A/N: Bonjour à tous, mes excuses pour l'attente. J'ai posté le chapitr sur ao3 et j'ai carrément oublié de le poster ici. Pour ceux qui lisent sur Archive of our own, l'histoire est dispo sous le même titre. Mon pseudo est MySecondNameChloe123270797.
Sur ce, bonne lecture. N'hésitez pas à me faire part de vos avis, de scènes que vous auriez envie de voir... Allez y on est en démocratie.
- C'est donc ici que travaille Quinn ?
Brittany et Santana entrèrent main dans la main au Queen's Coffee. Elles avaient débarqué à Atlanta une heure plus tôt, les valises traînantes, pour passer quinze jours avec leurs amies. Ces vacances improvisées permettraient à Santana de préparer Beca pour le jugement qui approchait à grands pas.
- Pardon, madame, s'excusa un jeune homme qui avait bousculé Santana pour faire la queue un peu plus loin.
Le café était peuplé d'étudiants en manque de sucre, les sacs à dos remplis de devoirs. Santana n'avait pas prévu d'arriver à l'heure de la sortie des cours mais elle était contente de voir à quel point le commerce de Quinn fonctionnait.
- Regarde, Q. est en train de servir, montra Brittany.
Effectivement, la blonde, efficace, préparait milkshake sur milkshake sans faire attention aux visages qu'elle servait. Les serveurs autour d'elle s'activaient pour déposer les diverses commandes sur les plateaux et les servir en salle. Sous les ordres de Quinn, la cuisine et le bar fonctionnaient en belle synchronie sans qu'il n'y ait d'aliments à terre ou de personnes se bousculant.
- J'avais oublié comme elle faisait peur quand elle se mettait en mode capitaine, murmura Brittany, ébahie.
Soudain, les deux jeunes femmes sentirent des bras entourer leurs épaules et une tête passa entre elles.
- Ne me dites pas qu'après tout ce temps, vous vous étonnez encore de la voir mener une équipe à la baguette ?
- Elle ne m'a jamais mené à la baguette, contredit Santana d'un sourcil levé.
- Non, bien sûr. Tu la suivais dans ses plans foireux sans sourciller…
Brittany se tourna pour prendre la plus petite des deux brunes dans ses bras et la soulever du sol.
- Rach', tu m'as manqué !
Rachel rit et serra la blonde aussi fort qu'elle le put. De nouveau sur ses pieds, la brunette fit un geste vers Santana mais se ravisa devant ses bras croisés.
- Tu es enfin sortie de ta chambre ?
Les yeux noirs de l'hispanique avaient toujours intimidé Rachel, encore plus depuis qu'elles avaient appris à se respecter. Rachel donnait plus de valeur à l'amitié de Santana qu'elle n'aurait bien voulu l'admettre. Penaude, elle baissa les yeux. Rachel Berry ne baissait les yeux devant personne, sauf sa mère et Santana Lopez.
- San', ça suffit ! Laisse-la tranquille. Elle a besoin d'une amie, pas d'une avocate pour lui faire la morale, râla Brittany.
La juriste analysa la brune de la tête aux pieds. Rachel avait l'air de s'en vouloir mais de se sentir un peu mieux depuis la dernière fois qu'elles s'étaient vues. Brittany donna un coup de coude à sa compagne, qui leva les yeux au ciel avant d'ouvrir grands ses bras.
- Allez, viens, Berry. Tu m'as manqué aussi.
La brune sourit timidement en s'approchant. Elle lui chuchota un pardon du bout des lèvres. Santana la serra un peu plus.
- Ce n'est rien. Tu m'as fait peur. Ne recommence plus.
Rachel s'écarta et lui adressa un signe de tête. En quelques secondes, elle reprit son air enjoué habituel.
- Vous voulez visiter l'arrière du restaurant ? Je vais prévenir Quinn que vous êtes arrivées.
Les trois jeunes femmes dépassèrent la file et se faufilèrent sur le côté du bar. Rachel intercepta Quinn d'une main sur l'épaule. Dans le brouhaha environnant, aucune de Santana ou de Brittany n'avaient entendu ce que Rachel lui avait dit mais elles purent voir le visage de Quinn s'illuminer quand elle posa les yeux sur elles.
- Elle va nous rejoindre, informa Rachel en les dirigeant vers le bureau. Ici, nous serons plus au calme.
Elle s'installa sur le fauteuil et ses deux amies prirent les chaises en face du bureau, sans se lâcher la main. Rachel remarqua le geste et eut un sourire nostalgique. Certaines choses ne changeraient jamais.
- Vous avez fait bon vol ?
- Oui, San' a dormi tout du long.
- Eh !
- Oh, ne mens pas, c'est vrai !
- Je n'allais pas dire le contraire mais tu n'es pas obligée de le raconter !
Rachel sourit de toutes ses dents. Ses amies lui avaient vraiment manqué. Quinn entra au même moment avec un torchon dans les mains.
- Désolé, c'est le rush !
Elle alla saluer leurs amies d'une accolade chacune puis passa de l'autre côté du bureau. Rachel se leva pour l'embrasser. Quinn prit sa place et la brune s'assit sur ses genoux naturellement.
- Ca tourne bien, on dirait, s'enthousiasma Santana. Tu as réussi à nourrir tous les adolescents du coin ?
- Pas tous. Certains préfèrent manger des légumes, plaisanta Quinn. Qu'est-ce que j'ai raté ?
- Rien. Santana a dormi tout le long du trajet, réitéra Rachel.
La brune en question leva les mains au ciel et toutes se mirent à rire devant son côté dramatique.
Chloe tira sur les scratch de son attelle sans ménagement. Ses mains tremblaient déjà d'appréhension. Après plusieurs séances de rééducation à plier la jambe, déplier la jambe, muscler ce qui entourait son genou, étirer les ligaments qui avaient été fissurés, Chloe pouvait enfin essayer de se tenir debout sans attelle. Un mois et demi s'était écoulé depuis son accident et, même si les fractures dans son fémur se faisaient encore sentir par temps froid, les médecins étaient formels. Chloe était prête.
Beca, qui l'accompagnait, se tenait sur son flan gauche pour l'aider à se lever. Un aide-soignant spécialisé en rééducation, Antonio, se trouvait de l'autre côté de Chloe. A trois, ils avancèrent lentement vers les deux barres asymétriques où Chloe s'appuya de ses deux mains, les bras sécuritaires d'Antonio autour de l'abdomen.
- Tu vas y arriver, Chlo', encouragea Beca.
La rousse n'en était pas aussi sûre. Evidemment, elle marchait sans béquille depuis des semaines maintenant et elle avait gagné considérablement en muscle selon son kinésithérapeute. Elle voulait réussir à faire ce fameux pas. Mais elle savait quel poids l'échec aurait dans la balance. Si elle devait traîner à se rééduquer, les factures s'accumuleraient. Chloe ne pouvait pas se permettre d'échouer.
- Allez, Chloe. Tu peux tenter un pas en gardant tes mains sur les barres, pour le moment, indiqua Antonio qui se trouvait maintenant devant elle pour la rattraper en cas de chute.
Chloe hocha la tête, l'air déterminé. Elle allait y arriver. Ce n'était qu'un pas. Elle savait danser des chorégraphies entières. Un pas, ça n'était qu'une habitude. Elle élança son pied en avant tout en gardant les mains crispées sur les barres. Sa basket toucha le matelas en mousse. Elle s'appuya sur sa jambe prudemment puis souffla. Elle avait réussir. Il restait l'autre jambe. Prudemment, le dos et les bras gainés, elle déposa sa jambe blessée à côté de l'autre et laissa son poids se répartir sur les deux. Ca tenait. C'était douloureux et des perles de sueur dégoulinaient de son front mais elle se tenait debout. Soulagée, Chloe relâcha son attention et la chute arriva sans prévenir. Antonio l'attrapa juste à temps, sous les inquiétudes de Beca.
- Tu vas bien ? Tu ne t'es pas fait mal ?
La brune était toute affolée à l'idée que sa petite-amie puisse aggraver sa blessure. Chloe lui jeta un regard perçant.
- Non, ça va !
Beca observa sans rien ajouter l'aide-soignant guider Chloe jusqu'au banc où elle remit son attelle avec empressement. Elle ne comprenait pas l'air frustré et le ton sec de Chloe. Elle se dirigea vers elle et s'accroupit pour l'aider à mettre les derniers scratchs.
- C'est bon, Beca, je sais le faire moi-même, râla la rousse en s'étirant de tout son long pour atteindre le bout de l'attelle.
Beca savait comme ce genre de mouvements pouvait encore tirer sur ses blessures au thorax qui mettraient plus de temps à guérir que sa jambe cassée. Elle vit Chloe esquisser un froissement de douleur et détourner les yeux par fierté. Beca leva les yeux au ciel. Sa patience commençait à atteindre ses limites mais elle laissa Chloe ramasser ses affaires sans rien dire.
- A dans deux jours, Chloe ! Tu t'es bien débrouillée aujourd'hui, tu mérites un peu de repos, fit Antonio en lui tapotant l'épaule.
- Merci pour aujourd'hui. A bientôt, salua Chloe, le sac sur l'épaule.
Les deux jeunes femmes montèrent dans la voiture sans une parole échangée. Beca connaissait assez Chloe pour savoir que la moindre remarque mettrait le feu aux poudres. Pourtant, elle pensait que cette remarque-ci était plutôt gentille.
- Tu as assurée, Chlo, tu pourras très vite marcher normalement.
Chloe ne répondit rien et son regard se faisait fuyant. Elle restait le nez collé à la vitre de la voiture. Seules ses poings fermés montraient sa colère.
- Je devrais quitter les Bellas.
- Quoi ?!
Beca pila pour s'arrêter derrière une voiture au feu rouge. Elle regarda Chloe, l'étonnement clairement visible sur son visage.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je ne sais même pas faire un pas sans tomber. Je devrais quitter le groupe, expliqua Chloe comme si le rapport était évident.
La brune fronça les sourcils. Les Bellas sans Chloe, ça ne pouvait pas exister. C'était comme le matin sans café, la tartine sans confiture, la journée sans musique. Impossible.
- Tu ne peux pas partir, on a besoin de toi, fit Beca distraitement en reprenant la route.
- Justement, c'est ce que je dis. Je ne vous sers à rien si je ne peux plus danser.
Beca s'insulta intérieurement. Elle n'avait pas dit cela dans ce sens-là mais, évidemment, Chloe avait pris la remarque comme ça l'arrangeait.
- Ne sois pas si dur avec toi-même. Tu as réussi aujourd'hui !
- Je n'ai rien réussi du tout. Je suis tombée.
La musicienne coupa la radio pour se concentrer sur la conversation. Ses phalanges serraient le volant pour ne pas perdre patience. Elle avait connu Chloe plus combative que ça.
- Tu veux bien arrêter de râler. Tu as commencé ta rééducation i peine un mois. Ca ne peut pas se réparer en deux jours. Il faut du temps.
- Je ne râle pas, Beca, articula Chloe, visiblement vexée. La vérité est que je ne suis plus capable de suivre une chorégraphie. Je devrais me concentrer sur mes études et oublier la compétition.
- Mais n'importe quoi ! J'ai l'impression d'entendre ta mère. Tu vas faire quoi ensuite ? Te marier avec Tom parce que seul lui pourra subvenir à tes besoins puisque tu seras incapable de travailler sans ta jambe ? Arrête, Chloe ! Tu vas guérir ! C'est agaçant de te voir négative comme ça !
La brune se gara devant la maison des Bellas, essoufflée et le rouge aux joues. Elle pensait ce qu'elle avait dit mais la manière de le dire aurait pu être plus travaillée. Elle s'en voulait déjà.
- Je devrais peut-être faire ça, justement, puisque tu en as marre de m'entendre râler.
Chloe sortit comme une furie de la voiture, récupéra son sac dans le coffre et rentra dans la maison en claquant la porte. Beca laissa tomber sa tête sur le volant. Quelle abrutie elle faisait !
Deux coups discrets retentirent contre le bois. Chloe souffla parce qu'elle savait déjà qui était de l'autre côté. Sans réponse, Beca ouvrit la porte et passa sa tête, une main sur les yeux.
- Tu es toute nue ?
Malgré elle, Chloe rigola et Beca sut qu'elle pouvait entrer. La brune était accompagnée d'un mug de thé fumant. Elle s'assit aux pieds de Chloe, lui tendit la tasse et sortit une boîte de sa poche.
- Je me suis dit que, quitte à t'énerver en prenant soin de toi, autant le faire encore un peu plus.
Chloe dévisagea les comprimés d'antidouleurs. Sa jambe lui faisait un mal de chien après chaque séance, tout le monde le savait. Elle craqua un compartiment pour réceptionner une gélule et l'enfourna.
- Je te déteste parfois. Surtout quand tu prends soin de moi.
- Hum, je suis pas certaine de ça, rétorqua Beca. Mais si tu veux, je te laisse gagner cet argument si tu m'expliques ce qu'il se passe dans ta jolie tête.
Chloe soupira. Parfois, avoir une Beca qui ne voulait pas parler des sujets contraignants lui rendait service. Elle ouvrit la bouche plusieurs fois pour se raviser ensuite. Elle secoua la tête, comme pour organiser ses pensées mais rien ne sortait. La voyant lutter, Beca se dit qu'elle pouvait bien faire l'effort d'entamer la discussion.
- Je m'excuse pour la façon dont je t'ai parlé tout à l'heure. Je sais que ce n'est pas facile pour toi et j'ai laissé mon impatience prendre le dessus.
- Ce n'est rien. Tu as raison, de toute façon.
Sans ajouter d'explications, Chloe se mura à nouveaux dans son mutisme. Beca la regardait se triturer les ongles ou jouer avec un fil de tissu qui dépassait de son jogging.
- Je ne sais pas ce qui te met autant en colère mais tu devrais voir les progrès que tu fais. J'ai du mal à comprendre comment tu peux penser si peu de toi, si soudainement. Tu as toujours été celle qui remontait le moral des troupes.
Chloe hocha la tête et avala sa salive. Elle releva sur Beca des yeux perlés de gouttes d'eau.
- J'en ai tellement marre de cette situation, déclara-t-elle la gorge serrée.
Beca s'approcha pour lui prendre la main, pas certaine d'être en droit de faire plus sans risquer le rejet. Sur sa peau, elle fit des cercles avec son pouce pour l'apaiser.
- Je sais que c'est long mais tu avances déjà très rapidement. Regarde, tu as su t'habiller toute seule, ce soir !
Chloe sourit humidement. Elle avait lutté pendant un bon moment pour mettre son pied dans le pantalon mais, après ça, enfiler le vêtement avait été plutôt simple.
- Qu'est-ce qui te ronge à ce point ? Tu sais que je peux tout entendre, assura Beca d'une voix douce et calme. Tu as entendu pire, venant de moi.
Chloe sourit à nouveau et essuya une larme qui descendait sur sa joue. Tout se mélangeait. Son frère, ses parents, ses frais d'hôpitaux, les études, les Bellas.
- J'ai l'impression de vous laisser tomber. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir danser avec vous comme je le fais.
Beca s'approcha comme pour lui dire un secret.
- Tu sais, il n'y a pas que pour tes chorégraphies que tu nous es indispensable. Bon, déjà, moi j'ai besoin de toi pour éviter de faire un anévrisme à chaque entraînement, énuméra la brune sur ses doigts. Stacie et Amy ont besoin de toi pour éviter de se frapper dessus. Tu sers de confidente à toutes les filles, même Lily, je suis sûre.
Chloe leva les yeux au ciel à cette remarque, avec un petit sourire. Elle était la seule à pouvoir entrer dans la chambre de Lily.
- Sans toi, personne n'aurait rejoint le groupe. On n'aurait pas gagné l'année dernière sans ton opération des nodules qui nous a fourni une note de basse impossible à faire dans un groupe de filles !
Chloe éclata de rire. Sa voix avait changé juste après son opération mais, depuis, ses cordes vocales avaient suffisamment guéri pour ne plus produire ce genre de son. Son visage redevint sérieux avec le silence qui s'installait dans la pièce.
- Je fais tout ça par ce que je vous aime. J'ai toujours fonctionné comme ça.
- Je sais bien ! Mais tu laisses tout le monde dépendre de toi sans jamais demander la même chose en retour.
- C'est comme ça que j'ai appris à vivre, fit Chloe d'un haussement d'épaules. Celui qui était malade à la maison, c'était Chris, pas moi. Alors il fallait toujours prendre soin de lui. Puis comme mes parents étaient tristes, j'essayais de prendre soin d'eux.
Beca secouait la tête sévèrement. Il ne valait mieux pas qu'elle s'étale sur les parents de Chloe. Les Beale rendaient tellement mal à leur fille ce qu'elle avait sacrifié pour eux.
- Je ne pense pas abuser en te disant que ton frère n'aurait jamais voulu que tu te débrouilles seule par fierté de demander de l'aide. Tu sais que tu n'es pas seule.
Les mots de Beca raisonnèrent en Chloe comme un écho lointain. Elle ne pouvait pas savoir comme elle avait été proche des dernières paroles que son frère avait prononcé. Tu dois me laisser partir, Chlo'. Je ne serai plus là mais tu ne seras jamais seule. Les perles salées ruisselaient sur sa peau mais Chloe ne s'en préoccupait pas, son esprit habité par les derniers souvenirs de son frère. Beca vint la serrer dans ses bras en s'excusant des milliers de fois.
- Il me manque tellement.
- Je sais, je sais.
Beca les balançait pour réconforter la rousse comme elle le pouvait. Elle s'en voulait terriblement d'être à l'origine des larmes de sa petite-amie.
- Il était si courageux. Il s'est battu tellement plus longtemps que moi.
La brune déposait ses lèvres à la naissance des cheveux de Chloe en espérant l'apaiser un minimum de cette façon. Finalement, la rousse la repoussa doucement pour s'essuyer les joues.
- Il ne voudrait pas que j'abandonne comme ça, déclara-t-elle d'un ton convaincu.
Beca la regarda se transformer petit à petit et reprendre une contenance. Ses yeux se firent plus durs, son visage moins triste et plus affirmé.
- Je vais réussir à marcher, même s'il faut que je paie deux mois de rééducation en plus. Et j'irai voir Chris sans attelle et sans béquille. Pour lui montrer que j'ai pu guérir.
Beca remarqua la nouvelle lueur dans les pupilles turquoises. Elle n'avait jamais eu de doute sur la guérison de Chloe mais elle était contente de voir qu'enfin, la rousse commençait à le croire elle aussi.
- Même s'il te faut des années pour pouvoir danser à nouveau, je sais que tu y arriveras, lui confia-t-elle.
Elles se sourirent, l'une très fière d'être témoin de ce changement, l'autre résolue à en découdre tant qu'il le faudrait.
La sonnette des Bellas retentit en fin de journée et, cette fois, les personnes de l'autre côté de la porte étaient réellement attendues. Beca ouvrit le sourire aux lèvres.
- Quinn, Rachel, Santana, salua Beca. Et…
- C'est Brittany. On a amené nos deux colocataires pour la soirée, montra Quinn du doigt. Tu nous en veux pas ?
- Non, allez-y, entrez.
Beca les guida jusqu'au salon où des rires enfantins se faisaient entendre. Chloe était engagée dans son rôle de monstre qui voulait dévorer le cou de Lucy, pour le bonheur de la petite fille qui riait aux éclats.
- Voici donc la petite demoiselle qui laisse des tâches de compotes sur sa maman, fit Rachel en s'avançant la première.
- C'est ça. C'est Lucy.
Chloe arrêta un instant de jouer avec Lucy pour dire bonjour.
- Ne te lèves pas, intervint Rachel en se penchant pour l'entourer de ses bras. Comment vas-tu ?
- Très bien ! Cette petite crapule ne me lâche plus, sourit Chloe en chatouillant Lucy qui se tordit de rire.
- Et bien, elle t'aime beaucoup, remarqua Santana qui prenait mentalement des notes pour son dossier.
- Oui, quand Chloe est là, je ne sers plus à rien, plaisanta Beca. Vous pouvez vous asseoir.
Les nouvelles arrivantes s'éparpillèrent sur les fauteuils pendant que Beca allait préparer le plateau de thé. Lucy remarqua immédiatement la courte absence de sa mère et s'agita légèrement. Elle regardait à droite et à gauche, se penchait en arrière pour gagner en champ de vision, sous les regards amusés des adultes. Rachel, qui était la plus proche, s'empara d'un éléphant posé sur la table basse et le montra à Lucy avec une voix réservée aux enfants.
- C'est à toi, ça ? Qu'est-ce qu'il est beau !
Lucy tendit un bras pour essayer d'attraper son éléphant alors Rachel se pencha pour lui donner. La petite fille le serra très fort contre elle avant de se cacher dans le cou de Chloe. Toutes se ramollirent devant ses mimiques.
- Elle est adorable, commenta Brittany en se caressant distraitement le ventre.
Santana lui prit la main d'un regard complice. Bientôt, ce serait leur tour.
- Elle ne tient pas ça de moi, fit Beca en déposant le plateau sur la table.
Lucy tourna tout de suite les yeux sur sa mère et baragouina la syllabe « MA » à répétition en sautillant sur Chloe. La rousse rit et tendit l'enfant à Beca.
- Ah, il faut que je parte pour te manquer, taquina la brune puis déposa un bisou sur les joues de sa fille.
- Maria n'est pas là ?
Beca s'approcha de Santana et Brittany avec l'enfant dans les bras. Elle montra à Lucy comment saluer de la main.
- Elle est à l'étage. Elle prend des photos de la chambre.
L'avocate hocha de la tête. C'était plaisant de voir que l'assistante sociale prenait son boulot toujours aussi sérieusement.
- Il faudrait que je visite cette chambre, moi aussi. Pour vérifier qu'il ne manque rien, même si j'en doute.
- Oui, sans problème. Je te montrerai avant que vous ne partiez.
Beca se plaça ensuite devant Quinn pour demander à Lucy de dire bonjour de la main. La blonde s'attendrit devant la petite tête brune qui bougeait sa petite main potelée.
- Bonjour, toi. Ta maman m'a beaucoup parlé de toi, dit-elle en prenant les doigts de Lucy dans sa main.
Le bébé s'arrêta une seconde pour examiner le contact de cette main nouvelle puis elle tapota doucement dedans en babillant.
- Quelle force ! Tu seras bientôt prête pour rejoindre les Bellas.
- On a encore le temps pour ça, rit Beca en se tournant vers Rachel.
Beca répéta l'opération en faisant signe à Rachel. Lucy surprit tout le monde en se penchant fortement en avant, les bras tendus, pour rejoindre la brune tout aussi étonnée. Beca lui déposa Lucy sur les genoux et s'écarta pour reprendre sa place aux côtés de Chloe.
- Je crois que tu as de la concurrence.
- Je crois aussi, sourit la rousse.
- Tu n'avais pas dit qu'elle n'allait pas trop vers les gens ?
- Elle n'acceptait que Chloe jusqu'à présent, confirma Beca à Quinn.
Toutes regardèrent Rachel divertir Lucy. La petite fille jouait avec les bracelets que Rachel portait aux poignets.
- C'est bon signe, je pense. Elle a l'air d'être plus à l'aise, dit Brittany.
- Oui, je pense aussi. Elle prend son temps pour faire confiance, ajouta Quinn.
- Comme Beca, taquina Chloe, ce qui fit rire tout le monde.
La brune lui donna un coup de coude, faussement fâchée. Comme sa fille semblait occupée avec Rachel, Beca se dit qu'elle avait la diversion parfaite pour quitter la pièce quelques minutes.
- Santana, je peux te montrer la chambre maintenant, si tu veux.
- Oui, allons-y, intima l'hispanique en se levant.
- Je te laisse Lucy ? demanda Beca à Rachel.
La brune hocha distraitement la tête sans quitter l'enfant des yeux et les deux jeunes femmes quittèrent la pièce sans que Lucy ne réalise le départ de sa mère. Quinn regardait sa compagne discuter avec l'enfant en imaginant quelles pourraient être ses soirées avec un petit bout qui leur ressemblait et avec qui Rachel pourrait discuter de la même façon.
- Ca lui va bien, pas vrai ? chuchota Brittany dans son oreille.
Quinn sourit. Ce n'était un secret pour personne. Quinn voulait des enfants depuis qu'elle était tombée enceinte à ses seize ans. Elle avait dû abandonner sa fille pour lui assurer un avenir meilleur mais le désir de transmettre et de donner de l'amour lui était resté. Rachel voulait des enfants aussi, bien sûr, mais leur situation n'était pas encore la bonne pour accueillir un nouveau né. Le débat était toujours le même : Quinn voulait d'abord se marier mais Rachel voulait que Quinn reprenne ses études ; Quinn reprendrait ses études que si Rachel retournait à Julliard. La boucle étant bouclée, elles n'osaient plus aborder le sujet de peur d'engendrer une nouvelle confrontation. Depuis, de nouvelles problématiques s'étaient ajoutées. Quinn savait qu'elles auraient un enfant un jour. Quand elles auront guéri leurs blessures passées. Ou au moins, appris à vivre correctement avec elles.
- Alors, Chloe, comment va ta jambe ? demanda la blonde.
Chloe reposa sa tasse sur la table basse et se remit au fond du canapé avant de répondre.
- Mieux ! J'ai commencé la rééducation. J'ai essayé de faire un pas sans attelle, cet après-midi.
- Oh, c'est super ! Comment ça s'est passé ?
- Je suis tombée, avoua difficilement Chloe.
Le silence enveloppa les jeunes femmes. Lucy mordillait la trompe de son éléphant, les yeux lourds des bercements de Rachel qui suivait la conversation.
- Paris ne s'est pas construit en un jour. Tu vas y arriver, il faut que tu crois en toi, assura Quinn.
- Je sais mais c'est très dur. Je n'arrête pas de me dire qu'il faut que je marche sans avoir besoin d'aide pour ne plus devoir aller à la clinique. A chaque échec, j'ai l'impression que ma guérison se retarde. Les factures s'amassent et j'aimerai retourner en cours. J'aimerai pouvoir danser à nouveau.
Chloe s'interrompit d'elle-même. Elle n'avait pas pour habitude de se livrer aussi facilement devant des inconnus ou des personnes qu'elle connaissait à peine. Brittany, qui connaissait plutôt bien le problème, se leva pour aller la rejoindre sur le fauteuil. Elle posa une main sur celles jointes de Chloe.
- Tu sais, je suis danseuse professionnelle et j'ai déjà été blessée. Très souvent. On était pom-pom girls au lycée, avec Quinn et Santana, et les entraînements étaient monstrueux.
- C'est peu de le dire, commenta la blonde.
- Tout ce que tu peux te dire, c'est qu'il vaut mieux prendre le temps nécessaire pour guérir ta jambe. Si tu reprends la danse avec une jambe tremblante et peu assurée, tu risques d'empirer la chose, de te blesser ou de blesser quelqu'un.
- Elle a raison. La rééducation est la partie la plus longue parce que tu ne vois pas ce qu'il se passe à l'intérieur comme tu as pu voir tes plaies se refermer. Il faut juste être patiente, conseilla Quinn d'un haussement d'épaules.
- La patience n'est pas mon fort, marmonna Chloe.
- J'ai déjà vu ça quelque part, rigola Rachel. Quinn a eu un grave accident quand on était au lycée.
Chloe tourna des yeux surpris sur Quinn qui se frottait les mains, gênée.
- J'ai été percutée sur une nationale par un camion. Je répondais à un message, je n'ai pas vu que le camion avait grillé le stop.
Chloe grimaça à l'entente du récit. Elle se demanda comment la jeune femme devant elle pouvait bien être encore en vie.
- J'ai été en fauteuil pendant des mois. Ma colonne vertébrale était touchée. J'ai eu pas mal de blessures, des côtes cassées, et un poumon perforé, comme toi, énuméra Quinn. Je ne pouvais même plus prendre une douche seule.
- Les entrainements étaient bien vides sans toi, se souvint Brittany.
- Les médecins pensaient que je serai incapable de remarcher. Je leur ai prouvé le contraire. Même si rien n'était sûr, ma mère a payé les soins. Après ma grossesse, notre relation était tendue mais elle venait de quitter mon père. Elle s'est trouvé un deuxième travail pour payer les factures de rééducation.
- Ca a pris des mois. Tu étais insupportable, commenta Rachel. Je l'accompagnais, au début, ajouta-t-elle.
- Oui, jusqu'à ce que je t'envoie balader, renchérit Quinn qui montrait un air coupable. J'étais impatiente, comme toi. Et j'en voulais à la terre entière. Après avoir subi une grossesse, mon père qui m'a jeté dehors, le harcèlement au lycée, la perte de popularité, il fallait que je subisse un accident de voiture qui pouvait briser définitivement mes rêves.
- Comment tu as fait ? Pour garder la force de continuer ? demanda Chloe, absorbée par l'histoire de Quinn.
- C'est Santana qui est venue me remonter les bretelles, sourit Quinn. Rachel et moi étions en froid. Elle s'en voulait parce que je me rendais à son mariage au moment de l'accident…
- Tu es mariée ?! interrompit Beca qui revenait dans la pièce avec Santana et Maria.
- Non, rit Rachel. C'est une histoire pour une autre fois.
- Sacrée histoire ! Tu racontes ton accident ? demanda Santana en rejoignant sa compagne.
- Oui et comment tu es venue me demander de me reprendre en mains.
Santana sourit à son tour à l'entente de l'euphémisme. Quinn et elle avaient toujours eu ce genre de rapport à double tranchant.
- Je suis allée la voir en séance de rééducation pour lui dire d'arranger les choses avec Rachel parce que j'en avais marre d'entendre des chansons d'excuses à la chorale.
La brune en question roula des yeux mais ne dit rien.
- Ca n'a rien changé. Elle restait bloquée dans son entêtement alors je suis passée à la manière forte.
- Elle a préparé un tableau avec des photos de tous les rêves que j'avais. D'un côté, il y avait ceux possible en fauteuil roulant et d'un autre, ceux qui n'étaient pas réalisables.
- Autant dire qu'une des deux colonnes étaient plus fournies que l'autre…
- Même si rien n'est impossible, techniquement.
- Oui, enfin, dans la tête d'une fille de dix-sept ans, être promue reine du bal de promo sur roulettes, ça craint. En tout cas, pour toi, c'était un but de plus qui s'effaçait si tu restais en fauteuil.
- Tout ça pour dire, c'était son moyen de me faire bouger. A chaque séance, peu importe qui était avec moi, mon tableau était là. Ca m'a pris un mois complet pour savoir faire un pas, jambes tendues, bras sur les barres. Deux mois pour apprendre à faire trois pas sans me tenir. Un petit mois plus tard, je savais me lever seule de mon fauteuil. C'était très difficile mais petit à petit, tout est devenu plus simple.
- En te voyant bouger maintenant, on n'imagine pas ce que tu as traversé, fit Beca, admirative.
- Comme quoi, rien n'est vraiment tout tracé.
- D'ailleurs, tu as dansé aux nationales, cette année-là, ajouta Brittany d'un clin d'œil.
- Et on a gagné, chantonna Rachel en dansant sur son siège.
Lucy, qui s'étonna d'être un peu chahutée, prit enfin conscience que sa mère était revenue dans la pièce. Elle râla en appelant Beca qui alla la récupérer immédiatement dans les bras d'une Rachel à la moue coupable.
- Votre lien s'est vraiment renforcé, remarqua Santana de son œil de juriste.
- Lucy passe ses journées à appeler Beca quand elle n'est pas là, informa Maria qui était restée discrète.
Les lèvres de Santana s'étirèrent en un rictus confiant et fier. Personne ne pourrait remettre en cause la relation que Beca avait avec sa fille, même pas un juge.
- C'est parfait. Nous devrions partir avant d'être en retard au restaurant, fit l'avocate en regardant sa montre.
Ses amies étant d'accord, elles se levèrent pour saluer Beca et Chloe. Quinn prit la rousse par les épaules pour lui dire une dernière fois de ne pas lâcher.
- Merci beaucoup, Quinn. Je garde l'idée du tableau.
- Je te le ramènerai, la prochaine fois.
Le quatuor quitta la maison sous les promesses de se rencontrer bientôt. Beca retourna auprès de Chloe, sa fille dans les bras. Maria s'était excusée pour aller aux toilettes.
- C'est incroyable, ce qui lui est arrivé. Elle me surprendra toujours.
La rousse hocha la tête distraitement. Il ne lui restait plus qu'à se remuer et travailler d'avantages.
- Qu'est-ce que Santanta et Maria ont pensé de la chambre ?
- Elles en sont satisfaites. Santana m'a rappelé que je devrais déjà me renseigner pour l'inscription en école maternelle. Il faut le faire au moins un an et demi avant l'entrée de l'enfant à l'école.
- Si tôt ? Elle ne marche pas encore !
- Je sais, c'est dingue, commenta Beca, l'air dépassé. Et il faut que je demande à mon père s'il m'est possible d'ajouter Lucy sur sa police d'assurance ou si je dois en prendre une à mon nom pour nous deux.
- Encore de la paperasse.
- Exactement, mais je n'y aurais jamais pensé sans Santana et Maria.
- Elles connaissent vraiment bien leur travail, remarqua Chloe en caressant les cheveux de Lucy.
Maria revint à cet instant dans la pièce et vit Chloe déposer ses lèvres sur les cheveux de l'enfant. En voilà une qu'elle n'était pas contente de reprendre avec elle à chaque visite. Beca s'occupait tellement bien de sa fille que chaque départ était douloureux, même pour l'assistante sociale.
- Je suis désolée, mesdemoiselles, mais je vais devoir ramener Lucy au foyer d'accueil.
Beca soupira de tristesse en serrant sa fille un peu plus contre elle. Chloe la rejoignit et les entoura toutes les deux de ses bras. Maria constata avec étonnement comme elles formaient toutes les trois une belle famille. Si jeune qu'elle était, Beca semblait prête à affronter la parentalité de front. Elle n'était plus la jeune mère anxieuse et sur la défensive qu'elle avait rencontré quelques semaines plus tôt. Maria observa les deux jeunes femmes s'affairer pour habiller Lucy de son manteau. Chloe la tenait pendant que Beca lui enfilait son bonnet et son écharpe.
- Sois sage, mon amour, pour maman, demanda finalement Beca en embrassant sa fille une dernière fois, la gorge serrée.
- Et pour Chloe, ajouta la jeune femme qui fit de même.
Chloe tendit Lucy à Maria alors que Beca gardait ses bras autour de son corps comme pour se protéger, le regard rivé au sol. Lucy s'agrippa à Chloe, les yeux affolés. Elle râlait parce qu'elle ne comprenait pas pourquoi elle devait partir. Ses petits doigts s'emmêlaient dans les mailles du pull de la jeune femme. A contre cœur, Chloe extirpa les phalanges de Lucy doucement et déposa un baiser sur chacune de ses paumes.
- On se voit bientôt, petite crevette.
Les larmes aux yeux, Chloe entoura Beca d'un bras en regardant Maria passer la porte avec Lucy qui pleurait déjà dans ses bras.
- Plus que quinze jours, souffla la brune contre son cou.
Le cœur de Chloe se serra. L'attente était interminable.
Rachel et Quinn furent les premières à entrer dans le restaurant, la brune au bras de la blonde. Derrière elles, leur emboitant le pas, Santana et Brittany se tenaient la main comme elles l'avaient toujours fait. Le restaurant situé dans le centre d'Atlanta offrait une ambiance cocooning mais chic avec ses banquettes confortables et ses lumières tamisées. Quinn avait réservé ce restaurant parce qu'elle aimait la discrétion des serveurs et l'espacement entre les tables. Tout le monde pouvait se créer sa petite bulle en mangeant.
- Bonsoir. Vous avez réservé ? demanda une hôtesse démarquée par sa chemise noire.
- Oui, au nom de Fabray, s'il vous plait, répondit Quinn.
- Je l'ai ici, pointa l'hôtesse. Vous pouvez me suivre.
La femme rousse dans la cinquantaine les guida jusqu'à une table reculée, dans un coin, offrant deux banquettes face à face.
- Je reviens avec les menus.
Les quatre amies enlevèrent manteaux et écharpes et s'installèrent. Quelques secondes plus tard, elles acceptèrent les cartes et se mirent à feuilleter.
- Le vin blanc est très bon, ici, signala Quinn.
- Comment tu sais ça ? demanda immédiatement Rachel, alertée par la consommation d'alcool de Quinn.
La blonde roula des yeux mais sourit légèrement, néanmoins.
- Je n'ai pas fait que les boîtes de nuit quand j'étais chez les High Notes. On est venus ici avec mon groupe d'écriture pour fêter nos résultats au concours, il y a deux ans.
- Ah, je vois, se referma Rachel, qui se ratatina derrière son menu.
- Tu as encore des contacts avec ces gens-là ?
Quinn abaissa sa carte pour regarder Santana. De toute façon, elle savait déjà ce qu'elle mangerait.
- En fait, deux d'entre eux ont eu leur diplôme et sont partis. La troisième, Hayden, ajouta-elle d'un raclement de gorge, n'est pas très fréquentable.
Rachel pouffa cachée derrière son livret. Santana plissa les yeux.
- La même Hayden qui t'a laissé dans ces fameux chiottes ?
Brittany et Quinn grincèrent face au langage sans détour de Santana. Personne ne voulait se remémorer ce qu'il était arrivé à Quinn.
- Celle-là même. Elle aurait pu devenir quelqu'un si elle s'en était donnée la peine.
- Pour ça, il faudrait qu'elle lève son nez de ses trainées blanches, fit Rachel en consultant la carte des desserts innocemment.
- Tout le monde n'a pas la volonté de s'améliorer, commenta Brittany qui mit toute la table d'accord.
- Bonsoir, mesdames, vous avez choisi ? les interrompit un serveur.
Les quatre amies prirent commande et le serveur s'en alla directement communiquer les plats en cuisine et les boissons au barman. Quand les verres arrivèrent à table, Rachel s'étonna de la sobriété de ses amies mais ne dit rien. Toutes avaient choisi une boisson sans alcool. Quinn, pour des raisons évidentes, mais Brittany et Santana n'étaient habituellement pas si restreintes.
- A nos vacances méritées en bonne compagnie, trinqua Brittany.
- Oui, à vos vacances, souligna Rachel en rigolant.
Tranquillement, elles discutèrent en sirotant leurs verres. Le restaurant de Quinn faisait fureur auprès des étudiants qui s'arrachaient particulièrement les gaufres préparées à l'européenne. Elle était aussi contente et fière d'apprendre à ses amies qu'elle avait repris sa plume et commencé une nouvelle histoire, sans prétention. Ce n'est qu'un pas de plus vers la reprise des études, plaisanta Santana. Rachel aimait travailler au restaurant et préférait certains de ses cours plus que d'autres, même si son niveau restait bien supérieur à celui de ses camarades de classe. Elle adorait quand quelqu'un s'asseyait au piano du Queen's coffee et jouait un morceau. D'ailleurs, elle leur raconta leur rencontre avec Beca puis l'accident de Chloe. Leurs plats arrivèrent en cours de discussion et très vite, il ne restait plus rien dans les assiettes. Rachel finissait l'une de ses histoires quand le serveur apporta la carte des desserts. Seules les deux blondes prirent une coupe de glace.
- Et toi, Brit', comment se passent les cours dans ton studio de danse ? Tu as beaucoup d'adhérents?
Brittany enseignait plusieurs styles de danse dans un studio qu'elle avait créé elle-même. Celle qu'on insultait d'idiote à l'école était très fière de montrer comme elle avait réussi.
- Oui, le cours de classique pour enfants est complet. J'ai aussi une quinzaine d'adultes pour le cours du mercredi soir. On fait principalement du jazz.
- C'est génial ! Vous faites un gala en fin d'année ? J'aimerai bien venir vous voir.
La danseuse sourit lascivement. Un petit être poussait maintenant en elle et elle ne pourrait pas assurée un gala de danse entier en étant enceinte de huit mois.
- Il y aura un gala, mais ce sera sans moi, annonça-t-elle en jetant un regard à sa compagne qui lui sourit en retour.
- Oh, pourquoi ça ? demanda Quinn qui aurait bien voulu aussi faire le voyage pour revoir son amie danser.
D'un regard, Brittany et Santana se mirent d'accord. C'était le moment.
- En fait, commença la brune en passant le bras autour de sa femme, on a quelque chose à vous montrer.
Santana plongea la main dans sa poche de manteau et en sortit une petite boîte en carton, pas plus grande qu'un écrin. Elle la déposa devant Quinn qui lui rendit des yeux surpris. La blonde écarta sa coupe de glace et prit le cube de papier dans ses mains.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ouvre, il y a quelque chose pour toi à l'intérieur, encouragea Brittany de toutes ses dents.
Perplexe, Quinn ouvrit doucement le petit couvercle. La boîte avait l'air fragile. Rachel se pencha par-dessus son épaule pour voir également. A l'intérieur, une tétine avec une seule question sur le support : Veux-tu être ma marraine ? Rachel se couvrit immédiatement la bouche des mains alors que Quinn restait là à ne pas comprendre comme si son cerveau s'était arrêté de battre et son cœur avait cessé de réfléchir. Ou bien, était-ce l'inverse ? Placée contre le mur, Rachel ne pouvait pas quitter la banquette pour prendre ses amies dans les bras alors elle leur attrapa les mains puis bouscula Quinn pour la faire bouger. La blonde sortit enfin de son étonnement et comprit ce qu'il se passait. Santana et Brittany attendaient un enfant. Elles allaient être mamans. Et elles lui avaient demandé d'être marraine de leur enfant. Sans grande conscience, elle tituba jusqu'à Santana et la prit par les épaules, les yeux noyés.
- Merci, réussit-elle à sortir avant de serrer très fort son amie dans ses bras.
La brune en eut les larmes aux yeux également. Toute émue et enthousiaste, Rachel commença à poser son milliard de questions à Brittany qui répondit avec la même énergie pendant que Santana continuait d'être dévisagée par Quinn. Elles avaient repris leurs places mais la blonde la fixait sans cligner des yeux, le regard absent et le sourire étiré et fatigué. Pour une fois, Quinn paraissait heureuse. Elle tenait la fameuse tétine du bout des doigts et jouait avec comme si elle imaginait déjà tout ce qu'elle pourrait faire avec son filleul.
Santana se pencha pour plaisanter, l'air goguenard :
- Tu n'as pas répondu, tu sais.
La table se tourna pour voir la réaction de Quinn. Son sourire s'étira encore plus si c'était possible.
- C'est oui, depuis qu'on a douze ans, San. Ca a toujours été oui.
Inhabituellement sentimentale, Quinn se cacha ensuite dans son verre pour ne pas montrer ses joues rougissantes de joie et d'excitation. Elle avait hâte de rencontrer cette nouvelle addition à leur groupe, pouvoir lui apprendre des choses, lui lire des histoires.
- Je mettrai juste un véto, fit Santana après un temps. Pas de Broadway avant ses six ans.
Rachel s'indigna immédiatement en levant les bras, faussement furieuse. Les trois autres femmes ricanèrent. Santana savait qu'elle n'y échapperait pas, de toute façon. Quinn aimait les comédies musicales en cachette depuis sa plus tendre enfance.
Une fois les coupes de glaces vides, la conversation s'était portée sur le choix du prénom du futur enfant de Santana et Brittany. Rachel insistait pour que son deuxième prénom soit Barbara si c'était une fille mais Santana refusait à grands coups de remarques cinglantes en espagnol. Quinn riait et en rajoutait pour attiser le débat entre les deux brunes. Brittany bailla entre ses mains en écoutant ses amies discuter. Sa femme lui passa une main sur la nuque pour attirer son attention.
- Tu commences à être fatiguée. On devrait rentrer, constata Santana.
La blonde lui servit un sourire attendri. Santana avait toujours été à l'écoute de ses besoins mais elle l'était encore plus depuis qu'elles attendaient leur premier enfant.
- San' a raison, je vais aux toilettes puis je vais payer l'addition et on pourra y aller, expliqua Quinn.
- Je t'accompagne.
Quinn et Santana se levèrent des banquettes et laissèrent leurs deux compagnes à table. Brittany observa son amie un instant. Rachel avait des cernes sous les yeux et les traits tirés. Elle finissait son verre d'eau à la paille.
- Tu n'as pas bu d'alcool, ce soir, fit la blonde.
Rachel leva les yeux sans détacher la bouche de sa paille. C'était une question dissimulée. Pourquoi ne buvait-elle pas d'alcool, elle qui adorait le vin blanc en général ? La brune posa son verre doucement et regroupa ses mains devant elle. Brittany se surprit à penser que c'était pour elle la première fois qu'elle voyait Rachel aussi mal à l'aise.
- La dernière fois que j'en ai bu, ça s'est mal terminé. Santana a dû t'expliquer, vous ne vous cachez rien.
- Elle m'a raconté ce qu'elle avait vu. Pas ce qui a pu te pousser à en arriver là.
Brittany passa les détails. Rachel se doutait bien que Santana avait été très choquée et en colère.
- Je ne sais pas encore totalement l'expliquer, commença Rachel l'air frustré comme si le fait de ne pas savoir s'exprimer la déranger profondément. On a beaucoup discuté avec Quinn et certaines choses sont ressorties.
Devant l'air contrarié de son amie, la blonde posa une main douce sur celles jointes de Rachel qui se triturait la peau autour des ongles.
- Tu ne me dois pas d'explication. Je voulais juste te dire que si tu en ressentais le besoin, j'étais là. Peu importe les raisons qui t'ont poussé à agir comme ça, tu as dû te sentir extrêmement seule. Ca veut dire qu'on a tous failli dans notre rôle.
Rachel inspira dans un sifflement. Elle captura la main de Brittany dans les siennes pour appuyer ses mots.
- Tu es une bonne amie, Brit'. Même si tu avais été là, même si tu m'avais confronté, je ne t'aurais rien dit. J'étais comme deux personnes, finit-elle dans un soupir.
Après un temps à jouer avec les bagues sur les doigts de son amie, elle ajouta d'une petite voix :
- Je cherche encore la personne que j'étais avant l'overdose de Quinn.
Brittany tourna la main pour serrer celle de la brune, les yeux embués.
- On sera là pour t'aider à la retrouver alors, lui sourit-elle.
Rachel nia immédiatement de la tête.
- Non, vous avez un bébé qui arrive, des carrières à poursuivre…
- Rachel, l'interrompit durement la blonde. On s'est serré les coudes pour aider Quinn. Toi la première, tu as sacrifié tellement de choses. Ca me parait normal que tu te sois perdue en chemin. Laisse-nous t'aider maintenant. Tu n'es pas obligée de le faire seule.
Une larme s'échappa sur la joue de Rachel et rejoignit la commissure de ses lèvres. Elle lança un sourire plein de remerciements à son amie. Son cœur s'était gonflé d'amour. Quinn et Santana revinrent et mirent leurs manteaux. La blonde vit Rachel s'essuyait les joues et lui jeta un regard inquiet. La petite brune lui fit non de la tête d'un petit sourire. Une fois habillées, elle lui prit la main et se serra contre elle. Quinn déposa un baiser à la couronne de ses cheveux. Elle invita ses amies à avancer d'une main. De l'autre, elle garda Rachel précieusement collée contre son flan. On lui avait toujours dit de garder ses trésors au plus proche d'elle.
- Tu penses que tout est prêt pour la fête de ce soir ?
- Je ne sais pas mais Lucy est prête pour la séance photo, répondit Beca en montrant sa fille par la porte.
Les Bellas organisaient une soirée pour Halloween à la villa et, évidemment, les déguisements étaient de mise. Beca et Chloe se préparaient dans la chambre de Chloe avec Lucy que Maria avait laissé une petite heure seule avec sa maman pour rendre rapidement visite à un autre enfant dont elle s'occupait.
Chloe alla à la rencontre de Lucy pour la prendre dans ses bras.
- Mais tu es à croquer dans ton déguisement, ma Lulu ! Tu vois que ça lui va.
Beca leva les yeux au ciel, le sourire en coin. Le déguisement qu'elles avaient acheté quelques jours plus tôt était légèrement trop grand pour sa fille mais pas assez pour que ce soit flagrant. Lucy avait déjà bien grandi.
- Tu viens ? On devrait prendre des photos ensemble.
Chloe ouvrit de grands yeux sur Beca. Elle pensait être celle qui prendrait les photos de Beca et Lucy et non pouvoir graver ces premiers souvenirs avec elles.
- Tu es sûre de vouloir que je sois sur les photos avec vous ? Tu les garderas toute sa vie.
- Oui, c'est le but. Elle pourra voir à quel point elle était bien entourée.
La rousse se ramollit et prit la main tendue de Beca pour la rejoindre sur le lit. Elles s'installèrent avec Lucy entre elles et prirent quelques clichés. Chloe n'était pas tellement concentrée sur l'objectif mais plutôt sur Beca qui rayonnait depuis le début de la journée et Lucy qui mâchonnait ses petits poings en babillant, pleine de bave. Jamais elle n'aurait pensé pouvoir aimer un enfant aussi vite et pourtant, elle commençait à comprendre comme il lui serait dur d'être séparée de Lucy si sa relation avec Beca ne fonctionnait pas. Beca surprit le regard évasif et l'air sérieux de Chloe en regardant les photos qu'elle venait de prendre. Elle se tourna pour placer une main sur l'abdomen de Lucy, rejoignant celle déjà présente de Chloe.
- Tout va bien ?
Chloe, interrompue dans ses pensées, ouvrit la bouche avant d'expirer, prise sur le fait.
- Je viens de comprendre que je me suis déjà pas mal attachée à Lucy.
Beca s'attendrit immédiatement et resserra ses doigts autour de ceux de sa petite-amie. Elle ne voulait pas demander à Chloe d'élever Lucy avec elle. Ce n'était ni son choix ni sa responsabilité. Pourtant, elle s'imaginait très bien quelle partenaire parfaite ferait Chloe pour éduquer son enfant.
- Elle t'aime déjà aussi, tu sais.
Comme pour confirmer les dires de Beca, Lucy se tourna vers Chloe en répétant « LO » et en agitant son éléphant. Les deux jeunes femmes s'enthousiasmèrent de cette nouvelle syllabe. Chloe prit l'éléphant pour faire répéter Lucy.
- LO ? C'est ton éléphant ?
- LO. LO. LO, continua Lucy en gesticulant vers Chloe.
- Je crois que c'est toi qu'elle appelle, fit Beca, les yeux brillants.
Chloe envoya l'éléphant vers Beca pour vérifier mais Lucy continua de la désigner de son poing en prononçant « LO ». La rousse la prit dans ses bras en la serrant fort.
- Je crois que je tomberai amoureuse de tous les Mitchell qui fouleront cette terre.
- Ouh, dégueux, laisse mon père en dehors de ça.
Chloe bouscula Beca gentiment en rigolant. Oui, c'était cuit. Elle aimait déjà Lucy comme la sienne.
La fête battait son plein chez les Bellas. Les étudiants trouvaient toujours une bonne excuse pour faire la fête mais Halloween restait le jour le plus célébré de tous. Chaque sororité organisait des soirées inoubliables dans leurs immenses demeures. Les Bellas n'y échappaient pas. Pour l'occasion, les Treblemakers avaient été conviés. Chacun avait amené un ami qui avait amené un ami. Les pièces étaient bondées de jeunes qui dansaient, s'amusaient à des jeux d'alcools ou discutaient tranquillement. Les déguisements étaient tous plus farfelus les uns que les autres. Un homme de Cro-magnon se promenait avec un gourdin et sa toge en fourrure, malgré la fraîcheur de ce 31 octobre. Plusieurs Freddy Mercury et Pocahontas s'étaient pris en photo ensemble, trop heureux de trouver des gens déguisés comme eux.
Dans le jardin, Beca avait installé son matériel de musique et mixait pour le bonheur des personnes amassées autour de la piscine. Assise sur un appui de fenêtre, Chloe observait la foule de loin. Les basses pulsaient contre les murs. Les corps se mélangeaient. Chloe se demanda si Beca avait remarqué l'effet qu'elle pouvait avoir sur les foules. Quand elle avait commencé à mixer, les pièces de la maison s'étaient décantées pour accueillir plus de monde encore dans le jardin. Les discussions se faisaient rares, la musique trop entraînante pour tenir une conversation.
Les Bellas avaient voulu trouver un déguisement de groupe mais aucun groupe ne comportait autant de filles donc elles avaient dû abandonner les Spice Girls et les Destiny's Childs, pour le plus grand bonheur de Beca. Stacie avait choisi Harley Quinn, sexy et pleine de folie. Elle baladait un énorme marteau en plastique, les couettes balançant. Elle avait rencontré un Joker assez effrayant et dansait avec lui depuis le début de la soirée. Cynthia Rose et sa petite amie étaient Gomez et Morticia Adams. La jeune femme portait une moustache dessinée au feutre pour l'occasion. Les tenues leur allaient comme un gant. Lily s'était greffée à elles en revisitant le look de Mercredi Adams, qui était bien trop réel pour ne pas être une tenue qu'elle possédait déjà. Elles restaient toutes les trois près du bar. Jessica et Ashley étaient les jumelles Olsen, la plus brune des deux portait une perruque. Flo avait attaché ses cheveux en tresse africaine et portait une robe très colorée boutonnée jusqu'au cou. Elle s'était dessinée un mono-sourcil pour ressembler à Frida Kahlo. Enfin, Amy et Aubrey avaient presque eu la même idée, étonnamment et étaient déguisées en Barbie. Sauf que la Barbie d'Amy portait un survêtement rose, le visage gras, le t-shirt plein de tâches, en parfait exemple d'une Barbie en dépression après une rupture, selon elle. Quand elles s'étaient rendues compte de leurs déguisements, elles s'étaient écroulées de rire, Aubrey la première. L'ancienne capitaine était l'image d'une Barbie féminine jusqu'aux bouts des ongles, les cheveux lissés pour l'occasion. Elle dansait avec Jesse déguisé en James Bond, simple et efficace.
Chloe les regardait s'amuser. Elle s'étonnait de voir sa meilleure amie au cou du jeune homme. Quand Aubrey leur rendait visite, Stacie passait toujours en priorité. La relation qu'elles entretenaient était ambiguë pour toutes les Bellas et Chloe se dit qu'il était temps de confronter sa meilleure amie. Depuis le départ d'Aubrey du campus, Chloe s'était beaucoup rapprochée de Stacie et elle ne voulait pas que l'une ou l'autre ne souffre.
- Beca assure, pas vrai ? Lui cria Stacie dans l'oreille en lui tendant son verre favori.
Il était passé minuit et la blonde avait déjà bien bu. A cause de ses médicaments, Chloe s'était promis de rester raisonnable alors elle était aussi celle qui s'occuperait des autres. Stacie s'était proposée d'aller lui chercher à boire. Elle acquiesça d'un grand sourire. Beca assurait toujours.
- Dommage qu'elle ne puisse pas être ici pour se déhancher avec toi, fit la blonde en bougeant ses hanches lascivement, les deux bras en l'air.
Chloe regarda Stacie s'éloigner, l'air amusé, pour retrouver un garçon bien chanceux d'être tombé sur elle. Elle vit Jessica et Ashley danser ensemble ou plutôt sauter comme deux folles, les verres à la main. Ils devaient être vides. Cynthia Rose épousait les formes de sa copine de ses mains au rythme de la musique grave. Amy avait disparu à l'étage avec son petit ami depuis quelques heures déjà et Chloe ne voulait pas savoir ce qu'elle y faisait. La rousse s'étonna de voir Jesse et Flo danser collé-serré ensemble. Le jeune homme avait l'air totalement sous le charme de la danseuse mexicaine. Chloe scanna la foule pour chercher Aubrey qu'elle venait de voir avec Jesse. La blonde était venue retrouver Stacie et la séparer du joueur de foot qu'elle avait aguiché. Elles dansaient maintenant très suavement l'une contre l'autre, les bras de Stacie autour du cou d'Aubrey. Chloe sourit narquoisement dans son verre. Il y en aurait des choses à raconter le lendemain.
- J'espère que c'est du soda, fit Beca en la rejoignant.
Chloe jeta un regard vers la sono. Elle ne l'avait pas entendu quitter les platines. Aucune différence ne s'était faite entendre.
- J'ai mis une playlist en route, expliqua Beca du pouce.
La musicienne s'empara du gobelet jaune que Chloe trainait partout et en prit une gorgée. Elle esquissa une moue fripée, frappée par l'acidité de la boisson.
- Du jus de cramberry. C'est bon pour les reins, mon capitaine, sourit fièrement Chloe.
Beca plissa les yeux. Elle était déguisée en pirate, féminine mais autoritaire avec son sabre accroché à la ceinture. Elle adorait ce côté taquin de Chloe.
- Il va me falloir quelque chose de plus corsé.
Elle partait vers le bar quand Stacie lui passa un bras autour des épaules. Chloe la vit se faire entraîner dans un jeu d'alcool. Les participants devaient s'enfiler un mètre de shots de tequila. Beca faisait non de la tête mais Stacie lui fourra presque le premier verre dans la bouche. La tequila était la faiblesse de Beca. Toutes les filles le savaient, Beca adorait ça mais ne l'encaissait pas du tout. Elle prit le premier verre avec une grimace et le retourna sur le bar sous les acclamations des gens autour. Quand Chloe la vit enchaîner sur le deuxième puis le troisième shot, elle se dit que c'était perdu. Stacie, Jessica et Ashley, qui l'entouraient, sifflaient et l'applaudissaient en criant de grands « Capi-taine » et « Mit-chell ». Quand elle avala le dernier, Beca frappa des deux mains sur le bar. Elle criait des « Alors ? », les mains vers le ciel, à qui voulait l'entendre. Quand elle se tourna pour rejoindre Chloe, conquérante, sa démarche se voulut assurée et droite. Elle portait un tricorne sur la tête, ses cheveux détachés et ce sourire en coin qui faisait chavirer le cœur de Chloe à chaque fois qu'il lui était adressé. Sa veste colonel rouge moulait son corps comme il fallait. La rousse aimait la voir comme ça, fière et confiante. L'alcool offrait à Beca l'opportunité de s'afficher sans filtre, sans mur pour la protéger. Avec le temps, Chloe pouvait se vanter d'avoir mis Beca assez en confiance pour qu'elle n'ait plus besoin d'alcool pour être elle-même.
Beca entoura sa taille de ses bras et lui déposa un baiser mouillé dans le cou. Chloe gloussa et lui jeta un regard amusé quand elle s'écarta. Elle dût lever un peu les yeux. Ses bottes noires lui donnaient cinq bons centimètres de plus sur Chloe.
- Je vais le regretter, pas vrai ?
- Je crois que tu le regrettes déjà, répondit Chloe les lèvres pincées, les yeux rieurs.
- J'aurai dû rester au jus de cramberry.
- J'ai mal à la tête pour toi.
Beca rigola et vint l'embrasser. La partie timide et gênée de Beca était, à ce moment, totalement effacée par celle qui se voulait extravertie et joviale. Chloe sentait les effluves de tequila sur sa langue. La musique changea pour No Diggitty des BlackStreet et, naturellement, Beca les fit se balancer en rythme. Au moment venu, elle s'écarta pour chanter en cœur en gardant Chloe contre elle.
Ce qui avait commencé gentiment devint plus sensuel. Les mouvements de hanches se faisaient lents et arrondis. Chloe se rapprocha un peu plus pour entourer le cou de Beca de ses bras et se cacher dans le creux de sa mâchoire. Les mains baladeuses de Beca passèrent autour de sa ceinture pour se poser sur la chute de ses reins. Chloe, en Catwoman blessée par souci de nécessité, commençait à comprendre les regards que Beca lui avait jeté quand elle était sortie de la salle de bain. Son déguisement en faux cuir noir ne laissait pas grand-chose à l'imagination. Sous les tonalités des paroles que la brune lui glissait à l'oreille, les papillons dans l'estomac de Chloe virevoltaient et se mélangeaient. Quand Beca entama le refrain, elle crut ressentir une explosion de petites ailes dans son bas-ventre et ses ongles se plantèrent doucement dans la peau de la brune. Entre deux phrases, Beca lui mordit le lobe d'oreille. Prise au dépourvu, Chloe gémit dans un sifflement. Ses hanches sursautèrent d'elles-mêmes. Comme allumée, Chloe remonta la gorge de Beca avec ses lèvres. Elle plaça un dernier baiser sur le coin de l'oreille de Beca.
- Si tu continues comme ça, on va donner un sacré spectacle à nos invités, lui chuchota-t-elle lentement.
Beca l'écarta de deux mains sur les hanches et Chloe put enfin voir qu'elle n'était pas indifférente non plus à leur danse. Ses yeux d'un bleu intense semblaient affamés. Elle lui sourit lascivement puis s'approcha à nouveau de l'oreille de sa petite amie.
- Si ça me permet de t'enlever cette tenue, je m'en fous totalement, mon chaton, fit-elle d'un sourcil levé en jouant avec la fermeture éclair qui tenait le déguisement de Chloe en place.
Les yeux fermés, Chloe inspira profondément. Elle avala sa salive difficilement. Le timbre grave de Beca sous les effluves de l'alcool lui donna des frissons. Beca sentait toujours tellement bon. Elle sentit ses lèvres puis sa langue dans son cou. Comme brûlée, elle ouvrit les yeux et constata que personne ne leur prêtait attention. Les Bellas étaient chacune occupées à danser, à boire, à s'amuser. Quand son regard trouva à nouveau celui de Beca, elles savaient toutes les deux que la décision était prise.
Quelques minutes plus tard, la porte de la chambre de Chloe claquait contre le mur dans un bruit sourd. Beca la repoussa d'un pied sans jamais détacher ses lèvres de celles de Chloe. L'esprit dans une brume épaisse, elle verrouilla la porte et entraîna doucement Chloe sur le lit. En chemin, elles se débarrassèrent l'une et l'autre de leurs chaussures. Le tricorne de Beca les rejoignit aussitôt. Leurs gestes étaient frénétiques et pressés. Beca se sentait envahie de tellement de sensations à la fois. Le souffle chaud de Chloe lui caressait la joue alors qu'elle lui dévorait le cou. Sa peau semblait en combustion. Les mains de Chloe étaient emprisonnées dans ses cheveux et s'accrochaient à elle. Elle pouvait sentir ses hanches se soulever contre les siennes aux sons de ses gémissements.
- Beca…
Allongées sur le lit, les jambes et les souffles entremêlés, les deux jeunes femmes ne formaient plus qu'une seule forme. Beca commença sa descente sur le col de Chloe. Elle voulait gouter et sentir chaque parcelle de peau de la femme qu'elle avait désiré depuis si longtemps. Les vêtements devinrent très vite une barrière. Beca releva un regard hésitant sur Chloe, la fermeture entre les doigts. La rousse remarqua les yeux injectés de Beca, son haleine chargée. Elles ne devraient pas faire ça dans cet état. Chloe enveloppa le visage de sa compagne de ses deux mains et l'attira à elle dans un baiser qui se voulait lent et tendre.
- Pas ce soir, chérie, fit Chloe entre deux baisers.
La brune hocha distraitement la tête. Les mains de Beca continuaient de se balader sur les cuisses de Chloe mais se voulaient moins insistantes. Le rythme ralentit. Leurs désirs étaient mis sous soupapes. Beca se décala pour se poser contre Chloe, le nez dans son cou, l'oreille contre sa poitrine, écoutant le battement de son cœur. Le calme les enveloppait. On pouvait entendre les enceintes battre la mesure dehors et le brouhaha des discussions. Chloe jouait avec les mèches de cheveux de Beca distraitement.
- J'en avais envie, déclara soudainement Beca d'une voix traînante.
Chloe sourit en coin. En temps normal, Beca n'aurait jamais avoué cela.
- Moi aussi, mais demain, tu te souviendras surtout d'avoir abusé de la tequila.
Beca enfouit son visage dans l'épaule de Chloe et râla, ce qui fit rire la jeune femme. Lentement, elle se tourna pour être face à Beca et lui prit les mains.
- Ne t'inquiète pas, je prendrai soin du vieux pirate à la gueule de bois qui se montrera demain matin.
La brune sourit, les yeux fermés, avant de comprendre l'insulte et d'ouvrir en grand les paupières.
- Eh ! Je suis pas si compliquée que ça, râla-t-elle en chatouillant Chloe. D'ailleurs, tu ne feras rien du tout. Je suis assez grande pour m'occuper de moi toute seule.
Elle tourna le dos à Chloe, les bras croisés, boudeuse qu'elle était d'être prise pour une enfant. Chloe rit et vint se fondre contre elle en passant un bras sous sa tête et l'autre sous sa veste. Elle caressa tendrement la peau sous ses doigts.
- On verra ça demain, mademoiselle je-sais-où-se-trouve-l'aspirine-toute-seule.
La brune souffla mais ne dit rien. Elle s'était déjà assoupie.
Le lendemain, en milieu d'après-midi, la maison des Bellas commençait à s'agiter. Chloe fut réveillée par des bruits de pas et la porte de sa chambre qui s'ouvrit à la volée. Elle s'étira à la manière d'un chat en remarquant l'absence de Beca à ses côtés. La brune venait de courir aux toilettes. Comme pour confirmer ses suppositions, Beca revint dans la chambre la mine pâle. Elle se dirigea vers la salle de bain où elle se brossa rapidement les dents. Quand elle revint, Chloe lui tendit le verre d'eau et l'aspirine qu'elle avait préparé la veille.
- Merci. Je ne veux plus jamais voir de tequila dans cette maison.
Chloe rit en s'enfonçant de nouveau sous les couvertures. Elles n'étaient pas pressées. C'était un jour férié alors elles pouvaient profiter d'un réveil tranquille. Beca la rejoignit et se cala contre elle. Elle déposa ses lèvres sur sa mâchoire pour dire bonjour et ferma les yeux.
- Qui est responsable de m'avoir fait boire ?
- Tu ne t'en souviens pas ? S'étonna Chloe.
Il y eut un silence le temps que Beca remonte le fil de ses souvenirs.
- Stacie.
- Pour sa défense, tu as dit non qu'au premier verre.
Beca grogna en signe de protestation et passa sa main sous le haut de Chloe. La jeune femme portait un t-shirt. Adieu la tenue sexy de Catwoman. Beca s'en voulut de ne pas avoir aidé Chloe à se déshabiller.
- Désolé, pour hier. Tu as dû te changer seule, marmonna-t-elle.
Chloe comprit et sourit narquoisement.
- En fait, tu t'es proposée pour me déshabiller mais j'ai fini par refuser.
Beca se souvint soudainement des mots qu'elle avait prononcé et du pas qu'elles avaient failli franchir. Elle ouvrit de grands yeux et la bouche en O en s'écartant de Chloe. La rousse éclata de rire et la saisit par les épaules pour ne pas qu'elle s'enfuit.
- C'était très flatteur. Et très sexy aussi.
Beca se cacha derrière ses mains, horrifiée. Décidément, la tequila lui retournait le cerveau. Beca s'était toujours montrée mal à l'aise quand on évoquait le sujet du sexe, même entre filles, lors de leurs soirées pyjamas improvisées. Chloe, elle, était on-ne-peut-plus libre à ce sujet. Elle trouvait normal d'en parler et de comparer les expériences. Tant qu'il s'agissait de relations consentantes, rien n'était tabou.
Tendrement, la rousse lui prit une main pour révéler son visage.
- Dans d'autres circonstances, je t'aurai laissé faire, lui avoua-t-elle plus sérieusement. Mais je ne voulais pas que ça se passe comme ça et je pense que toi non plus.
La brune acquiesça, les joues roses puis vint déposer ses lèvres contre celles de Chloe. Les deux jeunes femmes soupirèrent de contentement.
- Tu as prévu quelque chose aujourd'hui ?
- Aujourd'hui, c'est déjà bien entamé, remarqua Beca. En fait, je pensais aller au planétarium ce soir. Ils font une nocturne. Ca te dit ?
Chloe hocha vivement la tête en la serrant fort contre elle.
- Qu'entre nous ?
- Oui, toi et moi. Sans les filles, ajouta Beca.
- Parfait, sourit Chloe.
Le planétarium d'Atlanta est placé en plein centre ville, au milieu des magasins, des restaurants et des musées. Les rues en cette soirée de jour férié étaient plutôt désertes, excepté autour du lieu de visite qui était ouvert spécialement pour ça. Main dans la main, Beca et Chloe avaient payé leurs entrées et arpentaient les couloirs. Le guide à la main, Chloe regardait la programmation.
- Qu'est-ce que tu veux faire en premier ?
- Je voudrais te montrer les constellations, fit Beca en l'entraînant dans une salle noire.
Elles s'assirent dans la salle en forme d'amphithéâtre. Au centre, un guide donnait des explications sur certaines constellations. Beca montra le ciel du doigt. Au plafond, Chloe pouvait apercevoir toutes les étoiles comme si elle était sous un vrai ciel étoilé. Elle tourna un visage illuminé vers Beca avant de retourner à sa contemplation des étoiles.
- La première constellation a être répertoriée est celle de l'Ours, indiqua le guide en changeant le ciel du planétarium d'un coup de télécommande. La constellation est présente autant dans les cultures européennes qu'amérindiennes, ce qui montre l'importance de cet animal à l'époque des premiers hommes. On trouvera ensuite des constellations représentant d'autres animaux, comme le lion appelé Urgula, ou le chien. Ensuite, les signes du zodiaque, qui jouent un rôle pondérant dans l'astrologie. Vous pourrez d'ailleurs assister à une conférence sur ce sujet dans une demi-heure en salle 4. Puis viennent les créatures et personnages mythologiques. Le centaure, ici. Et là, Pégase et Hercules.
Chloe tourna la tête pour observer Beca. La brune regardait le ciel, la bouche grande ouverte, le visage émerveillé. Se sentant observée, Beca tourna également la tête et sourit. De son siège, elle se pencha vers Chloe et lui murmura :
- La plupart des constellations qu'ils montrent ici sont visibles dans le ciel mais à cause des lumières de la ville, on ne les voit pas bien.
Les deux jeunes femmes étaient passionnées par ce qu'il se racontait tout en bas de l'amphithéâtre. Une fois les explications finies, elles sortirent et se dirigèrent en salle 4 pour suivre la conférence sur l'astrologie. Assises de nouveau dans une salle sombre en attendant le maître de conférence, elles patientaient en feuilletant le livret du planétarium.
- Oh, celle-ci, j'aurai tellement aimé pouvoir la montrer à Lucy, fit Beca en désignant une exposition sur les animaux.
- On pourra revenir avec elle.
- Elle est encore trop jeune pour comprendre de toute façon mais j'ai hâte de pouvoir faire ces choses-là avec elle.
Chloe s'attendrit. Beca ne parlait pas souvent de ce que c'était pour elle de passer du temps sans sa fille. Il était vrai qu'elle s'était énormément ouverte depuis quelques semaines et la révélation de sa maternité avait aidé mais elle restait pudique et concise quand elle exprimait ce qu'elle ressentait. Chloe lui prit la main et entrelaça leurs doigts.
- Combien de fois es-tu venue ici ?
- Des dizaines de fois, avoua la brune timidement. C'est l'endroit que je préfère dans la ville quand je veux être seule.
- C'est vrai que c'est très calme ici, comparée à la maison remplie de filles bruyantes, remarqua Chloe en rigolant.
La brune hocha la tête en riant aussi. Elle pivota vers Chloe pour lui expliquer sa pensée plus en détails.
- En fait, je suis tombée ici par hasard. Je cherchais un lieu où réfléchir. Quand on a des problèmes, on croit que c'est infranchissable. En regardant les étoiles, on se sent vraiment minuscule et les soucis rapetissent tout d'un coup. Alors quand je ne me sens pas bien, je viens ici. Et parfois, je m'imagine expliquer les mythes autour de certaines constellations à Lucy. Je l'imagine grandir avec un télescope à la main.
Chloe s'émut et déposa sa tête contre l'épaule de Beca. Elle soupira. Lucy lui manquait terriblement alors elle ne pouvait pas comprendre ce que ressentait Beca pour qui la douleur devait être au centuple.
- Elle doit affreusement te manquer.
- C'est pire que ça. Je n'ai jamais vraiment vécu avec elle et pourtant, c'est comme si on avait divisé mon cœur et qu'une partie se baladait sur deux jambes en dehors de mon corps.
Le cœur de Chloe se serra. Si seulement elle pouvait accélérer le temps jusqu'au jugement ou revenir en arrière pour empêcher toute cette souffrance. Chloe était tellement en colère contre cette famille qui avait détruit la vie de Beca par pur orgueil.
- Je ne comprends pas comment ton ex a pu faire autant de mal, même à sa fille. J'espère qu'elle ne gardera aucun souvenir de lui.
- Quand j'ai appris dans quelles conditions elle avait vécu chez lui, je ne dormais plus la nuit. Depuis, j'essaie de ne pas y penser parce que ça me détruit. Elle n'aurait jamais dû vivre avec lui.
La brune montrait une mine habitée, les yeux dans le vide. Chloe se rapprocha d'elle et déposa ses lèvres sur sa joue.
- Elle sera mieux auprès de toi.
- Souvent, je me demande si je devrais lui dire qui il était, ce qu'il faisait, comment on s'était rencontré. Je pense qu'au moment venu, je lui dirai la vérité dans les faits mais la laisserai se faire une opinion elle-même. Un jour, elle voudra sûrement connaître ses origines, c'est inévitable.
Chloe acquiesça lentement. La situation de Beca était tellement particulière qu'elle ne pouvait donner qu'un avis extérieur.
- Je pense que tu ferais le bon choix dans ce cas.
Beca lui sourit et l'embrassa doucement. Elles restèrent très proches, chacune dans leurs pensées. Les images dans l'esprit de Beca se bousculaient. Elle voyait Lucy entrer à l'école, apprendre à faire du vélo, jouer ses premières notes de musique. Entrer au collège puis à l'université. Devenir une Bella, sous le regard fier de sa mère. Dans toutes ces étapes, une personne se trouvait toujours à ses côtés. Beca en était presque sûre, Chloe serait partie intégrante de leur avenir.
- Bonsoir à tous, merci d'avoir patienté. Nous allons commencer, débuta la conférencière.
Quarante-cinq minutes plus tard, Beca et Chloe se dirigeaient vers une dernière exposition avant de rentrer. La plus historique de toute, l'exposition traitait de l'aspect du ciel au moyen-âge en Europe. Chloe, qui étudiait de près les cultures européennes, tenait à voir les constellations qui s'y trouvaient.
- Regarde, par là, c'est le ciel vu de la Grèce antique.
- Pourtant, le moyen-âge se passe après l'antiquité, fit Beca.
- Ils sont obligés d'expliquer d'où viennent les mythes et légendes qu'on retrouve ensuite à cette époque. Il faut bien que ça découle de quelque part.
Beca observa sa petite amie lire les panneaux qui encadraient les photos de constellations, l'air intrigué. Chloe ne parlait jamais de ses études, ni de ce qu'elle aimait, exception faite de ses amies, du chant et de la danse. Toute la soirée, elle avait montré de l'intérêt envers les histoires qu'on leur avait raconté, les mythes liés aux différentes constellations, l'invention du télescope et des instruments de mesures. Beca ouvrait un œil nouveau sur la personnalité de Chloe qu'on aurait pu penser superficielle. La jeune femme était en fait passionnée d'Histoire et de culture.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? Demanda Chloe quand elle s'aperçut que Beca restait bloquée sur elle.
Sortie de ses pensées, la brune la contourna pour se mettre devant la photo de la constellation d'Hermès à son tour.
- Pour rien. Je viens de réaliser que tu étais encore plus intéressante que je le pensais, expliqua Beca d'un haussement d'épaule.
Chloe secoua la tête en souriant du coin des lèvres.
- Tu me pensais stupide en fait.
- Quoi ? Non, s'offusqua Beca en se tournant vivement. Jamais je ne penserai ça, tu es plus intelligente que moi. Je ne pensais pas que ça t'intéresserait autant, c'est tout. J'oublie parfois que tu fais des études de tourisme.
Quand elle vit la rousse s'approcher comme un prédateur, Beca se méfia. Chloe se pencha pour lui murmurer :
- De nous deux, tu es celle qui se veut la plus surprenante, aujourd'hui, Mitchell.
Puis elle partit doucement, avec sa jambe en attelle, vers la photographie suivante. Beca, abasourdie, se jeta à sa poursuite.
- Attends, Chlo', qu'est-ce que ça veut dire ?
La jeune femme ricana sans donner de réponse. Elle prit la main de sa petite amie pour l'entraîner vers la photographie d'Andromède. C'est seulement après avoir lu les panneaux qui entouraient la photo qu'elle répondit.
- Ca veut dire que je n'aurai jamais pensé te voir regarder les étoiles. Ca veut dire aussi, précisa-t-elle en s'avançant pour que personne n'entende, que j'aime découvrir la vraie Beca, chuchota-t-elle enfin.
La brune rougit. Chloe était la première à qui elle révélait cette partie de sa personnalité. Elle souhaitait partager plus que des bons moments avec Chloe. Elle se voulait authentique et naturelle pour lui montrer qu'elle lui faisait entièrement confiance et qu'elle s'engageait dans leur relation entièrement.
Sournoisement, Beca s'avança sur Chloe qui était occupée à lire un panneau pour l'encercler et poser son menton sur son épaule. Chloe émit un gémissement de surprise.
- La vraie Beca a encore tellement de chose à te montrer, Beale.
- J'ai hâte dans ce cas, fit Chloe en couvrant les bras de Beca des siens.
Le cabinet du Docteur Watson était typiquement ce qu'on pouvait imaginer d'un cabinet de psychiatre lambda. Rachel et Quinn se retrouvaient assises l'une à côté de l'autre sur deux fauteuils confortables face à un bureau en chêne où reposaient un ordinateur, des stylos et un calepin. Les murs étaient cachés par des bibliothèques remplies de livres de sciences et de sociologie. On pouvait y trouver Freud, Simone de Beauvoir ou des grands noms de prix Nobel que ni Quinn ni Rachel n'avaient lu. Le docteur Watson entra d'une démarche rapide et ferma la porte derrière elle.
- Mes excuses pour cette attente, mesdames. On ne choisit pas ses urgences .
Les deux jeunes femmes acceptèrent les excuses sans broncher. La thérapeute était brune aux cheveux frisés qu'elle portait très longs. Mince et élancée, elle portait une chemise à fines rayures bleues, un jean foncé et des lunettes noires. Elle ouvrit son ordinateur portable et tapa son code. Sur son calepin, elle écrivit la date, l'heure ainsi que les noms des personnes qu'elle recevait. Quinn nota une erreur dans son nom de famille mais ne dit rien.
- Très bien, j'ai cru comprendre que c'était une première pour vous.
- En tant que couple, oui. Nous avons chacune consulté séparément à différents moments de nos vies, expliqua Quinn.
La thérapeute acquiesça en prenant note. Son regard passa de Quinn à Rachel puis de Rachel à Quinn. Elle nota la différence de comportement: Quinn avait les jambes croisées, les mains sur les jambes ; Rachel avait croisé les bras sur sa poitrine et regardait les livres sur la bibliothèque.
- Je vais me présenter, peut-être, pour briser la glace. Ensuite, ce sera votre tour. Je suis Diana Watson, psychiatre spécialisée dans la thérapie comportementale et cognitive. Je traite aussi bien des adolescents que des adultes. Je laisse les enfants à mes confrères. J'ai étudié à l'université du Tennessee, à Knoxville, avant de m'installer ici. J'ai ouvert ce cabinet il y a trois ans.
Quinn hocha la tête et se tourna pour voir si Rachel souhaitait commencer. La brune restait concentrée sur le décor autour d'elle, comme absente du rendez-vous. Quinn se fit une raison et décida de les présenter elle-même.
- Je suis Quinn Fabray, et c'est ma compagne, Rachel Berry. Nous sommes ici parce que nous avons des difficultés à communiquer. Je pense aussi qu'il y a d'autres problèmes sous-jacents mais vous serez plus apte à les déceler que moi.
La psychiatre la remercia d'un petit sourire et d'un hochement de tête. Elle interpela Rachel immédiatement après.
- Rachel, pourquoi êtes-vous venue me consulter ?
Rachel, prise au dépourvu, regarda enfin la thérapeute dans les yeux. Le regard inquiet, presque apeuré, indiquait qu'elle ne savait pas par où commencer. Le docteur Watson recula sur son fauteuil et s'interrogea sur la meilleure façon d'opérer.
- Vous m'avez dit au téléphone vouloir aller mieux. Pourriez-vous me dire, là tout de suite, ce qui ne va pas ?
La petite brune se trouvait incapable d'ouvrir la bouche. Elle secouait la tête frénétiquement et commençait à s'agiter.
- Rach', tout va bien, intervint Quinn d'une voix douce en lui prenant la main.
Rachel s'y agrippa comme à une bouée de sauvetage. Elle respirait rapidement, trop rapidement, et fermait les yeux pour se concentrer.
- Je reviens tout de suite, déclara la thérapeute avant de se lever pour quitter la pièce.
Quelques minutes plus tard, elle revint avec un verre d'eau et un morceau de chocolat noir. Elle s'appuya contre le bureau et les tendit à Rachel. La jeune femme les prit en la remerciant du bout des lèvres.
- Vous avez souvent ce genre de réaction ? Demanda la psychiatre.
Rachel acquiesça en posant son verre d'eau à moitié plein sur le bureau.
- Les crises de panique ont commencé quand j'avais quinze ans. Je n'en avais plus fait pendant quelques années, jusqu'à récemment.
Quinn s'étonna de cette nouvelle. Elle ne savait pas que Rachel subissait ces crises quand elles étaient au lycée et encore moins qu'elle en faisait de temps en temps, même sous sa surveillance.
- C'est d'ailleurs pour ces crises que j'ai commencé à consulter, la première fois.
- Je vois. Est-ce qu'il me serait possible de contacter votre ancien thérapeute ? Avec votre accord, bien sûr.
- Oui, j'enverrai ses coordonnées à votre secrétaire.
- Je vous remercie. Vous savez ce qui a commencé ces crises d'angoisse ?
Rachel tourna immédiatement ses yeux vers Quinn et la blonde put y voir toute la détresse qu'elle ressentait. Elle devina que leur histoire était liée à ces crises d'angoisse. Elle lui serra la main gentiment et lui lança un sourire qui se voulait rassurant.
- Tout va bien, tu peux tout dire. Je ne serai pas fâchée ou blessée.
La thérapeute observa l'interaction et vit Rachel prendre une inspiration pour se calmer. Elle se cramponna un peu plus à la main de sa compagne.
- Quand nous étions au lycée, Quinn était la capitaine des cheerleaders et la course à la popularité était impitoyable. J'étais tout en bas de l'échelle sociale avec mes parents homos et mon ambition d'être une star de Broadway. L'équipe des cheerleaders et les sportifs gouvernaient l'école. Comme j'étais la seule à oser réellement les défier, ils me faisaient vivre un enfer.
Quinn regardait ses chaussures. Elle y repensait souvent comme on peut repenser à son premier Noël ou ses premiers émois amoureux, avec nostalgie et désarroi. Nostalgie d'une époque passée, désarroi au souvenir de la personne qu'on n'est plus. Elle avait appris à pardonner l'adolescente qui avait commis toutes ces atrocités mais elle s'était promis de ne jamais oublier.
- Donc, Quinn, vous haïssiez Rachel ?
- Non, pas exactement. J'étais en pleine remise en question. Rachel est mon véritable premier amour. Quand j'ai commencé à comprendre que ma jalousie n'était pas envers elle mais envers les personnes qu'elle côtoyait, j'ai pris conscience que je ne la détestais pas, bien au contraire. Avant cela, je n'étais qu'une boule de haine et de destruction. Je lui ai fait les pires choses qu'on peut faire à cet âge-là. Et je ne m'en excuserai jamais assez.
Quinn sentit les doigts de Rachel se resserrait contre les siens. Elle était pardonnée depuis longtemps, elle le savait. Mais le mal restait inchangé.
- D'accord, je sens que vous avez énormément de choses à me raconter avant qu'on ne puisse comprendre sur quoi travailler. Je n'ai pas de rendez-vous après vous, alors on va prendre le temps de faire une chronologie correcte, qu'est-ce que vous en pensez ?
La thérapeute avait rejoint son calepin et notait déjà les informations dont elles avaient discuté précédemment. Rachel et Quinn débattirent silencieusement et s'accordèrent. Elles resteraient le temps qu'il faudrait.
- Pour commencer, quand vous êtes-vous rencontrer ?
- En troisième, pendant l'été. Rachel prenait des cours de danse au lycée et devait partager nos vestiaires. J'allais être promue plus jeune capitaine des cheerleaders quand ma sœur partirait pour la fac en fin d'années alors je devais me montrer dure et capable d'autorité. Et comme tu ne supportes pas l'autorité, finit Quinn d'un sourire en coin.
- Oui, enfin, tes ordres étaient ridicules. Et je ne faisais pas partie de l'équipe alors il n'y avait aucune raison pour que je doive nettoyer derrière vous.
- On avait un coach très excentrique. Mes ordres venaient de plus haut. Si je ne les respectais pas, toute l'équipe prenait une punition, expliqua la blonde.
- Je vois, nota le docteur Watson. Donc les confrontations ont commencé à cette période-là. Les crises d'angoisse aussi ?
- Non, c'est arrivé quand ma mère biologique a repris contact, quand on était en seconde.
- Racontez-moi.
- J'ai été adoptée à la naissance, commença Rachel.
Sans crier gare, les trois jeunes femmes discutèrent pendant près de deux heures. Il leur fallut ce temps pour remettre en place toutes les péripéties des jeunes vies de Quinn et Rachel. A seulement vingt-trois ans chacune, elles avaient vécu des abandons, des traumatismes, la perte d'êtres chers, sans parler de ce qu'elles s'étaient infligées mutuellement, trop blessées qu'elles étaient pour être bénéfique l'une pour l'autre.
- Après tout ce que vous venez de me raconter, c'est encore plus admirable de vous voir ensemble aujourd'hui, constata la thérapeute en observant ses notes.
- C'est gentil. Nous voudrions vraiment tout tenter pour sauver notre relation. C'est ce qui compte le plus, expliqua Rachel. Je ne peux pas perdre Quinn.
La blonde en question sentit ses joues chauffer. Cela lui arrivait rarement mais Rachel n'avait jamais pris l'habitude de déclarer ses sentiments envers elle à quelqu'un d'autre qu'elle. Elles avaient toujours su garder cette intimité entre elles.
- C'est tout à fait louable. Je vous revois la semaine prochaine pour commencer à travailler dans ce cas, indiqua Diana Watson en se levant pour leur serrer la main.
Les deux jeunes femmes la saluèrent et sortirent du cabinet les mains entrelacées. Rachel était satisfaite de cette première séance où elle avait pu voir comme elles étaient sur la même longueur d'ondes. Elles avaient les mêmes objectifs et les mêmes attentes. Il ne leur restait plus qu'à y travailler quotidiennement.
L'université de Barden offrait tout un panel de choix en terme d'études et d'activités pluridisciplinaires mais Quinn savait déjà celles qu'elle cherchait. Elle s'approcha du bureau d'accueil d'un pas élancé, une pochette cartonnée sous le bras et se présenta.
- Je suis venue signer les documents dont vous m'avez parlé par mail.
- Mademoiselle Fabray, effectivement. J'ai votre dossier, ici. Comme vous reprenez un double cursus, il faudra signer les deux documents en deux exemplaire chacun.
La blonde acquiesça et griffonna son nom et ses initiales en bas de chaque page. Elle conserva un exemplaire de chaque pour elle et remit les deux autres à la secrétaire.
- Il ne vous reste plus qu'à vous présenter en janvier. Bienvenue au département de littérature, Mademoiselle Fabray, lui sourit la jeune femme.
- Merci, répondit Quinn. Bonne journée.
Une étape de passée, Quinn se dirigeait désormais vers le centre ville où l'attendait la prochaine ligne de son agenda mental. Ensuite, elle se rendrait chez les Barden Bellas.
Chloe était seule à la villa des Bellas quand la porte sonna, cet après-midi-là. Elle mit ses classeurs de côté et prit quelques temps à rejoindre l'entrée. Elle ouvrit sans attente particulière.
- Quinn, salut ! Beca n'est pas là, elle est en répétition avec les filles.
- Oui, je me doute. C'est toi que je viens voir.
La jeune femme, interloquée, la fit entrer. Elle l'invita à boire quelque chose dans la cuisine où elle avait élu domicile pour réviser et préparer une dissertation. Le temps hivernal ne donnait envie que d'une tasse de thé ou d'un chocolat chaud. Deux boissons fumantes plus tard, Quinn pouvait enfin expliquer les raisons de sa venue.
- Chloe, je ne vais pas passer par quatre chemins. Je sais que tu as besoin d'un boulot et moi, j'ai besoin de quelqu'un pour me remplacer au restaurant. Est-ce que ça t'intéresserait de prendre le poste de manager ?
Chloe ne savait pas quoi répondre. Elle n'avait aucune expérience dans le domaine et ne savait pas si elle pourrait accumuler les cours et un travail. D'un autre côté, il lui fallait de l'argent pour continuer à étudier.
- Tu pourras aménager tes horaires comme tu le souhaites. Je resterai présente pour t'aider à gérer. Et bien sûr, au début, tu ne t'occuperas que de la paperasse le temps que ta jambe te permette de courir partout, sourit la blonde. Le salaire est basique. Douze dollars de l'heure, quatorze dollars les week-ends et jours fériés.
- Je ne sais pas quoi dire. Pourquoi moi ?
- Tu en as besoin et puis, tu es plus âgée que la plupart de mes contrats étudiants. Tu sais gérer une équipe et un budget puisque tu es capitaine des Bellas. Tu as quelques notions de comptabilité, selon tes études. En plus, je sais que vous venez souvent avec les filles donc tu connais les lieux et les horaires d'ouverture. Je te montrerai les quelques trucs qu'il faut savoir et ça ira. J'ai commencé comme ça, moi aussi.
Chloe était perdue. Elle ne s'attendait pas à ça en se levant ce matin-là.
- Et tu voudrais que je commence quand ?
- En fait, je reprends mes études en janvier, révéla Quinn. J'aimerai me remettre à niveau avant ça, donc au plus vite, au mieux. Quand tu le souhaites.
- Je peux y réfléchir ?
- Evidemment ! Beca a mon numéro. Tu n'auras qu'à m'appeler quand tu auras pris une décision.
Après sa dernière gorgée de thé, Quinn se leva et remit son manteau. Elle replaça son tabouret et alla déposer sa tasse dans l'évier. Chloe se leva pour la raccompagner à la porte.
- Merci beaucoup d'avoir pensé à moi, Quinn.
- Pas de problème. Penses-y sérieusement. Je serai contente qu'on puisse s'aider mutuellement.
Sur ces paroles, la tornade blonde partit rejoindre sa voiture. Chloe avait l'impression qu'une tempête avait fait éruption dans la maison, lui avait mis plein d'idées en tête et était repartie. Elle s'affala sur son tabouret, perturbée. Elle ne pourrait plus ouvrir un seul cahier jusqu'à ce qu'elle en parle au moins avec Beca.
Après cette journée bien remplie, il restait à Quinn deux choses sur sa liste. Elle jeta ses clés dans le bol à l'entrée de leur appartement et se mit à chercher Rachel. Elle la trouva dans leur chambre, une serviette autour du corps, les cheveux mouillés.
- Oh, j'aime ce genre d'accueil, salua Quinn d'un sourire carnassier.
Rachel leva les yeux au ciel et tapa le bras de Quinn gentiment avant de l'embrasser tendrement. La blonde insistait sur le baiser, passant sa langue sur les lèvres de sa partenaire mais Rachel était catégorique.
- Tu as réservé pour dix-neuf heures. On va être en retard.
Quinn capitula et déboutonna sa chemise pour se changer.
Quelques heures plus tard, sorties du restaurant, Quinn et Rachel se promenaient près d'une falaise. Quinn avait garé la voiture en haut d'une colline et emmené Rachel dans un chemin sinueux qui longeait la roche. Le froid n'était pas assez cru à cette heure-là pour les empêcher de passer un bon moment. Les bras autour de celui de Quinn, Rachel discutait de leur séance de thérapie en observant la buée s'échapper de sa bouche.
- Le docteur Watson a l'air vraiment gentille. Je pense qu'on a bien choisi.
- Elle me plait aussi. Elle pose les bonnes questions et s'intéresse réellement. J'ai vraiment apprécié qu'elle rallonge notre rendez-vous pour mieux comprendre.
Rachel acquiesça silencieusement et le calme les enveloppa. Comme elles étaient sorties de la ville, les étoiles étaient vraiment bien visibles et les bruits d'animaux sauvages se faisaient entendre. On pouvait deviner un renard par ci ou un oiseau par là. Quinn adorait cet endroit. Elle venait souvent se promener quand elle avait besoin de réfléchir mais n'y avait jamais emmené Rachel.
- Tu vois, fit la blonde d'un raclement de gorge. Je viens souvent ici pour être au calme. Quand j'ai des doutes ou quand je me sens dépassée, ça m'aide à ralentir. A prendre du recul. Les prochaines fois, tu pourrais peut-être m'accompagner, si tu en as envie, proposa-t-elle enfin.
Rachel, qui reconnut l'effort de sa compagne, sourit de toutes ses dents. Quinn se montrait compréhensive et compatissante. Elles apprenaient à s'apprivoiser de nouveau et c'était pour le moment un pur bonheur. Un frisson la parcourut et Quinn le remarqua immédiatement.
- On va faire demi-tour.
Elles remontèrent doucement le chemin. En marchant, Rachel remarqua que Quinn n'avait pas sorti la main de sa poche depuis qu'elles avaient quitté la voiture. Elle décida qu'elle ne devait plus tourner autour du pot et les arrêta dans leur marche.
- Quinn, est-ce que tout va bien ?
La blonde, interloquée, se tourna légèrement pour lui sourire.
- Oui, bien sûr, pourquoi ?
- Qu'est-ce que tu as dans la poche ?
Quinn leva les yeux au ciel. Comptez sur Rachel pour ne jamais rien louper.
- On ne peut rien te cacher. Je voulais te le montrer au restaurant mais je n'ai pas trouvé le bon moment.
De sa poche, elle sortit le document plié qu'elle avait signé plus tôt dans la journée à l'université. Elle le tendit à Rachel qui put y lire « certificat de scolarité » et « double cursus lettres modernes et philosophie ». Elle ouvrit de grands yeux et son regard passa du document à Quinn plusieurs fois.
- Je reprends mes études, confirma la blonde. En janvier.
- Quoi ? Mais, et le restaurant ?
Consciente du froid, la blonde passa un bras autour des épaules de Rachel et l'invita à avancer.
- J'ai proposé à Chloe de me remplacer ou en tout cas, de me seconder. J'aimerai me remettre à niveau avant le mois de janvier. Elle n'a pas encore accepté.
- Elle a déjà travaillé en restauration ?
- Non, mais toi et moi non plus. Elle a besoin d'un travail et moi de quelqu'un en qui je peux avoir confiance. Je sens que ça peut marcher.
- Je pense que tu as raison. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Je voulais te faire la surprise, sourit Quinn.
Rachel secoua la tête mais souriait, le visage illuminé. Elle lui avait demandé tellement de fois de reprendre ses études qu'elle en avait perdu le compte. Quinn faisait vraiment des efforts considérables pour réparer les liens entre elles. Heureuse de la nouvelle, Rachel se serra contre Quinn et comprima son bras.
Le silence retomba autour du couple et elles arrivèrent doucement jusqu'à la voiture. Ne voulant pas rater son effet, Quinn attira Rachel à elle par le poignet avant qu'elle n'atteigne le véhicule.
- Il y a une autre chose dans ma poche que je te cache depuis cet après-midi.
La brune la regardait, perplexe. Elle ne s'attendait pas à voir Quinn mettre un genou à terre, un écrin ouvert sur la main.
- Tu m'as toujours dit que la seule condition pour m'épouser était que je reprenne mes études. Tu ne peux plus dire non, maintenant.
Rachel crut rêver. Littéralement. Ce n'était pas possible. Quinn n'était pas en train de la demander en mariage. Les larmes lui montèrent immédiatement. Ses mains recouvrirent son visage. Elle avait perdu toute notion d'espace et de temps. Quinn l'observait pousser des gémissements de stupeur et sautiller comme si elle n'en revenait pas.
- Rach' ? Il fait froid, tu sais, fit la blonde faussement confiante.
En réalité, Quinn avait été terrifié d'en faire trop. Après les disputes qu'elles avaient enchaînées et l'état mental de Rachel, elle n'était pas sûre que son geste soit accueilli positivement.
- Rachel, intervint une nouvelle fois Quinn en lui prenant la main.
Comme électrifiée, Rachel revint à elle et se secoua. Elle se jeta sur Quinn, les étalant au sol, et l'embrassa sur tout le visage.
- Oui, oui, oui, oui, un millier de fois oui !
Quinn n'avait plus de tympan mais elle avait gagné une fiancée. Sans attendre, elle enfila la bague autour du doigt de Rachel et l'embrassa de nouveau. Elles se levèrent pour monter dans la voiture. Ce soir-là, seules les étoiles furent témoin de ce qu'il se passa en haut de cette colline. Et quel témoignage.
