Dans l'auditorium, la foule s'amassait comme lors d'une première de cinéma. Les parents et les amis étaient nombreux à être venus soutenir les étudiants qui allaient se produire sur scène. C'était le spectacle d'automne annuel des groupes d'a capella et tout le monde voulait entendre les Barden Bellas et les Treblemakers. Les Bellas avaient répété énormément pour combler l'absence de Chloe dans la chorégraphie et la rousse ne voulait manquer ça pour rien au monde. Accompagnée d'Aubrey, la jeune femme attendait l'arrivée du père de Beca qu'elle avait promis de retrouver à l'entrée. Les Bellas étant en coulisses pour se préparer, Beca ne pouvait pas accompagner son père et sa femme jusqu'à leurs places attitrées.

- Chloe, regarde, les voilà, montra Aubrey au loin.

La jeune femme se fit grande pour repérer David et Sheila Mitchell. Elle fut surprise de les voir accompagner d'une autre femme. La brune en question ressemblait à Beca et quand elle prit Chloe dans ses bras, le doute s'effaça.

- Tu es resplendissante, Chloe !

Chloe répondit à l'étreinte de la mère de Beca et salua David et Sheila.

- J'ai voulu faire une surprise à Beca. J'ai une conférence dans le coin, c'était l'occasion, expliqua Vittoria.
- C'est une organisation de dernière minute. Espérons que Beca apprécie, fit David l'air un peu inquiet de la réaction de sa fille.
- Je pense qu'elle sera contente, sourit Chloe, se voulant rassurante. Le spectacle va bientôt commencer.

Aubrey et Chloe guidèrent les Mitchell et Vittoria jusqu'à leurs places au premier rang. Le brouhaha s'estompait au fur et à mesure que les gens s'installaient sur les sièges de l'auditorium. Les lumières s'éteignirent doucement pour ne laisser que les projecteurs de scène allumés. Les Treblemakers, en bonne première partie, ouvrirent le show avec un remake des One Direction. Chloe trouva le choix osé, connaissant leurs performances habituellement. Le public semblait apprécier et même Aubrey bougeait la tête en rythme. Les parents de Beca regardaient les garçons sur scène comme des spécimens sortis d'une autre galaxie. Leur seconde chanson était un choix plus rock et le public se mit à frapper dans les mains en synchronie avec la chanson. A la fin de la chanson, Jesse introduisit les Barden Bellas et le public s'agita. David siffla de ses deux doigts et Vittoria sortit son téléphone pour filmer. Chloe jeta un regard amusé à Aubrey qui lui fit un clin d'oeil. Elles savaient toutes les deux le mal que ça faisait de ne jamais avoir ses parents présents aux représentations des Bellas alors elles se réjouissaient quand les parents d'une des Bellas se montraient encourageants.

A la première note de synthétiseur imitait par Ashley, Chloe savait quel enchaînement elles avaient prévu. La nouvelle organisation créée par Beca et Chloe prévoyait la répétition de plusieurs enchaînements de mashups par semaine. Beca avait eu l'idée d'entraîner les Bellas sur des chansons différentes pour toujours être prêtes et ne jamais présenter deux fois le même enchaînement coup sur coup. Le choix avait été plutôt bien accueilli par l'équipe qui aimait se diversifier. De cette façon, personne ne savait à l'avance ce qu'elles allaient présenter. Le mashup des chansons de Lady Gaga était de loin le préféré de Chloe. C'était le plus excentrique de ceux qu'elles avait préparé jusqu'ici avec des notes osées et des pas de danse qui les dénotaient du reste de la concurrence lors des concours. Le présenter ici étonnerait certainement l'audience mais surtout les autres groupes d'a capella qui étaient venus mesurer la compétition de cette année. Encore un choix très intelligent de Beca qui avait voulu garder sa combine secrète.

- Gaga, sérieusement ? S'étonna Aubrey tout haut. Beca me surprendra toujours.

La blonde regardait Flo et Stacie faire des saltos sur scène. Les costumes étaient flamboyants sous les lumières. Des masques invraisemblables aux formes géométriques cachaient une partie de leurs visages. Chacune différente, elles portaient toutes des paillettes mais de couleurs assorties à la chanson qu'elles chantaient. Elles avaient sorti le grand jeu ! Plusieurs musiques se distinguaient. Beca avait pris le solo sur Bad Romance, en rouge, entourée par Stacie et Ashley pendant que Lily, en blanc, répétait des « Poker Face » en sourdine. La première chanson dériva très vite sur un mashup de Poker Face et Telephone, sur lequel Cynthia Rose jouait les Beyonce et Jessica prenait le rôle de Lady Gaga. Amy, en tenue à paillettes bleues, les interrompit en accords parfaits pour reprendre Born this way et s'époumona sur la dernière note du refrain comme elle aimait le faire, dans un mélange magnifique des quatre chansons. Chloe était impressionnée. Elle savait que le set duré plus longtemps que ça, reprenant des chansons un peu moins connues de Lady Gaga mais que Beca affectionnait pour leurs sons urbains ou R'n'B. C'était d'autant plus épatant. Le set entier devait vraiment mettre le feu à une salle de spectacle. Chloe connaissait le talent de Beca pour arranger les sons et faire ressortir les potentiels de chacun mais le voir en tant que spectatrice, c'était totalement autre chose. Les musiques s'accordaient parfaitement, au bord de l'excès, à deux pas du chaos que ça pourrait devenir. Mais pas dans les oreilles de Beca. Lady Gaga en serait probablement fière.

- Ca décoiffe !

Chloe regarda à gauche pour voir les parents de Beca danser et frapper dans leurs mains. A sa droite, Aubrey chantait à tue tête sans se préoccuper de ce qu'il pouvait bien se passer autour. Chloe fut envahie par une vague de nostalgie. Elle aurait tellement voulu faire partie de ce spectacle. Elle aurait tellement voulu pouvoir créer ce genre d'enchaînement avec Aubrey. Une fois la représentation finie, les Bellas saluèrent devant un public comblé. La salle illuminée était debout, les gens scandaient leurs noms. Si elles ne gagnaient pas cette année, Chloe crierait à l'injustice.

- Voilà Beca, fit Sheila en désignant une forme rouge dans l'assemblée.

Evidemment, les Bellas n'avaient pas pris le temps de se changer. Les filles regrettaient souvent de ne pas profiter assez de leurs tenues. Chloe, qui gérait les budgets, leur interdisait de se balader avec certains costumes de scène car ils étaient couteux et elle ne voulait pas qu'ils s'abîment. Mais comme le chat n'était pas là…

- Maman ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Encore sous l'adrénaline de sa performance, Beca sauta au cou de sa mère pour la saluer.

- Je suis venue chanter avec toi mais tu avais déjà commencé, répondit sarcastiquement Vittoria. Quel spectacle ! Regarde-moi cette tenue ! Tu brilles !
- Je sais ! C'était génial. Je ne pensais pas que ça rendrait aussi bien. On a travaillé comme des dingues.
- Vous pouvez être fières, Bec'. C'était réussi, félicita David d'un sourire de papa comblé.
- Je vais aller voir les filles. Bravo, Beca, j'ai regretté ne pas en faire partie, fit Aubrey en déposant sa main sur l'épaule de Beca.
- Ah, tu as fait ton temps, Posen, railla la capitaine des Bellas.

La blonde la frappa gentiment du poing avant de partir rejoindre les autres et saluer d'anciens camarades. Chloe secouait la tête devant l'interaction. Ces deux-là gardaient leur esprit de compétition en toutes circonstances.

- Tu restes combien de temps ?
- Trois jours. Je reviendrai en milieu de mois pour le jugement.

Vittoria gardait sa fille près d'elle, une main protectrice posée dans le bas de son dos. David et Sheila leur faisaient face. La belle-mère de Beca n'avait plus dit un mot depuis l'arrivée de Beca. Sans que les désaccords ne soient verbalisés, Chloe sentait la tension dans l'air entre Vittoria et Sheila.

- On avait prévu d'aller fêter ça au restaurant, ça te dit ? Demanda David à son ex femme.

Vittoria posa silencieusement la question à Beca de ces yeux bleu saphir. Pour une fois, elle avait décidé de laisser sa fille faire ce qu'elle avait envie de faire.

- Euh, je ne sais pas si c'est une bonne idée, répondit franchement Beca, intimidée.

Son regard passait des Mitchell à Vittoria. Chloe la voyait hésiter sans savoir quoi dire de plus. Le choix était difficile.

- Pourquoi ça ? Tes parents sont au même endroit, pour une fois. Il faut en profiter, s'exclama Sheila.

Chloe vit au visage de Vittoria que la belle-mère de Beca venait de marquer des points.

- Très bien, alors c'est réglé. En route, fit David en se tournant pour partir.

Beca jeta un regard désolé à Chloe. Elle lui glissa un baiser sur la joue et prit la suite de ses parents. Quand David vit sa fille avancer sans Chloe, il se retourna.

- Chloe, qu'est-ce que tu fais ? Tu viens avec nous !

La jeune femme laissait seule sur place lui offrit deux yeux exorbités puis un vrai sourire reconnaissant. Beca lui tendit la main quand elle les rejoignit. Chloe, toujours aussi gênée en la présence des parents de Beca, sentit sa peau s'empourprer.

- Merci pour l'invitation, David, le remercia-t-elle poliment.
- Il n'y a pas de merci à dire. Tu fais partie de la famille, Chloe, répondit le père de Beca en lui déposant une main amicale sur le coude.

Vittoria hochait la tête pour montrer son accord. Dans un clin d'œil, elle passa son bras autour des épaules de sa fille et se mit à leur poser des dizaines de questions sur leurs études et les Bellas. Elle demanda à voir des photos de Lucy et Beca lui demanda de ralentir parce qu'elle ne pouvait pas répondre à tout en même temps. Chloe reconnut dans le sourire de la quadragénaire et dans sa manière de parler toutes les mimiques qu'elle avait donné à sa fille en lui donnant naissance. Elle espérait voir des traits similaires chez Lucy un jour.


Rachel pouvait se vanter d'avoir toujours su gérer son stress seule. Pour monter sur scène, elle avait un rituel bien précis pour ne pas être sous l'empire du stress. Bien sûr, on disait toujours au débutant que le stress avant de monter sur scène était une bonne chose. Rachel savait que ce n'était qu'une manière de les rassurer. Le stress n'était que la preuve d'une mauvaise préparation, selon elle. Cependant, elle s'était trouvée bien bête quand on lui avait demandé à quoi elle devait le stress lié à sa mère. Etait-ce un bon ou un mauvais stress ? Etait-il utile ? La vérité était surtout dans les attentes que Rachel avait envers sa relation avec Shelby Corcoran.

La femme, qui avait signé un contrat de mère porteuse, était revenue dans sa vie avant ses dix-huit ans, date légalement autorisée par le contrat. Elle avait fait l'effort de la trouver, d'engager quelqu'un pour l'attirer à elle et non l'inverse – elle était hors-la-loi si elle approchait Rachel d'elle-même. Shelby avait d'abord été tout ce que Rachel espérait. Une grande voix, avec un côté dramatique ne pouvant rivaliser qu'avec celui de sa fille. Les yeux chocolats, les cheveux bruns, le visage autoritaire et anguleux. Une vie remplie de spectacles à Broadway. Un talent artistique si pur et professionnel. Rachel l'admirait réellement. Elle avait espéré tellement souvent pouvoir discuter avec cette femme qui l'avait mise au monde. Cependant, quand Shelby eut l'occasion de créer un véritable lien avec sa fille, elle prit la fuite. Rachel, adolescente, terrifiait sa mère par ce qu'elle représentait : le temps qu'elle avait perdu. Elle vécut cela comme un second abandon. Les crises d'angoisse commencèrent juste après le départ de Shelby.

La première crise se passa dans un couloir. Deux adolescentes discutaient, Heather Carter et Kimberley Adams , des cheerleaders. Rachel était habituée aux brimades, aux remarques quand elle passait près des joueurs de foot ou des amies de Quinn. Quand elle passa près d'Heather et Kimberley, pourtant, elle ne s'attendait pas à ce que ça l'atteigne à ce point.

- Alors Berry, ta mère ne t'a pas appris à t'habiller correctement ?

Elle ne saurait plus dire qui des deux filles avait prononcé les mots. Seul le bourdonnement dans ses oreilles occupait son esprit. Son cœur bâtait à tout rompre, comme s'il voulait s'échapper de sa poitrine. Ses mains étaient moites et tremblantes. Elle transpirait à grosses gouttes. Elle s'était ruée dans les toilettes pour une fois vides et avait attendu que la crise passe. Sans l'expérience de savoir ce qu'il se passait ou des gestes à faire, Rachel dût attendre presque une heure, recroquevillée sur des toilettes, les jambes contre son corps. Elle rata l'heure d'espagnol ce jour-là. En rentrant chez elle, au soir, elle expliqua à ses parents, déjà au courant de son absence, ce qu'il lui était arrivé. Ils décidèrent ensemble qu'elle devait consulter un psychologue.


Beca regarda son père mettre le frein à main et souffler sur ses phalanges pour les réchauffer. Les premières gelées de l'hiver dominaient la météo ce soir-là. Il avait tenu à les raccompagner après le diner pour ne pas les laisser vagabonder dans les transports en commun à une heure aussi avancée. Les deux jeunes femmes détachèrent leurs ceintures.

- Merci de nous avoir raccompagné, David, remercia Chloe à l'arrière de la voiture.
- Aucun problème, c'est normal. Ca s'est plutôt bien passé, non ?

Beca ouvrit de grands yeux et se gratta le front, gênée.

- Je pense aussi. J'ai cru que Maman allait planter sa fourchette dans la main de Sheila quand elle a commandé avant elle au restaurant mais elle a su se tenir.

Le rire de David se fit rauque et nerveux.

- Et encore, tu n'étais pas avec elles dans la voiture. J'ai dû me concentrer sur la radio pour ne pas entendre ta mère grogner.

En imaginant la scène, Beca et Chloe éclatèrent de rire. Le diner s'était passé sans heurt. Les discussions étaient restées légères pour le bien-être de tous. Beca avait répondu aux questions de sa mère sans sourciller. Avant de partir pour sa chambre d'hôtel, Vittoria avait salué David et Sheila poliment en faisant promettre à sa fille de se voir dès le lendemain.

- Il faut lui reconnaître qu'elle fait des efforts. C'est plus agréable.
- Elle t'a fait payer tes erreurs assez longtemps, fit Beca d'un hochement de tête.
- Elle avait ses raisons, conclut David en haussant les épaules.

Beca se pencha pour embrasser son père et lui souhaiter bonne nuit. Chloe le remercia une nouvelle fois et elles quittèrent la voiture. David ne démarra qu'une fois les deux jeunes femmes arrivées à la porte d'entrée. Dans un dernier signe, la Prius de David reprit la route.

- Tu commences à quelle heure demain ?
- J'ai cours d'économie à 10h00, soupira Beca, déjà lasse d'y aller.
- Oh, c'est super tôt, ça, Mitchell, taquina Chloe en enlevant son manteau.

Sa petite-amie plissa les yeux et s'avança dangereusement lentement. Chloe recula et recula jusqu'à trébucher sur les premières marches de l'escalier. Beca l'attrapa de justesse d'un bras sous la taille.

- Tu disais ?
- Qu'on devrait aller se coucher, fit Chloe en l'embrassant rapidement.

Elles montèrent se préparer pour la nuit. La représentation avait eu lieu en pleine semaine, ne laissant pas le choix aux Bellas de profiter réellement de leur soirée. En passant dans le couloir pour aller aux toilettes, Chloe remarqua les gloussements qui échappaient de la chambre de Stacie. Son amie avait de la compagnie pour la nuit, apparemment. La porte de Cynthia Rose était fermée mais un fin rayon de lumière en échapper. La jeune femme devait réviser pour son examen du lendemain. Quand Chloe revint dans sa chambre, Beca était sur le point d'enfiler un t-shirt.

- Tu peux rester comme ça, ça me va aussi, lança Chloe malicieusement.

Quand elle s'approcha de Beca pour contourner le lit, elle passa un doigt le long de sa colonne vertébrale tatouée. La brune étouffa un cri aigu qui les surprit toutes les deux. Elle se cacha instinctivement la poitrine et jeta un regard assassin à sa petite-amie. Chloe rit et se mit à fouiller dans son dressing pour trouver un pyjama.

- Tu ne m'as jamais dit à quoi faisait référence ton tatouage dans le dos.

Beca enfila son t-shirt rapidement et s'avança vers Chloe pour l'aider à se changer.

- C'est le refrain d'une chanson que me chantait ma grand-mère en italien quand j'étais bébé. Elle est décédée quand j'avais trois ans. Elle s'appelait Rebeca.

La compassion de Chloe transparut immédiatement sur son visage. Sa main rejoignit la joue de Beca qui lui sourit timidement. La jeune femme avait tellement changé depuis ces quelques mois. Elle partageait maintenant des informations sur son passé simplement, sans même essayer de contourner le sujet. Beca montra le lit du menton pour demander silencieusement à Chloe de s'asseoir.

- Tu pourrais la chanter ?
- J'ai un très mauvais accent italien, mais ne dis rien à ma mère, rit la brune en enlevant les scratchs à la cheville de Chloe.
- Tu dois bien connaître quelques mots, insista-t-elle.

Beca se releva d'un seul mouvement et attendit que Chloe enlève l'attelle. Elle la regarda, les deux poings sur les hanches, les yeux rieurs.

- Ma mère dit souvent stronzo quand elle conduit donc j'ai appris à l'utiliser.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Tu lui demanderas, rit Beca.
- Quoi ? Non, dis-moi ! C'est une insulte, pas vrai ? Je suis sûre que c'est une insulte !

Chloe se leva pour retirer son chemisier émeraude et son pantalon. Beca l'aida à passer les bras et la tête par habitude plus que par nécessité. Les douleurs dans la poitrine de Chloe n'étaient plus fulgurantes comme au début.

- Tu ne sais rien dire d'autre ? Même pas une phrase d'accroche pour draguer, demanda la rousse, jouant des sourcils.

Elle attira Beca à elle par l'élastique de son pantalon. Le regard de Beca descendit sur la main de Chloe et remarqua son soutien-gorge en dentelles assorti à son chemisier. Elle avala sa salive difficilement puis se racla la gorge.

- Quando nasce un amore, prononça-t-elle, la voix grave, la main sur la joue de Chloe. Non è mai troppo tardi.

Les lueurs dans les yeux de Chloe dansaient comme les flammes jumelles d'une cheminée. Elle ne savait pas ce que ça signifiait mais, au timbre de Beca, elle avait deviné qu'il s'agissait de quelque chose de romantique.

- Quand nait un amour, il n'est jamais trop tard. C'est la première phrase de la chanson.
- C'est très joli. Tu me la chanteras, un jour ?

Beca faisait non de la tête mais ses yeux disaient oui. Elle ne pouvait rien refuser à Chloe. Elle s'accroupit à nouveau pour aider Chloe à plier la jambe et enlever le reste de son pantalon. Par habitude, la jeune femme lui tendit le bas de son pyjama et Beca enfila délicatement les chevilles de Chloe. Elle remonta maladroitement jusqu'aux genoux, où Chloe pouvait prendre la relève. Les pommettes et le cou enflammés, Beca semblait mal à l'aise et intimidée. Des dizaines de fois, elles avaient fait ces gestes et pourtant, Chloe s'étonna encore de la voir inconfortable. Elle n'osait jamais la regarder dans les yeux. Souvent, et comme ce soir, elle regardait le plafond.

- Tu inspectes la tapisserie ?

La brune grogna mais osa enfin affronter le regard de sa compagne.

- Pourquoi ça te gêne autant ? Tu m'as déjà vu nue dans les vestiaires. On vit entourées de femmes. J'ai même vu Stacie s'épiler le maillot, la dernière fois.
- Chloe !
- Beca !

Beca la regardait, indignée, comme si dire tout haut ce qu'elles savaient toutes les deux la dérangeait encore plus.

- Je ne suis pas gênée, finit-elle par contredire, de mauvaise foi.
- C'est pas ce qu'en disent tes joues.

La réponse immédiate fut un grognement étouffé. Beca se cachait dans ses mains, agacée et les joues vraiment rouges.

- Je ne sais pas. C'est ton intimité, d'accord ?
- Oui, et je te fais confiance pour ne pas en abuser.
- C'est pas ça. On peut parler d'autre chose ?
- Non ! Je ne vois pas ce qui te gêne autant. Je suis faite comme n'importe quelle femme, il n'y a rien…
- Je n'aime pas n'importe quelle femme, Chloe !

Les yeux ronds, Beca mit une main sur sa bouche violemment. Chloe portait la même expression. L'interruption avait été tellement naturelle qu'elle n'avait prévenu personne. Se sermonnant intérieurement, Beca décida de jouer le tout pour le tout. Elle s'approcha pour prendre les mains de Chloe et planta son regard dans le sien.

- Tu n'es pas n'importe quelle femme. Bon, je ne voulais pas te dire ça comme ça, rit-elle nerveusement. Mais je suis amoureuse de toi aussi. Depuis longtemps. Je t'aime, Chloe. Donc, ne sois pas étonnée si ça m'intimide un peu, finit-elle en dansant d'un pied à l'autre.

Si Beca avait dû décrire les yeux de Chloe à ce moment précis, elle aurait dit qu'ils ressemblaient à deux diamants bruts. C'était pour dire à quel point même Beca Mitchell ne pouvait rien contre les pouvoirs de l'amour. Chloe la regardait comme si elle était la personne la plus importante du monde. La plus précieuse à ses yeux. Sous son regard perçant, Beca baissa le sien à nouveau, décontenancée d'avoir exposé autant d'un coup.

- Je crois…

Chloe prit le menton de Beca entre ses doigts pour rencontrer ses deux orbes bleu foncé.

- Que je n'ai pas bien entendu, finit la jeune femme pleine de défi.

Beca pouffa maladroitement mais joua le jeu. Elle laissa traîner ses mains sur les hanches de Chloe et les joignit sur ses reins. Elle s'approcha. La sensation de leurs deux corps collés donnait des palpitations à Chloe. Beca se pencha très lentement jusqu'à son oreille puis prononça les quelques mots qui renversèrent le cœur de Chloe à tout jamais.

- Je t'aime, mon amour.

Pleine de frissons, la bouche de Chloe traîna sur la peau de Beca jusqu'à trouver ses lèvres et l'embrassa langoureusement, suavement. Le rythme sensuel de la langue de Chloe contre la sienne tirait dans les entrailles de Beca comme cherchant à réveiller une bête enfouie depuis toujours. Sentant l'envie grimper, la brune ralentit jusqu'à retirer ses lèvres de celles de Chloe pour chérir tendrement ses pommettes, sa mâchoire, le bout de son nez puis son front. Chloe soupirait calmement de contentement, respirant le shampooing de Beca. Elle n'avait jamais été aussi heureuse jusqu'à présent. Le sentiment la frappa tellement qu'elle en eût les larmes aux yeux.

- Je t'aime aussi.

Beca resserra sa prise autour des hanches de Chloe et lui déposa un baiser dans le cou. Sans vraiment la quitter, elle ramassa le haut de pyjama oublié jusqu'à présent sur le lit et s'écarta pour lui enfiler sur la tête.

- Tu commences à avoir froid.

Chloe lui sourit et enfila le reste de son pyjama. L'amour s'exprimait de tellement de façons.


Dès son premier rendez-vous chez le psychologue, on avait conseillé à Rachel d'exprimer ses pensées dans un journal. N'en voyant pas l'utilité, parce qu'elle était forte et dormait correctement, Rachel n'avait jamais commencé à écrire. Elle notait des vers de chansons qui lui passaient par la tête dans un carnet mais jamais rien de plus profond. Jamais ses pensées sur les décisions de sa mère ou l'acharnement de Quinn pour lui pourrir la vie.

Bien plus âgée à présent et ayant lu le journal de Quinn, Rachel commençait à y voir son utilité. Sa nécessité même. Elle tournait en rond dans leur salon depuis une demi-heure, à la recherche d'un remède pour ne plus penser au fait qu'elle allait devoir organiser un mariage, prévenir les gens, prévoir le repas, trouver une robe, réserver la mairie. Son cœur battait fort. Ses mains tremblées. Quinn ne rentrerait qu'en fin de journée. Il lui restait trois bonnes heures à occuper sans se faire complétement happer par son angoisse.

Sur une décision radicale, Rachel traversa la pièce, s'engagea dans le couloir et passa la porte du bureau de Quinn. Elle s'installa dans le siège et prit la première feuille blanche qu'elle trouva. Son journal ne devait pas forcément être un journal, après tout.


Les yeux de Beca se faisaient de plus en plus lourds. Elle luttait pour se concentrer sur les explications de sa professeure d'approches définitoires de la musique. Le cours était pourtant l'un de ses favoris. Elle l'avait choisi pour sa complexité. Définir la musique et en avoir une approche philosophique l'intéressait. La musique nous était-elle innée ou était-ce quelque chose que nous apprenions au fur et à mesure de notre existence ? Voilà de quoi faire gamberger les esprits les plus terre à terre.

Jesse observa la brune piquer du nez une nouvelle fois sur la chaise à ses côtés. C'était le début d'après-midi et il ne voyait pas quelles raisons Beca pouvait avoir pour s'endormir en cours comme c'était le cas ce jour-là. Ils avaient décidé de participer à ce cours ensemble pour avoir un domaine qui les rapprochait en dehors de leur travail à la radio. Enfin, Jesse avait officiellement donné cette explication au père de Beca mais pour la brune, elle s'était juste contentée de cocher une case parce qu'il fallait en cocher une.

- Beca, chuchota-t-il en lui donnant un coup de coude.

La brune sursauta légèrement et se redressa sur sa chaise, les paupières lourdes. Elle jeta un regard désolé à Jesse qui la regardait curieusement. Elle baissa les yeux sur ses notes et se rendit compte que son stylo avait tracé des lignes raturant le milieu de sa feuille.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne dors pas la nuit ?

Au tableau, Beca vit de nouvelles théories et lignes directrices inscrites. D'un regard oblique, elle montra à Jesse qu'elle l'avait entendu mais ne comptait pas répondre. Elle entreprit de prendre note rapidement.

- C'est Chloe qui t'empêche de dormir ? demanda Jesse en prenant des notes également, un sourire sournois sur le visage.

Les joues de Beca s'empourprèrent immédiatement sans qu'elle n'ose le regarder. Parce qu'évidemment, Chloe l'empêchait de dormir mais pas dans le sens où Jesse l'entendait. Chloe l'empêchait de dormir par le simple fait qu'elle soit collée à Beca une bonne partie de la nuit, le souffle dans son cou et une jambe passée entre les siennes. Avoir Chloe aussi près d'elle sans ne serait-ce que s'autoriser à penser à toutes les choses qu'elles pourraient faire la rendait dingue. Beca oscillait entre garder les yeux ouverts ou rêver du corps de Chloe et de la douceur de sa peau, et du son qu'elle faisait quand Beca l'embrassait dans le cou et de ce foutu déguisement de Catwoman qu'elle s'était jurée de brûler. Jesse ricana le plus discrètement possible. C'était tellement facile.

- Je vois. Si j'avais une fille comme elle dans mon lit, je ne dormirai pas non plus.

Beca tourna la tête brusquement et, offusquée, le mitrailla des yeux. Jesse continuait d'écrire innocemment mais ses yeux parlaient pour lui. Quelques minutes plus tard, la professeure mit fin à la séance et tous les élèves ramassèrent leurs affaires dans un brouhaha général. Jesse en profita pour approcher Beca gentiment.

- Bec, si tu veux, je peux te passer mes notes pour…

Beca l'attrapa par le col sans prévenir, les yeux furieux, le visage tendu.

- Si tu parles encore une seule fois de ma copine comme ça, Swanson, je te coupe les testicules pour m'en faire des boucles d'oreilles. C'est clair ?

Jesse avala sa salive difficilement. Il hocha la tête frénétiquement. Beca le relâcha sans ménagement, le poussa de l'épaule pour passer et quitta la salle de classe en colère. Jesse n'avait pas pensé à mal. Ca l'avait même amusé mais il comprenait maintenant que sa remarque ait pu contrarier Beca alors il se précipita à sa suite.

- Beca, attends !

La brune avait déjà vissé son casque sur ses oreilles et traversait la foule d'étudiants sans se soucier de ce qu'il se passait autour. Jesse réussit à l'atteindre et l'attrapa par le bras mais elle se dégagea immédiatement, la mine renfrognée.

- Beca, s'il te plait.
- Je n'ai plus rien à te dire, fit-elle sèchement.
- Tu as raison, je m'excuse. Je suis allé trop loin.

Beca le mesura des yeux, comme pour vérifier s'il était sérieux ou s'il se moquait d'elle une nouvelle fois.

- Pardon, je… Je crois que je m'inquiétais pour toi mais comme tu n'as eu aucune réaction, j'ai voulu te faire sortir de ta coquille et…
- C'est réussi, interrompit la brune en abaissant son casque.
- Je suis désolé. J'espère que je n'ai rien gâché. Tu sais que tu peux me faire confiance.

Beca roula des yeux jusqu'à Jupiter au moins. C'était déjà trop de sentimentalisme pour elle. Jesse l'avait vraiment mise de mauvaise humeur. Elle jeta un œil à l'heure sur son téléphone.

- On va être en retard à la radio.

Ils marchèrent ensemble jusqu'au studio dans le silence le plus complet. Jesse ne savait plus comment aborder le sujet sans mettre Beca en colère. La brune semblait être calmée, mais quand même. Il lui tint la porte pour qu'elle entre en première.

- Au fait, comment va Lucy ?
- Bien. Elle a deux dents depuis ce week-end, sourit Beca. J'ai hâte qu'elle arrive à la villa.

Jesse hocha la tête, compréhensif. Il ne pouvait imaginer le vide que représenter la séparation de Beca et sa fille.

- Le jugement approche, pas vrai ?
- Oui, dans une semaine. D'ailleurs, il faudrait qu'on échange nos horaires.
- Sans soucis, répondit Jesse en lui ouvrant la porte. J'espérais être là mais si tu as plutôt besoin que je te remplace ici, ça peut se faire.

Beca lui sourit amicalement. Jesse était l'un de ses amis les plus proches. Bien sûr, les Bellas étaient sa deuxième famille et elle confiait beaucoup de choses à Chloe mais Jesse était le seul à qui elle pouvait parler sans que sa vie ne fasse le tour de la villa des Bellas ou que son couple en pâtisse.

- Ce serait sympa. Si tu prends aussi le créneau de mercredi soir, je pourrais dormir un peu plus avant le jugement, ajouta-t-elle d'un roulement d'yeux.

Jesse se jeta sur l'occasion pour aborder à nouveau le sujet sans se montrer trop pressant. Chacun était occupé à ranger les CDs sur une étagère différente. Beca ne se sentirait pas oppresser par le fait d'être observée.

- C'est à cause de toute cette affaire que tu dors mal ?

La brune soupira. Il y avait un peu de ça aussi, oui. La peur de ne jamais récupérer Lucy était omniprésente, conspiratrice. Elle s'insinuait sous la forme de doutes qui polluaient chacune de ses pensées.

- J'ai peur qu'ils trouvent un moyen de l'éloigner encore plus de moi, confia-t-elle, embarrassée.

Jesse se pencha entre deux étagères pour la regarder. Elle était cachée derrière une pile de vinyles. Seul son visage triste était perceptible.

- Je pense que tu as une très bonne équipe autour de toi. Il n'y a pas de raison. De ce que tu m'as raconté, c'était une erreur de t'enlever Lucy. Le juge le verra et tu sortiras du tribunal avec des excuses de l'état.
- J'espère que tu as raison, souffla-t-elle presque pour elle-même. C'est bête mais j'ai peur aussi des changements que ça va apporter. Je ne connais pas ce qu'elle aime ni ce qu'elle déteste. Ses musiques préférées, ce qui aide à la calmer. J'ai peur de ne pas être à la hauteur.

Entre deux piles de CDs, Jesse regardait le visage de Beca se déformer sous le poids de ses doutes. C'était légitime et non négligeable mais il savait qu'elle avait tendance à trop réfléchir.

- C'est ta fille, Beca. Tu sauras quoi faire. Je t'ai vu avec elle, c'est naturel. Il n'y a rien de plus à savoir. Tu vas apprendre à la connaître et elle aussi et d'ici quelques semaines, tu nous supplieras de la garder deux heures pour que tu puisses prendre une douche et faire de la lessive !

La brune pouffa mais ne répondit rien. Jesse savait bien comme elle pesait ses paroles. Il lui était déjà arrivé d'avoir des discussions avec Beca sur lesquelles elle revenait plusieurs jours après pour renchérir et débattre. Il savait qu'il lui fallait du temps pour ordonner ses idées. Quand il avait compris comment Beca fonctionnait, il s'était rassuré de ne pas avoir de réponse immédiate. Ca viendrait forcément. Il fallait être patient.

Le calme du sous-sol de la radio fut interrompu par une sonnerie qui retentit de la poche de Beca. Sans vraiment s'y intéresser, elle jeta un œil au message qu'elle venait de recevoir. Il venait de Stacie. Ce n'était pas pour ainsi dire étonnant mais surtout inhabituel car Stacie utilisait toujours les discussions de groupe. Elle n'envoyait des messages privés à Beca qu'en cas d'urgence.

Legs : J'ai discuté avec Chloe. Il serait temps que tu la mettes dans ton lit, Cap', sinon elle va imploser ;) ;p

Beca ouvrit de grands yeux et prit une inspiration digne d'un joueur de trompette pour éviter d'hurler. Elle rangea son téléphone immédiatement. Ses joues pourpres, son pouls rapide, elle n'arrivait même plus à ranger les CDs par genre.

- Tout va bien ? lui demanda Jesse qui était atterri à sa droite comme par magie.

Elle sursauta et le toisa du regard, une main sur la poitrine. Elle souffla un grand coup et le repoussa gentiment.

- Tu es malade ! Vous avez tous un problème aujourd'hui, sérieux !

Jesse la jaugea des yeux comme si elle devenait folle. Il se gratta la tête, ne sachant pas quoi répondre. Devant son air perdu, Beca leva les bras au ciel.

- J'ai reçu un message de Stacie qui me demande de coucher avec Chloe, offrit Beca comme explication. C'est vraiment pas vos affaires, franchement.

Quand Beca était énervée, elle reprenait son langage de gangster comme si elle avait habité à Détroit ou dans le Bronx. Jesse s'étonna de l'aveux mais sourit en coin. Il n'était donc pas le seul à remarquer des comportements étranges chez Beca et Chloe.

- C'est peut-être parce que Chloe lui en a parlé, fit-il innocemment en prenant une partie des CDs dans la caisse de Beca.
- C'est ce qu'elle dit, oui mais je ne vois pas pourquoi elles en parlent ensemble ! Comme si c'était de ma faute !
- Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?
- Un mois, grommela Beca.
- Et vous n'avez pas encore fait l'amour ?
- Non ! Mais ça ne regarde personne.
- D'accord mais c'est toi qui en parle.
- Je sais mais ça m'énerve ! Pourquoi tout le monde m'en parle d'un coup ? Comme si c'était facile de lui résister. Je passe mes nuits à éviter de l'approcher de trop près.
- Ah donc j'avais raison, en fait, triompha Jesse.

Il évita de justesse un bonnet des objets trouvés que Beca venait de lui balancer.

- Oui, tu es content ? Je ne dors pas parce que Chloe est avec moi et j'ai peur d'en abuser.

Jesse réfléchit un instant. Il se souvenait de la soirée d'Halloween où tout le monde avait pu voir les deux jeunes femmes se tourner autour et disparaître à l'étage. Selon ses souvenirs, Beca s'était montrée entreprenante et Chloe n'avait pas vraiment résisté.

- Est-ce que tu veux mon avis ? demanda-t-il prudemment.

Beca s'arrêta un instant. Son premier réflexe était de refuser mais elle savait que si elle en parlait, c'est bien parce qu'elle avait des choses à confier.

- Oh, grand sage des relations amoureuses, je t'en prie. Eclaire-moi, fit-elle pleine de sarcasme.

Jesse roula des yeux et choisit ses mots avec précaution.

- Ok, alors déjà personne ne vous y oblige. C'est important.

Beca hocha la tête, les bras croisés, appuyée contre l'étagère. Elle avait abandonné sa pile de CDs depuis longtemps.

- Mais vous vous aimez, pas vrai ? Bien sûr que vous vous aimez, répondit-il à sa place. Même un aveugle pourrait le voir.

Les lèvres de Beca s'étirèrent devant la remarque de mauvais goût. L'humour noir de Jesse était ce qu'elle appréciait le plus chez le jeune homme, après sa grande générosité et sa loyauté.

- Alors qu'est-ce qui vous retient ? Tu en as envie, non ?
- Oui, évidemment, répondit la brune en faisant les cents pas. Personne ne résiste à Chloe.

Jesse lui jeta un regard en coin mais n'osa pas commenter cette fois de peur de vraiment perdre ses testicules.

- De ce que j'ai vu à Halloween, elle en a envie aussi, fit-il d'un raclement de gorge gêné.

Cette discussion n'aurait plus jamais lieu, il se le promettait.

- Oui mais j'étais bourrée. C'était stupide. J'aurai pu lui faire mal en plus. Elle porte encore son attelle la nuit.

Beca observait ses chaussures et le sol comme si elle les découvrait pour la première fois. Jesse s'arrêta de ranger pour la confronter finalement dans les yeux.

- Tu n'as pas trouvé mieux comme excuse ?

La brune releva une mine étonnée, prise sur le fait. Elle se gratta la nuque, résignée. Sa peau était tellement rouge que sa gêne pouvait se voir jusque dans son cou.

- Je crois plutôt que tu as peur de te laisser aller, lança Jesse sans prévenir.

Beca le regarda trier les CDs par genre, les installer sur l'étagère et recommencer inlassablement. Sans crier gare, Jesse avait jeté un pavé dans la marre qui servait de refuge à Beca. Et si elle n'était pas prête ? Et si elle ne savait pas s'y prendre ? Elle n'avait jamais fait l'amour avec une femme. En fait, elle n'avait fait l'amour qu'avec une seule personne, et elle avait été trahie sans pouvoir s'y préparer. Elle avait tout perdu. Maintenant qu'elle commençait à récupérer ce que Julian lui avait volé – sa confiance en elle, son estime, son intimité, sa fille – fallait-il qu'elle se partage avec une nouvelle personne ? Et si Chloe s'enfuyait tout de suite après ? Ou si elle changeait d'avis ? Si elle ne voulait plus d'elle ? Et puis, qu'est-ce que Chloe pouvait bien lui trouver ? Elle, qui se faisait draguer dans chaque endroit où elle mettait les pieds. Elle, qui avait plus de confiance dans son petit doigt que Beca dans tout son corps.

Jesse jetait des regards ponctuels et inquiets. Beca semblait en pleine réflexion, concentrée. Les rouages pouvaient presque se voir à travers son crane.

- Je vais aller relancer une playlist, indiqua-t-elle mollement en se tournant pour rejoindre le studio.

Jesse la regarda partir, la défaite au ventre. Derrière la porte, Beca prit une profonde inspiration. Etre entourée de personnes qui la connaissaient mieux qu'elle devenait lassant.


La rééducation demandait patience et engagement. Chloe essayait de se le répéter mais son cerveau était plus fort que ça parfois et la douleur plus puissante que sa volonté.

- Mes muscles sont contractés, ça fait mal, gémit-elle en soulevant la jambe malgré tout.

Stacie, qui accompagnait Chloe parce que Beca travaillait, continua d'aider Chloé à lever la jambe sans s'attarder sur sa plainte. La blessée voyait bien que son amie cogitait. Malgré ses airs superficiels, Stacie était maligne et perspicace. L'étudiante en médecine avait sauté sur l'occasion de se joindre à son amie pour en apprendre d'avantages sur les techniques de rééducation d'une jambe cassée. Enfin, c'était son excuse pour les autres Bellas mais Chloe lui avait parlé d'Antonio alors elle savait que les intentions de Stacie se trouvaient plutôt dans le pantalon moulant de l'aide soignant.

- Tu sais ce qu'il te faut ? Une bonne partie de jambes en l'air !

Chloé pouffa instinctivement. Stacie avait la réputation de quelqu'un qui ne mâchait pas ses mots. Elle était la seule des Bellas à pouvoir décontenancer Chloe.

- Qu'est-ce que c'est que cette expression ? Tu as quel âge, 80 ans ?

Stacie leva les yeux au ciel sans vraiment s'offusquer. Elle gardait son sourire carnassier.

- Sérieusement, il faut dire à Beca qu'elle s'occupe de toi. Ça te détendrait !

Elle massa une dernière fois la jambe de Chloe, qui grogna de douleur puis partit récupérer son téléphone sur le banc.

- Stacie, qu'est-ce que tu fais ?
- J'envoie un message à Beca.
- Quoi ? Non ! Reviens ici tout de suite !

Sans réaction de la part de Stacie qui lui tournait le dos, Chloé commença à s'affoler.

- Stacie, je te promets que si tu fais ça, je ferai pareil avec Aubrey.

La blonde se tourna immédiatement avec un air blasé.

- Relax, je voulais juste mettre de la musique.
- On ne peut pas en mettre, ici. Antonio va bientôt revenir.

Chloe se leva de la table de massage et grimaça. Ses muscles subissaient des courbatures avant même qu'elle n'ait tenté de marcher.

- Prête pour courir deux kilomètres, Chloe ? Demanda Antonio en entrant dans la pièce.
- Ca dépend avec qui, répondit Stacie à sa place avec un air séducteur.

Son amie roula des yeux en parfaite imitation de Beca mais sourit. Personne ne pourrait changer Stacie. Antonio ne s'en formalisa pas et aida Chloe à s'installer sur les barres parallèles.

- C'est parti. Bon, on garde en tête qu'il faut tendre les jambes et répartir son poids, sinon c'est la chute, conseilla l'aide soignant une dernière fois.

Chloe acquiesça distraitement, les dents plantées dans sa lèvre inférieure. Tomber ne me fait pas peur, se répétait-elle. Elle avança d'un pied et la douleur fut tellement foudroyante qu'elle flancha immédiatement. Antonio l'attrapa sans qu'elle ne tombe réellement.

- C'est pas grave. Encore.

Quelques chutes et échecs plus tard, Chloe et Stacie se retrouvaient dans la voiture. Stacie ne pouvait pas savoir comme leur discussion, plus tôt, était au cœur des pensées de Chloe. La rousse se repassait la soirée d'Halloween en se demandant pourquoi elle avait mis fin aux avances de Beca. Stacie avait en partie raison. La tension dans son corps trouvait son origine dans le fait qu'elle ne dormait pas assez parce qu'elle passait une partie de la nuit à penser aux mains de Beca sur elle, au parfum qu'elle dégageait, aux sons qu'elle produisait quand on lui mordait le lobe d'oreille. Avoir la brune à ses côtés toute la nuit ne l'aidait vraiment pas à calmer sa libido. Chloe serra les jambes. Elle pourrait prendre une douche froide en rentrant.

- Stace, tu crois que c'est trop tôt pour Beca et moi ?

La blonde lui jeta un regard de travers, le sourire en coin.

- C'est à moi que tu demandes ça ?

Chloe secoua la tête en rigolant. Stacie n'attendait pas. Il lui était arrivé de coucher avec des personnes dont elle ne connaissait pas le prénom. L'alchimie primait toujours sur la raison, selon elle.

- Tu l'as déjà fait avec une femme ?

Chloe et Stacie avaient cette relation ouverte où tout pouvait être discuté sans tabou ou apriori. Elles partageaient beaucoup, sans que ce ne soit un problème. Elles étaient aussi libres, l'une que l'autre.

- A ton avis ?

Un autre regard de travers, un air de challenge. Chloe sourit malicieusement.

- Je pense que oui mais pas avec Aubrey.

Stacie ouvrit la bouche en grand sans qu'un son ne sorte. Bouche bée. Et c'était rare. Chloe en était fière.

- Alors ?
- Bien joué, tu m'as démasqué. Aubrey, c'est…, la blonde soupira en mettant son clignotant. C'est une longue histoire.
- Vous en êtes où, toutes les deux ?

Stacie soupira de nouveau en passant une main parfaitement manucurée dans ses cheveux.

- Premièrement, si elle savait qu'on a cette discussion, elle ferait un malaise.

Chloe ricana parce qu'elle savait comme c'était vrai. Toutes les Bellas soupçonnaient une relation naissante entre les deux femmes mais personne n'avait osé en parler à l'ancienne capitaine de peur de réveiller le dictateur qu'elles craignaient toutes. A l'image de sa relation amicale avec Beca, Chloe voyait Stacie et Aubrey comme deux jeunes femmes qui s'appréciaient de loin. Elle s'étonnait encore qu'Aubrey ne lui en ait pas encore parler.

- Ensuite, comme elle travaillait à deux cents kilomètres d'ici, je ne me suis jamais dit que ça pouvait devenir quelque chose de sérieux.
- Oui mais elle va déménager à la fin du mois. Vous vous verrez plus souvent.
- Je ne pense pas que ça réglera le problème.

Chloe fronça les sourcils. A entendre Stacie, la distance n'était pas leur seul obstacle.

- Tu voudrais que ça devienne sérieux entre vous ?

La blonde expira et jeta un regard pénétrant à son amie. Chloe eut un hoquet de stupeur. Ce n'est pas tant le fait qu'elle pensait Stacie incapable de sentiments envers ses partenaires mais plus le fait qu'elle voyait son amie comme quelqu'un qui aimait s'amuser sans prendre les choses trop sérieusement.

- Tu l'aimes, déclara Chloe qui avait vu dans les yeux de Stacie tout le désespoir qu'elle ressentait.
- Elle me trouve trop cavalière pour être capable de m'engager dans une relation sérieuse. Elle a peur de me faire confiance parce qu'il y a trop d'enjeux pour nous deux.

Stacie était vue comme quelqu'un d'instable et qui ne pouvait pas s'engager dans une relation plus de quelques mois. Elle se vendait de la sorte. Mais Chloe ne l'avait jamais questionné sur ses choix. Pour elle, Stacie était libre de faire ce qu'elle voulait avec qui elle le voulait, tant qu'elle ne se mettait pas en danger. La réaction d'Aubrey ne l'étonnait pas. Même si la blonde s'était remise en question sur la fin de l'année précédente, elle n'en restait pas moins fille de militaire, rigoureuse et carrée. Rien ne devait entrer en collision avec son petit monde bien taillé comme elle le souhaitait.

- Je crois qu'elle a surtout peur de lâcher prise, fit Chloe prudemment.

La rousse ne voulait pas prendre partie mais la tristesse visible dans les yeux de Stacie lui demandait d'agir. Elle parlerait à Aubrey dès qu'elle le pourrait.

Quand elles rentrèrent, la villa semblait très calme. Stacie alla manger quelque chose dans la cuisine pendant que Chloe grimpait les marches pour aller prendre une douche. Elle savait Beca en cours mais ça ne l'empêchait pas de passer du temps avec les autres Bellas. Au premier étage, elle entendit des rires provenant de la chambre d'Ashley alors elle décida de passer la saluer. Quand elle frappa à la porte, ce fut Jessica qui lui ouvrit. Au moment où leurs regards se croisèrent, Jessica prit une moue coupable et surprise.

- Tu es déjà rentrée ?
- Euh oui, pourquoi ? J'aurai dû partir plus longtemps ?

La blonde secoua la tête et se recula pour la laisser passer.

- Je descends rapidement et vous rejoins après. Merci Ashley !

Jessica partit en vitesse, un appareil photo à la main. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien fabriquer ?

- C'est ton appareil photo ?
- Oui, Jess en avait besoin pour l'un de ses cours, expliqua Ashley. Ta séance s'est bien passée ?

Chloe reconnut chez Ashley le même comportement étrange – le regard fuyant, l'air pris sur le fait - que Jessica mais elle ne dit rien. Elle ne savait pas ce qui se tramait mais ça ne pouvait pas être si grave que ça. Ou bien ça l'était ?


Je suis en colère. J'ai peur. Je suis vide. Non, pas vide. Absente. Je l'aime mais elle me met en colère. Non, ce qui lui est arrivé me met en colère. Elle met du temps à rentrer, je n'aime pas ça. J'ai peur qu'elle recommence. J'ai peur qu'Hayden lui manque. Je ne sais pas si elle est vraiment guérie et ça me rend dingue. J'ai tellement de questions à lui poser. Chanter me manque mais je ne sais plus le faire. Les émotions ne sortent plus comme avant. Ma voix est écorchée. Rien n'est plus important que Quinn. Je ne me reconnais plus. Quinn non plus. Elle ne devrait pas être plus importante que moi. Je devrais me mettre au premier plan. Comme avant.

Le verrou de la porte d'entrée cliqueta sous l'enclenchement des clés dans la serrure. Le silence dans l'appartement était normal, considérant la personnalité plutôt éteinte de Rachel ces derniers jours. Quinn la chercha dans plusieurs pièces avant de remarquer la porte ouverte du bureau. Sans frapper, elle poussa le bois et découvrit sa fiancée assise, occupée à écrire. Elle s'approcha doucement et lui passa une main sur la nuque sans lire les mots inscrits sur les feuilles de papier qui entouraient Rachel.

- Tu t'es décidée à tenir un journal ?
- J'en avais marre de tourner en rond dans ma tête.

Quinn déposa ses lèvres dans les cheveux de Rachel et inspira son parfum.

- Tu veux en parler ?

La brune se recula sur le siège. Une pause dans son écriture était de mise. Elle n'avait plus rien à inscrire sur les pages blanches pour le moment. Ces ruminations ne pouvaient être atténuées que par la personne à ses côtés. Cependant, elle n'était pas sûre d'être prête à en discuter.

- Je ne sais pas, Quinn, soupira-t-elle. Tout est confus. J'ai tellement de questions qui restent en suspens et je n'arrive pas à organiser mes pensées.

Quinn remarqua la frustration naissante dans le ton de Rachel. Elle avait l'air tendu et contrariée. Quinn passa derrière elle pour lui masser les épaules. La brune se ramollit sous ses pouces.

- Si tu as des questions pour moi, tu sais que tu peux me les poser. J'y répondrai si je le peux.

Rachel esquissa un soupir avant de se lever. Elle rassembla ses feuilles en essayant de les mettre dans l'ordre.

- J'en ai mais…
- Mais tu ne sais pas si tu dois me les poser ou non. Vas y, je n'ai rien à te cacher.

La brune se racla la gorge bruyamment et rougit promptement. Rachel ne rougissait jamais.

- Je me demandais…

Elle fit quelques pas pour contourner le bureau. Quinn la suivit du regard, perplexe. Plusieurs possibilités lui vinrent en tête.

- Ce qu'il s'était passé entre Hayden et toi.

Quinn avait envisagé des scénarios différents, mais pas celui-là.

- Tu le sais bien, fit-elle en avançant pour la rejoindre. C'est la première fille avec qui j'ai couché mais on n'était pas en couple. C'était plus une amie qu'une petite-amie. Elle me fournissait en cocaïne aussi.
- Oui mais comment c'était ? Entre vous ?

Quinn leva un sourcil interrogateur. Elle connaissait la gestuelle de Rachel par cœur. Elles avaient été ennemies puis amies et amantes. Quinn voyait clairement la jalousie dans le visage et dans le ton de Rachel comme un gros monstre vert qui pouvait tout anéantir sur son passage. La blonde s'avança un peu plus pour poser ses mains sur les bras croisés de sa fiancée.

- Hayden n'était pas toi. La seule fois où j'ai couché avec elle, j'ai vu ça comme un nouveau moyen de m'amuser. Parce que c'était comme ça

avec elle. On était défoncées et on s'amusait.
La voix grave et écorchée de Quinn s'étrangla sur ses derniers mots. Rachel grimaça en entendant son explication. Ses yeux rencontrèrent enfin les deux pupilles de Quinn et elle put y lire toute l'honnêteté dont faisait preuve la blonde.

- Le lendemain, elle m'a trouvé dans un coin de la résidence des High Notes en plein bad trip. Je pleurais devant une photo de toi. Celle qu'on a prise à New York avec la chorale. Je t'appelais sans m'arrêter. Quand je suis redescendue, elle m'a demandé qui tu étais. J'ai fini par tout lui raconter. Mes sentiments pour toi, les choses horribles que je t'avais faites. La honte que j'avais d'avoir couché avec une autre fille que toi. Elle ne m'en a pas voulu. Elle m'a dit que j'étais stupide de ne rien te dire. Et à partir de là, à chaque fois qu'elle me voyait triste, elle me disait de t'appeler.
- Et tu ne l'as jamais fait.

Quinn secoua la tête parce qu'effectivement, elle ne l'avait jamais fait. Les remords avaient toujours été trop gros, trop envahissants pour passer le cap.

- J'ai toujours pensé ne pas être assez bien pour toi, avoua la blonde du bout des lèvres.

Rachel pouffa maladroitement et se blottit contre Quinn.

- On est vraiment deux idiotes.

Quinn la serra fort contre elle, tellement fort qu'elle espérait la protéger de tous les maux qui leur tombaient dessus.

- Parfois, je me demande si elle s'en est sortie ou si elle y est restée. Mais ça s'arrête là, Rach'. Tu as toujours été la seule dans ma tête. Je n'ai jamais pu me détacher de ça. Et je ne le veux plus.

Rachel acquiesça puis s'écarta, rassurée mais encore pleine de questions.

- J'ai d'autres questions mais ça peut attendre, je pense. Je ne suis pas encore prête à discuter de tout.

Quinn lui sourit et vint l'embrasser, une main sur la joue.

- Ce n'est pas grave. C'est déjà un bon début. Je suis fière de toi.

Elle la prit dans ses bras pendant quelques minutes, une main dans ses cheveux. Puis, brusquement, elle s'écarta pour retourner au bureau avec enthousiasme.

- J'ai une idée. J'ai toujours le journal que j'ai rempli en désintoxe. Si tu veux, tu peux le lire et on en discute quand tu seras prête.

La brune hésita. L'offre était tentante mais l'idée d'envahir à nouveau l'intimité de Quinn dans un tel moment de faiblesse la mettait mal-à-l'aise. Elle vit Quinn sortir un petit carnet d'un tiroir et lui tendre.

- Je ne t'oblige à rien. Mais ça peut sûrement t'aider à comprendre ce qu'il se passait là-dedans après mon overdose, expliqua la blonde en tapotant son crâne.

- Je vais y réfléchir.

Quinn vint l'embrasser une nouvelle fois doucement puis lui prit sa main gauche et embrassa sa bague de fiançailles à la manière d'un gentleman anglais.

- Future madame Fabray, que diriez-vous de lasagnes végétariennes pour le diner de ce soir ?

Rachel gloussa en acquiesçant. Elle se laissait tout le temps charmer. C'était sa plus grande faiblesse.

- Je vous laisse vous occuper de la musique, fit Quinn d'une révérence, le ton pompeux, avant de quitter la pièce.
La brune leva les yeux au ciel. Jamais elle n'aurait pu dire non à cette demande en mariage. Pas dans cette vie, ni dans une autre.


La maison des Bellas était bizarrement silencieuse quand Beca rentra, ce soir-là. Elle déboutonna son manteau, déroula son écharpe, déchaussa ses bottes et fit l'effort d'inspirer profondément. La boule au ventre qui ne l'avait plus quitté depuis une bonne heure se fit encore plus lourde, si c'était possible. Elle passa la tête par l'arche qui menait à la salle à manger et au salon. Personne. D'un haussement d'épaules, elle se rendit dans la cuisine où Stacie feuilletait un magazine, une pomme à la main.

- Salut, Cap'. Bonne journée ?

Beca la regarda mastiquer comme absorber par le fait que Stacie puisse manger et lire sans se douter qu'elle avait déréglé sa vie d'un simple message quelques heures plus tôt.

- Chloe est en haut ?
- Non, elle s'occupe du linge, en bas.

La brune hocha distraitement la tête et traversa la cuisine pour se diriger vers le sous-sol sans attribuer un seul regard à Stacie. Quelques marches plus bas, Beca découvrit Chloe occupée à plier ses vêtements alors qu'une autre machine tournait. La jeune femme semblait de bonne humeur et en forme. Elle avait déjà échangé sa tenue de rééducation pour le jogging bleu ciel qu'elle pouvait passer au dessus de l'attelle.

- Bonjour toi, comment s'est passée ta journée ?

Pour seule réponse, Beca sortit son téléphone et s'approcha uniquement pour tendre son écran à Chloe.

- Tu peux m'expliquer ?

Chloe fronça les sourcils et lâcha le pull qu'elle pliait pour prendre le téléphone. Quand elle y lut le message de Stacie, sa bouche en tomba. Les doigts sur les yeux, elle rendit son téléphone à Beca en contournant le panier de linge maladroitement.

- Je te jure que je ne lui ai rien demandé, Becs. Il faut que tu me crois.

La brune gardait le visage fermé, les bras croisés. Elle était contrariée et ça ressortait par chacun de ses pores.

- Vous en avez parlé ?
- Non, j'ai juste dit que j'avais mal aux muscles et elle s'est fait des films. Tu sais comme Stacie aime se mêler de ce genre d'histoires.

Chloe aurait voulu conserver ses distances mais c'était plus fort qu'elle. Elle se planta au plus près possible de Beca, au point où celle-ci tenta un pas en arrière mais Chloe l'attrapa avant qu'elle ne puisse reculer.

- Ne t'enfuis pas. Ecoute-moi. Je te promets que je ne lui ai rien dit. Je ne ferais pas ça dans ton dos parce que je n'aimerai pas que tu le fasses.

Beca se mordit la lèvre de culpabilité. Elle n'aurait pas du en dire autant à Jesse. Chloe analysa son visage, sa posture. Beca semblait complétement fermée.

- Becs, chérie, parle-moi. Est-ce que tout va bien ?

Chloe lui saisit le visage des deux mains et la força gentiment à la regarder. Elle y lut tellement de doutes qu'elle en fut choquée.

- Je sais qu'on n'a pas encore dépassé le stade du… Enfin, tu vois. Et je sais que tu es pleine de confiance quand il s'agit de ton corps et du… Sexe en général, mais je…

Au plus Beca parlait, au plus Chloe se sentait stupide d'avoir pensé que Stacie avait raison. Elles avaient tout le temps du monde. Jamais elle ne se pardonnerait d'avoir brusqué Beca.

- Eh, regarde-moi, ordonna-t-elle d'une main sous le menton de Beca. Ca ne regarde que toi et moi. Je t'aime et s'il faut que j'attende des années pour te le montrer de cette façon-là, alors j'attendrai.

Beca leva les yeux au ciel. Un petit sourire en coin naquit sur son visage.

- Comme si je pouvais encore te résister pendant des années.

Chloe rigola amoureusement et s'approcha encore plus pour déposer ses lèvres sur le front de sa petite-amie. Quand elle se recula, l'air renfrogné de Beca avait refait surface.

- Il y a quelque chose d'autre.

Ce n'était pas une question mais une affirmation. Chloe voyait bien comme Beca luttait avec elle-même. Ses pensées étaient envahies par les doutes et la peur d'être rejetée. Dans un dernier élan pour lui donner confiance, Chloe avoua sa plus grande crainte.

- Tu sais, je ne l'ai jamais fait avec une femme. J'ai peur de mal m'y prendre.

Les yeux pénétrant de Beca ne laissaient rien transparaître. Elle examinait Chloe comme si l'aveux était une vaste blague. Chloe parlait autant de ses expériences que Stacie, si ce n'est avec un peu plus de retenue. Alors Beca était quand même étonnée d'apprendre que Chloe avait des craintes.

- Pourtant, tu avais l'air plutôt à l'aise quand tu parlais de tes nuits passées avec Tom.

Le regard fuyant, Beca savait que c'était un coup bas. Heureusement pour elle, Chloe la connaissait bien et savait que c'était un mécanisme de défense. Peut-être la dernière barrière de Beca pour vérifier qu'elle était sincère.

- C'est parce que je ne l'aimais pas. Je n'avais pas peur de lui faire mal ou de le décevoir.

Beca hochait la tête, le regard sur ses chaussures. La machine à laver sonna la fin de son cycle mais Chloe ne bougea pas pour autant. Inquiète, elle essayait de comprendre ce qui pouvait bien déranger Beca mais sans qu'elle n'utilise de phrases, la tâche s'avérait impossible.

- Beca, il faut que tu me parles, je ne lis pas dans les pensées.

La brune soupira sans jamais quitter le sol des yeux.

- La dernière fois que j'ai fait l'amour avec quelqu'un, je suis tombée enceinte, avoua Beca du bout des lèvres.

Les pupilles habitées, la mine honteuse, la brune ne pouvait pas affronter le regard de Chloe. Elle avait trop peur d'y lire ce qu'elle avait anticipé. De la pitié, de la jalousie, de la moquerie. Chloe l'observa un instant. Beca ne lui avait jamais paru aussi jeune qu'à ce moment-là, dans cette cave, à déballer ses plus grandes craintes. D'un coup, Chloe comprit d'où venaient les doutes et la peur et l'angoisse. Pour sa toute première expérience, Beca avait vécu l'enfer. Julian s'était moqué d'elle, l'avait trahi, humilié et l'avait abandonné, piétinant ses sentiments sans jamais se remettre en question. Et il lui avait pris sa fille parce qu'évidemment, ce n'était pas encore assez. Que Beca puisse avoir des réticences à faire confiance à nouveau était plus que normal. Son cœur saignait. Pas seulement parce que c'était Beca, mais surtout parce qu'elle était aussi une femme et qu'elle ne s'imaginait pas vivre la souffrance qu'avait pu endurer sa compagne.

Doucement, Chloe l'attira à elle et l'enlaça sans lui laisser le choix. Une main dans ses cheveux, l'autre sur ses reins, elle l'encercla dans ses bras comme si son corps entier pouvait lui servir de bouclier. Il devait la protéger. Personne ne devait pouvoir lui faire de mal. Plus jamais.

- Je t'aime, lui souffla-t-elle dans l'oreille simplement.

Beca prit quelques secondes à positionner ses bras autour de Chloe. Elle s'engouffra dans son cou, respira son parfum, profita de sa chaleur. Jamais elle n'avait autant apprécié être plus petite que quelqu'un. Finalement, ça ne ressemblait pas du tout à la réaction qu'elle s'était imaginée. Après un moment, Chloe recula légèrement pour plonger ses yeux brillants dans ceux fatigués de Beca. Elle lui caressa la joue du pouce.

- Tu ne dois rien à personne, d'accord ? Tu ne m'appartiens pas. On avancera quand on avancera. Ca ne m'empêchera pas de t'aimer.

Son ton se voulait déterminé. Elle espérait imprégner ses mots de toute la confiance et l'amour qu'elle ressentait. Elle avait foi en elles, en leur relation, et personne ne pouvait leur enlever cela. Beca hocha la tête, l'air toujours aussi sérieux. Elle se cacha de nouveau contre Chloe, le nez dans son cou.

- J'aimerai pouvoir rester là, marmonna-t-elle.

Beca ne s'était jamais sentie aussi en sécurité. Elle ne saurait dire si les mots de Chloe l'avaient plus rassuré que sa chaleur mais que ce fut l'un ou l'autre, ça avait fonctionné.

- Je crois que je suis prête. J'en ai envie et…

Elle rigola parce que, mon dieu, quel euphémisme. Chloe vit les joues de Beca prendre deux teintes de plus mais sa confiance revenir.

- Ca devient même terriblement dur de dormir à côté de toi, avoua-t-elle d'un rictus séducteur. Mais c'est la dernière partie de moi que tu ne connais pas. Et c'est terrifiant, expira-t-elle lentement. Il faut juste que tu me promettes de ne pas t'enfuir quand on l'aura fait.

Chloe secoua la tête. Ses yeux rieurs vendaient déjà la réplique avec laquelle elle allait répondre.

- C'est promis, je ne m'enfuirai pas. J'aurai trop envie de recommencer, ricana-t-elle.

Beca rit mais la frappa doucement au bras. Elle se pencha sur la pointe de ses pieds pour l'embrasser.

- Je crois qu'on a des comptes à régler avec Stacie.
- J'ai ma petite idée là-dessus, fit Chloe d'un clin d'œil. Je n'en reviens pas qu'elle t'ait envoyé un message.

Les yeux de Beca s'ouvrirent comme des soucoupes puis ses lèvres se froissèrent.

- Il se pourrait qu'en recevant le message, j'ai un peu perdu les pédales…
- D'accord, et donc ?
- Et donc il se pourrait que j'en ai parlé à Jesse…

Chloe grogna mais ne se fâcha pas. Elle aurait probablement réagi de la même façon à sa place. Le message était assez perturbant pour ne pas pouvoir se contenir.

- Il ne t'a pas lâché, je parie ?
- En fait, je me suis endormie en cours, cet après-midi et Jesse l'a vu. Il m'a demandé si tu m'empêchais de dormir la nuit, j'ai failli le gifler.

Chloe éclata de rire. Beca n'était pas connue pour son sang-froid. Même si elle s'améliorait, tout le monde savait que certains sujets étaient hors limite. Surtout le sexe. Et Chloe. Et le sexe avec Chloe.

- Il s'est excusé mais quand j'ai reçu le message à la radio, j'ai explosé. Franchement, ils se sont donnés le mot, aujourd'hui, râla la brune. Bref, c'est un peu grâce à lui si j'ai fini par venir t'en parler.

Chloe lui frotta les bras pour lui montrer son soutien. Elle était contente que Beca ait pu se confier à quelqu'un, même si c'était Jesse. Le jeune homme s'était montré loyal à maintes reprises et soutenait leur relation comme un véritable ami. Elle ne pouvait pas lui en vouloir.

- Il a pu t'aider. Je suis contente pour toi. Ca t'évite de ruminer pendant deux jours.

Beca lui tira la langue. Avant, elle n'aurait pas cherché à discuter avec Chloe. Elle serait montée dans sa chambre et aurait vissé son casque sur ses oreilles jusqu'à ce que sommeil s'en suive.

- Il nous a fait gagner du temps, conclut Beca. Ca veut pas dire que je n'en veux pas à Stacie.
- Ne t'en fais pas. Elle aura ce qu'elle mérite.

Les yeux de Chloe montraient des airs de conspiration. Elle n'avait pas eu besoin de réfléchir longtemps pour trouver comment rendre à Stacie ce qu'elle avait fait. Une certaine blonde venait souper chez les Bellas le soir même et elle savait déjà que Stacie apprécierait la discussion que Chloe s'apprêtait à avoir à ses dépends.

Beca embrassa une dernière fois Chloe avant de s'extirper de son étreinte pour sortir le linge de la machine à laver et l'aider à le plier.

- Au fait, il faut que je te parle de quelque chose, fit Chloe en pliant un pantalon. Quinn est passée la dernière fois et m'a proposé un poste au Queen's coffee.
- Oh, c'est super. Tu as accepté ?
- Non, je … Je voulais t'en parler avant. Quinn est ton amie. Je… Je ne voulais pas empiéter sur votre amitié.

Beca la regarda en secouant la tête pour montrer son désaccord. Elle savait que même si Chloe n'en parlait plus, ses problèmes financiers persistés. Des factures continuaient d'arriver dans leur boîte aux lettres.

- Quinn et Rachel sont aussi tes amies. Si ça peut t'aider, c'est une bonne opportunité. C'est gentil de sa part.
- Oui, elle a compris que c'était compliqué pour moi, financièrement. Elle m'a dit que je pourrais adapter mon poste au début pour ne pas être trop appuyée sur ma jambe.
- C'est presque parfait. Quand est-ce que tu commencerais ?
- Dès que possible, sourit Chloe. Quinn a repris ses études. Elle aura surtout besoin d'aide pour la partie gestion. J'aiderai parfois derrière le bar mais je serai surtout dans son bureau à faire de la compta.

Beca se sentait rassurée. Leurs problèmes commençaient à se régler comme si elles avaient toutes été amenées à se rencontrer pour s'entre-aider. Elle rejoignit Chloe pour porter le panier de linge maintenant plié.

- C'est dommage, je suis sûre que le tablier t'irait à ravir.

Un clin d'œil plus tard, elle avait prit le panier pour remonter les escaliers de la cave. Chloe se précipita pour la suivre.

- Ah vraiment ? Je peux toujours me débrouiller pour en ramener un à la maison, flirta la rousse en retour.
- Surprends-moi, fit la brune en tirant la langue avant d'ouvrir la porte.

Dans la cuisine, Beca croisa le regard de sa mère accoudée à l'îlot central, une tasse de thé devant elle, en pleine contemplation du magazine que Stacie lisait plus tôt.

- Maman !

Les joues brûlantes, Beca alla saluer sa mère sans oser croiser Chloe. La rousse rit intérieurement. Elle avait déjà plein d'idées pour surprendre sa petite-amie. L'imagination était l'une de ses plus grandes qualités et elle avait hâte de s'en servir.


Semaine 1 – 12 avril

Salut, Journal. Il parait qu'écrire aide à se vider la tête. Extérioriser. C'est un grand mot ici. Qui aurait cru que pendant toutes ces années, tu me servais de psy ? Ca fait une semaine que tout le monde me dit de tenir un journal. Comme je suis enfermée dans cette chambre et qu'il n'y a que toi pour me distraire la nuit… Allons y. J'ai merdé. J'ai grave merdé, même. J'en ai trop pris. J'ai abusé. J'ai fait une overdose. Rachel et Santana sont arrivées à temps. J'ai failli mourir. Du coup, je suis en désintoxe. Et je dors mal. Tout le monde dort mal, en fait. Rachel est venue, hier. Elle avait des cernes. Elle a souri avec ses lèvres mais pas avec ses yeux. Elle m'a raconté que Santana était repartie à San Francisco pour ses études mais qu'elle reviendrait dès que possible. Qu'elle devenait dingue, de ne pas pouvoir m'appeler. Je n'ai le droit qu'à une heure de visite par semaine et le premier mois, le téléphone nous est interdit. C'est pour nous obliger à couper les liens, apparemment. Les liens n'étaient déjà pas existants avant, alors… Rachel m'a dit que je lui manquais. J'ai répondu que moi aussi, pour être polie mais la vérité est que personne ne me manque. Rien n'est vraiment différent pour moi. Le vide est toujours là. Seule la cocaïne me manque. J'ai l'impression d'avoir perdu une vieille amie. L'amie qui était la seule à me connaître vraiment. Je me suis perdue aussi, en fait. Je ne sais plus qui je suis, ce que j'aime. Je ne sais plus si j'aime Rachel. La voir me rappelle que je ne serai jamais assez bien pour elle.


Beca vérifia une dernière fois les ingrédients de la recette discrètement. Si sa mère la voyait faire, elle lui ferait une remarque pour sûr. Elle devait connaître la recette par cœur, en parfaite descendante d'italiens mais la cuisine était un domaine mystérieux pour Beca, comme si on lui demandait de répéter des répliques de films. Pas pour elle. Malheureusement, Vittoria avait promis de passer la soirée avec Beca pour profiter du temps qu'elle passait en ville et comme Stacie avait une fois de plus ouvert sa bouche, Beca se retrouvait à faire la cuisine pour rattraper toutes les fois où elle n'avait pas cuisiné.

- N'oublie pas l'origan, Rebeca, c'est important, rappela Vittoria.

La jeune femme roula des yeux mais ajouta une pincée d'origan. Elle ne savait même pas qu'elles avaient des épices dans cette cuisine jusqu'à ce soir-là. La mère de Beca était assise sur un tabouret aux côtés de Chloe et Stacie et elles discutaient depuis une bonne heure maintenant. Amy devait faire son apparition un peu plus tard, après son cours de salsa. Beca savait les autres filles éparpillées dans la maison, occupées à se rafraichir avant le repas, à réviser pour leurs cours ou à entretenir leurs ongles, comme Stacie. Beca la vit d'ailleurs bondir de son tabouret quand la sonnette d'entrée retentit.

- C'est Aubrey !
- Sans déconner, râla Beca.

Elle détestait faire la cuisine. Et elle détestait qu'on se mêle de ses affaires. Stacie avait trop mis son nez où il ne fallait pas pour que Beca ne lui en veuille pas.

- Rebeca, ça fume !

Dans ses pensées, Beca avait oublié de baisser la cuisson de la sauce bolognaise. Elle se précipita pour enlever la poêle du feu et mélanger pour éviter que la sauce ne colle. Par chance, sa mère était intervenue à temps.

- Encore un petit peu et tu nous faisais un remake des premiers cookies que tu as essayé de cuisiner, ricana Vittoria. Elle a failli faire brûler la maison, raconta-t-elle à Chloe.

Chloe rit parce qu'elle n'avait pas de mal à imaginer Beca rater la cuisson d'une fournée de cookies.

- C'est arrivé qu'une fois, se défendit Beca.
- Parce que je ne t'ai pas laissé approcher la cuisine depuis ! Elle est partie rejoindre son petite-ami en laissant les trois derniers cookies cuire dans le four. Je ne suis rentrée que deux heures après ! Je te laisse imaginer l'odeur !

Aubrey passa l'arcade de la cuisine à ce moment-là, Stacie sur les talons, un sac de voyage dans une main et son manteau dans l'autre. Chloe se leva immédiatement pour la saluer comme si elles ne s'étaient pas vues deux jours plus tôt. La blonde portait un sourire sur son visage mais ses traits étaient fatigués et tendus. Il faut dire qu'Aubrey répétait les aller-retour entre son domicile et la maison des Bellas. Ses yeux ne portaient pas la lueur qu'ils avaient habituellement. Chloe jeta un regard à Stacie qui observait sa manucure. Ses deux amies avaient mis quelques minutes avant de les rejoindre. Chloe se demandait bien ce qui avait pu se dire pour qu'elles aient l'air si contrarié.

- Vittoria, como state ? Demanda Aubrey dans un accent parfait.
- Tu parles italien, s'exclamèrent Chloe et Stacie en cœur.
- Evidemment, c'est Aubrey Posen, fit Beca, non surprise. C'est cool, tu pourras discuter avec ma mère.
- Je ne connais que quelques mots, j'ai reçu des clients italiens il y a quelques semaines, expliqua la blonde, l'air penaud.
- Venez donc me raconter ça, Aubrey, fit Vittoria, heureuse de trouver quelqu'un qui la rapproche un peu plus de ses origines.

Beca roula des yeux. Bien sûr, sa mère sauterait sur l'occasion pour parler de l'Italie et de ses parents et de leur arrivée aux Etats-Unis. Elle se retourna sur la poêle de sauce et les spaghettis qui cuisaient dans une énorme marmite. Chloe l'observa passer la cuillère en bois dans la sauce continuellement. Depuis qu'elles étaient remontées du sous-sol, Beca semblait tendue et agacée. Chloe se leva pour la rejoindre près de la plaque de cuisson. Elle prit la main qui reposait contre le plan de travail.

- Tout va bien ?

Beca souffla discrètement avant de s'approcher pour lui répondre dans un soupir.

- J'aurai voulu passer la soirée avec toi. On ne se voit pas beaucoup ces derniers temps.

Chloe plissa les yeux. Oui, elles se voyaient moins à cause des cours et des répétitions et de la rééducation et du travail à la radio et des visites de Lucy. Elles avaient une vie bien remplie. Mais Chloe savait que c'était surtout l'idée de passer la soirée avec Stacie qui dérangeait Beca. La brune lui en voulait plus qu'elle ne voulait bien le faire croire. Il lui fallait un moyen de distraire Beca.

- Tu sais, j'ai déjà pleins d'idées pour te surprendre, murmura Chloe malicieusement.

La main de Beca s'arrêta de tourner la cuillère dans la sauce. Chloe la vit avaler sa salive. Oh, comme ce jeu allait lui plaire.

- Vraiment ? Articula Beca après quelques secondes.

Son regard restait sur la poêle, sa main toujours immobile. Chloe passa son autre main dans le dos de Beca, jusqu'à sa hanche et sous son haut. Ses doigts caressèrent la peau douce et tendre. Beca esquissa un frisson. Ses pommettes se colorèrent.

- Tu n'as pas idée, chuchota finalement Chloe.

Elle vint lui déposer un baiser dans les cheveux, juste au dessus de l'oreille et s'écarta. Beca eut l'impression de sortir la tête de l'eau. Elle aspira l'air autour d'elle comme pour la première fois. Elle allait perdre à ce jeu, c'était une évidence. Elle était complètement foutue.

- On va pouvoir passer à table, fit Chloe plus fort, Stacie, tu t'occupes des assiettes.

La jeune femme passa derrière Beca pour prendre les assiettes dans l'armoire et croisa Aubrey qui s'emparait du vin.

- Pardon, fit la blonde gênée.

Les lèvres de Beca s'étirèrent dans un sourire en coin. Ses deux amies semblaient avoir des choses à cacher. Elle éteignit la plaque, couvrit la poêle et égoutta les pâtes. Tout était prêt. Elle amena les plats un par un dans la salle à manger où toutes les Bellas avaient miraculeusement fait leur apparition.

- Mesdemoiselles, je vous souhaite un bon appétit, fit Vittoria d'un ton révérencieux.

Beca regarda sa mère en face d'elle prendre sa première bouchée. Elle ne mangerait pas tant qu'elle n'aurait pas l'opinion de Vittoria sur son plat. Quand sa bouche se ferma sur sa fourchette, la mère de Beca ferma les yeux et mâcha lentement. Elle les rouvrit quelques minutes plus tard. Ses yeux brillaient d'émotions et de nostalgie.

- Ta grand-mère serait fière, mio cuore, prononça Vittoria en posant sa main sur celle de Beca.

Beca lui sourit tendrement. Maintenant, elle pouvait manger. Elle avait réussi à reproduire la recette de sa grand-mère. Autour de la table, des compliments fusaient vers Beca qui trouvait pour une fois qu'elle avait préparé quelque chose de bon. Les discussions allaient bon train. Amy racontait ses histoires abracadabrantesques. Cynthia Rose et Jessica discutaient de leur séance de volley. Ashley parlait avec Flo des entraînements à venir. Seules Aubrey et Stacie étaient anormalement silencieuses. Bon, et Lily, mais ça ne comptait pas vraiment.

- Alors, Aubrey, le déménagement approche, fit Beca pour faire la conversation.

Ca lui arrivait de plus en plus d'essayer d'entretenir un dialogue avec leur ancienne capitaine parce qu'elles étaient amies désormais et Beca comprenait que les efforts devaient venir des deux côtés.

- En fait, commença Aubrey en posant sa fourchette et se raclant la gorge, j'ai dû reculer mon déménagement au début d'année. Mon père a encore besoin de moi un peu plus longtemps.

Aubrey travaillait pour une association de vétéran créée par son père en parallèle de sa carrière de militaire. Elle s'occupait d'établir des protections juridiques correctes autour des rescapés de guerre afin qu'ils ne soient plus obligés de travailler et qu'ils aient les aides nécessaires pour le faire. Ce n'était pas le poste dont elle rêvait mais elle n'avait jamais su dire non à son père.
Soudainement, toute la table écoutait ce qu'Aubrey avait à leur dire. Comme un vrai leader, elle avait toujours ce pouvoir de faire taire une pièce entière. Beca jeta un œil à Stacie qui, pour une fois, était en bout de table, à l'opposé d'Aubrey, et remarqua l'air triste de son amie. Stacie gardait sa serviette dans son poing, les phalanges crispées. Non, c'était bien plus que de la tristesse. Cela ressemblait à de la trahison.

- Oh, c'est dommage, tu passes quand même Noël avec nous ? Demanda Chloe, qui s'était réjouie de retrouver sa meilleure amie pour les fêtes.
- Bien sûr ! Je ne manquerai jamais ça !

Chloe et Aubrey avaient une longue histoire concernant les fêtes de fin d'années. En vivant en colocation, elles avaient très vite compris qu'elles avaient un autre point commun : leurs familles se moquaient qu'elles passent les fêtes seules. Alors elles avaient immédiatement trouvé une solution. Elles passaient Noël et Nouvel An ensemble depuis maintenant quatre ans.

- En parlant de déménagement, commença Vittoria en s'essuyant la bouche, j'ai vu une maison à louer dans le quartier près de mon hôtel. Je pense aller visiter avant de repartir.

Beca ouvrit de grands yeux surpris. Décidément, c'était une journée plus qu'étonnante. Elle se réjouissait déjà à l'idée d'avoir sa mère si proche d'elle.

- Vraiment ?
- Vraiment, confirma Vittoria. J'ai terminé mon contrat à l'école de musique et je n'ai plus autant d'étudiants qu'avant. Je pourrais revenir par ici et profiter de ma petite-fille quand on l'aura récupéré.

Dans un geste spontanée, Beca attrapa la main de sa mère en face d'elle et la serra. Elle ne pouvait pas être plus ravie de cette décision. Elle aurait préféré que sa mère le décide plus tôt même.

- Ce serait super.
- Je pourrais voir grandir Lucy.
- Ah, donc c'est pour Lucy. Pas pour me voir, moi, fit Beca avec taquinerie.

Vittoria roula des yeux et toutes les Bellas purent constater de qui leur capitaine tenait son caractère.

- Tu ne grandiras plus, Beca, je n'ai pas besoin d'attendre pour le voir.

Beca ouvrit grand la bouche, faussement offensée. Elle retira sa main immédiatement et jeta sa serviette à sa mère. Mère et fille partagèrent un moment complice. Beca avait vraiment hâte de pouvoir passer plus de temps avec sa mère. Vraiment hâte.


Semaine 2 – 17 avril

Ces murs me dégoutent. Je ne supporte plus cet endroit, ni ces gens. Je veux sortir. Je vais mieux, je devrais pouvoir partir. Je pourrais enfin oublier ce qui s'est passé. Oublier tous ces cauchemars. L'oublier lui. L'oublier elle et tout le mal que je lui fais.

Semaine 3 – 22 avril

Désolé, Journal, mais j'ai essayé de partir. Sans toi. J'ai voulu profiter du changement de gardes pour m'enfuir dans la nuit mais ils m'ont trouvé et m'ont puni dans ma chambre. Punie, comme une gosse. Je croyais qu'on pouvait partir avant la fin des trois mois mais j'avais tort. Rachel n'aura pas le droit de venir me voir cette semaine et j'aurai des séances de psy tous les jours, à présent. Quel conne je fais ! Je me déteste ! Rachel va m'en vouloir et ça va encore lui faire plus de mal ! Elle va me détester.


Chloe connaissait Aubrey depuis plusieurs années, maintenant. Aubrey avait toujours donné l'impression d'être inapprochable, crispée, constamment envahie par la frustration de ne pas être assez. Elle ne pouvait pas laisser le contrôle lui échapper sur les situations dans lesquelles elle devait être seule décisionnaire.

Chloe avait vu Aubrey sortir avec plusieurs hommes ces dernières années mais aucune relation n'avait duré. Ses attentes impossibles à assurer et sa personnalité dominante les avaient tous fait fuir un par un. Depuis, Aubrey attendait son prince charmant. La personne qui serait capable de la faire chavirer tout en respectant ses attentes et en assumant le poids d'une relation avec quelqu'un comme elle. L'homosexualité et toutes les autres lettres de la communauté ne la dérangeait pas mais elle s'était toujours considérée hétérosexuelle.

Et puis il y avait Stacie. Stacie était juste Stacie. Elle était sexuellement flexible. Elle était sortie avec de nombreux hommes et flirtait avec les personnes qui la mettaient à l'aise, sans s'occuper du genre auquel elles appartenaient. Elle n'avait aucun sujet tabou, discutait ouvertement de ses expériences sexuelles, donnait des conseils à qui les demandait. Stacie était aussi connue pour son fort tempérament et elle ne se laissait jamais abattre. L'étudiante en médecine jouait souvent les imbéciles mais cachait une réelle intelligence. Une perspicacité qui défiait celle des plus grands détectives. C'était d'autant plus étrange de sa part de la voir se laisser faire par Aubrey.

Les voir se jeter des regards constamment à table et se tourner autour quand personne ne le voyait commençait à agacer Chloe. Elle ne comprenait pas comment sa meilleure amie pouvait être prétentieuse au point de refuser une relation avec Stacie sous prétexte qu'elle trouvait ses agissements immoraux. Quand elle aperçut Aubrey seule sur la terrasse, assise sur la balancelle, elle trouva le timing idéal pour lui parler.

- Tu réfléchis trop, ça se voit, fit Chloe en s'asseyant prudemment sur la balancelle.

Aubrey la recouvrit immédiatement d'un bout de plaid. De dehors, on pouvait entendre Stacie et Cynthia Rose s'époumoner sur des vibratos insensés en reprenant Beautiful Liar de Beyoncé et Shakira. Les filles avaient proposé à Vittoria de terminer la soirée sur un karaoké. La mélomane ne pouvait pas refuser. Ca lui donnait l'occasion de chanter avec sa fille et de revivre une jeunesse qui ne l'avait jamais quitté.

- Elles sont déchaînées à l'intérieur.
- Elles ont raison d'en profiter.

Aubrey n'avait pas regardé Chloe une seule fois depuis qu'elle l'avait rejointe.

- Ce qui me dérange, c'est pourquoi toi, tu n'en profites pas ?

La blonde soupira. Sa meilleure amie était tenace. C'était peut-être la seule personne à qui elle ne pouvait pas résister. Enfin, pas complétement la seule, se dit-elle en entendant la voix de Stacie.

- J'avais besoin de calme avant de repartir.

Chloe acquiesça vaguement avant de pincer Aubrey à l'épaule.

- Chloe ! Qu'est-ce qui te prends ?
- Depuis quand ma meilleure amie me ment-elle ?

Les yeux sévères de Chloe obligèrent Aubrey à baisser les siens. Ses sourcils se froncèrent. Elle ne mentait pas pourtant.

- Ce n'est pas un mensonge. J'attaque les documents juridiques pour le nouveau lodge la semaine prochaine. J'essaye d'avoir les idées claires pour éviter d'avoir des problèmes au boulot.
- D'accord et pourquoi tes idées ne sont-elles pas claires ?

Aubrey râla et prit une gorgée de son thé pour gagner du temps. Chloe la connaissait par cœur et c'était frustrant. Elle ne pouvait plus cacher ce qu'elle voulait comme elle le voulait. Devant son silence, Chloe se demanda quelle option était la meilleure. Confronter son amie ou la laisser ruminer jusqu'à ce qu'elle trouve une solution elle-même ?

- Tu sais, quand tu m'as confronté aux sentiments que j'avais pour Beca, tu m'as rendu un grand service. Je serai peut-être encore avec Tom, à me demander pourquoi voir Beca avec Jesse me dérangeait autant.
- C'était plus par besoin d'argument que pour t'aider quand je t'ai dit que tu étais amoureuse d'elle.
- Oui mais ça m'a permis d'ouvrir les yeux. J'ai pu comprendre toute l'étendue de ce que je ressentais pour elle. Et ça m'a offert la possibilité d'en parler à quelqu'un. Je te dois beaucoup, Aubrey, et j'aimerai te retourner la pareille.

Aubrey, qui faisait semblant de ne pas être affectée par la discussion jusque là, tourna la tête brutalement, comme si Chloe venait d'avouer un meurtre. Les pupilles vertes la scrutaient, attendant la suite, ne voulant pas se vendre. Chloe reconnut son manque de réponse comme une invitation à poursuivre.

- Stacie tient beaucoup à toi. Vous tenez beaucoup l'une à l'autre, en fait. Je me trompe ?
- Tu me fais une crise de jalousie ?

Aubrey était sur la défensive, employait un ton sec et pincé.

- Non, rigola Chloe. Quoique, Stacie n'est pas trop mal en bikini.

La blonde la poussa violemment et Chloe ricana sans pouvoir s'en empêcher.

- Je ne suis pas aveugle, Aubrey. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?
- Comme tu m'as parlé de tes problèmes financiers ?

Le ton était acerbe, la remarque cinglante. Chloe comprit que le sujet était vraiment sensible pour son amie. Heureusement, elle n'était plus si dérangée par le fait de discuter de ses problèmes et de toute façon, elle pensait l'avoir amplement mérité.

- Oui, c'est exactement ça. On s'est éloignées et c'est de ma faute. J'aurai dû faire plus d'efforts depuis que tu es partie.

Aubrey souffla une nouvelle fois et se ramollit.

- C'est de ma faute aussi. J'ai croisé plusieurs fois ton agenda sur les trois dernières années et je ne t'ai jamais posé de questions sur tes rendez-vous médicaux. Je savais aussi que ça s'était mal passé chez tes parents cet été mais je n'ai pas voulu t'obliger à en parler. J'aurai vraiment dû faire des efforts aussi. C'est moi qui suis partie.
- C'est moi qui ai redoublé, contredit Chloe en la poussant de l'épaule.

Aubrey hocha la tête distraitement et s'enfonça dans les coussins de la balancelle pour venir se poser contre l'épaule de Chloe.

- Je suis amoureuse d'une femme et je ne sais pas comment j'en suis arrivée là, avoua la blonde finalement, la voix tremblante.

Chloe lui prit la main sous les couvertures. La révélation était toujours plus dure à encaisser pour la personne elle-même que pour les gens autour. Elle se souvenait comme le chemin avait été long avant qu'elle ne l'accepte totalement. Elle n'était même pas sûre que ce soit vraiment le cas.

- Stacie est remarquable et on ne choisit pas qui on aime. C'est perturbant mais pas si compliqué, finalement. Il faut juste l'accepter.
- C'est plus facile à dire qu'à faire, se rembrunit la blonde.
- Encore une grande phrase célèbre.

Les deux amies restèrent quelques minutes sans bouger, occupées à regarder les étoiles.

- On est allées au planétarium avec Beca, fit Chloe. En la voyant regarder les étoiles, j'ai compris que j'avais été bête d'avoir peur de l'aimer. Le monde est tellement plus grand que nous. Qui peut bien s'occuper de nos affaires de cœur ?
- Mon père, par exemple.

Aubrey releva la tête et remit son masque en place. Son père était général dans l'armée américaine. Il avait élevé sa fille comme l'un de ses soldats, avec une main de fer et des valeurs traditionnelles. Aubrey avait toujours secrètement recherché son approbation mais l'homme cumulait les absences et les maladresses. Aubrey n'espérait même plus le voir à Noël ou pour son anniversaire. S'ils se voyaient deux fois par an, c'était surtout parce que la blonde devait faire acte de présence à des galas politiques, rien de plus.

- Ton père ne va pas te renier parce que tu aimes Stacie. Il n'a plus que toi. Pourquoi ferait-il cela ?
- Chloe, il n'acceptera jamais. Le peu de temps que je le vois, il me demande s'il peut enfin organiser mon mariage. Tout ce qui l'intéresse, c'est de me caser avec un homme riche et soigné pour qu'il n'ait plus à s'occuper de moi !
- Raison de plus alors ! Qu'il aille au diable ! S'il veut se débarrasser de toi, il sera content d'apprendre qu'il aurait une raison de le faire pour de bon.
- Tu ne comprends pas…

Aubrey gardait les lèvres pincées, le regard bas. Ses mains tremblaient légèrement et ses traits s'étaient tirés tout à coup, comme s'il lui avait fallu puiser dans ses réserves pour avoir cette discussion.

- On en parlera plus tard. Je vais monter me coucher, fit-elle avant de se lever pour retourner à l'intérieur.

Chloe s'en voulut immédiatement de ne pas avoir su trouver les mots pour réconforter sa meilleure amie. Le père d'Aubrey était quelqu'un de tellement autoritaire et sévère qu'elle comprenait pourquoi la blonde se refusait à lui avouer la vérité. Chloe était triste de comprendre qu'Aubrey préférait souffrir pour plaire à son père que de vivre son histoire avec Stacie au grand jour. Accablée, elle rentra également pour retrouver les filles dans le salon. Beca croisa son regard dès qu'elle passa l'arcade et ouvrit de grands bras pour l'accueillir. Elle se blottit contre sa petite amie pour se réconforter. L'échec était cuisant.


Semaine 3 – 24 avril

Rachel a prévenu ma mère. C'était mon premier appel. Elle pleurait en promettant qu'elle viendrait me voir. Je ne suis pas sûre de le vouloir. Qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ? Pour qu'elle constate comme sa fille est une ratée, une incapable, une droguée ? Non merci. Pour qu'elle me dise que c'est de sa faute ? Encore moins. Je ne pourrais pas nier si elle avouait ses torts. Il est encore trop tôt. Je ne sais pas ce qui pourrait sortir si elle décidait d'ouvrir ces vannes. Je lui ai dit que je ne voulais plus la voir. Jamais.


L'hiver n'avait jamais été la saison préférée de Vittoria. Le teint de l'italienne préférait les régions chaudes et arides où le soleil tapait très tôt dans la journée et où les populations ne commençaient à s'éveiller qu'après le soleil couché. Même si elle était née aux Etats-Unis, la chaleur de l'Italie lui avait toujours manqué. Les vacances passées à Florence avec ses parents n'étaient qu'un court échappatoire auquel elle avait eu droit tous les deux ans durant son enfance. Son cœur appartenait à l'Italie, pourtant, elle était restée en Amérique où les zones pluvieuses étaient beaucoup plus nombreuses que les régions chaudes. Mais elle ne pouvait se résoudre à quitter le pays qui avait vu naître sa fille et sa petite-fille. Voilà pourquoi elle se retrouvait sous la pluie, à maudire ce pays et son humidité et ce temps d'automne sous lequel personne ne savait comment s'habiller.

- Vittoria, entrez vite, l'accueillit Chloe à la porte de la maison des Bellas. Tenez, Beca m'a dit que vous n'aimiez pas avoir froid. C'est le sien.

Vittoria prit le long gilet en laine noir que Chloe lui tendait avec amusement. Sa fille avait tout prévu. Elle l'enfila par-dessus sa chemise bordeaux et constata que la taille lui allait. En grandissant, Beca avait conservé la morphologie héritée de sa mère.

- Je peux vous préparer un thé ou un café ?
- Un café, s'il te plait. Long et noir.

Chloe acquiesça et Vittoria la suivit dans la cuisine, observant sa démarche presque sans accroc malgré son attelle.

- Tu marches de mieux en mieux. Quand est-ce que tu te débarrasses de cette attelle ?
- Quand j'arriverai à tenir sur mes jambes. Les muscles autour du genou prennent du temps à remuscler. J'en suis à huit séances, maintenant mais je tombe encore.

Vittoria hocha la tête, pensive. Elle ne s'imaginait pas la difficulté d'affronter ce genre d'épreuves à l'âge de Chloe sans ses parents autour d'elle pour la soutenir, en ayant à penser aux dépenses, aux soins, à la paperasse, sans pouvoir se concentrer pleinement sur sa guérison.

- Rome ne s'est pas construite en un jour.
- Vous le savez mieux que personne, ricana Chloe.

Vittoria pouffa de rire. Elle aimait beaucoup Chloe. L'année précédente, c'était elle qui l'avait prévenu des dates de représentations des Bellas pour que Vittoria puisse voir Beca sur scène. Chloe était tout ce dont Beca avait parlé pendant l'été, quand elle était retournée chez sa mère pour les vacances. La jeune femme semblait être tout le contraire de Beca, pourtant, Vittoria pouvait comprendre pourquoi Beca l'aimait autant. Le côté jovial et optimiste de Chloe cachait quelqu'un de profondément intelligent et attentif. Chloe faisait attention à chaque détail et à chaque personne qui l'entourait et Vittoria avait pu le constater dès sa première rencontre avec la jeune femme. Et elle avait de l'humour, beaucoup d'humour. Le genre d'humour qui complétait celui de Beca parfaitement et par extension celui de Vittoria aussi.

- Je ne suis pas si vieille que ça, mais je te remercie de penser que j'aurai pu connaître Jules César, répondit la quadragénaire, un sourire en coin.

Chloe rougit légèrement parce qu'elle ne s'était pas aperçue de ce que sa blague pouvait impliquée. Elle se tourna distraitement pour récupérer la tasse de café qui avait fini de couler.

- Jules César aurait vécu plus longtemps si vous aviez été dans son entourage, se rattrapa la jeune femme.

Vittoria lui répondit d'un clin d'œil en trempant ses lèvres dans le café. Les aromes du liquide brun la réchauffaient déjà.

- Beca est en haut, avec Lucy et Maria, fit Chloe qui avançait déjà vers les escaliers.
- Pas si vite, Chloe. J'aimerai te parler.

La jeune femme ouvrit de grands yeux mais fit deux pas en arrière dans l'attente que Vittoria continue.

- Je sais que ta situation est compliquée et je… Beca m'a parlé de tes parents. Elle ne m'a pas tout raconté, parce que c'est Beca, mais je connais ma fille. Elle était très inquiète pour toi quand je l'ai eu au téléphone la dernière fois. Est-ce que tu as pu trouver une solution ?

Chloe était surprise que Vittoria aborde le sujet si ouvertement. Beca était tellement pudique qu'elle s'attendait presque au fait que ses parents le soient aussi.

- Une amie m'a proposé un boulot et je pense lui demander une avance pour commencer à payer mes frais médicaux, raconta-t-elle, mal-à-l'aise de parler de ses problèmes financiers à sa belle-mère.

L'éducation qu'avait reçu Chloe engluait toujours les relations sociales qu'elle pouvait avoir. Les apparences étaient toujours sa priorité auprès des personnes qui l'intimidaient et, même si elle s'était toujours sentie en sécurité avec Vittoria, elle ne voulait pas paraître pour quelqu'un d'instable.

- C'est une bonne idée, je suis contente pour toi, lui fit Vittoria d'une main sur l'épaule, le regard tendre. Je ne te connais pas encore beaucoup mais je sais que tu es une battante. Tu es courageuse. Tu vas t'en sortir.

Chloe inspira profondément. Entendre ces paroles d'une figure parentale était tout ce dont elle avait besoin pour savoir qu'elle était sur le bon chemin. Sans s'en apercevoir, Vittoria avait dit les bonnes choses au bon moment sans dépasser de limites. Chloe ne pensait pas être aussi émue par la gentillesse de sa belle-mère. Elle passa un doigt sous son œil, honteuse d'en être réduite à ça.

- Oh, viens-là, ma puce.

Vittoria l'attira dans une embrassade chaleureuse. Le vide laissé dans le cœur de Chloe se combla temporairement.

- On n'aime pas les effusions de cœur dans la famille, mais tu sais que si tu as besoin d'un conseil ou juste d'une oreille pour écouter, je serai toujours là, déclara Vittoria en lui caressant la joue d'une main maternelle.

Chloe lui sourit timidement. C'était beaucoup plus de bonté qu'elle ne pouvait encaisser. Elle hocha la tête rapidement, intimidée. Vittoria comprit qu'elles étaient tombées d'accord et que c'en était assez.

- Tu me montres la chambre de Beca ?

Sans plus de cérémonie, Chloe prit sa tasse de thé aux fruits rouges et guida Vittoria dans les escaliers jusqu'au deuxième étage.

- Pourquoi a-t-elle décidé d'être aussi haut ?
- Parce que c'est une ermite, rigola Chloe.

Elle frappa à la porte doucement et entra sans attendre de réponse. Dans la chambre, Beca était assise au milieu de la pièce, les deux jambes autour de Lucy qui jouait sur un tapis coloré. Chloe alla embrasser Lucy sur la tête puis Beca avant de s'assoir sur le lit aux côtés de Maria qui observait Lucy dans son nouvel élément. Vittoria entra après Chloe et s'arrêta nette. Ses yeux s'embuèrent immédiatement, prise de court. Elle avait vu Lucy en photos mais la voir en vrai lui faisait remonter tellement de souvenirs. Lucy était le portrait craché de sa mère à son âge.

Beca leva les yeux sur sa mère qui ne bougeait pas. Vittoria gardait les siens fixés sur la petite fille qui ne se préoccupait de personne, occupée à faire rouler une petite voiture qui faisait de la musique sur le tapis. Beca n'intervint pas car elle connaissait sa mère et comprenait sa réaction. Lucy leur avait été enlevé à tous. Elle savait qu'il ne fallait pas brusquer Vittoria, qu'elle prendrait le temps de rencontrer sa petite fille tranquillement.

- Elle a l'air de s'amuser, fit Chloe qui trouvait le silence pesant.
- Oui, elle adore ces fichues voitures qui piaillent toute la nuit, sourit Beca en roulant des yeux. Merci, maman, franchement, je n'aurai jamais dû mettre de piles.

Vittoria sortit de son étonnement mais ne répondit pas. Elle s'avança lentement, essayant de faire le moins de bruits possible pour ne pas déranger Lucy. A deux pas de l'enfant, elle descendit sur ses genoux et ramassa une voiture qui avait roulé trop loin du centre du tapis où se trouvait Lucy. Elle appuya sur le bouton pour enclencher la musique et la fit rouler vers Lucy. La petite fille claqua dans ses mains et sourit en entendant la musique.

- C'est celle qu'elle préfère. Elle aime la chanson de la bleue aussi, fit Beca en désignant une autre voiture qu'elle actionna et fit rouler jusqu'à sa mère.

Vittoria attrapa la voiture mais Lucy avait vu le mouvement et avança à quatre pattes pour la récupérer. Tremblante, elle remonta les jambes de Vittoria de ses petites mains potelées et marcha pour se trouver accrochée au gilet de sa grand-mère, une main tendue vers la voiture.

- Comme elle te ressemble, souffla Vittoria, émerveillée par sa petite fille qui la regardait curieusement.
- Elle te ressemble aussi, fit Beca d'un sourire complice.

Chloe et Maria observaient la scène sans rien dire. Chloe avait sorti son téléphone pour immortaliser le moment de quelques photos. Elle prit en gros plan le visage de Lucy qui analysait Vittoria comme si elle la reconnaissait vaguement.

- Bonjour, mio cuore, murmura Vittoria, les larmes ruisselantes sur ses joues.

Lucy s'approcha encore et déposa ses doigts sur la joue de Vittoria mais se ravisa immédiatement pour les regarder. Ils étaient mouillés. C'était une sensation qu'elle ne connaissait pas. Elle tapota de nouveau la joue de Vittoria, concentrée sur ses doigts. La femme se mit à rire doucement, d'un son enroué. Lucy fronça les sourcils. Elle n'avait pas l'air de comprendre ce qu'il y avait de drôle. En voyant sa mère pleurer de plus en plus, Beca se leva pour venir à côté d'elle et lui passer un bras autour des épaules.

- Désolé, elle va finir par avoir peur de moi.
- Mais non, regarde. Viens Lucy.

Beca tendit une main à sa fille qui la prit sans hésiter. Elle la guida pour l'avancer plus près de Vittoria. Lucy se trouvait entre elles, debout, tenue par la main protectrice de Beca sur son ventre.

- Tu fais un câlin à mamie, mon cœur ?

Lucy regarda bizarrement sa mère, parce qu'elle ne parlait pas encore l'adulte, après tout. Beca lui montra l'exemple en déposant sa tête sur l'épaule de sa mère. La petite fille se pencha maladroitement et déposa un peu brusquement sa tête sur la poitrine de Vittoria. Les larmes de la jeune grand-mère redoublèrent. Vittoria étouffa ses pleurs d'une main sur sa bouche et passa l'autre dans les cheveux de Lucy. Beca sourit, les larmes aux yeux et serra sa mère un peu plus fort. Chloe eut l'occasion de prendre plusieurs photos avant que Lucy ne se retourne pour jouer.

Assise au milieu de sa mère et de sa grand-mère, Lucy mâchonnait l'oreille de son éléphant et marmonnait des paroles intelligibles au rythme de la chanson d'une des voitures.

- Je suis contente qu'elle aime les voitures, fit Vittoria, la voix à peine remise de ses émotions. Elle aime déjà la musique, on dirait.
- Oui, je me suis enregistrée en train de chanter pour aider à la calmer à l'orphelinat. Les crises qu'elle faisait à cause de ses dents étaient insupportables pour les gens là-bas.

Vittoria vit Chloe secouer la tête. Elles semblaient toutes d'accord sur le fait que ces crises n'auraient jamais dues être gérées par d'autres personnes que Beca.

- La chambre lui plait également, remarqua Maria. C'est un bon point, elle n'a pas l'air perturbé du tout et elle s'est même approchée de vous sans crainte. Ce sont de bons progrès en si peu de temps.

Beca hochait la tête parce qu'elle avait remarqué aussi comme Lucy s'était vite fait à sa nouvelle chambre et à Vittoria. Elle observait Lucy faire des va et vient sur le tapis en s'accrochant à tout ce qu'elle pouvait pour rester debout. Elle la vit hésiter. Il lui fallait faire un ou deux pas seule entre Vittoria et Chloe pour pouvoir attraper la voiture jaune en s'appuyant sur Chloe.

- Allez, viens, crevette. Tu peux y arriver, l'incita Chloe en lui tendant deux mains.

Lucy hésita mais se lança rapidement, se jetant dans les bras de Chloe pour éviter de tomber.

- Oui, tu as réussi, s'exclama la jeune femme qui la soulevait déjà pour l'embrasser.

Vittoria trouva l'interaction attendrissante. Elle n'avait jamais douté du talent de Chloe avec les enfants ni de l'amour qu'elle porterait à Lucy. Elle tourna les yeux vers Beca qui regardait sa petite amie d'un air amoureux. Ces deux-là s'aimeraient pour très longtemps, ça crevait les yeux. Les lèvres de Vittoria s'étirèrent jusqu'à former les pattes d'oies qui entouraient ses yeux. Le bonheur de Beca était en marche et il courait même très vite. Elle était heureuse de pouvoir en être témoin et rassurée de savoir sa fille si bien entourée. Sa soirée improvisée avec les Bellas le soir précédent lui avait confirmé qu'elle pouvait faire confiance aux amies de sa fille pour lui remonter les bretelles ou la soutenir dans les pires épreuves, selon ce qu'elle avait besoin. Une mère ne pouvait pas demander plus. Il n'y avait plus qu'à ramener Lucy dans leur famille et Vittoria pourrait dormir sur ses deux oreilles. Ses êtres les plus chers seraient en sécurité.


Semaine 4 – 30 avril

Ma mère était là. La majestueuse Judy Fabray a fait le déplacement pour prendre conscience de ses propres yeux qu'elle avait échoué dans l'éducation de sa fille. Elle a pleuré tout du long et m'a serré fort. J'avais envie de lui dire qu'elle s'y prenait vingt ans trop tard. Elle n'a pas cessé de répéter qu'elle ferait des efforts, qu'elle allait chercher un appartement plus près pour me voir tous les jours. Encore une fois, maman, c'est trop tard pour ça. Je ne lui ai rien dit. Mais je pense qu'elle a compris le message. Je ne me faisais pas trop d'espoir. Ce n'était que des paroles en l'air. Elle retournerait voir mon père dès le premier obstacle.


La voiture qu'elle avait loué n'était pas la plus facile à conduire mais Santana s'en satisfaisait le temps de son séjour. Elle gara la Nissan devant la maison des Mitchell et prit une grande inspiration pour se préparer à affronter la pluie qui tranchait l'air depuis le début d'après-midi. Atlanta n'était pas la ville la plus humide mais ce n'était pas la plus ensoleillée non plus. Santana commençait déjà à regretter la chaleur de San Francisco. Heureusement, Sheila Mitchell lui ouvrit la porte quelques secondes seulement après qu'elle ait frappé trois coups sur la porte.

- Maître Lopez, allez-y, entrez. Beca et David sont dans la cuisine.

Sheila guida Santana à travers un couloir jusqu'à la cuisine où David et Beca se réchauffaient autour de leurs mugs de café. Beca se leva de son tabouret pour la saluer et lui proposa une boisson chaude pendant qu'elle se débarrassait de son manteau et sortait les derniers documents qu'elle devait faire signer à Beca.

- Celui-ci, c'est pour demander l'aide familiale une fois que Lucy sera chez toi. Et celui-ci pour nous autoriser à te faire passer à la barre en tant que témoin, expliqua Santana en indiquant les endroits où il fallait signer.

Beca signa aveuglement. Elle faisait entièrement confiance à Santana. David eut son lot de documents à signer dans le cas où il serait appeler à témoigner également.

- Je dois vous prévenir qu'il est possible que l'avocat des Dickson décide de vous demander de témoigner. Comme vous faites partie désormais de la liste des témoins, il aura le droit de piocher dans cette liste tout comme nous.

Beca hocha la tête pensivement. Santana était là pour la préparer à toute éventualité et éviter les surprises au tribunal.

- Mon responsable, Tim Drake, arrivera en ville la vieille de l'audience donc vous n'aurez que le jour même pour faire connaissance mais ne t'en fais pas, il connait ton affaire autant que moi. Il n'aura juste pas eu le chance de rencontrer Lucy, sourit l'avocate.
- Très bien. Et comment se déroulera la journée exactement ? Demanda David qui n'était pas plus habitué aux salles d'audience d'un tribunal aujourd'hui qu'il ne l'était un an auparavant.

Santana remercia Sheila pour la tasse de thé qu'elle déposait devant elle puis croisa les doigts.

- Dans les grandes lignes, le juge des affaires familiales nous demandera de réitérer ce qu'il s'est passé, pourquoi on a séparé Beca et Lucy et pourquoi Beca a perdu ses droits parentaux. Ensuite, chaque partie défendra sa cause puis le juge donnera son verdict, soit immédiatement, soit dans la journée.

David et Beca encaissaient les informations, l'air sérieux et attentif. Santana se pencha sur sa sacoche pour en sortir une pochette plastifiée bien remplie.

- Vous n'avez pas besoin de connaître chaque élément, mais voici ce qui servira de preuves pour pousser le juge à te restituer l'autorité parentale et à obtenir la garde Lucy.

Santana tapota sa pochette bien garnie, confiante dans le travail qu'elle avait fourni.

- Il y a aussi des éléments qui prouvent la machination des Dickson mais Tim n'est pas sûr de s'en servir.
- Je ne veux pas que vous risquiez vos carrières pour démontrer ce que les Dickson ont faits. C'est du passé. Je veux juste récupérer Lucy et aller de l'avant, fit Beca très sérieusement.

Santana répondit d'un hochement compréhensif. S'ils poussaient l'affaire assez loin, plusieurs juristes pouvaient subir des enquêtes internes et ça ne serait pas beau à voir.

- Je sais que tu veux qu'on reste intègre dans notre défense et ce sera le cas. Mais l'avocat des Dickson ne jouera pas franc jeu. C'est un requin. Il utilisera tout ce qu'il aura pu déterrer pour te faire tomber, prévint l'avocate.
- Qu'il le fasse. Nous n'avons rien à nous reprocher, fit David d'un ton autoritaire en posant une main réconfortante sur celles de sa fille.

L'avocate sourit parce qu'effectivement, ils n'avaient rien fait de mal et elle avait une parfaite confiance en son supérieur. Elle savait qu'il saurait déjouer chaque question de la partie adverse. Passant en diagonale les questions qu'elle avait anticipé, Santana pointa son stylo sur l'une d'entre elles.

- On peut commencer le jeu de rôle des questions, si vous le souhaitez. Vous serez préparé, même si Tim n'utilisera les témoins qu'en tout dernier recours.

Beca acquiesça et s'installa plus formellement sur son tabouret, prête à recevoir l'assaut de questions.

- Ok, n'oublie pas, le but est que tu ne t'énerves pas et que tu restes imperturbable. Tu n'as rien à te reprocher. Tiens-t'en aux faits, rien que les faits, conseilla une dernière fois Santana.

Comme Beca semblait prête, Santana prit l'air impassible qu'elle réservait aux salles d'audience. Elle se leva et se mit à marcher dans la cuisine. Le mouvement répété était censé décontenancer les témoins ou reproduire à l'identique le mouvement que ferait un avocat dans un tribunal. L'un ou l'autre, ça fonctionnait. Beca sentit son cœur s'accélérait et ses mains devenir moites avant même que Santana ne pose sa première question.

- Mademoiselle Mitchell, commença Santana d'une voix monotone, pourriez-vous m'expliquer ce qu'il s'est passé le jour de votre accouchement ?
- Lucy est arrivée plus tôt que prévu alors j'ai du me rendre à l'hôpital en urgence.

Beca se remémorait les sensations dans son bas ventre comme si un an ne s'était pas écoulé. Les douleurs qu'elle avait ressenti jusque dans sa colonne vertébrale, les petits membres de Lucy qui poussaient contre ses organes à l'intérieur. Et le sang. Tellement de sang et de liquide amniotique. La substance qui avait coulé à travers son pantalon et l'avait surprise alors qu'elle rentrait chez sa mère à pieds. Elle ne pourrait jamais décrire la sensation de mettre au monde un enfant. C'était une expérience à part entière que seule une autre mère pouvait comprendre.

Après deux heures d'interrogatoire intensif, Beca raccompagnait Santana à la porte, épuisée et nerveuse. Santana avait su être oppressante et suffisamment accusatrice pour faire plier Beca sous les doutes qui l'envahissaient depuis plus d'un an, à présent.

- Ne rumine pas trop ce qu'on s'est dit aujourd'hui. Fletcher ne sera pas aussi fourbe que moi, fit Santana d'un clin d'œil.
- C'est plus facile à dire qu'à faire, répondit Beca d'une moue froissée, gonflant les joues.

Santana se permit un geste qu'elle n'avait qu'avec ses amies les plus proches. Elle s'avança pour déposer une main parfaitement manucurée sur l'épaule de la jeune femme.

- Ne t'inquiète pas. Tu as toutes les bonnes réponses. Tu as su garder ton sang froid. Je ne me fais pas de soucis pour ce qu'il se passera la semaine prochaine. On va la récupérer, Beca. C'est bientôt fini.

Dans un dernier sourire reconnaissant, Beca acquiesça et laissa Santana passer la porte. Elle observa l'avocate courir jusqu'à sa voiture sous la pluie qui n'avait pas cessé. Sans pouvoir s'en empêcher, Beca sentit son cœur se remplir d'espoir. Une semaine. Plus qu'une semaine.


A/N: Hello à tous, voici un très long chapitre. J'espère qu'il ne sera pas trop long à lire. N'hésitez pas à me dire si vous préférez plus long encore ou plus court. Je crois que celui-ci est mon préféré. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Le suivant est déjà bien commencé et ne devrait plus tarder à être publié également.

Dans le chapitre suivant: l'audience au tribunal ; Quinn et Rachel avancent à petits pas ; Beca en apprend plus sur Choe (parce qu'il y en a encore) ; Santana et Brittany apprennent les fiançailles de Faberry... Bref, ça bouge !

Comme d'habitude, j'attends vos réactions. Merci de lire.

Prenez soin de vous.