Quinn se débattait avec la machine à café pour la deuxième fois, ce jour-là, et elle était à deux doigts de l'envoyer valser par la première fenêtre qu'elle croiserait.
- Saloperie de machine ! Rentre là-dedans !
Elle forçait sur le plastique pour faire entrer le réservoir de lait sans qu'il ne veuille coopérer. Santana, qui venait de déposer sa sacoche sur un siège, évita de peu le jet de lait qui aspergea Quinn, une partie du bar, et le carrelage fraîchement nettoyé.
- Putain de merde ! hurla Quinn en jetant le réservoir dans l'évier.
- Quel langage, Fabray ! Tu vas faire fuir tes clients.
Quinn se retourna pour regarder Santana d'un air las. Elle avait du lait dans les cheveux. Elle passa son regard sur la salle où seul un vieillard tournait une cuillère dans son cappuccino habituel en lisant le journal.
- Je ne t'avais pas entendu arriver, fit Quinn en se saisissant d'un torchon pour s'essuyer le visage et les mains pendant qu'un employé s'affairait déjà à nettoyer le sol.
- Non, c'est sûr, tu étais trop occupée à gagner contre une machine à café.
Quinn souffla à la remarque de son amie et jeta le torchon en boule sur le comptoir.
- Ecoute, si tu es venue pour me faire des remarques cinglantes sur ma façon de gérer mon restaurant, tu peux repartir, Santana. J'ai autre chose à faire.
Santana leva un sourcil étonné devant l'air abattu et renfrogné de sa meilleure amie. Elles avaient l'habitude de se taquiner ainsi, c'était un peu leur façon de communiquer. Sauf quand l'une ou l'autre n'allait pas bien, alors les tempéraments s'adoucissaient.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Quinn souffla à nouveau et fit le tour du comptoir pour venir s'assoir lourdement sur le siège à côté de l'hispanique.
- Je lutte avec cette foutue machine depuis ce matin.
Santana rit de bon cœur parce qu'elle savait que ce n'était pas la vraie raison de sa mauvaise humeur.
- Essaies encore. La vérité, cette fois.
- On ne peut rien te cacher, hein.
- J'en ai fait mon métier, tu te souviens ? fit la brune d'un clin d'œil. Allez, raconte-moi tout.
Elle claqua des doigts vers un serveur, malgré le fait que Quinn lui avait interdit de le faire, et demanda qu'il leur soit servi deux burgers pour le déjeuner. Quinn ouvrit puis ferma la bouche plusieurs fois avant de se décider.
- Rachel ne va pas bien.
Santana l'observa un temps, attendant la suite qui ne vint pas.
- Comment ça, elle ne va pas bien ? Elle est malade ?
- Non, elle ne me parle plus.
- Qu'est-ce que tu as fait encore ?, râla la brune qui s'imaginait déjà jouer les arbitres.
- Rien, justement ! Je ne comprends pas, explosa enfin la blonde. Quand on sort, elle boit jusqu'à en oublier son prénom alors qu'elle n'aime pas ça, on le sait toutes les deux. Quand je la confronte, elle évite le sujet. Quand je ne dis rien, elle ne dit rien non plus, alors que Rachel Berry ne se tait jamais ! Franchement, San', je ne sais plus quoi faire.
Le serveur choisit ce moment-là pour leur amener les assiettes de frites, d'hamburgers et de salades composées. Les deux jeunes femmes le remercièrent et Quinn lui indiqua qu'il pouvait quitter son service. Santana but une gorgée du verre d'eau qu'elle avait commandé avec les plats et reprit la discussion.
- Je vois. Et il y a d'autres signes que tu as remarqué comme ça ?
- Elle ne me parle plus vraiment de ses cours. Hier, au bar, les filles lui ont demandé de chanter. Elle a refusé, San'.
Toutes les deux se regardèrent gravement. Rachel Berry ne refusait jamais, au grand jamais, une occasion de chanter.
- J'ai peur qu'elle abandonne tout pour moi. Elle refuse de retourner à New York sans moi pour reprendre ses études là-bas et à chaque fois que j'aborde le sujet, elle me demande de reprendre mes cours de lettres et on finit par se disputer.
- Elle n'a pas tort. Tu avais un destin beaucoup plus prometteur que de servir du café…
Quinn toisa son amie du regard. Elle mangea une frite du bout des doigts sans la quitter des yeux.
- Tu es dans quel camp, exactement ?
- Celui de la vérité.
La blonde pouffa et reprit un morceau de son sandwich. Elle ne savait vraiment pas où elle mettait les pieds avec Rachel mais se confesser lui faisait du bien.
- Tu veux que j'essaie de lui parler ? De comprendre ce qu'il se passe dans sa petite tête de diva ?
- Oh, Santana Lopez qui demande la permission ! Il y a dix ans, tu n'aurais même pas attendu que je finisse mon histoire pour aller la cuisiner.
- Ah, que veux-tu ? Les gens changent, ils vieillissent et deviennent plus raisonnables.
- Oui, bien sûr, toi, raisonnable. C'est Brittany qui t'a adouci surtout.
- Comme si c'était une mauvaise chose !
- Absolument pas. Je suis très contente de pouvoir tenir une discussion avec toi sans que l'une de nous deux se fasse gifler par l'autre.
- Ah, c'était le bon temps… Bon, allez, je te laisse. J'ai encore des rendez-vous. Ce soir, je passerai récupérer ta chérie pour aller boire un verre qu'avec elle.
Santana s'approcha de la blonde pour l'encercler de ses bras mais se ravisa au dernier moment.
- Le lait. J'avais oublié., fit Quinn.
- Bonne douche, Fabray !
- A ce soir, Lopez.
Quinn regarda son amie partir puis enleva son tablier pour le jeter sur la pile de linges sales où tous les tabliers des employés s'entassaient. Elle se dirigea vers son bureau, rassembla ses affaires, dit au cuisinier en chef qu'elle reviendrait le soir-même et sortit pour rejoindre son appartement et se changer, enfin.
Chloe regardait les chiffres empilés sur sa feuille, le stylo remuant entre ses doigts. Elle était seule aujourd'hui dans la villa des Bellas et en avait profité, attablée au bar de la cuisine, pour faire les comptes de ce qu'elle devait et de ce qu'elle aurait à payer jusqu'à la fin de l'année. Au plus elle réfléchissait à ce qu'elle avait oublié, au plus la liste s'allongeait.
2 650 $ d'hospitalisation
300 $ de radiologie
175 $ pour les frais à la pharmacie que Stacie lui a avancé
400 $ pour faire détruire sa voiture
2 000$ max pour acheter une nouvelle voiture
800 $ de traitement immunosuppresseur par mois
725 $ pour l'infirmière qui est venu faire ses bandages pendant deux semaines
300 $ de loyer par mois
95 $ de kinésithérapie par séance
Devant elle, son ordinateur montrait l'application de sa banque où l'on voyait le résumer des prélèvements et surtout, le montant du solde de son compte bancaire actuel : - 126,33 $. Ses parents ne lui versaient plus d'argent depuis le début de l'année scolaire. Chloe avait compté sur ses économies jusqu'à présent. Et comme ses parents avaient décidé de la lâcher complètement, elle était bien décidée à se débrouiller seule.
Elle fit le calcul rapidement sur la calculatrice de son téléphone. Le total brûlait les yeux. Elle allait devoir trouver plus de sept mille dollars si elle voulait ne pas avoir de problèmes. Elle réfléchit et se dit qu'elle pouvait bien se passer d'une voiture pour le moment, elle ne devait pas voyager de toute façon. Elle barra la ligne accordée à la nouvelle voiture. Plus que 5 445 $ à rembourser et prévoir tellement plus pour l'année. A cette liste, s'ajouteraient des imprévus, des accidents, des sorties avec les Bellas, des vêtements ou fournitures à remplacer... Chloe se prit la tête entre les mains et souffla. La feuille s'échappa au sol et la rousse grogna. Sa nouvelle attelle l'empêchait de bouger tout autant que le plâtre. Elle s'extirpa doucement du tabouret et posa les deux pieds au sol. La bataille entre son équilibre, la gravité, et l'adhérence du sol en chaussettes commença. Elle descendit sur sa jambe mobile tout doucement, la main tendue vers le bout de papier. Ses doigts allaient toucher la feuille quand la porte d'entrée s'ouvrit en grand, laissant passer le vent d'hiver et Cynthia Rose qui rentrait de cours. Sous la surprise, Chloe glissa et finit sur les fesses, la feuille de papier à plusieurs mètres d'elle à présent. Cynthia l'entendit râler et se précipita pour la ramasser.
- Merde, Chloe, ça va ? Ca fait longtemps que tu es à terre ?
- Non, j'essayais de ramasser une feuille, t'en fais pas.
Les deux jeunes femmes se relevèrent et Cynthia alla chercher la feuille en question en y jetant un œil.
- Qu'est-ce que c'est ?, demanda-t-elle.
Cynthia Rose était celle qui avait le moins les moyens de toute la maison. Pourtant issue d'une famille de militaires, ses parents lui ont coupé les vivres quand elle leur a parlé de son homosexualité. Elle était alors venue voir Chloe pour lui parler de ses difficultés et la prévenir qu'elle ne pourrait plus participer aux Bellas, puisque les compétitions et les tenues de scène demandaient une participation ponctuelle mais importante. Chloe lui avait alors dit qu'elles trouveraient une façon de s'arranger. Elles en avaient ensuite discuté toutes ensemble et les Bellas avaient décidé de toutes augmenter leurs participations pour couvrir celle de Cynthia Rose. Depuis l'afro-américaine avait trouvé un travail à mi-temps et pouvait subvenir à ses besoins seule.
Même si Chloe savait pertinemment que Cynthia Rose ne la jugerait pas, elle se renfrogna et lui arracha la feuille des mains.
- C'est rien, juste le décompte de mes soins pour prévenir mes parents. Tu sais à quelle heure les autres rentrent ?
Cynthia comprit immédiatement que Chloe essayait de changer de sujet mais ne s'en formalisa pas. Elle la regarda ranger son ordinateur dans son étui à la hâte. Elle n'avait pas l'habitude de confronter Chloe. Beca, c'était une autre histoire…
- Beca et Stacie ne devraient plus tarder. Lucy vient cet après-midi.
- Oui et Beca doit rencontrer son avocate.
- C'est ça… Tu sais, moi je ne vais pas insister pour savoir. Mais tôt ou tard, une certaine brune qui joue de la musique un peu fort verra tes difficultés et ne pourra pas s'empêcher de poser des questions.
Chloe s'arrêta dans ses mouvements et se tourna doucement vers Cynthia, les sourcils froncés. L'afro-américaine désigna la feuille de papier qu'elle avait ramassé. Le regard de Chloe glissa gravement au sol.
- Ce que Beca ignore ne lui fait pas de mal.
Cynthia allait lui dire comme elle était bête de penser ainsi mais la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau pour laisser passer Stacie, Beca et Amy qui rentraient elles aussi de cours, mais les mains chargées de sacs de courses. L'afro-américaine s'empressa de les aider à ranger mais ne loupa point l'escapade bancale de Chloe qui s'éclipsait par les escaliers.
Santana sonna à l'interphone et attendit quelques secondes.
- Cabinet Stewart et Bucks.
- Bonjour, je suis Maître Lopez, j'ai rendez-vous avec Maître Stewart.
- Bonjour, maître. Première à droite.
Le buzz électronique retentit et la porte du cabinet s'ouvrit. Santana venait rencontrer l'avocat qui avait défendu Beca et le père de Beca au moment du placement de Lucy. Elle devait le rencontrer la veille mais l'homme, très occupé, lui avait finalement demandé de passer ce jour-là. Santana préférait le voir plus tard que prévu que ne pas le voir du tout. Certaines questions restaient sans réponse et seul un confrère pouvait l'éclairer.
Elle prit le couloir de droite comme indiqué, passa plusieurs portes de bureaux avec des plaques en or qui portaient les noms des avocats travaillant pour le cabinet. Tous semblaient avoir une spécialité différente. Enfin, elle arriva devant la porte portant le nom de Maître Matthew Stewart, avocat en droits des familles. Elle frappa et n'eût pas à attendre longtemps avant que la porte ne s'ouvre.
- Maître Lopez ! On m'a prévenu de votre arrivée. Vous avez fait bon voyage ?
L'homme brun d'une quarantaine d'années portait un costard bleu foncé, une chemise blanche à fines rayures rouge pâle et une cravate rouge. Il lui tendit une main immédiatement et posa la seconde sur son épaule pour l'inviter à entrer. Santana installa sa sacoche sur l'un des fauteuils en face de Matthew et enleva son manteau. Elle sortit le dossier de Beca et le déposa sur le bureau avant de s'asseoir.
- Comme évoqué dans les mails que je vous ai envoyé, je suis surtout venue pour éclaircir certains points avec vous concernant l'affaire de Beca Mitchell et du placement de sa fille, commença Santana.
- Oui, bien sûr, je tenterai de vous aider comme je le peux, répondit l'avocat qui avait repris sa place à son bureau, les mains croisées.
Santana ouvrit le dossier. La première page contenait une liste de questions auxquelles elle n'avait pas encore de réponses.
- Tout d'abord, vous pouvez m'indiquer à quel moment vous êtes intervenu dans l'affaire ? J'ai souvenir que Monsieur Mitchell ne vous ait pas contacté d'emblée.
- Non, effectivement. Je suis rentré sur l'affaire quand Beca avait déjà été séparée de sa fille. J'ai rencontré le Professeur Mitchell lors d'une conférence à l'université. Je ne participe pas très souvent à ce genre d'évènements mais il s'agissait d'une problématique à mes yeux intéressante qui tentait d'examiner l'influence de la littérature dans nos rapports sociaux en famille. Le Professeur Mitchell savait déjà qui j'étais quand il m'a interpellé. Il m'a demandé un rendez-vous à l'écart pour discuter du sujet de sa fille. Nous nous sommes entretenus le lendemain même et j'ai décidé de les aider.
- A ce moment, Beca n'avait plus la garde de Lucy mais le jugement n'avait pas encore eu lieu.
- C'est exact. Lucy se trouvait encore entre les mains des services sociaux. Le père n'avait pas encore eu la garde.
Santana notait tout ce qu'elle pouvait sur son carnet sans relever les yeux entre ses questions. Matthew Stewart la regardait sans broncher.
- Quelles ont été vos premières impressions concernant l'affaire ? Avez-vous trouvé la procédure typique de ce qui se passe habituellement ?
- J'ai tout de suite pensé qu'il y avait quelque chose de pas clair dans toutes les informations que j'avais récolté. La procédure pour séparer Lucy de Beca a été tellement rapide. Jamais, au grand jamais, même quand des enfants sont réellement en danger, la procédure s'applique aussi rapidement. Encore moins quelques jours après la naissance de l'enfant.
- Vous avez donc plaidé vice de procédure auprès du juge.
- Evidemment ! Ils ont enlevé un enfant à sa mère alors qu'elle venait de naître. Même quand il s'agit d'une mère alcoolique ou maltraitante, elle conserve presque toujours un droit de visite.
La voix de Matthew s'emportait devant l'incrédulité de la situation. Santana commença à entendre l'opinion de l'homme derrière la facette de l'avocat.
- C'est également ce que j'ai pu remarquer. Pourquoi Lucy n'a-t-elle pas été confiée au Professeur Mitchell ?
- Pour plusieurs raisons, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Premièrement, le père de Lucy était encore présent alors il passait prioritaire dans l'attribution de droits. Ensuite, parce que le Professeur Mitchell a été décrédibilisé au même titre que Beca au tribunal. Il faut savoir que les parents de Beca ont divorcé quand elle était plus jeune, pour adultère. Le père de Beca ne s'est pas vraiment montré présent les années qui ont suivies. Comme il n'était pas proche de Beca, il ne pouvait pas non plus l'être de sa fille.
Santana secouait la tête, accablée par les injustices qui semblaient se multiplier dans cette affaire.
- Le vice de procédure n'a pas fonctionné donc ?
- Non, le juge a estimé que le danger avait été immédiat à la naissance de Lucy, que les services hospitaliers et le père de Lucy avait agi à temps et donc que la procédure avait été appliquée comme il le fallait.
- Pourquoi Beca a-t-elle obtenu le droit de voir sa fille aussi tard dans ce cas ?
Matthew Stewart souffla et se pencha sur le bureau pour s'approcher de Santana.
- Maître, nous parlons entre personnes du métier. Je peux donc être totalement honnête avec vous. Pour moi, la partie adverse a tout orchestré. J'ai cherché des preuves pendant longtemps ensuite, sans résultats. Ils ont bien caché leurs traces.
Enfin, quelqu'un disait tout haut ce que tous semblait penser sur cette affaire sans oser le dire. Santana s'approcha également, électrisée par les mots de l'avocat.
- Selon moi, le juge était un ami de la famille. J'ai des photos de lui sortant d'un diner chez la partie adverse. Les photos ont été prises après le jugement donc irrecevables au tribunal. Des témoignages anonymes racontant la violence dont faisait preuve Beca au lycée sont sortis de nulle part. Ces témoignages ont été pris en compte, alors qu'on sait tous les deux comme un témoignage écrit n'est pas une vraie preuve devant un tribunal, débita Santana.
- Exactement ! Beca n'a même pas pu être présente ce jour-là. La pauvre fille a été internée un cours moment pour des faits qui ont eu lieu des mois auparavant.
- Je n'avais pas eu vent de ce passage en psychiatrie. Elle était suivie par des médecins là bas ?
- Oui, il faudrait lui demander par contre, je n'ai plus les noms en tête. Par chance, j'ai réussi à vite la faire sortir de là. Mais dans sa campagne pour récupérer la garde de sa fille, elle a dû subir des séances avec plusieurs psychologues pour qu'ils examinent sa psychologie.
- Très bien, je la rencontre tout à l'heure. Elle ne m'a pas tout dévoilé, finalement.
Santana commença à ranger ses affaires. L'homme se leva et fit le tour du bureau en attendant que la brune ait fini de s'habiller.
- Merci, Maître, pour cet entretien, fit Santana finalement en lui tendant la main.
- Merci à vous de reprendre cette affaire. Beca et Lucy méritent mieux que ça.
- Je suis d'accord. J'espère réussir à éclaircir toute cette histoire.
- N'hésitez pas si je peux vous être d'une quelconque utilité. Bonne chance, maître.
L'homme hocha la tête et lui ouvrit la porte. Santana partit d'un pas assuré. Elle devait maintenant se rendre chez Beca. La petite brunette ne lui avait pas tout confié. Elle avait encore et toujours des questions à poser.
Les longues plaintes ne s'arrêtaient plus. Maria était arrivée avec une Lucy endormie mais malade. L'enfant avait une otite due à la poussée de ses dents. Elle s'était réveillée pile pour l'heure du goûter, avec une humeur qui ressemblait vraiment à celle de sa mère au réveil.
Beca observait sa fille qu'elle tenait à bouts de bras. Lucy gémissaient, pleurait à chaudes larmes, les joues rouge vif et se débattait. Stacie, Amy et Jessica étaient avec elle dans le salon. Les autres étaient éparpillées dans la maison, occupées sur des devoirs ou des tâches ménagères. Beca avait été surprise d'entendre Chloe se plaindre d'être fatiguée et de la voir monter les escaliers juste avant que Lucy et Maria n'arrivent.
- Je ne sais plus quoi faire. Elle ne s'arrête plus. Rien ne la soulage, déclara Beca alarmée.
Elle supportait mal de voir Lucy souffrir autant. Maria s'approcha et lui déposa une main sur l'épaule.
- Malheureusement, il n'y a pas grand-chose de plus à faire. Elle a eu son médicament, on a essayé de lui donner quelques choses à mâcher, vous l'avez câliné. Parfois, il faut accepter qu'on ne peut pas tout résoudre pour eux. Juste être présent.
Beca encaissa les paroles de l'assistante sociale. Elle n'avait pas tort. Elle ne pouvait qu'attendre que ça passe.
- Je vais la promener un peu dans la maison. Ca va peut-être la distraire.
Elle déposa un baiser sur le front de sa fille et la positionna contre elle avant de se lever du canapé. Elle avança en la berçant. Elles commencèrent par explorer la cuisine. Beca s'arrêta devant la fenêtre et humait un air qu'elle pensait pouvoir calmer Lucy. La petite fille dans ses bras mâchonnait son petit poing et continuait de pleurer. Beca lui montra les rares oiseaux qu'on voyait passer. L'hiver s'était installé, il n'y avait plus beaucoup d'animaux dehors.
Elle fit le tour de l'îlot central et repassa par le salon en berçant Lucy. Ses amies lui sourirent puis continuèrent leur discussion avec Maria. Beca commença son ascension des escaliers. Elle se dit que rendre une petite visite à chacune des filles pouvait aussi divertir Lucy et accentuer leurs liens.
Au premier étage, seule la chambre de Chloe était entrouverte. Beca voulait la laisser se reposer un peu plus alors elle s'orienta vers la chambre d'Ashley et Jessica. Elle frappa et Ashley lui répondit qu'elle pouvait entrer.
- On est venues dire bonjour !, fit Beca un peu fort pour passer au dessus des pleurs de Lucy.
- Oh, mais c'est qu'on est triste, petit cœur !
- Elle a mal aux oreilles à cause de ses dents.
- Oh, la totale !
Ashley caressa doucement la joue de Lucy qui se calma un instant devant la rencontre de quelqu'un de nouveau. Puis les pleurs reprirent de plus belles. Les deux jeunes femmes rirent doucement.
- Ca passera, c'est promis, fi Ashley en déposant ses lèvres sur la main de Lucy.
- On va continuer notre exploration.
Beca quitta la chambre d'un clin d'œil en refermant la porte. Lucy s'était nichée dans son cou et elle sentait les perles salées rouler sur sa peau. Elle se demanda un instant s'il valait mieux laisser Chloe ou au contraire, si la rousse lui en voudrait de ne pas avoir vu Lucy. Elle avait envie de la voir de toute façon alors elle tâtonna jusqu'à sa porte et la poussa tout doucement. Chloe était assise à son bureau, la tête entre les mains et seul l'ordinateur devant elle éclairait la pièce. En entendant Lucy pleurer, elle se tourna vivement en fermant le clapet de son ordinateur.
- Je ne vous ai pas entendu arriver, fit la rousse d'un air coupable.
- Tu veux qu'on repasse plus tard ?
- Non, bien sûr que non ! Tu m'as l'air toute triste, petite Lulu !
Beca sourit et s'approcha en expliquant la raison de ses pleurs. Chloe se leva doucement et les rencontra à mi-chemin.
- Ce n'est pas ce qui fait le moins mal, grimaça Chloe.
Elle passa une main dans les cheveux de l'enfant qui leva tout de suite la tête de l'épaule de sa mère et s'arrêta de pleurer. Beca ouvrit des yeux étonnés. Comme par hasard, Chloe arrivait à envoûter sa fille.
- Elle pleure depuis au moins une demi-heure, fit Beca, étonnée.
- La magie des Beale.
Chloe lui fit un clin d'œil et tendit les bras vers Lucy pour lui demander si elle voulait venir à elle. La petite brune ne se fit pas prier et rejoignit les bras de Chloe.
- De mieux en mieux, commenta Beca.
Chloe rit avant de déposer un bisou sur chaque joue mouillée de Lucy. La petite fille s'était vraisemblablement calmée à la vue de Chloe, ce qui laissait Beca bouche bée.
- Bon, je vais vous laisser, fit Beca en se retournant faussement vexée.
- Mais non !, la rattrapa Chloe d'une main.
La rousse manqua de basculer et Beca s'approcha pour la stabiliser en l'entourant de ses bras.
- Doucement, Beale. Tu es responsable de deux personnes très importantes pour moi.
- Ah, vraiment ?
Beca sourit. Son regard glissa sur ses lèvres et elle s'approcha pour l'embrasser doucement. Elles ne s'étaient pas encore retrouvées seules ce jour-là. Enfin, seules n'était pas le mot exact. Lucy les regarda s'écarter, les sourcils froncés. Elle garda les yeux fixés sur Beca. D'un coup, elle plaça sa petite main un peu fort sur la bouche de Beca et Chloe grimaça au bruit de claquement. Beca rit de bon cœur puis embrassa la main de Lucy. La petite fille se tourna ensuite vers Chloe et fit le même geste. Chloe fit semblant de manger la main de Lucy et le bébé explosa de rire.
- Tu es trop mignonne, petite crevette !, s'exclama Chloe en rigolant.
- Petite crevette ? Tu as le don pour trouver des surnoms !
- Oh, tu es jalouse, ma chérie ? Je t'appellerai petite crevette aussi, les autres vont adorer !
- N'ose même pas !, répondit Beca offusquée en rougissant.
Chloe se mit à rire en voyant la réaction de Beca. Elles n'avaient pas eu le temps de discuter de leur relation ni de ce qu'elles attendaient l'une de l'autre. Les surnoms et les gestes tendres étaient encore des premières fois. Beca connaissait Chloe et savait comme elle était aimante et tactile mais elles n'étaient plus seulement des amies. La donne avait changé et les intentions derrière les paroles et les gestes aussi. Elle devait encore prendre l'habitude de toutes les attentions que lui offraient Chloe.
- Beca ? Ton avocate est là !, cria Stacie du rez-de-chaussée.
- Sauvez par le gong !, fit Chloe en rendant Lucy à sa mère.
- Tu descends ?
Chloe jeta un œil à son ordinateur. Son cœur balançait entre le besoin de trouver une solution à son problème et son envie de passer du temps avec Beca et de la soutenir dans ses propres difficultés. Comme souvent, elle mit ses problèmes de côté et décida qu'elle préférait se préoccuper de Beca. Elle hocha la tête et la suivit lentement jusqu'à la cuisine où Santana les attendait.
Les lettres clignotantes indiquaient les mots Strip et Club en violet mais il manquait des ampoules à certaines lettres. Rachel avait regardé ces lettres des dizaines de fois. Le propriétaire devait les changer depuis au moins deux mois, pour sûr.
De longues vibrations retentirent dans sa poche. La petite brune sortit son téléphone et ses yeux lurent le prénom qui s'affichait mais ne les imprimèrent pas. Son corps narguait son cœur. Ce soir, c'était liberté garantie. Elle replaça le téléphone dans sa poche et fit trois pas pour passer la porte.
Quinn n'écouta pas la fin de la messagerie.
Quand Beca descendit les escaliers, elle se dit que Quinn allait la tuer. Toutes les Bellas étaient agglutinées autour de l'avocate comme des vautours. La latine faisait déjà sensation. Quinn leur avait parlé de sa meilleure amie, sexy, avocate, sexy et surtout mariée à son autre meilleure amie (tout aussi sexy). Elle voyait déjà comment Quinn pourrait répandre son corps dans un trou et lui verser de la chaux dessus pour la faire disparaître.
- Les filles, il faut qu'on discute, vous pouvez nous laisser s'il vous plait ?, annonça Beca en tendant Lucy à Maria.
L'enfant s'agrippa à sa mère de toutes ses forces et se remit à pleurer. Beca jeta un regard impuissant à Maria, puis Chloe et enfin Santana, leur demandant silencieusement de lui dire quoi faire.
- Tu peux la garder avec toi. Autant profiter des moments que vous passez ensemble, non ?, sourit Santana qui s'était levée pour l'accueillir.
Toute la troupe de Bellas s'était dispercée. Enfin, sauf Stacie et Cynthia Rose qui restaient pendue aux lèvres de l'avocate, toutes les deux appuyées contre l'arcade de la salle à manger. Chloe les remarqua et sourit. Elle passa entre les deux et leur colla une main en plein visage.
- Vous deux, en cuisine. J'ai besoin d'aide pour le repas de ce soir.
- Mais il est que dix-huit heures !
- Stacie, Aubrey vient ce soir.
Stacie arrêta tout de suite de se plaindre et se précipita en cuisine sous les regards rieurs des trois femmes de la pièce.
- Bien. Maintenant que nous sommes seules, on peut peut-être commencer.
L'hispanique désigna la table. Beca regarda le mobilier comme si elle venait de croiser une nouvelle espèce puis redescendit sur Terre, changea Lucy de bras, et vint s'asseoir.
- Donc tu es Lucy., fit Santana en direction de la petite fille.
L'enfant ne leva même pas la tête de l'épaule de sa mère. Elle avait sécurisé les cheveux de Beca dans sa main et tenta de nicher dans son cou.
- Maria, vous pourriez apporter son éléphant, s'il vous plait ?
L'assistante sociale acquiesça vivement et revint quelques secondes plus tard avec l'éléphant en peluche. Beca câla la peluche contre le visage de Lucy qui n'hésita pas à se cacher dedans. Santana sourit devant l'innocence et la tendresse de la scène.
- Elle s'est faite à toi, maintenant.
Les lèvres de Beca s'étirèrent et ses yeux pétillants observèrent sa fille quelques instants avec fierté. Maria se sentit soudain de trop et les informa qu'elle allait elle aussi aider en cuisine.
- Alors j'ai plusieurs questions à te poser. Mais premièrement, j'ai rencontré ton ancien avocat. Très sympa.
- Ah, vraiment ?
- Oui, il a confirmé certaines de mes suspicions. Par contre, il m'a aussi appris que tu avais fait un passage en hôpital psychiatrique.
Les deux mots tombèrent comme une louche dans de la pâte à crêpes. Beca resta la bouche ouverte un moment avant de se racler la gorge.
- C'est vrai. J'ai occulté cette partie-là des problèmes que m'a causé Julian.
- Je vois. Comment ça s'est passé ?
Beca ne s'attendait pas à ce genre de questions. En général, la question après « hôpital psychiatrique » était : où sont les toilettes ? Et la personne disparaissait sans laisser de traces.
- C'était long et... pesant. Je n'avais rien à faire là-bas.
Beca regarda Santana noter deux lignes sur son carnet sans parvenir à lire ce qui était écrit.
- Est-ce que ça t'a aidé ?
La brune souffla d'agacement. Son regard en disait long sur ce qu'elle pensait de ce sujet précis.
- Je n'avais pas besoin d'aide.
Santana écrivit à nouveau dans son carnet.
- Y retournerais-tu si c'était le seul moyen de récupérer ta fille ?
Beca perdit alors patience.
- Je ne suis pas folle. Est-ce que j'ai appris quelque chose là-bas ? Oui, que les thérapies de groupe ne servent à rien à part t'humilier, que la bouffe de fonctionnaires, c'est dégueulasse, et que si je voulais m'en sortir, je ne pourrais compter que sur moi-même. Si tu ne me fais pas confiance, je ne vois pas pourquoi tu tiens à défendre mon cas !
L'avocate se recula sur la chaise et croisa les bras, un sourire victorieux au visage. Ses yeux malicieux jaugèrent l'état de Beca. La brune était rouge de colère et essoufflée. Santana s'inclina pour poser sa main sur son carnet et le pivota pour montrer à sa cliente ce qu'elle y avait inscrit.
Beca put lire : Sûre d'elle, saine d'esprit, confiante dans le fait qu'elle n'est pas malade et n'a aucun problème à évoquer le fait comme un acte passé.
- Je ne comprends pas. Pourquoi ces questions alors ?, demanda la musicienne, hébétée.
- Pour pouvoir monter ta défense et préparer ton témoignage au tribunal, j'ai besoin de connaître ta personnalité mais aussi les réactions que tu pourrais avoir en rapport avec certains sujets ou comportements qui t'ont été reprochés.
Devant le silence de Beca, Santana continua.
- Tu m'as vu écrire et tu as tout de suite cru que je te jugeais. C'est faux. Le fait que tu ne penses pas être malade peut être une bonne comme une mauvaise chose. Certes, ça révèle une réalité. Tu ne l'es pas. C'est ce que tes psychiatres me diront quand j'irai les voir.
- Tu vas les rencontrer ?
- Bien sûr. Je dois connaître l'entièreté de la situation pour être prête à toutes éventualités.
Beca réfléchit un instant. Elle jeta un œil à sa fille, endormie contre elle.
- Tu as dit que ça pouvait être une mauvaise chose.
- Oui, parce que ça peut passer pour du déni. (Santana prit une voix nasillarde) « Elle est tellement folle qu'elle ne voit même pas qu'elle est un danger pour sa fille », quelque chose comme ça.
Beca rigola. Ca ressemblait à la voix de la mère de Julian.
- Donc, maintenant, je veux tout savoir.
Beca hocha la tête. Il y avait encore énormément de choses à prendre en considération. Santana passa rapidement aux cribles sa liste mentale. Il restait des sujets importants à aborder : ses études, son travail, ses relations sociales.
- Est-ce que Lucy aura contact avec un exemple masculin ?
La musicienne ouvrit de grands yeux. Où était le rapport ?
- Euh, oui, mon père, Jessie…
- C'est tout ?
- Je ne suis entourée que de femmes donc oui.
Même si Beca ne comprenait pas pourquoi cette question était importante, Santana l'écrivit. Ca pouvait toujours servir.
- Qu'en est-il de tes études ? Tu penses aller jusqu'au bout ? Tu penses réussir à suivre les cours et élever un enfant en même temps ?
- Je pense que rien n'est impossible quand on le veut. J'ai appris à demander de l'aider. Et même si je reste la personne avec qui elle passera le plus de temps, Lucy pourra toujours être gardée par mes parents ou mes amies.
- En théorie, ça fonctionne. Mais qu'en est-il des cours à assumer après une nuit blanche à cajoler un enfant qui fait ses dents ?
Santana était injuste, elle en avait conscience mais ça faisait partie de son métier. Elle vit le visage de Beca se décomposer. Les doutes prirent la place sur la détermination dont elle avait fait preuve jusqu'à lors.
- Elle y arrivera.
- On sera toutes là pour l'aider.
Chloe, Stacie et Cynthia Rose avaient fait leurs apparitions sous l'arcade. Beca se tourna vivement pour les regarder, les larmes aux yeux à cause d'un esprit envahi par les possibilités d'échec.
- L'espoir ne fonctionnera pas dans un tribunal, mesdemoiselles.
- On ne parle pas d'espoir. On parle d'amour et d'entre-aides., réagit Cynthia Rose. Et s'il faut, on ira toutes témoigner dans ce foutu tribunal. Beca et Lucy ne sont plus seules.
Les lèvres de Santana s'élargirent de plus en plus. Elle tenait son fer de lance pour sa plaidoirie. Elle tourna son attention sur la mère et l'enfant et déposa sa main sur l'avant-bras de la brune qui lui rappelait tellement sa meilleure amie.
- Je cherchais à te déstabiliser, ne t'en fais pas. Si tu ne sais pas répondre, tes amies le feront pour toi.
Beca tira une mine renfrognée. Elle préférait être capable de se défendre seule, sans devoir mêler toutes ses amis à ça mais parfois, il fallait se résoudre à accepter qu'on avait besoin d'aide.
Santana tenta de déverrouiller son téléphone pour voir l'heure mais le mobile n'avait plus de batterie.
- Mince, est-ce que je peux vous emprunter une prise pour charger mon téléphone ?
- Oui, dans le coin, près de la lampe, indiqua Beca.
Les trois amies vinrent déposer les plateaux de boissons et d'apéritifs pour lesquels elles étaient venues à l'origine puis repartirent en cuisine.
Santana revint s'asseoir et vola une olive avant de continuer ses questions.
- Par rapport à l'aménagement, tu y as réfléchi ? Ici, ou chez ton père ?
- Au départ, on avait convenu avec mon père que c'était mieux chez lui mais sa femme n'est pas totalement d'accord. Puis Amy m'a fait comprendre qu'on pourrait réaménager le loft du haut pour que je ne sois qu'avec Lucy, alors…
- Je vois. Il faudrait que tu avances un peu dans l'achat de fournitures, de meubles, etc. Il faut pouvoir montrer au tribunal que tu es prête pour Lucy.
- Très bien. Mais je voulais te demander : tu ne fais que parler du tribunal, pourtant, aucune audience n'est prévue. Et on m'a dit que tu ne pouvais pas me défendre.
L'hispanique lui offrit un sourire en coin. Elle fouilla dans sa pochette et sortit un document officiel.
- Félicitations, tes ex-beaux-parents sont tellement bêtes, qu'ils ont fait avancer les démarches. Nous avons rendez-vous dans deux mois devant le juge.
Beca saisit le papier sans vraiment y croire. Enfin, elle allait pouvoir se défendre, se faire entendre. Les larmes aux yeux, elle aurait bien serré Santana dans ses bras.
- Mais comment ? Si vite ? Je ne comprends pas.
- Quand ils sont arrivés la bouche en coeur au foyer social, ils ont permis à Maria de faire un rapport au juge en charge de Lucy. Comme ils se sont fait connaître et pas forcément en bien, le juge a estimé qu'il fallait accélérer les choses aux vues du jeune âge de Lucy mais aussi, et sûrement parce qu'il connait Maria. Heureusement pour nous, ce n'est plus le même que la dernière fois.
- Tu plaisantes ? En fait, ils nous ont rendu service.
- Carrément. Tu peux remercier Maria. C'est grâce à son rapport et à ses bonnes relations avec le juge. Je n'ai fait que répondre au téléphone et signer les papiers. Ensuite, mon responsable a eu vent de mes activités en dehors du cabinet et m'a demandé de prendre l'affaire, comme une sorte de test. Il plaidera pour toi au tribunal parce que je n'ai pas encore l'autorisation officielle de le faire mais tout le reste viendra de moi.
- C'est super ! Ca avance enfin ! Je vais pouvoir préparer sa chambre !
Avec autant d'excitations, la petite fille avait fini par se réveiller. Beca la berça avec entrain.
- On va y arriver, mon cœur. Je te promets que tu ne repartiras plus.
Santana ne pouvait que s'attendrir devant la relation que Beca avait avec sa fille. La brune était occupée avec le bébé alors elle en profita pour vérifier l'état de son téléphone. Il avait trente pourcents de batterie mais surtout sept appels manqués de Quinn. Il était arrivé quelque chose. Santana l'appela immédiatement et câla son téléphone entre son épaule et son oreille pour ranger ses affaires à la hâte.
- Ici, répondeur de Quinn. Laissez un message.
- Merde !
- Ca ne va pas ?, demanda Beca.
- Une urgence, je dois te laisser. Essaies d'avancer sur la création de la chambre. Les deux mois vont passer vite. On se tient au courant.
L'avocate déposa un baiser sur le front de Lucy et s'envola par la porte, non sans jeter un « Salut les filles » par-dessus son épaule. Beca continua de bercer Lucy sans prendre en considération le départ de Santana. Elle était tellement contente et remplie d'espoir par les nouvelles qu'elle venait de recevoir. Elle réfléchissait déjà à quel type de lit choisir pour Lucy.
Chloe servait les plats à table quand Aubrey fit son entrée. Comme à son habitude, la blonde était tirée à quatre épingles. Vêtue d'un tailleur gris clair et d'un col roulé, ses cheveux impeccables, l'ex-capitaine des Bellas ne pouvait pas faire meilleure impression au groupe de filles qui l'accueillait. Chloe se posta contre la rampe d'escaliers pour attendre son tour. Elle observait les accolades et les mots blagueurs qui s'échangeaient.
- Il faut vraiment que tu reviennes ! Chloe nous fait vivre un enfer avec son cardio, c'est pire que le tiens !, se plaignait Amy avec les mains jointes.
Chloe se râcla la gorge avec humour. Amy adorait faire croire à Aubrey que les entraînements se passaient très mal pour pouvoir la ramener sur scène. C'était sa façon à elle de lui dire qu'elle lui manquait.
- Chlo !
Aubrey se précipita sur elle pour l'enfermer dans ses bras si fortement qu'elle aurait presque réussi à réparer toutes les fissures. Chloe glissa son nez dans le cou de la blonde. Sa meilleure amie lui avait manqué.
- Il ne manquait plus que toi, sourit la rousse.
Les jeunes femmes se réunirent autour de la table et s'installèrent pour manger dans une ambiance de retrouvailles.
- Donc, pour en revenir à ma chute d'hier soir…
- Amy, ça suffit ! Les entraînements se passent très bien et tu n'avais qu'à danser avec les bonnes chaussures. Aubrey était encore en visio avec nous la semaine dernière pour nous aider, râla Beca.
- Je dis juste que, maintenant que nos deux capitaines sont ensemble, leurs jugements pourraient être obscurcis. Aubrey pourrait nous aider à y voir plus clair, continua Amy en avalant deux fourchettes de spaghettis.
Un silence anormal envahit la table ; les fourchettes restaient en l'air. Beca s'était enfouie le visage dans ses mains. Chloe regardait Amy, l'air offusqué, comme si l'insinuation de son pouvoir sur Beca était pire que le fait d'avoir révélé leur relation devant Aubrey. La grande blonde, elle, continuait à manger.
- Bravo, mesdemoiselles, vous avez enfin ouvert les yeux. Je vous félicite !, lança finalement la grande blonde.
Devant le manque de réactions autour de la table, Aubrey leva d'abord les yeux sur Stacie, qui la regardait bouche bée. Puis elle passa son regard sur chaque visage. Tous étaient décomposés. Elle se mit à rire.
- Vous pensiez vraiment que j'allais mal réagir ?
- Bah, disons qu'on sait toutes que tu n'es pas la plus grande fan de Beca…, fit Cynthia Rose.
Aubrey tourna la tête vers Beca, à la droite de Stacie, qui ne se cachait plus mais qui observait la discussion, l'air horrifié.
- Beca est l'une de mes sœurs. Tout autant que chacune d'entre vous. Elles sont toutes les deux assez grandes pour faire leur propre choix. Et si leur bonheur se trouve en l'une et l'autre, alors je ne suis personne pour les en empêcher.
- Dégueux !, commenta Amy.
Beca lança un regard humide à Aubrey et souffla un merci, même si elle aurait démenti toute émotion. La blonde lui répondit d'un clin d'œil avant de poser ses couverts et d'essuyer sa bouche d'une serviette.
- D'ailleurs, en parlant de nouvelles, j'en ai une pour vous. On m'a proposé d'ouvrir un lodge, pas très loin d'ici. J'en serai la gérante.
- Tu restes ?!, s'enquit Stacie.
- Pas tout de suite, rit Aubrey. Mais d'ici deux mois, je travaillerai à une demi heure de l'Université.
Les félicitations et les acclamations naissaient autour de la table. Stacie avait un sourire éclatant et les yeux brillants. Chloe souriait de toutes ses dents. Elle avait perdu deux parents mais gagné une meilleure amie en retour. Sans le savoir, Cynthia Rose et Beca partageaient la même pensée : Aubrey présente, cela faisait plus de renforts pour prendre soin de Chloe.
Santana monta les escaliers quatre à quatre et tambourina la porte de l'appartement de Quinn et Rachel. Quinn la trouva sur place, les deux mains sur les genoux. Elle portait un manteau et s'apprêtait visiblement à sortir.
- San' ! Enfin ! Je t'ai appelé sept fois !
- Je sais. Mon téléphone … n'avait plus … de batterie. J'ai fait … au plus vite., articula-t-elle entre deux souffles.
- San', c'est grave. Je ne sais pas où est Rachel. Je l'ai appelé des dizaines de fois mais elle ne répond pas. Elle devrait être rentrée depuis plus de deux heures.
Santana réfléchit un instant. Rachel ne pouvait pas être bien loin et même si la ville n'était pas la plus sûre du monde, ce n'était pas non plus New York.
- Où était-elle la dernière fois que tu as eu de ses nouvelles ?
- Je n'en ai pas eu depuis ce matin, quand elle est partie pour l'école de danse.
Quinn lui indiqua son téléphone où la file de messages avec Rachel s'affichait.
De Quinn à Little Star 3, 10h08: Vivement ce soir, je n'en peux déjà plus de cette journée !
De Quinn à Little Star 3, 11h36: On se fait livrer thaï ce soir, mon cœur ?
De Quinn à Little Star 3, 13h11 : Je suis rentrée plus tôt, je nous fais à manger finalement, ne prends rien en route. Je t'aime !
De Quinn à Little Star 3, 16h41 : Plus qu'une heure, tiens bon, ma puce !
De Quinn à Little Star 3, 18h55 : Rach', tu penses rentrer pour quelle heure ? Tu commences à m'inquiéter.
De Quinn à Little Star 3, 20h02 : Sérieusement, Rachel. Réponds à ce foutu téléphone.
Au plus Santana lisait la discussion, au plus ses sourcils se fronçaient au point de ne former plus qu'une vilaine ligne contrariée sur son front.
- Réfléchissons… On va retourner là où elle avait cours et faire le chemin inverse.
- Pas la peine. J'ai regardé sa localisation grâce aux réseaux sociaux. La dernière fois que son téléphone a été localisé, elle se trouvait dans la rue Washington.
- D'accord… Et qu'est-ce qu'il y a là-bas ?
- Des immeubles abandonnés et ça.
Quinn montra la photo d'un bar mal illuminé et grossier. Santana eût une moue de dégoût.
- Ok, tu mets le GPS, on y va.
La blonde verrouilla la porte et envoya rapidement un message à son employé en charge du service du soir pour le prévenir qu'elle avait un contre-temps. Les deux jeunes femmes prirent l'escalier en trottinant. Au fond d'elle, Santana craignait le pire.
Aubrey rejoignit Cynthia Rose et Stacie qui étaient sur la terrasse, entourées de plaid, occupées à regarder les étoiles et à se raconter les derniers potins. Elle distribua les chocolats chauds puis s'assit à côté de Stacie mais la balancelle sur laquelle elles étaient installées bascula et la rapprocha encore plus de la brune. Les deux femmes s'observèrent, les joues rouges.
- Au fait, les filles, il faudrait que je vous parle de quelque chose d'important. Ça concerne Chloe, déclara Cynthia Rose sans se préoccuper de ce qu'il se passait entre elles.
Aubrey hocha vivement la tête comme pour lui dire de continuer.
- Je crois qu'elle nous cache des choses. Je l'ai surprise à faire ses comptes, la dernière fois. Elle m'a dit qu'elle faisait une liste de ce qu'elle avait à payer pour l'envoyer à ses parents mais j'en doute, surtout vu comment ils étaient à l'hôpital. Les filles sont rentrées avant que je ne puisse lui en demander plus.
- Je ne vois pas en quoi ça nous regarde. Chloe est adulte. Si elle a des problèmes d'argent, elle est la seule concernée, intervient Stacie, un peu lasse.
- Non, tu te trompes. Chloe a toujours eu l'appui de ses parents jusqu'ici. Je demanderai à Beca s'ils ont demandé de ses nouvelles depuis son retour de l'hôpital.
- J'espère que ce n'est pas si grave, fit Cynthia Rose avant de boire une gorgée puis de se lever. Bon, moi, je vous laisse. Pas de bêtises.
Elle partit d'un clin d'œil. Stacie et Aubrey se rapprochèrent instinctivement. La brune déposa sa tête sur l'épaule de la blonde dans un soupir de contentement.
- Tu penses vraiment qu'elle a des ennuis ?, demanda Stacie d'une petite voix.
- Je n'espère pas. Ça ira, ne t'en fais pas. Chloe s'en sort toujours.
- En tout cas, le fait que tu sois plus proche maintenant devrait lui faire beaucoup de bien. Elle s'est renfermée depuis son accident.
- Oui, je sais. Même avec moi.
Stacy lui lança une moue déçue et lui prit la main. Elles restèrent là, en silence, à boire leurs tasses et à espérer le meilleur pour leurs amies.
La rue Washington pouvait avoir honte de porter ce nom. George Washington n'aurait jamais apprécié être lié à des habitants aussi délabrés que les habitations qu'ils habitaient. La rue, pourtant bordée de lampadaires, était sombre et vide. Exception faite des caniveaux qui hébergeaient quelques familles de rats, les rares personnes que Quinn et Santana croisèrent semblaient perdus ou coupables. Elles marchaient serrées l'une à l'autre comme si frôler un mur leur donnerait la peste ou le choléra. Les claquements de leurs pas sur l'asphalte réverbaient sur les murs. Le froid d'un hiver maintenant bien présent n'arrangeait rien et provoquait chez elles des frissons. L'humidité s'insinuait dans les manches des manteaux et faisait couler les nez. Tout était fait pour leur glacer le sang.
Devant le club aux lettres violacées, Santana et Quinn jaugeaient l'entrée comme si elle ouvrait sur la gueule d'un monstre immonde qui recrachait des sonorités saturées et d'où elles ne pourraient plus jamais ressortir.
- Donc, Little Star est là-dedans ?, demanda la latina peu convaincue.
- Je me disais aussi qu'il me manquait un commentaire sur le surnom que je donne à ma copine, répondit Quinn avec sarcasme. Allez, viens.
Les basses résonnaient dans leurs deux corps dès qu'elles passèrent la porte. Un vigil les avait reluqué, l'air peu commode mais n'avait rien dit. Devant la masse de gens qui se frottaient les uns contre les autres et les filles en petites tenues sur des estrades qui dansaient autour de barres en acier, les deux jeunes femmes se sentirent perdues.
- Qu'est-ce qu'elle est venue faire ici ?, demanda Santana pour elle-même.
- Tester l'inconnu ?, proposa Quinn.
La blonde avança parmi la foule et comprit rapidement qu'elle ne pourrait jamais retrouver une petite brune parmi tous ces corps ambulants.
- Viens !
Santana la prit par la main pour la faire sortir de la foule. Elles se dirigèrent vers une table où trônaient encore des verres à moitié pleins et une bouteille de vodka dans un seau à glaces mais personne autour. La brune monta sur une banquette et scruta la piste de danse. Quinn se mit à faire la même chose. Au bout de quelques minutes, aucune d'elles n'avait trouvé Rachel. Quinn commençait à désespérer. Santana continuait d'analyser les visages en sueur dans l'espoir d'apercevoir son amie. Au lieu de ça, elle tomba sur la porte des toilettes et eût un éclair de révélation. Rachel finissait toujours dans les toilettes quand elles étaient au lycée. L'alcool, la transpiration et la musique mélangées la dégoûtaient alors elle se réfugiait systématiquement contre le carrelage des sanitaires. Là où il faisait frais. Là où la mauvaise musique résonnait le moins.
- Quinn ! Par ici !
La brune prit son amie par la main et l'entraîna dans les toilettes où un couple les accueillit. Ils s'embrassaient tellement grossièrement que Santana en eût la nausée.
- Ah… Allez vous lécher les amygdales ailleurs !, lança-t-elle en passant entre eux pour les séparer.
Là, dans un coin près d'un lavabo, avachie entre le carrelage et un homme d'une quarantaine d'années, se trouvait Rachel. Quinn se précipita sur elle, sans remarquer l'homme à la seringue encore dans le bras et au vomi sur la chemise. Santana, elle, l'avait bien vu et avait dû se secouer pour sortir de son choc. Elle posa deux doigts sur le poignet de l'homme et boucha son oreille de l'autre main. Un pouls distinct la rassura immédiatement. Un problème en moins.
- Rach' ! Réveille-toi ! Allez, Rachel !
Quinn s'acharnait sur la petite brune sans obtenir de réelle réaction. Rachel baragouina quelques mots et bougea la tête mais garda les yeux fermés. Santana sortit un étui de sa poche qui contenait plusieurs tiges plates en papier cartonné. Elle en tira une de l'étui et agrippa la mâchoire de Rachel d'une main, lui glissa la languette sur la langue de l'autre.
- Qu'est-ce que c'est ?, demanda Quinn
- Un test multi-drogue. Pour savoir si on doit lui faire un lavage d'estomac ou si on peut rentrer.
- Et tu en promènes avec toi tout le temps ?, s'étonna Quinn.
- Oui, enfin, dans ma mallette. Je les ai récupéré dans la voiture. Mes clients ne sont pas tous innocents et calmes comme Beca. Parfois, j'ai besoin d'avoir des preuves moi-même contre eux pour les aider…
Quinn encaissa en silence. Elle pensait avoir déjà été témoin d'une bonne quantité de la réalité de ce monde mais, visiblement, ça n'était pas encore assez. Santana retira la languette et observa deux barres de couleurs apparaître sur le papier. Dans un soupir, elle le montra à Quinn, l'air grave.
- Le vert, c'est le cannabis, le bleu, la cocaïne. Deux sur neuf, c'est déjà un bon score.
La blonde la regarda désemparée et les yeux alarmés. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle se sentait responsable de l'état dans lequel se trouvait Rachel mais elle ne comprenait pas pourquoi elle s'était infligée cela. Santana attrapa Rachel par-dessous les bras et la souleva le plus doucement possible.
- Punaise, elle est plus lourde qu'il n'y parait.
Quinn passa un bras sur ses épaules, Santana prit l'autre, et toutes les deux, elles trainèrent Rachel en dehors de cet endroit répugnant sans jamais regarder en arrière.
- Le blanc est pas mal, j'aime beaucoup !, commenta Chloe en pointant l'ordinateur.
- Oui mais j'ai peur de devoir passer mon temps à le nettoyer. Les petits doigts tout collants, ça salit trop vite le blanc, ajouta Beca.
- Mais le blanc est moins cher que le marron couleur chêne.
- Parce que le marron est évolutif, elle pourrait le garder jusqu'à ses trois ans.
Chloe et Beca étaient allongées sur le ventre, l'une à côté de l'autre, sur le lit de Beca et passaient en revue les catalogues de meubles en ligne. Actuellement, le choix se portait sur le lit que Beca allait choisir pour Lucy.
- C'est vrai que dans ce cas, autant prendre le marron.
- Il faut que je vois si mon père est d'accord. Je vais lui envoyer le lien.
Beca avait prévenu son père immédiatement après son rendez-vous avec Santana. Le jour du passage au tribunal, Lucy aurait déjà sa chambre montée et rangée, il lui avait garanti. Il était tellement heureux de voir les choses avancer, lui aussi, qu'il lui avait proposé de participer aux dépenses. Beca avait ouvertement refusé. C'en était suivi un chantage entre père et fille. Il avait fini par avoir gain de cause : il pourrait offrir le lit de sa petite fille, mais Beca se débrouillerait pour le reste.
- C'est vachement sympa de sa part d'avoir proposé de participer.
- Oui, parfois, j'ai l'impression qu'il cherche à rattraper le temps qu'on a tous perdu sans Lucy.
Chloe leva les yeux au ciel. Il n'y avait que Beca pour croire que son père n'était dans sa vie que pour sa petite fille.
- Je pense qu'il cherche surtout à être présent pour sa fille comme un père normal.
- Hum, peut-être…
Chloe regarda Beca concentrée sur la page internet qui montrait maintenant les commodes pour enfant. Elle avait tellement pris en maturité d'un coup. Chloe se rendait compte qu'elle ne la voyait plus comme une ado fraîchement débarquée à l'Université. L'image qu'elle avait d'elle avait changé. Beca était désormais une femme et une maman prête à en découdre avec toutes les personnes qui lui diraient le contraire. Elle prit méchamment conscience qu'elle aimait encore plus cette personne que l'ado qu'elle avait rencontré un an et demi plus tôt.
- Beale, arrête de bloquer, c'est pas poli…, nargua Beca d'une voix grave et d'un sourire en coin.
Chloe sourit pour elle-même et se leva difficilement avec la jambe qu'elle ne pouvait pas plier. Elle embrassa Beca sur le crâne.
- Je vais aux toilettes, j'arrive. Ne choisis pas sans moi.
- Je n'oserai pas. Je ne voudrais pas faire de Fashion Faux Pas mobilier dans TA maison, répondit Beca, imitant l'animatrice télé qui présentait l'émission que Chloe adorait regarder.
La rousse rit de bon cœur en secouant la tête. Si son enfer était d'être moquée toute sa vie pour les émissions qu'elle regardait par Beca Mitchell, elle ne s'en plaindrait jamais. Sur la route des toilettes, elle croisa Aubrey qui montait.
- Eh, Chlo', je cherche Beca. Elle est là-haut ?
- Oui, tu peux y aller, sourit la rousse qui descendait marche par marche.
- Tu as besoin d'aide ? demanda Aubrey qui s'était rendue soudain compte des difficultés de son amie.
- Non, t'inquiète. J'ai l'habitude.
Aubrey n'insista pas. Elle connaissait le tempérament têtu de Chloe et savait quand il fallait insister et surtout quand il ne fallait pas. Elle continua son ascension et frappa au chambranle de la porte avant de monter.
- Je peux monter ?
- Ouiiiiii, fit Beca.
Aubrey comprit à sa réponse qu'elle était d'humeur joueuse et sourit. Beca était rarement aussi joyeuse autour d'elle. La blonde s'assit sur le bout du lit et se tourna vers la musicienne.
- Oh là, ça ressemble à une grosse discussion, ça, Posen.
Aubrey sourit de plus belle et tourna son regard vers les murs de la chambre. Elle remarqua les photos des Bellas, celles avec Lucy, une échographie, des places de concerts, toutes punaisées. Elle remarqua des cartons déjà remplis, du côté d'Amy.
- Amy déménage ?
- Elle va partager sa chambre avec l'une des filles à l'étage du dessous pour laisser la place à Lucy.
- Ah ! Donc, les paris sont ouverts ?
Beca rigola et se leva pour aller déposer son ordinateur sur le bureau.
- Il y a un pari sur la personne avec qui elle partagera sa chambre. J'ai parié sur Stacy. Et il y a celui qui concerne la durée pendant laquelle sa colocataire va la supporter. J'ai parié deux semaines, informa Beca, l'air goguenard.
- Oh, ambitieuse ! J'aurai baissé à une semaine.
- Ca dépend, si elle a un copain sur ce lapse de temps, ça peut durer plus longtemps !, discuta Beca.
Elles rirent ensemble. C'était rare pour elles de partager ce genre de moment. Habituellement, Chloe en était l'instigatrice. Elles n'étaient jamais seules assez longtemps pour réellement discuter. Quand Beca vit Aubrey reprendre un air sérieux, elle comprit qu'elle n'était pas là pour rien.
- Il faut qu'on parler de Chloe, commença Aubrey.
Devant l'air déçu de Beca, Aubrey se sentit obligée de rajouter d'un roulement d'yeux :
- Pas de votre relation. De ses problèmes de santé.
- Ah, je préfère. J'ai cru pendant un instant que tu revenais sur tes paroles de tout à l'heure.
- Non, j'étais sincère. Mais je ne peux en vouloir qu'à moi-même pour ta réaction. C'est juste la conséquence de la façon dont je t'ai traité jusqu'à encore pas si longtemps que ça.
- C'est du passé, Aubrey…
- Peut-être, peu importe. Je veux que tu saches que je suis là pour toi, au même titre que je le suis pour toutes les autres de mes sœurs.
Beca observa un silence, le bout de ses chaussures soudainement très intéressants. Elle se triturait les mains sans savoir quoi répondre.
- Tu voulais parler de Chloe ?
Aubrey sourit face à la façon pas si bien détournée qu'avait Beca de faire porter l'attention sur autre chose qu'elle-même.
- Comment va-t-elle depuis que je suis partie ? Elle ne m'a pas vraiment donné de nouvelles ces dernières semaines.
- Physiquement, elle va mieux. Sa jambe guérit bien et bientôt elle pourra retirer l'attelle. La rééducation est difficile. Pour le moment, elle ne veut pas que j'y participe. Mais le fait de se promener sur sa jambe constamment l'aide.
- D'accord. Mais mentalement ?
La musicienne soupira. Evidemment, vous pouviez compter sur Aubrey pour décortiquer chaque partie d'une conversation et d'appuyer sur les détails.
- Elle ne dit rien. Elle ne se confie pas. Elle garde tout et je la soupçonne de l'avoir plus dur qu'elle ne le prétend. Je pense qu'elle souffre. Je sais aussi qu'elle ne prend pas ses médicaments pour ses problèmes rénaux. En tout cas, pas comme elle le devrait.
- Tu lui as parlé de tout ça ? Il faut qu'elle prenne son traitement, c'est important, Beca !
- Je sais ! Tu la connais. La seule fois où je l'ai confronté, elle s'est refermée comme une huître et j'ai dû m'excuser d'avoir trop insisté.
- Mais Beca, il faut qu'elle prenne soin d'elle ! D'où lui vient cette lubie de ne pas prendre ses médicaments ? Ca ressemble à tout sauf à Chloe
- Je ne sais pas ! Elle ne parle de rien et ces sujets-là sont tabous. Elle change de sujet dès qu'on l'effleure à peine. Et je sais que je suis censée m'occuper d'elle, prendre soin d'elle et faire en sorte qu'elle guérisse correctement mais je ne peux pas être partout !
Aubrey se leva immédiatement en entendant Beca s'affoler à ce point. Elle voyait déjà l'angoisse la paralyser. Elle l'interrompit en plaçant ses deux mains sur ses épaules.
- Eh, calme-toi. Premièrement, tu n'es pas sa mère. Ensuite, en plus d'avoir ta fille à gérer, tu as sept autres gamines qu'il faut organiser en bande pour qu'elles sonnent juste.
Beca rit à la façon dont Aubrey résumait les choses. Bien sûr, aucunes d'elles ne voyaient les Bellas comme un fardeau. Mais en tant que capitaines, elles se comprenaient. Parfois, gérer autant de personnes et d'états d'âmes était extrêmement compliqué. Cela demandait une précision d'horloger. Chacune avait ses préoccupations personnelles, familiales, amoureuses, en plus des cours, des activités extra-scolaires, du stress de réussir. Etre capitaine d'une équipe, c'était aussi savoir s'effacer pour gérer les problèmes des autres.
- Tu as raison. C'est juste très perturbant de voir Chloe comme ça. Elle ne parle presque plus d'elle en fait. Elle se renferme tout le temps dès qu'on parle de ses blessures ou de ses parents.
- Elle a eu contact avec eux depuis l'hôpital ?
- Plus ou moins. Son père l'a appelé juste avant qu'on lui enlève le plâtre. J'étais là mais elle n'a pas parlé de ce qu'ils s'étaient dit. Je ne sais pas s'il l'a rappelé depuis.
La blonde hocha la tête, les lèvres serrées. La relation de Chloe avec ses parents avait toujours été un sujet complexe à aborder.
- Beca, de toi à moi, il faut que je te demande rapidement, avant qu'elle ne revienne. Cynthia m'a parlé d'une liste de choses qu'elle avait à payer. Apparemment, Chloe serait en difficulté financière. Est-ce qu'elle t'en a parlé ?
- Absolument pas. On ne parle jamais de ces choses-là. Même pour les Bellas, c'est elle qui gère le loyer et les factures de la maison, les locations qu'on prend quand on est en déplacement. Jamais elle ne demande d'aide, en fait.
- C'est Chloe... Tu dis qu'elle ne parle plus d'elle. Je dirai plutôt qu'elle ne parle jamais d'elle.
- Tu as raison. D'ailleurs, je viens de me rappeler qu'à l'hôpital, quand on lui a enlevé le plâtre, la secrétaire médicale lui a demandé pourquoi les factures de son hospitalisation n'étaient pas payées. Et j'ai bien vu qu'elle était sur l'application de son compte en banque tout à l'heure, quand je suis entrée dans sa chambre. Elle a refermé l'ordinateur rapidement, comme si elle cachait quelque chose.
- C'est étrange. Je vais lui en parler, décida Aubrey, un doigt sur le menton.
- Elle ne te répondra pas.
Beca avait été catégorique. Elle savait qu'il s'agissait d'un sujet que Chloe évitait comme la peste. Mais si quelqu'un pouvait lui tirer les vers du nez, c'était Aubrey.
- Alors j'emploierai les grands moyens.
Beca haussa les sourcils. Aubrey Posen qui employait tous les moyens en sa possession faisait réellement peur. Chloe choisit étrangement ce moment pour réapparaître, les mains pleines d'un plateau avec des verres d'eau et des coupes de glace, un sourire faux collé au visage. Beca ne put se retenir.
- Tu nous écoutes depuis combien de temps ?, lui demanda la musicienne en la débarrassant de son plateau.
Aubrey ouvrit de grands yeux devant la franchise de Beca. Elle avait pensé la même chose mais ne s'imaginait pas entendre Beca prononcer les paroles qu'elle avait en tête.
- De quoi tu parles ?, répondit Chloe innocemment en s'emparant d'un bol de glace pour s'assoir lourdement sur le lit.
- Chlo', arrête de nous prendre pour des abrutis. On s'inquiète toutes pour toi. Maintenant, c'est le moment de nous dire ce qu'il se passe.
- Mais il ne se passe rien, enfin. Qu'est-ce qui vous prend ?
- Donc tu prends tes médicaments comme il faut ?, demanda Beca impulsivement.
- On a déjà eu cette discussion, Becs. Chacune gère ses problèmes comme elle l'entend.
Chloé avait écarté la question d'une phrase et d'un sourire angélique mais ses yeux la trahissaient.
- Non, ce n'était pas la conclusion de cette discussion, CHLO, répondit Beca en insistant sur le surnom pour montrer qu'elle ne prenait pas les choses avec légèreté. On en avait conclu que tu devais prendre tes médicaments mais que tu étais libre de m'en parler quand tu le souhaitais.
- Je prends mes médicaments, tout va bien. Je vous assure, sourit Chloe de toutes ses dents.
Le sourire niais que Chloe leur servait commençait à sérieusement énerver Aubrey qui jusque-là n'était pas intervenue.
- Tes parents paient encore pour tes études ?, intervint-elle brusquement.
Chloe tourna si vite le regard vers Aubrey qu'elles eurent peur pour ses vertèbres. Elle gardait la bouche ouverte, contrainte d'admettre qu'elle ne voulait pas répondre à cette question. Son silence leur offrait finalement la plus évidente des réponses. Aubrey hocha la tête lentement ; Beca commençait à tourner comme un lion en cage, en colère.
- Et pour tes soins ? Est-ce qu'ils ont payé les factures au moins ?
Chloe baissa les yeux et son masque commença à craqueler sous le poids des vérités. Ses parents l'avaient abandonné. Elle avait des milliers de dollars à rembourser. Mais la plus dure des vérités résidait dans le regard que lui offrait sa meilleure amie à l'instant. Elle l'avait déçu. La blonde s'approcha néanmoins délicatement et s'assit à côté de Chloe pour l'entourer d'un bras.
- Pourquoi n'en as-tu pas parlé ?
- Parce que c'est mon problème…, murmura Chloe.
C'était la phrase de trop. Beca se retourna les bras croisés et explosa.
- TON problème ? Et qu'en est-il de toutes tes phrases pour que je fasse confiance aux gens si toi-même tu ne les appliques pas ?
La brune faisait de grands gestes et parlait vite. Quand elle s'approcha de Chloe, Aubrey s'interposa.
- Beca, je pense que tu devrais prendre l'air, lui conseilla calmement la blonde d'une main sur le thorax.
- Non, je…, commençait déjà à répliquer la musicienne, le visage fermé.
- Beca ! Tu n'es pas réellement en colère contre elle et tu le sais. Alors va te calmer dehors et reviens quand tu auras des solutions à proposer.
Les deux femmes partagèrent un regard dur puis la brune abdiqua. Elle enfila son perfecto et descendit les escaliers à la hâte. Quelques minutes plus tard, elles entendirent la porte d'entrée claquer. Chloe enfouit son visage dans ses mains et commença à relâcher tout ce qu'elle avait accumulé depuis des semaines voire des années. Les larmes coulaient à torrent et Aubrey se contentait de lui caresser le dos sans avoir comment stopper le ras de marais.
- Encore cinq marches.
- Punaise, elle est lourde !
- Elle sera contente d'apprendre ce que tu penses de son poids.
- Je pense que mon opinion sur son poids sera le cadet de ses soucis quand elle se réveillera, Fabray !
Les deux jeunes femmes montèrent les dernières marches de l'étage qui les amenait à l'appartement de Quinn et Rachel. La tâche jusqu'ici avait été éprouvante. Il avait fallu porter Rachel jusqu'à la voiture, tout en gérant les quelques passants intoxiqués qui les interpelaient. Ensuite, il avait fallu la rentrer dans la voiture et l'attacher. Quinn était montée à l'arrière pour s'assurer qu'en cas de vomissement, Rachel ne se noie pas dans ses consommations. Puis il avait fallu la sortir de la voiture, fermer la voiture, ouvrir les portes de l'immeuble, monter les marches sur deux étages…
Maintenant, Quinn se bagarrait avec ses clés, les mains tremblantes de froid et d'effroi pendant que Santana tentait de garder l'équilibre avec le corps de Rachel qui semblait avoir une conscience à lui tout seul. La brune voyait bien comme sa meilleure amie était perturbée. Elles l'étaient toutes les deux, vraiment, mais peut-être l'hispanique savait mieux gérer ce genre de situation.
Une fois la porte ouverte, Quinn avança seule pour allumer le passage puis revint rapidement prêter mains fortes à Santana qui titubait comme si c'était elle qui avait consommait toutes ces substances en même temps. Elles passèrent le couloir, la cuisine, et s'arrêtèrent au salon où elles déposèrent Rachel dans le canapé. Quinn s'affaira à la débarrasser de ses chaussures et de sa veste pour lui donner un semblant d'aisance. Elle se recula et lâcha lascivement le deuxième talon qui tomba dans un bruit sourd au sol, puis se recula, les mains sur les hanches.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?, demanda la blonde, perdue.
- J'en sais foutre rien.
Quinn soupira et s'assit sur la table basse, la tête entre les mains. Elle regardait Rachel, le regard empli de noirceurs. Elle se demandait sans cesse à quel jeu dangereux pouvait bien jouer sa petite amie. Rachel connaissait les dangers de la drogue, savait quelles conséquences pouvaient en résulter quand on la mélangeait à l'alcool. Elle avait vu en direct les effets que ces mélanges avaient eu sur Quinn. Pourquoi s'était-elle infligée ça ?
Un téléphone interrompit le lourd silence qui les entourait. Santana glissa la main dans sa poche et soupira à son tour.
- C'est Brittany.
Quinn tourna légèrement pour apercevoir l'horloge postée sur le mur du salon. Il était deux heures du matin.
- Elle est encore réveillée ?
- Il est à peine minuit chez moi…, rappela Santana en décrochant. Oui, Brit', tu ne dors pas encore.
La conversation continua à l'autre bout du pays. Quinn n'entendait qu'un semblant de voix et, malgré la voix fluette de Brittany, elle savait que la brune à ses côtés se faisait gentiment rabrouer.
- Je sais, mon cœur, j'aurai dû te prévenir plus tôt. On vient à peine de rentrer. Je suis désolée, j'aurai dû t'envoyer un message avant qu'on ne quitte le bar.
Quinn entendit encore les bruissements de la voix de Brittany à l'autre bout du fil. Elles avaient prévenu Brittany de la situation dans la voiture pour éviter qu'elle ne s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles de Santana à l'heure habituelle.
Santana s'était assise à côté d'elle sur la table basse et la faisait trembler en remuant son genou sans cesse. La blonde déposa une main douce sur la jambe de son amie. La brune releva la tête et sourit légèrement.
- Attends, je vais te mettre en haut-parleur, ce sera plus simple.
Santana actionna le dit bouton et la voix de Brittany se fit entendre.
- Eh, Quinn ! Comment tu vas ?
- Salut, Brit', contente de t'entendre.
- Alors comme ça, notre diva préférée fait des siennes ?
Quinn expira et retourna son regard sur la brunette dans le canapé. Elle détestait la voir comme cela. Il était clair que la chanteuse souffrait pour se mettre dans cet état et Quinn détestait être impuissante face à ça.
- Je ne sais pas ce qui lui prend, Brit'. Et je ne sais plus quoi faire pour la faire parler. Elle ne me dit plus rien.
Le téléphone resta silencieux un instant. Toutes les trois accusaient le coup. La voix tremblante de Quinn les avait toutes alerté sur la gravité de la situation. Rachel était hors de portée et c'était terrifiant.
- Je vais vous rejoindre., déclara Brittany.
- Quoi ? Non ! Je rentre dans deux jours., protesta Santana.
- Eh bien tu n'as qu'à prolonger de nouveau.
Santana leva les yeux au ciel. Elle adorait sa femme mais la vie n'était pas toujours aussi facile.
- Je ne peux pas, Brit'. Je dois rendre des comptes à mon responsable sur l'affaire de Beca et sur d'autres dossiers pour lesquels j'étais ici. Il ne va pas accepter de payer pour l'hôtel ne serait-ce qu'une semaine de plus. Et on ne sait pas combien de temps Rachel pourrait avoir besoin de nous.
- Santana a raison, intervint Quinn. Ca me touche que tu veuilles traverser le pays pour Rachel et je suis sûre qu'elle apprécierait le geste mais vous avez aussi votre vie. Vous ne pouvez pas tout interrompre.
Elles entendirent Brittany souffler au téléphone. Les trois jeunes femmes se connaissaient depuis tellement longtemps qu'il était simple pour Quinn d'imaginer l'expression que l'autre blonde portait à cet instant.
- D'accord. Dans ce cas, on devrait prévoir une date pour vous rendre visite. En vacances. San', tu as des jours à poser de toute façon ?
Le ton ne laissait pas vraiment le choix à Santana qui s'avait ô combien les vacances étaient un sujet de discorde chez elles. Elle travaillait trop et refusait le moindre congés. Même malade, elle allait travailler. Santana avait en fait promis, pas plus tard que deux jours auparavant, de prévoir des vacances dès son retour car son couple avait été mis trop longtemps de côté.
- Oui, je poserai une semaine dès mon retour., se résigna Santana.
- Parfait !, s'exclama Bittany qui connaissait déjà la réponse.
Quinn sourit tendrement devant l'air de Santana. La brune se laissait mener par le bout du nez quand il s'agissait de sa femme et c'était tellement plaisant à voir. Peu de personnes pouvait en dire autant.
- Sinon, comment va-t-elle ?
- Là, tout de suite, elle dort. Elle n'a pas vomi dans la voiture alors on risque de devoir encore gérer ça…, répondit Quinn péniblement.
- Vous avez une idée de ce qu'elle a consommé ?
Santana raconta comment elles avaient trouvé Rachel. Elle expliqua le test qu'elle avait effectué sur Rachel. Quinn sentit son estomac se tordre, ses mains trembler, ses oreilles bourdonner, ses yeux piquer. Elle se leva brusquement et alla dans la salle de bain. C'était un cauchemar. Elles étaient pourtant heureuses. Qu'est-ce qui pouvait bien clocher ? Elle se passa de l'eau froide sur le visage et resta là à contempler les gouttes d'eau glisser sur sa peau et tomber sur la porcelaine. Parfois, elle se demandait si Rachel ne regrettait pas d'avoir choisi cette vie. Si elle se sentait coupable. Elle commençait à apercevoir un début de réponse, désormais.
Quelques minutes plus tard, Quinn était toujours appuyée contre la vasque, le visage humide. Santana frappa deux coups à la porte et entra sans attendre de réponse.
- Brit' nous souhaite bon courage et m'a dit de te dire qu'elle vous aimait, Rachel et toi.
Un sourire trancha le visage de Quinn mais il se brouilla vite en ligne amère. Une expiration s'extirpa de toute sa poitrine puis les larmes coulèrent. Santana s'approcha et, même si elles n'avaient pas l'habitude de ce genre de choses, elle prit Quinn dans ses bras et la serra fort contre elle avec espoir de lui transmettre un peu de son courage et d'évaporer ses peurs.
