Réponse aux reviews :

JusteCa – ah bah oui, j'avais pris le temps de bien réfléchir à chaque livre de cette bibliothèque pour qu'ils dévoilent tous un truc important (sauf un, je voulais laisser planer ce doute mais peut-être est-ce un mensonge pour mieux cacher le scénario?!) et ça va bel et bien jusque dans le Livre 4 avec le langage des fleurs. Max qui dort avec un couteau, c'est normal et pas le pire, bien entendu… après tout, elle a bien un flingue dans sa robe de chambre (ou son pyjama, je sais plus trop). La plupart des personnages choisissent eux-mêmes leur orientation sauf Michael parce qu'il a été créé pour ça. Non, ce n'est pas mon quota LGBT+ parce que je l'explose, moi, ce quota mais j'ai créé chaque gamin de la Meute avec un "secret" qui explique comment ils se sont retrouvés là-dedans. Attends… OMG : c'est Secret Story mon truc ! NOOON ! Oh ?! T'as un lapin ? C'est super. Moi je voudrais deux rats pour apprendre à bien m'occuper d'un animal comme ça, si je galère trop, je ne serais pas tenté d'abandonner la pauvre bête car ça vit deux ans, on peut s'accrocher pour deux ans. Cet intégral m'enlève un énorme poids de l'esprit donc il sert surtout à alléger mon esprit, je suis pas sûr qu'il ait une grande pertinence mais comme je n'écris que des sagas, ça sera plus simple pour les lecteurs de s'y retrouver à terme.


Livre 0 : Le Pouvoir de la Meute


- 20 -

"Tu touches à rien." menaça Logium. "Observe le Maître à l'œuvre et prends-en de la graine. Ou des miettes. Plutôt des miettes, t'as l'air simplet."

Harry ne s'en offusqua pas : l'incident de la baguette avait fait le tour de la maison. Répété et amplifié, surtout amplifié, carrément déformé pour le rendre plus croustillant.

Red avait balayé ça d'un mouvement de la main et son regard de louve l'avait dissuadé d'en reparler plus sérieusement. À la place, elle lui avait demandé de rentrer dans le business de la Meute et il était actuellement en semaine d'observation : lundi Logium, mardi Praesepe, mercredi Michael, jeudi Max et vendredi… Au boulot.

"Fiche le camp, gamin !" s'écria un vieux monsieur en les voyant approcher.

"Maieuh !" gémissait Logium.

"Non non, je te connaît par cœur : tu fais exprès de perdre au début du jeu puis tu rafles la mise. Je ne sais pas comment tu t'y prends mais ça fais tâche dans mon casino. DEHORS !"

Logium n'avait pas l'air attristé et à peine perturbé, son visage affichait en permanence un sourire narquois et il semblait toujours sur le point de faire une connerie. En l'occurrence, il marchait dans les rues sans but précis en ramassant deux-trois trucs dans les poubelles. Rien de dramatique mais il y mettait la ferveur des plus grosses bêtises.

"Tu veux un mug ?" demanda-t-il à Harry et avant que celui-ci n'ait le temps de répondre, il haussa les épaules en ajoutant : "Tant pis" en fourrant l'objet dans sa besace.

Cette manie de prédire le futur le rendait particulièrement pénible, du point de vue d'Harry. À peine cette pensée effleura-t-elle son esprit qu'il se prit une taloche sur le haut du crâne.

"Tu pense trop fort." critiqua Logium. " Et si tu faisais ta part du boulot, à la place ?!"

"Red a dit…"

"Bien sûr, tu gagneras un pourcentage."

"Ah bah ok, dans ce cas."

"Qu'est-ce que Red a dit ?"

"Rien rien."

"Brave petit."

Pas dupe le moins du monde, les deux savaient qu'ils désobéissaient à la Louve. Une grave erreur mais… Ce n'était pas de leur faute s'il elle n'avait pas été assez claire ! N'est-ce pas ?

Les deux garçons passèrent une bonne partie de leur journée à bousculer des passants pour leur dérober porte-monnaie et bijoux. Malgré l'aspect totalement amoral de leur activité, ils s'amusèrent avec une légèreté enfantine qui remua Harry bien plus qu'il ne voulait l'admettre. Était ça : être un enfant ?

"Excusez-moi, cher monsieur. Je ne vous avais pas vu." dit-il d'une voix particulièrement idiote pendant que Logium fouillait sa poche.

"Mon imbécile de frère est fou à lié." renchéri ce dernier tandis qu'Harry détacha le fermoir de la montre d'un claquement de doigt. "Il s'est échappé de l'asile, pauvre de moi !"

"C'est mieux qu'être un pauvre singe plein de puce !" railla Harry.

"Ouais bah moi je met pas le feu aux rideaux dès que j'ai une baguette magique à la main."

"Et c'est pas moi qui ait…"

"AU VOLEUR !"

Les garçons stoppèrent instantanément leurs insultes et jetèrent un regard à leur butin bien trop visible dans leur sac : ils en avaient presque oublié le boulot. Oups.

"Court !" s'écria Logium.

Et Harry compris l'entraînement.

Il détala dans les rues, peinant à maintenir le rythme derrière Logium qui était aussi souple et vif que le singe qui lui servait d'animagus. Après avoir passé une vie à échapper aux poings de Dudley, il s'était imaginé être plutôt rapide mais il lui faudrait beaucoup d'heures d'entraînement avant de pouvoir suivre n'importe quel membre de la Meute.

"A... Arrê-te… Toi…" s'essouffla-t-il mais Logium avait disparu au coin d'une ruelle et il était seul.

Ses poches étaient pleines et il prit le temps de s'adosser à un mur pour compter son butin maintenant qu'il était paumé mais hors d'atteinte : 7£ et quelques bonbons noyés dans des factures ou des papiers sans importance. En plus, la montre qu'il avait dérobé n'avait aucune valeur. Génial.

Comment était- il censé rapporter 10 galions par jour s'il n'arrivait même pas à en gagner un dixième après des heures de boulot ?! Pire encore : comment allait-il se débrouiller seul pour ce genre de magouilles ?

"Bouge-toi le cul, on n'a pas fini notre journée."

Loin de là, d'ailleurs. L'heure du déjeuner remontait et ils auraient même dû commencer à rentrer vers le Chemin de Traverse où se trouvait la maison mais ils étaient loin d'avoir récolté l'argent nécessaire.

"Qu'est-ce qu'il se passe, concrètement, si on rapporte pas assez d'argent ?"

"Tu dors dehors… Et tu cumule une dette." répondit Logium. "D'ailleurs, si j'emploie la deuxième personne c'est parce que ça ne m'arrive jamais, bien entendu. Contrairement à toi."

Logium avait tendance à parler du futur au présent, par habitude. C'était déroutant mais compréhensible s'il voyait sans cesse ses prédictions chevaucher la réalité.

Harry avait intérêt à conserver ses maigres récoltes pour engranger de l'avance dans ses paiements car il n'était pas certain de survivre à sa première journée de boulot qui se profilait pour la fin de la semaine.

"Tu m'offre combien si je te trouve un casino ou une d'équivalence pour jouer et gagner ?" demanda Harry.

""Que dalle, tu trouveras pas."

"Bien sûr que si."

"Non."

"Si."

"Prouve-le."

"Pas à moi : je veux un chiffre."

"Raaah ! C'est qu'ils t'ont bien éduqué les p'tits malins."

"Mouais, c'est surtout que je suis très doué." répliqua Harry dans un mouvement de cape.

Il se voulait impressionnant mais il ressemblait plutôt à une chauve-souris bourrée, il manquait d'entraînement.

"Si tu le dis… 5£."

"Tu rigoles ou quoi ? J'en attend plutôt 50£ !"

"Nan mais ça va pas ?! Je peux le trouver tout seul mon casino..."

"C'est pour ça que tu fouilles les poubelles ?"

Logium émit un petit glapissement et Harry se demanda s'il avait toujours ressemblé à un singe ou si ces caractéristiques s'étaient révélées après sa première transformation. Après quoi, il se dit qu'il pensait trop et qu'à force, il allait finir par tenir compagnie à Michael à Serdaigle. Bon, au moins ce n'était pas Poufsouffle...

"Je t'en offre 25£, dans ce cas."

"Tu es capable de te faire ce chiffre en moins d'une minute et je le sais bien : 45£."

"Bon... Je te propose 30£ et mon butin du jour. C'est ma dernière offre."

"Mmmh… Plutôt 35£ et ton butin ?"

"Non. 30£ et mon butin. J'irai pas plus haut."

Logium était bien plus habile de ses mains pour le vol à l'étalage. Cumulé avec ses dons de magie d'esprit et du temps, il avait forcément récupéré plus que lui. C'était un prix honnête et s'il arrivait à gagner autant lors de ses prochaines journées observations, il pourrait aisément passer son vendredi sans se soucier d'être mis à la porte pour la nuit.

"Ok." accepta-t-il enfin.

Logium lui fourra quelques pièces et un billet qui représentait la moitié de la somme, il attendait visiblement qu'Harry lui déniche un endroit tranquille où il pourrait renflouer les comptes avant d'être jeté à la porte. Le Survivant avait tendance à faire exploser les baguettes magiques mais il était extrêmement intuitif dans l'utilisation de la magie et pourrait sans doute lui fournir plusieurs adresses sans le moindre effort.

"Revelio…" murmura ce dernier, les yeux fermés pour mieux ressentir la magie. "Revelio ? Revelio ! ARGH bon sang !"

Énervé, il tendit sa main devant lui et un filet doré s'échappa de sa main pour les conduire jusqu'au bout de la rue.

'Voilà, ça marche mieux ! C'est quoi cette manie de prononcer des formules qui ne veulent rien dire ?!"

"Je ne sais pas du tout quel sort c'est censé être mais… C'est puissant."

"J'ai vaincu un Mage Noir dans mon berceau, je te signale."

Ils arrivèrent dans un immeuble étroit qui sentait fort la cigarette et la transpiration. On les accueilli avec méfiance mais Logium savait mettre les gens à l'aise en pratiquant l'humour… Et avec un gros billet !

"Et toi, enfant du serpent, quelle est ta mise ?"

Harry sourit à son nouveau surnom (mieux que nabot) et comme il ne voulait pas risquer de perdre son argent durement acquis, il paria la seule chose qu'il pouvait se permettre de perdre :

"Logium."

"QUOI ?!" s'égosilla ce dernier qui n'avait apparemment pas pu prédire cette probabilité-ci tellement elle était improbable.

"Je mets en jeu mon camarade, il sera l'esclave du gagnant jusqu'à ce que je le récupère avec une autre mise."

"C'est d'accord." approuva le Maître du Jeu. "Que la partie commence…"

"ENFOIRÉÉÉ !"

- 21 -

"Mouton… Mouton. Non, non, pas la licorne."

Praesepe pénétra aux aurores dans la chambre des deux plus jeunes louveteaux et observa le spectacle avec autant d'amusement qu'Harry.

"Elle est mignonne quand elle dort…"

Contrairement à Logium qui improvisait ses journées au gré de son humeur, l'emploi du temps du Castor était millimétré. C'est pourquoi ils laissèrent à contrecœur la fillette jouer avec ses licornes mentales tout en serrant son couteau rétractable dans le creux de sa main.

"Je suppose que Pollux n'a pas su t'enseigner la discipline."

"C'est pas trop son champ d'expertise…" répliqua Harry en haussant les épaules. "Mais j'ai gagné un mug… Tu veux mon mug ?"

"Euh, non. Sans façon."

C'est comme ça qu'Harry n'arriva pas à se débarrasser de son mug mais se retrouva avec un bric-à-brac dans les bras en moins de temps qu'il ne le fallait pour dire "Seigneur des Ténèbres".

"C'est quoi ces merdes ?"

"Aujourd'hui, tu es mon âne. Dis : Hi-han."

"Je t'emmerde."

"Hiii-han ?"

"Caca d'oie et crottin de cheval."

Un coup de baguette plus tard :

"Hi-han ! Hi-han !"

"Ah bah c'est mieux." prononça Praesepe avec satisfaction.

Harry lui donna aussitôt un coup de pieds vengeur mais se retrouva instantanément avec une magnifique paire d'oreille. Il les secoua avec mécontentement.

"Si tu continue, je te rajoute une queue." menaça Praesepe.

Un hennissement plus tard, Harry se retrouva avec des grains d'avoine et des pissenlits en guise de petit-déjeuner. Heureusement qu'il n'avait pas été transformé en bousier…

06h30 : acheter du bois

06h45 : acheter des ingrédients

07h : virer Logium de la chambre

07h30 : se mettre au boulot

Jusqu'à midi, il ne gagnait rien malgré un travail acharné mais tout s'accélérait par la suite :

12h30 : s'installer dans un vide-greniers

Il avait ses habitués qui lui achetait des figurines par paquet de dix et quelques curieux qui étaient conquis par ses créations : petits animaux taillés dans le bois qui réagissaient à certains ordres simples et périssaient si on cessait de les stimuler. Il offrait également une carte à collectionner dessinée de sa main avec son nom et ses coordonnées.

Résultat à 15h30 : 90£, plus ou moins.

Il était plein aux as et c'était mérité.

16h : s'installer dans un coin touristique

Là, il n'avait plus que son chevalet et une vingtaine de toile à remplir avec son aquarelle jusqu'au coucher du soleil.

Résultat à 18h30 : 120£, plus ou moins.

"Les touristes sont des pigeons qui sont prêts à t'acheter une merde au prix fort."

18h45 : aller voir Ollivander

"Ah. Praesepe, entre, je t'attendais."

Le concerné s'embarrassait rarement des formules de politesse et se contenta de déposer un sac rempli de baguettes magiques diverses qu'il avait fabriqué lui-même durant son année scolaire ou une partie de sa nuit.

"Tu trimballe un drôle d'animal…" dit le vendeur de baguette avec un sourire amusé. "Veux-tu me le présenter ?"

D'un mouvement sec du poignet, Harry renversa une bonne partie des baguettes exposées dans la vitrine et voulu faire croire à de la magie accidentelle mais son sourire était tout aussi coupable que celui de Logium.

"C'est de la magie puissante, monsieur Potter. Vous devriez faire attention…"

Il jeta un regard paniqué à Praesepe qui posa une main réconfortante sur son épaule.

"C'est si évident que ça ?"

"Physiquement ? Non, vous avez fait du bon boulot. Magiquement ? Il empeste les Potter surtout pour quelqu'un comme moi. Oh, il pourrait berner un esprit simple mais n'imaginez pas une seconde manipuler quelqu'un comme Dumbledore… Ou Voldemort."

"Hi-han ! Hi-han ?"

"Tu y es allé un peu fort, Praesepe, tu ne crois pas ?"

"Bof, pas trop… Il est pire que Max en ce qui concerne les explosions inopinées."

"HI-HAN !"

Un coup de baguette plus tard et la parole d'Harry fut libérée, il garda cependant ses oreilles et songea à faire bouffer leurs baguettes a tous ces sorciers. Nan mais oh !

"Voldemort est en vie ?" demanda-t-il enfin avec une voix trop aiguë d'avoir été un âne pendant une journée.

"Certains pensent qu'il est mort." répondit Ollivander.

"Je l'ai tué."

"Moi j'attends son retour…" poursuivit-il. "Il est là, quelque part… et n'attend que le moment opportun pour revenir."

- 22 -

Harry se réveilla en sursaut avec une lame plantée dans son oreiller.

"MAAAX…" gémit-il. "Encore cinq petites minutes."

"Debout feignasse, tu bosses avec Michael aujourd'hui. Crois-moi, tu n'aimerais pas le faire poireauter."

Harry aurait bien voulu lui renvoyer son couteau au visage mais il ne souhaitait pas se retrouver avec un Ganondorf affamé sur les talons. Mieux valait se bouger !

Après avoir enfilé sa tenue en moins de cinq secondes et s'être coiffé en plus de dix minutes (bah quoi ?), il frappa trois coups à la porte de Michael.

"Keskekoitufé ?" marmonna ce dernier, visiblement profondément endormi.

"Euh... Journée d'observation ?"

"L'est qu'elle heure ?"

"Presque huit heures."

"Ok alors leçon n1 : retourne te coucher. Les grands esprits ne se lèvent qu'à l'heure du déjeuner."

Harry n'était pas convaincu de cette philosophie mais ne se fit pas prier. Malheureusement pour lui, Max en avait profité pour se carapater en douce. Impossible de lui renvoyer son couteau à la gueule, dommage. Il ne lui restait plus qu'une chose à faire : piéger son matelas avec des mines puantes.

Mouhaha : on ne réveille pas Harry Potter impunément. Sans doute avait-il oublié qu'il dormait dans la chambre où se trouvait ledit matelas.

"Princesse aux bois dormants ? Il est midi !"

"Déjà ?!"

"Red veut que tu participes au déjeuner alors bouge ton cul !"

"Raaah la poisse…"

Un bâillement plus tard, Michael dévalait déjà les escaliers. Il s'endormait toujours habillé et ne prenait pas le temps de se coiffer ou se débarbouiller plus que nécessaire.

"J'espère que tu as l'intention de bosser, aujourd'hui." grogna Red en lui servant une large portion de tourte à la citrouille.

"Qu'est-ce que tu t'imagines ? Je suis à fond !"

Harry ricana, il se prit un coup de pieds sous la table alors il renversa le milk-shake au ketchup de son camarade d'un simple mouvement du poignet. Un repas normal, quoi.

"Je te prierais de nettoyer tes merdes, Ryry."

"Je préfère Enfant du Serpent."

"Et rejoins-moi dehors…"

Quoi déjà ? Il n'avait pas pris le temps de savourer ni de balancer une sauce à l'autre bout de la table, sans parler du dessert. Comment pouvait-il sauter le dessert ? Sacrilège !

"Ça fait des années que j'essaye de lui enseigner les bonnes manières, rien à faire." soupira Red avec un sourire affectueux. "Il peut t'apprendre les mille premières décimales de pi en une nuit mais il n'est pas fichu de bien se tenir à table."

"C'est pas étonnant : ses figures d'autorités sont une poufsouffle et deux gryffondors."

"T'as un problème avec les gryffondors aussi, toi, maintenant ?" dit-elle avant de le dévisager de haut en bas puis de bas en haut. "Ah. Oui. Bien sûr."

"Tu te la joues Logium ? Ça te va pas du tout, arrête."

"Pas la peine."

"J'aime pas qu'on lise dans mon esprit."

Il voulu marquer son désaccord en se levant mais Red posa distraitement une assiette bourrée de cookies sur la table alors il se rassit comme si ça avait toujours été son intention.

"Dis-moi... Les poufsouffles sont vraiment si proches des cuisines que ça ?"

"Les elfes connaissent nos prénoms."

"Et y'a souvent des cookies ?"

"En permanence, sur chacune des tables de notre Salle Commune."

Peut-être que c'était pas plus mal. Bien sûr, il risquait d'être la risée de l'école mais sans doute pourrait-il en profiter pour devenir le plus Puissant dans l'ombre de la bienveillance ? Qui pourrait s'en douter ?

"Un vrai serpentard serait réparti partout… sauf à Serpentard." renchéri Red.

"Qu'est-ce qui te fait croire que…"

"Enfant du Serpent."

Ah. Ok, dis comme ça…

"Prends ton temps avec les cookies, Michael est en train de se balancer sur son hamac. Il en a pour quelques heures…"

"Je ne comprends pas."

"Il est extrêmement doué et travailler pour de l'argent ne l'intéresse pas. C'est tout."

Logium fut le premier à rentrer, sa besace remplie d'objets de valeur ou de pièces de monnaie sorcière ou moldue. Son frère ne tarda pas à venir lui piquer quelques cookies, les poches tout aussi pleines. Max avait le visage fermé des mauvais jours, il faisait presque nuit.

"Michael, tu exagère !"

Ce dernier n'avait quasiment pas bougé de la journée. Profitant de son hamac, il avait siroté une petite dizaine de boisson-ketchup sans lever les yeux de sa console portable.

"Bah quoi ? Je t'ai payé la semaine dernière." marmonna-t-il.

"J'aimerai juste que tu montre à Harry comment tu fais, c'est tout."

"Mai-euh ! J'aime pas travailler deux fois dans un même mois, ça ne sert à rien."

"Avec cet argent, tu pourrais avoir un nouveau jeu vidéo…"

"J'en ai déjà plein."

"Une figurine à collectionner ?"

"Je suis en train de les vendre tellement j'ai plus de place dans ma chambre…"

"Un petit animal de compagnie ?"

Ganondorf grogna.

"J'ai vu une boutique qui vend un Kirby en peluche." signala Harry.

"J'en ai déjà trois."

"Ouais mais celle-ci est GÉANTE."

Michael releva la tête, soudain très intéressé.

"Géante comment ?"

"Du genre qu'on devra pousser les murs pour la faire rentrer dans le salon."

"Intéressant."

"NOOON !" hurla Red avec sa voix de louve qui aurait fait blêmir Lord Voldemort Himself. "Tu ne me ramène pas ce genre de peluche à la maison."

"Enfant du Serpent, merci. Je vais à présent t'enseigner l'art de se faire un demi-million en un clic de souris et comment s'acheter une île privée sans quitter sa chambre."

Insensibles aux divers "revenez ici bande de loustics !", les deux garçons montèrent les marches quatre à quatre et Michael en profitera pour activer les divers pièges qui pouvaient se déclencher si quelqu'un tentait d'ouvrir sa porte. Une Red en furie, par exemple…

"Bon, alors, à qui dois-je m'attaquer aujourd'hui ?" marmonna Michael en pianotant sur son clavier dernier cri câblé à deux écrans plus ou moins récents. "Une multinationale qui a économisé à la construction de son bâtiment, causant une centaine d'asphyxies et une dizaine de blessés par l'incendie ? Ou alors… Quelques milliardaires ne payant pas leurs impôts, préférant détourner l'argent pour financer leur villa en marbre et de gros diamants à leur femme et divers maîtresses ?"

"L'argent des impôts n'est pas censé revenir en partie aux orphelins de la nation ?"

"Mmmh… L'incendie me semble plus grave mais tu as raison, en un sens. C'est notre argent !"

Il se mit à frapper furieusement les touches de son clavier, piochant quelques noisettes dans un saladier de temps en temps. Comme promis, il se fit un demi-million en si peu de temps qu'il n'arriva pas à grignoter plus de trois noisettes. Une journée de travail bien remplie !

"Bon, passons aux choses sérieuses : dis-moi tout ce que tu sais à propos de cette peluche géante !"

- 23 -

"Lâche-moiii !"

Était-ce vraiment nécessaire de s'envoyer des pancakes à la gueule dès le petit-déjeuner ?

"C'est toi qui a commencé !"

"Nan c'est pas vrai."

"Si."

"Non."

"Si !"

Quelle autre alternative y avait-il ? S'assoir sagement et manger dans un silence de mort, chacun fixant une boîte de céréale ou un journal avant de partir travailler comme des robots ?

"Non !"

"Si !"

Plus Harry y réfléchissait et plus il comprenait ce besoin d'échapper au schéma de la famille classique. Après tout, ils avaient tous mit tellement d'énergie à le fuir…

"NON !

"SIII !"

"NOOON !"

"Vos gueules : Harry tiens-toi correctement et Max lâche cette poêle."

À peine Red pénétra-t-elle dans la pièce que l'atmosphère changea, il n'y avait qu'Harry et Max mais ça avait été suffisant pour créer un cataclysme.

"Tu veux un peu de mon saumon ?" demanda Harry avec un sourire angélique.

"Je veux surtout que vous nettoyiez ce bordel avant d'aller bosser."

"J'ai rien fait, moi !" gémit Max.

"Ah ouais ? Et ce sushi a atterri au plafond par accident ?"

"C'était une tentative de suicide, je peux le comprendre : il a vu sa tronche !"

Ledit sushi se détachait petit à petit jusqu'à l'inévitable chute, droit sur le front de Red qui commença à grogner férocement. D'un claquement de doigt, la moitié de la table fut impeccablement rangée et Harry détala juste avant que la louve se mette à hurler. Ok, il comprenait mieux son surnom.

Max ressorti de là le visage déconfit et elle ne s'aperçut pas immédiatement qu'Harry la suivait en marchant attentivement dans ses pas. Soudain, elle se rappela le motif de la dispute et sorti son couteau préféré pour placer la lame contre la gorge du plus jeune loup.

"Dégage." dit-elle d'une voix glacée.

"Ok, t'as gagné."

Il leva les deux mains en reculant pour montrer clairement sa soumission et elle leva un sourcil, étonnée :

"Sérieux ?"

"Ouais, j'abandonne. Je comprends que tu veuilles garder le secret sur ta source de revenu et je vais profiter de cette journée pour me promener dans le quartier."

"Oh ?" Max semblait déçu de ne pas avoir un nouveau motif de bagarre. "D'accord." et elle rangea son couteau.

Harry regarda sa partenaire de chambre disparaître dans une ruelle qui donnait sur le monde moldu. Tiens tiens, elle qui crachait sa haine dès que ce mot était prononcé… Travaillait-elle de l'autre côté ?

Il attendait patiemment que tourne l'heure, bien sûr qu'il comptait la rejoindre mais il voulait lui faire cadeau de sa présence non sollicitée. Max n'était pas au courant qu'il maîtrisait un sort de localisation très efficace digne des plus grands sorciers. Surpriiise ! Mouhaha, il était diabolique.

Comme il s'ennuyait, il s'amusa à faire apparaître une petite flamme au bout de son pouce : clic-clac-clic-clac, allumer et éteindre le feu. Au bout d'un moment, il pensa à rendre le jeu plus amusant en insufflant une forme particulière à la fumée. Au début, tout se passait bien avec un minuscule chat qui gambadait sur le Chemin de Traverse. Il n'aurait pas pu dire à quel moment les choses lui échappèrent mais sans doute n'aurait-il pas dû transformer le chat en tigre…

La petite flamme enfla et des jets brûlants s'échappèrent de sa main, la fumée s'engouffra dans la plupart des commerces et l'explosion brisa la moitié des vitrines. Évidemment, il avait fallut qu'il se trouve juste en face d'une boutique de potion : les ingrédients se mélangèrent et comme si l'incendie ne suffisait pas, une pluie acide commença à se déverser sur les clients affolés.

Oh. Bordel.

Harry se protégea avec une sphère blanche mais les désastres étaient tels qu'il ne put que s'en sortir indemne. La plupart des gens s'en seraient contenté mais il tenait beaucoup trop à sa cape pour ne pas grimacer lorsqu'elle s'enflamma.

C'est donc couvert de suie et les vêtements en lambeau qu'il poussa la porte d'un café de sang-mêlé situé entre le monde sorcier et moldu. La plupart des gens le dévisagèrent avec horreur (surtout le patron) et c'est ainsi qu'il repéra Max, la seule personne à le regarder normalement. C'était d'ailleurs la seule chose qui lui permis de l'identifier avec certitude : ses jambes avaient été allongées de quelques centimètres par magie, ses cheveux étaient désormais blonds et tombaient en cascade sur son dos et elle portait des vêtements et du maquillage qu'il aurait fallu la tuer pour lui faire mettre.

""Qu'est-ce que t'as fichu, l'avorton ?!" s'exclama-t-elle en secouant la tête. "On ne peut pas te laisser seul plus d'une heure, hein ?!"

"C'est quoi ces fringues ? Tu t'es habillé chez 'pute and co' ou quoi ?!"

Le patron se racla la gorge en agitant les mains et s'il avait voulu capter l'intention de Max, c'était fichu. Elle plaqua violemment Harry contre le comptoir en plaçant ses dents contre sa jugulaire (sans doute sa robe ultra moulante ne contenait pas de poche lui permettant d'agresser tout le monde avec une large gamme de couteaux, ultra luxe et tranchants) et lui murmura une phrase qu'il fut le seul à entendre.

Il blêmit, elle le lâcha et attrapa un plateau pour servir la table numéro 3 comme si de rien n'était. Oh, à voir le visage d'Harry, le message avait dû être suffisamment clair et il garderait le secret.

"T'es encore là ?" grogna Max, trois heures plus tard et le plus jeune louveteau n'avait pas bougé, trop occupé à fixer le vide comme si sa vie en dépendait.

"Je… Ne… Carotte… Pingouin et chat ?" dit-il.

"Oh merde, j'ai encore fait bugger Harry !"

- 24 -

La porte du placard se referma brusquement sur Harry et Max s'empressa de la bloquer avec tout ce qui lui tombait sous la main : un lampadaire, quelques coussins, une batte de cricket, un tigre en peluche et quelques paquets de chips périmés depuis plus de vingt ans. Bon, ok, faudrait vraiment songer à nettoyer ce grenier, un de ces quatre !

… Mais plus tard (et c'est sans doute pour ça qu'il ne le serait jamais), là, elle devait vraiment prendre ses jambes à son cou avant d'être réduite en bouillie !

"S'lut." dit Michael en la voyant déraper dans le salon, pas le moins du monde surpris. ""Vous pouvez pas arrêter de vous battre, genre deux secondes ?"

"Nop."

"On pourrez croire que vous êtes amoureux l'un de l'autre…" renchéri Praesepe sans lever les yeux de son ouvrage, un petit animal, étrange mélange d'un lapin et d'une chauve-souris en métal avec un cœur véritable battant encore au cœur de la machine.

"C'est clair !" pouffa Logium.

"Ark nan mais vous êtes tarés ou quoi ?!" hurla Max. "Trop dégueu…"

Red se releva de son fauteuil, la mine grave et vint se planter face à la seule petite femelle de sa meute. Elle posa une main pour maintenir son épaule et plongea son unique œil couleur d'ambre dans le regard fuyant de Max qui commençait déjà à rougir sans trop savoir pourquoi son souffle se raréfiait dans ses poumons.

"Tu es encore un peu jeune pour ça, je n'aurai pas pensé à t'en parler aujourd'hui mais au vu des circonstances… Quelles sont exactement tes connaissances sur le sexe masculin, l'acte en lui-même et les risques liés à la pratique ?"

"AAAH NAN MAIS… MAIS… SCHNAUZEL !" ordonna-t-elle. "À VOUS TOUS !" précisa-t-elle en se réfugiant dans les escaliers.

Elle se boucha les oreilles pour ne pas entendre Red lui promettre de fournir aux deux plus jeunes loups de quoi se protéger et qu'elle allait expliquer à Harry comment enfiler un préservatif.

Contrariée de ne pas pouvoir rentrer dans sa chambre pour claquer la porte (cette dernière ayant été détruite quelques semaines auparavant à la suite d'une énième dispute avec Harry, décidément…), elle retourna dans le grenier pour écumer sa rage en frappant dans son punching-ball préféré. Un vrai, punching-ball, bien sûr. Elle n'allait tout de même pas s'amuser à frapper Harry après les accusations traumatisantes du salon.

Il lui fallut une demi-heure d'acharnement pour sentir son rythme cardiaque ralentir, peut-être aurait-t-elle dû enfiler ses gants de boxe pour éviter de foutre son sang partout ? Oh, elle se souciait peu de la douleur : à force de cogner, elle ne sentait plus grand-chose puis elle était plus ou moins droguée aux potions de toutes les manières, une de plus ou de moins ne changerait rien.

"Pas un monstre, pas un monstre, pas un monstre…"

Comme elle avait arrêté de frapper le pauvre cylindre en cuir, elle put enfin entendre les gémissements provenant du placard où elle avait enfermé Harry. Les objets qu'elle avait jeté à la va-vite devant la porte n'avaient pas bougé d'un millimètre et à entendre les lamentations du louveteau aux cheveux nouvellement bicolores, il devait être dans un sale état psychologique pour être resté enfermé là-dedans. Bon sang, y'avait probablement pas de quoi respirer dans cet espace minuscule !

Elle se précipita pour ouvrir la porte et retrouva le garçon recroquevillé contre le mur, le bras ensanglanté de l'avoir mordu. Ses yeux étaient perdus dans le vide et il ne voyait rien autour de lui, complètement perdu dans un autre espace-temps.

"Ha… Harry ?" hésita la fillette en approchant aussi lentement qu'elle l'aurait fait face à un animal sauvage.

"J'ai pas fait exprès." dit-il. "C'était un accident, j'ai pas fait exprès, c'était un accident… S'il te plaît, un accident… Un accident…"

"Euh, ouais, ok. Je te crois."

"C'est vrai ?"

"Oui, oui : c'était un accident et t'as pas fais exprès."

"Je veux bien être un monstre s'il le faut mais pas le placard…"

"Ok, tout ça. Mais juste… Sors d'ici, tu vas étouffer, là-dedans."

"Je... Je peux ?" sa voix était pleine d'espoir. "J'ai le droit de sortir ?"

"Bien sûr."

"Oh merci ! Je ne recommencerai plus jamais. Promis."

À peine fût-il dehors que son regard changea : d'abord craintif, il balaya la pièce et ferma son visage de toute émotion en fronçant les sourcils. Il mit un certain temps avant de voir Max, ça le fit tellement sursauter qu'il heurta la batte de base-ball.

"Tu... Tu as vu ?" demanda-t-il.

Elle hocha la tête.

"Tu dis rien aux autres."

"Je sais." répondit-elle. "Si tu crois être le premier à avoir pété les plombs dans mes bras, détrompe-toi. C'est la Meute, ici, on a vécu des trucs de ce genre et parfois, on chiale dans nos draps quand personne nous regarde…"

Il baissa les yeux, gêné et commença à frotter la plaie sur son bras en espérant faire disparaître la blessure.

"Et toi ?" demanda-t-il au bout d'un moment.

"Ouais." répondit-elle après un long silence. "Mon père… Enfin, c'était plutôt une sorte de beau-père." précisa-t-elle. "J'en sais rien, en fait, ils sont zarb' dans cette famille... Ma mère s'est tapé tout le quartier tout en étant méga religieuse donc sans avortement ni rien… Notre "père" s'amusait à nous foutre sur la tronche, tout le temps et surtout quand il était bourré. Pour nous punir, tu vois, vu qu'on était pas ses gosses."

"La vache."

"Eux, ça allait, en fait. J'veux dire… C'est une famille de dingue et ils étaient tous aussi tarés les uns que les autres : ils tabassaient mon père, à la fin. Mais moi…" sa voix se troubla. "J'étais plus intelligente qu'eux et… plus sensible aussi, j'suppose. J'ai compris très rapidement que j'étais différente. Eux, ils changeaient pas la couleur de leur cheveux par colère et ils n'ont jamais fait péter les murs. C'étaient des moldus. J'me suis barré quand j'ai compris. Je voulais trouver mon monde et j'suis tombé sur Red."

"C'est pour ça que tu les déteste ?" demanda Harry au bout d'un certain moment à fixer le vide.

"Je sais qu'ils ne sont pas tous comme ça…" avoua Max à contrecœur. "Mais nous, les sorciers, on est censé être supérieurs, non ? Et on se cache ! Y'a quelque chose de pas normal… Ça prouve bien qu'ils nous ont persécuté. Et qu'ils réussissent à nous faire peur, encore maintenant."

Harry n'y avait jamais réfléchi, il était persuadé qu'il y avait autant de bons et mauvais sorciers que de bons et mauvais moldus. Il ne s'était jamais demandé pourquoi le monde magique était si bien caché…

"À part t'enfermer dans un placard, ils t'ont fait quoi, tes adultes ?"

"Euh... Rien."

"Rien." répéta-t-elle dubitativement. "Rien et tu panique jusqu'à t'arracher la peau dès que t'es enfermé dans un petit espace ?"

Ses yeux le démangeaient, des larmes commençaient à couler et il ignorait si c'était dû à ses ongles qui déchiquetaient son bras, le récit de Max ou ses propres souvenirs.

"Et les autres loups ?" demanda finalement Harry sans savoir s'il était prêt à l'entendre.

"Je t'ai promis que je leur dirai rien à ton propos, ne compte pas sur moi pour trahir ma parole, envers eux ou toi-même."

Harry sourit, soulagé.

"Arrête de te blesser." ordonna la fille en évitant de penser à ses propres mains ensanglantée. "Je vais chercher de la pommade et des pansements, bouge pas."

Elle se leva et se retourna vers lui pour déclarer d'un air solennel :

"Le prochain qui t'enferme dans un placard ou n'importe quel espace restreint… Je le défonce !"

- 25 -

BANG ! Harry embrassa bien malgré lui la vitre en verre et la Meute au complet l'applaudit en riant aux éclats. Pour sa décharge, elle était constamment sale et ouverte, cette porte, pourquoi était-elle propre et fermée, hein ?!

"J'vous emmerde." siffla-t-il entre ses dents serrées.

"Langage !" réprimanda Red avant de développer : "J'encule vos joli popotins de vache, j'ai l'honneur d'envoyer un gros sac de merde à vos têtes de poisson pas frais… Soit un minimum créatif, bon sang !"

"Tu sais que t'es sensé être notre figure d'autorité ?"

"Je peux être très autoritaire… Par exemple : Finissez votre petit déjeuner rapidement et allez bosser, bande de féniasse !"

Logium bailla lentement à s'en décrocher la mâchoire, Praesepe pris une bouchée de pain, Michael dormait encore et Max envoya sa salade d'algues marinée au plafond avec un système très complexe de catapulte élaborée avec des cuillères et quelques fourchettes.

"Ah ouais…" s'étonna Harry avec un sourire moqueur. "Très efficace ton autorité, dis-moi."

"Je ne dérange jamais mes louveteaux quand ils mangent." se défendit Red. "Assieds-toi très loin de Max, je ne veux pas devoir réparer la table et la moitié de la cuisine…"

Ainsi, Harry mangea son dernier repas à cette table mais il ne le savait pas encore. Il ignorait également qu'il venait de passer sa dernière nuit dans son lit, sans doute aurait-il savouré sa dernière bataille d'oreiller si ça avait été le cas.

Il quitta la maison avec ses vêtements en lambeaux (rescapé d'un incendie, on ne précisera pas qu'il était l'auteur dudit incendie) et une besace contenant la plupart de ses affaires n'ayant pas explosé dans une expérience ou un combat avec Max. Ce n'est qu'une fois dans la rue qu'il sentit un léger vertige : par où commencer ?

"Bonjour, je souhaiterai rencontrer le directeur." annonça-t-il solennellement en pénétrant dans un fast-food.

"À quel propos, gamin ? Ton steak n'était pas cuit ou ton jouet est cassé ?"

"Je veux postuler pour être serveur."

Tout le monde se ficha ouvertement de sa gueule et il fut renvoyé à coup de menaces plus ou moins violentes. Avant de partir, il fit valser la plupart des plateaux-repas et jaillir les sodas des machines d'un geste souple du poignet.

On ne se moque pas impunément du Survivant. Non mais oh !

Si Max avait réussi, il n'y avait aucune raison qu'il échoue. Il prit une profonde inspiration et ses jambes s'allongèrent : parfait ! Pour plus de réalisme, il visualisa un fin filet de pilosité faciale mal entretenu. Il ressemblait plus à un adolescent avant l'achat de son premier rasoir qu'à un adulte mais c'était déjà bien.

Son premier pas fut hésitant et il ne lui fallut pas plus de trois enjambées pour perdre l'équilibre. Il entendait distinctement les rires de la Meute dans son esprit :

"Fermez vos bouches de crapauds malodorants." dit-il et tous les passants le regardèrent avec horreur.

Fier de son effet, il leur adressa un large sourire accompagné d'un signe de la main… Et son cœur manqua un battement. Ce n'était pas son juron imagé qui avait effrayé les foules (bien qu'il fut parfait) mais sa nouvelle apparence. Sa magie s'était (encore) emballée et tout son corps était désormais recouvert d'une épaisse couche de poils noirs de jais et aussi ébouriffés que sa véritable tignasse potterienne.

"Fais chier…"

Il n'avait jamais autant été un loup de la Meute qu'aujourd'hui et il ne lui manquait plus qu'une paire d'oreille assortie d'une queue et quelques griffes pour être un loup-garou. Graou ?!

Il passa le reste de sa journée caché au fin fond d'une ruelle où s'entassaient les poubelles et la nuit était déjà tombée depuis longtemps quand il se résigna à chercher de l'aide.

Toc - Toc - Toc

"Qu'est-ce que… Harry ?!" s'écria Red en ouvrant la porte.

"J'suis coincé…" avoua-t-il à contrecœur.

D'un coup de baguette sur le haut du crâne, il perdit sa fourrure et retrouva son (magnifique) corps (d'Appolon) et son visage (sculpté par les dieux). Oui, bon, peut-être qu'il exagérait (si peu…).

"T'as l'argent ?"

"Euh... Bah… C'est-à-dire que j'étais trop occupé à ne pas être chassé pour finir en barbecue et manteau-pour-mémère."

BANG ! C'est ainsi qu'après une journée pleine d'humiliations, Harry passa sa première nuit dehors…

- 26 -

"Salut Harry…"

"Mmmrf ?"

"Réveille-toi, c'est le matin…"

Ses courbatures crispaient son corps et un marteau-piqueur semblait s'être allumé dans son crâne. Il sursauta et activa un bouclier de protection en flamme tout autour de lui avant d'ouvrir les yeux.

"R… Red ?" le bouclier céda. "Comment tu m'as trouvé ?"

Il avait passé une bonne partie de sa nuit à chercher un coin où dormir en paix et s'était finalement infiltré dans un parc et allongé derrière des buissons pour échapper aux gardes de nuit qui chassaient les SDF et les jeunes du quartier armés de leur lampe-torche. Il avait eu un mal de chien à trouver le sommeil et s'était finalement endormi aux premières lueurs du jour.

"Une louve trouve toujours ses petits." répondit-elle en lui tendant un sandwich au pâté et un sac rempli de cookies. "Manges et vas bosser, je n'aime pas te savoir dehors…"

"Bah il aurait fallu, j'sais pas, peut-être ne pas me claquer la porte au nez ?!"

"J'ai besoin d'avoir des loups indépendants, pas des bouches supplémentaires à nourrir."

Après lui avoir donné de quoi déjeuner dans l'après-midi, elle le laissa. Il avait une journée pour gagner le droit de dormir à la maison. Largement suffisant, il était Harry Potter, après tout : rien ne lui était impossible !

Il passa sa matinée à faire voler des objets et de l'argent directement des poches de ses victimes à sa besace qui ne tarda pas à se remplir généreusement. Il n'y avait pas encore de quoi rembourser sa dette (de toutes les manières, il avait une année devant lui) mais suffisamment pour rentrer à la maison.

… Peut-être aurait-il dû s'arrêter là. Oh oui. Mais tout le monde le qualifiait déjà de serpentard en herbe et ses ambitions grandissaient de jour en jour. Quelques pièces d'or ne tuerait personne, pas vrai ?

"Arrête-toi, gamin. C'est fini."

Son corps s'était brusquement raidi et il avait beau lutter, sa magie ne lui était d'aucun recourt face à deux aurors surentraînés. Tout son butin durement acquis lui fut arraché par un sortilège très pratique permettant de rendre chaque objet ou pièce à la dernière personne les ayant tenu en main. Pieds et poings liés, il fut trimballé sans plus de ménagement qu'un sac-à-patate jusqu'au centre de justice sorcière le plus proche.

"Nom, prénom, âge, sang et moyen de contacter les parents." ordonna l'auror qui se chargeait de son dossier tout neuf.

Merde, merde, merde, merde, merde…

"Écoute, je ne vais pas jouer à ce p'tit jeu longtemps. Si tu ne réponds pas, je vais regarder les archives de Poudlard et trouver ta lettre d'admission, il y en a une pour chaque jeune sorcier anglais par défaut. Même si tes parents t'ont désinscris, nous en gardons une trace ici."

"Je ne…" commença-t-il avec des larmes plein la voix, il n'arrivait plus à faire le fier.

Quelques minutes passèrent dans un silence de mort et l'enfant fixait l'adulte avec une haine non-dissimulée. Ce dernier soupira longuement et s'apprêtait déjà à aller fouiller ses fameuses archives quand la porte s'ouvrit dans un fracas :

"WOLFGANG AMADEUS !"

Red entra comme une furie et sa lèvre supérieure était retroussée sur ses dents comme une louve prête à bondir sur sa proie. C'était impressionnant, Harry n'avouerait jamais que ça lui fichait carrément la trouille. Non non, il n'était pas en train de se tasser sur sa chaise…

"Relâche mon louveteau ! Immédiatement."

"Oh ?" s'étonna l'auror. "Il est à toi ?"

L'homme s'approcha de lui pour détacher ses liens magiques et en profita pour le renifler consciencieusement.

"Tu ne l'as pas marqué comme tiens." accusa-t-il. "Comment étais-je censé le deviner ?!"

"C'est vrai, excuse-moi, j'avais oublié… Il n'est pas miens mais je le considère comme un loup."

Wolfgang lui tournait autour, approchant bien trop son nez du jeune sorcier qui luttait pour ne pas lui envoyer son poing en pleine face.

C'était. Quoi. Son. Problème ?!

"Pouah !" hurla-t-il soudainement comme si l'odeur lui avait brulé les narines. "Il appartient à…"

"Prononce pas ce nom !" ordonna Red d'une voix sèche. "On y travaille."

"N'hésite pas à me contacter, si t'as besoin d'une aide en interne…"

"J'y songerais." dit-elle d'une voix douce avant de changer carrément de ton à l'intention d'Harry qui ne prit pas peur pour la deuxième fois de sa journée, non non : "TOI ! Suis-moi. Pas un mot."

Amadeus lui envoya un regard compatissant, il allait certainement recevoir une belle correction.

"Un cookie avant de partir ?" proposa-t-il mais la porte lui claqua au nez, il ne s'en formalisa pas et croqua dans le biscuit en haussant les épaules.

- 27 -

"Le compte y est : dix gallions !" annonça fièrement Harry à l'aube.

"Tu as gagné ça pendant la nuit ?" releva Red d'un air méfiant.

"Ne sois pas stupide, c'est juste que je suis très doué : ça m'aura pris dix secondes à tout péter."

"Tu peux rentrer."

Harry retrouva avec bonheur la maison : le canapé sur lequel il s'était de nombreuses fois vidé de son sang, la bibliothèque dont les ouvrages lui avaient mystérieusement sauté au visage à maintes reprises, la table qui avait été un champs de bataille, témoin de nombreuses disputes entre lui et… Attends une seconde :

"Elle est passée où la table ?!"

Max mangeait par terre directement dans la gamelle de Ganondorf et Praesepe lévitait à quelques centimètres du sol en utilisant Logium comme support pour son bol de céréales.

"Max et Michael… Une bouteille de coca et quelques mentos… Longue histoire…" soupira la Louve avec lassitude.

"Bonjour Harry, t'as une sale gueule, enfin, pire que d'habitude quoi !"

"J'aimerai bien t'y voir à dormir avec une racine d'arbre qui s'enfonce dans tes fesses."

"C'est un plaisir de te revoir mais… tu pue, sévère."

Harry aurait voulu les contredire avec tout un tas de métaphores imagées mais Red lui ordonna d'aller prendre une douche avant tout. Bon sang, il devait vraiment sentir très mauvais…

Il redescendit une heure plus tard, tout chaud et tout propre, enveloppé dans un survêtement bleu beaucoup plus douillet (nettement moins classe, cela va sans dire) que sa cape et son pantalon de cuir.

"Espèce de dourak : c'est MES vêtements."

"Les miens sentent le pipi de chat et sont à moitié cramés, il m'en fallait d'autre. Ceux-ci sont atroces mais ça fera l'affaire. "

"Toutes mes condoléances…" dit Max.

"Codolé… Quoi ?"

"Condoléances, c'est une formule de politesse qu'on adresse aux gens ayant…" récita Praesepe.

"Je sais ce que c'est, merci. Pourquoi tu me dit ça ?"

"Tu vas perdre un proche." prévoyait Logium.

"Qui que quoi ?!"

Quand Max essaya de le castrer, il comprit de quel "proche" il s'agissait. Ouais ouais, vraiment TRÈS proche, en effet. Et il comptait bien que ça reste ainsi le plus longtemps possible.

"Ah bah t'es rentré…" constata Michael qui débarquait à peine, encore tout endormi. "Je me demandais pourquoi ça tremblait du sol au plafond."

"ELLE EST CINGLÉE !"

"C'pas nouveau."

"ELLE VEUT ME LES COUPER !"

"Ça non plus…"

"AIIIDE-MOIII !"

"Tu me passe le sel ?"

"BANDE D'INGRÂÂÂTS !"

Après s'être pris une giclée de jus de citrouille en pleine face (toute propre, la face, quoique plus trop…) et avoir esquivé une bonne dizaine de couverts envoyés droit sur lui, il prit enfin place dans l'espace de la cuisine où se tenait l'ancienne table.

"Comment c'est possible de faire un cratère avec du coca et des mentos ?! C'est pas censé être corrosif…"

"Bah... Disons qu'il y avait un peu plus que du coca et un peu plus que des mentos."

Harry ne voulait pas savoir quel mélange improbable les deux M (comme MUOB, c'est BOUM à l'envers) étaient allé inventé pour exploser la table, creuser un trou dans le sol et repeindre le mur en noir cramé. Si par malheur, il l'apprenait, la moitié de l'Angleterre sauterait et la moitié restante déclarerait la guerre à la France dans un nouveau conflit de 100 ans.

"Loin de moi l'idée de casser votre jolie dynamite…" dit Red en débarquant dans une cuisine qui n'avait plus trop de sens.

"Tu ne voulais pas dire dynami-QUE, plutôt ?" corrigea Michael en versant une large portion de ketchup dans son jus de kiwi.

Quelques carottes s'envolèrent et le saladier plein de porridge explosa. Un couteau vola à droite, trois fourchettes à gauche et les couverts se rencontrèrent en un concert de dégâts.

"Ah non non, dynamite." se reprit le jeune geek. "Autant pour moi."

Red balança les dix pièces en or qu'Harry lui avait donné au centre de la table… avant de se rappeler qu'il n'y avait plus de table. Oh, quelques trucs qui tombent de plus ou moins ne changeait plus grand-chose à ce stade de démolition ultime. Était-elle blasé ? Mmmh, ouais, carrément.

"J'ai besoin de l'avis d'un expert…"

Michael jeta un rapide coup d'œil aux deux pièces qui avaient atterri à ses pieds avant d'hocher la tête :

"Tu as raison, c'est du faux."

"Mensonges et calomnies !" se défendit Harry. "C'est de l'or pur."

"Ah ça, ouais, pas de doute : c'est bien de l'or. Par contre, c'est pas des gallions…"

"C'est quoi alors ?"

"Un sortilège de dédoublement dont l'effet cessera d'ici quelques jours, grand max. Ça se voit au numéro de série gravé sur la tranche, chaque pièce porte le même numéro et c'est impossible."

"Bien tenté." le rassura Max d'un sourire triste (non, elle ne l'avouerait jamais).

Et c'est après un bon moment familial (complètement tarée, la famille, hein) qu'Harry était reparti pour dormir sur des orties et servir de chiottes ambulantes aux pigeons.

- 28 -

Tout commença avec un mug (oui oui, le fameux dont personne ne voulait) :

"Il ressemble trait pour trait à celui que je me suis fait voler, il y a quelques semaines." affirma une vieille dame émue aux larmes. "C'est le même, je le reconnaît à cette fissure en forme d'éclair."

"Ah bon ?" dit Harry innocemment. "Mais qui voudrait de ce truc sans valeur ?"

"Probablement un voleur de pacotille !"

"Hé, ho ! Un peu de respect…"

"Pardon ? Vous disiez ? J'ai un peu de mal à entendre, mon audition diminue au fur et à mesure que mon âge grandit…"

"Je disais 'c'est un peu suspect'" et ça n'avait pas vraiment de sens mais elle ne chercha pas plus loin.

"J'y tiens énormément, c'est mon mug porte-bonheur…"

Quel genre de cinglé avait un mug porte-bonheur ? Un mug, quoi ! Hyper moche, en plus… Mais elle l'aimait.

"Écoutez, madame, je suis sincèrement désolé mais je suis moi-même très attaché à ce mug. Je lui ai donné un nom et tout : Riri Junior, il est comme mon fils."

"Il s'appelle Bertrand, en fait."

Ne pas se moquer, surtout, ne pas rire aux éclats et se concentrer sur la négociation.

"Je conçois que vous le connaissez depuis plus longtemps que moi, largement. Mais vous n'êtes pas sans ignorer à quel point il est attachant."

Pour une fois qu'on la comprenait, cette dame était aux anges et loin de se douter qu'elle était face à la ruse d'un serpent. L'odeur de la proie dans son radar infra-rouge, rien ne pouvait lui résister.

"Je ne vous demande pas grand-chose, une simple compensation financière. C'est rien, n'est-ce pas ? Pour notre cher Bertrand."

"Combien voulez-vous ? Cinq gallions ?"

Harry rit, froidement.

"Ce n'est donc là toute la valeur de Bertrand ? Vous rigolez, j'espère ! J'en attends pas moins de dix gallions."

"Ça fait un peu beaucoup, non ? C'est au moins soixante-dix livres…"

"Bon, tant pis pour vous."

Il rangea le mug dans sa besace et amorça son départ sans aucune hésitation, elle allait forcément le rattraper. Si, si, il le sentait. Non ? Pourtant, il était devenu un négociateur hors pair à force de traiter avec les plus coriaces (Logium et Michael, pour ne pas les nommer).

"Attendez ! C'est bon, je vous les donne : dix gallions d'or."

On aurait pu penser qu'il utiliserait cet argent pour regagner le droit de dormir dans son lit mais il avait élaboré tout un plan pour s'enrichir sur le long terme comme Michael et Praesepe au lieu de vivre au jour le jour comme Max et Logium.

Ainsi, il utilisa la totalité de cet argent pour acheter une broche dans une bijouterie design faite d'un alliage tenu secret par les moldus mais rapide à analyser avec un p'tit tour de magie. Il la dupliqua en une centaine d'exemplaires marqués d'un numéro de série secondaire, gravé à côté du logo d'authenticité et s'installa suffisamment loin de la boutique d'origine pour ne pas être repéré mais suffisamment proche pour attraper ses clients au vol :

"Hé, monsieur. Vous voulez faire plaisir à votre femme ? Je vends exactement la bague que vous venez de voir en boutique pour le dixième du prix. Il n'en existe que cent exemplaires dans le monde entier, certifié par cette gravure."

"C'est du faux ?"

"Nan, c'est du vrai mais les propriétaires de la boutique se sont soudainement dit que ça serait génial de vendre leurs produits beaucoup moins chers afin d'être en faillite."

Devant l'air ahuri de l'homme qui n'avait visiblement pas inventé l'eau tiède à tous les étages de son cerveau, Harry rajouta :

"Bien sûr, c'est du faux ! Mais je vous garanti que personne ne saurait faire la différence. Vous pouvez faire l'expérience : allez dans cette boutique et demandez-leur d'ajuster la bague. Si le faux est trop flagrant, ils vous virent sans y toucher mais si ça passe inaperçu, vous me l'achetez."

"Mais je veux pas de bague, moi…"

"Votre femme est encore fâchée contre vous pour la bouteille de vin."

"Comment est-ce que…"

"Ça lui fera plaisir et tout sera pardonné. Allez-y."

Il y eut de nombreuses ventes à des gens qui ne voulaient rien acheter du tout et chaque jour, le louveteau changerait de commerce pour ne pas être repéré.

Plus jamais il ne dormirait dehors, parole de Survivant !

- 29 -

"Tu dors ?" chuchota Max.

"Plus maintenant…" grogna Harry en évitant de croiser les yeux de Skaro (l'animal violet bizarroïde non-identifié) qui passait ses nuits à le fixer comme s'il n'était qu'un steak bien juteux, ce qu'il était, question de point de vue.

"On joue ?"

"Il est presque minuit…"

"Et alors ? T'as un rencard ?"

"Pas vraiment, non."

"Je commence : camion."

"Lion."

"Tigre."

"Tige"

"Généralité."

"Euh… Égalité !"

"Perdu : t'as hésité."

Max : 1

Harry : 0

"Ok, je commence : nuit."

"Luisant."

"Empire."

"Règne."

"Roi."

"Lion."

"Perdu : déjà dit."

Harry : 1

Max : 1

"Égalité." annonça Max. "Dernier match décisif !"

"Non. Je… Je dois y aller."

Lui qui avait voulu être discret, pourquoi fallait-il qu'il apprécie tant de jouer ou discuter avec Max durant la nuit ? Ils vivaient ensemble, ce n'est pas comme s'ils risquaient de ne plus se revoir. La plupart du temps, il voulait plutôt l'étriper ! Leur rapport changeait dans l'intimité de la chambre bleue.

"Tu te défile ?!"

"Si tu veux vraiment tout savoir, je vais couler un bronze. Tu as la possibilité de me suivre pour vérifier mais je ne garanti pas que je saurai faire la différence entre toi et le PQ."

"Dégueu."

C'est sur ces sages paroles qu'il sorti et sa montre sonna minuit : merde, il était en retard. Sautant de marche en marche, il évitait les grincements par habitude et se faufila dans la cuisine avec l'expérience d'un voleur, les Dursley l'avaient bien entraîné.

"Joyeux anniversaire, Harry." se souhaita-t-il à lui même, dans le silence de la nuit.

Il alluma une petite bougie directement dans les braises encore fumantes de la cheminée et la planta misérablement dans un cookie.

"Bravo, yeaaah…" s'applaudit-il en chuchotant.

Bien cachée avec un sortilège de camouflage, Max l'avait accompagné pour se moquer de ses fringales nocturnes et se trouvait bien idiote face à la tristesse de la scène.

Elle hésitait à se montrer pour l'accompagner durant son anniversaire de fortune bricolé à partir d'un biscuit trop sec et d'une bougie en fin de vie… Puis elle décida de le laisser seul.

Non non, c'était PAS DU TOUT un manque de courage. Et puis bon, elle n'avait jamais voulu devenir Gryffondor de toutes les manières. Et c'est pas un aveux non plus !

- 30 -

"JOYEUX ANNIVERSAIRE !" s'écrièrent les membres de la Meute en un chœur joyeux.

Au même moment, des confettis se mirent à pleuvoir dans l'escalier et sur Harry puis dans le salon. C'était magnifique… Jusqu'au moment où des bouts de gâteau au chocolat se mêlèrent aux petits éclats de papier, tombant lourdement dans les cheveux des loups qui se mirent à soupirer, à peine surpris.

"Max… T'es sûre d'avoir bien mis le gâteau au four et ta part de confettis dans le réservoir ?"

"Bah oui, je ne suis pas une stultaj"

Une explosion retentit et une épaisse fumée noire s'échappa de la cuisine.

"Maintenant que tu le dis…" songea-t-elle. "J'ai peut-être inversé les instructions."

Michael utilisa son arme favorite (la poêle) pour lui frapper le crâne en espérant faire entrer un peu de matière dans son cerveau mais il se retrouva trop rapidement encastré dans la bibliothèque.

"Bon bah… Je suis désolée, Harry." s'excusa Red. "Tu n'auras pas de gâteau au chocolat."

"Et bientôt plus de cuisine non plus." informa-t-il. "Quelqu'un veut bien éteindre le feu au lieu de frapper Max ?! Je ne vais tout de même pas tout me coltiner le jour de mon anniversaire."

L'humour corrosif était devenu son arme préférée pour cacher ses émotions, il les ressentait à peine lui-même. Il savait que l'ancien lui se serait roulé en boule pour pleurer de joie dans un coin. Haha, la honte !

Logium profita de sa forme animagus plus instinctive pour pénétrer au cœur de l'incendie et sauver ce qu'il restait de la pauvre cuisine tant malmenée. Ça lui permit d'en ressortir avec des vêtements indemnes et Harry grinça des dents : pfff, il se pavanait comme le Gryffondor qu'il était, aucune subtilité…

Oh, comme sa cape lui manquait. Comment pouvait-il insuffler crainte et respect avec une tenue de sport plus proche du pyjama que d'une vraie tenue ?

"J'aurai adoré vous voir fêter un anniversaire tranquillement… On va encore être obligé de planter nos bougies sur les tomates !"

"Tu veux qu'on les mette où, nos bougies ?" s'étonna Max.

"Euh... sur le gâteau."

"Aaah ?! C'est à ÇA que ça sert ? Moi je croyais que c'était pour manger ! Les gens normaux sont trop bizarres."

"On mange le gâteau après." précisa Michael qui avait vécu plus longtemps dans une famille normale (quoique "normal" n'était pas le meilleur adjectif en ce qui concernait la famille d'origine de Max... ni celle de Michael).

"Attends attends : tu veux dire qu'on met des bougies sur un gâteau, on les allume donc y'a de la cire qui coule de partout puis y'a le cinglé dont c'est l'anniversaire qui souffle dessus en y foutant ses germes dégueux… et après, on le bouffe ?"

"Alors dis comme ça, c'est vrai que c'est un peu…"

"DÉBILE !"

Praesepe était allé chercher les fameuses tomates qui servaient de support aux bougies dans tous les anniversaires de la Meute et Harry eut le plaisir de les éteindre. Il avait dix ans.

"Les cadeaux ! Les cadeaux ! Les cadeaux !"

Bon, là, il était obligé d'admettre à lui-même que son cœur s'était emballé et ses larmes n'étaient plus très loin de ses yeux. Par contre, il faudrait lui arracher la langue pour qu'il l'avoue à haute voix. Enfin… sans sa langue, il aurait du mal. Du coup, non, il ne le dirait JA-MAIS !

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"Commence par le miens." ordonna Michael. "C'est vivant et j'ai peur que ça étouffe."

Euh… Non. Non, non. Il ne voulait plus DU TOUT ouvrir ses cadeaux, du coup. Sans doute que des trucs allaient bondir sur lui pour le bouffer. Et si ce n'était pas le cas, ça risquait certainement de cramer la moitié de la maison ou de lui couper les deux jambes, voir pire, ce qu'il y avait au milieu. Oui, il y tenait particulièrement depuis que Max passait son temps à vouloir les lui supprimer.

"Allez !" le pressa le nerd en lui flanquant son paquet dans les bras.

Très précautionneusement, il détacha la ficelle puis le papier… Ce n'était pas DU TOUT pour savourer le moment, non non, y'avait quelque chose de vivant là-dedans, c'était juste une question d'instinct de survie. Rien de plus. Arrêtez de douter.

"Qu'est-ce que c'est que ce truc ?"

Un ovale noir avec des veines rouges était calé dans du coton et le tout posé délicatement dans une couveuse électrique moldue. Il y avait un petit certificat d'authenticité collé sur la vitre mais pas moyen de le lire sans tout lâcher et… Harry s'était découvert un élan possessif et très protecteur envers la chose qui était sublime : tant de noir, waw.

"Je te l'ai gagné en jouant au poker en ligne." répondit Michael. "J'ai failli perdre la maison."

"QUOI ?!" hurla Red.

"C'était pas ma question."

"COMMENT ÇA T'AS PARIÉ LA MAISON ?!"

"J'ai remarqué ta fascination pour les serpents."

"C'est un bébé serpent ?"

"T'AURAI PAS PU UTILISER TES MILLIARDS DE GALLIONS POUR LUI ACHETER UN CADEAU ? T'ES PLEIN AUX AS !"

"C'est pas vraiment un bébé…" corrigea Michael en prenant sa voix d'encyclopédie. "Il s'agirait de l'unique représentant de son espèce possédant la faculté de changer sa forme et un pouvoir d'immortalité lié au feu. Souvent comparé à tord avec un phénix, ses flammes régénératrices viendraient directement de l'enfer chrétien. D'après la légende, c'est le Serpent Originel."

Le souffle coupé, Red n'arrivait même plus à s'indigner pour la maison et tout le monde était à peu près dans le même état, entre la fascination et le "oh merde, faut que je foute le feu à la maison pour discrètement changer mon cadeau".

"Mais bon, c'est certainement une arnaque !" reprit-il en insufflant un soupire de soulagement dans la maison. "Au pire, t'auras un serpent de compagnie. C'est déjà pas mal…"

Bon, cette fois, c'était clair : il ne lâcherait plus jamais cette boîte. Qu'on le décolle avec un pied-de-biche s'il le fallait !

"À moins que tu ne veuilles passer le restant de ton existence à partager les vêtements de Max, je te conseille d'ouvrir MES paquets." dit Red en mettant bien l'accent sur la quantité puisqu'on l'avait clairement dépassé sur la qualité.

Soudainement très intéressé, Harry laissa la couveuse dans un coin. Non non, il n'était pas instable, il préférait "imprévisible".

C'est avec un certain soulagement qu'il découvrit une nouvelle cape dans un cuir entièrement vert, une veste en velours noir décorée d'une broche argent en forme de serpent et un pantalon assorti à une paire de mocassins en peau de serpent.

Il faudrait qu'il songe à arrêter de porter ce genre de choses et qu'il se tourne vers du faux maintenant qu'il avait des responsabilités parentales…

"Si j'avais su que tu arrêterai de squatter ma garde-robe, j'aurai acheté quelque chose de mieux." grogna Max.

"Nan parce que t'es fauchée !" ricana Harry dans le silence le plus complet. "Bah quoi, elle était drôle, celle là !"

"C'est pas drôle parce que c'est vrai." rectifia Logium avec une voix d'outre-tombe, bah dis donc, lui qui s'amusait d'un rien.

"Je... Je savais pas."

Max le frappa avec le paquet, long et fin comme s'il avait été taillé pour taper sur la tête des gens. Elle voulait le fusiller des yeux mais communiqua avec son regard un "tout est pardonné" car elle ne souhaitait pas troubler la fête.

"C'est vraiment magnifique. Quelle beauté ! Ô comment ai-je pu rire de toi Grande Max…"

"T'en fais un peu trop, là, non ?"

"Euh, ouais. Pardon."

La canne s'accordait parfaitement avec sa nouvelle (minuscule) garde-robe comme si les deux filles s'étaient accordée mais il semblerait juste qu'ils aient tous parfaitement capté sa personnalité : longue, fine et noir avec un serpent vert qui s'enroulait tout autour comme sur un arbre et un pommeau simple mais élégant.

"C'est pas tout : appui sur ce bouton."

Clac, il y eut un soubresaut et la poignée se détacha du reste en dévoilant une fine lame tranchante.

"Moi j'ai reçu une magnifique collection de couteaux de combat…"

Quelqu'un chuchota "comme je regrette" mais c'était trop bas pour être identifiable.

"Toi tu auras ton épée." poursuivit-elle en frappant Michael, ah tiens, c'était lui.

Il ne lui restait plus qu'à ouvrir deux paquets et comme Praesepe tenait le sien fermement sur son cœur (était-il au courant qu'il devrait le lui céder ?), Harry déballa le livre que lui tendait Logium, c'était évident à la forme du paquet.

"Oh. Je… Je n'y avais jamais pensé."

"Atrophié du bulbe." commenta Max.

"Arrête, Voldemort lui a certainement défoncé le cerveau…" répliqua Michael. "Faut pas se moquer des handicapés, c'est pas drôle. Enfin si, c'est très drôle mais faut pas le faire."

Il rajouta après un silence de réflexion :

"Je pense que toi, tu peux, en fait… Vu que tu es toi-même mentalement limité…" et il se prit un énième coup sur la tête.

Comment devenir animagus ? titrait l'ouvrage à la reliure en cuir. Il faisait parti de la session des magies obscures de l'Allée des Embrumes, ce genre de livre était assez rare et extrêmement bien caché.

"Merci beaucoup." dit-il en résistant à l'envie de tout plaquer pour commencer sa lecture.

Tout le monde se tourna vers Praesepe qui câlinait le paquet et le gardait comme la prunelle de ses yeux, certainement une de ses créations.

"J'ai même pas eu le temps de lui dire au revoiiir !" sanglota-t-il en lâchant finalement sa prise.

Harry retira le tissus qui couvrait la boîte puis ouvrit et... Qu… Quoi ? Mais… Red avait dit que...

"C'est moi qui lui ai demandé." approuva-t-elle. "Je ne vais pas te la confisquer."

Sa baguette magique.

Longue et fine, elle était visiblement composée de plusieurs bois avec sa couleur clair entourée par deux long filaments noir qui s'entrecroisaient.

"J'ai utilisé trois bois et deux cœurs." confirma Praesepe. "Principalement du Chêne rouge et du Pin, c'est idéal pour les duellistes rapides et vifs d'esprit (Max et Michael pouffèrent) et ça facilite les sorts informulés pour les sorciers indépendants et curieux."

"Elle semble parfaite." approuva Harry qui brûlait de l'essayer.

"Fais gaffe, j'ai rajouté du cerisier."

"Et ça fait quoi ?"

"Pouvoir mortel." répondit-il en jetant une ambiance froide sur le groupe. "Uniquement pour les grandes forces mentales mais ça me devrait pas poser problème."

Et tout le monde se moqua, encore.

"J'ai mis en son cœur du crin de Sombral, il va t'adorer puisqu'il n'y a aucun autre sorcier ayant plus vaincu la Mort que le Survivant lui-même. Ça manquait de puissance et je n'avais pas de bois de Sureau compatible alors j'ai mis un ventricule de Dragon, c'est le mieux qu'on puisse trouver mais…"

Il s'arrêta, gêné.

"Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

"C'est euh…"

Il regarda Red, jeta un œil à la cuisine et baissa les yeux.

"Ça a tendance à exploser…"

"GÉNIAL !"

"NOOON…"

"MORTEL !'

"PITIÉÉÉ…"

Si elle avait eut une conscience, la cuisine elle-même aurait mieux fait de se carapater.

Vite fait.

Avant que ça fasse BOUM.

Irrémédiablement…

- à suivre -


Mon avis sur cette partie du Livre 0 : ce n'est pas pour rien que j'essaie de refaire le Livre 0 mais en BD, j'ai tant changé depuis l'écriture de ce texte que je le referais totalement différemment si c'était possible. Néanmoins, j'aime beaucoup comment Harry prend ses marques dans cette famille de barjots qu'on apprend à connaître de mieux en mieux surtout quand il les suit chacun pendant une journée, ça permet de comprendre le fonctionnement de cette bande de gamins.

La semaine prochaine, la conclusion du Livre 0 avec quelques explosions à la clef, beaucoup de mégalomanie et la grande révélation de La Meute.

Je décide d'élargir mes publications de cet intégral au week-end en général au lieu de les prévoir que le samedi car ça m'empêche souvent de mettre à jour cette histoire (aaah, merde, déjà dimanche ?! Bon bah, tant pis...) Laissez un p'tit mot à l'occas' ça ne coûte rien et ça signifie tant...