Jessie épiait Beca entre les étagères de la radio. Il essayait de se montrer discret pour ne pas énerver encore plus sa collègue et amie. La petite brune n'avait pas l'air dans son assiette. Beca était arrivée au travail avec dix minutes d'avance, ce qui ne se produisait jamais. Elle avait à peine salué Luc et Jessie puis s'était empressée de commencer sa tâche. Elle rangeait des disques mécaniquement sur les rayonnages trop garnis. Son trait d'eyeliner était plus épais que jamais. Elle ne fredonnait même pas sur les airs des musiques que Luc passait en cabine. Ses tatouages étaient bien exposés. Son regard et sa figure rigides envoyaient le message très clairement : il ne valait mieux pas la déranger.

Mais comme toujours, Jessie se sentit envahi d'une mission. Si Beca allait mal, il devait découvrir pourquoi. Sinon, à quoi pouvait-il lui servir en tant qu'ami ? Il avait glissé à Luc quelques chansons qui, il en était sûr, feraient chanter Beca. L'opération avait échoué. Il avait tenté de l'aborder, en parlant du boulot puis des compétitions d'a capella à venir. Il s'était rapproché physiquement aussi, en rangeant les rayons proches d'elle. Il n'avait reçu que des yeux noirs et des réponses brèves. Il avait essayé d'en apprendre plus sur Lucy, aussi parce qu'il était réellement curieux de connaître la petite fille de Beca. La brune s'était illuminée brièvement, comme un rayon de soleil entre deux nuages, puis avait répondu rapidement avant de continuer sa tâche tel un automate. Finalement, si le problème ne venait ni des Bellas, ni des parents Mitchell, ni de Lucy, il ne restait plus tant de sujets à sonder.

- Et sinon, comment va Chloe ?, lança Jessie, désespéré, de l'autre bout de la pièce.

S'en suivirent un grand fracas et un juron. Il se pencha sur le côté pour voir ce qu'il s'était passé. Beca avait fait tomber toute une caisse en plastique de disques, qui s'était cassée sous le choc, et s'affairait déjà à ramasser. Quand Jessie s'approcha pour aider, Beca cria et lâcha tout ce qu'elle tenait dans les mains.

- Tu t'es blessée ?

- Juste une coupure à cause du plastique.

- Fais voir.

- C'est bon, Jessie.

Beca se leva et accepta le mouchoir de Jessie malgré sa réticence. Elle épongeait le sang qui coulait dans la paume de sa main.

- Merde, ça s'arrête pas, pesta Beca.

- Je crois que tu vas devoir te faire recoudre.

- N'exagère pas, ça ira.

Luc sortit à ce moment de la cabine pour évaluer les dégâts. Il examina la pièce, les mains sur les hanches, avant de marcher vers le duo.

- Rien de cassé ?

- Beca s'est coupée.

- Montre.

Luc tendit la main et Beca lui donna la sienne, paume vers le ciel. Jessie roula des yeux. Bien sûr, à Luc on obéissait sans broncher.

- C'est assez ouvert, tu devrais aller consulter tout de suite.

Beca commençait à secouer la tête pour refuser mais Luc ne lui laissa pas le choix.

- Tu préfères que j'appelle ton père pour le prévenir ?

- Bon, d'accord, souffla la brune. Tu m'accompagnes ?, demanda-t-elle à Jessie.

- Oui, il t'accompagne. Dépêchez-vous.

Dans la voiture, Jessie jetait trop souvent ses regards en biais à Beca pour qu'elle ne s'en agace pas. Le silence de l'habitacle était interrompu par les sifflements étouffés de la brune sur le siège passager qui exerçait une pression sur sa main. Jessie se racla la gorge et Beca le maudit intérieurement de vouloir toujours ouvrir la bouche.

- Donc comment ça va en ce moment ?

Beca leva les yeux au ciel. Il fallait toujours que Jessie parle pour ne rien dire.

- Parfaitement bien, si on oublie la main entaillée, répondit la brune acerbe.

Jessie avait envie de se gifler pour sa question stupide. Ce n'était pas du tout la solution pour faire parler Beca, il le savait parfaitement. Il inspira profondément. Il en avait marre de tourner autour du pot.

- Bon, dis-moi ce qu'il ne va pas ? Tu as un problème ? Il s'est passé quelque chose ?

Le jeune homme vit son amie se fermer du coin de l'œil. La tâche allait s'avérer plus compliquée.

- Non, rien du tout.

- Ça n'a pas l'air rien du tout…

- Lâche l'affaire, Jessie.

Jessie ne comprenait pas. Un jour, Beca lui racontait ses problèmes, se confiait à lui, et le lendemain, elle faisait trois pas en arrière. C'était vraiment fatigant d'essayer de suivre.

- OK. Peut-être que dans deux jours, tu seras la Beca sympa qui ose se confier aux gens.

Jessie ne rajouta rien. Il laissa son amie mariner un peu. Et il avait raison. Beca pesait le pour et le contre. Si elle racontait à Jessie ce qu'il s'était passé avec Chloe, elle savait qu'il en souffrirait. Puis il lui faudrait déballer ses sentiments parce qu'il essaierait de comprendre, de creuser. D'un autre côté, elle ne savait pas vraiment à qui en parler. Les Bellas n'étaient pas objectives. Aubrey se classait dans le camp de Chloe automatiquement. Et il était hors de question qu'elle en parle avec son père. Il ne lui restait que Jessie.

- Très bien. Il s'est passé quelque chose. Content ?

- Quand tu m'auras expliqué, oui, sourit Jessie de toutes ses dents.

Beca secoua la tête, désespérée. Il avait réussi et il en était fier. La jeune musicienne inspira profondément et prononça les mots qui tournaient en boucle dans sa tête depuis deux jours.

- J'ai embrassé Chloe.

Jessie n'eut pas de réaction immédiate. Il ne freina pas d'un coup sec ni hurla de surprise. Non, il garda le regard droit sur la route. Quand un feu rouge l'obligea à s'arrêter, il se tourna dans son siège pour voir Beca complétement. La brune se torturait les doigts. Elle repositionnait sans arrêt son bandage de fortune. Jessie commençait à se demander s'il avait bien entendu.

- Tu as embrassé Chloe.

Beca hocha la tête vigoureusement.

- Sur la bouche ?

Beca leva les yeux au ciel et était déjà prête à riposter d'une remarque cynique.

- Ok, ok. C'était pour vérifier.

Un ange passa entre les deux. Le feu passa au vert. Jessie se racla la gorge finalement.

- Et c'est une mauvaise chose ?

Beca commença à secouer la tête puis s'arrêta, hésitante avant de hausser les épaules.

- C'était quand ?

- Il y a deux jours, marmonna Beca.

Jessie ouvrit de grands yeux. Connaissant son amie, elle avait dû fuir Chloe depuis.

- Ça fait deux jours que tu es dans cet état- là ?

- Je ne suis pas dans un "état". Je suis totalement normale, mec.

- Tu râles plus que d'habitude, tu parles encore moins et je suis sûre que tu n'as pas approché Chloe, même pendant les entraînements.

- Chloe ne peut plus venir aux entraînements.

- C'est ça, évite le sujet.

Beca râla et croisa les bras puis les décroisa en gémissant de douleurs.

- Sérieusement, Beca, il faut que tu lui parles.

- Je ne sais pas quoi lui dire !

- Bah commence par "salut Chloe, on peut parler du moment où on s'est embrassé" et je suis sûr qu'elle trouvera quoi dire ensuite.

Beca souffla mais ne dit rien. Elle ne savait vraiment pas comment aborder le sujet.

- Et si elle ne veut pas en parler ?

Jessie rit de bon cœur en secouant la tête. Il garait la voiture sur le parking des urgences plutôt vide.

- C'est Chloe. Si elle ne veut pas en parler, c'est qu'elle est encore plus dans le déni que toi.

- Je ne suis pas dans le déni.

- D'accord, admettons. Pourquoi tu l'as embrassé alors ?

- Je... Parce que ... Elle était là et... Rah !

Jessie riait parce qu'il savait qu'au fond d'elle, Beca avait la réponse. Ça lui faisait juste trop peur. Ils entrèrent dans les urgences et la secrétaire à l'accueil prit les coordonnées de Beca avant de leur demander de patienter. Assis tous les deux sur des chaises en métal, Jessie feuilletait un magazine qui trainait dans la salle d'attente et Beca continuait à réfléchir. Pourquoi avait-elle embrassé Chloe ? La question revenait sans cesse dans ses pensées. Au début, elle avait essayé de se convaincre qu'il s'agissait d'une erreur. Elles s'étaient laissées emporter par la tristesse due au départ de Lucy et toute la peur qui avait entouré l'accident de Chloe. Elles en discuteraient et en rigoleraient plus tard. Mais Beca sentait une pointe de contrariété dans son ventre, comme si son corps contestait cette version.

- Beca Mitchell ?

Beca suivit le médecin dans la salle de consultation. Le verdict fut sans appel: six points de suture et un beau bandage pour Beca. Malgré la douleur, elle était restée dans sa bulle, réfléchissant toujours à ce qu'elle pourrait bien dire à Chloe.

Une demi-heure plus tard, Jessie arrêta la voiture devant la maison des Bellas. Il sortit puis fit le tour rapidement pour ouvrir à Beca. Il lui prit son sac des mains et la suivit jusqu'à l'entrée.

- Mon travail se termine ici, jeune demoiselle. Passez une agréable soirée et veillez à éviter toute rencontre malencontreuse avec une caisse en plastique.

Beca le poussa gentiment mais rit quand même.

- Merci beaucoup, Jessie.

- Pas de quoi.

Il haussa les épaules et plongea les mains dans ses poches. Il voulait quand même montrer à Beca qu'il la soutenait.

- Je sais que tu es un peu perdue et que tout ce qu'il se passe en ce moment est sûrement plus important qu'une relation amoureuse mais... Je sais aussi comme tu tiens à Chloe et comme elle tient à toi. Donc fais un effort et discute avec elle.

Beca affirmait lentement sans rien dire. Avant que Jessie ne puisse reculer pour partir, elle le serra dans ses bras.

- Merci, mec. Vraiment. On se voit à la radio lundi.

- Oui, bon week-end.

Beca avait à peine passé la porte qu'elle fut agressée par des bras fins mais musclés et une chevelure rousse. Chloe s'était précipitée sur elle, oubliant les béquilles et sa rancune dans le salon.

- J'ai cru que tu ne reviendrais pas, chuchota-t-elle dans le cou de Beca.

Attendrie, Beca serra la jeune femme contre elle un peu plus. Il était tard, c'était certain et Beca n'avait pas l'habitude d'être en dehors de la maison plus que nécessaire. Elle sortait que quand elle y était obligée, pour les cours, les entraînements et les sessions à la radio. Elle rentrait toujours immédiatement après.

- Désolé, j'ai eu un accident à la radio.

- Un accident ! Comment ça ?

Beca voulut se frapper pour sa stupidité et l'emploi de mots qui ne pouvaient qu'inquiéter son amie. Chloe tenait Beca du bout des bras et l'examinait de partout. Elle remarqua finalement le bandage à la main de Beca et la prit délicatement dans les siennes.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- J'ai fait tomber une caisse de CDs et elle s'est cassée. Je me suis coupée avec un morceau de plastique.

Chloe hocha la tête. Elle savait que Beca ne voudrait pas en parler plus que ça.

- Tu étais juste jalouse de mes pansements, en fait, répondit la rousse d'un sourire narquois.

- C'est exactement ça !, rit Beca.

Les rires retombèrent. Elles restèrent là à patauger entre parler et ne pas parler. Aborder l'éléphant dans la pièce ou le laisser tout détruire. Les Bellas choisirent à leur place.

- Bec, tu es rentrée ! On se fait une soirée film d'horreur, tu viens ?, demanda Cynthia.

- Euh...

- Mais si, allez !

Chloe la tira vers le salon et Beca suivit en observant Chloe marcher délibérément sur son plâtre. Elle secoua la tête. Il valait mieux laisser Chloe décider de ce qui était bon pour elle.

Dans le salon, toutes les Bellas étaient emmitouflées sous des plaids. Des plats de popcorn et de bonbons étaient disposés aux endroits stratégiques. Chloe s'installa sur le canapé principal. Les filles lui avaient laissé la place pour qu'elle puisse reposer sa jambe. Chacune avait son endroit attitré, de toute façon. Amy avait un pouf, affalée contre un mur. Cynthia et Stacie avaient les deux fauteuils positionnés face à face. Lily restait sur le tapis, parfois la tête à l'envers. Jessica et Ashley partageait une méridienne. Flo s'était appropriée le rocking chair. Et Beca et Chloe partageaient toujours le canapé.

Une fois Beca assise contre l'accoudoir, une jambe à l'équerre, l'autre tendue, Chloe vint coller son dos à elle et étaler un plaid sur leurs corps. Beca l'entoura de ses bras et l'entendit soupirer d'aisance. C'était leur position habituelle. Ça permettait à Chloe de se cacher dans le cou de Beca quand les films lui faisaient trop peur. Ça permettait à Beca de discuter quand le film devenait trop long, sans que les autres n'entendent.

The Descent tournait depuis une heure déjà et Beca s'ennuyait. Elle ne comprenait rien du film. En fait, elle aurait compris si elle avait été ne serait-ce qu'intéressée par l'écran. Mais son attention était plutôt tournée vers la main qui baladait sur sa jambe.

La main de Chloe qui caressait de haut en bas et qui la faisait frissonner.

Chloe paraissait très concentrée sur le film. Mais ce n'était qu'une apparence. En fait, elle ne faisait que penser à Beca. Aux lèvres de Beca contre les siennes. Aux mains de Beca dans ses cheveux. Aubrey l'avait encouragé à en parler avec elle. A crever l'abcès plutôt que de rester sur des non-dits. Après tout, elles étaient dans le déni depuis tellement longtemps, il était temps de briser la glace.

Elle fut interrompue dans ses pensées par les doigts de Beca qui se liaient aux siens et qui l'empêchaient de caresser la jambe de la brune. Chloe lui jeta un regard intrigué. Beca approcha sa bouche de son oreille.

- Tu me donnes des frissons, chuchota-t-elle.

Chloe tourna la tête pour répondre de la même façon.

- Pourquoi tu crois que je le fais ?

Beca roula des yeux mais sourit. Bien sûr, Chloe avait réponse à tout. Flirter avec Beca était son jeu favori. Parfois, la brune rispotait et ça mettait un peu plus de piquant dans leur conversation. Comme à ce moment-là.

- Tu le fais parce que tu ne peux pas me résister.

Chloe étouffa son rire dans le cou de Beca. L'action extirpa un sourire fier à la brune. S'en suivait souvent le jeu de qui allait faire rire l'autre au point où toute la pièce serait au courant. Ce qu'elles ne pensaient pas, c'était que toutes les filles connaissaient leur manigance mais choisissaient de les laisser faire. Beca sentit la main de Chloe quitter la sienne, remonter sous le plaid pour se placer sous son t-shirt et masser tendrement ses abdominaux.

Chloe était tactile. Elle avait besoin de cette proximité avec les gens qu'elle appréciait. Elle adorait tout particulièrement sentir la peau de Beca sous ses doigts. La douceur, la fermeté de ses muscles qui couraient sous les siens. Souvent, elle s'amusait à la chatouiller pour la faire rire et Beca tentait tant bien que mal de se retenir. De l'extérieur, elles avaient l'air de deux adolescentes qui se chamaillaient. Ce soir-là, Beca lui avait trop manqué alors elle n'avait pas envie de jouer. Elle voulait apprécier la présence de la jeune femme autant que possible. Elle se laissa aller contre elle, respirant profondément son parfum. Elle pouvait entendre le battement du cœur de Beca. A quel point il battait plus vite quand ses doigts effleuraient la naissance de son soutien-gorge. Elle leva légèrement la tête et son nez caressait le creux du cou de la brune. Elle y déposa un baiser silencieux.

Beca retint sa respiration et jeta un œil aux filles dans la pièce. Aucune n'avait remarqué qu'elles étaient occupées à tout sauf à regarder le film joué à l'écran. Chloe continua ses baisers le long de la mâchoire de Beca. A chaque dépôt des lèvres sur sa peau, Beca sentait son cœur louper un battement. Elle sentait aussi les mains baladeuses de Chloe qui menaient leurs vies en dessous de son t-shirt. Les lèvres pulpeuses de la rousse s'approchaient dangereusement des siennes. Quand elle sentit Chloe déposer un baiser à la commissure de ses lèvres, elle se recula légèrement pour lui dire non de la tête.

- Pas ici, lui souffla-t-elle dans l'oreille. On doit encore discuter.

Chloe ne s'était jamais doutée que Beca serait la plus sensée des deux. Elle était déçue mais comprenait. Elle acquiesça et vint se nicher contre l'épaule de Beca pour regarder la fin du film, ses mains toujours contre la peau maintenant brûlante de la brune.

Malgré sa posture sereine, Beca réfléchissait à cent à l'heure. Les lèvres de Chloe n'étaient pas passées loin. Elles devaient discuter, certes, mais de quoi exactement ? D'une possible relation ? De leurs sentiments ? Et qu'en adviendrait-il de Lucy dans tout ça ? Beca ne pouvait pas se permettre de perturber sa fille plus qu'elle ne l'était déjà. L'enfant avait vécu trop d'évènements dans sa courte vie. Il lui fallait du calme, un équilibre. Il lui fallait Beca. Ce soir-là, la musicienne prit une décision importante : Lucy serait sa priorité, peu importe les sacrifices que ça demanderait.


Le café était plutôt calme pour un samedi matin et Quinn attendait l'arrivée de Beca et Santana derrière le bar, la tête retenue par son coude. Un bâillement la tressaillit. Elle était fatiguée. La nuit avait été courte à cause d'une dispute avec Rachel. Elles ne se disputaient pas souvent, voire même jamais. Il n'y avait vraiment que quelques sujets sur lesquels elles n'étaient pas d'accord. Les études en était un.

Santana Lopez entra à ce moment-là en trombe dans le café, une mallette à la main, les cheveux collés au visage. Quinn était tellement prise par ses pensées qu'elle n'avait pas vu la pluie tomber à grosses gouttes dehors. Santana déposa son attaché-case lourdement sur un tabouret et extirpa son trench trempé du bout des doigts.

- Il fait un temps de chien de ton côté du pays ! Tu aurais pu prévenir !

- Désolé, je ne contrôle pas encore la météo, Santana.

Les deux femmes s'enlacèrent mais pas trop longtemps ; Santana était mouillée jusqu'aux os. Elle s'assit sur le tabouret devant Quinn et croisa les bras.

- Alors, ta nouvelle protégée est en retard ?

- Non, elle ne devrait plus tarder.

Quinn s'était tournée pour préparer un milkshake à la fraise pour sa meilleure amie. Elle connaissait la jeune femme sur le bout des ongles. Santana Lopez était son amie de toujours. Elles s'étaient rencontrées en maternel. Santana l'avait défendu contre des enfants qui la trouvaient trop rondes pour être dans leur classe. Depuis, la latine avait toujours eu ses intérêts à cœur et elles ne s'étaient plus quittées. Quinn l'avait vu tomber amoureuse de Brittany, la dernière branche du trio infernal, avant que la blonde ne devienne la femme de Santana. Elle l'avait vu lutter contre son homosexualité et en sortir grandie malgré les blessures que sa découverte lui avait infligé. Aujourd'hui, l'hispanique aux yeux noirs et au corps athlétique exerçait comme avocate dans un cabinet à Los Angeles et vivait une vie remplie mais accompagnée de son premier amour.

Si Quinn connaissait Santana par cœur, l'inverse se vérifiait également. C'est pour cela que Santana remarqua immédiatement les cernes et l'air contrarié de Quinn dès qu'elle lui déposa son milkshake à la fraise devant elle.

- Comment va Rach' ?

- Elle va bien.

- D'accord. Qu'est-ce que tu lui as dit ?

Quinn la regarda avec des yeux de chouettes emplis de surprise. Elle aurait dû se douter que Santana s'en rendrait compte dès qu'elle poserait les yeux sur elle. Cela ne servait à rien de nier.

- J'ai rien dit. Elle a juste du mal à me faire confiance.

- Non, tu sais très bien que ce n'est pas ça le souci.

- Elle n'ose pas me laisser travailler une journée seule ! Je sais qu'elle a peur que je replonge au moindre stress.

Santana la scruta sans rien dire. Quinn regardait ses yeux noirs analyser chaque parcelle de son expression comme un prédateur près à dévorer sa proie.

- Quand est-ce que tu vas arrêter de te mentir, exactement ?

Quinn roula des yeux. Elle aurait pu prédire cette phrase à la minute où Santana était entrée dans le café. Santana voyait toujours clair dans son jeu et son problème avec Rachel n'était pas récent. Rachel voulait que Quinn reprenne ses études en littérature parce qu'elle considérait qu'elle était trop douée pour passer sa vie à servir du café. Quinn voulait rester propriétaire du Queen's coffee et laisser Rachel reprendre ses études d'arts à Julliard. Mais New York était très loin et Rachel ne pouvait pas se résoudre à vivre aussi loin de Quinn. Après ça, Quinn lui reprochait de ne pas lui faire confiance et c'était fini.

- Si Rachel ne veut pas s'éloigner de toi, c'est tout simplement parce qu'elle t'aime et qu'elle a peur de te perdre. Pas parce qu'elle croit que tu vas courir vers le premier dealer que tu croises dès qu'elle aura passé la porte.

- Elle me voit comme une brindille qui peut casser à la moindre secousse. C'est agaçant ! Tu aurais dû la voir après l'accident !

- Quel accident ?, demanda Santana, la tête sur le côté.

Beca arriva à ce moment-là, comme tombée du ciel pour lui sauver la vie. Elle posa sa sacoche et son parapluie au pied du tabouret à côté de celui de Santana et enleva sa veste en cuir sans dire un mot.

- San', voici Beca. C'est la personne qui aura besoin de tes conseils, présenta Quinn.

Beca, qui n'avait pas réalisé que Santana était déjà là, ouvrit de grands yeux alertes et se tourna vers l'avocate pour lui serrer la main vivement.

- Bonjour, désolé, avec ce temps et mon retard, je n'ai pas fait attention. Merci de vous être déplacée d'aussi loin.

- Pas de quoi, ne t'embarrasse pas avec des politesses. On fait parties du même monde. Je suis contente de te rencontrer. Quinn m'a un peu parlé de ta situation mais le mieux, c'est que tu m'expliques toi-même.

Santana ne passait pas par quatre chemins et Beca aimait beaucoup cela. Quinn était reconnaissante d'avoir une amie comme Santana. Beca était entre de bonnes mains. Elle laissa les deux femmes discuter au bar. Elle les dérangea une dernière fois pour déposer un milkshake à la vanille devant Beca avant de s'éclipser dans son bureau.

- Je ne sais pas vraiment par où commencer, pour être honnête.

Santana sourit gentiment et sortit son carnet de notes toujours accompagné du stylo plume que sa mère lui avait offert au début de ses études de droits. Elle but une gorgée de son milkshake en observant la brune à ses côtés. Il y avait quelque chose dans cette jeune femme qui lui faisait penser à Quinn. Ce n'était pas une ressemblance physique mais plutôt une aura, un charisme. Les deux femmes semblaient torturées comme si elles détenaient toutes les souffrances de l'univers. Elle comprenait maintenant pourquoi Quinn était tant déterminée à l'aider.

- Quinn m'a dit que tu avais une fille.

Beca hocha la tête, les lèvres étirées en une merveilleuse mine. Santana trouva encore dans son expression un point commun avec sa meilleure amie.

- Parle-moi d'elle. Quelle est sa situation ? Quels liens vous avez ? Chaque détails est important, ça peut te paraître insignifiant mais pour moi, ça peut être l'argument sur lequel plaider.

- D'accord. Elle s'appelle Lucy Charlotte Mitchell. Elle est née le 12 octobre 2011. Du 12 octobre 2011 au 30 octobre 2011, elle a vécu sous la coupe des services sociaux. Ca, c'est le document qu'ils m'ont donné pour en attester.

Beca sortit l'attestation de la pochette remplie de paperasses qu'elle avait amené.

- Ensuite, elle a été placée sous la tutelle de son père, Julian Dickson, après décision du juge. Ca, c'est le jugement qui a été prononcé.

Santana lut les documents en diagonale, silencieuse et concentrée.

- Il est écrit que le juge des affaires familiales a jugé ton comportement violent et trop instable pour te laisser la garde de ta fille. Tu peux m'expliquer rapidement ce qu'il s'est passé pour qu'il en arrive à ça ?

Beca expliqua la scène qui s'était jouée juste après la naissance de sa fille. Elle expliqua pourquoi elle avait ressenti autant de colère. Elle relata toutes les douleurs que lui avait infligé Julian mais aussi le fait qu'il n'avait plus donné signe de vie après avoir ruiné sa vie.

- Je vois. Je trouve la décision du juge très rapide. Une affaire comme celle-ci peut prendre des mois, habituellement.

- Mon père croit que ses parents ont des relations haut-placées qui ont fait avancer les choses plus vite.

- Possible mais étrange. Je vois aussi qu'il y avait une injonction d'éloignement contre Julian mais ça n'a visiblement dérangé personne pour établir un jugement…

- L'avocat qu'on avait n'était pas très bon. Ca s'est passé tellement vite. Il nous a dit que le juge se concentrait sur Lucy et pas sur les problèmes que j'avais personnellement avec Julian.

- Ok, de mieux en mieux. Et aujourd'hui, où est Lucy ?

- Elle est retombée entre les mains de l'Etat depuis la mort de Julian. Il a fait une overdose ou un infarctus, je n'en suis même pas sûre. L'assistante sociale qui s'occupe de son dossier est Maria Olivarez. Elle m'a dit que tu pouvais l'appeler quand tu le voulais pour en discuter, qu'il ne fallait pas hésiter.

- Entendu, parfait. Je l'appellerai ce soir. Et donc ton souhait, c'est de récupérer la garde de ta fille, c'est bien ça ?

- Oui, mais il y a un obstacle en plus. Les parents de Julian ont fait la demande également. Ils me pensent incapables d'élever Lucy.

- Ils ont eu un rôle dans le passé, quand tu étais au lycée ?

- Ils étaient du côté de leur fils, surtout pendant le jugement. Je les avais vaguement rencontré quand j'allais chez lui mais ils n'étaient jamais très présents donc ils ne nous ont pas vraiment dérangé. Je me souviens que sa mère avait été plutôt sympathique la première fois.

Santana acquiesça doucement, une main sur le menton. Beca voyait les rouages de son cerveau tourner et s'accorder dans un même système. Elle se sentait de plus en plus à l'aise avec l'hispanique.

- Tu penses pouvoir m'aider ?

- Oh, oui, je vais faire tout de suite une demande d'audience avec le juge en charge de l'affaire. Je vais me contenter de lui énumérer toutes les erreurs que j'ai pu constater dans le déroulé de l'affaire. Il ne va pas aimer. Mais c'est pas le problème.

- Quel est le problème alors ? Je ne vais pas pouvoir récupérer Lucy ?

Santana releva un regard compatissant sur Beca. La brune lui rappelait Quinn quand elle avait dû abandonner sa propre fille.

- Eh du calme, Maman Ours, on va récupérer Lucy. Ce qui m'inquiète, c'est ta situation actuelle. Il se peut que le juge tique parce que les parents de ton ex sont plus friqués et mieux installés.

- Mais je suis sa mère ! Comment le juge pourrait préférer envoyer un enfant chez ses grands-parents plutôt qu'avec sa mère ?!

- Ah, bienvenue sur Terre où les parents ne font pas toujours ce qu'ils sont censés faire.

- Mais je travaille, j'étudie, j'ai une maison et mes parents sont même d'accord pour m'aider !

Des larmes firent leur apparition. Beca détestait la tournure de la discussion. Elle se sentait impuissante face aux accusations et aux suppositions. Des jeunes parents élevaient leurs enfants dans la rue. Ca existait. C'était terrible mais réel. Alors pourquoi ne pourrait-elle pas retrouver sa fille avec le peu de moyen qu'elle avait ?

- San', qu'est-ce que tu as fait ?!, intervint Quinn qui avait entendu Beca hausser le ton.

- Je n'ai rien fait. C'est juste la situation qui est merdique.

Quinn lui asséna un regard venimeux et vint entourer Beca de ses bras. La petite brune se laissa faire étonnamment et Santana les observa, la bouche ouverte, sidérée. Quinn Fabray ne faisait pas de câlin, jamais. Sauf à Rachel et à Brittany sous la contrainte. En pensant à sa femme, Santana se dit qu'il était temps de lui passer un coup de téléphone pour la rassurer. Elle se leva et laissa les deux jeunes femmes accoudées au bar. Beca renifla et Quinn se retira, toutes les deux un peu gênées.

- Désolé…

- Ne t'excuse pas, on en a vu d'autre, intercepta Quinn d'un clin d'œil.

Beca rit légèrement avant de retrouver sa mine sombre.

- J'en ai vraiment marre de cette situation. J'ai besoin de retrouver ma fille. Ca ne devrait pas être aussi compliqué.

- Non, tu as raison, c'est injuste.

Beca souffla fortement et plongea la tête entre ses bras. La cloche de l'entrée tinta et Quinn regarda Rachel arriver comme si le lieu lui appartenait. Son allure de star, son sourire flamboyant, le parfum qui se dégagea quand elle s'approcha pour embrasser Quinn. La blonde avait déjà perdu pieds. Elle ne pouvait jamais lui en vouloir trop longtemps.

- J'ai croisé Santana, elle est au téléphone. Ca s'est bien passé ?

Rachel enfilait déjà un tablier. Elle avait passé le début d'après-midi en cours de danse. Malgré son refus de retourner à Julliard, elle suivait des cours à l'Université d'Atlanta, plus pour occuper ses journées que pour travailler. Elle était tellement plus douée que les autres élèves d'ici que c'en devenait lassant. C'était d'ailleurs de ce détail qu'avait démarré la dispute de la veille. Rachel était rentrée en se plaignant du manque de professionnalisme des autres élèves.

- Oui, Santana pourra vraiment m'aider, confirma Beca d'un petit sourire.

La chanteuse déposa une main compatissante sur l'épaule de Beca pour lui montrer son soutien.

- Comment s'est passé ton cours ?, demanda Quinn.

- Parfaitement, merci, répondit Rachel sèchement avant de partir en cuisine.

Beca avait assisté à l'échange et fixait désormais Quinn avec la bouche en O. Santana revint le téléphone à la main.

- Brit' te dit bonjour, lança-t-elle à la blonde puis fronça les sourcils et demanda à Beca : Pourquoi tu fais cette tête ?

- Euh, Rachel vient d'arriver.

- Ah, tu lui as dit quoi, cette fois ?

Quinn leva les mains en signe de reddition, les yeux alarmés. Son expression fit rire Beca. Quinn avait l'air d'avoir peur de Santana, ce n'était pas une image courante.

- Je n'ai rien dit ! Je lui ai demandé comment s'était passé son cours ! C'est tout !

- C'était déjà de trop.

Dans un élan de confrontation, Quinn lança son majeur en direction de Santana avant de croiser les bras, boudeuse.

- Bon, je vous laisse, j'ai un client à voir à l'autre bout de la ville et un décalage horaire à rattraper.

Santana se leva et mit son manteau. Quinn se dépêcha de faire le tour du bar pour la prendre dans ses bras.

- Merci d'être venue.

- Arrête, Q., je reste trois jours, tu auras tout le temps de me remercier. On s'appelle ce soir. Je dors à l'hôtel.

- Tu aurais pu dormir chez nous.

- Pour vous entendre copuler, quelle horreur !

- C'est surtout pour faire des trucs bizarres par webcam avec Brit' dans ta chambre d'hôtel, non ?

- Touché !

Les deux jeunes femmes rirent ensemble et Quinn raccompagna l'hispanique jusqu'à la sortie du café. Beca observait leur amitié se jouer. Leurs chamailleries lui rappelèrent celles qu'elle partageait avec Chloe. Non, plutôt celles avec Jesse. Chloe, c'était différent.

- A quoi tu penses ?, l'interrompit Quinn en la poussant gentiment.

- Euh, rien du tout !

- Hum, laisse-moi deviner. Rousse, yeux bleus perçants, corps de rêve…

- Eh, je te permets pas !

- Ah, tu vois ! T'en fais pas, je préfère les brunes, charia Quinn d'un clin d'œil.

- Oui, tu devrais t'occuper de la tienne. Elle a l'air en colère.

Quinn hocha la tête, silencieuse. Beca avait raison, elle devait régler les choses rapidement. C'était stupide d'attendre, le problème perdurait et le sujet tournait en boucle sans jamais trouver de conclusion.

- Je vais aller lui parler.

- Parfait ! Moi, j'y vais. J'ai une rousse aux yeux bleus perçants et au corps de rêve à retrouver.

Beca était déjà partie vers la porte. Quinn rit de bon cœur, elle s'en doutait depuis le début.

- Vas-y, Beca ! Elle le mérite !

La brune pointa son poing en l'air en signe d'accord et sortit. Direction, la maison. Elle avait plein de choses à raconter à Chloe. Et surtout, elles avaient une grosse discussion à avoir.


Chloe attendait le retour de Beca avec réelle impatience. Elle ne tenait pas en place. Cynthia la voyait passer du salon à la cuisine puis de la cuisine au salon toutes les cinq minutes. Pourtant, la tâche demandait une vraie logistique. Il fallait prendre les béquilles, embarquer l'ordinateur de Chloe sur lequel elle regardait des vidéos et préparer les futures chorégraphies, transporter sa tasse de thé, tout ça sans ne rien faire tomber et bien sûr, sans demander d'aide. Cynthia lui avait plusieurs fois demandé si elle voulait qu'on lui donne un coup de main pour transporter toutes ses affaires d'une pièce à l'autre mais la rousse avait toujours répondu par un non catégorique. Elle s'en sortirait toute seule, merci.

Beca fit son entrée quand la tasse de thé explosa sur le parquet qui liait la cuisine au salon. Chloe avait sursauté et tout fait tomber sauf son ordinateur. Cynthia s'était précipitée pour l'aider à ramasser.

- Ah, il était temps que tu arrives !, s'expliqua l'afro-américaine.

- Pourquoi ?

Complétement ignorante de ce qui se jouait dans la maison depuis deux heures, Beca aidait à ramasser les bouts de verres d'une main. L'autre bandée retint Chloe avant qu'elle ne se baisse pour ramasser.

- C'est Chlo. Reprends tes béquilles et va t'asseoir. On s'en occupe.

La rousse râla mais obéit, étonnamment, laissant les deux jeunes femmes essuyaient le parquet qui refoulait maintenant le thé aux fruits rouges.

- Tout va bien ?, demanda Beca toujours intriguée de la remarque de son amie à son arrivée.

- Oui, c'est juste qu'elle t'attend depuis tout à l'heure. J'essaie de réviser mais elle ne fait que ça de voyager entre le salon et la cuisine sans vouloir d'aide. Il fallait bien qu'elle renverse à un moment donné…

Beca fronça les sourcils mais ne dit rien. Il n'y avait pas beaucoup de raisons pour lesquelles Chloe pouvait l'attendre. La brune commençait à s'inquiéter. Chloe prenait de moins en moins soin de sa jambe ou de son état de santé général, comme si toute la situation l'indifférait. Aux vues des réactions qu'avait provoqué la dernière discussion qu'elles avaient eu à ce sujet, Beca se promit de tenir sa langue pour le moment. Si la situation dégénérée vraiment, elle mettrait les pieds dans le plat avec Chloe.

- Je vais voir si elle veut monter se reposer avant de manger. Tu pourras réviser en paix.

- Merci, tu me sauves. Elle me rend chèvre depuis tout à l'heure.

Beca lança un clin d'œil à Cynthia puis alla rejoindre Chloe avec une nouvelle tasse de thé entre les mains.

- J'allais commencer un nouveau mashup pour la représentation de début d'années, tu veux qu'on monte pour voir ça ? J'aurai aimé avoir ton avis…

Chloe savait très bien que Beca ne lui proposait pas cela par hasard mais plutôt parce qu'elles avaient besoin de discuter mais qu'elle ne voulait pas que toute la maison soit au courant. La rousse accepta à une condition.

- J'en peux plus de marcher. Tu me portes jusqu'en haut ?, demanda Chloe toutes dents visibles.

Beca roula des yeux mais sourit et se tourna pour laisser Chloe grimper sur son dos.

- Allez, viens. Mais je viendrais chercher ta tasse après. On n'a déjà l'odeur de fruits rouges partout en bas, c'est assez.


Depuis une bonne heure, Beca et Chloe écoutaient de la musique. Beca était assise sur le lit de Chloe, en tailleur, l'ordinateur sur les jambes. Chloe était allongée à côté d'elle, dans le sens inverse du lit, les yeux fermés et écoutait patiemment Beca arranger le morceau. De temps en temps, elle donnait son avis, demandait plus d'écho d'un côté, moins d'instruments et plus de voix de l'autre. Beca ne disait rien mais adorait travailler avec Chloe. Son avis était toujours constructif et tellement aiguisé.

- Tu devrais accentuer les basses, souffla justement la rousse.

Beca s'exécuta et le résultat fut immédiat. Elle essayait d'agencer une chanson de Sam Smith, Dance, après celle qu'elle avait utilisé de Rihanna, Pon De Replay.

- C'est mieux !

- Oui, carrément !

- Les Trebles ne feront pas mieux. On va tous les scotcher à la représentation.

Beca affirma mais restait concentrée sur son mix. Elle naviguait dans les dossiers pour trouver la musique qu'elle ajouterait à celles déjà mixées. Chloe s'appuya sur ses coudes pour la regarder faire. Un dossier sur l'écran de Beca ne la laissa pas indifférente.

- Pourquoi tu as un dossier à mon nom ?

- Quoi ?, demanda Beca hébétée en la regardant.

- Là, ce fichier-là, pointa Choe directement sur l'écran.

- Ne mets pas tes doigts dessus !

- N'évite pas le sujet, Becs. Ouvre le fichier pour voir.

- Non !

La brune se mit à rougir fortement. Il n'y avait rien d'incriminant dans ce fichier, hormis la bonne centaine de morceaux que Beca avait réuni et qui lui faisait penser à Chloe.

- Ok, très bien. Tu as deux choix. J'ai retenu la leçon donc je n'irai pas fouiller. Par contre, soit tu me montres ce qu'il y a dans ce fichier, soit je dis aux filles que tu as un dossier sur ton ordinateur qui porte mon nom mais que tu ne veux pas me dire ce qu'il y a dedans.

Beca retint un hoquet de stupeur. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Elle était piégée.

- Tu ferais pas ça, affirma Beca en plissant les yeux.

- Tu sais très bien que si.

- Donc si je ne te montre rien, tu demanderas aux filles de me torturer jusqu'à ce que je le fasse.

- C'est tout à fait ça, sourit Chloe.

- Je te déteste.

- Non, c'est faux. Tu m'adores.

- Mouais, tiens, vas-y, amuse-toi.

Beca lui déposa l'ordinateur dans les mains et s'écarta pour aller s'asseoir contre la tête du lit de Chloe, les bras croisés. La rousse, qui était maintenant face à elle, la nargua d'un dernier sourire avant d'ouvrir le fichier. C'était comme ouvrir la boîte de Pandore si elle avait été une boîte à musiques. Une liste de fichiers musicaux à n'en plus finir s'affichait devant elle. Chloe cliqua sur le premier morceau et la guitare de Shawn Mendes commença. Arrivée au refrain de Mercy, elle cliqua sur le second. Rihanna et son timbre particulier lui donna envie de remuer les hanches. La musique sensuelle et tellement explicite ne laissait aucun doute sur la raison de sa présence dans ce fichier. Deux phrases de Te Amo et Chloe releva les yeux pour voir la réaction de Beca. La brune se rongeait l'ongle du pouce, rouge écarlate, tellement gênée que même son cou était parsemé de plaques. Chloe ne dit rien mais lança le troisième morceau sur la liste et là, la voix de Beyonce sur Drunk in Love scella leur fin de journée. Chloe laissa la musique tourner mais déposa l'ordinateur sur le sol et déambula jusqu'à Beca. Elle lui tendit la main.

- Qu'est-ce que…

- Danse avec moi.

La brune accepta la main, toute tremblante et confuse. Chloe posa une main sur la chute de ses reins et l'attira pour qu'elles soient encore plus proches. Beca ne savait pas quoi faire de ses mains alors elle les plaça sur les hanches de la rousse. Elle s'inquiétait de voir trop de poids soutenu sur la mauvaise jambe de Chloe.

- Chlo', ta jambe, il faudrait qu'on…

- Chut !, lui intima la rousse d'un doigt sur les lèvres.

Chlo approcha doucement son front de celui de Beca et commença à remuer les hanches en suivant le rythme du refrain. Beca ne savait plus qui elle était. Le parfum de Chloe l'enivrait. La tentation d'avoir sa bouche si proche de la sienne était insupportable. La sensation de ses hanches qui tournaient en forme de huit entre ses mains, contre son bassin, lui donnait des idées infernales. La musique n'aidait pas. Le rythme langoureux et les basses ne faisaient que la rendre plus étourdie. La pièce vibrait. Beca avait la sensation d'être droguée. C'était cela, Chloe était une drogue. Sa drogue. Elle passa son nez dans le cou de Chloe. Sa peau était douce et sentait le caramel. Une envie irrésistible de goûter cette peau si liquoreuse lui prit puis le bout de sa langue s'exécuta et très lentement, elle frôla la jugulaire de Chloe jusqu'à son lobe d'oreille pour le prendre entre ses dents. Chloe gémit et eut un tressautement dans le bassin. Leurs deux corps étaient collés et s'approuvaient en harmonie avec la musique comme deux allumettes enflammées. La main de Beca remonta dans le dos de Chloe pour la saisir à la nuque et lui donner plus d'accès au cou de la rousse. Les lèvres vissées à sa peau, Beca remonta jusqu'à la mâchoire de Chloe, puis jusqu'à sa bouche pulpeuse. Il y eut une pause, comme si leurs deux âmes reprenaient leurs souffles avant d'entamer un nouvel échange de sentiments. Puis la collision. Jay-Z rappait mais toutes les deux n'en avaient que faire de ce qu'il pouvait bien dire. Les lèvres se dévoraient, les langues se mélangeaient. Elles basculèrent sur le lit sans se séparer. Chloe avait les jambes entrelacées à celles de Beca et baladait une main sous la chemise à carreaux de la brune, l'autre dans ses cheveux. Beca gémit bruyamment quand elle lui tira un peu trop fort les cheveux et Chloe en profita pour savourer sa gorge, son col, déposant des marques au passage, jusqu'à son plexus solaire. Les vêtements commençaient à être des obstacles. Beca tirait sur le débardeur de Chloe et la rousse entreprit de défaire les boutons de sa chemise.

La musique s'arrêta et avec elle, leur rythme effréné. Avec pour seule mélodie leurs souffles, leurs gémissements et les frottements de leurs vêtements, les deux femmes prirent conscience qu'elles s'étaient laissées emporter. Ce fut Chloe qui s'appuya sur ses coudes pour se séparer mais pas trop. Les yeux pétillants, elle regarda les sentiments tourner dans les pupilles de Beca. La brune contemplait la vue qu'elle avait de sous Chloe. Les cheveux en bataille, les joues rouges, le regard étoilé, le petit sourire victorieux.

- Tu es merveilleuse, confessa la brune du bout des lèvres en remettant une mèche de cheveux derrière l'oreille de Chloe.

La rousse en resta bouche bée, tellement peu habituée à entendre Beca déclarer ce qu'elle pensait aussi ouvertement. Son regard se troubla un instant puis une larme lui échappa dans qu'elle ne puisse le contrôler. Beca fronça les sourcils, inquiète.

- Pourquoi tu pleures ?

- Je… Je ne sais pas, tu étais si honnête.

La brune s'attendrit et passa son pouce sur la joue de Chloe pour rattraper les gouttelettes. Elle l'attira à elle dans un baiser doux.

- Toutes ces musiques ne sont pas dans ce fichier par hasard. Je pense pratiquement tout ce qu'ils chantent, tu sais, avoua Beca d'un murmure, les yeux vers le bas.

- Qu'est-ce qu'il dit Jay-Z déjà ? La dernière chose dont je me souviens ce sont nos deux corps qui se frottent dans le club ?

Beca ferma les yeux et grinça des dents. Certaines paroles étaient crues mais bon, c'était ça aussi la musique. Rien du romantisme qu'elle essayait d'inspirer pour une fois.

- Non, je crois que c'est Beyonce qui dit ça.

Chloe rit franchement puis glissa sur le côté, une main toujours sous la chemise de la brune. De ses doigts, elle traçait des formes imaginaires sur sa peau, laissant des frissons naître à chaque passage. Beca regardait le plafond. Elle réfléchissait. Peut-être beaucoup trop. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser au fait qu'elle s'était promis de ne rien continuer avec Chloe pour prioriser sa fille mais que la présence de la rousse dans son périmètre ne lui permettait pas de respecter sa promesse. Chloe vit bien le changement d'attitude dans le regard de Beca. Elle en avait marre de tergiverser et sa discussion avec Aubrey lui avait fait ouvrir les yeux. Si elle voulait quelque chose, elle devait se battre pour l'obtenir.

- Qu'est-ce qu'il se passe, Becs ?

La brune tourna un visage renfrogné vers la jeune femme à ses côtés. Elle était partagée. Elle ne voulait pas trahir Lucy ou sa promesse, mais elle avait voulu Chloe depuis si longtemps. Enfin, elle se sentait bien et prête à faire ce qu'il fallait pour quelqu'un. Mais la peur la tiraillait. Et si Chloe n'acceptait pas d'avoir Lucy dans leur vie ? Si elle n'était pas prête à faire autant d'efforts ? Les paroles de l'auditrice qui avait appelé la radio l'autre soir lui revinrent en mémoire. Parfois, la bonne personne en valait la peine.

- J'ai peur, avoua la brune sans compromis.

Chloe réagit immédiatement et vint enlacer la petite brune qui avait l'air soudainement si fragile.

- Peur de quoi ? Raconte-moi, Beca.

La voix calme et compréhensive était ce qu'il fallait à Beca pour se livrer. Alors elle lui raconta sa grossesse cachée. Les problèmes avec Julian puis la perte de sa fille. L'année qu'elle avait passé à essayer de la récupérer sans ne rien dire à personne. Les mois de souffrance à s'imaginer tout ce que pouvait vivre Lucy. Comment son cœur de maman saignait à chaque fois qu'elle la voyait partir. Comment elle avait été si heureuse de lui présenter. A quel point elle était prête à se battre bec et ongle contre la famille du père de sa fille pour gagner et mériter la garde de Lucy. Comme elle avait peur de ne pas être à la hauteur si elle y arrivait.

- J'ai peur de tout gâcher. Tout ce que je touche se ternit. J'ai peur de ne pas savoir gérer notre relation et Lucy en même temps. C'est pour ça qu'on ne peut pas être ensemble, Chloe. Ma fille doit passer avant tout. Je ne peux pas me disperser. Elle est ma priorité et je…

- Eh, eh, Beca, du calme, c'est tout.

Durant son récit, Beca s'était complétement emballée. Chloe l'avait écouté patiemment et sans interruption mais maintenant, elle devait intervenir. Beca avait du mal à reprendre son souffle. Prise de panique et après tant de révélations, elle hyper-ventilait. Chloe la prit doucement dans ses bras et plaça sa tête contre son cœur.

- Ecoute mon cœur. Dirige ta respiration pour suivre son rythme.

Elle inspira et expira plusieurs fois avant que Beca n'arrive à s'accorder. Elles respirèrent ensemble encore quelques minutes, Chloe caressant les cheveux de la brune et les balançant d'avant en arrière légèrement.

- Je suis fière de toi, furent les premiers mots que Chloe prononça après un moment.

Beca s'écarta un peu pour la regarder, bêtement, un sourcil relevé.

- Tu es fière de moi ?

- Oui, tu as vu tout ce que tu as su me dire d'une traite, Becs, c'est super ! C'est un progrès de dingue. Tu n'imagines pas comment je suis contente que tu me fasses confiance et que tu arrives à te libérer de tout ça.

- Je viens de te dire qu'on ne pouvait pas être ensemble et toi, tu me dis que tu es fière de moi.

Chloe prit le visage de Beca entre ses mains et l'embrassa lentement. Au début, Beca n'était pas très réceptive, elle s'efforçait de garder les lèvres fermées mais Chloe réussit à lui faire ouvrir et le baiser devint plus langoureux. A un tel point que Beca garda les yeux fermés quand Chloe se retira, un air rêveur sur le visage. Chloe rit doucement puis se racla la gorge.

- Beca, tu te compliques la vie.

- Non, ma vie est compliquée.

- Alors ne la rends pas encore plus compliquée.

Chloe s'avança à nouveau et recommença son baiser. Le rythme nonchalant ne faisait qu'accentuer les désirs déjà réveillés depuis leurs ébats précédents.

- C'est ce que j'essaie de faire, si tu voulais bien arrêter de m'embrasser pour me faire taire !, râla la brune qui s'était finalement levée pour ne plus se faire avoir.

Chloe rit une fois de plus puis vint s'asseoir sur le bord du lit pour pouvoir prendre les mains de Beca et l'attirer à elle.

- Je sais, je suis désolée, j'ai du mal à te résister, déclara Chloe fière d'elle.

A sa remarque, Beca essaya de s'extirper mais Chloe la rattrapa.

- Non, pardon, je plaisante. Tu as raison. J'arrête. Tout ce que je veux te faire comprendre, c'est qu'on est attirée l'une par l'autre. Jusque là, je ne me trompe pas ?

La rousse chercha le regard de Beca qui acquiesça du menton sans rien ajouter.

- Et comme on se plait, ce serait dommage de s'interdire ça. Je sais que Lucy est ta priorité. Bien sûr qu'elle passe avant tout et jamais je ne te demanderai de faire autrement. Mais justement, tu ne seras pas seule pour gérer ça.

Devant la mine curieuse de Beca, Chloe se leva. Leur proximité était le meilleur moyen pour elle de lui montrer qu'elle était sincère.

- Si je décide de commencer quelque chose avec toi, Beca, ce n'est pas pour laisser de côté une partie entière de ta vie. Lucy fait partie de ta vie. Et de la mienne maintenant. Et même de celles de toutes les Bellas. Et je ne te laisserai jamais seule. Je suis prête à t'aider avec Lucy.

- Tu… Tu es sérieuse ?, demanda maladroitement Beca, émue.

Chloe prit visage de la brune et s'approcha encore plus pour déposer son front contre celui de Beca.

- Carrément sérieuse ! Beca, ma puce, il faut juste que tu me laisses l'occasion de te le montrer.

Beca craqua finalement et fondit dans ses bras. Elles s'enlacèrent longtemps, rassurées toutes les deux d'avoir enfin trouvé quelqu'un qui les comprenait et qui était prêt à tout pour continuer à comprendre.

Un tambourinement à la porte les fit sursauter et elles se séparèrent d'au moins deux mètres. La voix d'Amy résonna derrière la porte.

- C'est l'heure de manger, bitches !

- On arrive !, cria Beca.

Les deux femmes se lancèrent un dernier regard puis explosèrent de rire en même temps. Chloe s'arrêta subitement, une main sur le côté.

- Ouille ! Ca fait mal ! Quelle abrutie !

Beca l'avait rejointe en deux pas et la soutenait déjà. Elle prit ses béquilles et les lui tendit. Une fois la douleur passée, Chloe passa son bras sur les épaules de Beca.

- Allez, viens. Sinon on n'arrivera trop tard et Amy et Stacie auront tout mangé.

Beca s'esclaffa et l'aida à boiter jusque la porte. Une note mentale lui rappela que Chloe devait prendre ses médicaments en mangeant pour ne pas trop souffrir et c'était la mission qu'elle s'était attribuée de lui rappeler. La femme entre ses bras était trop précieuse. Elle ne laisserait rien lui arriver.


NA: Thanks to all the Americans and Brazilians out there who have been reading. Merci à tous de lire. Dites moi ce que vous en avez pensé. See you next time !