture.
